Ouvrages d’été

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Berthe Morisot, Lecture, 1873, MFA Cleveland

La FAF ne travaille pas, c’est connu, s’ennuie, lit parfois, s’occupe un peu, et tue le temps en montrant ses créations à ses copines de blogue !
Eh bien aujourd’hui, grillon du foyer se livre, en compagnie de Berthe Morisot, au reposant et délicieux plaisir de bloguer façon couture-popote-et-tricotage ! … ou tricot et papotage 🙂

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Berthe Morisot, Femme cousant au jardin, 1884, NG of Scotland Edimbourg

null Un sac estival que j’ai tricoté en lacet de coton …

Petit détail de bord de mer null

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Berthe Morisot, Pasie cousant dans le jardin, 1881-82, mba Pau

null Un coussin brodé … j’ai laissé traîner cette broderie pendant trois ans, ça n’avance pas, les 2CV ( ! ) , et puis je l’ai enfin terminée pour une de mes filles qui habite fort loin de la Bretagne !

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L’été est une haute saison pour la cuisine. Prévoir de multiplier les proportions par cinq au moins !

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Berthe Morisot, Dans la salle-à-manger, détail, 1886, NG Washington

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null Berthe serait d’accord avec moi, il faut ajouter sa petite touche personnelle dans le beurre persillé qui sert à farcir les coquillages, palourdes, praires ou escargots …

null A la grosse botte de persil j’ajoute deux échalotes, un oignon blanc nouveau, deux petites gousses d’ail, quelques pincées d’herbes de Provence, du poivre …

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    Berthe Morisot, Femme au jardin, 1882-83, Art Institute Chicago

La faf au jardin en été a de quoi faire … en ce moment il est tout bleu, bleu hortensia et bleuet !

Dessert de myrtilles … null

… à tous les repas !

null Grillon peut envoyer sa recette de tarte aux myrtilles aux lecteurs qui le souhaitent !

Assez pour aujourd’hui, repos dans la chaise-longue, et grand merci à Berthe Morisot qu’on peut retrouver sur ce billet d’hiver !

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    Berthe Morisot, Jeune femme sur un divan, vers 1885, Tate Gallery Londres

Linge étendu par les bras roses de maman

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Devant du linge étendu par ma mère , au village

À Victor Groulhard

Linge étendu par les bras roses de maman !

Primitive épreuve de la cuve aux cendres de sarment …
Oeufs à la neige de savon …
Franches gifles du battoir …
Décisives caresses du puits …
Très dure corde allant de l’azerolier à ce trophée d’oreilles d’éléphants que semble le figuier …
Puis les épingles tutélaires …
Enfin, sur toutes ces candeurs flottantes, les lingots subtils du soleil vierge …

Linge étendu par ses bras roses !

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Hosties …
Lins d’aubes …
Nénuphars de brise …
Pages de pâquerettes …
Pans de lune …
Parchemins aux vignettes d’insectes …

Linge étendu par ses bras roses !

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Ingénue senteur de la lessive …
Cela monte ouvrir le colombier des souvenirs …
Et l’on perçoit des gestes blancs de revenants dans les mirages du jadis …
Et l’on savoure le bon lait des bercails révolus …

Linge étendu par ses bras roses !

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Car c’est l’exposition des oeuvres simples des Mamelles de ma maison …
Etats d’âme de mes aïeules entre le laurier-rose et l’olivier ! …
Fil, émanais-tu de la quenouille ou des bandeaux sortis des capelines ? …
Serviriez-vous de trousseau à la postérité, vénérables cheveux d’antan ? …

Linge étendu par ses bras roses !

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Ô ces doigts de grand’mères sur ces balèvres de grand’mères ! …
Salive laborieuse, est-ce toi qui dégoulines de ces toiles sur les verveines et sur les pastèques ? …
Braves fées qui filiez en songeant sous la treille l’été, l’hiver devant le feu de ceps, vos rêveries sont-elles pas restées entre les mailles ? …

Linge étendu par ses bras roses !

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Ô langes …
Ô tabliers …
Ô rideaux …
Ô nappes des festins de famille où le plus vieux lit la prière …
Ô draps mis aux croisées lorsque passe la Vierge …
Ô suaires …

Linge étendu par ses bras roses !

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Poème de Saint Pol-Roux, recueil La rose et les épines du chemin

Les toiles accrochées au fil de cette poésie sont dans l’ordre :

  • Renoir, Blanchisseuse, vers 1877-79, Art Institute Chicago
  • Emile Claus, Journée ensoleillée, 1899, mba Gand
  • Frederick Vinton, Blanchisseuse, MFA Boston
  • Ernest Meissonier, Les blanchisseuses à Antibes, 1869, musée d’Orsay
  • Berthe Morisot, Paysanne accrochant du linge, 1881, Ny Carlsberg Glyptotek Copenhague
  • Camille Pissaro, Femme étendant du linge, 1887, musée d’Orsay
  • Gustave Caillebotte, Linge étendu au bord de la Seine au Petit Gennevilliers, 1888, Wallraf Richartz Museum Cologne
  • Au musée

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    Petit tour au musée. Les grandes vacances permettent d’y respirer ce calme qui se fait rare dans la maison bien remplie au coeur de l’été. On vient y chercher une plage de sérénité plus reposante que celle du rivage. On y découvre d’autres bords de l’eau non moins ravissants.

    Le musée des beaux arts de Quimper, cet été, resplendit de tous ses trésors bretons.
    Son site est ici.

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    La peinture et la sculpture d’inspiration bretonne et des collections du musée sont particulièrement bien mises en valeur cet été, et la balade en art breton est un régal des yeux.

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    Le drap de lin vendu au marché ou brodé par les petites mains agiles séduit forcément les passionnées du linge ancien

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    null Les salles du musée ouvrent leurs fenêtres sur la cathédrale, il s’établit une belle communion entre les oeuvres d’art et l’architecture

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    On croise un sourire angélique. Ah, les musées sont si doux à l’âme ! C’est là qu’il faut venir prendre son bain relaxant aux huiles essentielles, elles sont si précieuses !

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    Camaïeux de bleus par Maufra

    null La meilleure lotion

    calmante pour les yeux null

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    Musée clair et lumineux où il fait toujours beau

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    Nous découvrons la jolie surprise d’un tableau de Gauguin prêté par Orsay,

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    mais le plus épatant, pour ma gourmandise personnelle, ce sont les dessins d’Emile Bernard, exceptionnellement sortis de l’obscurité nécessaire du musée :

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    Je suis allée plusieurs fois au musée ce mois-ci et l’ambiance de béatitude qui m’enveloppait m’a incitée à prendre des photos, clic clac, comme ça au hasard des bonheurs croisés à chaque coin de salle, j’ignorais que je bloguerais …

    Mon émerveillement s’est piqué d’une petite interrogation …
    Voici des tickets d’entrée agrémentés de tableaux du musée, je les ai scannés et placé à côté d’eux l’oeuvre correspondante du musée :

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    Un été plein de fantaisie qu’il faut aller savourer au musée !

    Un peintre de la femme

    Ah, le plaisir de feuilleter de vieux magazines qui dégagent tant de charme suranné et une odeur de renfermé !

    Aujourd’hui, une double page de la Vie Heureuse, actualité artistique !

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     » Un des meilleurs portraitistes des femmes du monde en France va s’éloigner de Paris, et porter à Rome, en même temps que sa courtoise urbanité, son art éblouissant. Carolus Duran est, on le sait , nommé directeur de la villa Médicis.
    Seule en cet échange, la Parisienne perd un admirateur et un chroniqueur de son élégance. « 

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     » Après les blondes et les brunes aux chairs nacrées sur des fonds rouges – Parisiennes de Paris ou Parisiennes de New York et de Londres – le maître fixera du bout de son pinceau la beauté de la mondaine Romaine. A voir la personnalité de l’artiste dans ses figures de grandes dames septentrionales, à constater le renouvellement qu’il apporta par l’émotion de sa facture, la clarté de sa couleur, la pénétrante distinction de son style dans ses toiles lumineuses, dont la série commence avec la célèbre Femme au gant ( musée du Luxembourg ) et Femme au chien ( musée de Lille ) pour aller jusqu’au portrait de madame Castellane exposé naguère ; à ce souvenir que Carolus Duran nous sauva, dans sa jeunesse, des glaciales effigies de Cabanel, il est permis d’attendre encore beaucoup de sa féconde maturité et de prévoir que ce séjour à l’étranger donnera de nouveaux chefs-d’oeuvre dans l’art de peindre. « 

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    Dans ce numéro de la revue  » La Vie Heureuse  » de janvier 1905, on apprenait donc que la femme au gant se sentait abandonnée par son auteur, délaissée comme ce gant qu’elle a fait tomber au sol.

    Les mondaines devront désormais traverser les Alpes pour faire immortaliser leur gracieuse beauté au coeur des splendeurs de la Ville éternelle.

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      Carolus Duran, La dame au gant, 1869, musée d’Orsay , commentaire sur cette page

    Cette dame au gant était l’épouse du peintre lillois.
    Carolus Duran ( 1837-1917 ) restera de 1905 jusqu’en 1913 à l’Académie de France à Rome.
    Les reproductions des oeuvres, jadis en noir&blanc sur papier glacé, se retrouvent maintenant en couleurs sur le web !
    Le musée du Luxembourg précédait le musée d’Orsay dont la création ne sera décidée que soixante-dix ans plus tard.

    La femme au chien, toujours conservée au palais des beaux arts de Lille, peut se voir sur cette page

    Madame Feydeau sans son chien, mais avec ses enfants :

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      Carolus Duran, Madame Feydeau et ses enfants, 1897, musée national Tokyo

    Voici en couleurs une autre dame de la revue :

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    1889, musée du Petit Palais Paris

    Cet artiste qu’on a considéré comme un personnage fastueux, très pénétré de sa valeur, et qui en réalité, selon la revue que j’ai sous les yeux, était toujours d’une bienveillante cordialité et d’une grande dignité ( sans oublier d’une courtoise urbanité 🙂 ), fut en effet le peintre des femmes du monde aisé et celles-ci trônent maintenant dans les musées du monde entier.

    null Portrait d’Emily Warren Roebling, 1896, Brooklyn museum New York

    null Portrait de Nadezhda Polovtseva, 1876, Ermitage Saint Pétersbourg

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      Mademoiselle de Lancey, 1876, musée du Petit Palais Paris

    Fraîcheur

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      Gustave Courbet, Le ruisseau du Puits-Noir, vers 1855, Art Institute Chicago

    La terre ne tremble pas sous juillet chez nous aujourd’hui, elle s’endort sous la brumisation muette et argentée d’un ciel larmoyant, les enfants sont allés voir les derniers drames existentiels d’Harry Potter, et je lis douillettement la revue Côté Est parce que j’habite dans l’ouest et que les contrées opposées et lointaines exercent toujours une infrangible attirance.

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      Gustave Courbet, La jeune baigneuse, 1866, Met New York, voir les Courbet du Met sur cette page.

    Voici un beau poème de l’été à la campagne, qui me fait songer au Jura de Courbet, à la Loue, viride comme le cresson, fraîche et rieuse, sauvage, si bucolique qu’on y verrait s’amuser quelque nymphe ingénue.

    Je sais quand le midi leur fait désirer l’ombre

    Je sais, quand le midi leur fait désirer l’ombre,
    Entrer à pas muets sous le roc frais et sombre,
    D’où parmi le cresson et l’humide gravier
    La naïade se fraye un oblique sentier.
    Là j’épie à loisir la nymphe blanche et nue
    Sur un banc de gazon mollement étendue,
    Qui dort, et sur sa main, au murmure des eaux,
    Laisse tomber son front couronné de roseaux.

    André Chénier, recueil : Poésies Antiques

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      Gustave Courbet, La source, 1862, Metropolitan New York

    Il pleut doucement, la maison est très calme, Harry Potter doit vivre des tourments inexorables, inextricables et fantasmagoriques, et je me sens bercée de paresse et poésie.

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      Gustave Courbet, Le hamac, 1844, Fondation Oskar Reinhart Winterthur

    L’odorat

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      La tapisserie de la Dame à la Licorne, L’Odorat, entre 1484 et 1500, musée de Cluny Paris

    La saison de l’été agite le corps et l’esprit dans tous les sens. La nature épanouie flatte tous nos sens, et celui de l’odorat est peut-être le plus étrange, ambigu, délicat et subtil.
    L’été, les foins coupés, les lavandes récoltées, les brassées de roses, les draps séchés au grand air, les confitures …
    Saison estivale, saison des amours, les cinq sens s’émoustillent et provoquent le désir.

    L’odorat est symbolisé dans l’art par les fleurs, ou une pipe, un cadavre … et les tentures de la Dame à la Licorne apportent l’une des plus élégantes représentations.

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    Les six tentures représentent les cinq sens plus un : le sixième sens, intitulé «  A mon seul désir  » est le sens de l’amour.
    Photos et descriptions sur cette page.

    Il faut avoir visité le musée de Cluny, musée national du moyen-âge, et s’être assis au milieu de la salle circulaire exposant ces fabuleuses tapisseries pour avoir au moins l’un de ses sens pleinement caressé, comblé de bonheur : la vue.

    Quelle beauté ! null

    L’ouïe et la vue étaient considérées comme des sens nobles au moyen-âge, l’odorat, le goût et le toucher passaient souvent pour des sens grossiers, et l’odorat était le plus controversé et suspect ( rien qu’en prononçant cet adjectif, on n’en doute pas ! lol ! ) .

    Les cinq sens entrent en jeu dans l’aventure amoureuse:
    La vue est le déclic du coup de foudre, fait naître le charme, aimante le regard, emballe l’imagination.
    L’ouïe rend sensible au magnétisme inexplicable de la voix.
    Le goût trouve toute sa jouissance dans le baiser aux investigations de plus en plus prolongées.
    Le toucher avertit au premier contact, fait passer du frémissement jusqu’à l’explosion charnelle de l’étreinte.
    Quant à l’odorat, son rôle dans le rapprochement des sexes est immense, universel, incontrôlable, mystérieux.

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    Olfaction, action, réaction !

    Poètes et écrivains ont longuement exploré le domaine des odeurs, surtout amoureuses.

    Charme profond, magique, dont nous grise
    Dans le présent le passé restauré !
    Ainsi l’amant sur un corps adoré
    Du souvenir cueille la fleur exquise.

    De ses cheveux élastiques et lourds,
    Vivant sachet, encensoir de l’alcôve,
    Une senteur montait, sauvage et fauve,

    Et des habits, mousseline ou velours,
    Tout imprégnés de sa jeunesse pure,
    Se dégageait un parfum de fourrure.

    Extrait du poème de Baudelaire, Le Parfum, oeuvre que je préfère de loin au livre de Patrick Süskind !

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    L’odorat fut longtemps un allié précieux du médecin, il l’est encore, les maladies ont une odeur, et autrefois on attribuait aux parfums un pouvoir assainissant. Il y avait des  » parfumeurs  » publics qui désinfectaient les villes contaminées par la peste en répandant des poudres fumigènes parfois si agressives qu’on mourait asphyxié !
    La peste, à cause de son odeur, a donné le mot  » empester « , qui signifie sentir très mauvais.

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    En français, le verbe sentir désigne les deux actions : percevoir l’odeur ou générer une odeur.
    Et l’odorat est le sens qui sent, le sens le plus sensuel en somme.

    Parfums d’alcôve, doux, perfides, entêtants, arôme des liaisons dangereuses …
    Ou bien gifles de Cologne après la douche, ah la Siebenundvierzig Elf, ma Kölnisch Wasser préférée, instant divin de la toilette !

    Allez, je retourne au jardin, je dois couper les roses fanées au parfum évanoui de sachet éventé !

    Un féminin à  » Auteur  »

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    Walter Goodman, La vitrine du brocanteur, vers 1882, Memorial Art Gallery University of Rochester

    L’été est la haute saison de la brocante. Quel plaisir de bibeloter, de laisser ses yeux surfer sur la toile étendue à terre et constellée de curiosités pas toujours esthétiques !
    J’ai ainsi trouvé dernièrement des reliures d’une revue centenaire, années 1905 et 1907, de  » La vie heureuse  » qui semble être l’ancêtre du magazine  » Points de vue & Images du monde  » .

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    En mai 1905, une question était soulevée, déjà ! et elle reste encore sans solution aujourd’hui : le féminin du mot auteur.

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    Avec beaucoup de sagesse et de modestie, les femmes qui écrivent s’adressèrent aux philologues :elles prièrent ces hommes savants de leur donner un nom. Et on vit alors quel laborieux ouvrage c’est de construire un simple petit féminin.

    Il faut dire autrice, dit M. Antoine Thomas. C’est le féminin des noms de formation savante en teur .

    On consulta ensuite M. Rémy de Gourmont :  » il faut dire auteresse, dit-il, c’est une forme plus ancienne et plus française.  »

    On dit que Mme de Noailles penchait pour auteresse.

    M. M. Bréal défendait autoresse.

    Fallait-il choisir autrice comme admiratrice, auteresse comme défenderesse, auteuse comme chauffeuse ?

    On s’adressa à M. P. Meyer. On s’attendait aux solutions les plus hardies. Après réflexion, il conseilla de dire simplement femme-auteur.

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    Colette, Photo de Rosa Klein, 1947, MNAM Paris

    L’article conclut ainsi :

    Avec beaucoup de goût, les femmes-auteurs, puisque c’est ainsi qu’il faut les nommer, se rangèrent à son avis.Et ce n’est point si petite chose : elles ont sacrifié le plaisir d’avoir un nom au respect de la langue et au désir de ne pas offenser les grâces ; les grâces le leur rendront.

    AU XXIème siècle, l’heure n’est plus au sacrifice, et le mot féminin idéal se cherche encore ! Et l’avis de grillon au hasard ? Une femme-auteur peut être une conteuse, alors pourquoi pas auteuse … mais, hum, la femme-auteur dont les récits sont ennuyeux sera vite qualifiée de  » barbauteuse  » !

    Bastille day

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      Childe Hassam, 14 juillet rue Daunou, 1910, Metropolitan museum of art New York, notice du Met sur cette page .

    Comme l’indique le musée, Childe Hassam ( 1859-1935 ) fit un voyage en Europe durant l’été 1910, et passa deux semaines à Paris, ville qu’il décrit dans une lettre à un ami comme étant sale et bruyante. Il peignit cette vue plongeante, animée et colorée, sur la rue Daunou à partir d’un balcon de l’hôtel Empire.
    Le  » Bastille day  » de cette ville aux multiples défauts, dans laquelle apparemment il n’y aurait pas de quoi pavoiser, donna tout de même une belle impulsion à ce peintre qui réalisa ensuite de magnifiques séries de drapeaux pendant et après la première guerre mondiale.

     » Allies Day « , mai 1917, null

    National Gallery Washington, notices et détails sur cette page.

    Un clair jour d’été

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      Alfred Sisley, La Seine à Billancourt, 1879, Kunsthalle Hambourg

    Donc, ce sera par un clair jour d’été

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    Donc, ce sera par un clair jour d’été ;
    Le grand soleil, complice de ma joie,
    Fera, parmi le satin et la soie,
    Plus belle encor votre chère beauté ;

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    Le ciel tout bleu, comme une haute tente,
    Frissonnera somptueux à longs plis
    Sur nos deux fronts heureux qu’auront pâlis
    L’émotion du bonheur et l’attente ;

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    Et quand le soir viendra, l’air sera doux
    Qui se jouera, caressant, dans vos voiles,
    Et les regards paisibles des étoiles
    Bienveillamment souriront aux époux.

    Paul Verlaine, recueil : La bonne chanson

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      Alfred Sisley, Le repos à la lisière du bois, 1872, musée d’Orsay

    Pour illustrer ce poème étincelant de beauté, des tableaux de Sisley, mon impressionniste français préféré je crois, avec Pissaro que j’aime tant aussi, et les toiles insérées au milieu des strophes sont :

  • Le canal Saint Martin, 1872, Orsay
  • Le chemin vers Hampton Court, 1874, Neue Pinakothek Munich
  • Sentier au bord de l’eau à Sahurs le soir, mba Rouen
  • Lundi-poésie ensoleillé et doux, silence bleu faïence de l’air soyeux, promesse d’une belle semaine d’été !

    La porte

    Fernand Khnopff ( 1858-1921 ) est cet artiste belge, symboliste et célèbre ( sa page wikipedia est ici ) qui a peint une rousse troublante, énigmatique :

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    F. Khnopff, I lock my door upon myself, 1891, Neue Pinakothek Munich

    Cette figure féminine accoudée à un piano, une table, ou un balcon imaginaire, paraît se glisser telle un hologramme entre un arrière-plan composé de lignes géomètriques de tons neutres et un premier plan horizontal d’un violet profond barré d’hémérocalles étranges.
    Le titre de l’oeuvre interroge également.
    La femme ferme sa porte sur elle-même. Est-ce à dire qu’elle s’isole dans son propre rêve ?
    La porte ne se distingue pas dans ce tableau mais elle est un élément architectural important dans l’oeuvre de Khnopff.

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      Fernand Khnopff, Portrait de Marie Monnom, 1887, musée d’Orsay, commentaire du musée ici

    Marie Monnom quittera son nom simple et palindrome en devenant madame Théo van Rysselberghe.
    On retrouve au mur le miroir circulaire.
    Cette femme, encore un peu étrange, assise devant un rideau cachant une porte, ou calée entre deux portes, est-elle isolée ou solitaire ?

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      Fernand Khnopff, Portrait de Marguerite Khnopff , soeur de l’artiste, 1887, Musées royaux Bruxelles

    Marie Monnom fait penser à la mère de Whistler quarante ans plus jeune, et ce tableau-ci rappelle par l’architecture et ses tons clairs ceux d’Hammershoi.
    Encore le miroir circulaire, lunaire, comme le point de l’interrogation.
    La porte vitrée est ornée d’un rideau, le mystère reste entier et encadre la silhouette blanche. D’où vient Marguerite, où va-t-elle ? On ne voit pas ses pieds.
    Enigme. C’est ça , le symbolisme.

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    Fernand Khnopff, Jeanne Kéfer, 1885, The Getty museum Los Angeles, notice du musée sur cette page.

    La porte de ce tableau à la fois surprenant et particulièrement émouvant ravivera peut-être en chacun cette pointe d’angoisse qui étreint le coeur d’un enfant quand il attend un petit peu trop longtemps sa maman. Et l’attente est rapidement trop longue quand on est un petit enfant.
    On a envie de partir tout seul, on refait le chemin de l’école dans sa tête, oui, on saurait rentrer à la maison comme un grand, mais on n’a pas le droit, on doit attendre la grande main ferme qui prendra la sienne, c’est l’heure des mamans, mais elle l’a oubliée, la gorge prend un goût amer d’abandon, une larme vient picoter la paupière … Ne bouge pas, elle va venir, dit le monsieur qui surveille la porte immense, cette lourde porte refermée car tous les autres enfants sont déjà partis avec leurs mamans …

    Le peintre a légèrement incliné le seuil de cette porte, il n’est pas horizontal dans le tableau, parce que tout n’est pas horizontal dans la vie, quelquefois les choses partent de travers, mais l’espérance est droite, fragile, grâcieuse comme cette petite fille.

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