Croquis de cloître

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    Croquis de cloître (III)

    En automne, dans la douceur des mois pâlis,
    Quand les heures d’après-midi tissent leurs mailles,
    Au vestiaire, où les moines, en blancs surplis,
    Rentrent se dévêtir pour aller aux semailles,

    Les coules restent pendre à l’abandon. Leur plis
    Solennellement droits descendent des murailles,
    Comme des tuyaux d’orgue et des faisceaux de lys,
    Et les derniers soleils les tachent de médailles.

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    Elles luisent ainsi sous la splendeur du jour,
    Le drap pénétré d’or, d’encens et d’orgueil lourd,
    Mais quand s’éteint au loin la diurne lumière,

    Mystiquement, dans les obscurités des nuits,
    Elles tombent, le long des patères de buis,
    Comme un affaissement d’ardeur et de prière.

    Emile Verhaeren, recueil Les moines

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    Croquis de cloître (IV)

    Le choeur, alors qu’il est sombre et dévotieux,
    Et qu’un recueillement sur les choses s’embrume,
    Conserve encor dans l’air que l’encens bleu parfume
    Comme un frisson épars des hymnes spacieux.

    La gravité des longs versets sentencieux
    Reste debout comme un marteau sur une enclume,
    Et l’antienne du jour, plus blanche que l’écume,
    Remue encor son aile au mur silencieux.

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    On les entend frémir et vibrer en son âme ;
    C’est à leur frôlement que vacille la flamme
    Devant le tabernacle, – et que les saints sculptés

    Gardent, près des piliers, leurs poses extatiques,
    Comme s’ils entendaient toujours les grands cantiques
    Autour de leur prière en sourdine chantés.

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    Emile Verhaeren, recueil Les moines

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L’abbaye de Villers , abbaye brabançonne et cistercienne, est, je crois, mon plus beau souvenir de notre récent voyage en Wallonie.
Comme la plupart des abbayes cisterciennes européennes, elle se situe retirée du monde dans une campagne boisée, verdoyante et sereine qui inspire la foi et la poésie.
Comme de nombreuses abbayes, elle fut détruite par l’administration révolutionnaire française en 1796 et vendue comme bien national à un marchand de matériaux.

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Les moines, merveilleusement croqués dans la suite de poèmes d’Emile Verhaeren, n’animent plus ces hauts murs, mais on les devine glissant sur l’herbe qui remplace les dalles luisantes. Leurs cantiques s’envolent sous le ciel changeant. Nous n’avons pas profité de la grâce du soleil magnifiant ces nobles murs ce jour-là, mais la laine grise des nuages enveloppant les arcs boutants et brisés vers le ciel apportait sa douceur silencieuse.

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Cet ensemble architectural gigantesque se trouve près de Charleroi. La visite en chaque saison doit être un étonnement toujours renouvelé, les arbres majestueux en automne, la neige en hiver, les coulées de soleil en été transcendent certainement ces ruines fabuleuses.

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La végétation et le temps se font un festin de pierres.

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 » C’est qu’il y a là un tableau plein de poésie : ces murs qui s’écroulent, ces voûtes qui tombent, ces colonnes qui s’élèvent, produisent en vous cet enivrement que l’on éprouve à la vue de l’immensité de la mer … »
Constantin Rodenbach, L’abbaye de Villers, 1850

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Je n’ai qu’une envie : revenir visiter ce lieu de poésie avec mon cher mari et le grand soleil !

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Des mots pour joindre le bonheur

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    L’éternelle variante

    Voici des mots, des mots encore
    Des mots toujours, des mots quand même
    Des mots pour croire à notre amour
    Des mots pour joindre le bonheur

    Des mots qui m’ont appris à vivre
    Des mots qui sont déjà la vie
    Des mots qui m’ont vanté la mort
    Des mots qui ne seront jamais

    Des mots de joie et de lumière
    Des mots refaits à ton image
    Des mots d’ivresse et de ferveur
    Des mots pétris selon ta voix

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    Des mots de doute et de reproche
    Des mots que le silence égare
    Des mots d’angoisse et de regret
    Des mots que la douleur ternit

    Des mots d’espoir, des mots d’alarme
    Des mots d’oubli, des mots de rêve
    Des mots de chair, des mots de sang
    Des mots, des mots – voici des mots

    Découvre-les (miroir du vide
    Que je remplis de ta présence)
    Ces mots nommés, ces mots sans nom
    Plus beaux d’un chant, plus vrais d’un cri

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    Si traîtres de s’offrir ensemble
    De s’accorder, de se répondre
    Si prometteurs d’attendre seuls
    Se déchirant, se refusant

    Peut-être qu’ils voudront te dire
    A toi voulant les reconnaître
    Les accueillir, les recevoir
    Et les garder comme un refrain –

    Peut-être qu’ils sauront te dire
    Par d’autres lèvres que les miennes
    Par d’autres jeux moins tâtonnants
    Le sens aveugle qu’ils m’ont tu

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    Claude Sernet ( 1902-1968 ) , poète roumain, recueil Les pas recomptés, 1962

Tableaux de Jan Vermeer :

  • Jeune femme lisant une lettre, 1662, Rijksmuseum Amsterdam
  • Servante apportant une lettre, Frick Collection New York, page du musée
  • Jeune femme lisant une lettre devant la fenêtre ouverte, Gemäldegalerie Alte Meister Dresden
  • Précisément trois siècles séparent les tableaux du poème, Vermeer a peint des mots de joie et de lumière, et ce poème, que je découvre dans l‘Anthologie de la poésie française du XXème siècle , édition Poésie/Gallimard, me paraît scintiller d’une vibrante émotion.
    Avec les mots lumineux de Claude Sernet, je souhaite un beau week-end à tous !

    Le trousseau de bébé

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      Anonyme, Ecole de Fontainebleau, Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et de sa soeur la duchesse de Villars, vers 1594, musée du Louvre, notice du musée sur cette page

    Le blogue de Myriam, montre ce tableau anonyme et pourtant ô combien célèbre et séduisant, et nos esprits blogueurs se rencontrent car je me suis offert récemment ce livre :

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    Le site du Louvre offre de beaux agrandissements de ce tableau, ce qui permet de comprendre un peu la scène, ou du moins d’en proposer une interprétation.

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    Très beau jeu de mains et de tétins !

    Devinette ! null

    Comme le dit le commentaire du Louvre, et comme le suppose l’auteur du livre, Détails de Nadeije Laneyrie-Dagen, la main qui pince le bout de sein indiquerait un symbole de lactation donc une future naissance.
    Les doigts de cette main forment un anneau, et l’autre main tient un anneau, une bague. Gabrielle d’Estrées attend un enfant de Henri IV et espère bien un jour se faire passer la bague au doigt, en tous cas la naissance d’un héritier royal mérite bien un joyau.

    Rébus ! null

    Le fond du tableau avec ces détails étranges pourrait préciser cette grossesse : la cheminée est un antre, un orifice féminin, où flambe un feu masculin. Au dessus de la cheminée un coin de tableau montre les jambes d’un homme nu, ces jambes qui ont enserré la femme.

    Que dit le miroir ? null

    Nadeije Laneyrie-Dagen ne parle pas du miroir, mais je suis tentée de donner une explication personnelle. Le mariage que convoitait Gabrielle d’Estrées n’aura pas lieu, le pape et Marguerite de Valois s’y opposent de toutes leurs forces. Le miroir sombre, ne réfléchissant aucune image, ne renvoie donc aucun espoir. Le tableau fut apparemment peint avant la mort de Gabrielle, mais le miroir aurait pu présager également sa fin tragique, elle mourut, peut-être empoisonnée, dans d’horribles convulsions qui lui avaient complètement noirci le visage ( lire son histoire sur la page wikipedia ).

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    J’avais déjà blogué au sujet de cette oeuvre il y a quatre ans, à propos de la baignoire et des coutumes de la toilette au fil du temps. Dans la plupart des tableaux anciens présentant une baignoire, on constate la présence du drap de bain, celui-ci servait à isoler le corps de la chaleur du cuivre ou de la froideur du marbre, et protégeait la peau des réactions chimiques entre l’eau savonneuse et le cuivre.
    Aujourd’hui, mon oeil se porte derrière la baignoire et non plus dedans …

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    La dame de compagnie de Gabrielle coud et brode probablement de la layette pour le bébé à naître.
    J’ai l’impression qu’elle est gauchère, elle s’applique tendrement.
    Comme elle, je couds pour ma future petite fille et j’y prends un plaisir immense.
    Je viens d’envoyer à ma fille ce que j’ai cousu pour son bébé sans penser à prendre des photos, quoiqu’en bonne blogueuse j’aurais dû filmer les étapes de mes ouvrages !
    Marcel Proust a écrit que les quoique sont des parce que déguisés … il a raison, je ne photographie pas mes coutures parce que je préfère bloguer avec la peinture !

    Roses étrangères

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      Nous vivons des myriades de secondes et, pourtant, il n’y en a jamais qu’une, une seule, qui met en ébullition tout notre monde intérieur : la seconde ( Stendhal l’a décrite ) où la fleur interne, déjà abreuvée de tous les sucs, réalise comme un éclair sa cristallisation – seconde magique, semblable à celle de la procréation et, comme elle, cachée dans le sein gauche de son propre corps, invisible, intangible, imperceptible – , mystère qui n’est vécu qu’une seule fois. Aucune algèbre de l’esprit ne peut la calculer. Aucune alchimie du pressentiment ne peut la deviner et l’instinct lui-même peut rarement s’en rendre compte.

      Extrait de La confusion des sentiments de Stefan Zweig

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    Rose, rose anglaise, rose lecture étrangère …

    Profusion de roses pour confusion des sentiments.
    Il est revenu l’heureux temps des roses et revient bientôt mon club de lecture, chaque premier jeudi du mois. Le thème de juin est le roman étranger et les participants sont invités à présenter un livre étranger de leur choix.

    Choix généreux et touffu comme ces roses ! null

    Le domaine étranger propose en toutes langues ses merveilles, souvent bien traduites, et l’on ne sait vers quel pays viser son coup de coeur.
    J’aimerais évoquer l’Anglaise Jane Austen, la Russe Nina Berberova, l’Allemand Bernhard Schlink, l’Italien Daniele Del Giudice par tant d’exemples, et finalement je choisis un auteur viennois.
    Lequel ?

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    Je suis en train de lire «  Vienne au crépuscule  » d‘Arthur Schnitzler.
    Ecrivain viennois, Arthur Schnitzler a fait scandale avec ce roman qui décrit la montée de l’antisémitisme au XIXème siècle en Autriche. Portrait acide et très intéressant de la société viennoise avant la première guerre mondiale. Roman un peu confus et écriture trop diluée à mon goût, je préfère le style compact et précis de l’autre Viennois, Stefan Zweig.

    On revient toujours vers c’est bonne branche de la littérature, Zweig, non ?
    La confusion des sentiments est sa meilleure nouvelle à mon avis, d’une profondeur et d’une émotion troublantes. De plus , elle donne envie de relire Stendhal !

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    La couleur rose de la collection favorise également mon penchant pour ces petits livres étrangers.
    Ce sont les volumes roses comme des bonbons à croquer des yeux de la collection  » La cosmopolite  » de Stock.

    Lecture rose parmi les roses du jardin !

    La serviette de Dirk Bouts

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      Dirk Bouts ( 1415-1475 ), Vierge à l’Enfant, Metropolitan museum of art New York, commentaire du Met

    La fête des mères a lieu dimanche prochain en France et voilà déjà une image très attendrissante d’une mère et son enfant.
    C’est l’un des tableaux les plus célèbres de Dirk Bouts.
    Connaît-on cet artiste ? Voilà sa wikipage.

    Il fut nommé peintre officiel de la ville de Louvain, et je tenais absolument à visiter cette ville et sa collégiale pour découvrir le fameux retable de Dirk Bouts.

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      L’hôtel de ville de Leuven

    Nous visitions la Wallonnie mais je voulus faire un petit détour en pays néerlandophone pour découvrir le retable du saint sacrement de Dirk Bouts dans l’église Saint Pierre de Leuven, car j’avais attiré l’attention par deux fois sur cette oeuvre dans ce blogue. C’était en 2006 et puis en 2008, j’ai dû supprimer les articles par manque de place, mais j’y reviens une troisième fois en 2010.

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      Eglise Saint Pierre sur la place du marché à Leuven

    Il pleut, difficile de prendre des photos, la ville est déserte, c’est jeudi matin de l’Ascension. Nous pénétrons dans l’église et la joie m’envahit, je vais découvrir enfin la première serviette de table de l’histoire de la peinture !

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      Dirk Bouts, La Cène, Retable du Saint Sacrement, 1464-65, Eglise Saint Pierre Louvain

    Le retable se trouve conservé dans la salle du trésor de l’église, et nous découvrons hélas que cette salle est fermée le matin durant les jours fériés. Aïe, pas de chance ! J’ai voulu voir Louvain et je n’en ai pas vu le Bouts !

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    La nef possède un beau jubé, cet élément architectural qui fut si souvent détruit à la Révolution en France. J’aimerais acheter des cartes postales, un guide de cette église … impossible, absolument aucun magasin n’est ouvert dans la ville.

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    Raté ! Je ne verrai pas cette extraordinaire serviette de table !
    Premier témoin ici à Louvain de l’existence de ce linge destiné à la propreté des mains et de la bouche durant le repas.
    La serviette de table n’est pas encore ce carré d’étoffe plus ou moins vaste, qu’on accrochait à la boutonnière de la veste ou autour du cou, ou bien qu’on posait sur les genoux, c’était au XVème siècle une longue bande de tissu qui courait sur le bord de la table et chacun jouissait d’un morceau. Très convivial !

    La ville de Leuven ne fait pas d’effort pour les touristes, aucun panneau n’est traduit, tout est inscrit uniquement en flamand alors que dans les lieux touristiques de la Belgique francophone les renseignements sont le plus souvent donnés en quatre langues. Ce sectarisme nous effraie et nous quittons la ville, pourtant belle, sans regret !

    1899 à Stavelot

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      La chaste Lise

      La journée a été longue
      Elle est passée enfin

      Demain sera ce que fut aujourd’hui
      Et là-bas sur la montagne
      Le soir descend sur le château enchanté
      Nous sommes las ce soir
      Mais la maison nous attend
      Avec la bonne soupe qui fume
      Et dès l’aube demain
      Le dur labeur
      Nous reprendra
      Hélas
      Bonnes gens

      Guillaume Apollinaire ( 1880-1919 ) , Recueil Stavelot – Le guetteur mélancolique, 1899

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    Dans les Ardennes belges ( la première photo montre La Roche-en-Ardennes, où une excellente soupe nous accueillit dans un charmant petit hôtel ) nous avons eu le plaisir de visiter l’abbaye de Stavelot.
    Son site web est ici.

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    Cette très ancienne abbaye qui remonte au 7ème siècle connut une histoire mouvementée, fut détruite à la Révolution, reconstruite, et aujourd’hui fraîchement restaurée. Elle abrite trois musées :
    Le musée de la principauté de Stavelot-Malmédy
    Le musée Guillaume Apollinaire
    Le musée du circuit de Spa Francorchamps

    trésors de l’abbaye : null

    Parmi les objets du moyen-âge et de la Renaissance, j’ai surtout admiré cette magnifique statue de chêne du XVIème siècle représentant Sainte Anne portant la Vierge portant l’Enfant Jésus. Ce type de sculpture est assez fréquent dans ce domaine rhéno-mosan, mais cette pièce est d’une qualité remarquable.

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    Stavelot se trouve près de Spa, et Guillaume Apollinaire y passa un été avec son frère en 1899 pendant que leur mère, la comtesse Angelica de Rostrowitzki, tentait de faire fortune au casino de Spa. Pas de chance au jeu, et pas de chance pour l’aubergiste, les Rostrowitzki s’enfuirent en octobre à la cloche de bois en passant par la fenêtre.

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    Mais les Stavelotains ne sont pas rancuniers, ils rendirent hommage au jeune Guillaume Apollinaire, qui composa des poèmes inspirés des paysages des Ardennes et des gens du pays, en créant en 1954 un musée consacré à sa vie et son oeuvre.

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    Une salle présente sa biographie abondamment illustrée, un salon permet d’écouter tranquillement des poèmes et une bibliothèque propose la lecture des différents recueils.

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      Joli voyage en poésie !

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    Il y a soixante-dix ans

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      Le 10 Mai 1940, les Allemands envahissent la Belgique, la Hollande et le Grand-Duché de Luxembourg, faisant fi de leur neutralité.

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      Le 10 Mai 1940 dès l’aube, passage intensif d’avions allemands.

      Les Alliés ( la Grande-Bretagne et la France ) déclenchent alors la Manoeuvre Dyle qui verra le Corps de Cavalerie  » Prioux  » se placer en avant dans la région de Hannut où se déroulera la première bataille de chars de l’Histoire.

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      L’infanterie française prendra place sur une ligne allant de Wavre à Namur, en avant de la Nationale 4, se reportant ensuite derrière la ligne de chemin de fer Bruxelles-Namur, et enfin derrière la Dyle.

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      Entre le 10 et le 16 Mai, lors des attaques allemandes, quarante-trois soldats français perdront la vie sur le territoire de Court Saint Etienne. Ils appartenaient aux 1er, 43ème et 110ème Régiments d’Infanterie, aux 15ème et 215ème Régiment d’Artillerie et au 22ème Régiment de Tirailleurs Algériens.

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      A la suite de ces évènements, l’armée française se repliera sur l’Escaut, les Belges sur la Lys, permettant ainsi le réembarquement du Corps expéditionnaire anglais à Dunkerque, talonné par l’armée allemande qui, ayant franchi les Ardennes, tentait de les prendre à revers.

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      Nous nous sommes ainsi rendus ( nous = grillon et monsieur grillon ) à Court Saint Etienne près de Wavre et Namur en Belgique ( environ 30 km au sud de Bruxelles ) pour la commémoration de cette bataille du 12 au 16 mai 1940. Ayant peur de commettre des erreurs dans la présentation des faits, j’ai repris le texte que madame Paulette Pelsmaekers rédigea pour l’exposition qu’elle a superbement réalisée à propos de ces évènements, nous l’en remercions vivement !

      La cérémonie commença par une messe très émouvante, les drapeaux animaient le choeur et remuaient le coeur.

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      A gauche dans le choeur se tenait la fanfare du 43ème Régiment d’infanterie de Lille et ce fut la première fois de ma vie que j’entendis résonner dans une église la Marseillaise. La Brabançonne également. Les deux hymnes nationaux étaient joués à la perfection, d’une façon étincelante, cette musique lumineuse déposait au coin de l’oeil son humide étincelle.

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      Le vitrail de l’église fait luire cette phrase :  » Mon sang à la patrie, mon âme à Dieu « .

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      La Brabançonne et la Marseillaise furent jouées cinq fois aux différents endroits où de courts et vibrants discours furent donnés.

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      Discours sous l’Arbre de Justice.
      En mai 1940, il faisait très beau, très chaud, c’était l’été. En mai 2010, il fait gris et glacial. Il ne pleut pas, c’est une chance, mais quel froid !

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      Déjeuner au Parc à mitrailles, trois belles expositions autour de la bataille, des années de guerre à Court Saint Etienne et de la vie quotidienne en 1940, nous attendent.

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      Les évènements de Mai 1940 sont en France passés sous silence, l’Armistice qui a suivi les a injustement entachés, l’armée française fut plus tard accusée de faiblesse et couardise, alors que ses soldats se sont battus avec un courage exemplaire. Cette bataille de Court Saint Etienne fut même une sorte de victoire car ce fut la première fois que l’armée allemande dans son inexorable avancée fut arrêtée et dut se replier. En France on l’oublie, mais la Belgique se souvient .

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    Depuis soixante-dix ans, ce sont surtout les descendants ou plus jeunes frères ou soeurs des combattants qui participaient à cette cérémonie du souvenir.

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      null Le père de mon mari appartenait au 1er régiment d’infanterie et compte parmi les officiers tombés à Court Saint Etienne ces jours de mai 1940. Mon mari naquit trois mois plus tard.

    Ce fut une grande journée, nous regrettons que nos enfants n’aient pas pu participer à ces moments de souvenir de leur grand-père.

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    La maison de Médan

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    Avant de partir en voyage, Grillon avait fait part de son projet de visiter le musée national du moyen-âge au coeur de Paris. Les thermes de Cluny sont tombés à l’eau ! Manque de temps. En revanche, comme nous faisions escale dans la banlieue ouest, nous avons pu découvrir la maison de Médan, et ce fut un enchantement !

    Qu’est ce , la maison de Médan ? Ce n’est pas un palais buccal, mais une maison d’écrivain. Lequel ? Cette maison fut réputée pour ses soirées.

    null Médan, petite commune, se trouve à l’ouest de Paris près de Poissy, et la maison tarabiscotée, dans laquelle se déroulaient chaque jeudi les soirées littéraires, appartenait à Emile Zola.

    Zola passait l’hiver à Paris et les mois plus chauds à la campagne, à Médan, dans la petite maison qu’il appelait la cabane à lapins et qu’il acheta en 1878 avec l’argent de L’Assommoir.

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    C’est toujours un délice de visiter une maison d’écrivain, et celle d’Emile Zola est vraiment passionnante. Visite, commentée de manière très vivante par une jeune femme captivante, d’une maison surprenante au milieu d’un grand parc bordé par un bras de Seine et la voie ferrée Paris-Le Havre.

    De chaque côté de la cabane à lapins Zola fit construire une aile qu’il appela la tour Nana et une aile nommée tour Germinal. On en déduit donc avec quels ouvrages il a pu agrandir sa propriété. L’ensemble architectural n’est pas franchement harmonieux, mais la maison comporte une somptueuse cuisine, une splendide salle de bain, une lingerie à faire rêver toutes les FAF, des carrelages, des meubles et des vitraux magnifiques.
    Zola n’aimait pas les bourgeois mais sa maison était savoureusement bourgeoise.

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    Zola eut deux femmes dans sa vie, une légitime, Alexandrine, qui n’a pas pu lui donner un descendant, et une maîtresse, Jeanne Rozerot, avec qui il eut deux enfants, Denise et Jacques.
    Les deux femmes ont un point commun, l’amour du linge et des travaux d’aiguilles. La lingerie que Zola leur fit installer est remarquable avec ses meubles à portes numérotées pour ranger précieusement les pièces d’étoffes.
    La jeune et jolie Jeanne était lingère, employée par Alexandrine, et séduite par son maître. Elle habitera non loin de la maison de Médan avec ses enfants qu’Emile voyait très régulièrement.

    Madame Zola était une talentueuse cuisinière et régalait tous les amis, peintres, artistes et collègues en visite à Médan.
    Chaque jeudi soir, des écrivains se réunissaient autour de Zola, et ils rédigèrent ensemble un recueil de nouvelles intitulé «  Les soirées de Médan « , ayant pour sujet commun la guerre de 1870. C’est ainsi que Maupassant publia son histoire, Boule de suif.

    Zola préparait minutieusement son étude pour un nouveau roman, enquêtait longuement sur place auprès d’une catégorie professionnelle ou se faisait aider dans la recherche de renseignements, et une fois qu’il possédait tous les éléments nécessaires à l’élaboration de son oeuvre, il écrivait chaque jour dans la quiétude claire de son grand bureau au deuxième étage de la tour Nana. Sa devise ( inscrite sur la cheminée de son bureau ) était :
     » Nulla dies sine linea  » , pas un jour sans une ligne.

    Il prévoyait d’écrire dix romans relatant l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire, les Rougon-Macquart, et finalement en écrira vingt-deux volumes, un par an, entre 1871 et 1893.

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    Comme on le sait, Zola prit la défense de Dreyfus et la maison de Médan possédera bientôt un musée Dreyfus.
    Zola est mort d’une façon accidentelle ou plutôt suspecte le 29 septembre 1902 à Paris, asphyxié dans sa chambre par l’oxyde de carbone émanant d’une cheminée semble-t-il bouchée de manière criminelle. Assassinat lié à l’affaire Dreyfus , on ne sait pas au juste …

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    Alexandrine Zola , à la mort de son mari, légua la maison à l’Assistance Publique qui en est toujours propriétaire.
    Madame Zola avait eu un bébé très jeune avant son mariage, et, trop pauvre pour l’élever, elle dut l’abandonner à une nourrice peu scrupuleuse qui laissa mourir l’enfant à l’âge de trois semaines. Quand Alexandrine voulut plus tard reprendre sa fille et apprit sa mort, elle se jura d’aider l’Assistance Publique pour le secours des enfants abandonnés. Elle réussit aussi à ce que Denise et Jacques Rozerot, les enfants de son mari, puissent porter le nom de leur père.

    Aujourd’hui le musée est géré par une association soutenue par Pierre Bergé. Les travaux de restauration continuent, la grande serre dans le parc est en cours de réaménagement, il faudra revenir !
    Dans cette maison fort attachante, la cage d’escalier est décorée par les affiches, plus ou moins anciennes, de tous les films tirés de romans de Zola.
    Ah oui, si j’ai lu Pot Bouille dans mon adolescence, c’est grâce à Gérard Philipe !

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    Pommiers en toilette de bal

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      Katsushika Hokusai, Femme dans un intérieur, 1799, estampe nishike-e, musée Guimet Paris

    Les pommiers ont déjà développé un épais feuillage , leur floraison neigeuse, nacrée de rose, est terminée, si éphémère qu’elle existe de façon plus vivante dans le souvenir que dans le jardin.
    Il me faut encore citer Marcel Proust, parce que ce passage des pommiers est un régal, il écrivit d’ailleurs une aussi belle page à propos des poiriers.
    Voici ses lignes, entrecoupées et agrémentées, non pas de pommiers mais de cerisiers d’une splendeur bien japonaise :

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        Hiroshige, Album de la série des Cinquante-trois relais du Tôkaidô, 1855, musée Guimet Paris, notice.

     » Mais dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement. Là où je n’avais vu, avec ma grand-mère, au mois d’août, que les feuilles et comme l’emplacement des pommiers, à perte de vue ils étaient en pleine floraison, d’un luxe inouï, les pieds dans la boue et en toilette de bal, ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu’on eût jamais vu et que faisait briller le soleil ; l’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent, elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis.

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      Katsushika Hokusai, Bouvreuil et cerisier pleureur, 1834, estampe nishike-e, musée Guimet Paris

    Sous cet azur, une brise légère mais froide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eût été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. Mais elle touchait jusqu’aux larmes parce que, si loin qu’elle allât dans ses effets d’art raffiné, on sentait qu’elle était naturelle, que ces pommiers étaient là en pleine campagne, comme des paysans sur une grande route de France.

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      Hiroshige, Les cerisiers en fleurs à Gotenyama, musée Guimet, notice

    Puis aux rayons du soleil succédèrent subitement ceux de la pluie ; ils zébrèrent l’horizon, enserrèrent la file des pommiers dans leur réseau gris. Mais ceux-ci continuèrent à dresser leur beauté, fleurie et rose, dans le vent devenu glacial sous l’averse qui tombait : c’était une journée de printemps. « 

    Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, chapitre premier.

    C’était une journée de printemps. Eh oui, éclatante et cinglante, imprévisible et tonnante, étonnante beauté.

    Et voici notre pommier sous le ciel bleu de France

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    Papillons – p’tits papiers

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      Laissez parler
      Les p’tits papiers
      A l’occasion
      Papier chiffon
      Puissent-ils un soir
      Papier buvard
      Vous consoler

      Laisser brûler
      Les p’tits papiers
      Papier de riz
      Ou d’Arménie
      Qu’un soir ils puissent
      Papier maïs
      Vous réchauffer

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      Un peu d’amour
      Papier velours
      Et d’esthétique
      Papier musique
      C’est du chagrin
      Papier dessin
      Avant longtemps

      Laissez glisser
      Papier glacé
      Les sentiments
      Papier collant
      Ça impressionne
      Papier carbone
      Mais c’est du vent

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      Machin Machine
      Papier machine
      Faut pas s’leurrer
      Papier doré
      Celui qu’y touche
      Papier tue-mouches
      Est moitié fou

      C’est pas brillant
      Papier d’argent
      C’est pas donné
      Papier-monnaie
      Ou l’on en meurt
      Papier à fleurs
      Ou l’on s’en fout

      Henri-Pierre Danloux ( 1753-1809 ), Jean-François de la Marche, comte-évèque de Saint Pol de Léon émigré en Angleterre en 1791, musée du Louvre

    Dans ma jeunesse j’aimais beaucoup cette chanson de Régine qu’on peut entendre ici.

    Le petit papier s’appelle aussi un papillon.
    Tout particulièrement la contravention est un papillon qui se pose sur le pare-brise de la voiture …

    Laissez bloguer les p’tits papiers
    Bloc de papier, papier de blog
    Papiers Danloux, papi’essuie-tout
    Et puis c’est tout 🙂 !

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