Lionel et Bertie

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Elle est arrivée enfin, la version originale de mon film tant attendu ! Car je veux et j’exige pour l’exégèse …
hum, imprononçable, cette phrase 🙁

Nous avons fait la queue hier pour la V.O. du  » Discours d’un roi  » et avons obtenu, mon mari et moi, les deux avant-dernières places. Au premier rang bien sûr … ce qui fit dire à mon mari que du roi, ce sont les postillons que nous allions recevoir !

Ce film nous a en effet éclaboussés … de toute sa beauté.

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Très beau film, grande esthétique des images ( oh, ce mur tout décrépi chez l’orthophoniste est une oeuvre-d’art ! ), belle musique ( française de Desplat, ha 🙂 ! , de Beethoven, de Mozart … ) jeu absolument remarquable de tous les acteurs ( j’adore Geoffrey Rush ! ), et surtout très belle histoire.
C’est la magnifique histoire d’une amitié, la naissance très longue et difficile d’une grande amitié.

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Travailler la voix, en musique, en chantant, en dansant, en anglais bien sûr, comme j’ai hâte d’avoir le DVD pour retrouver les dialogues écrits !
Ils sont savoureux , ces dialogues, entre Shakespeare et la scatologie, on en a pour tous les goûts et les registres, et au passage, on rit souvent !

J’ai retrouvé quelques bons morceaux ici : Oh… Bertie !

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Allitération, elle résonne souvent, là encore j’aimerais revoir le film pour relever les english alliterations.
Cela fait penser à notre allitération nationale la plus connue :
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? ( Racine, Andromaque, dans les dernières paroles d’Oreste )

Et de Racine justement, on peut lire ces autres vers dans  » Iphigénie  » , qui évoquent le rôle du roi :

Agamemnon – […]
Triste destin des rois ! Esclaves que nous sommes
Et des rigueurs du sort et des discours des hommes,
Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins,
Et les plus malheureux osent pleurer le moins !

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Le roi pleure un peu malgré tout et il est bouleversant. Que je suis heureuse que la carrière de Colin Firth soit couronnée d’un oscar !
On a pu le voir bégayer dans un autre film magnifique, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois dans ce blogue,  » A month in the country  » datant de 1987. Il était peintre, restaurait une fresque dans une église, et sa voix s’était brisée durant les horreurs de la première guerre mondiale. Les blessures psychologiques vont si bien à Colin !

Dans  » Le discours d’un roi « , on reconnaît David Bamber qui jouait monsieur Collins, et Jennifer Ehle, qui jouait Lizzy Bennet dans la série de la BBC  » Pride and Prejudice  » , et il y a une scène amusante où Myrte Logue/ Jennifer Ehle rencontre Bertie/ Colin Firth. On ne peut s’empêcher de penser à Lizzy et monsieur Darcy !

Ah, Colin null Bravo !

On s’arrête devant un Chardin, comme d’instinct …

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Au château la musique s’entendait au travers des portes et elle apparaissait au dessus des portes

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Joie livresque, joie picturale, Chardin me transporte toujours dans des moments de bonheur intense.
Après ma découverte au musée j’ai revécu l’instant de ravissement au creux de mon vieux catalogue.

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    Chardin, Les instruments de la musique civile, Les instruments de la musique militaire, 1767, musée du Louvre

Deux nouveaux tableaux de Chardin sont entrés l’automne dernier au musée du Louvre grâce à la générosité de la société des Amis du Louvre et des descendants d’Eudoxe Marcille qui posséda la plus belle collection jamais rassemblée d’oeuvres du maître.

Je laisse Louvre-passion présenter sur cette page ces deux tableaux, Les instruments de la musique civile et Les instruments de la musique militaire.

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Peu de monde dans la salle, personne ne s’arrête devant les pendants musicaux nouvellement accrochés.

Et pourtant, Diderot fit un ample éloge de ces tableaux de Chardin en le terminant par cette phrase :

     » On s’arrête devant un Chardin, comme d’instinct, comme un voyageur fatigué de sa route va s’asseoir sans presque s’en apercevoir, dans l’endroit qui lui offre un siège de verdure, du silence, des eaux, de l’ombre et du frais. « 
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Face à la paire de tableaux je m’assis sur la pointe gris-éléphant de la banquette fuselée, comme si d’instinct j’avais cherché la meilleure place pour soulager mes jambes dans cette grande salle.

Chardin a plusieurs fois peint des tableaux décoratifs en pendants, en paire ou en trio, ( on peut admirer une paire au musée Jacquemart-André à Paris ) et il a peint plusieurs fois des instruments de musique.
Comment reconnaître ces instruments, et comment distinguer ceux de l’agrément privé et ceux de la bataille ?

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J’ai fort heureusement retrouvé ces deux tableaux dans le catalogue de l’exposition Chardin de 1979 au Grand-Palais. Ils appartenaient bien sûr à la collection privée Marcille. Ces toiles décoraient à l’origine des dessus de portes dans le château de Bellevue, c’est pourquoi elles ne sont pas encadrées aujourd’hui comme dans le château.

Le catalogue précise les instruments civils : une flûte traversière, un violon avec son archet et à tête de brochet null
un tambour à timbre, un tambour de basque à sonnailles, une vielle à roue, une clarinette et un cor de chasse.

Magnifique opulence de tons et de sons !

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Dans sa critique flatteuse, Diderot regrettait cependant  » l’éclat un peu dur et cru des couleurs fraîches  » et pensait que le temps éteindrait heureusement les tons.

L’aile du temps a en effet caressé et adouci les couleurs, le vieux rose-buvard, le lait grenadine, le bleu tendre , le vert amande, toutes ces notes douces donnent une musique de chambre des plus reposantes.

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Les instruments de la musique militaire ( qui en 1979 se disait la musique guerrière ) sont :
une trompette, deux timbales avec leurs baguettes, un tambour, des cymbales, un hautbois, un basson avec sa cuivrette.

null Accords parfaits des roses, verts, jaunes, des reflets des métaux et du toucher des tissus et papiers.

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null caractère royal des étoffes aux armes du roi de France et de Navarre avec la croix de l’ordre du Saint Esprit.

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Dans une autre salle du Louvre on retrouve deux pendants de Chardin, dont l’un expose des instruments de musique. Il s’agit des  » Attributs des Arts  » et des  » Attributs de la musique « .

Trois panneaux pour dessus de portes avaient été commandés à Chardin deux ans auparavant, en 1765, pour le château de Choisy, mais le troisième tableau, Les attributs des Sciences  » a disparu.

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    Chardin , Les attributs de la Musique, 1765, musée du Louvre, notice

Comme dans les tableaux de 1767, des instruments de toutes formes et toutes matières s’accumulent dans un savant désordre qui pourrait effrayer, mais le peintre, en chef d’orchestre virtuose, a su parfaitement équilibrer sa composition et harmoniser sa palette.

Comme a écrit Diderot ,  » éloignez-vous, approchez-vous, même illusion, point de confusion, point de symétrie non plus, point de papillotage ; l’oeil est toujours recréé, parce qu’il y a calme et repos.  »

C’est pourquoi au Louvre, au deuxième étage de Sully, c’est devant un Chardin qu’on s’asseoit et se repose !

Un portrait de l’autoportrait

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On dirait un album pour enfants, il s’adresse à tous les âges. Amusant, abondamment illustré, clair et instructif, très intelligemment rédigé, il raconte de manière passionnante l’histoire de l’autoportrait au fil des siècles, au fil des âmes d’artistes-peintres.

Une merveille, ce livre des éditions Palette , Autoportraits, par Christian Demilly !

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    Nicolas Poussin, Autoportrait, 1650, musée du Louvre, notice

Ce livre montre les autoportraits les plus variés et fait remarquer des détails comme par exemple null ce troisième oeil insolite sur la tête de la Peinture : oeil de l’artiste qui se scrute lui-même avec son pinceau ?

On découvre des autoportraits surprenants, graves, sérieux, ironiques …

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    Joseph Ducreux, Portrait de l’artiste sous les traits d’un moqueur, vers 1793, musée du Louvre, notice

Je n’avais jamais remarqué au Louvre ce Ducreux haut en relief !

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    Joseph Ducreux
    , Autoportrait baillant, Getty Museum Los Angeles, notice

Ducreux me fait penser à Messerschmidt qui avait sculpté ses autoportraits grimaçants, que l’on peut voir au Belvédère à Vienne en Autriche, et qui sont actuellement exposés au Louvre ( site de l’expo )

Ce livre Palette présente une captivante palette d’autoportraits, palette de talents, de sentiments, de reflets multiples et de miroirs supposés.

null À propos de miroir, ce livre m’a donné l’envie de visiter le site amusant du

    Norman Rockwell Museum : ici.

Laisser flotter les rubans

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    Nicolas de Largillierre, Portrait de La Bruyère, musée des beaux arts Quimper

Il a du caractère ce portrait de La Bruyère. C’est l’un de mes tableaux préférés du musée de Quimper, et on a pu l’admirer tout particulièrement cet hiver, dans une belle exposition du musée consacrée aux portraits appartenant à ses collections.

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J’avais apprécié dans cette expo la couleur riche et bondissante de certains murs, le rouge, qui sied si bien aux portraits, rappelant le ton des lèvres purpurines, de certaines toilettes et étoffes, des joues pudiques.

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m.b.a. de Quimper, les portraits

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Louvre, donation Carlos de Beistegui ( portraits aussi ! )

D’un musée à l’autre … Comme je visitai le Louvre entretemps, j’ai pu admirer le rouge vif des murs de la collection Beistegui … où se trouve également un portrait de Largillierre.

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    Nicolas de Largillierre
    , Portrait présumé de la duchesse de Bouillon, musée du Louvre notice

Ma photo n’est pas bonne mais elle montre l’écho entre le mur rouge et le taffetas vermillon de la robe.

Je remarquai alors le noeud défait, comme dans le portrait de La Bruyère :

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et revoyons le ruban du La Bruyère de Quimper :

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Nicolas de Largilierre signe de cette manière originale un certain nombre de ses portraits. Il dénoue les rubans pour un petit supplément de liberté, un rien de frivolité, laisse souffler un léger vent informel dans des portraits qui se voulaient sérieux à cette époque.

Largillierre est né à Paris en 1656, est mort à Paris en 1746. Il a fait chevaucher sa longue vie sur deux moitiés de siècle, la dernière du XVIIème et la première du XVIIIème.

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    Nicolas de Largillierre, Autoportrait, vers 1725, Art Institute Chicago, notice

Largillière ou Largillierre selon les musées est avec Hyacinthe Rigaud le plus grand portraitiste de la fin du règne de Louis XIV et du début de celui de Louis XV. Il est parisien, mais sa formation est flamande.
Il a débuté à Anvers et s’est formé ensuite en Angleterre dans l’atelier de Sir Peter Lely chez qui il a recueilli les leçons d’Antoon van Dyck.
Il s’est ainsi pénétré de la virtuosité flamande et a introduit dans la haute société parisienne un goût pour un naturel fougueux.

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    Nicolas de Largillierre, Portrait de famille, vers 1730, musée du Louvre, notice

Après avoir visité la splendide collection Beistegui, je continuai dans la peinture française du second étage de Sully au Louvre et découvris un autre ruban flottant dans un autre grand portrait de Largillierre :

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Quelle vivacité dans les tons moirés des étoffes, le mouvement des plis, le ciselé des bijoux, le déchiqueté des dentelles …
quelle touche aussi déliée que les rubans !

Monsieur de Largillière jouait avec l’accessoire de mademoiselle de La Vallière !

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    Nicolas de Largillierre, Portrait de dame, vers 1696, Saint Louis Art Museum, commentaire

La claie des songes

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Elle laisse songeur. Elle intrigue. On la contourne en souriant, elle est si petite.
Chaque fois que je traverse le jardin des Tuileries je vais la voir, comme une amie. Immuable et toujours recommencée comme les bleu-vert de la mer, je l’ai maintes fois photographiée depuis une dizaine d’années.

J’aime sa patine d’opaline, le temps a versé dans son vert un nuage de lait, a opacifié et pacifié les tons sombres et translucides du bronze neuf, luisant et sonore.

null Claie d’amande douce, elle a la couleur onctueuse d’un yaourt Mamie Nova à la pistache.

Il ne faut pas s’asseoir sur cette petite chaise, ne pas l’offenser de ses fesses, c’est une oeuvre d’art.

Elle est un pied de nez en fait ! Vide sous le gros nez du pauvre monsieur tout seul.

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Petite chaise insolite devant la monumentale sculpture de bronze. Petite chaise isolée et moqueuse que les autres chaises du jardin ignorent.

L’ensemble sculpté par l’artiste suédois Erik Dietman s’intitule  » L’ami de personne  » .

null Personne ne vient s’asseoir devant le monsieur au gros pif, personne ne recherche son amitié. Si, comme l’écrit Proust dans La recherche, le nez reflète l’intelligence, le monde est sans doute effrayé par l’intellect sur-dimensionné de cet homme.
En revanche, la petite chaise, on aimerait en faire son amie, l’emporter chez soi, rêver avec elle.

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C’était en 1947

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    Georges Leroux, Dans la grande Galerie, musée du Louvre, notice

Le musée a rouvert, retrouvé ses oeuvres, ses visiteurs. Que c’est bon de reprendre le chemin de la Grande Galerie, d’entendre à nouveau le parquet crisser sous les pas, de revoir les chefs d’oeuvre intacts, de flâner enfin en paix !

null on y vient en short ou long manteau,
avec un bonnet null
ou sa rosette, on est de nouveau libre

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La Grande Galerie abritait la peinture italienne, comme aujourd’hui.
Mais le peintre a juxtaposé Léonard de Vinci ( ici et ) , Bernardino Luini ( ici ) et le Caravage ( ici ).

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La mode des années quarante, cinquante, est bien rendue, elle sied bien à cette composition pittoresque

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La cire fraîche devait fleurer bon dans cette Grande Galerie restaurée, aux murs éclaircis, et aux nouvelles plinthes en marbre.

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Il est bien sûr très tentant d’aller vérifier soi-même si les hautes plinthes roses sont toujours en place. Oui, elles sont là, et les toiles de Léonard de Vinci et du Caravage aussi !

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Les salles de l’histoire du Louvre, situées à l’entresol Sully, sont passionnantes, on y découvre à chaque visite des choses insolites ou amusantes !

Les heures silencieuses

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Un roman, un tableau, j’aime bien les histoires qui se trament à partir d’une oeuvre peinte ou sculptée, du moment que les personnages du roman n’égratignent pas la vérité historique. Tracy Chevalier n’a hélas aucune crainte à ce propos et griffe la vérité jusqu’à la diffamation.
Ce n’est pas le cas de Gaelle Josse qui a composé un séduisant petit roman, intitulé Les heures silencieuses à partir du tableau d’Emmanuel de Witte :

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    Emmanuel de Witte, Intérieur avec une dame au virginal, 1665-1670, musée Boijmans van Beuningen Rotterdam, commentaire du musée

D’une lecture agréable, d’une écriture sobre et pudique, l’histoire nous entraîne dans la vie intime de cette dame jouant de l’épinette dans sa jolie maison de Delft.
Son époux est un marin de commerce, appartenant à la V.O.C, le livre n’emploie pas ces initiales mais elles sont si célèbres aux Pays-Bas qu’il est bon de les rappeler : comprendre  » Vereenigde Oostindische Compagnie « , c’est à dire Compagnie réunie des Indes Orientales.

Le roman se présente sous la forme d’un journal intime, chaque chapitre étant une page, un jour du carnet secret de la maîtresse de maison, et comme celle-ci raconte la vie active de son mari, il est intéressant de lire ce roman avant ou après une visite du musée de la Compagnie des Indes à Port-Louis en face de Lorient !

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Je suis cependant un peu déçue par l’histoire inventée par Gaelle Josse de cette femme au foyer, car l’intrigue sous-entendue dans le tableau lui-même aurait faire pu naître une romance plus croustillante.

La vie de Magdalena ( c’est son prénom ) est rangée, résignée, et le style du roman est retenu, peut-être un peu trop à mon goût, j’aime les écritures audacieuses et les images poétiques ou fortes, mais ce n’est que mon penchant personnel et le livre se tient parfaitement.

Que dit le tableau en réalité ?
Il faut zoomer sur le site du musée et découvrir les détails, c’est magnifique !

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Le commentaire du musée explique que le sujet du tableau est une intrigue amoureuse.
Un homme est couché dans le lit, on distingue vaguement son visage, ses vêtements et son épée reposent sur la chaise, il est alité car il est sans doute malade.
La musique jouée sur un instrument est une allusion à l’amour. Il faut comprendre que l’homme qui l’écoute est malade d’un chagrin d’amour, atteint d’une mélancolie érotique. La musique est un remède à sa souffrance. Le sujet fut fréquemment traité dans la peinture hollandaise , mais le plus souvent du côté féminin, une femme étant malade. Ici, c’est l’homme.

L’auteur du roman n’a pas retenu cette version, et a écrit que c’est le peintre lui-même qui s’est représenté derrière les rideaux. Mais un peintre ne viendrait pas avec une épée, si ? non ?

Dans le roman Magdalena n’aura plus de relations charnelles avec son mari après un accouchement tragique, et on peut comprendre aussi que son mari en souffre …

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    Jan Vermeer, Femme tenant une balance, vers 1664, NG Washington, commentaire

Le roman Les heures silencieuses attire l’attention du lecteur sur un autre tableau, de Vermeer, La femme tenant une balance. L’auteur rend Magdalena ignorante, un brin nunuche, car celle-ci a vu ce tableau chez une amie, et ne comprend pas pourquoi la femme ( son amie portraiturée ) suspend une balance vide.

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Magdalena, en bonne bourgeoise hollandaise cultivée, devrait se douter que les peintres de son pays sont intellectuels, philosophes, travaillent à partir de symboles, et que cette balance suspendue n’est autre qu’une répétition de la scène peinte au mur, derrière la dame, scène du Jugement dernier.

La National Gallery de Washington propose un dossier complet au sujet du tableau de Vermeer sur cette page.

Décidément même dans les romans, on prend les FAF ( femmes au foyer ) pour des écervelées incultes !

Mais que cela n’empêche pas de découvrir ce sage et joli roman !

Je me souviens d’avoir eu pour ami, dans mon enfance, un chien

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Le Louvre a invité un sculpteur contemporain, Tony Cragg.
Il apporte au musée sa tonicité, et les visiteurs semblent apprécier ses formes insolites

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Elles jettent leur effet dans les splendides cours Marly et Puget au côté des statues des XVIIème et XVIIIème siècles.

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L’oeuvre de Tony Cragg n’est pas vraiment mon propos aujourd’hui et je n’en dirai pas plus, il ne provoque pas chez moi un élan d’émotion, d’admiration, simplement une curiosité amusée.

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Ces choses colorées et imposantes animent le musée et c’est bien, mais n’oublions pas de regarder les ancêtres alentour …

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null Il y a de nombreux chiens dans la cour Marly du Louvre.
S’ils pouvaient aboyer, la résonance sous la verrière serait assourdissante !
Les statues de cette cour ornaient à l’origine le parc de Marly, et le thème était la chasse.

Ils sont beaux, au poil ondé de soie blanche, figés dans le marbre, ils sont cependant prêts à bondir, frétiller, aimer leurs maîtres ou maîtresses.

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    Je me souviens
    D’avoir eu pour ami dans mon enfance, un chien,
    Une levrette blanche, au museau de gazelle,
    Au poil ondé de soie, au cou de tourterelle,
    A l’œil profond et doux comme un regard humain ;

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    Elle n’avait jamais mangé que dans ma main,
    Répondu qu’à ma voix, couru que sur ma trace,
    Dormi que sur mes pieds, ni flairé que ma place.

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    Quand je sortais tout seul et qu’elle demeurait,
    Tout le temps que j’étais dehors elle pleurait ;
    Pour me voir de plus loin, aller ou reparaître,
    Elle sautait d’un bon au bord de la fenêtre,
    Et les deux pieds collés contre les froids carreaux,
    Regardait tout le jour à travers les vitraux ;

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    Ou, parcourant ma chambre, elle y cherchait encore
    La trace, l’ombre au moins du maître qu’elle adore,
    Le dernier vêtement dont je m’étais couvert,
    Ma plume, mon manteau, mon livre encore ouvert,
    Et, l’oreille dressée au vent pour mieux entendre,
    Se couchant à côté, passait l’heure à m’attendre.

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Alphonse de Lamartine, recueil Jocelyn, 1836.

Ainsi mon thème de visite cette année dans le département des sculptures françaises fut canin !

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Les éleveurs de ces différents chiens sont :

Anselme Flamen, Diane, 1693-94
Anselme Flamen, Compagne de Diane, 1710-1714
Simon Mazière, Compagne de Diane, 1714
René Frémin, Compagne de Diane, 1717
Grégoire Giraud, qui n’est pas exposé dans la cour Marly, Chien, 1827
Nicolas Coustou, Chasseur au repos, 1710

Séparés du monde, on est mieux que bien : on n’est presque rien du tout

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    On est au milieu indécis d’une sieste éveillée, avec un magazine à parcourir, ou mieux : une vieille bande dessinée qu’on n’a pas lue depuis longtemps. Le temps s’étire vaguement.
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    Il est deux ou trois heures de l’après-midi, un jour d’août accablant de canicule. On n’a pas même le léger remords de gâcher un infime quelque chose : de toute façon, il fait trop chaud pour se promener.
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    Le couvre-lit tricoté au crochet repoussé sous les pieds, on se sent léger, suspendu dans une lévitation protégée. Séparé du monde, on est mieux que bien : on n’est presque rien du tout.
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    Le seul rythme donné au jour vient du passage de quelques voitures dans la rue proche.

La sieste assassinée, Philippe Delerm

L’extrait cité ci-dessus est le début de ce court récit décrivant une sieste interrompue par une visite impromptue.

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    Denis Foyatier
    ( 1793-1863 ), La sieste, 1848, musée du Louvre, notice

La sieste de Philippe Delerm est perturbée par le passage des voitures. En contemplant cette sculpture au Louvre, je regardais, par la fenêtre située face à la belle endormie, les voitures passer dans la rue de Rivoli. Je ne les ai pas photographiées, j’aurais dû ! En réalité, sans flash, le contre-jour était trop fort devant l’oeuvre de Foyatier pour réussir une photo correcte.

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C’est en effet un jour de canicule, la liseuse a laissé glisser son corsage. Le sommeil l’a surprise au milieu de son Folio ou de son Actes-Sud. Mais les voitures peuvent toujours faire crisser leurs pneus au feu tricolore et vrombir au démarrage, les visiteurs peuvent déclencher leurs appareils photos ou illicitement effleurer la blanche poitrine, rien ne viendra poignarder le repos de la jeune indolente.

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À propos de repos et de lecture, voici un petit quelque chose que j’ai cousu hier, une liseuse bien douillette pour lire le soir au lit, et dans laquelle on est mieux que bien ! Un coupon de molleton rose, un autre de cotonnade imprimée, j’ai coupé et cousu deux vestes identiques dans chaque tissu, et en un tour de machine à coudre, j’ai assemblé les deux pour former une confortable liseuse doublée. Presque rien du tout !

Détour autour d’un contour

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La naissance du dessin s’est produite chez un potier. C’est Pline l’Ancien qui rapporta cette légende. Dibutade, fille d’un potier de Corinthe, avait tracé sur le mur l’ombre portée de son amoureux avant d’en être séparée.
La saint Valentin est déjà passée, j’évoque trop tard cette charmante légende … mais le tableau mérite qu’on parle de lui.

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    Joseph-Benoît Suvée ( 1743-1807 ), Dibutade ou l’Origine du dessin, 1791-1793, Groeningemuseum Bruges

Ce grand tableau, 2,77mx1,32m, m’a impressionnée dans l’exposition du Louvre  » L’Antiquité rêvée  » .
Un clair-obscur saisissant.

La légende de Dibutade était célèbre dans les milieux artistiques car elle donnait une origine au dessin.
La légende possède une part de vérité : le dessin est bien né du contour d’une forme.
On trouve l’origine du dessin dans les mains dessinées sur les parois des grottes préhistoriques, par exemple en France dans la grotte de Gargas dans les Hautes-Pyrénées. L’homme avait détouré sa main sur le mur avec une matière colorée en rouge.

Suvée est un peintre belge, né à Bruges, mort à Rome, et il offrit ce tableau en 1799 à l’académie de Bruges en reconnaissance de l’éducation artistique qu’il y reçut à ses débuts.

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    J.B. Suvée, L’origine du dessin, vers 1791, graphite, J.Paul Getty museum Los Angeles, notice

Le dessin montre mieux l’atelier de poterie où se dessine la fameuse origine.
Cette composition est un beau morceau de poésie, Dibutade grave son souvenir sur le mur, immortalise son amour. L’ombre de sa tête est magnifique et rappelle une figure grecque. La flamme de la lanterne vacille, fragile, elle va s’éteindre quand partira le jeune homme. L’ombre s’évanouira, le dessin persistera. Je ressens personnellement un élan romantique dans cette toile néoclassique.

Les ombres portées sur le mur dédoublent le couple et cette image fait faire un détour par le musée d’Orsay, du moins fait naviguer de sites en sites web de musées :

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    Emile Friant, Ombres portées, 1891, musée d’Orsay, commentaire

Ce tableau a été peint cent ans plus tard et fait référence à l’histoire de Dibutade. L’oeuvre de Friant devient même une origine de la peinture. Il s’agit aussi d’un couple qui va être séparé, leurs ombres peintes sur le mur resteront pour toujours ensemble. Le mur gardera l’empreinte de l’absent.

Dibutade ou le début du dessin, un nom à retenir !

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