Brume d’été

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Où est-elle ? On sait qu’elle est là devant nous, on entend sa molle pulsation comme une respiration proche et familière, on s’avance vers elle, mais elle se retire, semble se soustraire à nos pieds, à nos yeux. La farceuse ! On la touche enfin, oh délice, elle est tiède !

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Je me baigne presque tous les jours, c’est surtout mon propre caractère que je trempe en pénétrant dans une mer à 14 ou 15°, mais l’effort de volonté est récompensé par une baignade revigorante, salvatrice, très réjouissante. Aujourd’hui, sous un beau soleil, l’eau s’est tant réchauffée qu’elle s’évapora tout d’un coup, et après le bain glacial de la semaine, ce dimanche nous a accordé le sauna !

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La marée basse organisait une partie de cache-cache, et on se dirigeait vers l’eau les yeux bandés par la brume comme à colin-maillard. Plus j’avançais vers ce que je savais être le large, moins j’y voyais, seul le halo argenté du soleil à l’ouest restait un repère certain. On devient poltron sans ses marques habituelles, en nageant dans la vapeur j’avais peur de me perdre et pensais à Louis de Funès dans la Grande Vadrouille !

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Après le bain, j’ai séché mes mains et pris mon appareil, c’était amusant de prendre des photos contre le jour. Des photos en simili noir et blanc sous le ciel bleu vaporeux.

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Brumaire en été, ou bru-mer, ce phénomène n’est pas fréquent dans notre petit midi breton, et cette mousseline interposée entre ciel et sable transformait le paysage et les silhouettes.
On aurait dit du cinéma muet.

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L’homme qui plantait des arbres

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Quand j’ai vu le mot arbre dans ce titre de Jean Giono, j’ai emporté le livre sans l’ombre d’une hésitation. Giono plante lui-même si harmonieusement le décor naturel !
J’avais souligné l’an dernier la beauté de son livre intitulé Les trois arbres de Palzem, revoir ici, et cette année en janvier, est paru à nouveau ce tout petit livre :

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      Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, nrf, 2013

Mon goût pour les livres très courts est particulièrement prononcé en ce moment, fatigue, surmenage en sont peut-être la cause, il me faut préparer l’arrivée de la famille pour l’été, nous serons onze personnes et plus dans la maison en juillet, cela ne laisse que peu de place aux lectures de longue haleine.
Cette brève histoire extraordinaire de Giono est un enchantement de mots mêlés de philosophie et de couleurs.

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A partir de 1910, sur une colline très aride et désertique du Sud-Est de la France, un homme plante très soigneusement, et secrètement, des glands et des faines, afin de voir pousser des chênes et des hêtres. Dans la vallée plus humide, il plante des peupliers. Il procède de manière méticuleuse, géométrique, et constitue des forêts qui se développent lentement, très discrètement puisque l’arbre pousse là depuis son état de graine. La nature opère sa sélection, mais ce sont des centaines de milliers d’arbres que l’homme solitaire, sauvage, inconnu de tous, voit grandir pour reboiser la région.

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Ne se préoccupant que de la nature, cet homme n’a pas vu passer les deux guerres mondiales ! Il a inlassablement planté. La région, très pauvre et dépeuplée à l’origine, a changé de visage, est devenue verdoyante, fertile, les paysans sont venus s’y installer. Les autorités locales ont constaté un phénomène paranormal unique en son genre : une forêt régulière, de chênes et de hêtres magnifiques, est née spontanément dans la région depuis cinquante ans !

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Le vieux planteur solitaire et discret est mort très heureux. Bien belle histoire !

Le gros arbre ci-dessus est un châtaigner, qui aurait, semble-t-il, six cents ans, et qui se trouve dans ma commune. A-t-il été planté d’une main humaine, ou semé par l’élément naturel, le vent, l’oiseau ?
Ces figures imposantes inspirent le respect et l’humilité.

Voici le petit lilas, planté cette année par mon mari. J’ai hâte de respirer le parfum de ses fleurs !

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À partir d’un certain âge, on s’observe moins au dos des grandes cuillers

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Seules les fragiles petites librairies indépendantes proposent ce genre de découvertes : un livre si fin qu’il ne possède pas de tranche, ou si menue, sur laquelle on peut lire de loin un titre, un nom d’auteur, et poser son doigt pour le tirer du rayonnage. Dans la perspective infinie des étagères d’une vaste boutique, on ne repère pas ces micro-textes dont le plaisir de lecture est inversement proportionnel à l’épaisseur. Il faut à ces fascicules un magasin de même dimension.

Voici donc encore un livret de Cheyne éditeur, révélateur de talents !

    Remarques, de Nathalie Quintane

J’avais d’abord mal lu le titre, et la figure de Michèle Morgan m’était soudain apparue, Remorques, de Jean Grémillon, adapté du roman de Roger Vercel.
Ah, qu’elle était belle Michèle !

Revenons à mon petit livre : ces Remarques sont celles que l’on peut faire si on observe nos gestes quotidiens, notre cadre de vie, nos façons d’agir. On prend conscience de quelques vérités surprenantes, de situations incongrues, de raisonnements saugrenus. On sourit très souvent parce qu’on se retrouve bien.

quelques exemples :

    La soupe lyophilisée n’oblige pas à manger sa soupe plus vite.

    Au passage à niveau, je m’arrête de penser pour regarder le train.

    Hors le grille-pain, aucun appareil ne donne à la nourriture de jaillir de manière aussi manifeste.

    Qu’il vienne de face ou de dos, quand le vent souffle fort, je me penche en avant.

    En balayant, on fait l’expérience concrète de la superficie.

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J’aime ces lectures de petite souris, ces phrases courtes au creux des pages qui laissent dans la tête rêveuse une longue impression.
Nous faisons tous des remarques anodines qu’on oublie dans l’instant, et que nous devrions noter.

Je tricote le soir en regardant la télévision. Quelquefois le matin après le petit-déjeuner, je reprends mon ouvrage, et instantanément, aux premières mailles exécutées, surgissent devant mes yeux des images du film regardé pendant la formation des rangs précédents. Il y a comme un fil invisible liant étroitement le spectacle visuel et le travail manuel.

Comme j’ai passé l’âge des jouets en peluche, ceux-ci me servent de serre-livres.

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Ce phénomène de mémoire involontaire, Proust l’a merveilleusement révélé, et je pense souvent à lui quand je plonge dans les articles anciens de mon blogue, pour retrouver une image, un renseignement … je blogue depuis octobre 2005, j’ai d’abord supprimé les mois de 2005, puis toute l’année 2006, et comme l’espace internet a été agrandi, j’ai pu garder un certain nombre d’articles des années passées … mais comme c’est étrange ! Quand je relis parfois une chose que j’ai rédigée il y a plusieurs années, je suis malgré moi transportée dans le moment de l’écriture : ambiance de Noël, chaleur de l’été, montagne branlante à mes côtés de catalogues de musées …

Ah, si Proust avait connu internet, lui qui s’intéressait tant aux prouesses technologiques de son temps, comme le téléphone, l’avion, l’automobile, la photographie, quelles lignes fabuleuses écrirait-il à propos de la toile !

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Cligne-musette

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Cligne-musette désignait autrefois le jeu de cache-cache. C’est ce que nous apprend ce charmant livret de poèmes pour grandir et autres gymnastiques de mots, composés par David Dumortier, et édité par Cheyne.
On va croire que ces livres me sont envoyés par Cheyne éditeur afin que je parle d’eux, mais pas du tout, j’ai découvert dans une librairie quimpéroise aussi petite que ces fins volumes, Librairies et curiosités, des curiosités de papier bien amusantes prodiguées par cet éditeur.

Jeux de mots en clins d’oeil, cache-cache poétique, définitions souriantes et subtiles, tous les mots de ce livre ont quelque chose de tendre et savoureux.

Quelques exemples :

cachette : un petit silence bat au coeur de la guerre.

causette : petite fille qui parle seule en allant chercher de l’eau au fond de la nuit.

graine : minuscule pain d’oiseau semé dans la croûte terrestre.

Je ne peux dévoiler toutes les autres définitions, elles sont exquises.

Moment de bonheur à la plage avec mon petit livre, ma petite-fille, et le jeu de cache-cache des petits coquillages.

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De la pratique du gribouillage comme art gourmand de la lecture

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Sur la plage abandonnée par les touristes peu réchauffés, j’ai lu ce matin un petit livre extraordinaire.
La dernière page refermée, j’ai rouvert ce fin livret, me suis à nouveau glissée dans ces pages délicieuses et tout relu.
Il est trop beau pour l’annoter, pour gribouiller de ma pointe Bic les marges du doux papier crème.
L’écriture bleue lui donne la grâce d’un faire-part, celui d’un heureux évènement, le mariage d’un beau texte et d’une édition raffinée.

Et pourtant, souligner, cocher, encadrer, commenter ces écrits touchants aurait été comme une mise en abyme, un livre annoté dans un autre …

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    Danielle Bassez, Ecrits dans les marges, ou De la pratique du gribouillage comme art gourmand de la lecture, éditions Cheyne, 2010

L’auteur, une femme que je découvre, une de plus, il me semble que les femmes de lettres se font de mieux en mieux connaître, Danielle Bassez retrouve les livres de son papa, tout gribouillés d’annotations dans les marges, tout farcis de signets entre les pages, bouts de papiers variés griffonnés, calligraphiés. Que voulait-il dire avec ces nombreuses traces de ses lectures, voulait-il laisser à sa postérité un souvenir de son étude approfondie de livres monumentaux ou ardus ?

Le papa se montrait gourmet et gourmand de lecture, et pour nous, ce petit livre fort bien écrit est une vraie gourmandise.
Je dois dire que le choix de lecture du fameux papa ne peut que me plaire !

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Ce père était mineur dans le nord de la France, et aimait la lecture. Il s’engouffre dans La Recherche et creuse les phrases, pioche les mots, se retrouve en Marcel. Après cette recherche du temps perdu, il s’attèle à plus difficile …

Il taille à présent dans des roches dures. Il cherche des aspérités, après tout ce sable qui lui a coulé entre les doigts. Il a toujours aimé la montagne, son granit. Il s’attaque à des livres abrupts, froids, étincelants, aux arêtes bien découpées, qui offrent des prises à l’intelligence, des oeuvres philosophiques, scientifiques : Le hasard et la nécessité de Jacques Monod, L’Oeil et l’esprit de Merleau-Ponty. Il progresse avec la même méthode, soulignant, plaçant ses marques comme on plante des pitons dans les parois. A cela s’ajoutent seulement quelques équations qu’il calligraphie sur des feuilles volantes, des schémas qu’il s’évertue à comprendre.

Danielle Bassez, extrait de Ecrits dans les marges

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Très bel hommage à un admirable papa lecteur !
Merveilleux moment de lecture sur une plage perdue entre la mer absente et le ciel brouillé. J’ai lu mon petit livre avec ma petite-fille dans l’infini gris, doux et poétique de la grande marée, j’étais emportée.

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Mauve

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Julienne des dames est le nom de cette modeste plante de jardin de grand-mère. Plante vivace, simple et frêle, qui fleurit longtemps et illumine un coin de jardin de son mauve tendre.
Mauve, le ton des châles de grand-mère, le reflet des cheveux des grands-mères, la couleur légère de leurs souvenirs …

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J’aime le mauve des giroflées, des lavatères, des pervenches, des rhododendrons, des clématites, des roses …
J’ai un goût pour les guimauves, les malvacées en général… la guimauve en grec se dit « hibiskos », qui a donné son nom à la plante. Une plante aux propriétés émollientes, adoucissantes.

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Mauve , couleur douce issue du mélange rose layette et bleu ciel.

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Le mot mauve est de même racine que mouette. Le plumage de cet oiseau prend des reflets violet clair.
La mouette que j’ai photographiée ici n’a pas l’air de trouver que la palourde est guimauve, elle l’a secouée un long moment afin de casser sa coquille, et après maints efforts, a extirpé et avalé le mollusque.

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Pas mauviette la mouette !
La mauviette est aussi un oiseau, un genre de merle à chair délicate, ou une alouette commune dodue et bonne à manger. Son nom , dérivé de mauve, a désigné aussi un autre oiseau marin.
Mauviette, petite mauve si délicate, est devenue un sobriquet péjoratif.

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La couleur mauve, romantique, aérienne, incorporelle, convenait bien aux personnes âgées, dont elle adoucissait les traits, comme la décoction de la plante calmait les maux. Les fleurs mauves dans un jardin calment en effet les yeux, apportent la sérénité, prêtent à la mélancolie.

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L’ancolie est symbole de mélancolie, et cette année, toutes les ancolies de mon jardin sont mauves. On ne choisit pas la couleur de cette fleur sauvage, elle pousse là où le ciel l’a semée, et ses couleurs varient chaque année. Certains printemps sont pourpres, d’autres bleus, 2013 est chez moi mauve !

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L’an dernier je fus atteinte de clématite aigüe … j’en ai planté cinq pieds !
Cette année, c’est un régal mauve, de différentes nuances.
Et ce printemps, j’ai planté encore une clématite, mais rouge carmin, pour changer !

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Mélancolie mauve. Cette couleur paraît plus céleste que terrestre, touche de plus près l’esprit qu’elle ne semble surgir de la matière. Parme, lilas, violine, mauve, ces couleurs légères, lisses d’aquarelle, guident les regards en arrière, vers un passé enfui, qu’il est doux de se rappeler.

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Quand par les soirs d’été le ciel harmonieux gronde comme une bête fauve et que chacun boude l’orage, c’est au côté de Méséglise que je dois de rester seul en extase à respirer, à travers le bruit de la pluie qui tombe, l’odeur d’invisibles et persistants lilas.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Combray

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Nous avions autrefois dans le jardin un très beau lilas, et il est mort, c’est pourquoi je n’ai pas de photo de cette fleur mousseuse. La terre se prête mal à cet arbre chez nous, mais notre fils a offert à son papa un lilas mauve pour la fête des pères cette année ! Nous allons le bichonner. L’odeur mauve des lilas me transporte toujours vers un autre monde invisible.

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Le baiser lu

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      Francesco Hayez, Le baiser, 1859, Pinacothèque de Brera Milan, notice

Le goût du baiser, ha, quel sujet ! Le petit livre est , lui, en tous points délicieux :

    Le goût du baiser, textes choisis et présentés par Bélinda Cannone, éd. Mercure de France, avril 2013

baiser Il n’y a pas que les baisers du cinéma, les baisers vus sur grand écran, qui peuvent nous chavirer, il y a aussi ceux de la littérature, les baisers lus dans et entre les pages.
Ce petit livre ne rassemble, en une anthologie bien originale, que les baisers amoureux.
Le baiser affectueux ou de salutation est laissé de côté, celui qui, comme Belinda Cannone le précise, porte le sobriquet de bise ou bisou. Seul est relevé dans la littérature le baiser digne de ce nom, celui qui mêle les lèvres, les haleines et les langues.

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    Carolus Duran, Le baiser,1868, pba Lille, notice

Ils ne se sont pas produits sur la bouche mais sur les épaules et la nuque, ils n’en sont pas moins extatiques et on retrouve avec un vif plaisir ces baisers fougueux que donne Félix Vandenesse à madame de Mortsauf.

On se laisse encore asperger par la pluie de baisers de l’abbé Mouret, le baiser fautif, mais si naturel.

Et puis on rit une fois de plus avec chéri Marcel qui essaie de comprendre comment fonctionne un baiser sur la joue rose d’Albertine, et qui se demande s’il n’existe pas une connaissance par les lèvres.

On découvre un ouvrage tout dédié au baiser, de Francesco Patrizi, qu’il serait sans doute intéressant d’explorer baiserpat

A lire tous ces baisers couchés sur le papier, on a la tête qui tourne. Quel est ce lien mystérieux établi entre la lecture et le baiser ?
Lecture et baiser, c’est précisément l’expérience de Paolo et Francesca de Rimini.

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    Ingres, Paolo et Francesca, 1819, musée des beaux arts Angers, page du musée

Francesca et Paolo lisent ensemble un livre, le roman de Lancelot du Lac, et ils en sont au passage où Galehaut donne un baiser à la reine Guenièvre.
Francesca et Paolo, inspirés par cette lecture, l’interrompent et s’embrassent. Aïe, le mari trompé va envoyer les amants en enfer !
Francesca explique ainsi à Dante comment elle tomba amoureuse de Paolo.
Et Dante chante cette histoire dans un cantique célèbre de La divine comédie.

Livre dans le livre, baiser en abyme, langoureux vertige !

Rodin avait intitulé son fameux Baiser tout d’abord « Paolo et Francesca » , il avait prévu de placer cette statue dans sa Porte de l’Enfer, mais la douceur de ce couple amoureux n’avait rien d’infernal. Alors il exposa cette statue seule, et le succès fut retentissant, le public l’appela simplement Le baiser.

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      Rodin, Le baiser, vers 1882, marbre, musée Rodin Paris, page du musée

Liberté

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    Elle a mis des feuilles à ses branches
    Elle a mis des voiles à son mat
    Enfilé ses plus jolis bas
    Brulé ses habits du dimanche
    Elle a regardé l’existence
    Tous ces souvenirs entassés
    Dans son coeur comme des cendres
    Tous ces rêves à demi-fanés

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    Alors elle a murmuré
    « Liberté liberté liberté
    Ouuuh
    Liberté tu dois bien exister »
    Oui on l’entendit murmurer
    « Liberté liberté liberté
    Ouuuh
    Liberté tu dois bien exister »

    Il s’est fait un royaume étrange
    Entre le mur et le caniveau
    A l’abri d’un kiosque à journaux
    Il a choisi sa résidence
    Il n’a pas connu de vendange
    Ni de douceur au fil de l’eau
    La cruauté l’indifférence
    Se sont penchées sur son berceau

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    Mais on l’entend murmurer
    « Liberté liberté liberté
    Ouuuuh
    Liberté tu dois bien exister »
    Oui on l’entend murmurer
    « Liberté liberté liberté
    Ouuuh
    Liberté tu dois bien exister »

    On peut l’ajuster à ses hanches
    S’en envelopper comme d’un manteau
    La porter à même la peau
    Bien au chaud sur son ventre
    Nichée dans son dos
    On peut se la jouer carte blanche
    La brandir tout comme un drapeau
    On peut la glisser dans sa manche
    La cacher sous ses jupes
    Pour en faire son crédo

    degasmiro

    A chacun sa fleur ou sa fange
    A chacun son tout premier mot
    A chacun sa cave et sa grange
    A chacun sa rue son bistrot
    A chacun son âme de faïence
    A chacun son ombre au tableau
    A chacun ses trois pas de danse
    A chacun son genre de tombeau

    Mais il nous reste à rêver
    « Liberté liberté liberté
    Ouuuh
    Liberté tu dois bien exister »
    Oui il nous reste à rêver
    « Liberté liberté liberté
    Ouuuh
    Liberté tu dois bien exister »

    degasfoyo

J’aime cette chanson de Carla Bruni, j’écoute l’album en boucle en faisant le ménage, mon balai prend les ailes de la liberté !

La liberté à Orsay a sa page ici
Un modèle réduit de la statue de Bartholdi est maintenant exposé dans l’allée centrale. Les visiteurs sont accueillis en toute liberté.
Le site du musée relate son histoire.

Les oeuvres d’Edgar Degas sont toutes conservées au musée d’Orsay. Pages

Rougir jusqu’aux oreilles

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      Jan Vermeer, La jeune fille au chapeau rouge, vers 1655, NG Washington, notice

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.

Racine, extrait de Phèdre, Acte I, scène 3

Phèdre dit à Oenone qu’elle est tombée amoureuse d’Hippolyte. Admirons la simplicité des mots de Racine, leur rythme épatant !
Jamais passé simple n’a été aussi simple. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. Phèdre passe du rouge au blanc, du froid au brulant, traversée par des sensations extrêmes.

Rougir de pudeur, incandescence incontrôlable qu’on aimerait tant dissimuler.
Ce rouge-là, qui fait tressaillir tout le corps, me paraît bien illustré par ce tableau de Vermeer.

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J’ai l’impression que la jeune fille a mis un grand chapeau rouge pour atténuer le fard qui lui pique les joues. C’est une fille émotive et pudique, elle le sait, elle utilise les artifices à sa portée.
Cela ne l’empêche pas de rougir vraiment à la vue de l’homme qui la surprend.

C’est l’histoire que j’aime inventer, Vermeer a peut-être vu son tableau autrement. Ce panneau est extraordinaire, 22,8cm x 18cm, c’est minuscule pour une si grande oeuvre. Quel chapeau rouge !

gdr Le goût du rouge, textes choisis et présentés par Pascale Lismonde.

Ce petit livre est paru en janvier dernier aux éditions Mercure de France. J’aime cette série Le goût de qui rassemble des extraits de la littérature autour d’un sujet précis. Ici, il s’agit de la couleur rouge.
Rouge matière, rouge de l’amour, du sang, du feu, du pouvoir impérial et sacerdotal, rouge d’apparat, pictural, aristocratique …

Le passage de Phèdre ne figure pas dans le livre, mais je me plais à l’ajouter ici.
En revanche, le rouge des souliers de madame de Guermantes est bien sûr cité …
Dans la Recherche, il est un autre rouge que j’aime bien, c’est la rougeur pudique du jeune Marcel, qui, introduit dans le monde, rougit souvent de ses maladresses.

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Le goût du rouge, à propos du rouge amoureux, cite un très beau passage de La princesse de Clèves.
Mademoiselle de Chartres est si belle qu’en la voyant, le prince de Clèves ne peut cacher sa surprise. Et elle, devant l’étonnement du prince, ne peut s’empêcher de rougir. Cette modestie plaît tant au prince qu’il tombe éperdument amoureux.
On imagine ce jeu des rougeurs involontaires allumant les joues tour à tour. Le rouge de la pudeur est le plus subtil.

Orage …

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    Emile-Louis Vernier, Avant le grain à Grandcamp, 1878, musée d’Orsay, notice

Orage, gros grain, tempête, c’est le remue-ménage dans le ciel.
Orage, j’ai cherché ce mot étrange dans le dictionnaire.
Il est composé du mot de l’ancien français, ore qui veut dire « vent, souffle », et du suffixe collectif age.

age est un suffixe qui désigne le plus souvent l’action, mais il a aussi un sens de collectif, qui rassemble des objets.
Ce suffixe collectif a été abandonné, ainsi plus rares sont les mots en « age » désignant un rassemblement.

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    Sir Alfred East, L’orage, aquarelle, D.A.G. Louvre, notice

      Le Printemps, l’Eté et l’Hiver

      […]
      De mon esprit ainsi l’enchantement
      Naît et s’accroît pendant tout un feuillage.
      L’aquilon vient, et l’on voit tristement
      L’arbre isolé sur le coteau sauvage
      Se balancer au milieu de l’orage.
      […]
      François René de Chateaubriand, recueil Tableaux de la nature, poème entier ici.

L’orage est un grand rassemblement de vent. Le ciel, dans sa colère, réunit tout son souffle, le comprime jusqu’à l’éclatement final !

Le feuillage est l’ensemble des feuilles.
Dans l’adjectif « sauvage », la fin en age n’est pas le suffixe collectif, mais le mot vient de silva, la forêt, et concerne tout ce qui vit dans la forêt, et dans la nature en général.

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    J.H. Fragonard
    , L’orage, vers 1759, Louvre, notice
      Le Corbeau et le Renard

      Maître Corbeau, sur un arbre perché,
      Tenait en son bec un fromage.
      Maître Renard, par l’odeur alléché,
      Lui tint à peu près ce langage :
      « Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
      Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
      Sans mentir, si votre ramage
      Se rapporte à votre plumage,
      Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.  »
      […]

      Jean de la Fontaine

Le ramage est l’ensemble des rameaux, le plumage l’ensemble des plumes … le pelage, l’ensemble des poils, l’herbage l’ensemble des herbes, le voisinage, l’ensemble des voisins, le ménage l’ensemble des choses et habitants du manoir, le potage l’ensemble de ce qui cuit dans le pot.

Ha, quel bavardage, verbiage, babillage, papotage, ce tripotage dans le langage !

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      Constant Troyon, Le taureau, effet d’orage, 1850-52, musée Chéret Nice, notice

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