Les poids de l’horloge

    Edvard Munch, Autoportrait entre l’horloge et le lit, 1940-43, musée Munch Oslo, notice

Etrange composition de ce tableau : l’homme fait le lien entre la verticale de l’horloge et la ligne horizontale du lit. Quelle heure est-il ? Le cadran ne le dit pas, est-ce le matin, le soir ? L’homme a-t-il quitté sa position allongée de la nuit pour se tenir parallèle à l’horloge le reste de la journée, ou va-t-il rejoindre son lit ?
Il paraît encore ensommeillé, les yeux absents, comme si les poids de sa vitalité n’étaient pas encore remontés … jusqu’à son cerveau, ou inversement descendus de sa tête jusque dans ses jambes.

Ce tableau de Munch me fait penser à ce passage de la Recherche : je reviens vers le narrateur en vacances à Balbec que j’évoquais avant-hier.
Il s’est enfin habitué à sa chambre, il trouve plus facilement le sommeil, celui-ci le surprend malgré lui, ses roupillons intermittents lui procurent autant de rêves et lui font retrouver des forces comme sous l’effet de la clé tournant dans le cadran…

Proust nous fait entrer dans les rouages du sommeil qui agit comme un horloger :

Hier soir, je n’étais plus qu’un être vidé, sans poids, et comme il faut avoir été couché pour être capable de s’asseoir et avoir dormi pour l’être de se taire, je ne pouvais cesser de remuer ni de parler, je n’avais plus de consistance, de centre de gravité, j’étais lancé, il me semblait que j’aurais pu continuer ma morne course jusque dans la lune. Or, si en dormant mes yeux n’avaient pas vu l’heure, mon corps avait su la calculer, il avait mesuré le temps non pas sur un cadran superficiellement figuré, mais par la pesée progressive de toutes mes forces refaites que comme une puissante horloge il avait cran par cran laissé descendre de mon cerveau dans le reste de mon corps où elles entassaient maintenant jusque au-dessus de mes genoux l’abondance intacte de leurs provisions. S’il est vrai que la mer ait été autrefois notre milieu vital où il faille replonger notre sang pour retrouver nos forces, il en est de même de l’oubli, du néant mental ; on semble alors absent du temps pendant quelques heures ; mais les forces qui se sont rangées pendant ce temps-là sans être dépensées le mesurent par leur quantité aussi exactement que les poids de l’horloge ou les croulants monticules du sablier.

Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Noms de pays : le pays

À bientôt pour d’autres cadrans !

Tic-tac musical

    François Boucher, Le déjeuner, Louvre, notice

Dans cette salle-manger raffinée, la pendule richement ornée de rocaille accompagnait de son tic-tac, rocailleux lui-aussi peut-être, les petits repas de la journée.
(Petit-)déjeuner, ou bien goûter.
Le site du musée indique que du café serait servi mais il semble que l’objet tenu en main soit une chocolatière.

L’horloge n’indique pas five o’clock, cependant la théière est là !

J’ai cherché une horloge du XVIIIème siècle parce je remercie vivement un fidèle lecteur, Mi♭ , qui m’a fait découvrir une symphonie de Joseph Haydn que je ne connaissais pas.
Une horloge pour illustrer une symphonie créée en 1794 …

La symphonie n°101 en ré majeur de Haydn a été surnommée symphonie l’horloge car son second mouvement, andante, laisse entendre comme le tic-tac d’une horloge.

Je reprends le lien de Mi♭ qui permet d’écouter toute la symphonie ici

et ci-dessous on entend l’andante au tic-tac un peu plus rapide à mon avis que sur le site canadien ( chaque horloge a son réglage !):

Musique délicieuse et originale, qui me paraît accompagner joliment la peinture heureuse de Boucher, et qui donne à nos têtes un mouvement de balancier.

Merci Mi♭ 🙂 !

    François Boucher, Marquise de Pompadour, 1756, Alte Pinakothek, Munich, notice

Le langage de la pendule

    Carl Larsson, Au coin, 1895, Nationalmuseum Stockholm

C’est notre attention qui met des objets dans une chambre, et l’habitude qui les en retire, et nous y fait de la place. De la place, il n’y en avait pas pour moi dans ma chambre de Balbec (mienne de nom seulement), elle était pleine de choses qui, ne me connaissant pas, me rendirent le coup d’œil méfiant que je leur jetai et, sans tenir aucun compte de mon existence, témoignèrent que je dérangeais le train-train de la leur. La pendule – alors qu’à la maison je n’entendais la mienne que quelques secondes par semaine, seulement quand je sortais d’une profonde méditation – continua sans s’interrompre un instant à tenir dans une langue inconnue des propos qui devaient être désobligeants pour moi, car les grands rideaux violets l’écoutaient sans répondre, mais dans une attitude analogue à celle des gens qui haussent les épaules pour montrer que la vue d’un tiers les irrite.

Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, noms de pays : le pays

Continuons le tour de l’horloge.
Quand il est question du temps qui passe, on se plonge dans sa Recherche avec un grand R et on retrouve de merveilleux passages.
Proust l’écrit dans Le Temps retrouvé, je crois, les cadrans intérieurs départis aux hommes ne sont pas tous réglés à la même heure. On peut dire que la Recherche nous laisse lire et entendre toutes ces heures démultipliées.

Dans l’inoubliable chanson de Jacques Brel, la pendule, qui dit oui, qui dit non, dit surtout je t’attends.
Dans À la recherche du temps perdu, la pendule ne tutoie pas le jeune narrateur, s’exprime en une langue étrangère.

Quand il arrive pour la première fois à Balbec avec sa grand-mère (extrait ci-dessus), il est effrayé par sa chambre d’hôtel, hostile, car l’habitude, cette aménageuse habile, ne l’a pas encore apprivoisé à ce cadre nouveau, peuplé d’objets animés d’une subjective agressivité.
(Cet épisode nous renvoie en quelque sorte à l’origine commune des mots hôte et hostile, l’hôtel étant conçu pour accueillir l’étranger souvent ennemi)

La pendule ne parle pas à son oreille, mais contrarie son sommeil, et les grands rideaux violets lui paraissent former le cadre historique idéal pour l’assassinat du duc de Guise !

Ce n’est pas le narrateur qui n’a jamais vu auparavant les objets de la chambre, ce sont ceux-ci au contraire qui ne le connaissent pas, et leur mépris, leur ignorance rendent le jeune Marcel méfiant. Il ne comprend pas leur langue, mais c’est sûr, le discours de la pendule, que les rideaux jugent stupide, est médisant, la pendule le débine ! ( je me permets ce sens familier du verbe débiner car Proust l’utilise plusieurs fois : Gilberte débine Rachel qui débine la Berma !) Les objets se moquent entre eux comme les humains.
Ainsi nous dépeint l’auteur, à sa manière très imagée, l’univers fantastique d’une chambre inconnue.

      Carl Larsson, Jouets dans le coin, aquarelle, Nationalmuseum Stockholm, notice

Le temps de l’horloge

    Christian Krohg, Intérieur d’une maison de pêcheur à Skagen, 1883, Nationalmuseum Stockholm, notice

      Le temps de l’horloge

      L’autre jour j’écoutais le temps
      qui passait sous l’horloge.
      Chaînes, battants et rouages
      il faisait plus de bruit que cent
      au clocher du village
      et mon âme en était contente.

      J’aime mieux le temps s’il se montre
      que s’il passe en nous sans bruit
      comme un voleur dans la nuit.

      Jean Tardieu (1903-1995), recueil Formeries

Passons un peu de temps avec le sujet du temps qui passe …

J’aime ce poème car il reflète assez bien mes petites manies. J’aime entendre s’écouler le temps au son tantôt rauque, ferrugineux de telle horloge, tantôt aigu et cristallin de telle autre. Jour et nuit, une demi-douzaine de pendules sonnent tous les coups de chaque heure de manière presque synchronisée dans notre maison ! Cela ne nous empêche pas de dormir, au contraire nos balanciers nous bercent et me rassurent, comme le pêcheur dans le tableau ci-dessus.

J’aime les horloges et j’aime ce mot, qui fut d’abord masculin (sa forme masculine est restée dans la ville de Rouen !) et qui imposa son féminin au XVIIème siècle.
Son étymologie grecque est simple, de hôra , heure, et de legein, dire, parler. C’est l’horloge parlante ! L’horloge dit l’heure en sonnant.
Le verbe grec legein a pour correspondant latin legere, lire. L’horloge permet de lire l’heure.

Lisons, tricotons au rythme charmant de la vieille horloge !

Vendredi bleuet

      Le temps qui passe

      lundi gris
      mardi rose hortensia
      mercredi bleu : tu reviendras

      les autres jours de la semaine !

      jeudi vert des jeux
      sous les arbres et les merles
      vendredi blanc
      du fromage à la crème
      et samedi rouge carotte

      dimanche, lui, tiendra
      le soleil sur sa tige
      entre ses deux bras.

      Andrée Hyvernaud (1910-2005), recueil Transparences, éditions Saint-Germain-des-Prés, 1976

Myrtille, chardonneret et chardon ont une couleur en commun : bleu.
Un bleu intense, subtil et profond, grisé d’un souffle de buée, un bleu qu’on pourrait dire Nattier, regarder par exemple la duchesse en Hébé au Louvre

Est-ce parce que j’ai planté des chardons bleus dans le jardin que les chardonnerets nous rendent de fréquentes visites ? Ils portent une coiffe bleue merveilleusement dessinée.

Vendredi blanc et bleu ! Nous avons dégusté un dessert divin, du fromage blanc avec des myrtilles du jardin.

Un dessert de bleuets comme on dit au Canada.

Ainsi le temps passe, de fleurs en heures bleues.

Cher matin

      Ô lumineux matin

      Ô lumineux matin, jeunesse des journées,
      Matin d’or, bourdonnant et vif comme un frelon,
      Qui piques chaudement la nature, étonnée
      De te revoir après un temps de nuit si long ;

      Matin, fête de l’herbe et des bonnes rosées,
      Rire du vent agile, oeil du jour curieux,
      Qui regardes les fleurs, par la nuit reposées,
      Dans les buissons luisants s’ouvrir comme des yeux ;

      Heure de bel espoir qui s’ébat dans l’air vierge
      Emmêlant les vapeurs, les souffles, les rayons,
      Où les coteaux herbeux, d’où l’aube blanche émerge,
      Sous les trèfles touffus font chanter leurs grillons ;

      Belle heure, où tout mouillé d’avoir bu l’eau vivante,
      Le frissonnant soleil que la mer a baigné
      Éveille brusquement dans les branches mouvantes
      Le piaillement joyeux des oiseaux matiniers,

      Instant salubre et clair, ô fraîche renaissance,
      Gai divertissement des guêpes sur le thym,
      – Tu écartes la mort, les ombres, le silence,
      L’orage, la fatigue et la peur, cher matin…

    Anna de Noailles, recueil Le coeur innombrable

Un rien m’accable, quelques degrés au dessus des délicieux vingt-trois qui font un bel été breton et je dépéris comme les fleurs fraîches de l’ombre ! Quand la chaleur vient traquer les hortensias jusque dans leurs repères ombragés et les chiffonne comme une robe de mariée après le bal, ce mépris de la nature me saccage tout autant et je ne réserve à ce temps adulé par les vacanciers que jurons revanchards.

Heureusement, l’heure bleue de la journée apporte son réconfort, hélas éphémère, volatile, mais si précieux.
Les hortensias reprennent comme par miracle leurs couleurs jaillissantes et fraîches, mais le soleil arrive, progresse, va bientôt éteindre ce ton fabuleusement électrique.

Hmmm, l’ombre soyeuse, mauve et mélancolique comme les yeux doucement tristes d’Odette !
Cher matin, petit matin bondissant, fugitif, escarcelle de fraîcheur, de riche couleur, dans la grande journée aplatie de chaleur.

Liberty, j’écris ton nom

Folie du Liberty, indémodable imprimé, parfait à tout âge et en toutes saisons, qualité idéale, ce tissu de réputation mondiale fait la joie de toutes les générations depuis plus d’un siècle.

Il enchante aussi les couturières, ce tissu léger d’excellente tenue. Il est tellement chouette qu’on lui pardonne son prix … mais on conserve les moindres chutes, pas question de faire du gaspillage !

Liberty est le nom de famille de son créateur, Arthur Lasenby Liberty, qui ouvrit en 1875 à Londres un magasin de décoration, de tissus, ameublement, objets d’art en provenance d’Extrême Orient. Ce palais de la découverte du Soleil Levant se situait dans la Regent Street, et s’appelait Liberty of London. Il connut un succès retentissant.

Ce fut rapidement la boutique de Londres la plus « fashionable » et les tissus Liberty s’adressaient aussi bien à l’habillement qu’à l’ameublement. Les sources d’inspiration pour les imprimés furent les motifs asiatiques bien sûr, ainsi que l’art nouveau et le mouvement pré-raphaëlite.

      Kesi, tapisserie chinoise, 13ème-14ème siècle, TNM Tokyo, notice

Si on visite le site du musée national de Tokyo, on trouve des ressemblances entre les arts textiles de l’Extrême Orient et les motifs du Liberty.

      Costume Noh japonais, 16ème siècle, TNM Tokyo, notice

Les vêtements Liberty ont d’ailleurs rapidement séduit les Japonais. Maintenant le Japon fabrique des tissus dans l’esprit Liberty qui fait fureur en Europe, et je me demande si l’authentique tissu anglais Liberty est encore fabriqué au Royaume Uni, car la mention « made in … » n’est pas inscrite sur la lisière.

Je me souviens des délicats chemisiers Cacharel en tissu Liberty dans les années soixante-dix, ce romantisme me faisait rêver ! Maintenant je me délecte avec ces imprimés fleuris pour habiller les petits-enfants.

Et d’une chute on fait un chat 😉 !

Vertige de la verticale

En me promenant avec monsieur de Charlus ce matin au bord de l’anse, je fus frappée par la verticalité des lignes qui nous entourent. La mer se distingue par l’implacable horizontalité de sa ligne bleue, tandis que les bateaux hachurent le paysage dans l’autre sens, parfois jusqu’à outrance ( même si on ne sait pas où c’est, Outrance !).

Il fait beau, le soleil monte haut dans le ciel, parvient à son zénith sans nuages, nous frappe la tête en plein vertex. On aurait envie de s’allonger en parallèle à l’horizon, sous le soleil exactement, pas à côté, juste en dessous !
À sa verticale !

Le vertex, je ne savais pas ce que c’était, un bout de cervelle peut-être, j’ai regardé dans le dictionnaire, ça concerne en effet la tête, mais c’est le point le plus élevé de la ligne médiane du crâne.

Le vertex est aussi le point de latitude maximale atteint par une ligne géodésique d’une surface de révolution.

Cette dernière définition me dépasse, elle me fait simplement penser à ce jeu composé de roues dentelées, qu’on fixait avec des épingles sur une feuille de papier, et qu’on faisait tourner avec la pointe d’un stylo bille. On obtenait un dessin du genre de l’écran de l’Eurovision à la télévision des années soixante, et ce jeu s’appelait, je crois, un spirographe.

Ce jeu de dessin au stylo bille était délicat, il y avait des points critiques, justement des points de vertex, où le stylo atteignait un sommet puis redescendait brutalement et le risque était grand de déraper, de raturer.
Le dessin obtenu avait une forme verticillée, une forme de fleur dont les pétales se disposaient en anneau vertical par rapport au cercle central, comme une marguerite.

On le devine, le point commun entre le vertex, la verticalité, le verticille et le vertige, c’est la révolution, l’action de tourner, le tournis. En effet, ces mots sont issus du verbe latin vertere qui veut dire tourner.

La magie du reflet aquatique allonge les verticales et donne un peu le vertige. La longueur des mâts dédoublés fascine. Dans cette anse qui assèche à marée basse, l’eau n’est pas du tout profonde, mais le bateau paraît la traverser infiniment.

J’aime ces décalcomanies naturelles et cette lisière fragile entre l’image et son reflet, entre horizon et vertige.

Quelques âneries

      J’aime l’âne

      J’aime l’âne si doux
      marchant le long des houx.

      Il prend garde aux abeilles
      et bouge ses oreilles ;

      et il porte les pauvres
      et des sacs remplis d’orge.

      Il va, près des fossés,
      d’un petit pas cassé.

      Mon amie le croit bête
      parce qu’il est poète.

      Il réfléchit toujours.
      Ses yeux sont en velours.

    null

      Jeune fille au doux cœur,
      tu n’as pas sa douceur :

      car il est devant Dieu
      l’âne doux du ciel bleu.

      Et il reste à l’étable,
      fatigué, misérable,

      ayant bien fatigué
      ses pauvres petits pieds.

      Il a fait son devoir
      du matin jusqu’au soir.

      Qu’as-tu fait jeune fille ?
      Tu as tiré l’aiguille…

      Mais l’âne s’est blessé :
      la mouche l’a piqué.

      Il a tant travaillé
      que ça vous fait pitié.

      Qu’as-tu mangé petite ?
      — T’as mangé des cerises.

      L’âne n’a pas eu d’orge,
      car le maître est trop pauvre.

      Il a sucé la corde,
      puis a dormi dans l’ombre…

      La corde de ton cœur
      n’a pas cette douceur.

      Il est l’âne si doux
      marchant le long des houx.

      J’ai le cœur ulcéré :
      ce mot-là te plairait.

      Dis-moi donc, ma chérie,
      si je pleure ou je ris ?

      Va trouver le vieil âne,
      et dis-lui que mon âme

      est sur les grands chemins,
      comme lui le matin.

      Demande-lui, chérie,
      si je pleure ou je ris ?

      Je doute qu’il réponde :
      il marchera dans l’ombre,

      crevé par la douceur,
      sur le chemin en fleurs.

      Francis Jammes, recueil De l’angélus de l’aube à l’angélus du soir

    Je l’avais complètement oublié, ce poème de mon enfance. En le lisant, dans l’une de ces anthologies de poésie que j’aime feuilleter de temps en temps, deux vers ont craqué l’allumette dans la paille de mes menus souvenirs. Il réfléchit toujours, ses yeux sont en velours, ces rimes caressantes m’ont bercée il y a fort longtemps, à l’école primaire. Je devais ânonner ce charmant poème, comme l’ânon le ferait s’il avait la parole, puisqu’on prête à l’âne une piètre réputation. Pourquoi donc le bonnet d’âne aux élèves peu doués ?

      John Lewis Brown, Le laitier, mba Bordeaux

Depuis l’Antiquité l’âne n’a pas bonne presse, les Romains le qualifiaient déjà de buté, stupide et paresseux. Et pourtant ce pauvre animal était une bête de somme toujours prête à travailler dans n’importe quelle condition. Heureusement la Bible, ainsi que les poètes et écrivains, ont su lui rendre ses qualités naturelles. Dans la peinture religieuse, il fait discrètement partie de toutes les Nativités, les adorations de bergers, les fuites en Egypte, le velours gris de son pelage toujours en toile de fond, personnage plein d’humilité et de générosité comme Joseph.

      Fragonard, Les blanchisseuses, vers 1758, mba Rouen, notice

L’âne est l’ami des enfants sages ou qui font des âneries, il était mon personnage de conte préféré, le Cadichon de mon coeur. J’ai longtemps aimé les ânes, je rêvais d’en posséder un plus tard, que je mettrais dans un pré comme on met sa voiture au garage, car j’avais peur des voitures, et j’avais décrété que j’irais toujours faire mes courses au supermarché à dos d’âne !

      Constant Troyon, En route vers le marché, 1859, Ermitage Saint Pétersbourg, notice

J’ai abandonné heureusement cette utopie asinesque, mais j’ai gardé une grande tendresse pour les ânes, et j’ai pris un grand plaisir à rechercher des tableaux non religieux dans lesquels cheminent et trottinent, cahin caha, de câlins ânes gris.

Dans le poème, les tableaux sont :

Vincent van Gogh, Matin, départ au travail, Ermitage Saint Pétersbourg, notice

Antoine Watteau, détail du Pierrot, vers 1718-1719, Louvre, notice

Louis Le Nain, La famille de la laitière, vers 1641, Ermitage Saint Pétersbourg, notice

Francisco de Goya
, Tempête de neige ou l’hiver, 1786-1787, Prado Madrid, notice

Eva Gonzales, Promenade à dos d’âne, vers 1880, city museum Bristol

Qu’elle est belle ma Bretagne quand elle pleut

Les Romains disaient : caelum pluit , le ciel pleut, du verbe pluere, pleuvoir. En français la forme verbale est impersonnelle, on dit il pleut, et non pas elle pleut.

Ce matin il faisait beau, nous y avions cru, à l’arrivée de l’été. Et puis non, fausse alerte, ce soir il pleut !

Il faut prendre la pluie avec philosophie et aimer « ce phénomène banal du climat breton » comme dit le commentaire du musée d’Orsay.
Cette pluie bretonne a donné de beaux tableaux, et une bien belle chanson, dont j’aime le titre :

Cette version de Jean-Michel Caradec est l’original de la chanson, et Nolwenn Leroy l’a reprise, de bien jolie façon.
J.M. Caradec naquit à Morlaix et mourut en région parisienne, alors que Paul Sérusier naquit à Paris et mourut à Morlaix.

Plic, ploc, plouf, la pluie …
et si, bien à l’abri dans la maison, nous cherchions ce mot dans le dictionnaire !
J’aime bien fouiller dans les dictionnaires quand il pleut.

Quelle surprise, la pluie est une richesse !
La Bretagne, où règne la pluie selon certaines mauvaises langues, bénéficierait d’une sorte de ploutocratie. En effet, les mots pluie et ploutocratie sont de la même racine grecque : plein.
Ploutos, qui en grec veut dire « richesse, abondance de biens », vient du radical plein = flotter, couler, inonder, répandre, et naviguer.

Imaginons la pluie mate changée en grêle de pièces d’or le temps d’un grain, faisant briller une averse de sourires sur les visages sombres et résignés !

Bonne pluie, vilaine pluie, il faut se dire  » qu’elle m’a plu la Bretagne quand elle a plu ! » 🙂

css.php