Un dé de bronze

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Un après-midi au musée
Musarder, s’amuser, regarder ce qui est bien gardé
Saisir, prendre à la volée quelques photos, ravir le regard immobile d’une statue comme si c’était immortaliser le saut d’un écureuil sur sa branche
Se ravir de détails, joies de l’infime
Admirer, goûter, butiner, et dans la carte mémoire découvrir le butin …
les trouvailles opimes …

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On a beau bien connaître son ami le musée, on éprouve toujours du plaisir, comme auprès d’un ami fidèle, à passer quelques heures en sa compagnie.
Alors que la foule se presse dans les boutiques qui soldent, certains se reposent et contemplent, sous l’oeil vigilant d’un ange.

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Mon oeil, lui, n’est pas très observateur. Je n’avais jamais remarqué le doigt de la jeune brodeuse de René Quillivic. Et pourtant, que de fois l’ai-je scrutée ! J’aurais dû me douter qu’une brodeuse ne travaille pas sans …

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      … son dé.

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Je peux être fière, la première fois que je vois un dé de bronze, c’est au musée de Quimper !

La petite Bretonne brode de vives couleurs, on les imagine pareilles à celle de la peinture, comme elle bretonne, ces couleurs franches du bout de la terre en pleine saison, automne de feu, hiver de porcelaine, printemps de contraste

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Si une statue dans un musée possède un appendice, un ergot, un cap, une péninsule, soyons assuré qu’il sera caressé !

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      le petit sabot s’en trouve verni

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Le petit tonneau est en cage de verre

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Merveilleux musée de Quimper ! (son site est ici.)
Si un tour en ville s’impose en cette période de soldes, allons plutôt au musée, ça coûte moins cher !

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Musicalithé

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    Vincent van Gogh, Pluie à Auvers, 1890, national museum of Wales Cardiff, notice.

Il pleut, pour le plus grand bonheur du jardin, pour la joie des fleurs et la respiration des buissons.
J’aime la pluie quand elle s’est fait attendre, elle devient signe de vie, et peu à peu quand elle se fait tendre, elle devient mélancolie.

Je me souviens d’un beau jour de pluie qui m’a fait connaître Erik Satie. J’avais entendu sur France-musique un morceau lisse et doux, peut-être en forme de poire, ce n’était pas un air à faire fuir car j’étais allée aussitôt en ville acheter un disque. Le lendemain, alors que la pluie tissait un prélude en tapisserie de laine grise derrière la fenêtre, j’écoutais quelques gymnopédies en sirotant une tasse de thé.

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    Ecole française, Le service à thé, musée du Louvre, notice

Je lisais aussi, découverte supplémentaire, une nouvelle de Nina Berberova achetée en même temps et dans la même boutique que le CD.
Le musicien et l’écrivain restent pour moi associés à ce moment diapré de sensations mêlées, les notes lentes et grises frappées par la pluie sur la fenêtre, la rondeur du thé dans ma gorge, les pages crème et soyeuses du livret, la musique coulant doucement dans mon esprit charmé par la lecture.
J’appris que Satie était un personnage fantasque et plein d’humour, vivant dans un placard à balai. Ah bon …

Une chambre pleine de choses qui ne servaient à rien et qui dissimulaient pudiquement, jusqu’à en rendre l’usage extrêmement difficile, celles qui servaient à quelque chose.

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Mais c’est justement de ces choses qui n’étaient pas là pour ma commodité, mais semblaient être venues pour leur plaisir, que ma chambre tirait pour moi sa beauté.

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Ces hautes courtines blanches qui dérobaient aux regards le lit placé comme au fond d’un sanctuaire ; la jonchée de couvre-pieds en marceline, de courtes-pointes à fleurs, de couvre-lits brodés, de taies d’oreillers en batiste, sous laquelle disparaissait le jour, comme un autel au mois de Marie sous les festons et les fleurs,

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et que le soir, pour pouvoir me coucher, j’allais poser avec précaution sur un fauteuil où ils consentaient à passer la nuit ;

lit5 à côté du lit la trinité du verre à dessins bleus, du sucrier pareil et de la carafe (toujours vide depuis le lendemain de mon arrivée sur l’ordre de ma tante qui craignait de me la voir « répandre »), sorte d’instruments du culte – presque aussi saints que la précieuse liqueur de fleur d’oranger placée près d’eux dans une ampoule de verre –

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que je n’aurais plus cru de profaner ni même possible d’utiliser pour mon usage personnel que si ç’avaient été des ciboires consacrés, mais que je considérais longuement avant de me déshabiller, dans la peur de les renverser par un faux mouvement ;

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ces petites étoles ajourées au crochet qui jetaient sur le dos des fauteuils un manteau de roses blanches qui ne devaient pas être sans épines puisque, chaque fois que j’avais fini de lire et que je voulais me lever, je m’apercevais que j’y étais resté accroché ; cette cloche de verre, sous laquelle, isolée des contacts vulgaires, la pendule bavardait dans l’intimité pour des coquillages venus de loin et pour une vieille fleur sentimentale, mais qui était si lourde à soulever que,

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quand la pendule s’arrêtait, personne, excepté l’horloger, n’aurait été assez imprudent pour entreprendre de la remonter ; cette blanche nappe en guipure qui, jetée comme revêtement d’autel sur la commode ornée de deux vases, d’une image du Sauveur et d’un buis bénit, la faisait ressembler à la Sainte Table (dont un prie-Dieu, rangé là tous les jours quand on avait « fini la chambre » achevait d’évoquer l’idée)
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mais dont les effilochements toujours engagés dans la fente des tiroirs en arrêtaient si complètement le jeu que je ne pouvais jamais prendre un mouchoir sans faire tomber d’un seul coup image du Sauveur, vases sacrés, buis bénit, et sans trébucher moi-même en me rattrapant au prie-Dieu ;

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cette triple superposition enfin de petits rideaux d’étamine, de grands rideaux de mousseline et de plus grands rideaux de basin, toujours souriants dans leur blancheur d’aubépine souvent ensoleillée, mais au fond bien agaçants dans leur maladresse et leur entêtement à jouer autour de leurs barres de bois parallèles et à se prendre les uns dans les autres et tous dans la fenêtre dès que je voulais l’ouvrir ou la fermer, un second étant toujours prêt, si je parvenais à en dégager un premier, à venir prendre immédiatement sa place dans les jointures aussi parfaitement bouchées par eux qu’elles l’eussent été par un buisson d’aubépines réelles ou par des nids d’hirondelles qui auraient eu la fantaisie de s’installer là, de sorte que cette opération, en apparence si simple, d’ouvrir ou fermer ma croisée, je n’en venais à bout sans le secours de quelqu’un de la maison ;

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toutes ces choses, qui non seulement ne pouvaient répondre à aucun de mes besoins, mais apportaient même une entrave, d’ailleurs légère, à leur satisfaction, qui évidemment n’avaient jamais été mises là pour l’utilité de quelqu’un, peuplaient une chambre de pensées en quelque sorte personnelles,

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avec cet air de prédilection d’avoir choisi de vivre là et de s’y plaire, qu’ont souvent, dans une clairière, les arbres, et, au bord des chemins ou sur les vieux murs, les fleurs.

Marcel Proust, extrait de Journées de lecture, recueil Pastiches et mélanges, éd. L’IMAGINAIRE / Gallimard

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Une phrase, une seule, serpentine, fanfreluchée, truffée de tiroirs, de plis et replis, toute brodée de mots, grouillante d’images comme un store bouillonné, gonflée comme un oreiller, une phrase pleine d’humour qui fait rire, et puis sourire à un passé enfui, retrouvé, une phrase à l’image d’une chambre d’antan, de grand’tante, une chambre où passait délicatement le plumeau, et où revient le stylo …

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On peut relire ces merveilleuses journées de lecture de Proust dans cette réédition de Gallimard qui date de septembre 2013, L’imaginaire, une collection de petits livres blancs que j’aime beaucoup.

Un jeu, cette très longue phrase m’a donné envie de jouer, de piocher dans Pinterest les chambres les plus froufrous que j’ai pu trouver !

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musique au jardin

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    « Car la musique est douce,
    Fait l’âme harmonieuse et comme un divin choeur
    Eveille mille voix qui chantent dans le coeur. »

    (Victor Hugo, Hernani, V, III)

Pour une famille vraiment vivante où chacun pense, aime et agit, avoir un jardin est une douce chose. Les soirs de printemps, d’été et d’automne, tous, la tâche du jour finie, y sont réunis ; et si petit que soit le jardin, si rapprochées que soient les haies, elles ne sont pas si hautes, qu’elles laissent voir un grand morceau de ciel où chacun lève les yeux, sans parler, en rêvant.

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L’enfant rêve à ses projets d’avenir, à la maison qu’il habitera avec son camarade préféré pour ne le quitter à jamais, à l’inconnu de la terre et de la vie ; le jeune homme rêve au charme mystérieux de celle qu’il aime, la jeune mère à l’avenir de son enfant, la femme autrefois troublée découvre, au fond de ces heures claires, sous les dehors froids de son mari, un regret douloureux qui lui fait pitié.

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Le père en suivant des yeux la fumée qui monte au dessus d’un toit s’attarde aux scènes paisibles de son passé qu’enchante dans le lointain la lumière du soir ; il songe à sa mort prochaine, à la vie de ses enfants après sa mort ; et ainsi l’âme de la famille entière monte religieusement vers le couchant, pendant que le grand tilleul, le marronnier ou le sapin, répand sur elle la bénédiction de son odeur exquise ou de son ombre vénérable.

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Mais pour une famille vraiment vivante , où chacun pense, aime et agit, pour une famille qui a une âme, qu’il est plus doux encore que cette âme puisse, le soir, s’incarner dans une voix, dans la voix claire et intarissable d’une jeune fille ou d’un jeune homme qui a reçu le don de la musique et du chant. L’étranger passant devant la porte du jardin où la famille se tait, craindrait en approchant de rompre en tous comme un rêve religieux ;

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[…] Par moments, comme le vent courbe les herbes et agite longuement les branches, un souffle incline les têtes ou les redresse brusquement. Tous alors, comme si un messager qu’on ne peut voir faisait un récit palpitant, semblent attendre avec anxiété, écouter avec transport ou avec terreur une même nouvelle qui pourtant éveille en chacun des échos divers.

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L’angoisse de la musique est à son comble, ses élans sont brisés par des chutes profondes, suivis d’élans plus désespérés. Son infini lumineux, ses mystérieuses ténèbres, pour le vieillard ce sont les vastes spectacles de la vie et de la mort, pour l’enfant les promesses pressantes de la mer et de la terre, pour l’amoureux, c’est l’infini mystérieux, ce sont les lumineuses ténèbres de l’amour.

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Le penseur voit sa vie morale se dérouler tout entière ; les chutes de la mélodie défaillante sont ses défaillances et ses chutes, et tout son coeur se révèle et s’élance quand la mélodie reprend son vol. Le murmure puissant des harmonies fait tressaillir les profondeurs obscures et riches de son souvenir. L’homme d’action halète dans la mêlée des accords, au galop des vivaces ; il triomphe majestueusement dans les adagios.

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[…] Le musicien qui prétend pourtant ne goûter dans la musique qu’un plaisir technique y éprouve aussi ces émotions significatives, mais enveloppées dans son sentiment de la beauté musicale qui les dérobe à ses propres yeux. Et moi-même enfin, écoutant dans la musique la plus vaste et la plus universelle beauté de la vie et de la mort, de la mer et du ciel, j’y ressens aussi ce que ton charme a de plus particulier et d’unique, ô chère bien-aimée.

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Marcel Proust, Famille écoutant la musique, extraits, recueil Les plaisirs et les Jours, 1893

Proust a introduit cette nouvelle par la citation de Hugo que j’ai recopiée ci-dessus.

Je pensais à ce beau texte du jeune Proust pour la fête toute proche de la musique, quand, cette semaine, j’ai reçu un gros paquet, emballé de mimosa, et illustré ainsi à chaque bout :

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Je pensai qu’il contenait une abondante réserve de madeleines, mais non, c’était une poupée ! La poupée contient dans le regard fébrile de ses yeux riboulants toute l’émotion vibrante et nostalgique d’une sonate de César Franck.

Notre tilleul offre à des centaines d’abeilles sa floraison féconde, et toute sa haute silhouette bourdonne en permanence, devient à lui seul fête de la musique pour l’arrivée de l’été.

Voici en compagnie de Victor une autre poupée, Raynal, que j’ai récemment nettoyée, elle a le visage charnu, le nez court, les yeux noisette en amande des jeunes filles de Renoir :

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Les demoiselles (je cherche des chaussures pour la petite Birgé du milieu) posent sur le piano pour quelques jours en attendant de rejoindre le reste de la fanfare, ma joyeuse collection !

Et je renouvelle vivement mes remerciements à l’amie qui m’a offert Madeleine !

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Heather Dohollau

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De la bruyère, bien sûr, pour présenter Heather Dohollau.
Et de la lumière en flots.
Les bruyères n’ont pas encore pris les pourpres de l’automne, mais la poésie de Heather se constelle de fleurs.
Ma découverte de cet écrivain est récente, mon enthousiasme est tel que j’ai pris tout le rayon de la librairie !
J’aime ce mot, enthousiasme, qui à l’origine désignait un transport divin. Porter Dieu en soi, de théos dieu.
Le mot a ensuite débordé (d’enthousiasme), il signifie admiration passionnée et joyeuse. Celle que j’éprouve en ce moment.

Cette dame, née au pays de Galles en 1925 et morte en 2013 à Saint Brieuc, composait ses poèmes en français.
Sa page wikipedia est .

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Son écriture est singulière, marie les mots d’une façon neuve, colorée, émotive. Elle traverse l’opacité des choses pour y chercher une lumière surprenante, ample et plus abondante, et si l’on se laisse emporter dans ce regard, on chancelle et flotte sur des vagues nouvelles et enrichissantes.
J’aime la surprise, et regrette de n’avoir pas rencontré cette femme de son vivant.

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Elle parle de la terre habitée d’arbres et de fleurs, du ciel comblé de lumière et d’ombre, de l’île posée entre eux deux, puisqu’elle vivait sur l’île de Bréhat, elle dédie ses poèmes à des peintres, des écrivains, observe le quotidien par transparence pour y trouver un infini rêveur, une mémoire enfouie.

Que choisir ? Impossible ! Un petit poème parmi tant d’autres …

      Seule je fais des sorties
      hors des miroirs
      colorant des jours transparents
      mêlant aux livres
      les aromates des heures
      me perdant en ces parfums
      comme Ulysse traversait Ithaque
      l’embrassant de son ombre

      Heather Dohollau, recueil Le point de rosée, éd. Folle Avoine

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Les capucines

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Elles incarnent toute l’ardeur du printemps. Un printemps fou, libre et sauvage. Les semer une seule fois dans le jardin, c’est accepter le tumulte pour plusieurs années. Elles sont bavardes, curieuses, de vraies cancanières qui se mêlent de tout, de lumière surtout !

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La lumière clapote dans les capuchons de couleurs, déborde, éclabousse de ses tons cuivrés tout le parterre. Les soleils verts balancent des ombres bleues, complémentaires, instants ronds de bonheur. La plante joyeuse, insouciante, avec ses lianes rapides en colimaçon !

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Une fleur solaire et insolente, qui court sans cesse dans la saison en vagues turbulentes, chahut végétal de l’été largement pardonné.
Et souvenir mouvant des étés lointains … une nappe de capucine étendue au jardin, couvre-sol sans entretien et tant fleuri, excellent fond photogénique, les enfants assis parmi les corolles, du soleil dans les cheveux, les frimousses rondes comme les feuilles qui les encapuchonnent, clic kodack, hop l’enfance aux couleurs acidulées en noir et blanc dans l’album !

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Un canotier fleuri de bleuets

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Fraîcheur azurée du matin ou indigo profond du soir, les promenades au jardin offrent à toute heure de beaux sourires bleus. Il y a dans mon jardin une plante volage, nomade et généreuse, légère et lumineuse, très fleur bleue, c’est la centaurée, ou le bleuet.
Avec la marguerite sauvage, elle colonise tout le jardin, il me faut l’arracher par endroit pour faire un peu de place aux rosiers.

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Je pense alors au chapeau de madame de Guermantes :

    Peut-être eussé-je été un peu moins ému si je l’eusse rencontrée chez Mme de Villeparisis à une soirée, au lieu de la voir ainsi à un des « jours » de la marquise, à un de ces thés qui ne sont pour les femmes qu’une courte halte au milieu de leur sortie et où, gardant le chapeau avec lequel elles viennent de faire leurs courses, elles apportent dans l’enfilade des salons la qualité de l’air du dehors et donnent plus jour sur Paris à la fin de l’après-midi que ne font les hautes fenêtres ouvertes dans lesquelles on entend les roulements des victorias ; Mme de Guermantes était coiffée d’un canotier fleuri de bleuets ; et ce qu’ils m’évoquaient, ce n’était pas, sur les sillons de Combray où si souvent j’en avais cueilli, sur le talus contigu à la haie de Tansonville, les soleils des lointaines années, c’était l’odeur et la poussière du crépuscule, telles qu’elles étaient tout à l’heure, au moment où Mme de Guermantes venait de les traverser, rue de la Paix.

    Marcel Proust, Du côté de Guermantes I

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Madame de Guermantes rend visite à sa tante, la marquise de Villeparisis, qui peint dans son salon des bouquets de fleurs. La duchesse de Guermantes exerce encore sa fascination sur le jeune narrateur, mais commence, au cours de la conversation, à lui dévoiler sa vraie nature … de véritable buse !

La duchesse porte une robe de pékin bleu, c’est le pourquoi des bleuets de son chapeau, et de toute sa personne émane la couleur bleue, l’irrésistible bleu de ses yeux.
Ah, les yeux de madame de Guermantes !

Plus tard, quand elle me fut devenue indifférente, je connus bien des particularités de la duchesse, et notamment (afin de m’en tenir pour le moment à ce dont je subissais déjà le charme alors sans savoir le distinguer) ses yeux, où était captif comme dans un tableau le ciel bleu d’une après-midi de France, largement découvert, baigné de lumière même quand elle ne brillait pas ;

Proust, Le côté de Guermantes I

A la fin du Côté de Guermantes, la duchesse, autrefois nimbée d’un bleu mystérieux, enchanteur, héraldique, passe au rouge infernal, rubis en flamme, fleur de sang, rouge comme son nom qui rime avec amarante.

Les descriptions de Proust en font faire, des tours de jardins et d’ateliers de couture !

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Journée mondiale du tricot

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    Grace Cossington Smith, La tricoteuse de chaussettes, 1915, Art Gallery NSW Sydney, notice

Ce tableau présente une autre figure de l’héroïsme pendant la première guerre mondiale, image féminine à l’opposé des représentations masculines habituelles, image du rôle varié des femmes durant la guerre, ici de celles qui tricotaient des chaussettes pour les soldats sur le front.
Cette femme dans le tableau est la soeur de l’artiste, qui était australienne.
La femme tricote paisiblement chez elle, tandis que ses pensées tourmentées vont vers les hommes qui combattent au loin, très loin.

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Le tricot a sa journée depuis quelques années, le second samedi de juin. Ainsi fêtons-nous aujourd’hui la journée mondiale du tricot, elle est honorée dans les salons de thé, les merceries, les parcs publics, les lieux de rencontre, bavardage et tricotage vont de concert. Voici sa page.

Les tricoteuses se sont rendues célèbres il y a plus de deux siècles, pendant la Révolution.

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    Pierre-Etienne Lesueur, Les tricoteuses jacobines, gouache, musée Carnavalet Paris, commentaires

Quand la politique se mêle au tricot … une maille glissée à gauche, une maille torse à droite, deux mailles ensemble au centre, diminution fully fashioned et comité de soutien, maille lisière et guillotine, sous Robespierre les mailles tombent moins vite que les têtes !
Ces dames jacobines tricotent aussi des chaussettes, pour une autre guerre, la guerre civile et le droit des femmes.

Il y a de plus en plus de femmes au gouvernement, et je me demande si elles tricotent à l’Assemblée Nationale. Pourquoi pas, cela n’empêche pas l’esprit de bien fonctionner !

Je tricote tous les soirs, un besoin d’aiguilles fourmille toujours dans mes mains. Bonne journée à toutes les tricoteuses !

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La poudre de calambour

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    Alfred Stevens, La lettre de rupture, vers 1867, musée d’Orsay, notice

Cette lettre, qui semble bien attrister la dame, a peut-être été saupoudrée de calembours, émaillée de saillies drôles mais blessantes, cousue de mots désagréables …

Il n’y a pas de faute de frappe dans le titre de mon article, il n’est point question de calembredaines, mais bel et bien de calambour, avec un a !

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    Sir John Lavery, La lettre, exposé en 1908, National Museum of Wales Cardiff, notice

Madame de Sévigné écrivit ces mots à sa fille, le 5 février 1672 (c’est le jour de son propre anniversaire) :

      Je vous envoie quatre rames de papier ; vous savez à quelle condition. J’espère en revoir la plus grande partie entre ici et Pâques. Après cela j’aspirerai à d’autres plaisirs. Si vous avez quelques peaux d’Espagne ou des gants , mettez-les dans le même trésor. Je fournirai de poudre de calambour.

Le calambour, ou le calambouc, ou le calambac, était un bois d’aloès très odorant. On l’utilisait en tabletterie pour fabriquer des coffrets ou des chapelets, et on le réduisait en poudre pour parfumer les lettres.

Ah, le billet doux délicatement parfumé … l’écriture féminine précédée de son parfum floral à l’ouverture de l’enveloppe doublée de soie fine … il n’y avait pas que le parfum bleu de l’encre !

Il y a bien longtemps qu’on ne parfume plus les lettres, ce serait une mode charmante à relancer !

L’heure bleue

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      c’est l’heure que je préfère,
      on l’appelle l’heure bleue
      où tout devient plus beau, plus doux, plus lumineux
      c’est comme un voile de rêve
      qu’elle mettrait devant les yeux
      cette heure bien trop brève
      et qui s’appelle l’heure bleue
      c’est une heure incertaine, c’est une heure entre deux
      où le ciel n’est pas gris même quand le ciel pleut

Cette belle chanson de Françoise Hardy peut s’écouter ici

L’heure bleue m’a inspirée dans un récent atelier d’écriture ; la consigne était de décrire, heure par heure, une journée, en faisant le tour du cadran. Douze heures, douze moments. Une journée à soi ou une autre …
Je décidai de passer cette journée à ne rien faire sur la plage (ce que je ne fais jamais en réalité), et j’avais des tableaux de Monet en tête. C’est pourquoi je blogue aujourd’hui sur ce même sujet, pour retrouver quelques bleus atmosphériques, temporels, intemporels aussi, de Monet.

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    Monet, Ile aux orties près de Vernon, 1897, Met New York, notice

9H – Neuf heures, petit matin de l’été, c’est l’heure neuve, fraîche et bleue du ciel encore vaporeux. La plage silencieuse est mienne, fondue dans le bleu céleste. La mer au loin murmure, se distingue à peine du sable, du ciel, le soleil se devine sous les voiles humides de l’aquarelle.

10H – Dix heures, la brume opale se dissipe, tout s’agite, de vifs rayons piquent l’air duveteux et l’assèchent, un zéphyr lance des bandes turquoise sur la mer, l’horizon apparaît en pointillé dans un lait bleuté. Contemplation.

11H – Onze heures, ascension des couleurs, arrivée des baigneurs ; je m’allonge ; le soleil grimpe vers le zénith, les bleus de l’eau montent en gamme, la mer monte aussi sur un sable irisé comme un fer blanc trempé de reflets bleus.

    La Falaise à Fécamp by Claude Monet Aberdeen Art Gallery and Museums Collection

    Monet
    , La falaise à Fécamp, 1881, musée d’Aberdeen, notice

12H – Midi, déjeuner de soleil sous la soie tendue et crissante du ciel chauffé à blanc ; la mer se pâme d’outremer, blêmit entre mes paupières, l’éclat violacé du sable diamanté m’aveugle au delà de mon parasol ; les couleurs saturées s’affolent, perdent la bataille contre un soleil impérial et s’éteignent en contre-jour.

13H – le débat entre le soleil et la mer continue, l’astre garde le dessus, gomme encore tout reste d’azur de ses flots lumineux, le miroir liquide, étal, soupirant dans une molle pulsation, mousse d’étoiles blanches devant mes yeux somnolents.

14H- L’horizon a trouvé sa ligne droite, contrastée, exotique, liseré violet entre l’eau saphir et le ciel céruléen, infini tropical. Des voiles blanches, gonflées de beau temps, voguant au large, accentuent les riches bleus minéraux de l’océan. Je goûte l’heure voluptueuse.

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    Monet, Antibes, 1888, Institut Courtauld, notice

15H – Quinze heures, les tons s’apaisent, la chaleur baisse, le paysage muse dans les demi-teintes, les nuances fugitives ; des sillons virides et mouvants se diluent dans le bleu plus clair de la mer, le vent se lève et des estivants jouent aux cerfs-volants qui accrochent leurs couleurs dans le ciel tiède.

16H – Seize heures, c’est l’heure chocolat du goûter sur la plage, devant le sourire blanc des vaguelettes. Le sable s’est bariolé de serviettes, la grande bleue se constelle de maillots, de ballons, de pagaies, d’objets fluo et flottants. J’hésite, le bleu est une couleur froide.

17H – Dix-sept heures, l’heure indigo d’une belle journée, grains de sable entre les pages du roman, une histoire de fleur bleue, une bluette de l’été. Presque terminée.

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18H – Dix-huit heures, le soleil commence sa descente vers le sable qui se libère et s’éclaire d’un reflet doré. La mer se retire aussi, revêt un satin bleu voilé de rose, un tendre mauve invitant à la paresse.

19H – Dix-neuf heures, l’heure des retardataires, des amoureux du littoral et de la lecture dans les lueurs chaudes et rasantes du soleil. Le bleu du ciel se nourrit de ses derniers feux, approfondit la plage de longues ombres pourpres. Même pas faim, le dîner est là, servi sur la palette fouillée des bleus maritimes, prenons encore un peu de soleil.

20H – Vingt heures, il faut songer à plier sa serviette, ne rien oublier sur la plage rendue au silence, qui se prépare à plonger dans le long soir bleu.
Et puis bleu nuit.

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    Monet, Soleil couchant à Lavacourt, détail, 1880, Petit Palais Paris, page du musée

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