Légume de nuit d’halloween

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    William Henry Hunt ( 1790-1864 ), The turnip lantern, aquarelle, 1838, New Walk Museum & Art Gallery Leicester

Autrefois quand on ne creusait pas des cucurbitacées mais des racines crucifères pour fabriquer des lanternes, la fête d’Halloween était une rave partie !

Je fus ravie de trouver dans les pages wikipedia cette grosse betterave illuminée sur l’aquarelle de Hunt, et je voulus en savoir plus en cherchant l’oeuvre dans le site du musée de Leicester.
Elle ne figure hélas pas dans le site web de ce musée, mais je trouvai un autre enfant éclairé à la bougie :

Je ne connaissais pas le Jeune Chanteur de Leicester, il fut acquis par le musée en 1983, et j’ai lu dans un ouvrage consacré à Georges de La Tour que l’attribution du tableau est controversée, certains experts pensent qu’il serait peint par Etienne de La Tour.

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null Décidément Halloween m’apprend des choses cette année ! J’ignorais que Georges de La Tour avait un fils peintre.
Comme Vermeer, Georges de La Tour eut de nombreux enfants, onze au total. Etienne est né en 1621 et travailla dans l’atelier de son père.

null Oeuvre du père ou du fils, le Jeune Chanteur ? Une certaine raideur dans le trait ferait-elle pencher pour le fils ?
Il est de toutes façons charmant cet enfant qu’on pourrait imaginer chantant dans une nuit du 31 octobre, pourquoi pas, abracadabra, tout est permis !

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Attente en automne

Attente en automne, j’ai déjà intitulé un article ainsi, revoir ici, c’est le titre d’une nouvelle de Charles Juliet que j’ai beaucoup aimée.
Mais l’attente en automne pourrait être aussi le titre de ce tableau de J.E. Millais, Mariana.

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Ce n’est pas parce qu’elle a trop longtemps brodé, courbée en avant sur sa tapisserie, que Mariana a mal aux reins, elle se cambre simplement de désespoir et de lassitude. Elle attend son fiancé devant la fenêtre et celui-ci ne viendra pas, il l’abandonne car elle a perdu sa dot dans un naufrage.
Mariana est un poème d’Alfred Tennyson, qui s’est lui-même inspiré de la pièce de Shakespeare  » Mesure pour mesure « .

Le poème  » Mariana  » de Tennyson est ici.
Les vers repris dans chaque strophe accompagnaient le tableau de Millais :

Elle dit seulement  » Ma vie est morne
Il ne vient pas  » ;
Elle dit  » Je suis lasse, lasse
Si seulement j’étais morte. « 

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Les feuilles d’automne, qui mêlent harmonieusement leurs couleurs aux motifs de la tapisserie, qui tombent au sol et se racornissent, font allusion aux amours mortes ou sans espoir.

null Couleurs chatoyantes et admirables du velours bleu-nuit de la robe et orangé du siège. La tapisserie est une invention de Millais par rapport au poème, mais la petite souris juste au dessus de la signature figure bien dans l’avant-dernière strophe. Et la signature est orange !

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Excursion sous le feuillage d’érable

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    Tsukioka Sessai, Excursion sous le feuillage d’érable, période Edo, MFA Boston

OCTOBRE
 » C’est en vain que je vois les arbres toujours verts. Qu’une funèbre brume l’ensevelisse, ou que la longue sérénité du ciel l’efface, l’an n’est pas d’un jour moins près du fatal solstice. Ni ce soleil ne me déçoit, ni l’opulence au loin de la contrée ; voici je ne sais quoi de trop calme, un repos tel que le réveil est exclu. Le grillon a à peine commencé son cri qu’il s’arrête ; de peur d’excéder parmi la plénitude qui est seul manque du droit de parler, et l’on dirait que seulement dans la solennelle sécurité de ces campagnes d’or il soit licite de pénétrer d’un pied nu.

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Non, ceci qui est derrière moi sur l’immense moisson ne jette plus la même lumière, et selon que le chemin m’emmène par la paille, soit qu’ici je tourne le coin d’une mare, soit que je découvre un village, m’éloignant du soleil, je tourne mon visage vers cette lune large et pâle qu’on voit pendant le jour.

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[…] Les mains impatientes de l’hiver ne viendront point dépouiller la terre avec barbarie. Point de vents qui arrachent, point de coupantes gelées, point d’eaux qui noient. Mais plus tendrement qu’en mai, ou lorsque l’insatiable juin adhère à la source de la vie dans la possession de la douzième heure, le Ciel sourit à la Terre avec un ineffable amour. Voici comme un coeur qui cède à un conseil continuel, le consentement ; le grain se sépare de l’épi, le fruit quitte l’arbre, la Terre fait petit à petit délaissement à l’invincible solliciteur de tout, la mort desserre une main trop pleine !

Cette parole qu’elle entend maintenant est plus sainte que celle du jour de ses noces, plus profonde, plus tendre, plus riche : c’en est fait ! L’oiseau dort, l’arbre s’endort dans l’ombre qui l’atteint, le soleil au niveau du sol le couvre d’un rayon égal, le jour est fini, l’année est consommée. À la céleste interrogation cette réponse amoureusement C’en est fait est répondue.

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    Paravent  » Plantes en automne, période Edo, 18ème s., MFA Boston

Ce texte, intitulé  » Octobre  » a été écrit en octobre 1896 par Paul Claudel.
Il fait partie du recueil Connaissance de l’Est, édité dans la collection Poésie/Gallimard.

null Connaissance de l’Est
Paul Claudel travailla au ministère des Affaires Etrangères et occupa de nombreuses ambassades en Europe, en Amérique, en Asie. Sa soeur Camille était fascinée par le Japon sans y être allée, elle lui communiqua ce goût et il séjourna dans ce pays qu’il apprécia particulièrement, et vécut aussi en Chine.
Ce poème dédié au mois d’octobre et à l’automne a été écrit en Chine, mais les paysages japonais lui correspondent bien également.

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    Domoto Inshô, Feuilles d’érable en automne à Takao, 1928, MFA Boston

La prose de Claudel décrit poétiquement la douceur silencieuse de l’endormissement de la nature dans l’Est extrême, la fin du cycle annuel irrévocable des productions terrestres. C’en est fait, dit la Terre d’une voix profonde.

Au milieu du texte :
Mori Ippô, automne à Tatsuta, ère Meiji 1869, MFA Boston
– estampe attribuée à Suzuki Harunobu ( 1725-1770 ), Lièvres et pleine lune d’automne, MFA Boston

Pour admirer l’automne au Japon et s’offrir une excursion sous le feuillage d’érable, on peut feuilleter la trentaine de pages du Museum of Fine Arts de Boston ici

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Légume des jours

Légume des jours d’automne, la citrouille, sa couleur solaire illumine les jardins et la maison quand ces jours grisaillent.
Dans cette oeuvre de Homer, le soleil s’est couché derrière les collines, s’est fait rond et roux comme le potiron, a dilué dans l’aquarelle son lait orangé.
Le titre de cette aquarelle est le titre d’une ancienne chanson anglaise, et la chanson évoque le moment où le soleil se couche. Pour peindre cette lumière dorée, l’artiste américain s’est souvenu des peintres français de l’école de Barbizon.
Ces récoltes me font penser aussi à celles peintes par Jules Breton.

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    Winslow Homer, La citrouille, 1878, aquarelle, Canajoharie Library and Art gallery New York

null La citrouille opère sa magie pour les fêtes, dans les contes de fées, en cuisine, et aussi en peinture par sa couleur appétissante qui nourrit les yeux et complète si bien le bleu, le violet, le gris, le vert, toutes les couleurs en fait ! En voici un quartier que j’aime beaucoup :

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    Paula Modersohn, Nature morte avec citrouille et pot de gingembre, vers 1905, Von der Heydt Museum Wuppertal

Paula Modersohn ( 1876-1907 ), épouse d’Otto Modersohn, peignit avec son mari dans la célèbre colonie d’artistes de Worpswede, village situé à 20km au nord-est de Brème. Sa page wikipedia retrace sa courte vie ( elle mourut en couches ) et montre son évolution prometteuse et interrompue vers le fauvisme et l’expressionisme.

La colonie de Worpswede a été créée sur le modèle de l’école de Barbizon. Les peintres français prenant l’air à Barbizon ont influencé les artistes allemands comme l’a été Winslow Homer.
Il y eut ainsi en Allemagne plusieurs  » Künstlerkolonien  » au tournant du XXème siècle, Worpswede, Willingshausen, Dachau, Grötzingen, Murnau, qui ont produit des oeuvres très attachantes mais encore assez peu connues. La colonie d’artistes dont le nom marque surtout les mémoires est celle de Dresde, Die Brücke .
Dans cette digression provoquée par la citrouille de Paula Modersohn, j’ajoute que j’avais blogué il y a trois ans au sujet de Dachau, de funeste réputation pour un autre camp que celui des peintres, mais qui fut surnommé  » le Barbizon allemand  » .

null Bref, creusons la citrouille et fêtons les hautes couleurs de l’automne !

Octobre aux tons chauds d’orange

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    James Tissot, Octobre, 1877, mba Montréal

Rayons d’octobre (I)

Octobre glorieux sourit à la nature.
On dirait que l’été ranime les buissons.
Un vent frais, que l’odeur des bois fanés sature,
Sur l’herbe et sur les eaux fait courir ses frissons.

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Le nuage a semé les horizons moroses,
De ses flocons d’argent. Sur la marge des prés,
Les derniers fruits d’automne, aux reflets verts et roses,
Reluisent à travers les rameaux diaprés.

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Forêt verte qui passe aux tons chauds de l’orange ;
Ruisseaux où tremble un ciel pareil au ciel vernal ;
Monts aux gradins baignés d’une lumière étrange.
Quel tableau ! quel brillant paysage automnal !

[…]

Nérée Beauchemin, recueil  » Les floraisons matutinales  » , poème complet sur cette page.

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    Alfred Sisley, Bords de Seine à Bougival, 1873, mba Montréal

Pour illustrer ce poème d’un auteur québécois, Nérée Beauchemin ( 1850-1931 ), j’ai cherché des tableaux représentant l’automne au Canada, mais en vain …
Ce sont donc des oeuvres du musée des beaux arts de Montréal que je propose. Le site du musée est sur cette page.
Les tableaux au milieu du poème sont :

James Wilson Morrice ( 1865-1924 ) artiste canadien, Venise vue sur la lagune, vers 1904, mba Montréal
Anne Savage ( 1896-1971 ) artiste canadienne, pommier, mba Montréal

Si, pour Gilles Vigneault, son pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver, je pense qu’au Canada, l’automne n’est pas une saison, c’est un festival pyrotechnique.
Les couleurs automnales enflamment le paysage, ainsi Nérée l’a poétiquement conté .

J’ai eu du mal à trouver des paysages québécois et automnaux en peinture, en chanson aussi. Même Robert Charlebois dans  » Je reviendrai à Montréal  » chante l’hiver, et non l’automne.
Les photographies le disent assez haut et fort, peut-être, cet automne magique .

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Invisible poésie

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    Couple d’oiseaux et arbre en fleurs, 19ème s. dynastie Yi ou Choson, Corée du Sud, musée Guimet Paris

Un film m’a lentement bouleversée. Ce film sobre et subtil a doucement gravé son empreinte en moi, il s’appelle Poetry.
Ce film étrange et pénétrant ( utilisons une formule de poète ) m’a laissée tout d’abord rêveuse sans que je découvre la raison de mon émoi, puis m’a envoûtée. Et maintenant, saurais-je expliquer cette fascination ?

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Au cinéma dimanche, un monsieur près de moi baillait toutes les dix minutes à se décrocher la mâchoire.
Un autre voisin masculin à ma gauche, lui en revanche ne bougeait absolument pas, et même, respirait-il ?
Quand je suis sortie de la salle, un autre monsieur derrière moi dit à sa femme :  » c’est bien la première fois que je dors comme ça au ciné ! « .

Poetry de Lee Changdong ne plairait-il donc qu’aux femmes ?
Il s’agit certes de la vie d’une femme.

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Yun Junghee, je retiendrai son nom car il finit comme le mien commence ( Junghee-Gheerbrant ), joue avec la plus grande délicatesse le rôle d’une sexagénaire vivant modestement dans une petite ville sud-coréenne si banale et atypique qu’on pourrait la croire partout ailleurs dans le monde, notre monde indifférent, plutôt laid, violent, sans l’ombre d’un trait poétique. Un évènement dramatique, rendu ordinaire par la société impersonnelle et ingrate d’aujourd’hui, la bouleverse, et elle décide de s’inscrire à un cours de poésie.

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Au cours, on apprend à composer un poème, mais l’inspiration ne se commande pas, comment la trouver ? Elle vient toute seule, dit le professeur . La dame prend des notes en observant les choses, les beautés cachées du monde, mais elle a du mal, l’inspiration est longue à venir. C’est, sous, et par la douloureuse laideur de notre société matérielle, pragmatique, qu’elle va la trouver.
Et le film nous délivre ainsi, au travers d’images simples, sans effets photographiques éblouissants, un secret.
Quel secret ?
Le secret du renard : l’essentiel est invisible pour les yeux.
La poésie est un moyen d’ouvrir les yeux. C’est pourquoi je n’avais pas su dire aussitôt pourquoi ce film que j’ai vu ce dimanche m’avait tant plu, il me fallait en percer d’abord le secret en pénétrant sa poésie.

Le vin d’oranges de Colette

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    Emile Schuffenecker, Nature morte avec une coupe de fruits, 1886, Kröller-Müller museum Otterlo

Recette originale de Colette :

     » Le voilà bien, le  » tonique  » … Une gourde jumelée, en vieux cristal verdâtre, contient encore du vin d’oranges qui a bien cinq ans d’âge. Dans le fond d’un verre mince à hanche tordue – une coxalgie qui doit remonter à Louis XIII – qu’on me verse un doigt de vin d’oranges ! […] Il date d’une année où les oranges, du côté d’Hyères, furent belles et mûries au rouge. Dans quatre litres de vin de Cavalaire, sec, jaune, je versai un litre d’Armagnac fort honnête, et mes amis de s’écrier :  » Quel massacre ! Une eau-de-vie de si bon goût ! La sacrifier à un ratafia imbuvable !  » … Au milieu des cris , je coupai, je noyai quatre oranges coupées en lames, un citron qui pendait, le moment d’avant au bout de sa branche, un bâton de vanille argenté comme un vieillard, six cents grammes de sucre de canne.Un bocal ventru, bouché de liège et de linge, se chargea de la macération, qui dura cinquante jours ; je n’eus plus qu’à filtrer et mettre en bouteilles.

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    Si c’est bon ? Rentrez seulement chez vous, Parisennes, à la fin d’un dur après-midi d’hiver ou de faux printemps, cinglé de pluie, de grêle, fouetté de soleil pointu, frissonnez des épaules, mouchez-vous, tâtez votre front, mirez votre langue, enfin geignez :  » Je ne sais pas ce que j’ai …  » . Je le sais, moi. Vous avez besoin d’un petit verre de vin d’oranges.  »

    (Colette, Prisons et Paradis, 1932, texte paru dans  » Colette gourmande  » de Marie-Christine et Didier Clément, éditions Albin Michel )

Voilà une recette joyeusement troussée comme savait les rédiger Colette !
A essayer en réduisant éventuellement les quantités ! Pour ma part, avec les oranges en hiver, je fais du vin chaud.

null Je recommande vivement le  » Colette gourmande  » à tous ceux qui aiment ce mélange épicé de cuisine d’antan et de mots choisis.

Comme elle, il m’arrive de sacrifier du vieil Armagnac pour une recette : quand je fais une terrine de canard, je fais parfois mariner la viande dans de l’Armagnac corsé à l’écorce d’orange râpée, ce parfum d’orange du Sud-Ouest met aux anges !

Au milieu de la recette, un zeste de Vuillard : Table servie, pastel, musée Bonnat Bayonne.

Et Gauguin apporte d’autres oranges belles et mûries au rouge :

Schuffenecker,  » Chouf  » comme ses amis prononçaient son nom « , a travaillé avec Gauguin à Pont Aven. Ils ont tous deux été séduits par la couleur tonique des oranges. Rien qu’en les peignant ( et en forçant peut-être sur le vin ) , ils avaient dù soigner leur rhume !

Les tours jumelles : Mémoires d’outre-tombe

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Ce matin en buvant mon café j’ai lu les Mémoires d’outre-tombe. C’est bien, mais c’est comme l’éternité, long surtout vers la fin. Mon café était froid.
lol ! Qui a lu les Mémoires d’outre-tombe ? Je n’en ai pas fait l’effort, seulement lu des passages, magnifiques, surtout vers le début plus palpitants, et qui auraient dû m’entraîner à tout lire, car la langue de Chateaubriand, c’est de la belle ouvrage comme on dit.

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C’est un écrivain d’aujourd’hui, Alix de Saint André, qui pique notre curiosité et nous incite à lire cet épisode extraordinaire du séjour de Chateaubriand en Amérique. C’est dans son livre intitulé  » Il n’y a pas de grandes personnes  » qu’elle signale le mot surprenant de Chateaubriand.
Oui, presque incroyable, on va voir pourquoi :

L’aspect de Philadelphie est monotone. En général, ce qui manque aux cités protestantes des Etats-Unis, ce sont les grandes oeuvres de l’architecture : la Réformation jeune d’âge, qui ne sacrifie point à l’imagination, a rarement élevé ces dômes, ces nefs aériennes, ces tours jumelles dont l’antique religion catholique a couronné l’Europe. Aucun monument, à Philadelphie, à New York, à Boston, ne pyramide au-dessus de la masse des murs et des toits : l’oeil est attristé de ce niveau.

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, extrait de  » Philadelphie – 1822 « 

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    Charles Matet ( 1791-1870 ) Le parvis Notre-Dame, aquarelle, musée Carnavalet Paris

Les villes, dépourvues du relief de l’architecture catholique typiquement européenne, des Etats-Unis du XIXème siècle ont pris, au siècle suivant, bien de la hauteur, un vertige profane, avec les flèches ferventes du miracle économique. Ce qui est stupéfiant, c’est que Chateaubriand plaça dans le même petit paragraphe les mots de New York et tours jumelles. Il n’y avait pas d’étrangeté dans son récit à l’époque, mais maintenant cet écho d’outre-tombe résonne de façon poignante.

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Parfum d’orange

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    William J. McCloskey ( 1859-1941 ), Oranges enveloppées, 1889, Amon Carter museum Fort Worth Texas, notice.

      Volupté des parfums ! — Oui, toute odeur est fée

      Volupté des parfums ! — Oui, toute odeur est fée.
      Si j’épluche, le soir, une orange échauffée,
      Je rêve de théâtre et de profonds décors ;
      Si je brûle un fagot, je vois, sonnant leurs cors,
      Dans la forêt d’hiver les chasseurs faire halte ;
      Si je traverse enfin ce brouillard que l’asphalte
      Répand, infect et noir, autour de son chaudron,
      Je me crois sur un quai parfumé de goudron,
      Regardant s’avancer, blanche, une goélette
      Parmi les diamants de la mer violette.

      François Coppée ( 1842-1908 ) Recueil Promenades et intérieurs

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Promenade à la plage et parfum d’intérieur: impressions d’octobre, orange épluchée, fagot brûlé, mer violette.
J’ai pris cette photo avant hier à Concarneau.

Je ne remercie pas Clarélis, fa#, La souris, Alain, Yves, Martine, Jacqueline et les autres pour leurs fort chaleureux messages m’enracinant dans l’addiction du blogage ! Mais je suis très touchée.
J’ai tant à faire que je devais me défaire de ce vice-vif plaisir … et me voilà repartie 😳 !

Du gris , je passe à l’orange. C’est si requinquant cette couleur !
À bientôt pour quelques quartiers et tons d’orange null

Lecture : captivante, évidemment.

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    Barthélémy d’Eyck, Nature morte avec des livres dans une niche, vers 1443, Rijksmuseum Amsterdam, notice

Cette niche à bouquins faisait partie du triptyque du Maître de l’Annonciation d’Aix, qu’on peut voir reconstitué sur cette wikipage. C’est dommage que les panneaux soient conservés en des lieux différents.
Mais cliquons sur l’image du site du Rijksmuseum et on peut admirer un bel agrandissement.


Ces livres entassés font penser aux bibliothèques qui n’en peuvent plus, aux débordements de reliures sur tout support horizontal. En haut des meubles, au sol, sur le piano qu’on n’ouvre plus pour cause de lecture intensive … jusque dans la salle de bain parfois.

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Ce petit livre ,  » Des bibliothèques pleines de fantômes  » de Jacques Bonnet , est venu s’empiler dans un coin de mon rayon, mais il m’a déçue, trop confus, amusant au début, puis ennuyeux, j’avais été séduite par la photo fantomatique de la couverture mais au fil des pages le charme s’est vite évanoui comme un hologramme.
Le livre traite de la façon dont on peut classer trois cent mille livres dans ses bibliothèques … généralement on est loin de ce compte envahissant.

Un fantôme, null
dans une bibliothèque, c’est moins embarrassant qu’un cadavre, c’est une fiche placée en rayon en l’absence d’un livre. La fiche signale qu’à cet endroit-là doit se trouver normalement tel livre quand il n’est pas dans les mains d’un lecteur.
Donc, une bibliothèque pleine de fantômes est normalement une bibliothèque vide. Ah ! Cela nous plonge dans un abîme insondable de perplexité !

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– l’abîme est insondable, forcément.
– l’accent circonflexe du mot abîme le rend irrésistible.
– la perplexité creuse évidemment un abîme et son x va si bien avec l’accent circonflexe d’abîme. ( ce troisième détail, c’est moi qui le rajoute ! )

Voilà comment se créent les clichés littéraires . Ce sont des images de mots très usées.
Dans ma bibliothèque, je viens d’ajouter un nouveau dictionnaire parce que je suis folle de dictionnaires .
Celui-là, Le dictionnaire des clichés littéraires de Hervé Laroche est très rigolo. On y retrouve toutes les formules clichées dont les journaux, les livres vite écrits, nous rebattent les yeux. Tous ces mots qui vont toujours ensemble et qu’on ne sait pas, plus, séparer.

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A la lettre L de ce petit dictionnaire, on trouvera le mot lecture et son cliché c’est :
Lecture : captivante, évidemment.

C’est vrai, les personnages romanesques sont toujours plongés dans ou absorbés par une lecture captivante, il ne saurait en être autrement.

Après  » lecture  » , il y a le mot  » lendemain  » qui n’est intéressant que s’il n’advient pas. Un amour, une aventure, un épisode sans lendemain !

À demain null
avec d’autres clichés … de musée !

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