Au coeur de sa cuisine

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Des livres de cuisine m’ont souvent été offerts, pour mon bonheur et celui des mes hôtes. J’ai cependant tant cuisiné pour ma nombreuse famille que ce genre de livre ne fait plus recette à mes yeux, je fuis même ce rayon en librairie !
Heureusement, il existe une forme hybride de ces ouvrages culinaires qui me réjouit absolument. Ce sont ceux qui mêlent aux ingrédients nécessaires, au tour de main et aux temps de cuisson, l’histoire du maître de maison, son art, ses goûts, ses traditions personnelles.

Je relis ainsi avec un plaisir fou les carnets de la cuisine jaune et bleue de Monet, ceux du sanctuaire de la gastronomie française, c’est à dire celui de Françoise la cuisinière du jeune Marcel, les carnets facétieux de la cuisine de Colette, et aussi le beau livre des recettes mijotées à partir des tableaux du musée du Louvre, du musée d’Orsay également… autant de merveilles pour les yeux.

Le père Noël m’a doublement gâtée cette année, il m’a offert la découverte de la cuisine de George Sand et celle de Victor Hugo.

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Dans le « potage à la reine » servi à la table de George Sand, les lamelles de truffe prennent une forme de ♥ , la poignée du couvercle de la soupière épouse aussi les lignes du coeur. Poularde, crème, lait d’amande, truffe, accord à coeur !

Les photographies de ce livre font rêver au temps ancien des nappes blanches finement ajourées, de l’argenterie portant le monogramme de l’hôtesse, GS ici, de la faïence tendrement fleurie, des hauts candélabres, de la verrerie en cristal …
Frédéric Chopin avait offert à George Sand des verres en cristal ocre et bleu.
Elle recevait beaucoup d’amis à Nohant, à sa table les esprits étaient fortifiés et charmés de manière aussi subtile et savoureuse que les estomacs. Le service était discret, silencieux, tandis que s’animaient tour à tour la poésie, la peinture, la musique, les belles lettres, en compagnie, de Franz Liszt, Chopin, Eugène Delacroix, Balzac, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Tourgueniev, Flaubert …

La route était longue, le repas mérité … On ne passe pas à Nohant, on s’y rend.
George Sand décrit en 1839 la route à suivre pour venir de Paris:

    Un coupé des messageries royales part à sept heures du soir de la rue Notre-Dame-des-Victoires ; après avoir déjeuné à Orléans à six heures du matin, on dîne à Vierzon à trois ou quatre heures de l’après-midi, on repart une heure plus tard pour atteindre Chateauroux à neuf heures.

De Chateauroux à Nohant la patache parcourt la distance en quatre heures, et le cabriolet, que George Sand met à disposition de ses amis, en trois heures.

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Le livre fait (re)découvrir une cuisine du XIXème siècle, qui fit la renommée des bonnes tables jusque dans les années soixante du XXème siècle. Cuisine jugée trop riche de nos jours, mais ces plats, dont la confection demandait presque autant de temps devant le fourneau que le voyage dans les pataches, rendent parfois nostalgiques : bouchées à la reine, aspic de volaille, saumon farci, garbures, terrines, pâtés en croûte, rissoles, marinades, sauce madère, grand veneur, savarin … ha !

Pour un Noël il y a quelques années, j’avais accroché un moule en coeur dans ma cuisine. Il y reste toute l’année depuis … ♥

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Coeurs à prendre

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« I have always loved hearts », ♥ ♥ ♥ c’est Drew Barrymore qui l’écrit, et je peux dire la même chose, j’ai toujours aimé les coeurs.
Ces coeurs improvisés par la nature, par le hasard, ou créés par la main de l’homme dans des domaines très variés et à l’occasion de la Saint Valentin, on peut les découvrir en ouvrant les yeux tout autour de soi.

C’est ainsi qu’hier après-midi, en promenant mon chien sur la plage, j’ai surpris ce petit coeur dessiné par la mer.

barrymore Ce très joli petit livre ne m’a pas été offert à Noël, je l’ai feuilleté chez ma fille en novembre, et je suis tombée sous son charme.
L’actrice Drew Barrymore, qui semble cacher un certain talent, a rassemblé là des photographies de coeurs, surpris un peu partout dans le cadre de sa vie quotidienne.
Le mimétisme a pris comme une mayonnaise, j’ai eu envie de faire la même chose !
Les coeurs sont partout, comme l’amour dans mon film adoré, Love actually.

Il faut s’attendre à trouver des coeurs partout chez Grillon du Foyer ces jours prochains !

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Livres arc-en-ciel

      Roger de la Fresnaye, Livres sur un guéridon, mba Dijon, notice

      Livres machines
      livres murmures
      livres étoiles
      pour les rois mages
      livres voyages
      livres réveils
      livres futurs

    Michel Butor, avant-dernière strophe du poème À dessein, recueil Sous l’écorce vive, éd. de Fallois, 2014.

butorecorce Butor, j’adore ! Je ne connaissais pas sa poésie. Celle-ci date de l’année 2008.
Sous l’écorce vive se cachent des mots et des images d’une poésie très personnelle, originale, attachante, les cinq sens sont éveillés et le livre demande à être rouvert et relu à tout moment.
Livre offert à Noël, livre d’oreiller, de couette, de voyages autour de ma chambre.

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      Albert Besnard, Madeleine Gorges, 1872, musée d’Orsay, notice

Le père Noël m’a apporté des livres, et des livres, et beaucoup de livres qui font ma joie, une joie de petite fille qui reçoit de bien beaux livres. Les livres rendent l’hiver merveilleux. Il pourra faire froid, je serai protégée comme les plantes fragiles sous un bon tas de feuilles !
Livres d’art, catalogues d’exposition, de musée, roman, recueil de poésie, livre de cuisine associée à la littérature, guide de voyage, ces pages dans tous les domaines me donnent des ailes et me mettent aux anges.

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Maxime Maufra, Nature morte de fleurs avec vase et livres, 1881, musée d’Orsay, notice

Les livres s’offrent, comme les fleurs et les bonbons, ils parfument, ils nourrissent, purs délices, impérissables. J’en ai aussi glissé beaucoup sous le sapin, des livres frissons, livres couleurs, livres d’amour, livres de toujours, livres éclats de rire.
J’aurai l’occasion l’année prochaine d’évoquer mes livres caresses, livres lumière, livres sourires, livres aurore, livres horizon, dans l’ivresse livresque.
Je me demande, existe-t-il un livre qui rassemble les livres présents dans les tableaux ?

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      Félix Vallotton, Dahlia rouge et livre ouvert, musée d’art moderne Troyes, notice

Ô neige .°·.·..°·.

      Ô neige, toi la douce endormeuse des bruits
      Si douce, toi la soeur pensive du silence,
      Ô toi l’immaculée en manteau d’indolence
      Qui gardes ta pâleur même à travers les nuits,

      Douce ! Tu les éteins et tu les atténues
      Les tumultes épars, les contours, les rumeurs ;
      Ô neige vacillante, on dirait que tu meurs
      Loin, tout au loin, dans le vague des avenues !

      Et tu meurs d’une mort comme nous l’invoquons,
      Une mort blanche et lente et pieuse et sereine,
      Une mort pardonnée et dont le calme égrène
      Un chapelet de ouate, un rosaire en flocons.

      Et c’est la fin : le ciel sous de funèbres toiles
      Est trépassé ; voici qu’il croule en flocons lents,
      Le ciel croule ; mon coeur se remplit d’astres blancs
      Et mon coeur est un grand cimetière d’étoiles !

      Georges Rodenbach, recueil Le règne du silence

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La page facebook du musée des beaux arts de Quimper nous le rappelle : c’est l’hiver aujourd’hui.
La neige se fait de plus en plus rare dans le Sud du Finistère, mais au musée de Quimper, elle se montre de façon encore plus rare qu’ailleurs : ses délicats et précieux flocons apparaissent dans la peinture.

J’ai souvent admiré, et photographié, ce petit tableau de Joos de Momper pour regarder tomber la neige, loisir qui ne nous est offert que de façon très exceptionnelle dans notre région, c’est comme les médailles olympiques, une poignée de flocons tous les quatre ans …

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Joos de Momper peignait l’hiver blanc, on le retrouve ici.
Georges Rodenbach, du plat pays lui aussi, a mis la neige en poésie avec autant de talent. le poète est mort le jour de Noël, un Noël blanc peut-être, le 25 décembre 1898.
Dans le tableau de Quimper, le ciel croule en flocons lents. Ces minuscules astres blancs sont rares et merveilleux, il faut venir au musée pour aimer l’hiver !

La reine des neiges

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    Alfred Sisley, Rue Eugène Moussoir à Moret en hiver, 1891, Met New York, notice

Courbet avait montré l’exemple en exposant une série de paysages de neige en 1867, et de jeunes peintres, comme Monet, Renoir, Sisley, suivirent la piste enneigée. Les hivers le permettaient en ce temps-là ! J’aime tout particulièrement Sisley, et ses tableaux d’hiver me ravissent. La neige fit le bonheur d’Alfred. Il brosse rapidement une neige fraîche ou piétinée, souple ou lourde, immaculée ou souillée, avec une fine observation et sans emphase, avec la discrétion qui lui était naturelle, appréciant dans la neige ce caractère silencieux, opaque, fragile, qui lui ressemblait.

La neige, par sa blancheur absolue, apportait aux peintres matière à réflexion. Elle absorbe les couleurs alentour, les renvoie en ombres variées, miroite et joue avec la lumière même la plus faible, offrant des palettes réjouissantes.

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Alfred Sisley, Place du Chenil à Marly, mba Rouen, notice

Noël arrive, Noël est presque là, les heures sont comptées avec tous les préparatifs qui n’ont pas encore été rayés de la liste des choses à faire. Ma liste était plus longue que mes aiguilles à coudre ou à tricoter cette année, j’ai bien rempli la hotte du père Noël avec mes ouvrages et je viens de finir la robe de la reine des neiges pour ma petite-fille.

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    Alfred Sisley, Neige à Louveciennes, 1874, Collection Phillips Washington, notice

Le conte d’Andersen a été remis à la mode, ou plutôt a été largement revisité par la série télévisée pour les enfants et le film de Walt Disney. A en croire les magasins de tissus dévalisés, toutes les petites filles ont demandé leur costume de reine des neiges pour Noël. Personnellement, je préfère les illustrations classiques des anciennes éditions de ce joli conte scandinave à la portée chrétienne, mais il faut bien se plier au diktat de la mode. La voilà en 2013, sexy avec des yeux bleu Floride comme des aquariums de Marineland, version qui correspond mieux au réchauffement de la planète : ici.

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Alfred Sisley, Effet de neige, 1880-1885, pastel, National Gallery Edimbourg, page du musée

J’ai passé un temps fou dans les paillettes technicolor tenant plus de l’écaille de poisson pour sirène hollywoodienne que de l’hermine givrée de la reine d’antan, et j’ai heureusement trouvé un tulle constellé d’étoiles blanches qui correspond assez bien au livre d’Andersen, la glaciale reine des neiges s’enveloppait de neige vaporeuse dont les cristaux avaient la forme d’étoiles. J’espère que ma petite-fille de quatre ans aimera cette tenue qui m’a demandé presque autant de travail qu’une robe de mariée !

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    Alfred Sisley, En hiver effet de neige, 1876, pba Lille, notice

Après les beaux tableaux de Sisley, j’ose à peine montrer la robe !

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Je vous souhaite un joyeux Noël 😀 !

Sainte Lucie

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    Rubens, Le martyre de Sainte Lucie, esquisse, vers 1620, mba Quimper, notice.

Le chemin vers la lumière s’éclaire de plus en plus … 13 décembre, fête de Sainte Lucie, place aux bougies !
J’ai assisté hier soir à l’église à une très douce messe, un cierge nous était donné à chacun à l’entrée, le curé l’allumait, et nous pénétrions dans une nef illuminée d’une multitude de bougies posées devant chaque rang de sièges, sur tous les rebords de vitraux, au pied de l’autel … Seul un spot électrique éclairait la croix en argent ciselé dans le choeur et projetait sur un pilier de pierre blonde les entrelacs mystérieux de son ombre. Je me sentais vraiment envoûtée sous la voûte romane enveloppée de la chaude et vacillante lumière des chandelles.

Sainte Lucie, jeune Sicilienne, fut martyrisée vers l’an 304 à Syracuse parce qu’elle avait décidé de consacrer sa vie aux Christ, de porter secours aux pauvres et de renoncer au mariage. Le fiancé auquel elle était promise la dénonça au consul de Syracuse qui la fit emprisonner, car toute tentative pour la faire céder échoua. On voulut la brûler vive, mais elle survécut, elle était comme ignifugée !

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C’est la scène que montre la superbe esquisse peinte par Rubens pour la décoration de l’Eglise des Jésuites Saint Charles Borromée à Anvers. Ce décor n’existe hélas plus, l’église a brûlé au XVIIIème siècle, et ce désastre peut paraître un comble, parce que le corps de Lucie, lui, ne brûle pas. Le bourreau veut tout de même en finir avec la sainte et monte sur le bûcher pour l’égorger, mais Lucie continue de parler et de prier. Sainte Agathe, qui fut martyrisée en Sicile aussi cinquante ans auparavant, lui apporte la palme de son martyre.
Elle mourut finalement décapitée, son martyre fut multiple, et la petite esquisse de Rubens en montre toute la violence avec un art d’une vivacité extraordinaire.

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    Francisco Zurbaran, Sainte Lucie, mba Chartres, notice.

Mais alors, pourquoi est-elle souvent représentée avec ses yeux sur un plat ( comme Sainte Agathe sa compatriote qui porte aussi ses seins sur un plat), ceux-ci lui ayant été arrachés ?
Comme son prénom veut dire lumière, la légende populaire inventa un martyre lié aux yeux.
Voici d’autres figures « exorbitantes » de Sainte Lucie sur cette page.

Son doux prénom donne lieu à une fête scandinave des plus charmantes, et voici un chant suédois que j’aime beaucoup.
Bonne fête aux Lucie !

La perle, vraie ou fausse ?

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    Jan Vermeer, Jeune fille à la perle, vers 1665, détail, Mauritshuis La Haye, notice

Et si la Jeune fille à la perle en portait une fausse ?
Cette supposition semble agiter le monde de l’art ces temps-ci.
Pourquoi pas ! La chose est possible, au XVIIème siècle on fabriquait de fausses perles très ressemblantes.
Un certain monsieur Jacquin à Paris, entre autres inventeurs, avait mis au point la fabrication de fausses perles, en utilisant des écailles de poisson. Le texte expliquant sa recette est sur cette page.
Des planches de l’encyclopédie de Diderot en montrent les images.

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Jan Vermeer, Maîtresse et servante, vers 1666-1667, Frick Collection New York, page du musée

L’idée a été partagée sur facebook et un article très sérieux en parle ici.

Cette perle célèbrissime peinte par Vermeer à l’oreille de la jeune fille en turban est très grosse, or ces perles énormes étaient exceptionnelles, et seules les personnes les plus riches du monde pouvaient en acheter. On émet donc la supposition que cette grosse perle était une imitation.

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Si la perle de la jeune fille représentée dans la tronie du Mauritshuis est fausse, alors on peut se dire que toutes les autres grosses perles en forme de poire rencontrées dans les tableaux de Vermeer sont fausses.

Je me suis amusée à les rassembler ici !

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      Jan Vermeer, La jeune fille au chapeau rouge, vers 1655, NG Washington, notice

Qu’elles soient vraies ou fausses, à vrai dire, cela ne change rien aux chefs-d’oeuvre de Vermeer. On les admire de la même façon.

Le narrateur de la Recherche expliquait à Albertine en parlant de Vermeer, que c’est toujours la même femme représentée, la même nouvelle et unique beauté, énigmatique et recréée, et le peintre, comme Dostoïevski, ou madame de Sévigné, au lieu de présenter les choses dans l’ordre logique, c’est-à-dire en commençant par la cause, nous montre d’abord l’effet, l’illusion qui nous frappe.

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    Jan Vermeer, Dame écrivant une lettre avec sa servante, vers 1670, National Gallery of Ireland Dublin, (notice)

Proust ne croyait pas si bien dire alors, avec l’illusion frappante rendue par le peintre. L’illusion serait bien là, la perle est fausse, alors qu’on admire son éclat, son relief, sa transparence !

      Vermeer, Etude de jeune femme, vers 1665-67, Met New York, notice

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      Jan Vermeer, Une servante endormie, 1656-57, Met New York, page du musée.

L’idée que cette perle ne soit pas véritable peut gêner éventuellement l’interprétation qu’on a pu échafauder autour de La jeune fille à la perle, la perle étant symbole de pureté, de féminité, de naissance …
Faut-il changer le titre du tableau : « La jeune fille à la fausse perle » ou bien « La jeune fille au pendant d’oreille ressemblant à une perle » ?

Peu importe, la perle reste une magnifique goutte de lumière.

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      Jan Vermeer, La lettre d’amour, vers 1669-70, Rijksmuseum Amsterdam, notice

Si le mot Rouge est vrai

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      Daniele Crespi, Saint Jean l’Evangéliste, Milan, basilique San Stefano Maggiore in Brolo, notice

C’est que des histoires de mots je m’en vais de plus en plus nulle part
maison d’enfance au loin c’était pas grand chose non plus
la tache rouge de son toit
motif pour un poème
la voilà qui revient passée
Par une histoire d’écriture tout à la fois mièvre et compliquée
rédaction de cinq à sept l’étude au collège
quelque chose brille à travers le gris des blouses d’internes
dimanche le car me ramènera derrière les vaches
la même lumière pauvre que dans les salles de classe
j’ai tout mélangé rien vu rien compris
peu de rouge qui me reste au coeur,
à l’écriture,
à vrai dire
Qu’est ce qu’un lecteur en pourra bien faire ?

[…]

      ghirlandaiol

N’importe quoi le mot rouge : toute la vie dedans
colères comme des taureaux, bêtise de mon père
le voilà maintenant tranquille à la fin de sa vie et je la veux
comme un sourire la honte et la peur emportées, saleté
comme un sourire en paille dans ses bottes,
et je l’aime aussi quand il est propre.
Le mot rouge (fureur et la rouille à des endroits du monde)
convient parfaitement pour tout dire.

      bronzinooffices

Une histoire de bonheur et de rien
toujours la même en fait
quelqu’un sa barbe mal rasée contre la nuit
je tiens du rouge silencieux
je le tiens solide et familier dans le noir.
Le mot tendresse.
Le désir.
Quelque chose donné d’un coup, c’est perdu tout aussitôt.
Je continue d’écrire pour branler je sais pas lecteur anonyme et réel, es-tu bien ?

[…]

sacreJames Sacré, extrait de « Si le mot rouge est vrai », recueil Affaires d’écriture (Ancrits divers), ed. Tarabuste, 2012

C’est pour moi une découverte ce mois-ci, un poète étrange et profondément attachant, dont l’écriture singulière charme et interroge à la fois. Une ponctuation très irrégulière, comme tombée au hasard en pluie sur les pages, vient rythmer le texte de manière syncopée, des mots simples et des tournures volontairement enfantines déroutantes parfois, des images tendres du passé ou fortes d’un présent difficile, qui donnent à la poésie un aspect pictural, un art de la langue travaillé aussi comme de la peinture, et beaucoup de couleurs, le vert des arbres, le bleu des idées, le rouge dans toutes ses dimensions …
Un auteur très original, dont j’ai bien envie d’approfondir la lecture.

J’ai choisi des extraits liés au rouge, parce que nous sommes en plein dedans, le rouge de Noël
Le mot rouge est-il vrai, je ne sais pas, mais oui il dit tout, il dit l’amour, la passion, la Passion sur le coeur ensanglanté du chardonneret, il dit la naissance, la vie, le sang, il dit la pudeur, le plaisir, la colère, les fleurs, le feu, le baiser, le houx, la fête …

Les tableaux dans le texte sont :

  • Domenico Ghirlandaio, Portrait d’un vieillard et d’un jeune garçon, vers 1490, Louvre, notice et commentaire
  • Bronzino, Portrait de Jean de Médicis, Galerie des Offices Florence, notice
  • Saint Nicolas

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      Jan Steen, La fête de Saint Nicolas, 1670-1675, Boijmans museum Rotterdam, notice

    5 décembre : ce soir est fêtée la Saint Nicolas, les enfants sages recevront des cadeaux dans leurs chaussures, et les autres des punitions …

    Comme pour Noël, le réveillon a lieu la veille.

    Jan Steen fut au XVIIème siècle le conteur idéal de cette fête traditionnelle des Pays Bas.

    La petite fille a reçu un seau plein de friandises, des gaufres, des speculaas, des couques, des pains d’épices.

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    Le garçon a reçu un jeu de golf, une canne, appelée kolf, et une balle. Ce jeu se voit fréquemment dans les scènes de genre hollandaises, le golf était au XVIIème siècle un sport de tous âges et très populaire.

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    On remarque, dans le coin inférieur droit du tableau, le pain spécialement cuit pour les fêtes, le « duivekater », pain replié deux fois aux quatre coins. Ce pain se trouve encore dans une autre fête de Saint Nicolas peinte par Jan Steen et conservée au Rijks, que j’avais proposée sur cette page.
    Dans ce tableau d’Amsterdam, le garçon tient encore une canne de golf, jeu qu’il avait dû recevoir de Saint Nicolas.

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      Richard Brakenburg, La fête de Saint Nicolas, 1685, Rijksmuseum Amsterdam, notice

    Dans ce tableau de Brakenburg, le jeu de golf reste dans le coin du tableau, il est peut-être confisqué. Le garçon n’a pas été sage, alors que les filles ont eu en cadeau des poupées.

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    Le gamin pleure, et sa maman tient dans sa main sa chaussure qui contient un fouet, le présent traditionnel des petits polissons. En différence du Père Noël, Saint Nicolas et Zwarte Piet ou le Père Fouettard corrigeaient aussi les jeunes têtes indisciplinées, les galopins, les chenapans, les galapiats, les coquins, les canailles, les garnements, les jeunes fripouilles et petites crapules, graines de vauriens, bandits espiègles, j’aime bien ces mots hypocoristiques pour pointer du doigt l’ange de rue ou diable de maison !

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    Le dilucule

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    Dans mon train du retour, de Stuttgart à Paris, je lisais le livre de Gérard Le Gouic, Qui a bu, truculent journal du poète breton.

    J’y ai appris un mot, dilucule, on ne l’emploie plus, il appartient maintenant à la brocante des mots, mais j’aime bien les choses désuètes et charmantes.

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    Le dilucule est le point du jour, l’aube. C’est le crépuscule du matin (creper = obscur) , l’opposé de ma photo du marché de Noël de Stuttgart qui montre une lunule montante au (précoce) déclin du jour.

    dilucule : petite (diminutif ule) lueur (luc) du jour (di).
    Nous avons gardé le crépuscule et enterré le dilucule, c’est dommage.

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    Dans le train qui traversa donc l’Alsace, la dame assise à côté de moi lisait un livre en allemand intitulé : Bretonische Verhältnisse (comportements bretons), ce qui aurait pu être aussi le titre de mon livre !
    Je n’en connaissais pas du tout l’auteur, c’est apparemment un polar qui relate une enquête du commissaire Dupin. Le roman policier se plaît en Bretagne, plusieurs auteurs sont en vogue, et celui-ci se vend outre-Rhin.
    Je n’ai pas osé parler à la dame, je suis muette comme une carpe dans les trains.

    Je ne sais pas si les affaires criminelles narrées par Jean-Luc Bannalec sont aussi exaltantes que les chroniques de Gérard Le Gouic … Je recommande son opuscule !

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