Si mais non, oui mais …

    null

    Georges Callot, L’attente, 1886, musée d’art et d’histoire Cholet

Un autre Georges, l’écrivain Georges Simenon avait épousé en secondes noces une canadienne qui s’appelait Denyse Ouimet.

La photo de Denyse se trouve dans ce site à la rubrique  » biographie de Simenon  » ici.

Hasard comique des noms ! Le couple Simenon-Ouimet devait être lent à prendre des décisions.
«  L’homme qui regardait passer les trains  » , cette nouvelle aurait-elle été écrite durant ce second mariage ? lol !

L’annonciation en détail

    null

Un flacon s’est rempli , le bouchon est scellé, le liquide doré irradie le mur de son ombre lumineuse, à côté, une grenade peut-être, et une pomme ou une orange, symboles de la Vierge Marie et de la passion …

Ce magnifique morceau de nature morte laisse deviner à lui seul l’Annonciation.

La photo sur le site du Louvre n’est pas bonne, mais le site de la RMN donne heureusement de superbes détails.
Ce panneau était attribué au maître autrefois , maintenant on pense qu’il provient de son atelier, cela ne lui enlève pas sa beauté. C’est un grand plaisir d’admirer les objets.

ombre portée null

aiguière à deux becs verseurs null

saintes écritures null

luxe du lustre null

L’Annonciation se déroulait ainsi dans l’intimité d’une chambre soigneusement décorée. La poésie des objets gothiques enchante et participe à – et même de – la beauté du mystère.

    null

Une jolie table, la bonne salade

    null

    Edouard Vuillard, Nature morte à la salade, 1887-1888, musée d’Orsay, notice

Table du dimanche … petite pause salade entre les annonciations … la vue des beaux pissenlits dans les prairies m’a inspiré ce petit sujet !

Avant le XVIIIème siècle, le mot salade désignait une infinité d’herbes comestibles comme dans ce poème :

Lave ta main, blanche, gaillarde et nette,
Trace mes pas, apporte une serviette,
Allons cueillir la salade, et faisons
Part à nos ans des fruits de la saison.

D’un vague pied, d’une vue écartée,
Deçà delà jetée et rejetée
Or’ sur la rive, ores sur un fossé,
Or’ sur un champ en paresse laissé
Du laboureur, qui de lui-même apporte
Sans cultiver herbes de toute sorte,
Je m’en irai solitaire à l’écart.

Tu t’en iras, Jamyn, d’une autre part
Chercher soigneux la boursette touffue,
La pâquerette à la feuille menue,
La pimprenelle heureuse pour le sang
Et pour la rate, et pour le mal de flanc;

Je cueillerai, compagne de la mousse,
La réponsette à la racine douce,
Et le bouton des nouveaux groseliers,
Qui le Printemps annoncent les premiers.

Puis, en lisant l’ingénieux Ovide
En ces beaux vers où d’amour il est guide,
Regagnerons le logis pas à pas.
Là recoursant jusqu’au coude nos bras,
Nous laverons nos herbes à main pleine
Au cours sacré de ma belle fontaine,
La blanchirons de sel en mainte part,
L’arroserons de vinaigre rosart,
L’engraisserons de l’huile de Provence;

[…]

Pierre de Ronsard, La salade, Ode dédiée à Amadis Jamyn ( 1560 )

Il s’agit d’une affiche publicitaire pour la fabrique d’huile de table de Delft. Dessinée par Jan Toorop, elle connut un tel succès qu’elle donna son nom au style art-nouveau, on l’appela style huile de salade aux Pays-Bas.
Avec l’art nouveau on reste à table, car en France on l’appelle  » style nouille « .

Alors assaisonnons gaiement la boursette, la pâquerette, la responsette, et puis la doucette, la roquette, la bette, la rougette …

L’annonciation à l’encre brune

    null

    Rembrandt , Annonciation, Plume et encre brune, musée des beaux arts de Besançon

Ce dessin de Rembrandt, je l’ai déjà proposé en 2008, revoir là.
Il fallait une plume fougueuse pour illustrer l’irruption soudaine de l’archange auprès de Marie.
J’adore ce dessin.

Et j’aime celui-ci à la manière de Rembrandt :

On reconnaît l’escalier en colimaçon dans le genre de celui du Philosophe en méditation de Rembrandt ( article ), le fauteuil a aussi la même structure.
Le nuage angélique apparaît sur le manteau de la cheminée, au dessus du chaudron suspendu dans l’âtre. Le ciel se fond ainsi dans la pièce d’une manière presque naturelle, fumée, vapeur, la nuée céleste se mêle à l’atmosphère rustique de cette simple maison. C’est une vision sobre et touchante de l’évènement.

Cet autre dessin, de la même époque mais d’un artiste français, est particulièrement charmant :

    null

    Charles Mellin ( vers 1600-1649 ), L’Annonciation, encre brune, lavis brun, plume, DAG Louvre, page du musée

L’archange Gabriel surgit au dessus de la table de Marie, elle faisait de la couture, sa corbeille à ouvrage est au sol. Après avoir écouté, elle s’est levée de sa chaise et s’agenouille, tout auréolée, dans la lumière magnifiée de sa petite lampe.

    null

Oh le beau ciel capricieux de mars !

Bon dimanche null
des rameaux !

L’annonciation en jaune

Le thème de l’Annonciation m’occasionne un retour vers ce cher Poussin. Il a peint cette Annonciation au moment où Philippe de Champaigne peignait celle conservée au musée de Hull ( revoir ici, le site du musée indique une date plus ancienne mais l’exposition de Lille de 2007 a permis de la dater de l’année 1656 ).

On constate que Poussin a simplifié considérablement la scène, visant à l’essentiel, se concentrant sur cette dernière phrase de l’évangile :

À l’Annonciation, les cieux s’ouvrent et sous la figure d’une colombe, le souffle divin descend sur la terre. C’est l’Esprit Créateur, le divin Paraclet qui fait toute chose nouvelle.
“Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. …

…L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. …” Saint Luc 1, 26 – 38

Encore merci à fa# pour le texte ( premier commentaire ici) !

La colombe se pose sur Marie, l’enrobe de sa puissance et l’on comprend merveilleusement le mystère ou l’on reste mystérieusement béat devant cette merveille, comment la Vierge Marie reçoit celui qui va naître et pourquoi il est saint. Poussin l’explique très simplement, inutile de se poser d’autres questions.

    null

A propos des couleurs, Champaigne avait osé le mauve, et là, Poussin choisit le jaune pour la cape de Marie. Un ton inhabituel pour la Vierge, couleur de pureté et/ou d’espérance comme dit le site de la National Gallery.
Le jaune est la couleur du citron et ce fruit est aussi l’un des symboles de la Vierge, parce qu’il est assainissant et possède un doux parfum. Ce ne serait pas invraisemblable que Poussin y fasse allusion.

    null

    Les couleurs des ailes de l’archange sont étonnantes elles aussi, ainsi ailé, il ressemble à un perroquet ! Je me plais à penser – peut-être je m’égare – que Poussin choisit, au travers de ces couleurs vives atypiques pour un ange, de citer le symbole marial du perroquet. Cet oiseau est en effet l’un des attributs de la Vierge Marie.
    Le perroquet a la réputation d’être un oiseau très propre, et on voyait en lui au moyen-âge une image du Christ et de la Vierge, indemnes du péché. ( cf. La nature et ses symboles , éditions Hazan ). Perroquet symbole de pureté et d’innocence.
    On disait que le perroquet savait prononcer le mot Ave , mot adressé par l’archange Gabriel à Marie lors de l’Annonciation.
    Prononciation, annonciation …

    null

    Corrège, L’annonciation, vers 1525, Galerie nationale Parme

Au moyen-âge, l’Annonciation se déroulait dans l’intimité de la chambre de Marie. J’y reviendrai, les tableaux de cette période montrent des intérieurs raffinés, ornés de beaux objets. Et puis en Italie au XVIème siècle, les artistes firent pénétrer le ciel dans la chambre.
C’est le Corrège qui consacra cette idée en peignant l’archange Gabriel agenouillé sur un nuage dans cette fresque de Parme hélas en mauvais état. Après lui, la colombe, les nuages et leurs cortèges d’angelots occupèrent la moitié supérieure de la chambre de Marie dans la plupart des tableaux italiens de l’Annonciation et les artistes européens suivirent l’exemple au XVIIème siècle.

Nuages, nuages, plus loin que la nuit et le jour,
Nuages, dans l’espace inouï de l’Amour …
😉

L’annonciation en mauve

    null

    Philippe de Champaigne ( 1602-1674 ), L’Annonciation, 1631, mba Caen

Aujourd’hui 25 mars est le jour de l’annonciation.
Ce sujet fut maintes fois traité en peinture et il est intéressant de regarder comment les artistes ont imaginé cette scène au fil des siècles.

Parmi toutes les  » Annonciation  » que j’aime et que je désirerais rapidement présenter ces jours-ci, je montre d’abord celles de Philippe de Champaigne. L’ordre chronologique ne me guide donc pas, seulement le hasard des couleurs, des coups de coeur, des musées et des souvenirs.

Cette annonciation du musée des beaux arts de Caen est la première exécutée par le peintre qui traita souvent ce sujet.
Grande toile de 3m sur 2,50m commandée pour la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Elle fit partie de l’exposition consacrée à Champaigne au palais des beaux arts de Lille en 2007.
Ce peintre flamand, Champaigne, reçoit l’influence de Rubens qu’on sent dans le lyrisme des drapés, des anges s’agitant dans les nuages, dans la silhouette massive et mouvante de l’archange Gabriel. Les couleurs de la Vierge sont traditionnelles, mais en revanche, celles de l’archange sont étonnantes, innovantes.

    null

Des tons célestes pour ce héraut divin : tendre harmonie de gris perle, vert amande et mauve.
Ce mauve nuancé de rose surprend mais, si on tient compte du moment de la scène, le 25 mars, j’oserai dire que c’est un ton de saison. Ce sont les nuances de fleurs de magnolia et de primevères qui éclosent ce mois-ci.
Mauve douceur, mauve pétale, la couleur calmante convient bien à cette annonce capitale que va faire l’ange à la jeune Marie.
Elle lit pieusement, et puis il l’interpelle, elle se retourne, surprise, attentive. L’archange n’a pas encore parlé.
Devant elle un joli bouquet symbolise cette annonciation et reprend délicatement les couleurs de l’archange.
Quel beau tableau !

Et puis voici l’Annonciation conservée au musée de Kingston upon Hull, et qui est la dernière peinte par Champaigne :

    null

    Philippe de Champaigne, L’annonciation, vers 1656, The Ferens Art Gallery Hull, page du musée

Ce tableau rappèlera des souvenirs à l’une de mes filles qui fit ses études à l’université de Hull.

C’est un petit tableau, 0,74cm x 0,55cm, prévu pour l’intérieur d’un logement, il reprend le grand tableau conservé à Londres destiné à une église ( ci-dessous ).

Marie se trouve dans sa chambre, à l’arrivée de l’ange, elle a laissé tomber son ouvrage de couture, elle s’est levée. Elle est debout face à l’ange debout aussi, cette position verticale semble aussi une invention de Champaigne. L’archange Gabriel désigne le ciel d’où vient cette annonce qu’il doit faire, un ciel de nuages, animé de putti, au centre duquel irradie l’Esprit Saint contenu dans la colombe.
L’archange porte une toge parme, toujours ce coloris adoucissant, au parfum d’avant-garde parce que stendhalien !

Dans le tableau d’église de la Wallace collection, le vêtement de l’archange est plus classique, bleu, mais dans le petit tableau de Hull, plus intime, Champaigne prend des libertés, et peint avec minutie le plancher de la chambre de Marie. Le moment précis de cette annonciation semble être à la fin des paroles de l’archange, Marie baisse la tête et prend conscience de la mission qui lui est confiée.

    null

    Philippe de Champaigne, L’annonciation, vers 1648, Wallace collection Londres, page du musée

La Mer

    null

    null

    John Brett ( 1831-1902 ), La Manche vue des falaises du Dorset, 1871, Tate Gallery Londres,
    commentaire du musée

John Brett fut un peintre préraphaélite, c’est pourquoi, après l’évocation des préraphaelites hier, je montre cette vue, qui serait plutôt post-préraphaélite !

Cet éclairage fantastique n’est pas aussi artificiel qu’on pourrait le penser, il est fréquent d’admirer sur les côtes bretonnes, normandes, nordiques et britanniques, cette pluie de rayons laiteux diluant sur une eau changeante ses couleurs d’opaline. L’émerveillement est tel qu’on entend ricocher les notes de Debussy …

Il n’est donc pas étonnant que Claude Debussy ait achevé la composition de son oeuvre, La Mer, en 1905 en regardant la Manche à Eastbourne ( wikipage )

On peut entendre avec ce clip les huit autres extraits de  » La Mer  » , cliquer à la fin sur chaque case.

( Le temps de chargement peut être un peu long, il faut alors cliquer sur la case  » pause  » et attendre que tout soit chargé, on voit la bande rose pâle avancer, et à la fin, cliquer pour écouter )

    null

    John Brett, Britannia’s Realm, 1880, Tate Gallery Londres, page du musée

Cet autre tableau de Brett, si clair, n’est pas une vue de la Manche, mais du Pays de Galles. La vente de ce tableau l’avait aidé à acheter son propre bateau.
Revenons à Debussy, son oeuvre, La Mer, se compose de trois parties :

    null

 » De l’aube à midi sur la mer  » – Très lent

    null

 » Jeux de vagues  » – Allegro

    null

 » Dialogue du vent et de la mer  » – Animé et tumultueux

    null

Cette mer-là est bretonne !

Ruban bleu du printemps

Amour profond et vif en avril comme le bleu vertigineux de la robe.
Robe d’azur comme le long ruban bleu et floral que le printemps fait serpenter dans les jardins.
Le printemps commence en jaune et bleu, après les jonquilles d’or, voici les fraîcheurs bleues, outre-bleues, violettes et violentes du jardin.

    null

    null

Peut-on associer la peinture anglaise préraphaëlite à la poésie romantique allemande ?
J’aime ce tendre petit poème de Mörike, que Robert Schumann a mis en musique :écouter avec la harpe sur cette page

    null

Frühling läßt sein blaues Band

Frühling läßt sein blaues Band
Wieder flattern durch die Lüfte
Süße, wohlbekannte Düfte
Streifen ahnungsvoll das Land
Veilchen träumen schon,
Wollen balde kommen
Horch, von fern ein leiser Harfenton!
Frühling, ja du bist’s!
Dich hab ich vernommen!

Eduard Mörike (1804-1875)

    null

j’essaie de traduire : Le printemps fait à nouveau flotter son ruban bleu dans les airs. Des parfums doux, familiers, planent, pleins de messages, sur la campagne. Les violettes rêvent déjà, veulent venir bientôt. Ecoute, au loin le léger son de harpe ! Printemps, oui, c’est toi ! Je t’ai entendu !

    null

    Arthur Hughes, Amy, 1853-1859, art museum Birmingham

Cette figure féminine, son nom Amy est gravé sur le tronc, de bleu pourpre vêtue, est une étude pour ce tableau-ci :

Le velours crocus du paletot est une ode au printemps. Oui, printemps, c’est bien toi !

    null

mon coeur pétille avec les jonquilles

    null

Daffodils (1804)

I wandered lonely as a cloud
That floats on high o’er vales and hills,
When all at once I saw a crowd,
A host, of golden daffodils;
Beside the lake, beneath the trees,
Fluttering and dancing in the breeze.

    null

Continuous as the stars that shine
And twinkle on the milky way,
They stretched in never-ending line
Along the margin of a bay:
Ten thousand saw I at a glance,
Tossing their heads in sprightly dance.

    null

The waves beside them danced, but they
Out-did the sparkling leaves in glee;
A poet could not be but gay,
In such a jocund company!
I gazed—and gazed—but little thought
What wealth the show to me had brought:

    null

For oft, when on my couch I lie
In vacant or in pensive mood,
They flash upon that inward eye
Which is the bliss of solitude;
And then my heart with pleasure fills,
And dances with the daffodils.

    null


William Wordsworth
(1770-1850), recueil Poèmes familiers.

The daffodils, les jonquilles, éblouissent le poète.
 » Je me promenais solitaire comme un nuage qui plane au dessus des vallées et collines, quand tout d’un coup je vis une foule de jonquilles dorées près du lac, sous les arbres, flottant et dansant dans la brise.  » ( première strophe )

Je connais la même ivresse dans mon jardin, ces milliers de daffofils me feraient presque parler en anglais !
Oh my god, ces vagues jaunes étincellent de toutes parts !

Comme dit le dernier vers du poème, et alors mon coeur se comble de joie et danse avec les jonquilles. Il jubile parmi les daffodils !

    null

Plantations

    null

    Louis Valtat, Glaïeuls et aconits, 1910, MNAM Paris

Les glaïeuls, j’en ai planté une centaine cette semaine. Et puis des dalhias, et des fraisiers !
Aujourd’hui le ciel arrose mes plantations, qu’il est gentil pour les jardins !

Mais le dos, ma bonne dame, le dos !
Quand on voit comment il est constitué, on comprend que le jardinage enraye sa mécanique !

    null

    Gravure de Jacques-Fabien Gautier-Dagoty d’une planche d’anatomie de Joseph Guichard-Duverney, musée de Philadelphie , page du musée

css.php