Entrer dans la joie

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      Jan Gossaert, L’adoration des mages, 1510-1515, NG Londres, page du musée

Le père Noël m’a offert un livre étonnant, passionnant, sidérant, tellement épais que j’en ai repoussé la lecture jusqu’à ce mois-ci, décembre 2013. Noël arrive dans deux jours, je parle donc de mon cadeau de Noël 2012 !
Je regrette de ne pas avoir lu plus tôt cette somme de cinq-cents pages, mais j’y suis entrée, et c’est la joie.

hadjadj Fabrice Hadjadj, Le Paradis à la porte, éd. du Seuil, 2011

Le titre est volontairement ambigu : le paradis est-il l’espace céleste dont la porte s’ouvre ou se ferme à la fin de notre vie, ou bien préférons-nous mettre ce paradis à la porte, l’ignorer ? Qu’est-ce que le paradis, le livre ne le définit pas, ne le présente pas comme un ailleurs, un futur au delà, il l’approche plutôt comme une béance de la béatitude, une joie qui se partage au présent avec autrui, une joie débordante, déchirante, qui ne console pas forcément, qui peut rendre triste, mais qui s’offre, se reçoit …

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Ce livre, dense, riche, donnant beaucoup à réfléchir, se divise en nombreux chapitres qu’on peut lire séparément, à tout moment. Il accorde une grande part à l’art et la littérature, et le philosophe nous fait la surprise et la grande joie de consacrer de longs chapitres à Marcel Proust et à la Recherche.
Fabrice Hadjadj est un fin lecteur de Proust et analyse l’oeuvre d’une manière très personnelle et passionnante, d’autant plus surprenante que dans la Recherche il n’est jamais question de Dieu. Mais il est vrai que dans Le Temps retrouvé il est dit que les vrais paradis sont ceux qu’on a perdus.

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Ce serait trop long pour moi aujourd’hui d’évoquer les réflexions autour d’À la recherche du temps perdu, j’y reviendrai, et j’invite les proustophiles à lire le livre.

Comme j’aime les mots, je signale le très intéressant chapitre d’étymologie à propos du registre du bonheur.

Dans Bonheur, on le sait, il y a heur = chance, du latin augurium, présage. Le bonheur est un évènement qui arrive et qui est bon, et dans la langue anglaise, on retrouve cette même notion, happiness, c’est quelque chose qui se produit, what happens, un don de Dieu.
En grec également le bonheur est ce qui arrive en bien, eudaimon veut dire heureux, mot à mot bon ange gardien, « daimonion » est la providence, le destin. Le bonheur vient de l’écoute de l’ange gardien, d’une certaine voix divine.

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Allégresse vient du latin alacer = vif, qui a donné aussi alacrité, gaîté vive, enjouée. Et alacer vient de acer = piquant, acéré. L’allégresse n’est pas si opposée à l’amertume et peut être mordante.

Liesse vient du latin laetitia qui vient de latus, large. La liesse est une dilatation, mais pas une enflure de soi-même, elle provient de l’extérieur de soi et gagne, enveloppe.

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Exulter vient de exultare, bondir, sauter hors de. L’exultation est une joie bondissante, qui fait sortir de soi et se partage avec autrui, elle fait entrer l’autre dans l’espace de l’allégresse. Elle est le contraire de l’insulte. Insulter, c’est sauter sur, dans, mouvement inverse d’exulter, et le résultat est tout autre.

(Sauts plus loin dans le dictionnaire : Résulter, c’est sauter en arrière, en avant, c’est rebondir. J’ai cherché l’origine du mot « consulter », mais elle est différente, ne vient pas du mot sauter.)

Délectation vient de delectare dérivé de lactare. Celui qui se délecte est comme abreuvé d’un lait dont la fontaine est vivante et chaleureuse.
Il y a toujours une relation à l’autre dans le bonheur.

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C’est peut-être dans l’art que le paradis se découvre le mieux, et Fabrice Hadjadj consacre de merveilleux chapitres à Mozart, Kafka, Le Bernin.
J’ai d’ailleurs découvert ce philosophe par le biais de l’art, grâce à ses analyses du retable de l’Agneau mystique des Frères van Eyck, et du retable du Jugement dernier de Rogier van der Weyden (revoir ici).

Mon article s’illustre aujourd’hui avec un tableau que Fabrice Hadjadj aurait pu étudier aussi. C’est un élément de retable, et comme c’est Noël, c’est le moment d’en parler.
Le peintre est Jan Gossaert, qui peut se dire à la française, Jean Gossart, car il était originaire de Maubeuge, c’est pourquoi on l’appela aussi Mabuse. En son temps la ville de Flandre était sous la domination bourguignonne. En 1503 il devint membre de la guilde d’Anvers, il fit un voyage en Italie en 1508, et il mourut en 1532.

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Les détails sont peints dans une finesse fabuleuse, les matières, tissus, fourrures, bijoux, pierres, chairs, cheveux, peuvent être observés à la loupe dans le site de la National Gallery, et un diaporama de détails est proposé sur cette page.
La délectation des images est un bonheur, et nous conduit au paradis !

Voici des paroles chantées le quatrième dimanche de l’Avent :

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      Aux jours de la promesse,
      exultons de la joie !
      Créateur qui nous connais,
      tu fais sourdre un chant de paix !
      Voici que tu viens
      chasser la nuit de nos tristesses,
      Voici que tu viens !

      Aux jours de la promesse,
      une femme a dit « Oui »!
      Par l’Esprit qui t’a formé,
      tu es fils d’humanité.
      Voici que tu viens,
      Marie tressaille d’allégresse,
      Voici que tu viens !

Joyeux Noël ! gossaertdet9ngl

La rose de Noël

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      Simon Vouet, La Vierge à l’Enfant à la rose, musée des beaux arts Marseille

Simon Vouet a peint une douzaine de tableaux représentant une Vierge à l’Enfant, vue le plus souvent à mi-corps, sous différents angles, tenant dans ses bras un bébé joufflu, rose, souriant, et, pardon pour cette comparaison peu chrétienne, attendrissant comme le bébé Cadum ou un baigneur Petitcollin. Tendresse, naturel, délicatesse, bonheur maternel, émanent de ces madones à l’Enfant.
Hélas beaucoup de ces toiles ne sont pas parvenues jusqu’à nous, nous connaissons seulement leurs gravures.

Simon Vouet est un artiste parisien de la première moitié du XVIIème siècle. Son talent est multiple, il eut d’abord une période caravagesque grâce à son séjour à Rome, puis, appelé au Louvre par Louis XIII, il évolua vers des couleurs claires, lumineuses, un baroque parisien attachant. Il fut le rival de Poussin. On connaît mieux ce dernier, mais Vouet mérite vraiment un regard attentif. Son oeuvre dessiné est aussi remarquable.

J’avais montré la salle du Louvre qui lui est consacrée, revoir ici, la couleur jaune des drapés est étonnante.

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Sur l’estampe gravée par Claude Mellan en 1638 de ce tableau apparaît une phrase en latin adaptée du Cantique des Cantiques, disant ceci : Comme la rose parmi les épines, telle mon amie parmi les jeunes filles.
La rose est le symbole marial, celui de la Vierge conçue sans péché.
La France a été vouée à La Vierge par Louis XIII à la naissance du dauphin en 1638, et le culte marial s’est développé. Vouet a peint une Vierge toute de douceur et un enfant affectueux, d’une beauté faite pour émouvoir le fidèle.

Cette Vierge à la rose peut être rapprochée de celle du Louvre :

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    Simon Vouet, La Madone Hesselin, vers 1640-45, musée du Louvre, notice

Le rameau de chêne a remplacé la rose en signe de fidélité au mécène Louis Hesselin.

Le musée de l’Ermitage conserve aussi une de ces tendres « Vierge à l’Enfant » de Vouet :

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      Simon Vouet, La Vierge à l’Enfant à la colonne, Ermitage Saint Pétersbourg, page du musée.

En son temps, le nom du peintre portait un tréma sur le e comme Noël : Vouët. Les trois siècles suivants ont supprimé la petite fantaisie qui donnait à ce nom un supplément d’élégance. On devait probablement prononcer le t final, comme on le fait naturellement dans l’Ouest de la France.

En ce temps de Noël, le tableau de Marseille, la Vierge à l’Enfant à la rose, me fait penser au conte de Selma Lagerlöf, la légende de la rose de Noël. Cette très belle histoire ravira ceux qui, comme moi, aiment lire des contes de Noël durant le mois de décembre.
Ce conte peut se lire dans le recueil réuni par Julia Bracher, Les grands écrivains racontent Noël, édité par Omnibus, et aussi par France-Loisirs.

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Un conte, d’une portée chrétienne, tout à fait délicieux et profond, comme sait les écrire Selma Lagerlöf.
Petit résumé :
Un brigand redoutable est interdit dans le village et retenu dans une grotte au coeur de la forêt en haut de la montagne. Sa femme et ses cinq enfants mendient pour survivre, et un jour d’été, ils entrent dans le couvent de l’abbé Hans pour demander une obole. Ils visitent sans permission le jardin, splendidement fleuri. Un frère lai veut les chasser car aucune femme ne peut pénétrer dans ce couvent de moines.
La femme résiste violemment, l’abbé Hans arrive et tente de la calmer, il est flatté de la voir admirer son beau jardin. Mais la femme lui dit qu’elle connaît un jardin encore plus beau, là haut dans la forêt, et que celui-ci fleurit le jour de Noël pour fêter la naissance du Seigneur.
Le curé et le frère ont du mal à la croire, mais l’abbé Hans se souvient d’une légende racontant qu’un miracle se produit dans la forêt la nuit de Noël. Il demande à la dame de bien vouloir le laisser venir jusqu’à sa grotte à Noël pour assister au miracle, et la dame accepte à condition qu’il vienne uniquement accompagné du frère lai.
L’abbé parle de cette histoire à son évêque, et lui demande une lettre d’absolution pour le brigand, considérant que s’il reste interdit, ses enfants deviendront comme lui, de dangereux voyous. L’évêque répond que quand l’abbé lui apportera une fleur du jardin de Noël de cette forêt, il signera une lettre d’absolution.
Pour la nuit de Noël, l’abbé se met en route vers le haut de la montagne du brigand. Le frère le suit, méfiant, s’attendant à un guet-apens. La route est longue et rude dans la neige, ils arrivent épuisés à la grotte du brigand et sont bien accueillis dans ce très pauvre abri. Le brigand promet de ne plus jamais voler s’il est pardonné.
Les cloches de minuit retentissent dans la plaine, et dans la forêt la lumière apparaît soudain, fait fondre la neige et pousser les fleurs. Des oiseaux, des animaux, des anges arrivent comme au paradis. Un ramier se pose sur l’épaule du frère et celui-ci le chasse violemment en jurant, croyant à une tromperie diabolique. A ce moment, le vieil abbé sent son coeur se rompre, il meurt dans la béatitude. Le frère se rend compte que l’abbé succombe par sa faute.
Dans la main de l’abbé, le frère lai trouve une rose, avec ses racines, et la plante dans le jardin de son monastère. L’année suivante, dans la nuit de Noël, la rose refleurit en souvenir de l’abbé, le frère la cueille et l’apporte à l’évêque qui tient parole et libère le brigand. La famille du brigand revient au village, et le frère lai se retire dans la grotte en expiation de sa faute, tandis que chaque année la rose refleurit le jour de Noël.

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La lecture est une amitié

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La lecture est une amitié, le livre est un ami, un compagnon de nombreux instants

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    Pieter Fransz. De Grebber
    , Mère et enfant, 1622, Frans Hals Museum Haarlem, notice.

Je reprends le tableau de la semaine dernière, parce qu’il représente aussi l’acte de lecture, et il s’agit d’une façon de lire peu commune dans le domaine pictural !

Le livre à la main, l’enfant au sein …
mère et enfant ne perdent pas une goutte de ce qui les passionne
C’est une image de la lecture charmante et peu courante.

La lecture est une amitié, a écrit Marcel Proust dans un bel hommage à la lecture, que l’on peut savourer
chez Actes Sud.sll La première partie consacrée à la lecture durant l’enfance est merveilleuse.
Le tableau de Pieter De Grebber m’a donné envie de le relire.

Marcel Proust le dit, le livre est un ami, vrai, authentique, la lecture est une amitié pure, sincère, elle ne demande pas de chichi, de souci des convenances. On lit pour le plaisir, et quand il n’y a plus de plaisir, on referme le livre sans manières.

    John Singer Sargent, La table du petit-déjeuner, 1884, Fogg Art Museum Harvard University, notice

On lit à table, ce n’est pas poli, le livre n’en tient pas rigueur, livre complice de chaque instant de solitude.

On lit dans de bien diverses circonstances :

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    Claude Monet, Dans les bois à Giverny, 1887, LACMA Los Angeles, notice.

Se poser pour lire et lire en posant
Lecture devant le chevalet et lecture isolement
Le modeste livre se retrouvera sur le chevalet

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Dante Gabriel Rossetti, The day dream, 1880, V&A Museum Londres, pagedu musée

Il est dit dans le commentaire du musée que Rossetti a peint Jane Morris, l’épouse de William. Elle fut sa maîtresse, il lui a glissé dans la main un brin de chèvre-feuille, symbole de l’amour pour les préraphaélites. Rossetti lui a mis un livre en main car il avait composé un poème, intitulé comme son tableau, qui se termine par ces vers :

    She dreams; till now on her forgotten book
    Drops the forgotten blossom from her hand.

Elle rêve ; jusqu’à ce qu’une fleur oubliée tombe de sa main sur son livre oublié.

J’aime cette idée de Proust qui souligne que le livre nous est un ami fidèle, non susceptibible, sans jugement, il nous parle en secret, et ne nous en voudra pas si on l’oublie, si on le froisse, si on le claque d’un geste brusque et ingrat après y avoir trouvé ce qu’on cherchait.

Il ne sera pas choqué si on se présente à lui en petite tenue, ou toute nue, au lit, au petit coin, dans la baignoire ! Il ouvre ses pages, ferme les yeux par pudeur.

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    Alfred Stevens, Le bain, vers 1867, musée d’Orsay, notice

    Dans la lecture, l’amitié est soudain ramenée à sa pureté première. Avec les livres, pas d’amabilité. Ces amis-là, si nous passons la soirée avec eux, c’est vraiment que nous en avons envie. Eux, du moins, nous ne les quittons qu’à regret. Et quand nous les avons quittés, aucune de ces pensées qui gâtent l’amitié : Qu’ont-ils pensé de nous ? – N’avons-nous pas manqué de tact ? – Avons-nous plu ? – et la peur d’être oublié pour tel autre. Toutes ces agitations de l’amitié expirent au seuil de cette amitié pure et calme qu’est la lecture.

    Marcel Proust, extrait de Sur la lecture

Le livre est un ami silencieux, le silence ne porte pas, comme la parole, la trace de nos défauts, de nos grimaces. Le silence plus pur que la parole rend l’atmosphère de la lecture limpide et sincère.

Le livre, un ami si intime

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    Jean-Jacques Henner, La liseuse, 1880-1890, musée d’Orsay, notice.

Et puis la lecture permet de surveiller sans réveiller.

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      Rembrandt, Sainte famille, 1645, Ermitage Saint Pétersbourg, page du musée

Dans ce tableau, Rembrandt mêle le sacré et le profane, et l’on voit comment il a pu influencer Pieter Fransz. De Grebber dans cette manière de traiter une scène religieuse.
Une « lecture » attentive du tableau fait remarquer que l’ange au dessus de l’Enfant Jésus prend la pose de la crucifixion. Le grand livre, dans cette même anticipation, serait la Bible. Sainte lecture.

Et le livre, discret compagnon de voyage …

    Augustus Leopold Egg, Compagnons de voyage, 1862, musée de Birmingham, notice

Sage tourbillon de la lecture …

La lecture est bien une amitié.

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    Eugène Carrière, Femme lisant, dessin, D.A.G. Louvre, notice

L’humble enfance

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      Pieter Fransz. De Grebber, La Vierge apprenant à lire à l’Enfant Jésus, vers 1630, musée des beaux arts Quimper, notice.

    Petit Jésus qu’il nous faut être,
    Si nous voulons voir Dieu le Père,
    Accordez-nous d’alors renaître

    En purs bébés, nus, sans repaire
    Qu’une étable, et sans compagnie
    Qu’un âne et qu’un bœuf, humble paire ;

    D’avoir l’ignorance infinie
    Et l’immense toute-faiblesse
    Par quoi l’humble enfance est bénie ;

    De n’agir sans qu’un rien ne blesse
    Notre chair pourtant innocente
    Encor même d’une caresse,

    Sans que notre œil chétif ne sente
    Douloureusement l’éclat même
    De l’aube à peine pâlissante,

    Du soir venant, lueur suprême,
    Sans éprouver aucune envie
    Que d’un long sommeil tiède et blême…

    En purs bébés que l’âpre vie
    Destine — pour quel but sévère
    Ou bienheureux ? — foule asservie

    Ou troupe libre, à quel calvaire ?

    Paul Verlaine, extrait des Liturgies intimes

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Du dimanche des amis au dimanche de l’Avent

Dimanche dernier j’étais au musée, investi par ses Amis. Les amis du musée, membres de l’association, présentaient au public leur oeuvre préférée, disaient pourquoi celle-ci captait leur faveur. Idée originale et charmante pour faire connaître des merveilles.
J’ai participé, commenté, et mon tableau préféré à Quimper est ce gamin de Haarlem, angéliquement blond et dénudé.
Je n’explique pas à nouveau qui est cet enfant, c’est un très beau profil marial que sa maman présente à ses côtés.

Ce dimanche est le premier de l’Avent, nous entrons dans le mystère de la nativité. J’adore cette période de l’attente et j’ai lu ce matin ce poème peu connu de Verlaine qui m’a rappelé le tableau de dimanche dernier.

ticket2Je ne sais pas si le ticket du musée a remis la scène à l’endroit depuis 2009.

      En Avent toute !

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Dimanche, c’était avant
Lundi, c’était hier
Ce premier lundi d’Avent est né mon petit-fils !
Il est né un peu avant
Prévu pour l’Epiphanie, il est né avec l’Avent
Tout petit, tout mignon
pur bébé, humble enfance
comme un hasard souriant, je lus le poème de Verlaine
Et mon petit-fils est arrivé
Joie chez Grillon du Foyer !

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      Pieter Fransz. De Grebber
      , Mère et enfant, 1622, Frans Hals Museum Haarlem, notice.

Mercredi 4 décembre, j’ouvre la fenêtre du calendrier de l’Avent sur ce peintre, Pieter De Grebber, né vers 1600 à Haarlem, mort vers 1652-53 dans cette même ville. Le musée de Haarlem convoitait le premier tableau montré ci-dessus, vendu aux enchères à Amsterdam en 1985. Exploit, chance, merveille, le musée de Quimper a pu l’emporter grâce à une subvention exceptionnelle de la Direction des Musées de France.

Cependant il faut admettre que ces tableaux ci-dessus, représentant tous deux une mère, son enfant et un livre, auraient pu être réunis d’une manière passionnante et instructive dans le musée de Haarlem.

Deux épisodes de lecture, deux sujets différents, deux styles aussi.
Dans le tableau de Haarlem, une maman, habillée simplement, lit ou parcourt un livre en tenant sur ses genoux son enfant pour l’allaiter. Scène touchante de la vie quotidienne. Le style est influencé par les Flamands, par la manière de Rubens, Jordaens, que Pieter De Grebber étudia au début de sa carrière. Les couleurs sont vives, les ombres nettes, les matières réalistes. Le tableau date de 1622.

Dans le tableau du musée de Quimper, on perçoit quelque chose de très différent. La maman ne tient pas son enfant sur ses genoux, une certaine distance troublante s’établit entre eux deux, comme une respectueuse retenue. L’enfant est nu, ce qui enlève à la scène son banal caractère de vie quotidienne. Sous un couvert de scène profane, il s’agit d’une scène religieuse. L’enfant nu est l’Enfant Jésus. Le réalisme flamand s’évanouit, laisse place à une lumière toute rembranesque, blonde, mystérieuse et douce. Le fond travaillé du tableau de Haarlem a disparu, on a là un fond uni gris velouté, cher à Rembrandt aussi dans les années 1630-1640. Ce tableau de Quimper est donc plus tardif, des années trente. La maman est revêtue d’un magnifique châle de soie brodée d’or, c’est la Vierge.

Ces deux moments de lecture offrent deux lectures distinctes de la peinture. N’est-ce pas passionnant ?

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