Un vertigineux royaume aquatique

    null

null

    null

Au coeur de la ville lumière, dans l’éblouissement de Noël et des galeries farfouillettes, poussons deux pas plus loin la porte du palais Garnier !

150 ans : voilà cent cinquante ans que la construction du Nouvel Opéra de Paris fut décidée ( l’ancien opéra se trouvait rue Le Peltier, et avant lui c’était la salle Montansier rue de Richelieu ), par le décret du 29 décembre 1860. Il fut inauguré quatorze ans plus tard, le 5 janvier 1875.

null Charles Garnier est à l’honneur à Paris cet automne, une exposition lui est entièrement consacrée à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, par ailleurs son portrait peut être admiré dans l’exposition Jean-Léon Gérôme du musée d’Orsay.

    null

    Jean-Léon Gérôme, Portrait de Charles Garnier, 1877, Bibliothèque-musée de l’Opéra Paris

Je n’ai pas eu le temps d’aller visiter l’exposition à l’Ecole des beaux-arts, mais j’ai admiré les bouclettes de Charles par Gérôme au musée d’Orsay, et j’ai eu envie de visiter son imposant temple de l’art lyrique.

La visite de l’Opéra est libre (mais payante) et c’est parmi un flot de Japonais que je suis entrée dans cet empire du soleil couché !

    null

L’opéra Garnier, choisissez le vôtre ! Le mien est proustien.
Bien sûr, on ne résiste pas au plaisir de se replonger dans la baignoire de madame de Guermantes !

    null

Le jeune narrateur ( Le côté de Guermantes I ) obtient grâce à son père un billet d’entrée à l’opéra pour aller écouter Phèdre jouée par la Berma qui ne la trouble plus autant qu’auparavant.

    null

Il se laissera éblouir cette fois par une autre femme, la duchesse de Guermantes.
Pour décrire cette soirée à l’opéra, Marcel Proust pêche toutes ses images dans le vocabulaire aquatique, et c’est dans une fantastique plongée sous-marine que nous découvrons ce monde surnaturel et liquide de réverbérations éblouissantes.

    null

Rouge comme des rochers de corail.
Plage des fauteuils d’orchestres et strapontins au bord du rivage.
Monstres marins aux crânes chauves comme des galets.
Femmes demi-nues comme des néréides.
Vagues mouvantes des spectateurs s’échangeant leurs places.

    null

Dans sa baignoire apparaît une grande fleur blanche comme certaines floraisons marines, la princesse de Guermantes. Sur sa gorge s’étend une résille de coquillages blancs qu’on pêche dans les mers australes, mêlés à des perles, mosaïque marine à peine sortie des vagues …

    null

Et voilà qu’apparaît dans la baignoire de la princesse, qui est sa cousine, la duchesse de Guermantes, dont les yeux bleus taillés dans un diamant semblent fluidifier l’intelligence. Elle s’avance au bord de la loge et alors la baignoire asséchée, émergée, n’appartient plus au monde des eaux … on image le vaisseau surgissant des fonds marins, ah, je crois que l’écriture de Proust est plus brillante encore que cette décoration surchargée, étourdissante, oppressante de Garnier.

null

    null

 » Cette baignoire où la duchesse de Guermantes transvasait sa vie «  était un lieu féérique comme l’est tout de même ce palais fastueux qui mérite un petit détour.

    null

Le rideau de scène porte l’emblème du Roi Soleil et la date de création de l’académie royale de musique.

    null

De blanches déités font tourner les têtes ou du moins lever les yeux

    null

null

    null

Marcel Proust n’a pas connu le nouveau plafond :

    null

C’est en 1960 qu’André Malraux décida de recouvrir le plafond peint par Lenepveu d’une peinture moderne, il la commanda à Marc Chagall.

    null

La maquette du plafond de Lenepveu se trouve au musée d’Orsay, l’oeuvre est toujours en place à l’opéra sous celle de Chagall :

    null

    Jules-Eugène Lenepveu, Les muses et les heures du jour et de la nuit, 1872, musée d’Orsay

null

Ce n’était pas la première fois qu’une oeuvre résolument moderne venait décorer un édifice ancien, en 1952 au Louvre fut installé un plafond de Braque.
Ensuite, l’habitude fut prise avec les colonnes de Buren au Palais Royal, puis la pyramide de Peï au Louvre et les nouvelles décorations qui se succèdent maintenant dans le musée.

null Dans ce monde minéral, où des variétés infinies de marbre se conjuguent, les yeux sont happés par d’incessants reflets.

    null

Un petit salon circulaire a tout particulièrement retenu mon regard, car il semble étrangement sobre au milieu de ces folies lumineuses, c’est le salon de la Lune, décoré de chauves-souris et hiboux au plafond :

    null

Les murs sont recouverts d’or blanc pour suggérer l’éclat argenté de la lune, et les miroirs se renvoient des images infinies, fractales, fascinantes …

    null

L’histoire complète de cet opéra est sur cette page.

Lucie Delarue-Mardrus

    null

    William Henry Holmes ( 1846-1933 ) Royal Oak, aquarelle, 1932, Smithsonian american art museum Washington notice.

    L’automne

    On voit tout le temps, en automne,
    Quelque chose qui vous étonne,
    C’est une branche tout à coup,
    Qui s’effeuille dans votre cou.

    C’est un petit arbre tout rouge,
    Un , d’une autre couleur encor,
    Et puis partout, ces feuilles d’or
    Qui tombent sans que rien ne bouge.

    Nous aimons bien cette saison,
    Mais la nuit si tôt va descendre !
    Retournons vite à la maison
    Rôtir nos marrons dans la cendre.

    Lucie Delarue-Mardrus, recueil Poèmes mignons pour les enfants

Charmant poème pour les enfants et pour les grands aussi ! Lucie Delarue-Mardrus ( 1874-1945 ) était née à Honfleur comme Eugène Boudin et Eric Satie, sa biographie est ici.

    null

    William Henry Holmes, Broussailles d’automne, aquarelle, 1920, Smithsonian Washington

Les aquarelles de W.H. Holmes, né à Royal Oak dans le Michigan, sont magnifiques, à découvrir dans le site du Smithsonian sur ces pages.

L’automne étonne et tonne et brille à nouveau. Après les grandes pluies, le soleil resplendit, qui dit que novembre est un mois gris et triste ?
On aurait envie de peindre des feuilles aux couleurs d’automne qui étonnent.

    null

    ( j’ai pris cette photo, non pas en Angleterre, mais à Quimper ! )

Le cercle carré

    null

    Johann Heinrich Wilhelm Tischbein ( 1751-1829 ), L’ombre longue, aquarelle et plume à l’encre, vers 1805, Landesmuseum Oldenburg

    Toute une vie en nous, non visible, circule

    Toute une vie en nous, non visible, circule
    Et s’enchevêtre en longs remous intermittents ;
    Notre âme en est variable comme le temps ;
    Tantôt il y fait jour et tantôt crépuscule,
    Selon de brefs et de furtifs dérangements
    Tels que ceux du feuillage et des étangs dormants.
    Pourquoi ces accès d’ombre et ces accès d’aurore
    Dans ces zones de soi que soi-même on ignore ?
    Qu’est-ce qui s’accomplit, qu’est-ce qui se détruit ?
    Mais, qu’il fasse aube ou soir dans notre âme immobile,
    La même vie occulte en elle se poursuit,
    Comme la mer menant son oeuvre sous une île !

    Georges Rodenbach, recueil : Les vies encloses

null En feuilletant un ancien livre d’art allemand j’ai découvert ce magnifique dessin de Tischbein qui illustre la mélancolie. Il illustre aussi assez bien le poème de Rodenbach. Ce n’est pas mon humeur mais la météo qui s’incline vers la mélancolie ce week-end ! Au creux de la dépression, au coeur de la tempête, au coin d’un feu dans la cheminée !
Nous avons allumé le premier feu de la saison avant-hier ! Un temps pour lire, regarder des images …

    null

Un homme est seul dans une pièce vide sans ouverture, seul avec son ombre qui se projette sur les murs et le plafond et qui donne une forme carrée au cercle fermé de son désespoir. Géométrie implacable et sans issue.

null L’isolement de cet homme est renforcé par les cadres vides au mur. On pense à Edward Hopper qui peint toujours cette fatale solitude des personnages.

L’ombre est une projection de soi, un autre je, une face sombre, qui, paradoxalement, a besoin de lumière pour exister. C’est pourquoi Tischbein a placé son personnage devant la cheminée, non pas pour évoquer la chaleur de celle-ci mais seulement pour trouver une source de lumière créant cette ombre. On pourrait se dire que l’artiste a insisté sur la forme anguleuse de cette ombre car cela ne tourne pas rond dans la tête du pauvre jeune homme !

Splendide représentation de l’enfermement dépressif.

    null

    Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, Goethe dans la campagne romaine, 1787, Städel Museum Francfort, notice.

Cet artiste romantique allemand, Tischbein, ami de Goethe, est moins connu que le célèbre portrait qu’il a peint de Goethe doté ( maladroitement ) de deux pieds gauches !
J’ai vu ce portrait au Städel, en effet, il y a un problème dans les jambes du grand écrivain !

Tischbein avait illustré d’aquarelles son roman  » Die Eselsgeschichte  » ( histoire de l’âne ) où différents caractères sont décrits, l’indolent, le sanguin, le colérique, le flegmatique, le mélancolique ( sous-titre allemand : Der Schwachmatikus und seine vier Brüder, der Sanguinikus, Cholerikus, Melancholikus, Phlegmatikus )
Le temps de bloguer et le soleil est revenu 😀 !

Le coeur en boulette

    null

Cette boulette orange ne figure pas Mylène Farmer mais simplement Poil de Carotte.
Comment n’ai-je pas voulu lire cette histoire de Jules Renard dans ma jeunesse, alors qu’elle me plaît tant maintenant ?
Jules Renard est un réel poète et la poésie échappe souvent aux enfants. Des pluies orageuses peuvent surprendre en ce moment, c’est la face brutale de l’automne, et j’ai relu avec délice ce chapitre de Poil de Carotte intitulé  » La tempête de feuilles « .
Poil de Carotte regarde les feuilles tomber , et soudain le vent agite les arbres, tout le paysage s’affole :

       » Et c’est un signe d’alarme, car, à l’horizon, paraît l’ourlet d’une calotte brune.
      Le peuplier déjà frissonne ! Il tente de se mouvoir, de déplacer les pesantes couches d’air qui le gênent.
      Son inquiétude gagne le hêtre, un chêne, des marronniers, et tous les arbres du jardin s’avertissent, par gestes, qu’au ciel la calotte s’élargit, pousse en avant sa bordure nette et sombre.
      […] La calotte livide continue son invasion lente.
      Elle voûte peu à peu le ciel. Elle refoule l’azur, bouche les trous qui laisseraient pénétrer l’air, prépare l’étouffement de Poil de Carotte.
    null

      La voilà si près que, sans autre provocation, la panique commence, les clameurs s’élèvent.
      Les arbres mêlent leurs masses confuses et courroucées au fond desquelles Poil de Carotte imagine des nids pleins d’yeux ronds et de becs blancs. Les cimes plongent et se redressent comme des têtes brusquement réveillées.
      […]
      Maintenant, la calotte s’est toute déployée sous le soleil masqué.
      Elle bouge, Poil de Carotte le sait ; elle glisse et, faite de nuages mobiles, elle fuira : il reverra le soleil. Pourtant, bien qu’elle plafonne le ciel entier, elle lui serre la tête, au front. Il ferme les yeux et elle lui bande douloureusement les paupières.
    null

      Il fourre aussi ses doigts dans ses oreilles. Mais la tempête entre chez lui, du dehors, avec ses cris, son tourbillon.
      Elle ramasse son coeur comme un papier de rue.
      Elle le froisse, le chiffonne, le roule, le réduit.
      Et Poil de Carotte n’a bientôt plus qu’une boulette de coeur. « 

Jules Renard, extraits de Poil de Carotte

null Qui n’a pas une fois éprouvé cette sensation d’avoir le coeur tortillé, noué, compressé en boulette à l’approche sombre, en forme de pesante calotte, d’un terrifiant orage ?

Tableaux de Georges Michel ( 1763-1843 ) :

  • Paysage, Palais des beaux arts, Lille
  • Plaine avec ruines dans un paysage orageux, après 1830, NG Londres, notice
  • Paysage des environs de Paris, musée Carnavalet Paris
  • D’autres orages de G. Michel se profilent dans cet article.

    Les feuilles qu’on foule, un train qui roule, la vie s’écoule

      null

      Ernest Guérin ( 1887-1952 ), Fin d’automne, aquarelle, mba Rennes

    Un grand vent frais, ainsi nommé par Beaufort, a cette nuit fait pâlir l’automne, a soufflé sur ses belles taches de rousseur qui maintenant jonchent le sol. Le soleil brille à nouveau sur les branches noires et sèche les feuilles sonores, mais déjà elles se tairont dans une froide blancheur matinale, frimas de l’automne candide et malade.

      Automne malade

      Automne malade et adoré
      Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
      Quand il aura neigé
      Dans les vergers

      Pauvre automne
      Meurs en blancheur et en richesse
      De neige et de fruits mûrs
      Au fond du ciel
      Des éperviers planent
      Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
      Qui n’ont jamais aimé

      Aux lisières lointaines
      Les cerfs ont bramé

      Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
      Les fruits tombant sans qu’on les cueille
      Le vent et la forêt qui pleurent
      Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
      Les feuilles
      Qu’on foule
      Un train
      Qui roule
      La vie
      S’écoule

      Guillaume Apollinaire, recueil Alcools

      null

      Norbert Goeneutte
      , Le pont de l’Europe et la gare Saint Lazare, 1888, MFA Baltimore

    La musique d’Apollinaire … la houle de ses vers, les feuilles qu’on foule, un train qui roule, la vie s’écoule, cette vague mélodieuse me fait penser aux rimes syncopées de son poème Sous le pont Mirabeau :

    Vienne la nuit sonne l’heure
    Les jours s’en vont je demeure

      null

      Théodore Rousseau, Coucher de soleil en Auvergne, NG Londres, notice

    Un peu de poésie pour commencer la semaine …
    La vie s’écoule, et mon train roule … je l’ai réservé, je pars bientôt, comme chaque année à la fin de novembre, pour visiter le salon des dames qui piquent-et-cousent-et-tricotent à la Porte de Versailles à Paris. Occasion de retourner dans quelques musées, et bien sûr, je consacrerai une entière et grande journée à mon Louvre chéri !

    J’ai pris cette photo en novembre 2009, je vais aller observer l’avancée des travaux !

      null

    Novembre

      null

      Novembre

      Captif de l’hiver dans ma chambre
      Et las de tant d’espoirs menteurs,
      Je vois dans un ciel de novembre,
      Partir les derniers migrateurs.

      null

      Ils souffrent bien sous cette pluie ;
      Mais, au pays ensoleillé,
      Je songe qu’un rayon essuie
      Et réchauffe l’oiseau mouillé.

      null

      Mon âme est comme une fauvette
      Triste sous un ciel pluvieux ;
      Le soleil dont sa joie est faite
      Est le regard de deux beaux yeux ;

      null

      Mais loin d’eux elle est exilée ;
      Et, plus que ces oiseaux, martyr,
      Je ne puis prendre ma volée
      Et n’ai pas le droit de partir.

      null

      François Coppée, recueil Les mois

    Ces bécasseaux ( Sanderling ) ne semblent pas souffrir, il faisait beau cette semaine quand je les ai surpris dans leur course sautillante contre le ressac. Ils ne sont pas migrateurs mais gratteurs insatiables, picorant le sable pour happer des mollusques. Et aujourd’hui il pleut. C’est novembre !

      null

    La maison orange de Dalécarlie

      null

     » Comme le Petit Hyttnäs avait changé en trois ans ! D’un ensemble de constructions plus ou moins abandonnées avait surgi cette maison peinte d’une couleur presque abricot, un peu plus pâle que le rouge de Falun traditionnel, comme si les Larsson avaient donné d’emblée leur tonalité, leur différence.
    […]

      null

    Lumière. En ce matin d’été, elle semblait même éblouissante dans le salon. Le soleil entrait à flots par la façade de fenêtres contiguës qui s’ouvraient sur l’étang. Tous les meubles étaient peints en blanc, le sofa recouvert d’un tissu à rayures bleu pâle et blanc. Sur le sol, les lirettes confortablement entassées donnaient envie de s’asseoir par terre. Jamais je n’avais senti cet équilibre de recherche et de nonchalance. Devant la baie vitrée, une large marche faisait comme une petite scène. Encore entortillée dans sa serviette, Suzanne y grimpa, un petit arrosoir à la main, pour abreuver la longue série de fleurs en pots qui couraient tout au long des fenêtres.
    […]

      null

    La chambre des enfants était toute claire, elle aussi, avec son parquet aux larges planches peintes en blanc, son toit du même vert que les volets et les parements de la maison.
    […]

      null

    Au dessus de la porte menant à la cuisine, Carl avait écrit en lettres rouges et noires une devise en français :  » Bien faire et laisser dire  » . Ces mots m’avaient frappé, non que leur sens me parût étonnant, au regard de la vie des Larsson, mais par ce qu’ils laissaient supposer de blessures déjà reçues. La pièce était toute lambrissée de vert amande, les portes, les fenêtres rehaussées de cet orange abricot qui habillait les murs extérieurs de la maison.
    […]

      null

    Ce que Karin réalisait était une oeuvre aussi, une oeuvre toute entière consacrée à la célébration de la maison, de la vie, de l’instant qui passe. Et puis un jour elle reprendrait ses pinceaux, ses palets d’aquarelle.
    […]

      null

    Noël chez les Larsson. Noël dans la solitude blanche de Sundborn. La neige est si haute et si douce. Comme une vague immobile, elle reste suspendue à mi-hauteur des murs orangés.  »

    Philippe Delerm, Sundborn ou les jours de lumière, extraits.

      null

    Je ne poursuis pas le texte de Philippe Delerm, je propose d’y revenir en période de Noël !

    Les aquarelles, ci-dessus, de Carl Larsson font partie d’un album de 26 aquarelles intitulé  » Notre maison  » et illustrant les pièces du Petit Hyttnäs et la vie quotidienne de la famille. Cet album est conservé au musée national de Stockholm et on trouve chaque reproduction dans le site web, il faut taper le nom de Carl Larsson sur cette page.

    Cet album continue de faire école en matière de décoration !

    null Sundborn se trouve près de Falun en Dalécarlie, région de Suède. Philippe Delerm raconte de manière romancée la vie de cette colonie d’artistes scandinaves qui vinrent à la fin du XIXème siècle s’installer à Grez-sur-Loing près de Barbizon. C’est à Grez que Carl Larsson rencontra une artiste compatriote, Karin, qu’il épousa. Ils revinrent vivre en Suède et achetèrent une bicoque qu’ils restaurèrent avec beaucoup de goût et de zestes d’orange !

    Paradoxe barbant

      null

      Edward Hopper, La boutique du barbier, 1931, Neuberger museum of art New York ,notice.

    Le tableau de Hopper est paradoxal, non ? Il représente une boutique de barbier, mais le personnage essentiel est une femme, qui n’a donc aucunement besoin des services du barbier, et le professionnel n’est vu que de dos, son client étant volontairement coupé, sortant de la composition.
    L’art de Hopper cultive en général un certain paradoxe, et on peut se demander s’il pensait au fameux paradoxe du barbier.

      null

      Photographie de Raymond Voinquel, Bernard Blier dans  » D’homme à hommes  » de Christian Jacques, 1948, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine Paris, notice

    Ce paradoxe du barbier s’appelle le paradoxe de Russell, consulter la wikipage, c’est le paradoxe le plus connu de la théorie des ensembles. L’énoncé rapide en est :

    Un barbier rase seulement tous les hommes qui ne se rasent pas eux-mêmes ? Se rase-t-il ?

    On peut passer un temps infiniment rasoir à tenter de répondre à cette question.

    Entre parenthèses, les mots rasoir et barbant renvoient à un paradoxe, ce qui est barbant est rasoir, mais le rasoir supprime la barbe donc l’aspect barbant … ok, pas très orthodoxe comme paradoxe !
    -> les mots viennent de  » doxa  » en grec = opinion

    null Le paradoxe est assez amusant et peut plonger dans une aporie abyssale, jusqu’à la quadrature du cercle vicieux !

    Le paradoxe est une vérité qui ne tient pas debout ou une blague qui a toute l’apparence de la vérité.
    Amusant : les deux mots sorite et sornette se suivent dans le dictionnaire !

    La sorite est le paradoxe du tas de blé ( soros en grec = tas ) :
    On enlève un grain d’un tas de blé, c’est toujours un tas , on enlève d’autres grains, c’est encore un tas … on enlève l’avant-dernier grain, le grain de blé restant est toujours un tas. N’est-ce pas une sornette ? ❓

    De l’odeur du pomander

      null

      Carl Larsson, Till en liten vira, 1901, musée national Stockholm, notice.

    Cette oeuvre de Larsson est un tableau à l’huile, plus rare, on connaît surtout ses aquarelles.

    L’orange : emplir la maison de sa couleur, sa senteur, sa saveur.
    Orange, Noël, la préparation en novembre …

    l’automne null à la fenêtre,

    aiguilles en fête null

    Novembre, Quand Novembre de brume inonde le ciel bleu, que le bois tourbillonne et qu’il neige des feuilles ( Victor Hugo, Novembre ), novembre est mon mois préféré de l’année alors qu’il est tant redouté par d’autres personnes.

      null

    Colorer ce mois sombre qui, plus que tout autre, contribue au petit bonheur des doigts !
    En novembre je fabrique toujours un pomander … un quoi ? demanderont certains, il est vrai que le mot n’est pas dans le dictionnaire. Il a malgré tout sa page wikipedia.

      null

    Le pomander désignait autrefois un petit pendentif odorant, un petit sent-bon d’orfèvrerie, aujourd’hui, on réserve le mot aux oranges piquées de clous de girofle.
    De la pomme d’ambre on est passé à la pomme de Chine comme l’appellent les Néerlandais ( sinaasappel = orange ) et voilà l’orange de girofle.

      null

    L’orange, de nos jours, nous est proposée toute l’année à un prix modeste, elle a perdu son mystère de denrée rare et précieuse, mais tout de même, le parfum pétillant de sa peau exalte encore les sens, chatouille les souvenirs d’enfance, et déclenche l’irrépressible frisson de Noël.

      null

      Nommons Ducros chevalier de l’ordre du pomander !

    Il faut s’aider d’une petite aiguille à tricoter, une aiguille auxiliaire est la plus pratique, pour perforer la peau, et ensuite y piquer les clous. L’orange vaut alors son poids de senteur !

    null Si on ne décore le fruit qu’avec quelques clous de girofle, il ne se conservera pas longtemps, mais si on pique les clous serrés sur toute la surface, l’orange se garde plusieurs années.

      null

    Voici mon pomander de Noël 2008, celui de Noël 2009 et le 2010 en préparation. L’odeur s’estompe au fil des ans, mais l’orange légère comme un souvenir garde au creux de son cuir brun encore un peu de l’essence de Noël.

    null Il y a dix ans j’avais choisi l’orange pour thème de Noël. Et si je recommençais ?
    Réchauffée par le parfum suave de la cannelle, du feu de cheminée, et de la sève du sapin, la fraîche orange est la complice des soirées d’hiver.

      null

    Le spectre de la rose

      Renoir , Gabrielle à la rose, 1911, musée d’Orsay, notice.

        Le spectre de la rose

        Soulève ta paupière close
        Qu’effleure un songe virginal ;
        Je suis le spectre d’une rose
        Que tu portais hier au bal.
        Tu me pris encore emperlée
        Des pleurs d’argent de l’arrosoir,
        Et parmi la fête étoilée
        Tu me promenas tout le soir.

        Ô toi qui de ma mort fus cause,
        Sans que tu puisses le chasser
        Toute la nuit mon spectre rose
        A ton chevet viendra danser.
        Mais ne crains rien, je ne réclame
        Ni messe, ni De Profundis ;
        Ce léger parfum est mon âme
        Et j’arrive du paradis.

        Mon destin fut digne d’envie :
        Pour avoir un trépas si beau,
        Plus d’un aurait donné sa vie,
        Car j’ai ta gorge pour tombeau,
        Et sur l’albâtre où je repose
        Un poète avec un baiser
        Ecrivit : Ci-gît une rose
        Que tous les rois vont jalouser

        Théophile Gautier

      Pierre Auguste Renoir null
      Danse à la ville ( Suzanne Valladon et Paul Lhote ) musée d’Orsay

    La mélodie de Berlioz, dont le nom rime avec la fleur, fait flotter la douceur des choses, une certaine langueur, et le poème de Gautier évoque sans le nommer ce deux novembre.
    Novembre, tristesse odorante du jardin et mort naturelle des roses. Leurs pétales transparents, dissous dans la brume, se posent sur la terre qui s’endort.

    Un dernier bouquet souvenir d’un bel automne …

      null
    css.php