Gourmette et gourmande

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    Edouard Manet, Au bar des Folies-Bergère, 1882, Institut Courtauld Londres, page du musée

Tenté et saturé, tel est l’état d’esprit du gastronome à la saint Sylvestre. Il aimerait se régaler mais, entre famille et amis, les agapes durent déjà depuis une semaine. Pauvres gâtés que nous sommes !

Fin sera le souper, bon mais léger, on se veut gourmet , pas trop gourmand.

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De la fraîcheur, de l’exotisme et des bulles.
Du champagne et l’orange du nouvel an.
Autrefois c’était le présent de Noël et le cadeau luxueux des étrennes, l’orange venue des pays chauds avec son parfum ensoleillé embaumant l’hiver .

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    Léon Bakst, Le souper, 1902, Musée national russe, Saint Pétersbourg

Dans un numéro de Marie-Claire de 1939,
( ah, l’heureux temps où de telles romancières prenaient part aux magazines féminins! ) ,
Colette avait écrit :

    Mon estomac, remarquablement conservé, est celui d’une bourgeoise gourmette et gourmande qui n’a renoncé à rien de ce qui contente le palais, partant, le cerveau.

null Le repas doit être une fête des papilles et de l’esprit, une symphonie gustative harmonieuse et, dit-elle :

    Un bon plat est l’affaire, avant tout, de modération et de classicisme. Arrière les épices coup-de-cymbales, l’alcool grosse-caisse !

Le gourmand ne mange pas à sa faim mais bien au delà, c’est pourquoi la gourmandise est un péché. Le gourmet est un connaisseur, et à l’origine, connaisseur en vins, capable d’en apprécier toutes les saveurs.
La gourmandise est donc un vilain défaut mais elle se déguste au féminin pluriel comme les délices.
Etrangement le gourmet n’a pas de féminin, la femme n’était pas destinée à devenir experte en vins, la gourmette n’étant qu’un objet, chaînette du mors de cheval ou bracelet.

null Goûtons donc avec modération et esprit de connaisseur le frisson de la flûte pétillante et de la petite assiette de gourmandises !
Joyeuse fête 😀 !

Rhinocéros dans la dentelle

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Magie du cadeau de Noël qui resserre les liens familiaux, touche au coeur, excite la curiosité culturelle, en un mot, qui rend heureux … je pourrais le dire à propos de tous les cadeaux que j’ai reçus, si gentiment choisis 😀

Le livre ci-dessus est un cadeau de l’un de mes gendres ayant voyagé à Atlanta dans les jours précédents Noël. Mon catalogue du musée des beaux arts d’Atlanta m’apporte les rayons les plus récents et les plus luisants du soleil de Floride !
J’aime beaucoup les peintres américains, très souvent des impressionnistes qui sont venus tenter le pleinairisme en France et cette peinture moins connue en Europe est délicieuse.
Mais c’est une autre peinture que j’évoque aujourd’hui :

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Je décidai alors de visiter virtuellement le High Museum d’Atlanta, et y découvris l’exposition qui s’y tient actuellement :Les oeuvres tardives de Dali

Présentation de l’expo ici
( cliquer sur le mot  » video  » en bas de la page, et plusieurs films intéressants sont proposés, dont un jeu télévisé des années cinquante où Dali est la  » guest star  » )

Ah, Vermeer 🙂 !
( Je dois dire que mon gendre, néerlandais, visita l’expo et fut enchanté de trouver un hommage à son compatriote )

Dali était passionné par Vermeer et peignit une copie de la Dentellière dans un format très proche de l’original :

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    Salvador Dali, La dentellière( d’après Vermeer ) , 1955, Met New York , notice

En 1954 il avait demandé au musée du Louvre l’autorisation de peindre sur place une copie de la Dentellière de manière fidèle et précise, et il avait commencé le visage, ce qui lui prit du temps, et plus tard, au lieu d’une copie peaufinée, il termina le travail au zoo devant un rhinocéros. Similitude de courbes selon lui, géométrisation du chef-d’oeuvre …
En associant ces cornes animales au plus petit tableau de Vermeer, il ne faisait pas dans la dentelle !

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voilà la rhinocérisation de la petite dentellière :

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La corne de rhinocéros revient souvent dans les oeuvres de Dali. Forme géométrique intéressante, allusion phallique, corne d’abondance, ou peut-être pied de nez pictural puisque le nom du rhinocéros veut dire  » corne du nez  » .

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    Salvador Dali, Etude paranoïa-critique de la Dentellière, 1954-1955, Solomon R. Guggenheim New York

Cette rhinite paranoïaque enthousiasme ou irrite selon les goûts de chacun. Personnellement ce dalidadaïsme me fait loucher, je préfère d’autres aspects de l’oeuvre du peintre à la moustache amidonnée comme une dentelle.

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Il a aussi produit un film intitulé  » L’aventure prodigieuse de la dentellière et du rhinocéros  » qui doit être une curiosité piquante.

Vermeer vu par les yeux de Marcel Proust m’est plus agréable, mais à mon cher gendre je dis un grand merci pour cette découverte du High Museum !

Neige dans l’aéroport

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C’est bien fâcheux de se trouver bloqué dans un aéroport pour cause de neige. Que faire ?

Les voyageurs seraient tentés d’aller glisser sur les pistes …

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L’aéroport d’Amsterdam-Schiphol propose une occupation très culturelle pour faire patienter la clientèle en transit. Il contient en ses murs, sur  » Holland boulevard  » , entre les portes E et F, une antenne du Rijksmuseum où sont données des expositions.

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    Jan Abrahamsz. Beerstraten, Vue de l’église de Sloten en hiver, Rijksmuseum Amsterdam, notice

Cet hiver, l’exposition est consacrée aux paysages hivernaux, tous les tableaux proviennent du Rijksmuseum. Consulter les informations ici.

À quand un Orsay-Charles De Gaulle par exemple, pour patienter … en temps de grève ?

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    Abraham Beerstraten
    , La porte bleue de Leyde en hiver, Rijksmuseum Amsterdam, notice

La neige tient bon dans certaines régions et participe aux plaisirs de l’hiver : revoir ici et , mais chez moi sur la place de l’église, le soleil est revenu avec une certaine douceur, +8°, ah, que ces tableaux me font rêver !

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Noeuds de sapin

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     » Dans la forêt il y avait un joli sapin. Il était bien placé : du soleil, il pouvait en avoir, de l’air, il en avait suffisamment et tout autour poussaient beaucoup de camarades plus grands, sapins et pins à la fois. Mais le petit sapin était très impatient de grandir. »
    […]
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     » – Oh ! comme il est mignon, ce petit-là !
    Cela, l’arbre ne voulait absolument pas l’entendre.
    L’année suivante, il s’était allongé d’un noeud, et l’année d’après d’un autre encore beaucoup plus long.
    Car on peut toujours voir, dans un sapin, le nombre de ses années d’après le nombre de ses noeuds. »
    […]
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     » Oh ! grandir, grandir, devenir grand et vieux, c’étaient tout de même les seules délices en ce monde , pensait l’arbre. » […]

null  » Quand ce fut l’époque de Noël, on abattit de tout jeunes arbres, des arbres qui, souvent, n’étaient même pas aussi âgés que ce sapin qui ne connaissait de repos et voulait toujours partir. Ces jeunes arbres – c’étaient précisément les plus beaux – gardaient toujours toutes leurs branches, on les mettait dans des chariots, et des chevaux les emportaient de la forêt. » […]

« Où vont-ils ? null
demanda le sapin .
– Nous le savons ! Nous le savons ! pépiaient les moineaux. Nous avons regardé par les carreaux en ville ! Oh ! Là où ils arrivent, ils sont dans le plus grand éclat, la plus grande splendeur que l’on puisse imaginer ! Nous avons jeté un coup d’oeil par les fenêtres, nous avons vu qu’on les installe au milieu du salon bien chauffé et qu’on les décore des choses les plus ravissantes, pommes dorées, pain d’épice, jouets et des centaines de bougies. »

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La suite de l’histoire ? Le jeune sapin pressé de grandir et de quitter la forêt comme les autres fut enfin choisi par les bûcherons, qui enfoncèrent la hache profondément dans ses moelles, aïe, et il eut le pressentiment amer qu’il ne reverrait jamais ses buissons familiers.

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C’est un conte d’Andersen publié dans ce très charmant recueil d’histoires de Noël :
 » Le Noël des écrivains  » , textes réunis par Sébastien Lapaque, éditions Sortilèges.

En décembre j’aime lire avant de m’endormir, comme les enfants, une petite histoire de Noël.

Le petit sapin qui avait hâte de multiplier ses noeuds a connu une triste fin , on s’en doute. Il a failli prendre feu avec les bougies, et les enfants, tout d’un coup, se sont précipités sur lui pour attraper leurs jouets retenus dans ses branches. Ensuite il a été jeté dans un coin au grenier et ce sont les souris qui lui ont tenu compagnie, puis au printemps, on l’a mis au jardin et brûlé pour de bon.

null Au jeune sapin avide de noeuds, j’ai consacré toute une journée de couture ! J’ai confectionné dix décorations en tissu et me suis bien amusée !

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Les décorations de Noël de couleur orangée n’existent plus dans le commerce, parce que les années soixante-dix qui glorifiaient ces tons de clémentine appartiennent à un passé lointain, et c’est donc une bonne raison pour les créer soi-même.

null Je ne sais pas si mon jeune sapin avait des ambitions de décorations somptueuses, mais voilà, il a simplement reçu celles hausgemacht de grillon du foyer !

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Lumière sur Sainte Lucie

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     » Le 13 décembre, tôt le matin, lorsque froid et obscurité régnaient sur le pays de Värmland, jusque du temps de mon enfance encore, la sainte Luce de Syracuse faisait son entrée dans les foyers disséminés des montagnes de Norvège au cours du Gullsprång. Elle portait toujours, en tout cas aux yeux des petits enfants, un habit de lumière d’étoile, elle portait sur les cheveux une couronne verte avec des fleurs de lumière en flammes, et elle réveillait toujours ceux qui dormaient avec une boisson chaude et parfumée versée de son aiguière en cuivre. »

Ce texte est issu de ce petit livre de Noël tout à fait réjouissant :

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La couverture est illustrée par une aquarelle de Carl Larsson comme celle ci-dessus ( collection particulière ).

Le livre de Noël est un recueil des contes de Noël que Selma Lagerlöf a imaginés et rédigés avec tendresse, philosophie et foi religieuse. Cet auteur suédois ( je n’aime pas inventer un féminin au mot auteur ! ) explique dans l’un des contes une origine de la fête de Sainte Lucie en Scandinavie.
Je ne raconte pas l’histoire, découvrons-la dans le petit livre, elle est très belle.

J’ai eu envie d’en apprendre un peu plus sur la sainte sicilienne.

Sainte Lucie est bien connue pour ses yeux sur le plat !

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Elle subit le martyre vers 304 à Syracuse. Issue d’une riche famille, consacrant sa vie au Christ, elle donnait ses biens aux pauvres et renonça au mariage. Le fiancé auquel on l’avait promise voulut se venger, essaya en vain de la violer, de la conduire au lupanar, et finalement la fit emprisonner et décapiter.

Comme son nom veut dire  » lumière  » , une légende populaire inventa une torture autour de ses yeux, on les lui aurait arrachés et elle les aurait remis en place elle-même.
( -> Les Saints, repères iconographiques, par Rosa Giorgi, éditions Hazan )

    Francisco de Zurbaran, Sainte Lucie, vers 1625-1630, NG Washington commentaire

Une variante de la légende dit que la Sainte s’est arraché les yeux elle-même, et la vue lui est miraculeusement revenue pendant la prière.

null La National Gallery de Washington possède une autre représentation de Sainte Lucie montrant sa paire d’yeux de manière originale, telle une fleur :

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    Francesco del Cossa, Sainte Lucie, vers 1475, NG Washington notice

La National Gallery de Washington vénère Sainte Lucie, elle conserve également deux tableaux de Véronèse avec la Sainte, dont  » Le martyr et la dernière communion de Sainte Lucie« , qui est visible sur cette page.

La Légende Dorée, récit de Jacques de Voragine, ne mentionne pas cette histoire d’yeux, mais confirme la décapitation.

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    Alessandro Allori, La Vierge et l’Enfant avec Saint François et Sainte Lucie, 1583, National Museum Cardiff, commentaire du musée

Dans ce tableau de Cardiff, on voit Sainte Lucie au premier plan, agenouillée sur l’épée qui va la décapiter et près d’un joug de boeuf. La légende Dorée raconte que, lors de son interrogatoire avant sa mort, le Saint Esprit rendit le corps de la sainte si lourd que personne ne put la déplacer, pas même plusieurs paires de boeufs arnachés pour la tirer jusqu’au lieu de la décapitation.

Quelle sombre histoire autour de la pauvre Lucie !

     » Jamais à cette époque-là je n’eus vision plus merveilleuse que lorsque la porte s’ouvrait et qu’elle entrait dans l’obscurité de la chambre. Et je voudrais faire le voeu que jamais elle ne cesse de se montrer dans les fermes du Värmland. Car elle est la lumière qui dompte les ténèbres, elle est la légende qui triomphe de l’oubli, elle est la chaleur du corps qui rend des régions glacées attirantes et ensoleillées au beau milieu du rude hiver. »

    Selma Lagerlöf, Le livre de Noël, extrait de La légende de la fête de Sainte Luce, éd. Actes sud

âpre râpe

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Il est amusant de passer d’un musée à l’autre et de découvrir entre eux quelques intimes connexions au travers des oeuvres exposées, d’infimes détails qui ne représentent rien de plus qu’un sourire ou un clin d’oeil pour le visiteur.

Ainsi j’ai traversé le beau jardin des Tuileries sous le soleil de novembre, pour me rendre du musée de l’Orangerie jusqu’au Louvre.

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Je suis entrée au Louvre par l’entrée discrète et la plus proche du jardin, la Porte des Lions, près du pavillon de Flore ( celui qu’on voit au fond derrière la chaise sur ma première photo ) , et je la recommande car elle est méconnue, donc on ne fait aucune queue, ni aux caisses, ni au vestiaire, ni aux toilettes, on se croirait dans un gentil et accueillant petit musée de province !

En FAF fière de l’être, j’aime surprendre les ustensiles de cuisine dans les tableaux.
Au musée de l’Orangerie, je venais de voir ce grand tableau de Derain :

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    André Derain, La table de cuisine, 1925, musée de l’Orangerie

J’ai aimé cet ensemble monochrome d’objets simples, un peu cabossés et ayant fidèlement vécu sous la main de l’homme ou de la ménagère.
La râpe m’a beaucoup plu, un ustensile désuet, rendu avec sensibilité, amour des choses simples, et je photographiai donc ce détail charmant.
Ah, vive la permission de prendre des photos dans les musées, elle contribue tant à l’affection qu’on porte aux oeuvres d’art !

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Au Louvre ensuite, j’ai, oh hasard heureux, aperçu une autre râpe ! Presque la même, un peu plus grande et munie d’une planchette en bois, dans un tableau très différent :

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Quel tableau ?
Autre siècle, autre école, autre sujet, mais la même aspérité pour un même outil qui existe encore sous cette forme de nos jours :

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    Pieter Boel, Animaux et ustensiles, dit aussi Le départ de Jacob pour la Mésopotamie, vers 1650, musée du Louvre, notice

Pieter Boel s’illustre au Louvre principalement avec ses études d’animaux et dans ce grand tableau ceux-ci sont magnifiques, tout comme la riche vaisselle. On s’étonne de trouver une simple râpe à muscade ou fromage parmi cet étalage d’orfèvrerie.
Jacob ne s’embarquait pas sans biscuits !

Je suppose que cet épisode de l’histoire de Jacob précède celui de son sommeil et de son rêve avec l’échelle ( revoir ici ).
Jacob était âpre au gain, avait spolié son frère jumeau de son droit d’aînesse avec un plat de lentilles ( assaisonnées de muscade ?? ) pour hériter du père et récupérer un maximum de richesses. Son frère a voulu se venger et décida de le tuer, mais Jacob fut informé par sa mère du projet de meurtre et s’enfuit vers la Mésopotamie. Voilà pourquoi sans doute, Boel a peint le départ de cet avide bonhomme comme un vrai déménagement écrasant le pauvre âne.

null Et que veut nous dire la tortue dans ce tableau ?

De l’importance du trait d’union

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    Kees van Dongen, Portrait de Paul Guillaume, vers 1930, musée de l’Orangerie Paris

La collection Walter-Guillaume au musée de l’Orangerie n’est pas la collection Walter Guillaume, attention !
Ce fut longtemps mon erreur. Je pensais que Walter Guillaume était ce collectionneur qui avait légué à l’Etat ses merveilleux tableaux …
Eh non, Walter et Guillaume sont deux personnes distinctes,et leurs noms de famille sont liés par un trait d’union tout simplement.

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Au sol une plaque commémorative rappelle les initiales entrelacées des deux donateurs : Paul Guillaume et Jean Walter.

L’Orangerie, le musée aux deux donateurs, c’est à la mode , comme le foie gras aux deux poivres !

Il n’y a pas qu’un petit trait d’union qui les unit, ils étaient aussi liés dans une union matrimoniale. Tous deux furent les époux de Juliette Lacaze, dite Domenica. A la mort de chacun de ses maris, elle hérita de la collection d’oeuvres d’art qu’elle-même remania et augmenta puis céda au Louvre. Cette collection, l’une des plus importantes d’Europe, entrera à l’Orangerie après sa mort en 1977. Elle y sera présentée au public en 1984.

Le portrait de Domenica par Derain :

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Elle vaut le détour, cette fabuleuse collection de tableaux des XIX et XXèmes siècles !

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Impressionnante collection de Renoir, de Cézanne, de Matisse, de Modigliani, de Soutine, Marie Laurencin, du douanier Rousseau, et de Derain notamment …

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Le musée, après plusieurs restaurations qui ont rendu aux Nymphéas de Monet la lumière naturelle et zénithale dont ils n’auraient jamais dû être privés, présente une muséographie moderne, très agréable, et le béton brut s’accorde merveilleusement bien avec le bois doré des cadres richement travaillés.

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C’était un samedi de novembre ensoleillé, le musée dedans, le jardin dehors, mêmes éclats de beauté, je marchais en plein rêve, marchais vers le Louvre, autre promesse d’émerveillement.

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Peindre à la gomme bichromatée

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    Heinrich Kühn
    , Study of sunlight, 1906,photogravure, musée d’Orsay, notice du musée

Est-ce vraiment de la photographie ? C’est la question qu’on se pose devant certaines  » gravures  » ou  » aquarelles  » dans la magnifique exposition consacrée à Heinrich Kühn au musée de l’Orangerie.

null Présentation de l’expo sur cette page.

Heinrich Kühn ( 1886-1944 ), sa wikipage, a élevé la photographie au rang des beaux-arts et travaillé la technique comme un peintre triture ses couleurs, utilisant des matières diverses et des papiers spéciaux, s’inspirant des impressionnistes français ou des peintres hollandais du XVIIème siècle, jouant avec le flou et des angles de vue très modernes.
Le résultat est surprenant, on croirait parfois regarder une gravure de Rembrandt, un dessin de Meindert Hobbema ou une étude de Renoir, on reconnaît des attitudes chères à Monet.

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    Heinrich Kühn, Girl with mirror, 1906, musée d’Orsay , notice

Cette photo-là me fait penser bizarrement à l’Isabella de John White Alexander ici.

Kühn a travaillé à Vienne au sein du groupe de la Sécession, et le musée de l’Orangerie a décoré les murs de l’exposition de motifs typiques de la sécession viennoise. Ce raffinement ajoute au plaisir de découvrir ce photographe hors du commun.

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    Heinrich Kühn, Windblown, 1911, musée d’Orsay notice

    Le musée d’Orsay conserve une belle collection de photographies d’Heinrich Kühn ( consulter les trois pages de photos ici ) , mais il aura fallu cette exposition  » hors les murs  » à l’Orangerie pour que j’apprenne à connaître cet artiste.

Heinrich Kühn travailla à Vienne avec un ami américain, Alfred Stieglitz, et le Metropolitan Museum de New York présente en ce moment les photographies de Stieglitz ( ainsi que d’Edward Steichen et paul Strand ) : voir ici. S’il n’y avait pas la traversée de l’Atlantique, ce serait très intéressant de comparer les oeuvres des deux amis !

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Une raison de plus de (re)venir dans ce beau musée !

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Le kimono orange et la neige blanche

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 » Giuseppe De Nittis, la modernité élégante  »

Si la foule autour de Monet dérange au Grand-palais, il faut traverser le boulevard et aller découvrir un autre impressionniste au Petit-Palais. Un Italien à Paris, un artiste de grand talent enfin reconnu !

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Exposition magnifique, très élégamment présentée, silencieuse, spacieuse, lumineuse, encore confidentielle, il n’y a presque personne !

Et pourtant … null
cet étourdissant kimono orange, tableau de l’affiche, devrait attirer les spectateurs !

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    Giuseppe De Nittis, Les ruines des Tuileries, 1882, musée du Louvre

Giuseppe De Nittis est né en 1846 à Barletta près de Bari dans les Pouilles. Orphelin à l’âge de dix ans, il est recueilli avec ses frères par un oncle qui meurt deux ans plus tard. Alors les enfants partent à Naples où ils reçoivent la protection d’un duc, puis Giuseppe entre à l’académie des beaux-arts de Naples.

En 1867 il voyage à Paris et là, c’est le coup de foudre ! Il adore la France et sa capitale !

Et moi j’ai eu le coup de foudre pour La Patineuse :

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Elle glisse sur les pages glacées du catalogue car je l’ai achetée en marque-page.
Ce très beau et très grand tableau date de 1875 et appartient au musée des beaux arts de Dunkerque. La dernière fois que j’ai visité ce musée, je ne l’ai pas vu, dommage.

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Cette élégante patineuse fait rêver aux plaisirs de l’hiver ( d’actualité pour ceux qui sont entourés de neige, chez moi, le soleil brille obstinément ! ). Elle est probablement la femme de l’artiste. Giuseppe De Nittis épousa une Française et s’installa entre Rueil et Bougival.

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    Giuseppe De Nittis, Le long de la Seine, 1876, pastel, musée d’Orsay

L’exposition met en valeur les talents multiples de cet artiste, qui a su rendre la lumière ardente de l’Italie aussi bien que les brumes nuancées de Paris ou de Londres, et les toilettes vaporeuses des Parisiennes aussi vivantes que les effusions volcaniques du Vésuve, à travers de grandes peintures à l’huile ou des pastels.

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    Giuseppe De Nittis, Journée d’hiver, 1882, pastel, musée Giuseppe De Nittis Barletta

Neige encore, comment un Italien ayant fait ses classes à Naples a-t-il pu rendre la neige de manière aussi vibrante ? Le pastel ci-dessus est très grand aussi, la fenêtre à l’arrière-plan restitue avec une subtilité toute tactile le mystère ouaté de ce temps hivernal.

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    Giuseppe De Nittis, Westminster Bridge ( étude ) 1878, musée de Barletta

De son séjour à Londres, Giuseppe De Nittis rapporte une série de vues du Parlement. On pense à Monet.
Ces grandes symphonies de gris et de rose pour un ciel crépusculaire, avec des cadrages vraiment modernes, enchantent l’oeil. On entend les cercles de plomb se dissoudre dans l’air !

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    Giuseppe De Nittis
    , Westminster, 1878, collection particulière

Ses femmes rappellent Jean Béraud, Whistler, James Tissot, Berthe Morisot, ses prises de vues d’une élégante modernité et son sens éperdument délicat de la couleur rappellent Degas, Manet, Monet, il a bien trouvé sa place parmi les impressionnistes français.

Ce brillant artiste mourut hélas fort jeune, en 1884, à Saint Germain en Laye.
Il est peu connu car l’essentiel de son oeuvre est conservé au musée de Barletta qui porte son nom.
Le Petit Palais nous le dévoile et il ne faut pas le manquer !

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