La métaphysique des tubes de boutons

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La semaine dernière, j’ai renversé ma boîte de boutons. Trop vieille cette boîte, frappée d’ostéoporose, son plastique s’est fendu sous mes doigts, un morceau m’est resté dans la main tandis que le reste et son contenu valsaient par terre. C’était comme si la nacre était retournée à la plage, et, courbée vers le sol, j’ai d’abord trié les coquillages dans l’éparpillement multicolore, et puis zut à la fin, j’ai ratissé le tout, mêlant la poussière textile de mon atelier de couture à la myriade de boutons.

Je revis alors ce passage d’un livre lu et paru récemment, passage que m’avait signalé une amie en pensant à moi, et elle avait bien pensé, car j’ai acheté ce livre en deux versions, kindle et papier, c’est un tic chez moi, si je charge un ouvrage sur ma liseuse électronique, il me le faut aussi en volume réel.
Toujours ce besoin de palper.

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      …que c’est ce bouton qui ira et pas un autre, qui saura dire où se niche ce plaisir sensuel dénué de passion qui touche à la fois à la gourmandise, au sens de l’harmonie, au goût du secret et du dévoilé (l’enfant à la bobine de Freud), à l’appréhension délicieuse de l’envers du caché des choses et de ce qui pourrait advenir. Que sais-je encore ? une certaine idée de l’infini(celui du sable qui coule entre les doigts), de l’indénombrable, le sentiment contrasté de la gratuité et de la nécessité des choses et par dessus tout : la sensation d’approcher le caché, l’occulté, le secret, le déjà-là, la présence dans l’absence : au fond, dans la boîte, la béatitude de découvrir l’infini.

      Françoise Héritier, Le goût des mots, décembre 2013, éd. Odile Jacob

boutons2 Ce petit livre de Françoise Héritier fera la joie des ateliers d’écriture, il ouvre des portes sur de longs registres de vocabulaire et d’expressions.
Le passage que j’ai recopié traite de l’exploration d’une boîte à couture.

Mon goût pour les boîtes à boutons date de la prime enfance, comme pour la plupart des petites filles, de même que les boîtes de boulons attirent les petits garçons. Et vice versa, boutons et boulons séduisent tous les genres !
C’est le phénomène Amélie Poulain, l’ineffable plaisir de plonger sa main dans un sac de grains, d’avoir la singulière sensation de la multitude caressant la peau.

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Le tri est un jeu enfantin, classer par tailles, par couleur, par forme, par matière … un jeu de grandes personnes aussi.
Etant obligée de ranger mes boutons dans une nouvelle boîte, j’ai eu l’idée de classer les plus petits dans des tubes à essai. J’ai acheté dans une épicerie des épices vendues en tubes, les ai transvasées dans les classiques flacons Ducros et je me suis décarcassée pour trouver un présentoir de laboratoire.
Il me reste à me procurer d’autres tubes, la cuisine va être épicée chez Grillon !

Trouver le bouton qui convient … telle est la question. Si on découvre au fond de la boîte le bouton parfait, le compte n’y est pas, alors on achète de nouveaux boutons.

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La boîte du mot bouton est bien remplie : vient du mot bout et du verbe bouter qui veut dire « pousser ».
L’arc-boutant, par exemple, dans les cathédrales exerce une poussée pour l’équilibre de l’architecture.
Il y a aussi dans cette boîte, entre autres, debout, emboutir, aboutir, débouter, rebouter, boutonner, bouterolle, boutade, boutis, bouture, boute-hors, boute-en-train, botte, bouts-rimés, boutefeu, bousculer …

Aboutonnons les boutons de bottine au bout du pied
Le verbe aboutonner était d’usage populaire, Françoise le disait au petit Marcel quand il enfilait son paletot !

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Je me souviens dans ma jeunesse, on disait souvent que pour tricoter une veste, il avait plus cher de boutons que de laine. Mais le joli bouton est le plaisir final, la touche d’élégance, la récompense du beau travail. J’aime acheter les boutons qui « iront », les choisir avec soin. Les coudre est l’étape ultime, quand on arrive au bout de sa peine !

Ces petits ouvrages que je viens de finir vont aboutir chez mon petit-fils en Allemagne !

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Vivat flamand et gourmandise

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Pas finie l’Epiphanie ! En janvier la fête des rois s’étire tout le long du mois, il y a une reine, il y a un roi, et tout le monde boit. Hier encore j’étais invitée à une galette.

J’ai eu l’heureuse occasion, il y a quinze jours, de visiter l’exposition Jordaens au musée du Petit Palais à Paris. (Présentation ici)
On pouvait y découvrir l’oeuvre très varié, peint et dessiné, de cet artiste flamand.

Trois vastes toiles traitant du même sujet étaient rassemblées, produisant un effet joyeux, coloré, enivrant … il s’agit du thème de la fête des rois, précisément Driekoningenfeest = fête des trois rois, thème que Jordaens a traité dans presque une dizaine de grandes toiles.
Les trois toiles exposées venaient du musée des beaux arts de Bruxelles, du musée d’Israël de Jérusalem, et du musée des beaux arts de Valenciennes. Elles étaient donc d’actualité en ce mois de janvier et j’y reviens aujourd’hui pour le plaisir.

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    Jacob Jordaens, Le roi boit !, vers 1638-1640, musées royaux des beaux arts Bruxelles, notice

Dans le cartouche, en haut du tableau, est écrit: In een vry gelach / Ist goet gast syn, ce qui veut dire : où la boisson est gratuite, il fait bon être invité.

Alors invitons-nous à entrer dans la scène. Les couleurs sont vives et chatoyantes, bien plus belles que sur le site du musée de Bruxelles qui offre néanmoins à voir des agrandissements.
C’est dans ces toiles que jaillit tout le talent de Jordaens pour la nature morte. Les victuailles, la vaisselle, sont rendus avec verve, au premier plan le plateau renversé fait presque sortir les gobelets du tableau.

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Les cinq sens sont sollicités : scène assourdissante, regard comblé de couleurs et de mouvements, goût des gaufres et galettes, toucher des tissus soyeux, du pelage animal, de la chair tendre, et odeurs plutôt désagréables du bébé qu’il faut changer et du buveur qui vomit.
Ce dernier, buveur qui a trop bu, au premier plan à gauche, serait l’autoportrait du peintre.

On retrouve l’autoportrait de Jordaens dans le tableau du mba de Valenciennes :

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Jordaens est le joueur de cornemuse.

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    Jacob Jordaens, Les jeunes piaillent comme chantent les vieux, vers 1640-1645, mba Valenciennes

Dans le cartouche en haut du tableau, il est écrit cette fois en latin : Ut genus est genius / concors consentus ab ortu. C’est la traduction d’un célèbre proverbe flamand qui dit « les jeunes piaillent comme chantent les vieux ».

La grand-mère chante une chanson dont le texte est écrit sur la feuille en commençant par ce titre « een nieu liedeken » = un petit chant nouveau. Au dessus d’elle veille la chouette : est-elle le symbole de la sagesse, ou un présage funeste, ou les deux ?
La vie populaire flamande est rendue dans toute sa truculence.

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L’ancêtre, le roi, fait aussi de la musique, il donne le rythme en agitant le couvercle de la cruche d’étain.
Un autre symbole semble intervenir dans cette scène joviale : le zeste de citron, vanité du temps qui se déroule et s’écoule.
Toujours de magnifiques morceaux de nature morte.

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Dans le tableau de Jérusalem, le bébé est encore fesses nues, et là, on a la surprise de le voir faire pipi.
IMGP0344 Le spectateur reçoit presque le jet sur les pieds ! et de l’autre côté du tableau, un convive vomit aussi. Une fête chrétienne teintée de vulgarité.

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    Jacob Jordaens, Le roi boit !, vers 1645, musée d’Israël Jérusalem

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Le peintre s’est encore représenté lui-même, grimaçant, et tenant son béret d’une main. Derrière le roi se tient le fou. On admire encore les très beaux objets, comme le rafraîchissoir au premier plan.

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Ce très bel ensemble dans l’exposition du Petit Palais prouvait bien que le plat pays belge est depuis longtemps une terre d’artistes de bandes dessinées.

Ces trois tableaux pourraient illustrer le péché de gourmandise.
Un péché, la gourmandise ?
Petit travers, vilain défaut, péché véniel, ou capital ?
Il faut écouter cet excellent débat à propos de la gourmandise, que j’ai suivi sur la chaîne KTO-tv il y a juste un an, et qui expose toutes les facettes de ce qui représente un dérèglement dans l’alimentation.

Chez monsieur Onegin

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Il y a longtemps déjà, j’avais partagé dans ces pages ma passion pour le beau film de Martha Fiennes, Onegin, et depuis que Ralph Fiennes et Liv Tyler incarnent les héros de Pouchkine, le rêve blanc de Saint Pétersbourg ne me quitte plus.
Découvrir la ville en hiver, dans l’éclat glacé de ses couleurs, dans la splendeur de sa blancheur.
Mon rêve s’est calé sur le film, j’imagine la ville lumineuse sous le froid soleil de février, je la vois brumeuse et bleutée, cadre luxueux du miroir gelé de la Neva.
C’est un rêve, le quotidien pétersbourgeois est sans doute plus sombre dans les très longues nuits hivernales, plus gris dans des brouillards humides et tenaces, peu romantique dans notre dure époque de crise économique, de corruption, banditisme, d’invasion touristique permanente. Mais mon rêve se réalise !
Mon mari m’offre le voyage, et nous serons bientôt au pays d’Eugène et Tatiana !

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      Galope, Eugène ? On le devine.
      Oui, tel est bien son but final.
      C’est chez Tatiana qu’Onéguine
      Se transporte, l’original.
      Il entre. L’antichambre est vide.
      Le salon de même. Livide,
      Il ouvre une porte, deux, trois,
      Et reste soudain tout pantois.
      Quelle émotion le secoue !
      Seule, blême, en déshabillé,
      Le visage non maquillé,
      Tania, sans bruit, main sur la joue,
      Lit une lettre en répandant
      Des pleurs en un flot abondant.

      Strophe 40, chapitre VIII de Eugène Onéguine, A. Pouchkine, traduction de Charles Weinstein.

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Une bonne préparation du voyage comporte des lectures, il me faudrait avaler encore Anna Karénine, Guerre et Paix, Crime et châtiment, l’Idiot … l’écoute d’une version lue sur CD en faisant le ménage peut-être ??

Je lis en revanche le roman de Pouchkine, et le savoure autant que les magnifiques prises de vue de mon film favori.
Le saviez-vous, Eugène Onéguine est un roman en vers.
Un long délire onirique de cent-soixante-huit pages.
On peut penser que la rime sans fin décourage,
Au contraire on est emporté dans l’insondable mystère
De cet amour impossible au bord de la Neva
Entre le fier Onéguine et la fidèle Tatiana.

Lol, arrêtons de rimer aussi, je recommande tout particulièrement la traduction de Charles Weinstein aux éditions l’Harmattan. Alexandre Pouchkine a commencé son roman en 1823, et l’a terminé en 1830 après 5541 vers. Charles Weinstein a consacré aussi plusieurs années à cette traduction, rimant également, qui représente un travail considérable. Ne connaissant pas la langue russe, je ne peux pas apprécier la beauté de la version originale ni en entendre la mélodie, mais cette version française me paraît remarquable, tout aussi lyrique.

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Pouchkine a reçu une éducation française, a lu les classiques français, au lycée impérial de Tsarkoïé Sélo il fut surnommé « Français », il fut nourri de manière générale d’une solide culture européenne. Dès le lycée se révéla chez lui une vocation de poète, il a étudié Byron, Chénier, Schiller.
Dans Eugène Onéguine on trouve ainsi de nombreuses citations françaises, anglaises, allemandes, italiennes, et Tatiana se régale de romans français.
Eugène est un caractère follement romantique, cependant le roman ne semble pas être une oeuvre d’un genre purement romantique. On y trouve une étude fine du peuple russe, des aristocrates de la ville comme des paysans de la campagne, très Siècle des Lumières, on y découvre de l’humour, de la satire, et je pense à Jane Austen. D’ailleurs les deux héros s’écrivent des lettres comme dans Pride and Prejudice, et aussi tour à tour s’attirent et se repoussent.

Onéguine est un vrai romantique moderne en déséquilibre dans une époque en plein changement, il représente l’élite intellectuelle du pays, pétrie de culture européenne, mais coupée de ses racines nationales, de la vie réelle en Russie. A l’opposé, Tatiana est une jeune fille de la campagne, attachée à sa terre natale et à ses traditions, la littérature étrangère la fait rêver, mais elle garde la nostalgie de la patrie perdue par les réformes de Pierre Le Grand trop tourné vers l’Europe.

Tout cela dans des vers légers, gracieux qui créent le chef-d’oeuvre.

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La collection Hohenbuchau

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A collection exceptionnelle, catalogue exceptionnel.

Au musée des beaux arts de Stuttgart (la Staatsgalerie) se tient cet hiver, jusqu’au 23 Février, l’exposition de la Collection Hohenbuchau.

Voici la présentation sur le site de la Staatsgalerie .

La collection Hohenbuchau : j’ignorais son existence. C’est l’une des plus importantes collections privées en Europe de peinture flamande et hollandaise du XVIIème siècle.

Otto Christian Fassbender et son épouse Renate ont rassemblé depuis les années soixante-dix cette fantastique collection, qui doit son nom au château de Hohenbuchau en Hesse en Allemagne, ayant autrefois appartenu à leur famille. Les murs leur manquaient, bien sûr, le manque de place est le problème de tout collectionneur, et depuis décembre 2007, la collection a trouvé la place digne de sa qualité, dans le musée Liechtenstein de Vienne en Autriche.
Le prêt permanent de cette collection privée au musée de Vienne est une chance pour tout le monde, les collectionneurs voient leurs oeuvres idéalement conservées et dotées d’un splendide catalogue, tandis que le public peut profiter de la visite et admirer les oeuvres autant qu’il le souhaite.

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    Hendrik Ter Brugghen, Un vagabond riant et son chien, 1628, Collection Hohenbuchau, Liechtenstein Museum Vienne, notice

Cette vaste collection est variée, présente des portraits, des paysages, des scènes bibliques, mythologiques, de genre, des natures mortes d’une qualité extraordinaire. A côté des noms les plus célèbres, nous avons la chance de trouver des oeuvres d’artistes moins connus mais particulièrement attachants.

Il y a des caravagesques utrechtois, comme par exemple ce tableau de Hendrik Ter Brugghen montrant un homme joyeux avec son chien qui le lèche affectueusement. Ce tableau est l’un des enfants préférés du couple Fassbender.

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    Abraham van Beyeren, Nature morte de prestige, Collection Hohenbuchau musée Liechtenstein Vienne

Les natures mortes, austères ou prestigieuses, sont nombreuses et époustouflantes. Des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches, des tables, des niches, et des zestes de citrons à foison … On les retrouve merveilleusement photographiées dans un catalogue non moins somptueux, qui pèse trois kilos et coûte seulement 34,90€. Il ne faut pas hésiter à alourdir sa valise, même s’il faut souffrir dans les escaliers du métro !

J’ai été surprise de trouver dans l’ensemble de cette collection de nombreux points communs avec la collection de peinture flamande et hollandaise du musée des beaux arts de Quimper. Des oeuvres de peintres moins réputés, assez rarement présents dans les musées en général, se rencontrent dans la Hohenbuchau ainsi qu’à Quimper.
C’est ainsi que nous avons poussé un léger gloussement satisfait d’amateur presque averti en découvrant des Cornelis van Haarlem, Joos de Momper le Jeune, Frans Francken I et II, Pieter De Grebber, Otto Marseus van Schrieck …

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La collection Hohenbuchau présente trois magnifiques tableaux d’Otto Marseus van Schrieck dont voici quelques photos de détails que j’ai prises dans le catalogue.
Ce Marcel de la peinture hollandaise s’est spécialisé dans des gros-plans de paysages vus au ras du sol, la vie rampante et grouillante des sombres sous-bois, reptiles et batraciens au pied des arbres, insectes variés, représentés dans une atmosphère étrange, froide, inquiétante.
Serpents, chardons et papillons ont sa prédilection.

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C’est rare de pouvoir admirer autant de Schrieck rassemblés, les détails sont d’une beauté et d’une poésie merveilleuses malgré le sujet plutôt repoussant. Le musée des beaux arts de Quimper possède l’une de ces étonnantes natures vivantes (voir ici).

Après la visite, le réconfort : je recommande le restaurant du musée, très agréable, avec un plat du jour très bon et copieux à 8€, il ne faut pas s’en priver !

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Blanc, bleu, soleil

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Retour du beau pays de Souabe.
Grillon du Foyer et monsieur Grillon ont fait la connaissance de leurs petit-fils, né en décembre à Böblingen. Ses parents habitent dans la jolie ville de Herrenberg, près de Stuttgart.

Ma valise était pleine de tricots.

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De la pure laine, oui, il faut aux bébés nés en hiver dans ce pays des vêtements chauds en pure laine.
Leurs sous-vêtements sont également en pure laine, caleçons longs et bodies en laine fine, exempte de toute fibre synthétique. Cela surprend beaucoup en France, nous n’utilisons que le coton, le rhovyl, on n’aurait pas idée de couvrir de laine la peau très fine des nouveaux-nés.

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Et pourtant les petits chéris, ayant vu le jour dans la même période que l’Enfant Jésus, apprécient hautement d’être habillés comme les agneaux de la crèche.
Bonne-maman a donc tricoté le fil mérinos … et je continue …

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Les chaussettes en quantité s’imposent également pour le bien-être des petons.
Bleu, blanc, vert …

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Notre séjour en Souabe fut trop court, j’aime ce pays vallonné, coloré, authentique.
Les Souabes sont les Ecossais de l’Allemagne, ils ont la réputation d’être très très près de leurs sous ! En descendant du train de Stuttgart à Herrenberg, une personne m’a demandé de lui donner mon billet, ce que je fis , plutôt surprise. Ma fille m’a expliqué que cette demande est très fréquente, comme le billet aller-retour est valable toute la journée autant de fois que l’on veut, c’est bien de le céder à une autre personne qui pourra l’utiliser encore dans cette journée. Solidarité !
Les Souabes ont aussi la réputation de travailleurs acharnés. Arbeit, Arbeit avant tout !

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En revanche, pour la communication, les Souabes ont des progrès à faire. J’ai eu le temps de visiter le musée de Stuttgart, la Staatsgalerie, et d’y découvrir une splendide exposition dont je parlerai plus tard.
Dans le musée les photos sont interdites. Dans la boutique, les reproductions des oeuvres d’art sont très limitées. Il n’y a aucun catalogue du musée. Et le musée a un site internet sans photos!
Avec tout ça, il faut une bonne mémoire, tout conserver en tête, rien ne permet de garder des souvenirs.

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Ce sera difficile de faire la promotion de la galerie nationale de Stuttgart dans mon blogue, et pourtant ce musée nous a enchantés. Je ne peux montrer que mes modestes ouvrages aux aiguilles. Mais j’évoquerai malgré tout ce beau musée, le temps de poser valises et tricots !

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Petits livres blancs

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Retour vers le petit livre blanc de Georges-François Rey, préfacé par Michel Pastoureau, Envies de blanc. Sa blancheur Persil me rappelle La disparition de Georges Pérec (revoir ici). Outre son contenu passionnant, c’est un bel objet blanc comme ouaté, talqué, givré, lacté, fariné, sucré, salé, à la douceur fouettée de la crème, au velouté de l’hermine.

Le blanc est pur, propre, hygiénique, vierge, clair, sacré, innocent, associé maintenant au froid alors que du XVIIème au XIXème siècle il est perçu comme une couleur chaude, il est associé au deuil pour certains peuples, associé autrefois au pouvoir monarchique, symbole de paix, enfin signe de vieillesse et de sagesse.

Le blanc est l’aube de tous les possibles, et le petit livre nous les fait découvrir, nous fait apprendre son nom en russe, beluga. Mais j’ai remarqué une absence, un blanc, le blanc des yeux ! La fameuse sclérotique. Il est vrai que le blanc des yeux est plein de reflets colorés (revoir ici).

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Pour Noël j’ai reçu un petit album blanc épatant, « album blanc » est un pléonasme, mais c’est ainsi qu’on peut nommer ce petit livre alliant le texte et la musique.

Les amants parallèles de Vincent Delerm.

C’est un genre nouveau que Vincent Delerm a créé là. J’oserai dire qu’il innove dans la chanson comme par exemple Nathalie Sarraute a innové dans le roman. Cet album n’est pas qu’un recueil de chansons. C’est une histoire, celle d’un couple, chaque chapitre du livre correspond à une chanson. Le livre raconte le petit roman d’un couple et s’illustre de photographies très attachantes prises par le chanteur lui-même.
Cette oeuvre littéraire et musicale est un livre d’images à regarder, à lire, à écouter. Les mots sont pleins de poésie. Ils m’ont émue.

Oui bon, faut aimer Vincent Delerm ! Si on ne l’aime pas, on passe son chemin. Ce livre-CD est typiquement delermien, très personnel, tout en étant tout à fait nouveau. Vincent Delerm pense qu’il continuera dans ce genre, je lui souhaite l’épanouissement, le succès.

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Pour Noël, j’ai eu aussi deux petits livres blancs avec des blancs volontaires, des blancs à combler de créations personnelles.

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Je connaissais les livres d’images en noir&blanc pour adulte, à colorier soi-même, mais je ne connaissais ces petites nouvelles à illustrer soi-même. Une page de texte, une page blanche, un espace blanc, on dessine ce qui va compléter l’histoire. Ce n’est pas si facile ! L’angoisse de la page blanche … Magie blanche du coup de crayon !

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A propos de livre à créer soi-même, j’ose évoquer le mien. Mon mari m’avait demandé pour Noël le premier tome de mes souvenirs. J’ai écrit. Et puis j’ai dû donner à mes phrases un corps matériel, fait de papier. Cela s’appelle un livre, le mot m’effraie en ce qui concerne ma prose, mais l’aventure de l’imprimerie m’a beaucoup amusée !

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Ce petit livre blanc n’aurait pas existé sans l’aide de ma fille qui est graphiste. C’est elle qui a mis mon texte en pages, c’est à dire qu’elle a réalisé ce qui s’appelle l’imposition. C’est la manière de placer le texte sur les pages, afin que, une fois les pages pliées en deux et assemblées par cahiers, le texte puisse se lire dans le bon ordre. C’est un savant calcul dont je ne connais pas le secret, sur une même feuille A4 seront imprimées par exemple les pages 3 et 14 au verso et 4 et 13 au recto.

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Quand toutes les feuilles sont imprimées, il faut les plier en deux, et puis les coudre ensemble par cahiers. C’est là que j’ai pu intervenir, la couture, je connais !

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Le mot cahier vient du mot quatre, un cahier est toujours composé d’un multiple de quatre pages. Mon petit livre comporte quatre cahiers de quatre feuilles chacun. J’ai cousu les quatre cahiers de fil blanc, puis je les ai collés dans la couverture, elle-même une feuille rigide A4, que j’ai pliée au centre pour former un dos plat. Ensuite, il fallut porter le livre chez l’imprimeur afin qu’il donne un coup de massicot sur les pages, elles furent ainsi parfaitement alignées avec la couverture.

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Ce fut très intéressant de s’essayer à la reliure, l’objet est réussi, on dirait un vrai livre sorti d’une vraie maison d’édition, mais je comprends qu’un livre demande à l’éditeur du temps et du savoir-faire.
Mes souvenirs, eux, ne sont pas cousus de fil blanc, j’ai été aussi sincère que possible, et mon mari fut heureux de son cadeau, un exemplaire unique, pour un lecteur unique. On ne relie bien qu’avec le coeur !

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Blanc et bleu comme neige

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    Nicolas de Staël, Ménerbes, 1954, musée Fabre Montpellier, musée

Si la température dans le Finistère était plus basse d’au moins dix degrés, le pays serait enseveli sous plusieurs mètres de neige … on crierait au record nivéal en ce mois de nivôse. Mais point de blancheur, d’ombres bleutées dans ma région, tout n’est que grisaille et détrempe.
Il faut chercher la neige dans les tableaux !

Quel est cet éclat blanc dans le tableau ci-dessus ? Neige, ou petit pan de mur blanc sous le soleil implacable de la Provence ?
Le site du musée Fabre n’établit pas de lien direct vers la page de Nicolas de Staël. Il faut taper le nom du peintre dans la page de recherche, que j’indique dans la légende, et l’on verra apparaître ce beau tableau subtilement encadré de gris. Sous la vignette du tableau se trouve un commentaire de l’oeuvre en français, et en anglais, il faut cliquer sur la flèche pour apprendre de ces choses instructives que les musées savent nous dire.

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Le commentaire oral du site ne le dit pas, je l’ai lu dans un catalogue, l’interprétation d’une vue hivernale pour ce tableau est intéressante.
Nicolas de Staël s’est installé à Ménerbes en Provence en 1953 et y a vécu le terrible hiver de 1954. Il a neigé dans cette région cette année-là, Staël a peut-être représenté la neige et son ombre bleue, par ailleurs la surexposition provoquée par l’éclat de la neige sous le soleil donne des reflets gris au paysage. En 1954 il avait peint Marseille sous la neige. Il admirait tout particulièrement les oeuvres de Gustave Courbet, et à propos de la neige, qu’il a notamment peinte dans sa très grande toile L’hallali du cerf, Courbet avait dit à son ami, défenseur et critique d’art Jules-Antoine Castagnary que les ombres de la neige étaient réellement bleues.

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    Gustave Courbet, L’hallali du cerf, 1867, mbaa Besançon, notice

J’avais été subjuguée par cet immense tableau lors de l’expo Courbet au Grand Palais, c’est la dernière toile de grand format du peintre, la lumière bleutée de la neige y est en effet fantastique.
Cet hiver 1867 fut également très rigoureux, et Courbet en profita pour éterniser la neige.

Nicolas de Staël eut un fils à Ménerbes, né en avril 1954, et il le prénomma Gustave comme Courbet.

Pour revenir à l’atmosphère finistérienne qui nous baigne actuellement, voici un tableau tout de gris nimbé, que j’aime beaucoup. Un tableau de Vincent van Gogh peu connu :

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      Vincent van Gogh, Toits de Paris, 1886, Galerie nationale d’Irlande Dublin, notice

Papier blanc

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    Claudio Bravo, Le paquet, 1967, pastel, musée de Puerto Rico, notice

Bonne année, bonne santé, tous mes voeux de bonheur et sérénité à tous les amis de ces pages !

J’espère que les fêtes se sont bien passées et que chacun prend le chemin de la nouvelle année avec entrain.

Nous avons emballé, enrubanné, scotché tant de paquets cadeaux et de colis postaux ce mois dernier, que ce tableau ci-dessus m’a amusée pour commencer l’année. C’est un pastel, d’une virtuosité étonnante. Bravo l’artiste !

bravodet3pr Claudio Bravo (1936-2011) est un peintre chilien, sa biographie est .

Représentation du papier sur du papier, hyperréalisme et poésie du bout de ficelle. Le travail des tons blancs est extraordinaire.

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Reflets lactescents du papier
Plis et replis opalins
Volets éburnéens
Lien albugineux
Noeud crayeux
Ombres écrues
Reliefs ivoirins …

L’artiste a vécu à Madrid, c’est du blanc d’Espagne !

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Claudio Bravo a été impressionné par les tableaux de Zurbaran au musée du Prado, et sa source d’inspiration pour son paquet de papier blanc est, cela peut surprendre, le linge entourant les hanches du Christ sur la croix. Zurbaran avait étudié avec une extraordinaire maîtrise le drapé du linge et les nuances infinies de blanc.

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      Francisco de Zurbaran, Christ sur la croix, 1640, musée du Prado Madrid, page du musée

Janvier est le mois du blanc, plongeons-nous dans le blanc …

La blancheur du papier se mesure, elle a son échelle, sa qualité, sa luminosité. La blancheur du papier est la quantité d’énergie lumineuse qu’il renvoie.
Le corps le plus blanc connu est l’oxyde de magnésium, son degré de blancheur est 100. Les très beaux papiers blancs ont une valeur de 88 à 92, les papiers ordinaires de 55 à 66.

Ce très bon et très lumineux petit livre de papier blanc se trouve haut placé dans l’échelle de la blancheur!

Georges-François Rey, Envies de blanc, éd. Albin Michel bien sûr (-> Albin !)

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