L’essence des choses

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Petit intermède floral parmi les coiffes bretonnes et les caprices du temps… ces tulipes, au fond, ne sont-elles pas des coiffes végétales ?

null Elles souffrent de la pluie comme les dentelles amidonnées, les averses et coups de soleil successifs ont altéré leur fière raideur de duchesses en porcelaine de Saxe.

null Les tulipes, les roses, les pivoines, toutes les fleurs ont un quelque chose de textile, haute couture, travaillé comme une robe ou un chapeau, et ce grand atelier de modiste qu’est le jardin fait trotter l’imagination des petites mains brodeuses.

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Ces tulipes essoufflées de splendeur ourlent leurs pétales fatigués et adoptent la couture anglaise rabattue ! Je les observais l’autre soir et palpais des yeux leur tissu souple, satin lourd, drapé alangui et fatal comme dans une statue du Bernin. J’entendais de longues phrases de Rachmaninov !

null Leurs tons saturés, abondants, généreux font penser à ces anciennes tentures d’andrinople des sombres salons de grands-mères.

Je repensai au moment de la plantation null

c’était au début du mois d’octobre l’an dernier, j’avais acheté des bulbes avec ma fille aînée venue passer quelques temps à la maison. On ne la voit pas souvent, notre grande, elle habite si loin. J’ai donc ajouté en sa compagnie quelques rangées supplémentaires dans mon parterre de tulipes, strates chosifiées et colorées de la mémoire.
Ma fille partit, nous regardâmes disparaître sa vieille twingo bleue au bout de l’allée, mes plantations étaient fraîchement terminées et j’eus comme un bulbe de tristesse dans la gorge .

null L’hiver est passé sur les souvenirs, malgré des étiquettes plantées en terre au hasard et sans grande réflexion, j’avais oublié quelle couleur j’avais disposée à quel endroit. Mais le printemps a révélé les harmonies mauves recherchées, et rappelé des évènements …

null Peu après son retour au pays des tulipes, notre fille fut victime d’un grave accident de vélo. Six mois se sont écoulés et tout va pour le mieux après de pareilles blessures, elle cicatrise bien et j’avais presque oublié cet affreux moment quand la floraison des tulipes a réveillé en moi des torpeurs.

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La nature est belle et Dieu est bon, ma fille ne revient pas de son Brabant du Nord pour admirer mes tulipes ce printemps, mais je sais qu’elle va bien, et mes fleurs font la fête.

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L’essence intime des choses … c’est Proust, bien sûr, qui a donné un nom à cet état exalté ou recueilli, délicieux ou mélancolique, triste ou joyeux dans lequel la vue des choses nous transporte.

Spectacle rassurant

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Spectacle rassurant

Tout est lumière, tout est joie,
L’araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Ses rondes dentelles d’argent.

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l’étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux !

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La rose semble, rajeunie,
S’accoupler au bouton vermeil ;
L’oiseau chante plein d’harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil.

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Sa voix bénit le Dieu de l’âme
Qui, toujours visible au coeur pur,
Fait l’aube, paupière de flamme,
Pour le ciel, prunelle d’azur !

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Sous les bois, où tout bruit s’émousse,
Le faon craintif joue en rêvant ;
Dans les verts écrins de la mousse
Luit le scarabée, or vivant.

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La lune au jour est tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent ;
Tendre, elle ouvre ses yeux d’opale
D’où la douceur du ciel descend !

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La giroflée avec l’abeille
Folâtre en baisant le vieux mur ;
Le chaud sillon gaîment s’éveille,
Remué par le germe obscur.

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Tout vit, et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L’ombre qui fuit sur l’eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert !

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La plaine brille, heureuse et pure ;
Le bois jase ; l’herbe fleurit. –
Homme ! ne crains rien ! la nature
Sait le grand secret, et sourit.

Victor Hugo, Les rayons et les ombres ( 1840 )

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Le printemps resplendit, que de merveilles, quel temps éblouissant, oh oui le spectacle est rassurant, réconfortant 🙂 !
Le poème de Victor Hugo, intitulé  » Spectacle rassurant « , m’a semblé beau et de saison, et en le lisant j’avais plein les yeux les couleurs de van Gogh, ce que le poète n’aurait pas pu voir lui-même puisque presque tous ces tableaux ont été peints après sa mort, mais il me pardonnerait certainement cet anachronisme. Et Vincent van Gogh mérite toute la grâce des couplets de Victor Hugo plutôt que ma prose banale, alors pardon aux lecteurs qui n’aiment pas la poésie !

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Les tableaux de Vincent van Gogh sont, dans l’ordre d’apparition :

  • Plates-bandes en Hollande, vers 1883, NG Washington
  • L’herbage aux papillons, avril 1890, NG Londres
  • Verger en fleurs, 1888, NG of Scotland Edimbourg
  • Roses, 1889, Musée national Tokyo
  • Mlle Gachet dans son jardin à Asnières, 1890, musée d’Orsay
  • Sous-bois, juin 1890, Cincinnati Art Museum
  • Le jardin des poètes, 1888, Art Institute Chicago
  • Plaine vers Auvers, 1890, neue Pinakothek Munich
  • Champ sous un ciel d’orage, 1890, van Gogh museum Amsterdam
  • Le jardin de Daubigny, juillet 1890, Kunstmuseum Bâle
  • La pêche au printemps pont de Clichy, 1887, Art Institute Chicago
  • Berma-Darcy

    null Marcel Proust l’a dit :

     » En réalité, chaque lecteur quand il lit est le propre lecteur de soi-même  »

    Hier je faisais part, une fois de plus, de mon engouement pour un acteur de cinéma, et je n’éprouve pas de plus grande joie que de lire dans «  A la recherche du temps perdu  » la description exacte de mon émerveillement. Proust me transforme en lectrice de moi-même comme il le fait pour tous ses admirateurs. Ah, je le relirais sans cesse comme s’il cautionnait mes égarements !
    La Berma du narrateur est mon Colin Firth, Phèdre est mon Pride and Prejudice, Racine est ma Jane Austen ( ça rime 😉 ).

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    C’est tout de même troublant. Les sentiments sont complexes, si tordus qu’on ne sait les exprimer, et Proust a le génie de les décortiquer jusqu’à les rendre clairs, même quand il s’agit d’une  » fanitude  » , illumination proche de la folie, dont on ne saurait être fier et qu’on avoue parfois timidement.
    Marcel, eh oui, le narrateur de La Recherche s’appelle ainsi, of course 😉 , on découvre tout d’un coup son prénom dans la Prisonnière, laché par Albertine comme dans une de ses gaffes habituelles … Marcel a été déçu par son actrice fétiche, la Berma, la première fois qu’il l’a vue au théâtre, tout comme moi j’ai été déçue par Colin Firth quand je l’ai vu pour la première fois dans Le Journal de Bridget Jones.

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      Walter Sickert, The old Bedford, 1894-95, Fitzwilliam museum Cambridge

    Il a fallu que Marcel découvre l’admiration de Bergotte pour la Berma, pour qu’à son tour il s’ouvre les yeux et devienne fou d’elle.
    Bergotte et Berma me semblent associer leurs noms dans l’ineffable saveur de la bergamote ( une sotte idée de moi que je n’ai lue nulle part ) !
    Dans la même démarche, il a fallu que je découvre l’adaptation du roman de Jane Austen pour que j’apprécie au delà de toute espérance l’acteur jouant Mark Darcy. Il nous faut être initié par une tierce personne pour former un triangle des béatitudes.

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    Walter Sickert, The old Bedford – Oxford music hall, vers 1888, Art gallery of new south Wales

    Le narrateur écrit dans Le Côté de Guermantes que sa songerie donnait du prestige à tout ce qui pouvait se rattacher à elle.
     » Phèdre, la  » scène de la déclaration « , la Berma avaient alors pour moi une existence absolue.

    Diable, par quel hasard sublime c’est précisément la scène de la déclaration dans Pride and Prejudice transcendée par Colin Firth qui représenta pour moi aussi une sorte d’existence absolue ?!

     » Telle l’interprétation de la Berma était autour de l’oeuvre, une seconde oeuvre, vivifiée aussi par le génie. »

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    Mary Cassatt, Théâtre, pastel, 1879, National Gallery Washington

    Et puis vint le moment où le narrateur , à vrai dire, n’attachait aucun prix à cette possibilité d’entendre la Berma qui, quelques années auparavant, lui avait causé tant d’agitation.
     » Et ce ne fut pas sans mélancolie que je constatai mon indifférence à ce que jadis j’avais préféré à la santé, au repos. »

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      Mary Cassatt, Deux femmes dans une loge, 1881-82, National Gallery Washington

      J’en suis là maintenant, détachée de mon idole, et , c’est vrai, un rien mélancolique.
      Marcel est volage dans ses passions, il va s’enflammer pour madame de Guermantes, Oriane, qu’il finira par trouver fort méchante. Oriane, quelle classe ce prénom ! Chic comme Fitzwilliam !

    Se douloir

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    Il me revient quelquefois

    Il me revient quelquefois
    Ce refrain moqueur
    Si ton coeur cherche un coeur
    Ton coeur seul est ce coeur
    Et je me deux
    D’être tout seul
    J’aurais voulu venir dans une ville et vivre
    Et cela peut-être l’ai-je lu dans un livre
    Que toujours il fit nuit dans la ville
    Mais cela se songe seulement
    Et je me voudrais fuir
    Je voudrais l’inconnu de ce pays du soir
    Je serais comme un aigle puisqu’il n’y aurait pas
    De soleil à fixer
    Que seuls fixent les aigles
    Mais la nuit noire peut-être la lune maladive
    Mais les hiboux des soirs
    Ululant dans le noir
    Mais cela se songe seulement
    C’est pourquoi je me deux
    Qui sait ce qui sera
    Le grand sera toujours
    Le vil sera toujours

    Guillaume Apollinaire Le guetteur mélancolique

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    Ce poème d’Apollinaire sans ponctuation est un cri de douleur dans le noir. Et dans ce noir il fait de l’humour avec le verbe réfléchi  » se douloir « .
    Et je me deux d’être tout seul
    Il fallait l’inventer cette phrase ! Douloir sous-entend douleur, on comprend bien le verbe à l’infinitif. Mais la première personne au présent de l’indicatif est :  » je me deux  »

    Pour imiter Apollinaire, je me dis que même quand on est deux, pour faire nuit on éteint . lol !

    Sans ce recueil , null je n’aurais pas découvert ce verbe ancien, complètement inusité, introuvable dans le Bescherelle de la conjugaison, un mot inutile et seulement beau comme je les aime, qui n’existe plus que par la magie de la poésie .

    Vincent van Gogh a écrit :  » on ne saurait toujours dire ce que c’est qui enferme, ce qui mure, ce qui semble enterrer, mais on sent pourtant je ne sais quelles barres, quelles grilles, des murs. Sais-tu ce qui fait disparaître la prison, c’est toute affection profonde, sérieuse. Être amis, être frères, aimer, cela ouvre la prison par puissance souveraine, par charme très puissant. Mais celui qui n’a pas cela demeure dans la mort. »

    – Van Gogh, Portrait d’Eugène Boch, peintre belge, Septembre 1888, musée d’Orsay
    – Van Gogh, La nuit étoilée à Arles, 1888, musée d’Orsay

    Pluie encore

    Maurice Prendergast null Dames sous la pluie

    aquarelle, vers 1893-94, Museum of art Fort Lauderdale ( Etats Unis )

    Ce n’est pas l’aspect poétique de la pluie qui me fait bloguer aujourd’hui. C’est ma bêtise. Ma cervelle prend l’eau !
    Avant-hier, j’ai conduit l’auto doucement dans l’allée … c’est Dustin Hoffman qui dit ça dans  » Rain Man  » , et comme ce film au titre pluvial convient si bien à mon sujet, j’y pense tout d’un coup !

    Donc, j’ai pris l’Audi de mon mari, non, ça, c’est Alain Souchon qui le chante, moi, j’ai conduit sa Renault et mon fils, le passager de la pluie, a ouvert en grand le toit ouvrant. Toit ouvrant sur un ciel radieux.
    Et puis, à mon retour de courses, j’ai garé l’auto dans le jardin jusqu’au lendemain … le toit béant.
    Il a plu toute la nuit. On devine le résultat.

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    Gottfried Wilda, Equipage viennois au Prater sous la pluie, 1886, aquarelle, musée de la voiture Compiègne

    Mon étourderie a noyé les sièges, grippé le moteur qui aujourd’hui se compose de nombreuses connexions redoutant l’humidité …
    Je méritais une pluie de remontrances, un orage de colère de la part de mon mari, qui n’a pas autant crié que je le redoutais.

    La voiture aurait été décapotable, peut-être aurais-je pensé à remonter son toit pour la nuit ? Hum, je n’en suis même pas sûre, ma tête est une passoire, je n’ai pas une goutte de bon sens !

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    Cependant je suis ravie, au supermarché j’ai acheté un DVD, un film avec Colin Firth, et lui, il a le don de faire pleuvoir sur moi l’averse lumineuse et céleste de son sourire, il me liquéfie et je me répands dans un déluge de louanges …
    C’est tout, fermons le parapluie ! Bonne soirée !

    Pluie

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    Camille Pissaro, Le pont Boieldieu à Rouen sous la pluie, 1896, Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

        Il pleut doucement sur la ville
        Arthur Rimbaud

        Il pleure dans mon cœur
        Comme il pleut sur la ville ;
        Quelle est cette langueur
        Qui pénètre mon cœur ?
        0 bruit doux de la pluie
        Par terre et sur les toits !
        Pour un cœur qui s’ennuie
        0 le chant de la pluie !

        Il pleure sans raison
        Dans ce cœur qui écœure.
        Quoi ! nulle trahison ? …
        Ce deuil est sans raison.
        C’est bien la pire peine
        De ne savoir pourquoi
        Sans amour et sans haine
        Mon cœur a tant de peine!

        Paul Verlaine, Romances sans paroles

    Il pleut, il pleure, larmes de pluie, gouttes de chagrin, la langue française entremêle les dépressions atmosphérique et mentale dans des sons pleins de langueur pour le bonheur des poètes qui, comme Rimbaud et Verlaine, entremêlent leurs vers également. Et la langue française a donné, pour nous faire sourire sous la pluie, aux verbes plaire et pleuvoir le même participe passé !

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    Gustave Caillebotte, Bord de l’Yerres sous la pluie, 1875, University art museum Indiana

        Brumes et pluie

        Ô fins d’automne, hivers, printemps trempés de boue,
        Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
        D’envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau
        D’un linceul vaporeux et d’un vague tombeau.

        Baudelaire Première strophe du poème à lire en entier ici.

    Pluie, linceul vaporeux, morne grisaille … elle tombe en toutes saisons mais rappelle souvent l’automne de la vie. C’est étrange comme cette précipitation peut rendre l’âme alentie. Sa chute monotone fait couler l’humeur en pente douce, les idées dégoulinent, les pensées ruissellent, le glou-glou des gouttières berce la tête qui gargouille dans le gris du ciel.

    Les peintres ont chanté la pluie comme les poètes, en lui attribuant des lignes variables.
    Crachin vapeur chez Pissaro ou Monet, ronds dans l’eau pour Caillebotte, aiguilles d’acier bleu pour van Gogh.

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    Vincent van Gogh, Pluie à Auvers, 1890, national museum of Wales Cardiff
    La notice du musée est sur cette page.

    La pluie cinglante de van Gogh est particulièrement prenante. Je l’avais déjà montrée dans le tableau de musée de Philadelphie, revoir ici, et ce tableau de Cardiff est spécialement émouvant.

    Vincent van Gogh aimait beaucoup ce poème de Henry Wadsworth Longfellow ( poète américain , 1807-1882 )  » the rainy day  »

        The rainy day

        The day is cold, and dark, and dreary;
        It rains, and the wind is never weary;
        The vine still clings to the moldering wall,
        But at every gust the dead leaves fall,
        And the day is dark and dreary.

        My life is cold, and dark, and dreary;
        It rains, and the wind is never weary;
        My thoughts still cling to the moldering Past,
        But the hopes of youth fall thick in the blast
        And the days are dark and dreary.

    Verlaine avait peut-être aussi connu ce poème qui se rapproche beaucoup du sien, en des mots simples, longs et monotones comme des sanglots.
    Ce tableau est l’un des derniers de van Gogh, il mourut peu de temps après l’avoir peint. Il séjournait à Auvers en cet été 1890, et était très dépressif. Que c’est triste de se donner la mort en peignant d’aussi belles choses !
    Il a plu dans son coeur, il a plu dans son tableau, et il n’a pas su combien après lui il a plu, son tableau. Il pleuvait sur Auvers, une larme de trop sans doute pour son âme. Que cette pluie bleue sur la ville est belle et féconde pourtant !

    Lundi de Pâques

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    Joseph Wright of Derby, Lundi de Pâques à Rome, 1775-76, Walker art gallery Liverpool
    La notice du musée est sur cette page

    Joseph Wright me l’apprend, un feu d’artifice au château Saint-Ange à Rome se déroulait chaque année à Pâques, a-t-il encore lieu de nos jours, je ne sais pas, qui peut le dire ?
    Joseph Wright affectionne ces éclairages fantastiques, et peignit de nombreuses scènes nocturnes, j’en avais parlé en janvier ici.

    Comme la fête de Pâques se termine, j’arrête la série des oeufs peints pour cette année et montre en conclusion une éclosion toute proche !
    Des nids de Vincent van Gogh :

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    Vincent van Gogh, Nids d’oiseaux, 1885, Van Gogh Museum Amsterdam

    Van Gogh collectionnait les nids d’oiseaux, il en avait une trentaine tous différents. En 1885, il peignit cinq natures mortes avec des nids. Sa peinture était encore sombre mais son style clair allait éclore.

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    Vincent van Gogh, Nids d’oiseaux, 1885, Musée Kröller-Müller Otterlo

    Cuisine aux oeufs

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      Jean Siméon Chardin, Ustensiles de cuisine, Ashmolean museum Oxford

    Les oeufs agrémentent souvent la table de Chardin comme les lapins. Ils apportent une douceur satinée, ivoirine, presque mystérieuse d’encre sympathique et une rondeur pure de lettre carolingienne à l’écriture poétique de ses natures mortes de cuisine.

    J’ai montré plusieurs de ces tableaux l’an dernier, revoir ici, et comme on ne s’en lasse pas, voilà à nouveau quelques unes de ces félicités gastronomiques.

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      Jean Siméon Chardin, Ustensiles de cuisine avec poisson, poireaux, oeufs, 1734, MFA Cleveland

    La niche incurvée, la pierre de Comblanchien ( je suppose qu’elle vient de cette carrière, c’est une idée comme ça, parce que le Comblanchien va bien à la niche, lol ! ) sont la clef de sol de ces sonates mélancoliques et harmonieuses. Le pilon revient souvent en écho mat et assourdi, tandis que résonne longuement le cuivre dans le bruit familier de l’office à l’heure des repas.

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      Jean Siméon Chardin, Nature morte de cuisine, vers 1732, Institute of Art Detroit

    Il faut regarder ces tableaux dans le blanc des oeufs, c’est fascinant !
    La blancheur crèmeuse et tactile des coquilles exalte ces compositions d’une extraordinaire simplicité. C’est si difficile de faire simple et beau !


      Jean Siméon Chardin, Nature morte avec oeufs, fromage et pichet, MFA Philadelphie

    Bravo à madame Chardin pour l’ordre serein de sa cuisine !
    Et j’aime tellement la philosophie de théière de Chardin ! lol !

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      Jean Siméon Chardin, Dame prenant le thé, 1735, Hunterian museum Glasgow

    Oeufs du jour

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    Paul Cézanne, Nature morte avec pain et oeufs, 1865, Museum of art Cincinnati

    Quand les poules au printemps ne cessent de pondre, que le panier se remplit vite, il faut varier les recettes !

    null Winslow Homer, Chasse aux oeufs, aquarelle, 1874, Sterling and Francine Clark institute Williamstown

    null Anonyme, 19ème siècle, mba Bordeaux

    Pour changer de l’oeuf à la coque, brouillé, poché, ou en omelette, je le propose gratiné !
    Il faut cuire les oeufs durs.
    Pendant la cuisson, faire blondir des échalottes hachées dans une poêle dans un peu d’huile d’olive.
    Puis verser un pot de crème fraîche sur les échalottes et assaisonner de sel, poivre, thym et noix de muscade pour former une sauce.
    Ecaler les oeufs et les poser dans un plat, les recouvrir de la sauce, puis parsemer de chapelure.
    Mettre au four pour gratiner le dessus. Servir avec du chou-fleur par exemple.
    C’est un petit plat tout simple et délicieux !

    Oeufs de cygne

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    Comme la plume au vent …

    Encore une symphonie en blanc majeur aujourd’hui. Et quelle blancheur !

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    Cette aile en contre-jour, puissante et légère à la fois, d’une transparence éblouissante, appartient à un cygne :

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    Jan Asselijn ( vers 1610-1652 ) Le cygne menacé, avant 1652, Rijksmuseum Amsterdam
    Notice du musée sur cette page. En cliquant sous l’image on peut voir un bel agrandissement.

    Cet imposant et important tableau du Rijksmuseum mesure 144cm sur 171cm et montre donc un cygne plus grand que nature.
    Ce cygne est menacé par un chien dont on voit seulement la tête dans le coin inférieur gauche de la toile.

    null Ce chien frisé comme le caniche de Rembrandt convoite les oeufs du cygne.
    Au dessus de sa gueule féroce sont inscrits ces mots :  » de vijand van de staat «  , ce qui veut dire l’ennemi de l’Etat.
    Ce tableau veut apporter un message politique.

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    Entre les pattes du cygne est écrit :  » de raadpensionaris  » qui désigne le juriste influent au gouvernement. Ce juriste dont il est question est Johan de Witt qui gouverna les Pays-Bas en l’absence de staathouder à cette époque-là et défendit la Hollande contre les Anglais. L’ennemi symbolisé par le chien est donc l’Angleterre.
    L’emblême de la famille De Witt était le cygne blanc, et  » witt  » en néerlandais signifie  » blanc « .

    null Le nid en danger est la Hollande.

    Au dessus de lui menace aussi un nuage ocre d’orage.
    Sur un oeuf singulièrement plat est écrit  » Holland  » .

    Ce cygne impressionnant représente donc la résistance de son pays contre l’Angleterre.

    Jan Asselijn était français d’origine, né à Dieppe. On suppose que sa famille devait s’appeler Asselin ou Asselein.
    Il vécut sept ans en Italie au sein de la colonie des artistes du Nord de l’Europe, et après son retour aux Pays-Bas dans les années 1640 peignit surtout des paysages avec des ruines.
    Il avait dû également bien étudier les animaux, car ce cygne est d’une étonnante vérité, malgré sa grandeur hors-norme et toute symbolique.

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