Le sourire du sommeil

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    Gerbrand Van Den Eeckhout, Berger endormi, dessin, Metropolitan Museum New York, page du musée ici.

Gerbrand Van Den Eeckhout fut un élève de Rembrandt, et même son préféré, son chouchou.
Ce jeune berger qui dort du sommeil des bienheureux me plaît et me rappelle des choses qui me laissent tout chose … null

Comme à Rembrandt, cet artiste est aussi mon préféré pour une raison très particulière, anecdotique, banale et personnelle … je raconte ou je ne raconte pas ??

C’était il y a trente-quatre ans, le 31 décembre 1975, j’étais encore une jeune fille très rangée, mes parents avaient invité un certain nombre d’amis et voisins pour le réveillon de la Saint Sylvestre. J’allais m’ennuyer à mourir, je ne connaissais personne, de quoi m’endormir à table ! null
Echanges de voeux et de banalités, j’ai toujours détesté ces fêtes de fin d’année.

A table en face de moi se trouvait un jeune homme au patronyme imprononçable, on lui demande quelle est l’origine de son nom.
– Flamande, répond-il à notre assemblée de Bretons. Il ajoute calmement qu’un peintre hollandais s’appelle ainsi, Gerbrand Van Den Eeckhout, et n’est pas dupe que le nom de cet artiste ne dira strictement rien à ses interlocuteurs.
– Oui, il a été un élève de Rembrandt et le maître l’aimait beaucoup, dis-je tout aussi modestement, parce que ce détail biographique n’allait pas enflammer la conversation …

mais enflammer le regard bleu de mon commensal.

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Il sourit comme dans un rêve, comme ce berger dans son doux sommeil, nos yeux se croisèrent soudain dans un atelier d’Amsterdam au XVIIème siècle, un artiste inconnu de tous, connu de nous seuls, nous unit à cet instant magique, pictural et léger null

Ce soir nous fêtons donc l’anniversaire de notre rencontre !

Champaigne et sommeil

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    Philippe de Champaigne, Le sommeil d’Elie, vers 1656, musée de Tessé Le Mans

La peinture de Philippe de Champaigne est captivante, après l’adoration des bergers, voici Le sommeil d’Elie, l’un des tableaux de cet artiste les plus demandés dans les expositions. J’ai visité le musée de Tessé il y a deux ans et il était absent, et pour cause, il se trouvait à l’exposition consacrée au maître qui eut lieu à Lille puis à Genève.

En cette période festive, Champaigne a de plus un nom de circonstance !

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Cette oeuvre décorait le réfectoire des bénédictines du Val-de-Grâce. Quelle grâce en effet de se restaurer devant un si beau tableau !
Elie est épuisé, il a bataillé durement pour une grande cause, réalisé des miracles, je n’entre pas dans les détails, il n’en peut plus et se repose.
Un ange vient le soustraire à son somme. Il lui dit :  » Lève-toi et mange !  »

null Dieu lui a préparé un pain et une cruche d’eau afin qu’il reprenne des forces.
Sobre et noble morceau de nature morte, Philippe de Champaigne est né le 26 mai 1602 à Bruxelles, son origine flamande se révèle dans ces détails admirables.

Champaigne va chercher la beauté partout où elle peut se loger, lignes majestueuses et à la fois retenues des drapés, harmonie de bleus, de gris-perle et de rose très poétique, réalisme délicat et sensible des visages et des mains, lumière caressante propice au sommeil, composition classique parfaitement équilibrée et gracieuse digne d’un ange, et paysage soigné rappelant aussi la peinture nordique …null

Le prophète Elie s’était rendormi dans ce cadre superbe après sa petite collation.
L’ange l’a à nouveau réveillé car une autre tâche l’attendait, un voyage de quarante jours et quarante nuits pour retrouver son peuple.

Le sommeil m’a assaillie toute la journée. Les fêtes de Noël m’ont épuisée, j’ai une telle envie de rester au lit que ma somnolence m’a inspiré un sujet de blogage pour les jours à venir : le dodo !

Le boeuf et l’âne de la crèche

null Le temps de Noël, la pluie à la fenêtre, senteurs, couleurs, poésie et belles histoires près du sapin null

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L’an dernier, le boeuf et l’âne m’avaient fait relire le poème  » La crèche  » de Charles Péguy recopié ici

Cette année, j’ai lu un conte de Jules Supervielle,  » Le boeuf et l’âne de la crèche  » . Super !
Ce conte est adorable, je répète les syllabes, a-do-ra-ble ! Jules Supervielle ( 1884-1960 ) n’est pas assez connu, ses contes sont très originaux, et le dialogue qu’il a imaginé entre le boeuf et l’âne devant l’enfant Jésus est particulièrement touchant.

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Le boeuf rumine ses soucis, il doit réchauffer l’enfant de son souffle aussi doucement que possible, mais il ne doit pas le blesser avec ses cornes. Pourquoi donc a-t-il de si grosses cornes ? Il n’est ni méchant, ni violent, ni venimeux, il ne souhaite de mal à personne mais ses cornes effraient tout son entourage. Il fait une prière à Jésus, dont les petites mains et les petons sont si minutieux, pour acquérir un peu de sa finesse et perdre ses cordes disgracieuses.

A l’aube, le boeuf se lève, pose ses sabots avec précaution, craignant de réveiller l’enfant, d’écraser une fleur céleste, ou de faire mal à un ange. Comme tout est devenu merveilleusement difficile !

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L’âne caresse l’enfant de ses oreilles en velours, mais il ne doit pas braire, il tuerait le bébé avec son cri !
Les bergers et les rois mages arrivent et derrière eux toutes sortes d’animaux, grands ou minuscules, laids, dangereux ou craintifs, la Vierge ordonne au boeuf et à l’âne de tous les laisser entrer car son fils est autant en sécurité dans la crèche qu’au plus haut du ciel.

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    Philippe de Champaigne, L’adoration des bergers, vers 1628, mba Lyon

Ce petit conte est une belle histoire d’animaux, chaque bête salue à sa façon le nouveau-né.
Joseph a vu le Seigneur en songe , lui annonçant qu’Hérode va venir les massacrer. Ils doivent fuir. L’âne, bien sûr, est de la plus grande utilité, mais le boeuf est vieux, épuisé. Il reste dans la crèche et s’éteint. Sa fin de vie fut merveilleuse.

Jules Supervielle, L’enfant de la haute mer ( recueil de contes ), 1931.
Folio n°252.

La sainte nuit

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    Carlo Maratta ( 1625-1713 ), La Sainte Nuit, Gemäldegalerie Dresden

Souvenirs du musée de Dresde pour évoquer Noël. Ce tableau compte parmi les toiles les plus copiées dans la Gemäldegalerie de Dresde.
L’enfant est la source de lumière, il caresse de son tendre rayonnement les visages de Marie et des anges.
Anges savoureux comme la ville de Dresde en est habitée de toutes parts !

Maratta est un artiste du baroque romain tardif, et il a été inspiré par La Sainte Nuit du Corrège qui se trouve également conservée au musée de Dresde, et dont il a isolé le groupe de la Vierge et l’enfant :

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    Antonio Allegri da Correggio (1489-1522 ) La Sainte Nuit, vers 1522-30, Gemäldegalerie Dresden

De l’enfant jésus irradie toute la sainte lumière et ce flot lumineux surprend, effraie les bergers et même l’âne au regard inquiet.
Lors de ma visite dans le musée, cette lumière divine m’avait soudain arrêtée et éblouie, je voulus photographier le tableau, mais des dames papotaient devant l’oeuvre sans vouloir bouger, plus fascinées par l’écran de leur portable que par la peinture du Corrège. C’est amusant d’observer aussi les visiteurs dans un musée.

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Le tableau du Corrège se trouve ainsi au coin gauche de l’entrée vers la salle de la Madone de Saint Sixte.
La Sainte Nuit du Corrège entra dans les collections en 1746 et fut considérée comme l’oeuvre la plus fameuse du musée jusqu’en 1800, année où la Madone de Raphaël, arrivée dans les collections en 1754, la dépassa définitivement dans l’échelle de la renommée.

Noël aquatique

null 27 décembre 2009

null Sainte famille ou bain des otaries ? L’actualité se bouscule.

null Je choisis d’évoquer en premier le traditionnel fait d’hiver du pays de Fouesnant ( Bro Foen )

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Ce matin, 11heures, tension dramatique dans le ciel pour des sensations fortes

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Couleurs si contrastées qu’on pourrait soupçonner une retouche des photos, mais non, le ciel sait faire tout seul son show en technicolor !

null Lever de rideau pour le départ imminent

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null sous haute surveillance

pour affronter l’écume des derniers jours de l’année

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Photographe en tenue null

1-2-3- plongez ! null

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L’eau est à 8° si j’ai bien entendu

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Le soleil brille fraîchement et la clameur salée des frissons ricoche sur l’onde

null APN waterproof certainement null

Un brin d’humour dans ce bain de bonne humeur

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Et voilà, mesdames et messieurs les baigneurs, pour votre sécurité la durée du bain sera limitée à quinze minutes ! Pour une année de souvenirs vivifiants jusqu’à la trempette 2010 !

Noël brique

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Albrecht Altdorfer ( vers 1480-1538 ), Nativité, vers 1513, Gemäldegalerie Berlin

Noël

Le ciel est noir, la terre est blanche ;
– Cloches, carillonnez gaîment ! –
Jésus est né ; – la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées
Pour préserver l’enfant du froid ;
Rien que les toiles d’araignées
Qui pendent des poutres du toit.
Noël

Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l’échauffer dans sa crèche
L’âne et le boeuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s’ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le choeur des anges
Chante aux bergers :  » Noël ! Noël !  »


Théophile Gautier
, recueil Emaux et camées

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Martin Schongauer ( vers 1450-1491 ), Nativité, vers 1480, Gemäldegalerie Berlin

Mon article d’hier, on l’a peut-être remarqué, faisait allusion aux vers de Gautier, alors voici son poème de Noël. Hasard du blogage et erreur de photographe, hier en regardant l’une de mes photos, mal cadrée et oblique, du phare de La Perdrix à l’Ile Tudy ( non loin de chez moi en Finistère ), je me suis dit devant le phare maladroitement incliné : la Vierge penche !

Deux tableaux souvenirs de l’inoubliable Gemäldegalerie de Berlin illustrent ce poème.
Le premier, du peintre allemand Altdorfer, est tout petit, 36,6cm x 26cm, d’une beauté minutieuse et remarquable. L’étable est une pauvre ruine abandonnée, laissant ébouler une géométrie poétique et moderne de briques rouges, et au milieu de ces entrailles de bois et de terre cuite se produit le merveilleux mystère.

Altdorfer subit l’influence du peintre de Colmar Schongauer au moyen des gravures.

Autre exemple de l’influence de Schongauer :

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    Région de Colmar, Nativité, vers 1510, Louvre, notice sur cette page.

Aujourd’hui, la pluie coud ses perles aux fenêtres, mais chantons comme les anges, Noël, Noël, Noël !

Noël bleu

null 25 décembre 2009

Promenade de Noël null

null dans l’Ile Tudy

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Noël est venu !

Le ciel est bleu, la mer est pervenche;
– Cloches, carillonnez gaîement !-
Jésus est né. – Les mouettes penchent
Sur lui leur vol charmant.

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Noël bleu, noël marin null

null Noël, des ailes, des ailes ! de goélands, ou de perdrix !

Avent, avant la naissance

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Piero della Francesca, Madonna del Parto , vers 1455, musée de Monterchi en Toscane
La page wikipedia consacrée à cette fresque est ici.

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Peintures de la Vierge enceinte exposées au Dommuseum de Salzburg en décembre 2006, consulter la notice de l’exposition ici.

Les représentations de la Vierge enceinte sont plus fréquentes en sculpture, on en rencontre dans les églises, mais en peinture, l’image est rare.
Ce réalisme étonne. Dans les tableaux du Nord l’image de l’Enfant Jésus apparaît pour bien signifier que le verbe s’est fait chair dans le ventre de Marie.
Dans la fresque de Piero della Francesca, la Vierge, belle et jeune maman, entrouvre sa robe et montre la blancheur de son jupon comme un rayon de lumière dans le ciel bleu. Elle a l’air triste, elle sait quel destin attend son enfant, les grenades sur le baldaquin symbolisent la Passion.

Le temps me manque, l’accouchement est pour très bientôt, j’ai beaucoup à faire encore !

Noël en escalier

Weihnachten
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Markt und Straße steh’n verlassen,
still erleuchtet jedes Haus;
sinnend geh ich durch die Gassen,
alles sieht so festlich aus.

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An den Fenstern haben Frauen
buntes Spielzeug fromm geschmückt,
tausend Kindlein steh’n und schauen,
sind so wunderstill beglückt.

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Und ich wandre aus den Mauern
bis hinaus ins freie Feld.
Hehres Glänzen, heil’ges Schauern,
wie so weit und still die Welt!

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Sterne hoch die Kreise schlingen;
aus des Schnees Einsamkeit
steigt’s wie wunderbares Singen. –
O, du gnadenreiche Zeit!

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Joseph von Eichendorff 1788 – 1857

Voici l’un de mes poèmes de Noël préférés.
Il est beau comme une musique.
Bien sûr, on n’en comprend pas forcément le contenu, le poète dit tout son émerveillement en ces jours de Noël, il traduit si bien ce qu’on appelle l’esprit de Noël, cette ambiance frémissante et douce, empreinte de sainteté et de fête, de lumière et de silence, le coeur bondit de joie et se recueille à la fois. Moment magique, où les mamans décorent pieusement les fenêtres devant les enfants émerveillés, où la neige illumine et vide les rues et les champs pour les plonger dans un état de grâce que seul Noël fait naître.
Eh bien chez moi la neige fait place à une pluie diluvienne terne et bruyante, et j’ai décoré mon escalier qui est naturellement très moche, j’y ai mis mon âme d’enfant, Noël est aussi fait pour cela.
Bons préparatifs à chacun !

Décoration légère

null anciennes décorations de Noël conservées au V&A Museum de Londres

Il y a dix ans, c’était en décembre 1999, j’ai eu le bonheur de passer une douzaine de jours à Stuttgart, en pleine ambiance de Weihnachten, marché de Noël fabuleux, trottoirs enneigés, mélanges parfumés uniques et joyeux de vin chaud, saucisses grillées et Bratapfel, et découverte d’un autre marché, les puces …

null J’eus la surprise de voir dans ce marché aux puces plusieurs brocanteurs vendant des décorations de Noël qui avaient eu certainement de nombreux sapins à leurs compteurs.

null Ces décos de verre soufflé avaient perdu de leur clinquant, pris bien des taches de rousseur sous le soleil des bougies d’autrefois, et présentaient un je-ne-sais-quoi de tristesse qui , à l’époque, me déplaisait. Je préférais de loin l’éclat du neuf.

null Leur prix fut aussi pour moi une grande surprise. Ces petites antiquités désuètes coûtaient très cher !
J’appris que des collectionneurs les recherchaient avec passion et une bonne bourse.
Forcément, leur fragilité fait leur rareté qui fait donc grimper leur valeur. Un prix que je n’aurais pas eu envie de mettre dans ces ternes reflets de Noëls anciens.

null Et puis voilà que cette année, en novembre dans un vide-grenier, j’ai acheté cette vieille flèche de sapin qui a vécu quelques dizaines de décorations au sommet !

Je l’ai achetée un demi euro, pas comme en Allemagne, et j’étais émue. On vieillit, on change . Son charme piqué et jauni de vieux miroir au tain fatigué m’a attendrie.

null Autrefois en Allemagne, pays d’origine du sapin de Noël, on décorait l’arbre avec des choses naturelles, de pommes de pin, des pommes de pommier, des jouets en bois … leur poids faisait ployer les petites branches du sapin qui perdait rapidement de sa superbe.

null Et puis vers 1830 en Thuringe, les souffleurs de verre eurent l’idée de créer des décorations pour le sapin en verre qui avaient l’avantage d’être très légères.

null Cette année, j’ai décidé de ressortir d’anciennes boules en papier mâché ornées de décalcomanies, elles ont le style victorien, mais ce sont toujours des décos anglo-saxonnes, d’ailleurs c’est l’époux de la reine Victoria, Albert, qui a importé en Angleterre le sapin des Noëls de son pays. Merci Prince Albert !

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