Il faut cultiver notre jardin

Et si nous révisions nos classiques ?
Petit retour dans la bibliothèque de notre jeunesse perdue …
L’allergie à la poussière remplace désormais celle aux longues tirades qu’il nous fallait apprendre par coeur, celle aux interminables traductions de l’Anabase qui gâchaient nos jeudis après-midi.

C’est la faute à Voltaire si je démonte le fragile édifice de papier jauni et rouvre ces livrets comme on violerait un sarcophage. Mais l’âge adoucit le jugement, ces mornes et obligatoires lectures de mon adolescence, disparues de ma mémoire en même temps que les jupes plissées de mon armoire, me paraissent aujourd’hui pleines de beauté, de sourires.

Toutes les mésaventures de Candide m’avaient barbée, mais barbée … il faut lire maintenant la nouvelle avec des lunettes en 3D et imaginer Candide atomisant ses adversaires et disant à sa chérie Cunégonde de Thunder-ten-Tronckh ich liebe dich wie Apfelmus !

Le récit est tordant et sa fin touchante. Candide, après bien des malheurs, retrouve sa Cunégonde, plutôt laide, mais excellente pâtissière et, comme Mark Darcy sa Bridget, il l’aime just as she is !
Chaque personnage de la nouvelle a compris que le bonheur était dans le pré qu’on cultive soi-même. Et le maître de Candide, Pangloss, cet incorrigible optimiste ( le terme d’optimisme était tout nouveau à l’époque, une théorie de Leibniz contre laquelle Voltaire se dressait ), Pangloss trouva néanmoins une part d’optimisme dans le déluge de catastrophes, car sans ces misères, Candide ne serait pas là, tranquille, à cultiver son jardin et savourer ses fruits.

Voltaire, toujours en voyage, n’avait pas vraiment de jardin et mettait son nez dans celui des autres, ce qui lui attira bien des ennuis, la renommée aussi, il mettait le doigt là où ça fait mal, et, s’il était lui-même habité par certaines contradictions, il dénonçait à juste titre celles des autres. Du clergé notamment, et cela, bien sûr, le rendit très populaire auprès des Révolutionnaires. Il est heureusement mort à temps, en 1778, car la guillotine lui aurait certainement coupé sa grande gueule, il n’aurait pas supporté le comportement barbare et anti-libéral de ce nouveau gouvernement sanguinaire.

Voltaire admirait Louis XIV et son siècle ordonné, alors que celui de Louis XV lui paraissait si dissolu. Mais pourtant Voltaire défendait par dessus tout les libertés, liberté de penser, de croire, et le roi Soleil a révoqué l’Edit de Nantes.
Voltaire défendit avec brio le huguenot Jean Calas, accusé d’avoir assassiné son fils parce qu’il s’était converti au catholicisme. Calas fut soumis à la question, torturé, mourut sous le supplice de la roue, puis son corps fut brûlé, barbaries au nom de la religion, pratiques de l’Inquisition que Voltaire ne cessa de combattre.

Il eut la brillante idée d’impliquer pour la première fois le public dans l’affaire Calas, publia une forme de  » J’accuse  » pour secouer les consciences, et on le sait, il fera école.
Le clergé en prend plein la figure, mais il termine son  » Traité sur la tolérance  » par une belle prière à Dieu.
Honnêtement et sincèrement, cette prière, il faudrait la relire plus souvent, elle est toujours d’une vive utilité.
Mais il ne s’agit pas de convaincre, de faire aimer ou pas Voltaire, il s’en moque lui-même, l’important est de prendre du plaisir dans sa bibliothèque et dans son jardin.

Un rêve de dentelle

Grillon du Foyer fait dans la dentelle cette semaine. L’expression s’emploie habituellement sous sa forme négative et c’est dommage, il faudrait faire plus souvent dans la dentelle au sens propre, c’est bon pour le moral !

Ces bobines de dentelle soigneusement enroulée sur du papier de soie bleu proviennent de Calais. J’avais choisi de la dentelle de Calais pour confectionner la robe de mariée de ma fille.

Ce mannequin blanc
( La Redoute ! ) m’a paru amusant pour rêver encore …
Un mariage, c’est un rapide tourbillon de joie qui vous laisse étourdie sur le bord des sentiments.
J’ai eu l’impression de n’avoir rien vu passer, d’être restée sous les jupons comme une épingle oubliée dans un ourlet.

Aucune épingle oubliée dans l’ouvrage heureusement !
Ma fille avait choisi une robe simple sans bretelle agrémentée d’un long mantelet transparent.

En habillant le mannequin j’ai eu le fugace bonheur de revivre ces instants magiques du grand jour.

Sept mètres d’organza de soie, douze mètres de dentelle de Calais, deux grands mois de couture et puis un dernier rayon de soleil, un souffle de vent, un flot de beaux souvenirs

La dentelle apporte tout son cachet, sa beauté, sa touche romantique, satisfait une gourmandise de détails soignés, et j’ai eu un plaisir immense à l’appliquer au bord des plis religieuse.

Allez, assez de nostalgie, refermons la boîte avec la clé des songes, je me sens prête à confectionner la robe suivante pour un prochain mariage … si une de mes filles l’accepte !

Le temps des fraises

Oh le bel enfant ! Grand coup de coeur au musée des beaux arts de Dunkerque pour ce petit garçon au regard tendre et à la jolie bouche en fraise !

Il porte une fraise délicatement ciselée de dentelle … de Bruxelles peut-être.

      Frans Pourbus le jeune ( 1569-1622 ), Tête d’enfant, m b a Dunkerque

La fraise portée autour du cou doit-elle son nom au fruit rouge ? Apparemment non, le Robert indique que ce nom viendrait probablement de la fraise de veau, ou d’agneau … c’est moins poétique mais la couleur est la même. La fraise de veau est la membrane blanche qui entoure les intestins de l’animal, et son nom vient du verbe fraiser qui signifie  » dépouiller quelque chose de son enveloppe « .
Par ailleurs  » fraiser  » veut dire aussi plisser, par allusion à la fraise en textile qui est plissée.

Bref, entre les musées de Dunkerque et Calais et le dictionnaire, j’ai eu envie de me pencher sur la fraise ( modestement, sans la ramener ! ). Le musée de Calais explique la mode de la fraise et on apprend bien des choses sur cette collerette.

    Ecole française, Henri roy de Navarre, vers 1576, musée national du château de Pau, page du musée

La fraise n’a pas toujours été ornée de dentelle. Elle était faite en linge amidonné, tuyauté, les plis ronds en godrons étaient obtenus avec un fer spécial en forme de tuyau.

    Atelier de François Clouet, François Hercule de France, musée du Louvre, page du musée

On découvre sur la fraise de François Hercule, quatrième fils de Catherine de Médicis et de Henri II, un soupçon de dentelle, qui montre ses dents. La dentelle doit son nom aux dents, aux picots sur ses bords.
C’est Catherine de Médicis qui lance la mode des fraises ornées de dentelle.

Au milieu du XVIème siècle Henri II est le premier souverain portant une fraise, cet accessoire lui cachait une cicatrice.

    Johannes Verspronck, Portrait de jeune femme assise, 1650, musée du Louvre, notice.

C’est amusant de voir la fantaisie s’emparer de la collerette, d’une part sobre et fine, d’autre part prenant une envergure délirante qui ne devait pas faciliter les repas !

      Michiel van Mierevelt, Portrait d’une dame, 1628, Wallace Collection Londres, page du musée.

La reine Marguerite de Navarre fit fabriquer une fourchette à long manche !

Une autre solution fut de ménager une échancrure à l’avant :

    Salomon Mesdach, Portrait d’Adriana van Nesse, mba Valenciennes

La fraise ouverte sur le corsage est redressée dans la nuque et maintenue par des fils métalliques :

    Frans II Pourbus le Jeune, La reine Marie de Médicis, 1609-1610, musée du Louvre, page du musée

Cette forme de fraise fut nommée  » collerette Médicis  » .

    Frans II Pourbus le Jeune, Philippe-Emmanuel de Croÿ et sa soeur Marie, 1615, mba Valenciennes

La mode de la fraise développa le goût pour la dentelle et donna un grand essor à l’économie dentellière.
La fraise elle-même fut abandonnée en France sous le règne de Louis XIII au profit des larges cols abondamment ornés de dentelles. Et la dentelle envahit tout le costume masculin, manchettes, gants, haut des bottes, baudrier. les femmes de la haute société en parent leurs corsages, poignets, coiffures, tabliers …

Des milliers de dentellières travaillent à domicile et les colporteurs sillonnent les foires.
Colporteur
Le colporteur ne porte pas forcément un col en dentelle, son nom vient de son chemin qui traverse les cols de montagne !

    Nicolas Maes, La dentellière, 1656-1657, Met New York, page du musée

La dentelle dessus dessous

Façade vitrée en forme de carte perforée, des petits trous pour des frou-frous : voilà la cité internationale de la dentelle et de la mode à Calais.

La façade futuriste de ce musée encore récent, inauguré en juin 2009, renferme sous son motif de carton Jacquard une ancienne manufacture de dentelle mécanique.

Son site web est ici.

Ce superbe musée offre un captivant parcours à travers l’histoire de la dentelle, son aventure industrielle, ses différents ateliers de fabrication, et ses réalisations ainsi que ses projets dans la mode passée, actuelle et future.
Vaste programme au coeur de la séduction !

Le rez-de-chaussée se consacre au temps de la dentelle faite à la main, trois siècles de fuseaux, carreaux, tambours, aiguilles …
La muséographie est épatante et joue sur la transparence sexy du tulle avec des vitrines de verre et un sol parqueté de blanc pour mettre en valeur les dentelles noires.

La dentelle est un travail dans le vide, au contraire de la broderie qui utilise un support.

Tiens, des engageantes ! J’avais blogué au sujet de ce frou-frou ici.

Le musée de Caudry, comme on le voit sur son site se trouve sur la place des Mantilles, et l’Eglise était une précieuse cliente des usines de Calais et Caudry, mais le pape Jean XXIII supprime l’obligation du port de la mantille pendant les offices religieux. Cent métiers fabriquant la mantille se sont arrêtés et la crise fut durement ressentie.

La dentelle rivalisait de raffinement autant du côté de la mode masculine que du côté féminin jusqu’à la Révolution française. Mais ensuite, il fallait rompre avec le goût de l’Ancien Régime. La division sexuelle du vêtement apparaît, l’homme abandonne la dentelle, celle-ci devient le fin du fin de la séduction féminine.

Au premier étage du musée on entre dans les ateliers pour découvrir la partie technique de la dentelle.
Des films expliquent très bien le fonctionnement … reste au cerveau du visiteur à bien enregistrer !
Tout ce que je saurai dire, c’est que le travail, du dessin du motif jusqu’aux dernières finitions, est aussi délicat que le produit fini.


Bureau du dessinateur

    Ci-dessus : machine du poinçonneur

      Les bobines, disques très fins

Pressage des bobines

On voit ici la différence entre Calais et Caudry, la largeur du motif. Les métiers Leavers sont les mêmes dans les deux villes, ils sont d’ailleurs toujours utilisés aujourd’hui, mais à Calais, le motif est plus étroit, se répète, et il est ensuite coupé pour former des bandes.

La raccommodeuse supervise ensuite le tulle sorti des métiers et raccommode à la machine ou à la main les fils cassés, les trous inopinés, les erreurs possibles.

La dentelle est parfois rebrodée, ornée de galons, paillettes, lacets …

    Le dernier bobinage

Les dernières salles montrent différentes collections de grands couturiers et grandes marques de petits dessous.
Je recommande vivement cette visite au pays des merveilles, au pays du wonderbra, vraiment wunderbar !

Princesse Kate et Tante Léonie à Caudry

A Caudry, entre Cambrai et Le Cateau, le musée de la dentelle se trouve sur la place des Mantilles.
Une place au bien joli nom.
Entrons dans l’univers de la mantille !

Le site du musée, ici , présente un film qui donne une idée de la mécanique.

Une machine fonctionne encore au rez-de-chaussée et un tulliste explique comment ça marche.
Je n’ai rien compris !

La fabrique de la dentelle est extrêmement complexe, et c’est stupéfiant de voir sortir du vacarme de ces immenses machines gesticulantes une toile diaphane au dessin d’une incroyable finesse.
Le fond de la toile est le tulle. Le tisserand est un tulliste.

Le secret de la mécanique est anglais : la bobine et son chariot furent mis au point par Heathcoat et Lacey à Nottingham en 1808-1809. Suite à une révolte en Angleterre qui les empêcha de travailler, les tullistes anglais importèrent en fraude leurs machines à Calais, Valenciennes vers 1815 et en 1823 le premier métier bobin fut installé dans le Cambrésis.

Puis le système Jacquard avec ses cartes perforées donna naissance à la dentelle mécanique, et les métiers ainsi équipés sont dits Leavers.
Nous visiterons le musée de la dentelle de Calais quelques jours plus tard, et dans cette passionnante cité de la dentelle, les nombreux métiers Leavers permettent de découvrir comment les joyaux textiles naissent de ces grosses machines. Je n’y ai toujours rien compris mais ma fascination était grande !

Au premier étage, au dessus des machines, les collections des créations de Caudry sont exposées.
Merveilles !

Quelle est la différence entre la dentelle de Caudry et celle de Calais ?
La largeur du motif.

A Caudry la dentelle est en grande largeur et réservée à la haute couture. A Calais la dentelle est plus étroite, et ainsi les deux villes se partagent le corps féminin.
A Caudry sont confectionnés les larges dessus, l’apparat des robes de bal.
A Calais sont confectionnés les petits dessous de la lingerie fine et les rubans.

A Caudry j’ai eu le plaisir de découvrir le mouchoir de Tante Léonie !

J’imaginais bien ce ravissant mouchoir posé avec les ordonnances, entre la statuette de la Vierge et la bouteille de Vichy, sur la commode en citronnier servant à la fois de maître-autel et d’officine.

Et puis voilà le mariage princier qui a fait soudain parler de Caudry cette année …

On découvre des échantillons de la fameuse robe, et on s’aperçoit que la dentelle de Caudry, puisant son origine en Angleterre, revient pompeusement dans ce pays.

Je laisse parler les photos ( l’orthographe est un peu moins parfaite que la dentelle )

Dans la boutique du musée, mon cher mari m’a offert une délicate petite nappe en dentelle que je poserai sur ma table où se trouvent, non pas ma pepsine et mes fleurs de tilleul ( pas encore ! ), mais mes volumes de La Recherche …

Un certain regard sur Voltaire

Ce buste de Voltaire, sculpté par François Marie Poncet ( 1736-1797 ) est conservé au musée des beaux arts de Dunkerque.
La sculpture est actuellement dans les réserves, mais les réserves du musée sont, comme à Brooklyn, visibles ! Il suffit de demander à les voir et un gardien nous guide aimablement au premier étage du musée.

Voici ces vastes réserves où nous avons évolué en toute liberté, nous fûmes les seuls visiteurs de toute la matinée.

L’accrochage des oeuvres est-il recherché, étudié et voulu, ou plus hasardeux, dans ces réserves qui ne sont pas vraiment une salle d’exposition ?
Je ne sais pas , mais j’ai admiré la présentation de ce Voltaire :

J’ai hélas oublié de noter le nom de l’artiste qui a peint ce chien.
Ce toutou semble subitement arrêté en chemin par le sourire de Voltaire. Son regard canin se pose sur le philosophe.

Faut-il en déduire que Voltaire était cynique comme Diogène comparé au chien dans son tonneau lui servant de niche ?
Voltaire avait certes les canines acérées pour dénoncer tous les travers de son siècle.

Les musées font réfléchir. Une simple juxtaposition de deux oeuvres d’art m’a poussée à me plonger dans les livres …

Voltaire … on l’adore ou on le déteste !
On le dit anticlérical, ce qui le rend parfait aux yeux de certains, abominable pour les autres, mais en réalité, à travers son rire léger ou sarcastique, il a toujours lutté contre les injustices et les fanatismes. L’Eglise n’avait pas une conduite irréprochable au XVIIIème siècle et condamnait de manière plus virulente que lui. A la suite de l’affaire Calas ( ici ) Voltaire a rédigé un Traité sur la tolérance où l’on peut lire :  » Si vous voulez ressembler à Jésus Christ, soyez martyrs, et non pas bourreaux .  »

Voltaire était spirituel, avait de l’esprit, ce qui ne nie pas une certaine spiritualité, libre penseur, il détestait le  » prêt-à-penser  » et aujourd’hui, alors que l’Eglise n’a plus de poids dans notre société, je pense qu’il prendrait plaisir à la défendre.

Et que dire de cet autre regard dans le musée de Dunkerque, sur l’enfant du pays, Jean Bart ?!

De la splendeur du musée des beaux arts de Cambrai

Le ciel par dessus le toit de la vieille église jésuite de Cambrai était merveilleusement bleu ce vendredi 8 juillet 2011.
Derrière cette magnifique façade commence la rue de L’Epée où se situe le musée des beaux arts de Cambrai.

Depuis longtemps je voulais le visiter, le temps me manquait toujours, c’est l’inconvénient d’avoir de la famille à rencontrer avant toute chose dans la région.

Coup de foudre pour ce splendide musée !
Comme au musée Matisse du Cateau, à quelques kilomètres de Cambrai, un beau bâtiment classique fut agrandi d’une aile moderne qui s’intègre bien à l’architecture du XVIIIème siècle dans cette grande cour ensoleillée.

Les collections, de l’art de l’Antiquité à l’art moderne, sont excellemment mises en valeur dans ce musée lumineux, offrant de multiples perspectives captivantes à observer. Les photos étaient permises et j’ai pris un grand plaisir à emporter dans mon appareil toutes ces lignes de fuite, ces reflets, ces points de vue graphiques et ces décors qui composent un passionnant musée.

La qualité des oeuvres exposées est remarquable, avec des pièces uniques en leur genre.
Mais pourquoi n’est-il donc pas mieux connu ce musée ?
Matisse lui fait sans doute de l’ombre et c’est bien dommage ! On vient dans le Cambrésis pour les découpages d’Henri mais on oublie tout simplement Cambrai qui vaut pourtant le détour.

Je suis arrivée dans ce musée avec un désir bien précis, celui de voir la statue de Chana Orloff. J’avais découvert cette femme sculpteur au musées des années Trente à Boulogne-Billancourt et, en me renseignant à son propos, j’avais vu une photo d’une statue conservée à Cambrai.
La forme si originale de cette maternité m’avait enthousiasmée et je n’avais plus qu’une idée en tête, aller la découvrir dans sa vitrine.

La voilà, la vitrine, dans une petite pièce, au côté d’un portrait de Van Dongen et d’une sculpture de Léon Drivier.

Emotion devant cette statuette de 1914, un plâtre patiné original, interprétant avec une intelligente délicatesse l’amour maternel ! Une maman tient son enfant contre elle et se cambre naturellement pour laisser le petit corps reposer doucement sur son sein. Est-ce parce qu’elle est cambrée qu’elle est à Cambrai ?!

Le site de Chana Orloff ( 1888-1968 ) est à visiter ici

Cette maternité ne m’a pas déçue, au contraire, présentée dans ce magnifique musée, elle a dépassé mes espérances de félicité. Longiligne, fluide et sobre, d’un style original et affirmé qui ne contrarie pas une grande expression de tendresse , elle séduit et marque l’esprit.

Il me faudra bloguer à nouveau autour de ce musée, riche et surprenant, d’un accueil charmant, qui conserve beaucoup d’oeuvres intéressantes et qui mériterait d’être aussi réputé que les bonbons de sa ville !

Son site web est ici

L’unique et inoubliable collection de monsieur Frick

Un échantillon de dentelle noire en fer forgé, c’est tout ce que je peux montrer du musée le plus ravissant – ou le plus reposant – de New York.
Un palais de style Renaissance italienne, situé sur la cinquième Avenue dans le très bourgeois upper east de Manhattan, abrite la fabuleuse collection de monsieur Frick … et se trouve cet été emballé de bâches et d’échafaudages sur son toit et toute sa façade !

Cette noble maison se refait une beauté, mais ne nous plaignons pas, elle peut malgré tout être visitée, alors que le musée Guggenheim est, lui, fermé pour travaux .

Entrer dans ce musée, c’est comme se glisser dans un cabinet dérobé au coin d’un hall de gare. On quitte le tumulte vibrionnant d’une ville électrique pour le silence déconnecté d’un monde ancien et beau.

Les photos n’y sont pas autorisées, seule ma mémoire fragile garde l’impression enchantée d’un havre d’élégance, de perfection, de beauté indicible … hum, je ne sais plus quel auteur, Charles Dantzig peut-être, a dit qu’un écrivain digne de ce nom ne devrait jamais employer l’adjectif indicible !
Les blogueurs ne sont pas écrivains mais s’ils bloguent c’est pour surmonter l’indicible.
Bref, la Frick Collection respire le bonheur, le bonheur d’un merveilleux rassemblement d’oeuvres d’art, le bonheur de les présenter au public dans leur écrin raffiné.

Le site du musée est à visiter ici.
Une oeuvre du musée est mise périodiquement en lumière et cet été  » Saint François dans le désert  » de Giovanni Bellini était bien expliqué, détaillé à l’aide de panneaux et d’un film.

J’ai laissé le charme de la leçon agir et fus envoûtée par les ravissants détails de ce Saint François dans le désert. ( zoomer sur cette page )
Le but du musée est en effet pédagogique, il veut aider le public à mieux comprendre les beaux arts.
C’était la volonté du fondateur de cette collection, Henry Clay Frick ( 1849 – 1919 )

Monsieur Frick a fait fortune à Pittsburgh dans l’industrie du charbon et de l’acier où il fut un pionnier. Il commença sa collection à Pittsburgh puis vint s’installer à New York dans une première maison, et ensuite dans celle que nous connaissons aujourd’hui où il ne vécut que cinq ans de 1914 à sa mort en 1919.

Il a dû être excellemment conseillé dans ses achats car toutes ses oeuvres sont d’une qualité extraordinaire, allant du moyen-âge à l’art qui lui était contemporain comme la peinture de Whistler.
Il était un ami proche du collectionneur Andrew Mellon qui est à l’origine de la National Gallery de Washington.

Whistler, ah, je n’ai pas eu de chance, ses grandes toiles étaient absentes ( revoir ici )!
A cause des travaux un certain nombre de toiles ont été décrochées.

New York palpite d’une énergie déroutante, constamment excitante, et là soudain, dans cette maison reflétant l’âme d’un XVIIIème siècle épanoui, on se sent léger, serein, tout abandonné à l’émerveillement à chaque détour des salons, du patio verdoyant avec sa fontaine, des petits cabinets cosy ou de la grande galerie d’exposition.

On glousse des oh de plaisir devant un petit chat de Greuze, un serin de Chardin, un enfant qui dort chez Millet, on s’extasie devant les portraits anglais, les Rembrandt, et on s’immobilise devant les Vermeer.
Trois Vermeer à retrouver ici et clic sur le nom Johannes Vermeer

Arrêt sur image ou arrêt sur visage :

La jeune femme riant et la jeune femme interrompant sa leçon de musique se trouvent juxtaposées dans une petite pièce, ce sont deux petits tableaux, le troisième, de plus grande taille, la jeune femme écrivant une lettre, se trouve dans la grande galerie.

En comparant les deux petits tableaux, on est étonné par la différence de facture.
La jeune femme qui semble rire de bon coeur, peinte entre 1655 et 1660, est animée d’un certain pointillisme accrochant la lumière.
La jeune femme dérangée dans sa leçon, peinte vers 1660, est lisse, la lumière glisse en aplats plus doux.
C’est encore l’effet éducatif de ce musée, il montre comment Vermeer a évolué dans sa manière de peindre.

Un autre visage ne m’a pas déçue :

Ah le grand Ingres ! J’avais bavardé au sujet de la comtesse d’Haussonville ici et mon émotion fut vive de la contempler sur toile dans son beau musée.

Je ne peux pas décrire tous mes coups de coeur ici, mais en résumé il faut préciser que cette collection exceptionnelle joua un grand rôle auprès des collectionneurs et des musées des Etats Unis et guida certains dans leur politique d’acquisition.

On sort de cette maison avec aux lèvres un sourire angélique.

De New York à Dunkerque

Mes petites et merveilleuses vacances dans le Nord et le Pas-de-Calais ont interrompu mon récit illustré, mon  » Bericht « , mon rapport de voyage à New York, et voilà, je ne sais plus comment reprendre mon parcours dans Manhattan, les images de Dunkerque principalement se mêlent aux vues américaines dans ma tête confuse, éblouie par tant de lumière.

Alors pourquoi pas, mêlons les vues du Nord et du grand Ouest, New York et Dunkerque offrent chacune au regard une  » skyline  » séduisante.

Dans ces deux villes, les reflets, les perspectives et les silhouettes, le ciel, la lumière et l’infini fascinent.

Les plages du Nord ont aussi leurs Giacometti

    Tableau de Jean-Pierre Victor Van Looy, Vue de Dunkerque, mba Dunkerque

Le parallèle entre Dunkerque et New York peut faire rire et paraîtra incongru, mais quand j’ai vu ce tableau dimanche dernier au musée des beaux arts, j’ai aussitôt pensé au ferry de Staten Island !

Et au musée des beaux arts de Dunkerque une statuette argentée m’a rappelé le monument d’Andy Warhol édifié près de sa factory.

Autre rapprochement venant à l’esprit :

Le World Trade Center et le mur de l’Atlantique portent en eux un passé tragique

Ces buildings alignés de part et d’autre de l’océan présentent la même sensation d’énormité

Mais, à la différence des édifices américains, les blockhaus sont indestructibles. Seuls le temps et la mer viennent à bout de leur masse spectrale dans le paysage, le béton peu à peu bascule dans le sable, s’enlise, se démantèle, dans un chaos qui reste effrayant malgré les peintures rupestres.

Un souffle de légèreté aussi …

Une fontaine à New York joue avec le vent et fait penser au dictionnaire ; le vent joue soudain avec le sable sur la plage

À New York comme à Dunkerque, on marche beaucoup, les bateaux ont-ils des jambes ?

Ma dernière photo de New York, je l’ai prise avant le vol de retour, à l’aéroport, d’où l’on aperçoit encore la fameuse ligne des gratte-ciel

Les gratte-ciel de Dunkerque ont des ailes

Dans une ville l’infini est vertical, dans l’autre il est horizontal

Casse-noisette

L’écureuil prend la place de grillon.
Je m’absente une semaine, je pars ce lundi. Le petit prince de mon jardin surveillera ce blogue pendant ce temps.

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, a dit Catherine Pancol, ils m’ont paru là-bas l’être chaque jour. Ceux de la vieille Europe sont plus joyeux, bondissants, flamboyants.

Le petit elfe léger et gracieux comme un danseur étoile dégustait une noisette, abrité sous le tutu roux de son panache.
Il m’a vue, m’en a voulu, son courroux a enflammé ses prunelles noires comme celles de Noureyev

    Il a protesté, tout son petit corps soyeux palpitait d’une effronterie craintive, sa queue fouettait l’air, ses cris aigus m’ordonnaient de quitter son lieu.
    Il s’est envolé, en quelques bonds et entre-chats aériens sur les branches, le charmant casse-noisette du jardin !

Je n’ai pas fini mon récit de New York, je le reprendrai à mon retour, en attendant, voilà un peu de musique !
À bientôt 🙂 !

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