L’ingénieuse bouquetière

Oh, Georges Duhamel ! ai-je soufflé en voyant cette fleur sur le bord d’un chemin anglais en septembre dernier …
La belle ombelle de Duhamel ! ai-je rimé en photographiant cette simple fleur sauvage.

      L’ingénue bouquetière

      La carotte sauvage, dont la racine sent si bon qu’elle séduit et retient les fourmis, la carotte sauvage fait, pendant la belle saison, une fleur en ombelle sans éclat, sans fraîcheur. Mais au centre de tout ce blanc, s’épanouit, miraculeuse, une petite corolle pourpre. Elle semble, au milieu des autres, une reine mystérieuse, nourrie de sucs trop précieux pour qu’on les puisse prodiguer.

      Interrogez la carotte quand sa fleur est épanouie, dans la tiédeur de midi. Demandez-lui les raisons de ce caprice délicat. Elle vous avouera qu’elle a lu les bons auteurs et que cela fait réfléchir.
      – Au train, dit-elle, où vont les choses, force nous est de céder à la publicité. Il faut attirer le chaland. Si vous saviez comme les insectes sont sollicités, maintenant ! Au plus malin la clientèle.

      Georges Duhamel, Fables de mon jardin, L’ingénieuse bouquetière, 1936

La lecture a des pouvoirs insoupçonnés ! Cet été, j’avais acheté, dans une brocante, pour un simple euro un vieux livre si mité que son prix me paraissait exagéré, mais le titre m’avait sauté au coeur. Fables de mon jardin . C’est vrai qu’un jardin, même très modeste, peut être fabuleux.

Ce petit livre fragile de 1948 s’effrite comme une fleur séchée, et laisse entre les doigts des paillettes de papier bruni. Je l’ai feuilleté dans une infinie précaution doublée peu à peu d’un tendre émerveillement au fil de la lecture. De ce livre est sorti un jardin extraordinaire.

Georges Duhamel, de l’Académie française. N’est-ce pas aujourd’hui l’un de ces auteurs oubliés, démodés, ne méritant pas cette distance ingrate des lecteurs ?

Sans lui, sans ce livre découvert au hasard, je ne me serais pas penchée sur cette fleur pâlotte au bord du chemin, proche de la carotte sauvage, je n’aurais pas observé les coeurs empourprés, je n’aurais pas vu qu’ils attirent de nombreux insectes. Un bonne publicité exige en effet de la couleur, une note appétissante, apéritive, décorative, et ingénieuse.

Et puis voici des roses de décembre, de mon jardin.

En Avent route !

27 Novembre, premier dimanche de l’Avent, la nouvelle année liturgique commence très tôt et c’est une grande joie ! J’aime tant cette période de l’Avent, que plus elle s’allonge, meilleure elle est. Ce temps fait une large place au sourire, à la patience, à l’écoute, de la musique par exemple, au chant, j’aime écouter et chanter des airs de Noël en toutes langues.

Ce premier Avent au 27 novembre me rappelle le fameux feuilleton ( pardon pour ce mot archaïque ! ) Pride and Prejudice, que j’évoquais récemment à propos de la maison de Lyme Park, on assiste au bal de Netherfield qui a lieu exactement un 26 novembre, et toute la salle est décorée pour Noël, avec des branches de sapin et des noeuds rouges ornant les murs. L’Avent commença donc cette année-là à son jour le plus précoce.

Voici donc le grand panneau décoratif que j’ai terminé hier. J’ai tout imaginé, je ne peux pas indiquer de modèle ! J’ai appliqué les motifs en tissu à la machine, travail bien sûr beaucoup plus rapide ( et moins joli ) que l’authentique patchwork à la main, et, pour répondre à celle-qui-en-rêvait, je peux dire que ma machine à coudre n’est pas bruyante, pas silencieuse non plus, mais conciliante, elle m’autorise l’écoute de la musique 🙂 .

Je souhaite à tous une attente de Noël douce et sereine !

Marcel Proust le musicien

Littérature et musique, livre et CD, en un mot : audiolivre, ce petit livre comportant dans ses pages deux CD m’a emportée dans des tourbillons de bonheur aujourd’hui.

Proust le musicien, tel est le titre de cet ouvrage un peu particulier. Les CD donnent à écouter un choix de morceaux musicaux et des extraits de  » À la recherche du temps perdu  » lus par des acteurs.

Tout l’après-midi je l’ai écouté en boucle en cousant au point zig-zag !

Le site de ce livre, Proust Le Musicien est en préparation et mes broderies avancent bien.

Proust était mélomane et aussi musicien, il jouait du piano. La musique occupe une grande place dans La recherche, il y est question d’une sonate composée par un modeste professeur de piano de Combray, Vinteuil, dont le narrateur découvrira plus tard tout le génie. Il a également composé à la fin de sa vie un septuor qui fascine le narrateur et le décide à construire sa vie d’écrivain.

Cet audiolivre n’existait pas , il fallait le créer pour l’illustration sonore de La Recherche.
À la recherche de Vinteuil, ainsi pourrait-il s’intituler. Quels sont les compositeurs qui ont inspiré Proust, quels morceaux musicaux ont servi de modèles à La sonate de Vinteuil, au septuor ?

L’ouvrage propose Reynaldo Hahn, l’ami cher de Proust, César Franck bien sûr, Saint Saens, Debussy, Fauré, Beethoven, Wagner, des musiciens que Proust aimait beaucoup.

J’ai particulièrement aimé cette mélodie de Reynaldo Hahn , À Chloris, composée sur un petit poème de Théophile de Viau :

À la beauté de la musique s’ajoute le charme des voix des acteurs lisant les passages de La Recherche centrés sur la musique : voix de Romane Bohringer, Michael Lonsdale, Didier Sandre. Trois voix très différentes, la voix de Romane est déchirante et mélancolique, tandis que celle de M. Lonsdale est nostalgique avec des étincelles de gaieté.

Cet ouvrage est conçu et joué par Sandra Moubarak et Anthony Leroy, préfacé par Yann Ollivier et Jean-Yves Tadié.
La musique détermina le narrateur à devenir écrivain, et le charme de ce livre-CD guida la création de mon ouvrage de couture. Je le montrerai terminé bientôt 🙂 !

Catherinette ou grisette



    Jean-Baptiste Greuze
    , Le chapeau blanc, vers 1780, MFA Boston, notice

Existe-t-elle encore cette tradition de la sainte Catherine qui veut qu’une jeune fille toujours célibataire à vingt-cinq ans coiffe un chapeau sortant de l’ordinaire ?

Il me semble que la catherinette aujourd’hui se nomme plutôt une Bridget et elle a avancé en âge, atteint la barrière des trente ans.

La peinture, du moyen-âge à nos jours, offre à nos yeux de fantastiques chapeaux et pour ce 25 novembre 2011 je choisis un bibi de Greuze.

N’est-il pas merveilleux de légèreté ? Tout de tulle tuyauté, comme façonné dans le sucre filé, empanaché d’une plume d’oie blanche.
Oie blanche la jeune fille ?

On admire autant le talent de l’artiste que la beauté naturelle et fascinante de ce visage. On appelle cet art de peindre un faire  » porcelainé « , mais le teint du modèle est bien celui d’un biscuit tendre.
Dans l’ovale pur de ce visage, l’arc parfait du sourcil ajoute sa douceur aux yeux gris-vert caressants comme un velours de vair. Le rose diffus de la pudeur sur les joues, l’éclat nacré du nez droit et fin, le retroussis léger de la lèvre naïvement voluptueuse et les cheveux sagement poudrés de blancheur laissent penser que dans les veines de la jeune fille coule un sang paisible et qu’elle attend patiemment le prince charmant.

Ah, mais des charmes plus substantiels tirent le regard du spectateur vers le bas du tableau !

Après la sagesse amidonnée du chapeau, on savoure le désordre d’un décolleté chamboulé, d’une épaule dénudée …
Greuze se voulait moralisateur et représenta souvent les dégâts du laisser-aller, de la faiblesse de la chair.
La jeune fille a perdu sa vertu, la petite catherinette serait bien une grisette, qui travaillait dans la mode, cousait des chapeaux pour les dames et finissait dans les bras des maris.

Moral ou pas, ce tableau m’avait étonnée quand je l’aperçus un jour en cherchant une autre oeuvre dans le site du musée de Boston. Greuze est un merveilleux coloriste, le fichu de soie rayée qui entortille sensuellement les lignes mauves et bleues suffit seul à faire jaillir une volupté indomptable, irrésistible et fatale.

Le jugement artistique des gens du monde

Revenons au musée Kelvingrove de Glasgow.

De qui sont-ils, ces beaux chrysanthèmes jaunes ?
De Henri Fantin-Latour, on reconnaît bien là ses délicats bouquets. Ce haut vase en porcelaine et ce ton jaune soufre happent le regard.

Fantin-Latour me donne l’occasion, toujours tentante pour moi, de recopier un petit morceau proustillant :

     » Bien des mains de jeunes femmes seraient incapables de faire ce que j’ai vu là  » , dit le prince en montrant les aquarelles commencées par Mme de Villeparisis.
    Et il demanda si elle avait vu les fleurs de Fantin-Latour qui venaient d’être exposées.
     » Elles sont de premier ordre et, comme on dit aujourd’hui, d’un beau peintre, d’un des maîtres de la palette, déclara M. de Norpois ; je trouve cependant qu’elles ne peuvent pas soutenir la comparaison avec celles de Mme de Villeparisis où je reconnais mieux le coloris de la fleur. »
    Même en supposant que la partialité de vieil amant, l’habitude de flatter, les opinions admises dans une coterie, dictassent ces paroles à l’ancien ambassadeur, celles-ci prouvaient pourtant sur quel néant de goût véritable repose le jugement artistique des gens du monde, si arbitraire qu’un rien peut le faire aller aux pires absurdités, sur le chemin desquelles il ne rencontre pour l’arrêter aucune impression sentie.

    Marcel Proust, Le côté de Guermantes I

    Les chrysanthèmes jaunes, 1879

Et vlan, ça c’est pour ces gens de la haute (société) qui font la pluie et le beau temps dans la critique artistique, mais qui n’ont aucun ressenti personnel et jugent seulement comme il est de bon ton de penser dans leur milieu !
La délicieuse vieille marquise de Villeparisis peint fort joliment, mais il ne faut pas pour autant mettre en doute la brillante maîtrise de Henri Fantin-Latour dans l’art floral.
Ce bouquet jaune m’a émerveillée.

Le musée Kelvingrove nous a étonnés par son engagement pédagogique. Un peu partout dans les salles des installations expliquent aux enfants, tout en séduisant les plus grands, comment les artistes procèdent pour composer leurs oeuvres.

Les musées français sont encore timides et n’osent pas bousculer leur sage ordonnance.

Devant cet ensemble de natures mortes magnifiques de Courbet, François Bonvin, Renoir, Cézanne … un autre bouquet m’a vraiment enchantée :

De qui sont-elles , ces charmantes anémones ?
D’un autre Henri !
Henri Matisse, on reconnaît bien là aussi ses joyeuses et fraîches compositions.

Ce tableau porte le doux titre de «  La nappe rose  » et fut peint vers 1924-25.
Le rose du  » Bonheur de vivre « .
Le rose synonyme de bonheur chez Proust.
Ce ton rose cher à Matisse aurait peut-être charmé Marcel Proust et je me demande si ce dernier a connu sa peinture. Je n’ai rien lu de Proust au sujet de Matisse, est-ce une lacune ?
Proust et Matisse étaient contemporains, quasiment du même âge, et tous deux aimaient la couleur rose.

Le book émissaire

La semaine dernière l’émission matinale  » Les nouveaux chemins de la connaissance  » sur France-Culture était consacrée à la pensée de René Girard.
Désirant profiter le plus tôt possible de ce plaisir d’écoute au lieu de retrouver l’émission sur internet, je suis restée près de mon poste dès dix heures du matin en brodant, alors que je réserve la broderie aux soirées devant la télé.

J’ai souvent évoqué René Girard dans ce blogue (comme toujours la question de l’espace web me contraint d’éliminer les trois-quarts de mes articles au fil des ans), et cette fois j’y reviens avec un personnage de La Recherche qui est cher au philosophe, Saniette.

    John MacLure Hamilton, William Ewart Gladstone, vers 1892, musée d’Orsay, notice

Comment imaginer cet homme, habitué du salon Verdurin, Saniette ?
Swann ne le compare pas, comme il le fait souvent pour d’autres personnes, à une figure dans un tableau.
J’ajoute mon choix personnel de tableau !
Mais voici sa présentation dans  » Du côté de chez Swann « , quand Swann pénètre pour la première fois dans le salon Verdurin :

… Swann demanda à faire la connaissance de tout le monde, même d’un vieil ami des Verdurin, Saniette, à qui sa timidité, sa simplicité et son bon coeur avaient fait perdre partout la considération que lui avaient value sa science d’archiviste, sa grosse fortune, et la famille distinguée dont il sortait. Il avait dans la bouche, en parlant, une bouillie qui était adorable parce qu’on sentait qu’elle trahissait moins un défaut de la langue qu’une qualité de l’âme, jamais perdue. Toutes les consonnes qu’il ne pouvait prononcer figuraient comme autant de duretés dont il était incapable.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, Un amour de Swann

J’aime cette description tendre d’un vieil homme instruit, qui ne saura jamais exposer ses idées ni placer un mot dans la conversation sans en prendre plein la figure.

Saniette est le souffre-douleur quotidien. Trop timide, il ne parvient pas à se faire écouter, on le bafoue, le piétine, pire, on attribue aux autres des idées et de bons mots qui à l’origine venaient de lui, comme par exemple  » le Watteau à vapeur  » . Chez les Verdurin, la cruauté le vise si violemment que le lecteur souffre pour lui. Nous, lecteurs, sommes les seuls à éprouver du sentiment pour Saniette, presque les seuls, car un autre homme le comprend, et aimerait pouvoir le défendre, c’est Swann.

Swann et Saniette ont un point commun en dehors de leur intelligence et de leur discrète fortune : ce sont des exclus de la société. On ne les aime pas parce qu’ils ne se fondent pas dans le moule du snobisme, du politiquement correct dirait-on aujourd’hui, c’est à dire qu’ils ne cèdent pas aux modes, en un mot, ils n’imitent pas ce qui se fait.

Chaque fois que Saniette essaie de faire comme les autres, c’est une catastrophe et cela se retourne violemment contre lui.

On comprend que René Girard, qui a fondé la théorie du désir mimétique, s’intéresse de près à ce personnage secondaire, discret, fantôme, mais bien révélateur, d’A la recherche du temps perdu, et avant lui, Marcel Proust pressentait déjà cette théorie mimétique et il écrit ceci, toujours à propos du pauvre Saniette faisant la risée du clan Verdurin :

Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe, Chapitre II

Grâce à René Girard j’ai confectionné toutes ces petites décorations de Noël en feutrine … J’espère qu’on me pardonnera, sans moquerie, ce jeu de mots que Saniette, l’archiviste vivant dans les livres, m’a inspiré pour le titre de cet article !

Dali et le Christ de Saint Jean de la Croix

C’est impressionnant de voir le Christ de Dali en photo, mais il faut le voir en vrai à Glasgow !
Dali lui-même accueille les admirateurs au Kelvingrove museum de Glasgow

L’histoire de ce tableau est aussi mouvementée qu’émouvante.

Il a été peint par Salvador Dali en 1951. Sa genèse est en partie onirique.

La première inspiration de Dali fut un dessin vieux de quatre-cents ans.

Dali avait eu la chance de voir ce dessin au carmel d’Avila en Espagne, où il est conservé. Ce Christ sur la croix fut dessiné par Saint Jean de la Croix vers 1550. Celui-ci était religieux dans ce carmel et il est connu en Espagne pour sa très belle poésie.

Dali fit plus tard un rêve, sans doute influencé par ce dessin, dans lequel il voyait apparaître le Christ sur sa croix dominant le village où il habitait dans les années cinquante, Port Lligat en Catalogne.

Il commença par dessiner diverses positions de la croix, dessin conservé au Kelvingrove museum de Glasgow :

Dali fit un second rêve où la beauté métaphysique du Christ lui parut évidente, il voulut peindre le Christ beau comme l’est Dieu et il décida de supprimer les signes de souffrance et de laideur, les clous et la couronne d’épines.

Il s’est inspiré de deux tableaux du XVIIème siècle pour les petits personnages :

Louis Le Nain, Paysans devant leur maison, 1641, MFA San Francisco, notice.

et La Reddition de Breda de Velasquez, 1635, Prado Madrid :

Sur ce dessin à l’aquarelle et collé, conservé également au Kelvingrove museum de Glasgow, Dali explique sa démarche :

     » En 1950, je fis un rêve  » cosmique  » dans lequel je vis en couleurs cette image qui dans mon rêve représente le nucleus de l’atome. Ce nucleus prit par la suite un sens métaphysique, je le considère l’unité même de l’univers , le CRIST !

    Quand grâce aux indications du Père Bruno ( carmelitain ) je vis le dessin de St Jean de la Croix, j’ai résolu géomètriquement un triangle et un cercle qui esthétiquement résumaient toutes mes expériences antérieures et je dessinai mon Christ dans ce triangle. »

Et voilà l’oeuvre dans sa chapelle.
Le dessin ébauché par Dali se trouve sur le mur opposé, avec en face les dessins du  » nucleus  » .

L’oeuvre est hautement protégée.

Dans le hall devant la petite salle où les visiteurs se taisent et regardent, ébahis, des panneaux expliquent comment le tableau est arrivé au musée, et ce qui est arrivé au tableau dans ce musée.

Dali l’exposa en 1952 dans une galerie à Londres, et quand le conservateur du Kelvingrove museum, T.J. Honeyman, l’y découvrit, il eut le coup de foudre et décida de l’acheter.

Le tableau couta au musée 8200 £ , et Honeyman dut batailler pour convaincre les habitants de Glasgow, qui ne voulaient pas dépenser une telle somme pour un tableau aussi controversé.
T. J. Honeyman et Dali correspondirent étroitement et Honeyman alla voir le peintre à Port Lligat. Dali en revanche ne vint jamais à Glasgow.

Le tableau fut exposé au musée en juin 1952 et en deux mois il avait déjà attiré 50 000 visiteurs.
Des personnalités du monde entier vinrent l’admirer, comme le président Kennedy.

Un film montre le malheur qui arriva au tableau. En 1961 un détraqué mental lui jeta une brique qui le déchira largement.

Le tableau fut très bien restauré, si on n’est pas au courant de cette agression, on ne la devine pas.
Quand on sait, on voit en effet une cicatrice.

Maintenant l’oeuvre est conservée sous verre. Elle est le phare du musée, de la ville de Glasgow, et même fut élue oeuvre d’art préférée des Ecossais en 2005.

Is she pregnant ?

Un musée vivant qui donne envie de chantonner et valser, de rire et écrire, de s’instruire et s’amuser, c’est Kelvingrove art gallery and museum de Glasgow.

Ce gros château de grès rose ne semble pas bousculer la tradition muséale, mais il faut pousser ses portes aux belles poignées art-nouveau

Le grand hall accueille les visiteurs en musique, un organiste, un vrai, joue de l’orgue.

Ce vaste musée comprend une partie muséum d’histoire naturelle, et une partie histoire de l’art de l’Antiquité au XXème siècle. Sa richesse est étonnante, les oeuvres sont, soit connues et même très célèbres, soit fort intéressantes à découvrir, et dans tous les cas de grande qualité.

Nous avons passé une heure délicieuse dans la peinture hollandaise et flamande, et j’étais heureuse de retrouver différents  » sujets  » de mon blogage .

Ce musée se veut pédagogique. Il explique par des mises en scènes nombreuses et des panneaux détaillés comment les artistes travaillaient.

Ce qui marque le plus l’esprit dans ce musée, c’est son humour. Des clins d’oeil, des allusions piquantes, ou de vraies animations rendent la visite ludique et cocasse.

Exemple avec ce tableau :

      William Quiller Orchardson, Le mariage de convenance, 1883

Les pensées intimes de ces trois personnages défilent dans les bulles et l’on rit souvent. Le texte était long et je ne pouvais pas tout photographier sans remplir ma carte mémoire mais j’aurais aimé garder  » l’intégrale  » de ce qui ressemble à une pièce d’Oscar Wilde. Mais ici, ce n’est pas le mari idéal !

J’arrête sur cette oeuvre au risque d’ennuyer comme dans ce morne souper, et je propose de montrer la prochaine fois le chef-d’oeuvre du Kelvingrove, un tableau tellement connu qu’on oublie qu’il est conservé en Ecosse !

Un midi au musée

      Edouard Manet, Femmes buvant de la bière, pastel sur toile, vers 1878, Burrell Collection Glasgow

Glasgow un dimanche matin, nous prenons le train, encore une fois mais pour un quart d’heure seulement. Nous descendons devant le parc Pollok, un grand écrin de verdure dans la banlieue sud-ouest de Glasgow. Les arbres majestueux sèment leurs feuilles sur les pelouses, il pleut et le parc s’anime des multiples coureurs du dimanche. Nous suivons les panneaux indiquant  » The Burrell Collection « .

Le voilà ce musée qui abrite la fameuse collection Burrell.

Au coeur d’une forêt, en pleine nature. Depuis longtemps je rêvais de la visiter.

Nous découvrons donc la collection de William Burrell. Qui était-il ?
Armateur de bateaux et amateur d’art.
Né à Glasgow en 1861, il constitua avec son épouse une fabuleuse collection d’art touchant tous les domaines, la peinture ancienne et contemporaine, dessins, gravures, les objets d’art, la sculpture, depuis l’Antiquité jusqu’à Rodin …

Cet armateur fortuné était un amateur averti, d’un goût très sûr, n’achetant que des oeuvres d’une exceptionnelle qualité, avec un penchant pour l’art français du XIXème siècle.

Nous avons pu admirer de très beaux pastels, et comme les pastels ne sont pas exposés en permanence pour des raisons de conservation, nous avons particulièrement savouré ceux qui étaient offerts à nos yeux .

Détails d’un autre pastel de Manet : Café de la place du théâtre Français, vers 1876-78.

Le site web du musée est hélas limité : ici

Mais le site géographique est épatant. Le musée s’ouvre largement sur le parc, laissant la végétation faire partie de la scénographie.

William Burrell fit don de sa collection à la ville de Glasgow, ceci est fréquent dans l’histoire de l’art, mais il la légua de son vivant, en 1944, et il mourut en 1958, à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans, en ayant continué d’enrichir la collection désormais publique avec ses propres fonds.

William Burrell avait offert aussi la jolie somme de 450 000 £ à la ville afin de construire un musée pour sa collection, mais ses désirs furent si contraignants que la construction ne put être enfin effective qu’en 1971. Burrell n’a hélas pas pu visiter son musée.

Cette visite est aujourd’hui un régal.
Rembrandt, Chardin, Boudin, Monet, Delacroix, Le Nain, Cranach, je cite en vrac les noms les plus célèbres, la richesse de cette collection étonne, et spécialement Degas occupe une bonne place …


Edgar Degas

Portrait d’Edmond Duranty, tempera, aquarelle et pastel sur toile, 1879

De nombreux pastels de Degas étaient présentés, avec ses sujets favoris, la danse, les chevaux, les repasseuses, et ce grand pastel, 1mx1m, attire le regard par son originalité.
Les livres chatoient comme une tapisserie, comme des tutus de danse, des chapeaux de modiste, des casaques de soie.

Le musée nous donne faim et nous trouvons le chemin de la salle de restaurant. Celle-ci est grande, lumineuse, joyeuse et familiale. Les habitants de Glasgow viennent y déjeuner après leur promenade au parc. La cuisine est bonne, les prix très raisonnables, l’entrée libre du musée permet à chacun de venir goûter les nourritures terrestres et artistiques en toute décontraction.
Nous nous sentons vraiment bien dans ce lieu de beauté. A côté de notre table, un jeune papa nourrissait ses bébés jumeaux avec une patience infinie et un biberon dans chaque main.
Il n’y a pas d’âge pour venir au musée !

Une jolie gentillefemmière

Aujourd’hui 13 novembre: journée de la gentillesse.
Effet de la crise dont on ne se plaindra pas : l’heure est à l’entraide, la compassion, la sollicitude, l’empathie, et mieux que tout cela, la simple gentillesse qui est la noblesse du coeur.

Avant cette journée, un petit livre, publié en octobre dernier, a été consacré à la gentillesse :
Petit éloge de la gentillesse, de Emmanuel Jaffelin, éditions François Bourin

Plein de bonté et d’enseignement, ce livret donne envie de laisser le cynisme aux vilains sûrs d’eux-mêmes, et d’adopter la gentillesse comme philosophie.

Gentil : l’adjectif vient du latin gentilis = propre à la famille, qui est du même nom.
Mot dérivé de l’adjectif  » gent, gente  » = noble, bien né.

Le gentilhomme et la gente dame sont des âmes bien nées, mais on constate en compulsant le dictionnaire que le vocabulaire n’est pas très gentil envers la gente féminine …
La  » gentillefemme  » n’existe pas, pas plus que son élégante maison de campagne, alors que la gentilhommière fait les honneurs des belles revues de décoration !
Nous, gentes dames, rêvons pourtant de bichonner notre petite gentillefemmière !

Emmanuel Jaffelin nous rappelle que les  » gentils  » étaient les païens non convertis au christianisme, et récemment le mot fut remis en notre mémoire avec  » le parvis des gentils  » , journées de dialogue entre croyants et non-croyants.

Jules Renard a dit :

    La gentillesse est le courage qui sourit.

La gentillesse n’est pas faiblesse, elle exige une force d’arrachement à soi, une force d’âme qui n’est autre que le courage, et le mot courage vient du mot coeur ( revoir ici ).

    David II Teniers, Les oeuvres de miséricorde, Louvre, notice.

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