Au bord des continents

En interlude dans mon récit de voyage, et à l’occasion d’Halloween , je tente de présenter cette petite merveille d’encre et de papier qui transporte dans l’univers fabuleux des lutins, monstres, feuilles mortes et citrouilles.

      Halloween, Sorcières, Lutins, Fantômes et autres Croquemitaines

texte de Patrick Jézéquel & Bénédicte Morant
Illustrations de Jean-Baptiste Monge & Erlé Ferronnière

éditions  » Au bord des continents  » ( 2010 )

J’ai acheté ce livre il y a un an, et j’aime y pénétrer chaque année comme dans une armoire magique pour rencontrer ces personnages imaginaires, peints avec un soin du détail qui les rend vivants, tangibles, émouvants.

L’ambiance de Hallowween est présentée dans ce livre dans un style écossais et cela me plaît 🙂 !
Les brumes de l’Ecosse laissent imaginer Halloween durant tout l’automne, et d’ailleurs, dans le film  » My Life So Far  » cette fête enfantine se déroule en musique au château et l’on y danse la traditionnelle  » gay gordance « . Regarder sur cette page en avançant à la huitième minute.

L’Ecosse et la Bretagne sont au bord des continents, celui de l’Europe et celui des korrigans imaginaires, et cette maison d’édition portant ce nom se situe à Morlaix en Bretagne Nord.

Le site web est ici

Je prolonge le plaisir avec un autre album de cet éditeur, fort écossais aussi sur les bords, les magnifiques dessins de Jean-Baptiste Monge font rêver en vert forêt, roux citrouille, gris sorcière, rouge Noël, emmènent petits et grands grelotter d’effroi dans les greniers , les grottes et les grimoires.

 » Baltimore et Redingote  »

    texte de Jean-Baptiste Monge et Pascal Moguérou
    illustrations de Jean-Baptiste Monge

éditions Au bord des Continents ( 2007 )

L’air est très doux cette année, la cuisinière à bois ne ronfle pas encore, la bouilloire patiente pour siffler, les lectures seules font frissonner au pays des manoirs hantés et grisent dans l’attente de Noël.

Un ancêtre de nos guides touristiques

Un guide pour bien voyager, pour ne pas manquer l’essentiel : les couleurs, les formats, le choix et son embarras … mais à propos, qui, pour la France, a eu l’idée d’écrire le premier du genre, et quand ?

      Un guide vert pour le château d’Edimbourg !

Hier j’ai cité Charles Nodier et son ouvrage  » Promenade de Dieppe aux montagnes d’Ecosse  » paru en 1821.
Cet auteur de contes fantastiques avait entrepris avec deux compagnons, le Baron Taylor et Alphonse de Cailleux, de rédiger une série de récits de voyages en France, qui sera intitulée  » Voyages pittoresques dans l’ancienne France « .

Les trois amis, passionnés de vieilles pierres, voulaient souligner les beautés architecturales de la France et en raconter l’histoire. Ils signalaient par la même occasion aux autorités locales et nationales les travaux nécessaires à la conservation du patrimoine.

La première province française explorée fut la Normandie et ce premier guide parut en 1820. Charles Nodier rédigea la préface. Cet ouvrage décrit la région dans le même style que la Promenade en Ecosse, c’est à dire avec un esprit critique aussi aiguisé que celui de Jules Verne plus tard.

La photo ci-dessus montre la cathédrale Saint Gilles d’Edimbourg .

Charles Nodier en dit dans sa Promenade en Ecosse :

     » La cathédrale est ruineuse, gothique, surmontée d’un clocher gothique aussi mais un peu plus moderne, dont la pyramide se termine par une espèce de couronne bizarre. »

Et Jules Verne en dit dans Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse, en 1859 :

     » Les deux amis débouchèrent dans High Street auprès de la cathédrale et du palais du Parlement, ils ne purent donner qu’une vague attention à ces deux édifices. Saint Giles Church leur sembla un specimen assez lourd du gothique saxon. »

Dans cet essai comparatif des guides touristiques, je peux dire qu’aujourd’hui les guides Vert et divers ne s’autorisent aucun jugement péjoratif, leurs descriptions sont neutres et objectives, bien qu’une échelle d’intérêt soit établie à l’aide d’étoiles.
Les vitraux de Saint Gilles sont gratifiés de trois étoiles et à mon avis ils les méritent !

Il me faut terminer enfin ce tour d’Edimbourg, et c’est avec un autre écrivain natif de cette ville surprenante et très attachante que je dis au revoir :

Robert Louis Stevenson ( 1850-1894 ).

Autumn Fires

In the other gardens
And all up the vale,
From the autumn bonfires
See the smoke trail !

Pleasant summer over
And all the summer flowers,
The red fire blazes,
The grey smoke towers.

Sing a song of seasons !
Something bright in all !
Flowers in the summer,
Fires in the fall !

Robert Louis Stevenson

Il n’a pas écrit que des histoires d’horreur, comme L’Etrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde, il a composé aussi de charmants poèmes !

L’Athènes du Nord

    Indépendamment des institutions politiques et littéraires qui font d’Edimbourg une des villes les plus intéressantes de l’Europe moderne, et des monuments ou des souvenirs qui lui donnent le droit de rivaliser avec les villes les plus célèbres de l’Europe ancienne, il semble que le nom d’Athènes du Nord, qui ne lui est pas contesté, soit pour elle un privilège de localité, fondé sur les ressemblances topographiques très sensibles.
    La ville d’Edimbourg est séparée de la mer par une voie droite de la même figure et de la même longueur que celle qui conduit d’Athènes au Pirée ; c’est le faubourg de Leith. Elle embrasse dans son enceinte une montagne surmontée d’une forteresse ou citadelle antique qui rappelle l’Acropolis. C’est le château d’Edimbourg. Arrivé à cette cime majestueuse et distrait par je ne sais quels sentiments, je n’ai rêvé que d’Athènes et j’ai cherché le Parthénon.

    […] On est placé entre deux villes très distinctes, également remarquables , à gauche, la vieille ville, noire et sévère comme les constructions d’un fort des temps chevaleresques ; à droite, la ville neuve, blanche et brillante comme une enceinte de palais.
    Les maisons y sont beaucoup plus élevées que celles de Paris, les rues beaucoup plus larges que celles de Londres, presque toutes tracées au cordeau comme celles de Turin, et il y en a quelques unes qui ont un mille.

Ce n’est pas grillon qui blogue aujourd’hui …
c’est Charles Nodier !

Charles Nodier ( 1781-1844 ) a publié en 1821 cet ouvrage :
 » Promenade de Dieppe aux montagnes d’Ecosse  » , petit livre fort intéressant édité aujourd’hui chez Honoré Champion ( 2003 )

Dans les paragraphes que je cite ci-dessus, Charles Nodier compare Edimbourg à Athènes.
Ainsi, Bruges est la Venise du Nord, et Edimbourg en est l’Athènes.

Jules Verne ajoutera, en reprenant la comparaison de Nodier, que surtout la ville neuve d’Edimbourg est athénienne par tous ses monuments à l’antique, et il l’appelle donc la Nouvelle Athènes.

La Nouvelle Athènes est une appellation bien trouvée, car elle est synonyme à Paris de romantisme, c’est le quartier parisien ( dans le 9ème arrondissement ) des écrivains et artistes de la période romantique, et c’est Walter Scott, avec d’autres écrivains étrangers, qui favorisera la naissance en France du mouvement romantique vers 1830.

Sir Henry Raeburn, Sir Walter Scott ( 1771-1832 ), 1822, NG Edimbourg, page du musée.

Ne l’oublions pas, le romantisme est parti d’Allemagne avec Novalis, Goethe, a gagné aussitôt le Royaume Uni avec Walter Scott, Lord Byron … et s’est développé enfin en France à la Restauration. Les artistes français furent enthousiasmés par les romans de Walter Scott, et Charles Nodier était venu à Edimbourg pour le rencontrer.
Devant le palais de justice d’Edimbourg, il écrit :

    Sir Walter Scott, qui exerce un emploi éminent dans la judicature, aurait pu se trouver là. Il n’était malheureusement pas venu, et j’ai perdu mon voyage. Nous ne verrons que l’Ecosse.

Ce sont en effet deux villes distinctes que l’on peut visiter dans Edimbourg. La nouvelle ville n’est pas le domaine réservé des touristes, c’est là que se trouvent le futur tramway, les grands magasins, les lieux de la vie quotidienne et active.

Question pratique : se restaurer coûte cher en Ecosse, surtout dans la capitale, mais il existe des endroits agréables où la cuisine est bonne et d’un prix raisonnable. Ce sont par exemple les musées, où les Edimbourgeois viennent volontiers déjeuner puisque l’entrée est gratuite, et les grands magasins.
Nous avons très bien mangé chez John Lewis, grand magasin magnifiquement achalandé, qui possède un super rayon de mercerie et laines à tricoter 😀 !

La galerie nationale écossaise

Voici la Scottish National Gallery .
Etrange, n’est-ce pas, cette juxtaposition des adjectifs  » Scottish  » et  » National  » ! Scottish précédant National …
Le musée est national, mais autant ou plutôt surtout écossais. Le nationalisme écossais est très fort, à Edimbourg se trouve le palais, d’une architecture ultra-moderne, du Parlement Ecossais, l’église en Ecosse est  » Scottish church  » un catholicisme écossais, les billets de banque sont spécialement écossais, les Ecossais éprouvent toujours le besoin de se distinguer du reste du Royaume Uni, et l’on nous a bien recommandé de ne pas prononcer le mot  » Anglais  » devant des Ecossais !

Les trains passent sous le musée.
Ce musée des beaux arts est composé de deux galeries en forme de temples grecs, une galerie abritant les collections permanentes, l’autre les expositions temporaires, les deux communiquant au sous-sol ou rez-de-chaussée, on ne sait plus très bien car à Edimbourg tout s’étage à différents niveaux qui font perdre le sens de l’orientation.

Cette vue prise du haut du château montre la vallée verdoyante séparant la vieille ville de la nouvelle, avec au milieu les galeries nationales écossaises, la gare, le monument de Walter Scott.

C’est aussi une caractéristique des villes écossaises, cet engouement pour le style gréco-romain. On voit des colonnades partout ! Jules Verne le faisait déjà remarquer dans son  » Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse « .

Les photos sont hélas interdites dans le musée, je ne pourrai donc pas montrer son décor, sa muséographie ravissante. Il me faudrait la décrire avec des mots, ce sera moins coloré …

Les salles du premier niveau, exposant la peinture ancienne, se succèdent dans un harmonie de tons écossais : moquette vert sombre au sol, murs d’un rouge profond, la dorure des cadres apportant le liseré jaune de certains tartans. Ce décor suit un algorithme, murs verts, sol rouge, l’enfilade des salles donne l’illusion d’un tissu écossais.
Au second étage, qui montre les impressionnistes et la suite, les salles, très claires et vivifiantes, présentent des murs bleu vif et un sol vert pistache ou vice-versa. Cette harmonie particulièrement dynamique et lumineuse met hautement en valeur les tableaux très colorés de Gauguin, Van Gogh, Cézanne, Seurat, Monet …

Des salles réservées aux peintres écossais présentent des oeuvres magnifiques, la peinture écossaise mérite d’être mieux connue. Un article rien que pour elle plus tard , si j’ai le temps …

J’ai tout de même photographié les gardiens à la sauvette car ils sont si beaux dans leurs uniformes. Tout le personnel du musée est habillé de ce tartan, Campbell je crois, et cela donne au musée une allure follement séduisante et pittoresque.

Dans le jardin devant le musée, Lady Agnew of Lochnaw peinte par John Singer Sargent, respire une lavande qui sied bien à son teint. Le tableau est à voir ici

Ce musée renferme des chefs-d’oeuvre d’une grande qualité, j’ai découvert avec plaisir le Vermeer, et puis le Rubens dont je parlai ici.

J’ai admiré un merveilleux bouquet de Chardin :

Et puis nous avons beaucoup aimé ce révérend glissant sur un loch gelé, peint par Raeburn. Ce tableau est célèbre et il est la mascotte du musée, on retrouve la silhouette dynamique du patineur sur de nombreux objets.

Je n’énumère pas tous mes coups de coeur, je propose de visiter le site du musée qui est bien fait : ici.

Nous avons déjeuné au restaurant du musée qui est très agréable, la cuisine était très bonne et le maitre-d’hôtel ressemblait beaucoup à Stanley Tucci dans  » Le diable s’habille en Prada « .

Edimbourg possède d’autres musées importants, mais comme nous y avons passé seulement deux jours, nous n’avons vu que cette galerie dont la visite prend bien trois heures.

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