Les rillettes de Proust

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    François Boucher, L’odalisque brune, vers 1745, musée du Louvre, notice

Vingt fois sur le fessier remettez votre ouvrage !
C’est ce que devait dire Valmont dans son long travail épistolaire.

Non , ce n’est pas Thierry Maugenest qui a écrit ça, mais il aurait pu …
Ce matin j’ai acheté des rillettes pour le week-end, j’y ai rapidement goûté ce midi et je me régale !

null La libraire m’a dit  » j’ai une chose pour vous !  » et elle me montre ce tout petit livre : Les rillettes de Proust par Thierry Maugenest.

Ma libraire me dit :  » quand je vois passer le mot Proust, je prends pour vous ! »
Comme c’est gentil !
Le but de ce livre amusant est de donner des conseils pour écrire soi-même un roman. Problème d’inspiration, de style, de vocabulaire, ponctuation, etc ? Des solutions existent et regardons comment ont fait les  » grantécrivains « .

null Ce livre est un petit coffret de perles d’écrivains célèbres, de tournures, passages et exercices hilarants.

Voici un petit extrait, que j’accompagne de Boucher, puisque de rillettes il est question :

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    François Boucher, L’odalisque blonde, 1752, Alte Pinakothek Munich, page du musée

 » Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle,
 » Et le désir s’accroît quand l’effet se recule.

Corneille, Polyeucte, I, 1

Et comme il est aussi question de Proust, je cite personnellement l’un de ses mots qui me font rire :

(…) Jupien, après des remarques dépourvues de distinction telles que :  » Vous en avez un gros pétard !  » , dit au baron d’un air souriant, ému, supérieur et reconnaissant :  » Oui, va , grand gosse ! « 

Proust, Sodome et Gomorrhe

Les souliers rouges de la duchesse

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C’est dans une joie bondissante que j’ai découvert la nouvelle mercerie installée dans ma commune. Elle n’est vraiment pas commune et porte l’appellation de  » mercerie créative « . Une fièvre créatrice nous prend en effet lorsque l’on passe sa porte, les doigts frémissent de plaisir et veulent tout palper, tout acheter … les introuvables tissus Tilda par exemple, les rubans et boutons d’une originalité surgie d’une autre planète.

Avec l’exaltation d’un orpailleur, j’ai récolté dans ce trésor de mercerie toutes les fournitures nécessaires à la confection de cette figurine campagnarde, et j’ai peint les sabots en rouge en les piquant de pois roses.
Toute à ma joie textile je pensais, comme ça, aux souliers rouges de la duchesse !

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Oriane, qu’est-ce que vous alliez faire, malheureuse. Vous avez gardé vos souliers noirs ! Avec une toilette rouge ! Remontez vite mettre vos souliers rouges, ou bien, dit-il au valet de pied, dites tout de suite à la femme de chambre de Mme la duchesse de descendre des souliers rouges.

C’est logique que le valet de pied se soucie des souliers !
Ce passage, qu’on a peut-être aussitôt reconnu, provient du tome III d’À la recherche du temps perdu,  » Le Côté de Guermantes  » de Marcel Proust.
Passage facile à retrouver, c’est à la dernière page du livre.
Passage marquant, qui personnellement m’époustoufle.

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Si le narrateur a fait surgir tout Combray de sa tasse de thé, Proust a fait jaillir la plus probante critique sociale d’une paire de souliers !

Le duc et la duchesse de Guermantes sont sur le point de se rendre à une soirée chez la duchesse de Saint-Euverte.
Pour les Saint-Euverte, la duchesse s’est habillée en rouge.

«  haute et superbe dans une robe de satin rouge dont la jupe était bordée de paillettes. Elle avait dans les cheveux une grande plume d’autruche teinte de pourpre et sur les épaules une écharpe de tulle du même rouge.  »

Elle porte aussi de somptueux rubis.
Swann était venu lui apporter des photographies et la rutilante Oriane s’extasia sur la doublure verte de son chapeau. Swann, discret et raffiné, avait choisi une doublure verte non pas par effet supplémentaire ou superflu d’élégance mais par souci de propreté, le vert se montrant moins salissant pour l’intérieur d’un chapeau.

null Pendant que le duc se répand sur la noblesse de sa lignée et énumère ses ancêtres des plus hauts rangs, la duchesse propose à Swann de l’accompagner à Venise l’année prochaine car ses visites commentées seront précieuses pour ce haut lieu artistique.
Swann répond que ce sera impossible, qu’il est malade et n’a plus que quelques mois à vivre.
Le duc, pendant ces révélations, presse sa femme car la conversation retarde le départ pour le dîner. Ce serait si inconvenant de ne pas être à l’heure. Et puis le duc meurt de faim, il a hâte de se mettre à table.
La duchesse obéit, met un terme à la discussion, je ne crois pas un mot de ce que vous dites, dit-elle à Swann pour le rassurer sur sa santé.
La duchesse monte en voiture et dévoile un soulier noir. Ah malheur, la faute de goût !

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Le duc insiste donc pour que sa femme enfile ses souliers rouges, il serait plus désastreux encore de porter une tenue dépareillée que d’arriver en retard. Et puis, la belle affaire, ils ne seront pas les derniers, il y a toujours des retardataires réputés.
Impossible d’accorder une écoute au malheur de Swann, mais très possible de rectifier un détail vestimentaire.
L’adieu à Swann, le petit Swann que la duchesse semblait chérir, se fait ainsi dans une indifférence précipitée au nom de la bienséance.

Cette scène est un vrai morceau de cinéma, haut en couleurs, le rouge de la duchesse éblouissant l’écran, à peine tempéré par le petit point vert et maladif de Swann, spectateur muet et résigné de toute cette autosatisfaction égoïste et tapageuse.

    Ah, les joies mêlées de la couture et de la littérature !

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La musique creuse le ciel

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    Maurice Denis, Histoire de Psyché, séries de sept panneaux, 1908, Ermitage Saint Pétersbourg, page du musée

Maurice Denis a décoré le salon de musique de l’hôtel du collectionneur Ivan Morosoff à Moscou de panneaux illustrant l’histoire de Psyché. La série des panneaux peints est aujourd’hui conservée au musée de Saint Petersbourg, et les esquisses préparatoires appartiennent au musée d’Orsay à Paris.

Comme il s’agissait d’un salon de musique, alors place à la musique :

César Franck, Psyché, poème symphonique

( le concert a lieu, semble-t-il, au musée d’Orsay )

Le poème musical de Franck est d’un sentiment chrétien, dépassant la mythologie. Dans celle-ci, Aphrodite est jalouse de la beauté de Psyché et demande à son fils Eros de la rendre amoureuse d’un monstre. Mais Eros lui-même est séduit par Psyché.

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     » L’amour surprend Psyché « , fin 1907, musée d’Orsay, page du musée

Eros, avec l’aide d’un zéphyr, vaincu par la beauté de Psyché, l’emmène dans son palais. Elle pourra y jouir de tous les plaisirs de l’amour mais ne devra jamais chercher à connaître la personne qu’elle aime.

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    Version de Saint Pétersbourg :  » Eros frappé par la beauté de Psyché  »

La trop forte curiosité pousse Psyché à connaître le visage de celui qu’elle aime, et durant le sommeil d’Eros, elle penche sur lui une lampe pour le regarder. Hélas un goutte d’huile brûlante tombe sur Eros qui s’enfuit en révélant son nom.

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    Psyché découvrant son mystérieux amoureux, 1908, Ermitage Saint Pétersbourg

Chassée, errante, Psyché échoue dans la demeure de la maudite Aphrodite qui la punit en la condamnant à des travaux pénibles, puis celle-ci l’envoie aux Enfers pour demander à Perséphone un mystérieux flacon.
Toujours curieuse, Psyché ouvre le flacon et s’endort d’un profond sommeil.

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     » La punition de Psyché « , fin 1907, musée d’Orsay

Eros, qui ne peut oublier Psyché, la réveille de ses flèches et l’emporte dans l’Olympe où Zeus lui donne la permission de l’épouser. Psyché devient ainsi immortelle et Aphrodite lui pardonne aussi.
Tout est bien qui finit bien !

César Franck a vu dans le mythe de Psyché la rédemption, Eros pardonne et tous deux montent dans la lumière.
César Franck et Maurice Denis étaient tous deux très croyants, et la musique de l’un me semble bien bercer la peinture de l’autre.

A cet ensemble j’ajoute volontiers cette phrase de Charles Baudelaire :
 » La musique creuse le ciel  » écrite dans son ouvrage  » fusée « .

Le papillon et la rose

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    Antoine-Denis Chaudet ( 1763-1810 ) , L’Amour, musée du Louvre

La notice et le commentaire très détaillé et fort intéressant de cette oeuvre se trouvent sur cette page.

Encore un papillon pour Clarélis … cette sculpture du Louvre est l’une de mes préférées, d’une poésie si tendrement écrite dans le marbre blanc. J’aime tourner autour de ses lignes rimées, promener mes yeux le long des courbes fluides en l’enrobant comme le ferait une caméra en travelling. Je l’ai photographiée mais n’ai pas le courage de rechercher les clichés parmi les centaines que j’ai pu prendre dans ce musée.
On appelle la sculpture une ronde-bosse. Quelle vilaine expression pour tant de beauté !

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Pauvre papillon aux ailes captives ! Le papillon, on le sait, c’est l’âme. L’âme-papillon est séduite par la rose, enivrée de son parfum. Le jeune garçon, Eros ailé lui aussi, retient les ailes et maintient le papillon malgré lui devant la rose.
Eros et Psyché : l’Amour tourmente sans cesse l’âme.

Psyché ( nom féminin grec désignant le souffle et l’âme et nom propre de la divinité mythologique ) sort de sa chrysalide et devient l’âme qui ne peut s’épanouir qu’en échappant à la geôle corporelle.
Psyché est un papillon angélique, symbole de l’immortalité.

Il faut observer le bas-relief pour lire l’histoire d’Eros et Psyché :

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Les amours tiraillent le papillon qui se laisse envoûter par le parfum des fleurs dans la corbeille.
Il sera sauvé par les abeilles qui, agacées de recevoir sur leur ruche les flèches des angelots, vont prendre la défense du pauvre papillon.

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Lors d’une prochaine visite au Louvre, penchons-nous sur le sort de ce fragile papillon, son histoire est marquée d’une si jolie pierre blanche !

Beau papillon près du sol

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    Beau papillon près du sol

    Beau papillon près du sol,
    à l’attentive nature
    montrant les enluminures
    de son livre de vol.

    Un autre se ferme au bord
    de la fleur qu’on respire :
    ce n’est pas le moment de lire.
    Et tant d’autres encor,

    de menus bleus, s’éparpillent,
    flottant et voletant,
    comme de bleues brindilles
    d’une lettre d’amour au vent,

    d’une lettre déchirée
    qu’on était en train de faire
    pendant que la destinataire
    hésitait à l’entrée.

    Rainer Maria Rilke, recueil Les quatrains valaisans

    null Jean-Baptiste Oudry, Coin du jardin de monsieur de La Bruyère, 1744, Institute of Art Detroit

Le beau papillon près du sol dans ce tableau étrange d’Oudry est un  » atlas atticus  » , semble-t-il le plus grand papillon du monde.
J’ai découvert cette oeuvre d’Oudry la première fois dans l’ouvrage de Pierre Rosenberg, «  En Amérique seulement  » , livre dont j’avais parlé dans cet article et que je recommande toujours vivement. Le site du musée de Detroit ne montre hélas pas ce tableau, et j’en ai trouvé la photo, pas très bonne, dans le site espagnol assez complet  » ciudad de la pintura  » ( voir dans le blogroll à droite ).

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    Odilon Redon, Evocation of Butterflies, 1910-1912, DIA Detroit, page du musée

Ce sont d’autres papillons que j’ai trouvés dans le site du DIA en cherchant Oudry !
Je dédie ce beau poème de Rilke et ces charmants papillons au sol à Clarélis qui les aime tant 🙂 .

Le giron

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    Edouard Manet, Portrait de madame Manet, vers 1880-1882, NG Londres, page du musée.

Ce tableau est l’un des derniers de Manet, et s’il est resté inachevé, c’est peut-être parce que l’artiste est mort avant qu’il ne le terminât.

Viens mon beau chat sur mon coeur amoureux
C’est toujours une heure exquise que de se reposer avec un chat dans son giron. S’il est permis d’inventer des mots, j’aime à dire que le chat, au creux des genoux, gironronne !

Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,

… tes beaux yeux mêlés de métal et d’agate , dit Baudelaire. Il est doux, rassérénant de plonger son regard dans des yeux félins.
Point de métal et de pierre précieuse évoquerais-je comme le poète, mais plutôt la pierre ensoleillée d’un porche de cathédrale. Les yeux d’or me font revoir en pensée voyageuse ces frontons romans sculptés dans le calcaire blond et la lumière, contenant en leur centre une prunelle en amande, une mandorle sombre qui joue entre l’ombre et le soleil ardent.

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    Max Liebermann, Vieille femme avec un chat, vers 1847, The Getty museum Los Angeles, commentaire du musée.

Le giron est un petit mot mignon qui a quelque chose de rond et tournoyant, et pourtant non, il ne veut pas dire rond, mais plutôt pointu !
Le giron vient du francique  » gêro  » ( -> dictionnaire Le Robert ) et le gêro était une pièce d’étoffe en pointe, un pan de vêtement tombant en pointe de la taille aux genoux.
Un tablier en somme.

Le poète Pierre de Ronsard, dans le Bocage royal, a écrit ces vers :

Elle ne laisse fleur ni petite ni grande
Sans en faire un bouquet, puis va trouver sa bande
Qui l’attend sur la rive, et versant son giron
Montre toutes les fleurs des jardins d’environ
(…)

Il vaut mieux en effet porter un giron pour recevoir en son giron son animal chéri, arrivant du jardin avec au bout des pattes les traces humides de la campagne.

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    Renoir, jeune fille et chat endormis, 1880, Sterling & Francine Clark Institute Williamstown

Le chat rentre à la maison après une nuit au clair de lune, bondit sur les genoux et pétrit le giron, accompagnant les piqûres rythmées et jouisseuses de ses griffes amicales du roulement de sa gorge profonde. Alors on glisse les mains dans la fourrure, et puis on penche le nez pour humer dans ce pelage nerveux des parfums de mousse humide, de gazon frais coupé, de sève de pin, de buis taillé, de fougère sauvage. C’est tout le jardin que vient verser dans le giron l’animal soyeux !

Daphné du laurier

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    Gustav Klimt, Deux jeunes filles avec un laurier-rose, vers 1890-1892, Wadsworth Atheneum museum of art Hartford ( Connecticut )

Voilà un tableau de Klimt qui ne ressemble pas à du papier peint !
Une de mes filles reproche à cet artiste de faire trop papier peint. Il est vrai que ses paysages sans profondeur, ses personnages plaqués sans grand relief ni mouvement font penser à des décors muraux ou de foulard pour boutique des musées du monde.

null Ces demoiselles inhabituelles de Klimt me rappellent personnellement le très joli titre proustien  » à l’ombre des jeunes filles en fleurs  » , d’une sonorité et d’une couleur tendrement printanières.

Ces jeunes filles devant un laurier en fleurs font penser à ce tableau du Louvre :

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    Tiepolo, Apollon et Daphné, vers 1743-1745, musée du Louvre

Connaît-on l’histoire d’Apollon et Daphné ?
Le bel Apollon, tombeur de ces dames, convoite la vertueuse Daphné qui n’a pas l’intention de céder à ses avances et ne veut surtout pas se marier. Elle est la fille du fleuve Pénée personnifié par l’homme assis de dos, tenant une rame et se désolant du célibat de son enfant.
Pour échapper à la fougue amoureuse d’Apollon elle se transforme en laurier.
 » Daphné  » en grec veut dire laurier.

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Le tableau montre le tout début de la métamorphose, Daphné commence à se transformer en végétal au bout des doigts. Sa main bourgeonne et se détache sur le ciel comme un petit bouquet feuillu.
Apollon voulant embrasser Daphné sera bientôt couvert de laurier mais guère chanceux et glorieux dans son approche amoureuse.

Daphné jeune fille en fleurs devient un laurier-rose,  » rhododaphné  » en grec.

null Cette métamorphose d’Ovide me rappelle une autre, celle du beau Narcisse et de la nymphe Echo.
Zola dans son roman «  La curée  » décrit la métamorphose de Narcisse en fleur d’une manière extraordinairement brillante et digne d’un grand couturier. Il s’agit en effet d’un spectacle donné dans un salon et la magnificence des costumes imitant les végétaux et cousus par la plume de Zola laisse pantelant d’admiration !

Réflexion

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    Richard Emile Miller, Summer reverie, vers 1914, MFA Detroit, page du DIA.

Soleil, dentelles, ombrelle, c’est l’univers enchanté de Richard Miller ( 1875-1943 ), peintre américain originaire de Saint Louis ( Missouri ), qui a rejoint Frederick Frieseke et d’autres compatriotes à Giverny.

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    Richard Miller, Le bassin, vers 1910, Terra Foundation Giverny, commentaire.

Les figures féminines de Miller sont toujours au creux d’une réflexion. Il utilise le phénomène de la réflexion dans tous les sens.
Yeux fermés ou yeux rêveurs, la femme ( se ) réfléchit.

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    Richard Miller, Reflections, vers 1910, museum of art Brigham Young University, notice.

Comme au bord du bassin, elle ferme les yeux. Il n’est pas fréquent de voir un portrait aux yeux fermés.

Réflexion mentale, à la surface de l’eau, dans le miroir, ou dans les yeux du spectateur face au tableau.

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    Richard Miller, Reflection, vers 1915, Carnegie museum of art Pittsburgh, notice.

Elle ne se fait pas seulement une beauté, elle cherche dans son coffret la clé des songes. Des pensées l’habitent, légères ou graves, la fantaisie du bijou saura-t-elle dissiper ses préoccupations ?

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    Richard Miller, Le collier, vers 1924, Smithsonian Washington, notice.

La femme semble passer d’un tableau à l’autre au gré de ses méditations.
Elle soupèse les perles de tourmaline comme peut-être de noirs tourments. Le contre-jour mauve de la solitude jette une note singulière de lassitude, la neige des volants de mousseline prend des reflets sucrés de pêche et de lilas, le désordre du boudoir laisse entrevoir celui des pensées, ressent-on une tristesse ou l’indolence, la paresse tout simplement ?

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    Richard Miller Femme cousant, vers 1910-1920, museum of art Tweed, notice.

Au dos de ce tableau, la dame est déshabillée !
Même robe que dans  » Le collier  » mais lumière plus franche. La femme occupe ses doigts dans la couture et travaille le fil de ses pensées. Rien ne vaut un bon ouvrage pour remettre sa réflexion dans le bons sens !

Le café littéraire

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    Ludwig Passini ( 1832-1903 ) , Le café Greco à Rome, 1856, aquarelle, Kunsthalle Hambourg

Du cabaret passons au café, discutons au coin d’une table, dégustons des mots délicieux et des viennoiseries et consommons avec modération !

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Stendhal fut un habitué de ce café Greco, le plus vieux café de Rome, peint par l’artiste viennois Passini.

Retracer la longue et palpitante histoire des cafés en Europe serait trop fastidieux, je désire seulement et modestement évoquer la création du petit café littéraire dans ma commune.

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L’expression consacrée de café littéraire est d’une manière générale réductrice, car les cafés furent, dans les grandes villes européennes, des annexes d’ateliers d’artistes, des tribunes politiques, des antichambres de foyers théâtraux, des bureaux de journalisme, en somme un lieu pour se réunir et créer, observer, se réaliser et se défouler plus librement que chez soi ou sur son lieu de travail.

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Creuset de la création, laboratoire d’écriture, fumoir, cantine, chenil, royaume de bohème …

Puccini a mis le célèbre café Momus de Paris en musique dans La Bohème .
Voilà un extrait de ce café, pas trop excitant j’espère :


La Bohème Puccini Valse de Musette
envoyé par richardvallouise. – Regardez plus de clips, en HD !

Le café Momus, situé rue Saint-Germain-l’Auxerrois, abritait les artistes sans le sou, les écrivains sans imprimeurs, et Théophile Gautier décrivit ce lieu comme  » le cénacle de rapins ayant l’amour de l’art et l’horreur des bourgeois « .
Il ferma ses portes en 1848 mais Puccini l’a ainsi immortalisé grâce au livret écrit entre ses murs par Henri Murger  » Scènes de la vie de bohême  »

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    Reinhold Völkel, Café Griensteidl à Vienne , 1896, aquarelle, historisches Museum Vienne

Ce café Griensteidl à Vienne fut fréquenté par exemple par l’écrivain Arthur Schnitzler et le peintre Gustav Klimt.

Les cafés viennois, et les cafés des pays voisins jouèrent un grand rôle dans la vie intellectuelle et artistique de la Mittel-Europa, et encore aujourd’hui ce sont des endroits très vivants, des lieux de vie, où chacun vient aussi lire tranquillement son journal.

Pourrai-je, après ces lieux importants et célèbres, parler de mon petit café littéraire, qui n’a rien de la Closerie des Lilas, mais qui réserve à ses participants des heures délicieuses ? Une table, douze petits fauteuils, des biscuits, quelques verres et de l’eau pure, du café what else ?, pas d’absinthe ! , dans le fond de la petite librairie dont j’aime humer l’odeur.
Les vieux livres ont une odeur sèche et brune, de fin d’été poussiéreuse, une odeur de vieilles feuilles, tandis que les livres neufs sentent le printemps, l’encre humide, le papier fraîchement pressé, parfum vert de la feuille d’oseille, le goût oxalique et lointain de la colle de notre enfance.

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    Edgars Degas, Femmes à la terrasse d’un café le soir , 1877, pastel, musée d’Orsay, notice.

Nous sommes des dames, les hommes hélas semblent bouder ce loisir qui fut pourtant surtout masculin, et nous échangeons nos expériences de lecture. Pour le prochain rendez-vous, la libraire nous suggère de lire l’un des prix Goncourt depuis cent sept ans qu’il est décerné.
Excellente idée ! Elle nous a remis la liste des prix depuis le premier créé en 1903.
Le choix de lecture est donc large.

Que vais-je lire ?
 » La rue des boutiques obscures  » de Patrick Modiano, prix Goncourt de 1978.

null J’aime bien l’auteur du Café de la jeunesse perdue, ses récits énigmatiques, ses personnages fantômes qui semblent errer à la recherche du temps perdu. Histoires troubles, absences, certains se demandent si ce n’est pas l’auteur qui a des absences …
C’est quand on ne sait pas qui est absent que l’absence est véritable. Ce n’est pas Modiano qui a écrit ça, mais il aurait pu.
Bref, je serai bien présente à mon prochain café littéraire !

Life is a cabaret

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    Louis Valtat ( 1869-1952 ), Femme au cabaret ou L’estaminet, vers 1896, mba Angers, notice

Imaginons, old chum, que cette cuisinière écoute Liza Minelli !
En voyant ce tableau que j’aime beaucoup, ou en lisant son titre et ricochant sur le mot cabaret, la chanson est venue résonner dans ma tête de blogueuse inconstante. Le coin de table est malgré tout, cette semaine, le fil conducteur de mes pensées vagabondes.

Au coin de la toile se tient un coin de table, et la serveuse, ou peut-être la cuisinière, fait une pause en regardant ce qui passe sur la scène. Un halo lumineux s’agite dans le trou noir de la salle. De ce faisceau lumineux surgit la musique entraînante.
Ecoutons-la avec Liza, même si elle est anachronique !

Louis Valtat, dont on peut lire la biographie sur cette page ( clic sur valtat.com ), a travaillé avec Bonnard, et cette figure féminine fait beaucoup penser aux femmes de Bonnard.

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Corsage à pois, jupe à rayures, tablier rose, personnage tout à fait délicieux qui se découpe sur le fond sombre de cette chambre obscure.
Le mot cabaret a même racine que le mot chambre. C’est un lieu fermé et obscurci où l’on boit, dîne, et assiste à un spectacle.
Comment s’appelle cette dame qui travaille dans ce café-concert ?
La cafetière n’est pas un cafetier au féminin, du moins dans notre vocabulaire actuel.
Estaminetière ? Je pencherais volontiers pour le doux mot de  » Estaminette  » !

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    Edouard Manet, La servante de bocks, NG Londres, commentaire du musée

Dans ce magnifique tableau de Manet, le café-concert s’appelait la brasserie de Reichshoffen à Paris.
J’ai habité à Reichshoffen dans ma jeunesse, c’est pourquoi l’oeuvre me plaît tant.
Les peintres ont si bien décrit ce monde à part des cafés … les écrivains aussi, Zola bien sûr.

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    Edgar Degas, Dans un café ou L’absinthe, 1873, musée d’Orsay, commentaire détaillé sur cette page

On s’assommait d’alcool, c’est pourquoi le lieu prit ce nom : assommoir.
On remarquera que l’idée du sommeil contenue dans le mot cabaret-chambre se retrouve dans cette autre appellation d’un endroit où l’on vient le soir passer des nuits sans sommeil.

From cabaret to cabaret, la vie nocturne se déroule, de folie en désespoir, de plumes légères en coup d’assommoir, de beuverie en bonne chère, car on mangeait souvent très bien sur ces coins de table embrumés d’une buée chaude et sonore ou bien verte et muette comme l’absinthe.

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    Jules Chéret, Folie et gaîté, pastel, musée d’Orsay, notice.

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