Suivre le mode d’empois de Gervaise

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Autre blanchisseuse célèbre : Madame Sans-Gêne , dont on peut lire l’histoire sur cette wikipage.

Madame Sans-Gêne-Sophia Loren : avec elle le repassage devient impérial

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Madame Sans-Gêne porte à sa joue le fer à repasser, et ce geste habituel de la blanchisseuse d’antan est encore décrit par Charles Dickens dans  » The old curiosity shop  » :

Mrs Nubbles ironed away in silence for a minute or two, and coming to the fireplace for another iron, glanced stealthily at Kit while she rubbed it on a board and dusted it with a duster, but said nothing until she had returned to her table again: when, holding the iron at an alarmingly short distance from her cheek, to test its temperature, and looking round with a smile, she observed:

‘I know what some people would say, Kit–‘

Je n’ai le texte qu’en anglais, Madame Nubbles repassait en mettant à chauffer son fer dans la cheminée et mesurait la température de celui-ci en le tenant à une distance respectueuse de sa joue …

Entre la joue et le fer à repasser il existe un point commun : la poudre de riz !

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Précieux auxiliaire de la blanchisseuse : l’amidon

Plongeon dans le dictionnaire avant celui dans la bassine d’amidon : le mot vient du grec  » amylon  » qui veut dire  » n’est pas moulu « . Le préfixe  » a  » est privatif et  » mylè  » désigne la meule.
Je n’y connais rien en chimie, faut-il en déduire que cette substance ( glucide ) n’est pas moulue avec la céréale, mais extraite d’une autre façon, quelqu’un saurait-il expliquer ?

L’amidon , issu de la pomme de terre, du blé, du riz, du maïs, est utilisé dans de nombreux domaines, l’industrie pharmaceutique, alimentaire, cosmétique, la poudre de riz est de l’amidon qui rend la joue plus douce, et bien sûr il sert à empeser le linge et à le protéger.

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Avec l’amidon Rémy le repassage devient royal !
Edouard Rémy a fondé en Belgique près de Louvain son entreprise qui représente aujourd’hui la plus importante production d’amidon au monde.
Consulter le site de l’entreprise Rémy ici.

Nous utilisons de nos jours moins d’amidon car, surtout, la machine à laver a remplacé la main de la blanchisseuse. L’amidon avait la propriété d’enrober la fibre textile en la protégeant de la salissure qui disparaissait dans l’eau avec l’amidon sous l’action de la brosse. Le linge bien empesé était ainsi moins difficile à blanchir, c’est pourquoi on empesait massivement les cols, plastrons et poignets de chemises qui s’encrassaient plus rapidement.
L’amidon rend aussi le linge plus lisse et facile à repasser, et selon la dose, il assouplit l’étoffe ou bien lui procure une raideur orgueilleuse, impeccable fierté de la fine blanchisseuse !

    http://doudou.gheerbrant.com/wp-content/aa-848.jpg

    plaque publicitaire pour l’amidon allemand Hoffman

On pense aux coiffes traditionnelles, gourmandes d’amidon :

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    Paul Gauguin, La belle Angèle, 1889, musée d’Orsay

Encore un petit (re)passage de L’Assommoir de Zola :

     » Elle était accroupie par terre, devant une terrine, occupée à passer du linge à l’amidon. […] Soigneusement elle trempait dans l’eau laiteuse des bonnets, des devants de chemises d’homme, des jupons entiers, des garnitures de pantalons de femme. Puis elle roulait les pièces et les posait au fond d’un panier carré, après avoir plongé dans un seau et secoué sa main sur les corps des chemises et des pantalons qui n’étaient pas amidonnés.
    « C’est pour vous, ce panier, madame Putois, reprit-elle. Dépêchez-vous n’est-ce pas ? Ca sèche tout de suite, il faudrait recommencer dans une heure. « 

Ce tableau m’amuse, car Gauguin n’a pas, à ma connaissance, peint des Bretonnes en train de repasser, mais il a peint une Tahitienne dans cette tâche. On aurait pu penser qu’aux îles, les femmes limitaient la corvée de repassage, ou bien serait-ce une fantaisie de l’artiste ? !

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Gervaise

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La repasseuse la plus célèbre de la littérature et du cinéma est sans doute Gervaise.

Gervaise Macquart dans l’Assommoir de Zola.
Gervaise interprétée par Maria Schell dans le film de René Clément.
Gervaise croquée par Steinlen.

Un passage du film avec la mémorable bagarre :

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L’Assommoir, quel roman passionnant ! Il obtint un vif succès et c’est avec ses droits d’auteur qu’Emile Zola put acheter sa  » cabane à lapin  » à la campagne, la fameuse maison de Médan.
J’ai déjà reporté dans ce blogue plusieurs passages du roman, en particulier la visite au Louvre qui est d’une drôlerie épatante.

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    Théophile Alexandre Steinlen, affiche Imp. Charles Verneau, rue Oberkampf, Paris, Musée Emile Zola Médan.

Voici deux petits passages du livre, au moment où Gervaise réalise son rêve, posséder sa petite blanchisserie dont l’enseigne annonce :
 » Blanchisseuse de fin  » :

L’établi, une immense table tenant les deux tiers de la pièce, garni d’une épaisse couverture, se drapait d’un bout de cretonne pour cacher les tréteaux. Gervaise s’asseyait sur un tabouret, soufflait un peu de contentement, heureuse de cette belle propreté, couvant des yeux ses outils neufs. Son premier regard allait toujours à sa mécanique, un poêle en fonte, où dix fers pouvaient chauffer à la fois, rangés autour du foyer sur des plaques obliques.

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    Théophile Alexandre Steinlen
    , Deux repasseuses, dessin, DAG Louvre, notice

Clémence prenait un fer à la mécanique, avec sa poignée de tôle garnie de cuir, et l’approchait de sa joue, pour s’assurer qu’il était assez chaud.

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    François Bonvin, Femme repassant, National Museum Wales Cardiff

La femme de François Bonvin était blanchisseuse, comme les deux femmes d’Emile Zola ( son épouse et sa maîtresse ). Dans la maison de Médan ( revoir sur cette page ) on peut admirer une splendide lingerie où se trouve un poêle accompagné de sa dizaine de fers à repasser.

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Blanchisseuse de fin, l’expression désigne avec justesse la délicatesse du travail, le résultat immaculé et glacé sur la toile la plus fine, et un hommage doit être rendu à toutes ces femmes qui travaillaient avec des outils d’une rudesse et d’une lourdeur à l’opposé du fin !

Une semaine de repassage

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Bridget, arrête ton cinéma, il faut maintenant attaquer les choses sérieuses !
Le linge s’accumule …

Mes montagnes de repassage sont sidérantes et intéresseraient peut-être une sidérophile !

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J’ai souvent parlé ici du repassage à travers la peinture et le dessin, les artistes se sont penchés sur cette tâche domestique avec beaucoup de tendresse et de sensibilité, et j’ai bien envie cette année de remonter dans l’âge du fer, car la technique a heureusement beaucoup évolué pour le confort de la repasseuse.

C’est donc toute une semaine de repassage que la blogueuse empoigne aujourd’hui d’une main de fer !

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    catapulte

Le repassage est une bataille hebdomadaire, pas étonnant que son origine se trouve en quelque sorte dans un engin militaire !

En effet, dans différentes langues européennes l’ustensile de repassage s’appelait  » Mangel  » ( allemand ) ou  » mangle  » ( anglais ) ou  » mangano  » ( italien ), et ces mots sont issus du grec  » magganon  » qui désignait le  » sortilège  » ou la  » machine à jeter des pierres  » c’est à dire la catapulte.

Mais quel lien existe-t-il entre la catapulte du moyen-âge et la calandreuse comme on dit en français qui lissait le linge ?
On le voit, c’est la forme. Ce sont aussi les pierres.
Les pierres deviennent pacifiques à la maison !

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    mangel scandinave

Dans le site du musée du lavage et repassage à Verneuil en Bourbonnais, on découvre sur cette page les origines du repassage et la calandreuse à pierres.

L’idée était de presser la pièce d’étoffe pour la lisser et on utilisa des pierres pour faire du poids.

Plus tard on développa la manivelle et on fit passer le linge entre deux rouleaux, ce qui l’essorait et le repassait à la fois, la machine devint beaucoup plus petite et maniable.

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    Wringer ou Mangle, photo issue de mon cher Mrs Beeton’s Household Management

Autre ustensile anglais que j’ai pris en photo en Belgique à Court-Saint Etienne :

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    Femme préparant la soie, MFA Boston, descriptif détaillé sur cette page

Dans ce beau rouleau peint sur soie par l’empereur de Chine Huizong vers 1190, on découvre que les femmes ont recours à la chaleur et utilisent une casserole contenant des braises pour lisser la soie, c’est l’ancêtre de notre fer à repasser.

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Comme mon linge m’attend, je continuerai demain cette petite chronique du repassage !

Monogramme papillon

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J’avais plus de plaisir les soirs où un navire absorbé et fluidifié par l’horizon apparaissait tellement de la même couleur que lui, ainsi que dans une toile impressionniste, qu’il semblait aussi de la même matière, comme si on n’eût fait que découper sa coque et les cordages en lesquels elle s’était amincie et filigranée dans le bleu vaporeux du ciel.

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Parfois l’océan emplissait presque toute ma fenêtre, surélevée qu’elle était par une bande de ciel bordée en haut seulement d’une ligne qui était du même bleu que celui de la mer, mais qu’à cause de cela je croyais être la mer encore et ne devant sa couleur différente qu’à un effet d’éclairage.

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Un autre jour, la mer n’était peinte que dans la partie basse de la fenêtre dont tout le reste était rempli de tant de nuages poussés les uns contre les autres par bandes horizontales, que les carreaux avaient l’air , par une préméditation ou une spécialité de l’artiste, de présenter une  » étude de nuages  » , cependant que les différentes vitrines de la bibliothèque montrant des nuages semblables mais dans une autre partie de l’horizon et diversement colorés par la lumière, paraissait offrir comme la répétition, chère à certains maîtres contemporains, d’un seul et même effet, pris toujours à des heures différentes mais qui maintenant avec l’immobilité de l’art pouvaient être vus tous ensemble dans une même pièce, exécutés au pastel et mis sous verre.

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Et parfois sur le ciel et la mer uniformément gris, un peu de rose s’ajoutait avec un raffinement exquis, cependant qu’un petit papillon qui s’était endormi au bas de la fenêtre semblait apposer avec ses ailes, au bas de cette  » harmonie gris et rose  » dans le goût de celles de Whistler, la signature favorite du maître de Chelsea.

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Ce texte est un passage d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust, le narrateur décrit la vue sur la mer de sa chambre dans l’hôtel de Balbec. Ces vacances au bord de la mer du narrateur en compagnie de sa grand-mère génèrent des descriptions fabuleuses, à la fois du paysage et de la vie bourgeoise dans le grand hôtel de Balbec, et ce sont peut-être mes passages préférés dans À la recherche du temps perdu, les mots, les images, les métaphores, les détails finement observés sont d’une telle richesse que je relis toujours ces pages en les découvrant chaque fois d’un oeil nouveau.

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    Détail du portrait de Lady Meux par Whistler, Frick Collection New York, revoir ici

    null La signature du maître de Chelsea était un papillon, posé sur la toile, sur le cadre, dans un cartouche …

    Un papillon à poser sur l’épaule de Clarélis à qui je souhaite un été en harmonie bleu rose et le plus léger possible.

    Une autre amie m’a fait remarquer, et je l’en remercie beaucoup, dans le célèbre passage de la mort de Bergotte devant la vue de Delft de Vermeer, une nouvelle mention du papillon … allusion à Whistler ? ou allusion à l’âme de l’écrivain s’envolant puisqu’il meurt ?
     » il attachait son regard , comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur jaune ».
    ( La Prisonnière )

    null Les papillons papillonnent, virevoltent, frémissent et se posent sur le canevas multicolore des fleurs du jardin, ils vont viennent éblouissent et s’enfuient, j’ai la même impression émerveillée en lisant la recherche du temps perdu de Proust, je capte sans cesse l’émotion de ses mots beaux et subtils comme des papillons , les oublie, reviens les admirer, et progresse avec une lenteur de chenille ou d’escargot dans cette oeuvre immense.

    Les tableaux de Whistler sont , dans l’ordre d’apparition :

  • Harmonie bleu argent : Trouville, 1865, Freer Gallery Washington
  • Symphonie en gris et vert : l’océan, 1866, Frick Collection New York
  • Crépuscule opale à Trouville, 1865, MFA Toledo
  • Pourville, 1899, Ashmolean museum of art Oxford
  • Variation en violet et vert, 1871, musée d’Orsay

Une symphonie en si

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Un nouveau tableau et une prière aujourd’hui : tous deux voués à la Vierge Marie, tous deux très beaux, émouvants.

Commençons par la prière à Marie, prière peu connue, et pourtant si poétique, écrite par Saint Bernard de Clairvaux (wikipage )

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    Lorsque vous assaillent les vents des tentations,
    lorsque vous voyez paraître les écueils du malheur,
    regardez l’étoile, invoquez Marie.
    Si vous êtes ballottés sur les vagues de l’orgueil,
    de l’ambition, de la calomnie, de la jalousie,
    regardez l’étoile, invoquez Marie.
    Si la colère, l’avarice, les séductions charnelles
    viennent secouer la légère embarcation de votre âme,
    levez les yeux vers Marie…
    Dans le péril, l’angoisse, le doute,
    pensez à Marie, invoquez Marie.
    Que son nom ne quitte ni vos lèvres ni vos cœurs !
    Et pour obtenir son intercession,
    ne vous détournez pas de son exemple.
    En la suivant, vous ne vous égarerez pas.
    En la suppliant, vous ne connaîtrez pas le désespoir.
    En pensant à elle, vous éviterez toute erreur.
    Si elle vous soutient, vous ne sombrerez pas ;
    si elle vous protège, vous n’aurez rien à craindre ;
    sous sa conduite vous ignorerez la fatigue ;
    grâce à sa faveur, vous atteindrez le but.

    Saint Bernard (1090-1153)
    (Deuxième homélie, Louanges à Marie)

Cette prière fut appelée  » symphonie en si  » . Elle est si simple et si belle !

Deux découvertes me furent offertes au début de cette semaine : des rangements m’ont fait mettre la main sur la prière et le facteur m’a apporté le numéro de juin 2010 de La Revue du Louvre.
La revue annonce une nouvelle présentation dans la Grande Galerie du Louvre du tableau du Cavalier d’Arpin:

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    Cavalier d’Arpin, La présentation de la Vierge au temple, 1597, musée du Louvre, page du musée.

Ce tableau se trouve désormais dans la Grande Galerie parmi les autres peintures italiennes du Seicento.
Cette présentation de la Vierge au temple n’avait jamais été montrée au public au Louvre jusqu’à maintenant.

Selon les Evangiles apocryphes, lorsque la Vierge eut trois ans, ses parents, sainte Anne et saint Joachim, la conduisirent au Temple afin de la consacrer à Dieu.

Le visage de la petite fille intimidée mais à la fois décidée m’émeut beaucoup. Les couleurs en demi-teintes, douces comme la prière de Saint Bernard, sont reposantes. J’ai hâte d’aller découvrir ce tableau lors d’une prochaine visite au Louvre.

Un Watteau à vapeur

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    Paul-César Helleu, Madame Helleu sur la plage de Deauville, musée Bonnat Bayonne

Sur la plage abandonnée, comme échappée de la petite bande de Balbec …
les ravissantes peintures de Helleu, qu’on peut découvrir sur le site très bien fait des Amis de Paul-César Helleu jettent sur la toile les fines descriptions d’ À la recherche du temps perdu.
Rien d’étonnant à cela !

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    Paul Helleu, Le yacht Nereus en rade de Cowes île de Wight, musée d’Orsay

C’est un peu la côte d’opale de Whistler, dans ses harmonies bleu argent, qu’on voit vibrer dans les marines d’Helleu.
Helleu, Whistler, les deux peintres étaient amis, ils se sont échangé leurs nuances sur leurs palettes, et Marcel Proust a entremêlé les lettres de leurs noms pour créer celui du peintre dans ses romans : Elstir

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    Paul Helleu, Portrait de Whistler, gravure, MFA Cleveland

Dans À la recherche du temps perdu, les personnages évoluent dans leurs goûts artistiques au fil du temps, phénomène de modes, brouilles, jalousies, raisons obscures et inavouables.

Madame Verdurin, au temps de Swann, affectionne le peintre Elstir à qui elle commande un portrait masculin, le portrait d’un sourire, n’oubliez pas, lui dit-elle, je veux le portrait de son sourire, elle surnomme cet artiste en vogue monsieur Biche, on ne sait pas s’il peint des yeux de biche mais au fameux sourire il ajoute des moustaches bleues, ça choque certains, émoustille la curiosité d’autres amateurs, et puis enfin, ce monsieur Biche n’a plus la cote, il devient Tiche ( sans monsieur ), comme si le t était plus méchant que le b , on trouve qu’il barbouille ( ou tartouille, dirais-je ! ), manque de relief, c’est d’un poncif, on ne peut plus appeler ça de la peinture … l’artiste a surtout épousé une  » gourgandine « , une idiote qui n’est pas pour plaire à la  » patronne « .

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    Paul Helleu
    , Versailles, Statue et femme lisant de dos, pointe sèche, musée Bonnat Bayonne

Il restitue la grâce du XVIIIème siècle, mais moderne, dit précipitamment Saniette, tonifié et remis en selle par mon amabilité. Mais j’aime mieux monsieur Helleu. – Il n’y a aucun rapport avec Helleu, dit Mme Verdurin. – Si, c’est du XVIIIème siècle fébrile. C’est un Watteau à vapeur, et il se mit à rire. – Oh ! connu, archiconnu, il y a des années qu’on me le ressert, dit M. Verdurin à qui en effet Ski l’avait raconté autrefois, mais comme fait par lui-même.

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, Chapitre II

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    Paul Helleu, Six études de la tête d’une jeune fille, musée d’Orsay

C’est en découvrant ces sanguines dans le site de la RMN, ( pages ici ), que je réalisai ô combien la blague du Watteau à vapeur était piquante et judicieuse !
Il y a bien en effet du Watteau dans l’inspiration de cet artiste. J’ajouterai que c’est un Helleu lumineux 😛 !

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    Paul Helleu, Une femme de dos, musée Bonnat Bayonne

Ce bon mot du Watteau à vapeur, c’est Degas, ami d’Helleu, qui le lança.
C’est amusant et troublant d’assister à cette confusion ou cette fusion, ou même effusion, de personnages fictifs et de personnalités réelles dans l’oeuvre de Proust. Par exemple, Whistler et Helleu, peut-être encore un autre artiste, ont servi de modèles au personnage d’Elstir mais ils existent aussi par eux-mêmes dans le roman.

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    Paul Helleu, Bouquet de pivoines, musée Bonnat Bayonne

Helleu est breton, né à Vannes en 1859, mort à Paris en 1927.
Peintre de la vie mondaine, de la femme, des enfants, il exécuta aussi, comme Elstir, de très beaux bouquets de fleurs et paysages maritimes. Le comte de Montesquiou a rédigé une monographie à son sujet, Paul Helleu peintre et graveur publiée en 1913, et il a présenté le peintre à Proust. Ceux-ci devinrent amis, et Paul-César Helleu dessina l’écrivain sur son lit de mort ( à voir ici ).

Ni tout à fait la même …

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    Edouard Manet, Madame Edouard Manet, dessin, 1880, Met New York, page du musée

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Clarelis, dans son blogue Un papillon sur l’épaule propose un jeu, existant apparemment depuis longtemps et que je viens de découvrir, intitulé  » Ni tout à fait la même  » .
Il s’agit, à travers ce titre tiré de «  Mon rêve familier  » de Verlaine, de montrer une série d’images ayant le même sujet traité à différents moments, et bien sûr, un sujet de peinture m’est venu à l’idée pour y participer.

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    Edouard Manet, Madame Manet, 1874-1876, Norton Simon museum Pasadena, page du musée

Manet fut-il déjà proposé dans ce jeu ? Je ne sais pas, je n’ai pas encore tout consulté, mais voilà, aujourd’hui je propose madame Manet.


La douce et délicieuse madame Manet.

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    Edouard Manet, La lecture, vers 1865, musée d’Orsay

Madame Manet était hollandaise, née en 1830, Suzanne Leenhoff de son nom de jeune fille, le peintre fit sa connaissance à l’âge de dix-sept ans en 1849 et l’épousa en 1863, elle eut un fils naturel en 1852, peut-être l’enfant d’Edouard bien qu’il ne l’ait jamais reconnu officiellement.
Dans ce tableau, La lecture, c’est la jeune et tranquille madame Manet qui apparaît, et derrière elle se tient son fils Léon.

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    Edouard Manet, Madame Edouard Manet sur un canapé bleu, pastel, 1874, musée d’Orsay, page des madame Manet du musée d’Orsay

Madame Manet était de bonne corpulence, et Berthe Morisot, l’autre madame Manet, la surnommait, somme toute affectueusement,  » la grosse Suzanne  » .

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    Edouard Manet, Madame Manet, 1866-69, Met New York, page du musée

Madame Edouard Manet était pianiste, elle donna des leçons à la famille Manet et c’est ainsi qu’elle fut séduite par le jeune Edouard, et elle accompagna les derniers jours de Baudelaire en lui jouant des oeuvres de Wagner.

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    Edouard Manet
    , Madame Manet au piano, 1868, musée d’Orsay

Madame Manet, grâce à son caractère doux et placide, supporta sans doute assez bien les infidélités de son artiste de mari et lui assura un certain équilibre familial.

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    Edouard Manet
    , Madame Manet dans la serre, 1879, Nasjonalgalleriet Oslo

Une calme et tendre épouse aimant les chats …

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    Edouard Manet
    , Portrait de madame Manet, National Gallery Londres, commentaire.

Dans chaque tableau, on reconnaît bien Suzanne, sa silhouette solide et rassurante, son visage tranquille, de face, de profil, et même de dos !

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    Edouard Manet, Sur la plage, vers 1873, musée d’Orsay
    tableau ici avec son superbe cadre art-déco

Ces beaux tableaux de son épouse sont, d’une certaine manière, une preuve de reconnaissance et de fidélité de la part du peintre.
Edouard mourut en 1883 de la siphilis, et Suzanne lui survécut jusqu’en 1906.

Merci à Clarélis pour l’initiative de ce jeu !

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    Edouard Manet ( 1832-1883 ), Madame Manet à Bellevue, vers 1880, Met New York, page du musée

Harmonie en gris et rose

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Une robe, une rose … et un chapeau ( revoir par exemple en bas de cette page )

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    Whistler, Portrait de Lady Meux, 1881-82, Frick collection New York, commentaire

Le gris prend souvent le pas sur le rose chez Whistler pour envahir le tableau d’une ombre morose, mais dans ce portrait, les satins perlés, roses et frais étincellent, illuminent l’étoffe grise.

Cette vidéo montre le tableau dans son musée, les couleurs sont magnifiques :

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Le chapeau rappela des souvenirs à Marcel Proust, voir au bas de cette page. L’art de rafraîchir sa coiffure dans un goût infaillible et naïf, des ciseaux, du fil, un brin d’imagination et de talent, et le tour est joué.

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L’harmonie en gris et rose me rappelle une salle-de-bain dans une maison de mon enfance, de petits carreaux roses ponctuaient géométriquement une mosaïque de faïence gris pâle et ces touches couleur de bonbon dans ce fond terne enchantaient mes yeux de petite gourmande prompte à fondre en larmes. J’ai toujours aimé cette harmonie gris-rose qui fait luire l’espérance au bord de la tristesse. Comme un coucher de soleil lumineux vient soudain couronner de crème fouettée à la fraise les nuages gris d’une sombre journée.

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Merveille de Whistler, magie de la couturière, cette cascade de rose sur ce casimir gris donne un coeur grenadine à la dame mélancolique, belle korè boudeuse.

Bon week-end ! null

Dans son chapeau s’assied l’azur

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    Les approches de l’amour et du baiser

    Elle s’arrête au bord des ruisseaux Elle chante
    Elle court Elle pousse un long cri vers le ciel
    Sa robe est ouverte sur le paradis
    Elle est tout à fait charmante
    Elle agite un feuillard au dessus des vaguelettes
    Elle passe avec lenteur sa main blanche sur son front pur
    Entre ses pieds fuient les belettes
    Dans son chapeau s’assied l’azur

    Louis Aragon null

Recueil Le Mouvement perpétuel

Tableaux de Edmund Charles Tarbell :

ci-dessus, Brise d’été, 1904, MFA Currier ( New Hampshire ) page du musée

ci-dessous, Le voile bleu, 1898, MFA San Francisco, notice

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La fleur du vent

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    Raoul Dufy, Anémones et tulipes, aquarelle, 1942, musée d’art moderne de la ville de Paris

Un petit vent floral souffle dans mon blogue aujourd’hui …
Ces pimpantes anémones de Dufy sont un doux zéphyr.

Odilon Redon a peint souvent des anémones, l’une de mes fleurs favorites, j’en avais montré certains pastels il y a quelques années, et voilà que je remarque aujourd’hui celles de Dufy et de Vincent van Gogh.

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    Vincent van Gogh, Roses et anémones, juin 1890, musée d’Orsay

Dans ce tableau de Van Gogh, c’est le vase que je préfère.

L’anémone porte le nom grec du vent parce que, dit-on, elle s’ouvre dans le vent.

Force 7 ! null

J’aime sa simplicité fragile et ses couleurs de blouse en nylon de grand-mère

Force 4 peut-être … null

C’est une renonculacée, comme la clématite, le delphinium, l’ancolie, l’hellébore

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Elle est vivace mais capricieuse, disparaît facilement, normal pour une fille du vent, il faut la replanter

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Fleur coquette et changeante comme le vent

anémophile, anémoscope null

anémotion du mois d’avril !

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