Oeuf du jour

    null

Chasse aux oeufs dans la peinture allemande, qui, comme les peintures hollandaise et flamande, est pleine de sens et passionnante à observer.

    null

    Georg Flegel, Nature morte aux oeufs et coccinelle, Staatsgemäldesammlung Aschaffenburg

    Nature morte dédiée à Pâques, c’est bien le moment de la regarder de près.

Composition très simple et beau rendu des matières : le verre, le métal, la corne, la mie de pain …
Le sens est chrétien : le pain, le vin, l’oeuf, trio christique. Et l’oeillet, fleur de la Passion.

Le nom latin de l’oeillet est dianthus, qui est lui-même tiré du grec et veut dire  » fleur de Dieu  » .
( anthe est la fleur en grec qu’on retrouve par exemple dans le chrysanthème )
Selon une légende médiévale, les larmes de la Vierge Marie à la vue de son fils sur la croix coulent en terre et font pousser des oeillets ( ->  » La nature et ses symboles « , édition Hazan ).
L’oeillet donne des fruits en forme de petits clous, qui sont aussi associés à la Passion du Christ.

L’oeuf est également un symbole de résurrection.
Dans ce tableau, il est montré sous différentes formes de cuisson, miroir et poché, caractère anecdotique et charmant de la peinture nordique.
La coccinelle est bien sûr une vanité et nous rappelle à l’humilité.

Georg Flegel, j’ai montré quelques uns de ses desserts en 2007 sur cette page, est un peintre ayant travaillé à Francfort, né en 1566, mort en 1638.

null

Georg Flegel , Nature morte aux oeufs pochés, historisches Museum Bâle

Encore des oeufs pochés dans cette nature morte qui, avec le pain, le vin et le poisson, possède toujours un sens biblique. Le scarabée et la mouche sont des insectes négatifs, signes de vanité, du mal, et de la précarité de la vie.
Mais malgré tout, c’est délicieux, les oeufs pochés !

Il est rare de trouver un panier d’escargots dans les tableaux ! L’escargot est plus souvent montré en marche, toutes cornes dehors. Ici il est refermé, encore en hibernation. L’escargot est aussi dans l’imagerie chrétienne un symbole de la résurrection du Christ. Replié sur lui-même l’hiver, il ouvre son opercule et renaît au printemps.

Voilà un tableau que j’avais déjà montré en 2006 et comme je l’aime beaucoup, jy reviens :

    null

    Gottfried von Wenedig ( Cologne 1583 – 1641 ) , Nature morte à la bougie, vers 1630, Hessisches Landesmuseum Darmstadt

Pain vin oeuf encore. La bougie, qui s’éteindra, symbolise le caractère éphémère de la vie.
On peut admirer le rendu des matières, la planche de bois du petit déjeuner, les métaux, étain, fer, cuivre de différents éclats, le verre, la terre cuite, l’ensemble caressé par la lueur de la bougie.
Le coquetier est merveilleux, permet de coucher l’oeuf pour le déguster sur son flanc.
La mouillette plantée au coeur du jaune a quelque chose d’impressionnant et jouissif à la fois, un quelque chose de préférence profane peut-être, célébrant les plaisirs simples et le bien-être ici-bas, ou bien alors aurait au contraire, je ne sais pas à vrai dire, une signification religieuse, rappelant que cet oeuf offert, symbole de la résurrection du Christ, permet à chacun d’y tremper son âme pour se ressourcer et se nourrir de sa parole.
A chacun son interprétation !

Oeufs de Pâques

null L’an dernier au moment de Pâques,

j’avais centré mon blogage sur l’oeuf et on peut retrouver des peintures à l’oeuf dans la catégorie  » oeuf  » du blogroll à droite.
( hélas, un beugue, ou une coquille d’oeuf, l’été dernier, avait chamboulé les accents, je n’ai pas pris le temps de corriger, et donc les circonflexes ne ressemblent plus du tout à des circonflexes par endroit ! ).

null

Max Ernst, dessin: suite b, 1929, MNAM Paris

Oeufs surréalistes, objets de rêves, symbole cosmique, ou comique, leurs lignes sont magnifiques. Ecriture automatique et onirique, on pense au personnage d’Ossian.
Max Ernst ( wikipage ) était un remarquable dessinateur.
Dessin  » eggsibitionist  » ou  » bloeuffant  » de charme !

Koekkoek

L’heure d’été accélérée ! null

Cri du coucou forcé ce matin, répété, saccadé, pour rattrapper l’heure.
Heure d’été, heure plus matinale, l’heure des poules, heure pascale …

    null

Mon coucou adoré je l’appelle Kuckuck, parce que c’est un authentique Kuckuck de Forêt Noire, que ma fille m’a offert quand elle travaillait au coeur du Schwartzwald.
Ce nom de Kuckuck me fait toujours penser au(x) peintre(s) hollandais Koekkoek. La diphtongue oe en néerlandais se prononce ou comme le u en allemand.

J’ai découvert les Koekkoek à l’heure d’été, il y a longtemps déjà, dans l’été 1975. J’étais revenue aux Pays-Bas et visitai une exposition de peinture hollandaise du XIX ème siècle à Amsterdam.
Découverte : il n’y a pas que la peinture hollandaise du siècle d’or, celui de Rembrandt, il y a aussi celle du siècle d’argent si on peut l’appeler ainsi, celle du XIXème siècle romantique puis à la fin impressionniste, etc …

null

Barend Cornelis Koekkoek, Paysage après l’ondée, vers 1825-29, Rijksmuseum Amsterdam

The Koekkoek family est nombreuse dans le domaine pictural.
Barend Cornelis Koekkoek est né en 1803 à Middelburg en Zélande et mort en 1862 à Clèves où sa maison est un musée. Son père, ses frères, son neveu peignirent aussi.

Dans ce paysage de printanier où des bergers surveillent leurs moutons, la lumière étincelante après l’averse fait penser à un peintre comme Jacob van Ruijsdael.

null

Willem Koekkoek, Vue d’Oudewater, vers 1867, National Gallery Londres, notice du musée.

Willem Koekkoek ( 1839-1895 ) est un neveu de Barend Cornelis. Il a surtout peint des paysages enneigés, ainsi que des vues de ville.
Ici, cette vue d’Oudewater, village situé à 20 km environ de Gouda, rappellera des souvenirs à mon mari, nous y avons dîné un soir de printemps, en juin 2007. Nous avions dégusté d’excellentes asperges de la saison dans une vieille auberge qui ressemble beaucoup à cette maison au premier plan et au bord du canal.

Voilà comme l’heure d’été, nom d’un film d’Olivier Assayas que j’ai tant aimé au printemps dernier, me replonge dans des souvenirs mêlés, proches, lointains, colorés …

L’heure d’été acidulée ! null

La pie sur le gibet

La cupidité caricaturée par Marinus van Reymerswaele, que j’évoquais hier, m’amène à cette gravure qui a pour titre éloquent en français : Le combat des tirelires et des coffres-forts

null

Pieter van der Heyden, Le combat des tirelires et des coffres-forts, gravure d’après Pieter Brueghel Le Vieux, Metropolitan museum of art New York
Notice du musée sur cette page.

Pieter van der Heyden a gravé de nombreuses oeuvres de Pieter Brueghel, l’oeuvre originale ayant pour sujet ce combat autour de l’argent, qu’on peut dire encore d’actualité, est hélas disparue.

null Brueghel a longuement étudié le caractère humain, et se fait parfois moralisateur. Il donne vie aux objets, ceux-ci remplacent l’être humain et donnent plus de force à leurs petits travers et grands tourments.

Métaphores null

Les tirelires et petites bourses, les coffres et les barriques combattent pour les petits épargnants et grands spéculateurs dans une image amusante.
 » Aux quatre vents  » était le nom de la maison d’édition de ces gravures.

Pieter Brueghel Le Vieux avait peint de petites études de caractère dont trois se trouvent conservées au musée des beaux arts de Bordeaux :

    null

    P. Brueghel, Etude de tête dite  » L’envie  » , vers 1561-64, mba Bordeaux

L’expression pâlir d’envie prend ici sa forme, cette tête est blafarde. Expression de la cupidité plus sérieuse que chez Reymerswaele.

Brueghel a peint les fêtes, les saisons, la folie, les maladies, la mort, les drames humains, en posant sur ces sujets un regard méticuleux mais affectueux, il fut aussi un talentueux paysagiste et sut faire preuve parfois d’optimisme face à la noirceur du monde ici-bas.

null

P. Brueghel Le Vieux, La pie sur le gibet, 1568, Hessisches Landesmuseum Darmstadt

Pieter Brueghel est né à Breda vers 1526 et est mort à Bruxelles en 1569. Ce tableau serait peut-être son dernier. Il est étrange.

Un fleuve serpente au loin au fond de sa vallée et semble déboucher dans la mer, dans une jolie perspective bleutée.
Au premier plan sur la colline, une potence est plantée, et à son pied se trouve inhumé le condamné.
Un feuillage scintillant, de printemps sûrement, unifie les plans.

    null

( j’avoue avoir un trouble visuel, une certaine illusion d’optique me fait tordre la potence, est-ce voulu par le peintre, ou mon rendez-vous prochain chez l’ophtalmo n’est pas du luxe ?! )

La pie, bavarde et voleuse, était un symbole néfaste, un oiseau de mauvais augure. Peut-on rapprocher son nom français de la harpie ? Les harpies étaient des oiseaux fabuleux terrifiants de la mythologie qui se nourrissaient de chair humaine.
Mais par ailleurs, dans la chrétienté, l’oiseau en général est l’image de Jésus, de l’espérance.
Ce paradoxe est tout entier dans le tableau, car à côté du gibet, les gens dansent et soulagent leurs besoins naturels ( ! )

    null

Comment comprendre ce tableau complexe ?
Peut-être faut-il y voir une grande espérance. Il n’y a plus personne pendu au gibet après tout. La musique résonne, la roue du moulin tourne toujours , le peuple est joyeux, et quelqu’un semble se dire qu’il emm* l’occupant ! En effet le pays est sous l’oppression espagnole, les opposants au régime sont exécutés, mais l’optimisme flamand est inébranlable. La liesse a le dernier mot.
Brueghel a peint l’homme sous tous ses défauts, mais il l’aime pour l’avoir tant étudié, et il croit en lui.

Cupidité

    null

Quand j’ai vu ce tableau au musée du Louvre en janvier dernier, j’ai poussé un oh de surprise et d’admiration.
Pourquoi ne l’avais-je pas bien regardé lors de mes visites précédentes ?
Cette année, l’actualité brûlante le fait jaillir de son mur vert pâle comme le gros titre caricatural d’un journal à sensation.

Ma photo étant ce qu’elle est, celle, médiocre, d’un visiteur du musée respectant l’interdiction du flash et du pied, je montre la reproduction du site du Louvre :

    null

    Marinus van Reymerswaele ( vers 1490-vers 1566 ), Les collecteurs d’impôts, musée du Louvre
    notice du musée sur cette page .

Ce tableau fantastique caricature la cupidité, ses couleurs criardes nous hurlent stop ! . Il serait grand temps de retrouver une relation à l’argent plus sereine, car regardons-nous, voyons nos têtes de cinglés devant la monnaie sonnante et surtout fort trébuchante !
Enfin, le  » nous  » concerne les mafieux de la finance qui précipitent avec eux le monde économique dans le chaos.
Cet homme avec sa batavia sur la tête, ses rictus, ses mains crispées, est le symbole de nos excès.

Ce tableau de Marinus van Reymerswaele est l’un des exemples que nous connaissons de ce genre, il y a le même conservé dans la National Gallery de Londres :

    null

    Marinus van Reymerswaele, Les deux collecteurs d’impôts, entre 1535 et 1545, NG Londres
    notice du musée sur cette page.

Au Louvre j’avais admiré dans le tableau le magnifique morceau de nature morte au dessus de la tête des collecteurs. J’avais pris des photos rapprochées mais hélas bougées …
Le site de la NG de Londres offre la possibilité de zoomer sur l’image, et on peut mieux savourer les beaux détails :

null

Sur le bougeoir est posée une mouchette. J’étais ravie de la découvrir car j’en possède une que j’avais achetée ( pour pas cher, juste une petite pièce de cinq francs ! ) dans une brocante, et j’aime cet objet d’antan qui éteint la bougie en coupant la mèche et en recueillant dans son petit logement la cire chaude et liquide.

Dans cette nature morte de livres et papiers, même les paperasses entassées nerveusement, même les gouttes de cire coulées frénétiquement démontrent les ravages de l’appât du gain.
Puissions-nous revenir à un monde plus sage ! Mais en attendant, allons admirer ce tableau étrange au musée !

Le printemps en Norvège

Le calendrier affiche le mot magique aujourd’hui : Printemps
Il arrive en fanfare cette année, honoré par un soleil généreux, et jaillit multicolore et joyeux de tous les prés, talus et vergers.
Ces paysages de montagne l’illustrent merveilleusement :

null

Johannes Grimelund ( 1842-1917 ), Norvège, vergers en fleur, 1898, château-musée Nemours

Grimelund est un artiste norvégien qui se forma chez le peintre allemand Hans Gude à Karlsruhe, puis se maria à une Française et vécut à Paris jusqu’à sa mort. Il revenait séjourner de temps en temps dans son pays natal pour en peindre ces beaux paysages qui eurent un grand succès auprès du public français.
Le musée de Nemours possède six toiles de Johannes ( Martin ) Grimelund.
On peut en voir sur le site de la RMN ici .

Tons clairs et frais d’un printemps radieux en Norvège … la neige hivernale restée sur les sommets répond à la neige vernale des pétales dans les prés !

null

Johannes Grimelund, Norvège, bord d’un fjord au printemps, 1896, château-musée Nemours

Que j’aimerais aller goûter la fraîche luminosité de ce pays !
Le musée des beaux arts de Lille a exposé ces tableaux de Grimelund à l’automne dernier. L’exposition s’appelait  » Echappées nordiques  » et présentait les maîtres scandinaves et finlandais venus en France entre 1870 et 1914. Je n’ai pas pu hélas m’échapper vers la capitale nordique. La peinture du Nord a toujours exercé sur moi une fascination particulière.
Mais, bon, un printemps méridional un peu chaud après ce long hiver serait le bienvenu !

Violettes

null Peindre des violettes …

oui, j’ai décidé de peindre ces fleurs fluettes en forme de cornettes. Pas si facile.
Les peintres confirmés entravent mon élan par leur talent.
Mais, enivrantes violettes, elles m’ensorcellent !
Le pinceau calme ma fringale.

    null

    Albrecht Dürer, Bouquet de violettes, aquarelle, Albertina Vienne

Ces tendres messagers du printemps en bouquets ronds d’amour me rappellent un petit passage de La Prisonnière de Marcel Proust :

    null
    Eugène Claude, Panier de violettes, palais des beaux-arts Lille

J’étais pareil en cela à Elstir qui, obligé de rester enfermé dans son atelier, certains jours de printemps où savoir que les bois étaient pleins de violettes lui donnait une fringale d’en regarder, envoyait sa concierge lui en acheter un bouquet ;

    null
    Eléonore Escallier, Bouquets de violettes, 1856, musée Magnin Dijon

alors attendri, halluciné, ce n’est pas la table sur laquelle il avait posé le petit modèle végétal, mais tout le tapis des sous-bois où il avait vu autrefois, par milliers, les tiges serpentines, fléchissant sous leur bec bleu, qu’Elstir croyait avoir sous les yeux comme une zone imaginaire qu’enclavait dans son atelier la limpide odeur de la fleur évocatrice.

    null

Composer un généreux bouquet de violettes dans les sous-bois est une affaire de patience ! Récompensée par la douceur surabondante de son parfum …

    null
    Edouard Manet, Bouquet de violettes, 1872, collection particulière

    Manet a dédié ce bouquet à Berthe Morisot, il a signé sur le billet l’accompagnant et inscrit  » A Melle Berthe « . Il a peint un portrait de Berthe Morisot au bouquet de violettes ( musée d’Orsay ), mais les violettes sombres sur sa robe noire se remarquent à peine.

    null Manet avait peut-être offert également un bouquet de violettes à son élève Eva Gonzalès dont il peignit d’elle un portrait ( NG Londres, voir le tableau du mois de mars 2009 sur cette page ), car, en effet, celle-ci le posa joliment sur la table de nuit de son tableau  » Le réveil  » conservé au musée de Brème à revoir en bas de cette page.

Ma tentation pour les violettes m’a lancée dans la tentative d’un bouquet peint et j’y retourne !

La raie, suite

Préparer un poisson, le vider, l’écailler, tirer la peau, lever les filets, ces gestes culinaires me sont habituels, banals. Mais dimanche dernier il y eut de l’émotion dans mon grand couteau entamant la bête … sa beauté singulière m’avait apprivoisée.

null Etrange animal qui a les yeux dans le dos, la bouche sur le ventre, des ouies en forme d’yeux, et qui garde un sourire éternel malgré son martyre.

Une de mes filles a fait de la plongée et a pu regarder voler cet oiseau sous-marin, grâcieux tout en étant immense comme la raie manta.

Les peintres ont presque toujours représenté la raie vue de face et non de dos, sans doute pour profiter de son énigmatique expression.

null

J.S. Chardin, La raie, vers 1725-26, Louvre

null Marcel Proust a su voir dans ce petit pan de chair rose et blanche une poétique architecture : lire la notice du musée du Louvre.

Le poisson remplace le lapin au crochet de la niche et sa peau nacrée joue avec la lumière de façon aussi douce que le pelage du mammifère. Il est vrai que ces entrailles d’un premier abord effrayant offrent une réelle beauté, abstraite, harmonieuse dans ses coloris, mystérieuse.

Beuckelaer est moins poète que Chardin, plus réaliste, c’est normal pour un flamand, et il n’arrange pas les traits du petit monstre étrange : null

null

Joachim Beuckelaer, Les quatre éléments : L’eau, 1569, National Gallery Londres, notice du musée.

Comme dans chacun de ses tableaux, Beuckelaer fait reculer la scène biblique tout au fond de la toile, ici la pêche miraculeuse sous les arches du centre, et il privilégie la nature morte.

Je citais l’expression  » face de raie  » avant-hier, la voici en image :

    null

    Guiseppe Arcimboldo, Les quatre éléments : L’eau, 1563-64, KHM Vienne

La raie sert de pommette dans le portrait.

On la trouve dans presque tous les marchés aux poissons de la peinture.

Ici, elle apparaît sérieuse et abîmée dans ses pensées :

null

Jacob van Nieulandt, Marchands de poissons ( détail ) , 1617, Rijksmuseum Amsterdam
On peut voir le tableau entier et un bel agrandissement sur cette page du musée.

null

Jan van Kessel, Poissons sur le rivage, 1661, Galleria Palatina Florence

Kessel est un habitué des rivages sur lequel il mélange souvent les quatre éléments, à la différence d’autres artistes qui en peignent quatre compositions séparées. Ici il montre plusieurs raies qui ont l’air gai, l’une d’elle relève même la tête pour rire aux éclats, pourtant, elle est au bord de la mer et n’est pas encore affalée au débit de poisson, lol !

Pour boucler ce petit tour de la raie ( bouclée ), voilà un tableau nordique :

null

Peder Severin Kroyer, Bâteau de pêche, 1884, Orsay, notice

J’ai souvent montré des oeuvres de Kroyer l’été dernier, il affectionne les beaux couchers de soleil sur la mer à Skagen au Danemark.
Dans ce tableau, les raies sont échouées sur le dos comme tout poisson mort, c’est triste. Comme si le peintre avait voulu annoncer l’extinction possible de ce délicieux poisson par un pêche trop intensive.

La raie

null Est-ce un haricot ? Une graine ?
Que décore cet étrange ocelle ?

null A qui appartient cet oeil profilé comme un phare de Clio Estate ?

Ce regard humide de crocodile appartient à une gentille petite raie que j’ai achetée hier pour la beauté de ses lignes. Le poissonnier voulait me découper les ailes mais je l’ai arrêté dans son geste.
Je voulais étudier la bête dans son entité gluante, la photographier, la peindre, l’admirer tout simplement.
Un peu d’ichtyologie ne nuit pas !

Cela n’empêchera pas ces beaux yeux de finir au beurre noir !

null

La raie a séduit beaucoup de peintres, on la retrouve souvent à la sauce hollandaise dans la peinture du XVIème ou XVIIème siècle, au XVIIIème Chardin l’a rendue célèbre, et plus tard ses courbes flottantes ont encore donné de beaux tableaux, j’y reviendrai en m’excusant auprès de ceux qui ne peuvent pas voir la raie en peinture !

Mais en dessin, on l’apprécie peut-être mieux …

null

Ce rhombe prolongé d’une queue souple se prête à toutes les métamorphoses … La firme Renault, j’y reviens, a-t-elle pensé au poisson pour son losange ?

null

Eugène Grasset, Raie vue de dos et de face, entre 1890 et 1903, crayon, musée d’Orsay, notice

null

null

je laisse Eugène Grasset commenter …
Ces lignes particulières ne pouvaient qu’inspirer l’art-nouveau.

Voilà un flambeau étonnant :

    null

    E. Grasset, chandelier à motif de raie, 1890-1903, musée d’Orsay, notice

La raie donne matière à plus d’un titre, sa peau, le galuchat, fut utilisée dans les arts décoratifs . Elle fait merveille dans les meubles de Ruhlmann par exemple.

Quand quelqu’un traite une personne de face de raie, il se veut injurieux, et pourtant, cette face sélacienne (!)

… est très souriante null

Face de Pierrot lunaire ou de gros smiley !

La raie est aujourd’hui un poisson en voie de disparition, trop pêché hélas, ce n’est pas normal que ma petite raie ne fût pas rejetée à la mer par les pêcheurs, et je n’aurais pas dû l’acheter afin de ne pas encourager sa capture. Je fus trop tentée par ce charmant cerf-volant aquatique, promis, c’est le dernier que j’achète pour laisser sa race se reconstituer.

Mars

    null

Mars

Il tombe encore des grêlons
Mais on sait bien que c’est pour rire.
Quand les nuages se déchirent,
Le ciel écume de rayons.

    null

Le vent caresse les bourgeons
Si longuement qu’il les fait luire.
Il tombe encore des grêlons,
Mais on sait bien que c’est pour rire.

    null

Les fauvettes et les pinsons
Ont tant de choses à se dire
Que dans les jardins en délire
On oublie les premiers bourdons.
Il tombe encore des grêlons …

    null

Poème de Maurice Carême

Lithographies japonaises de S. Riyo, conservées au museum of fine arts de Boston ( page du mfa ).
C’étaient des cartes de voeux pour janvier, on peut dire de Riyo de janeiro !
L’art déco japonais est ravissant.

Ces lithos de Riyo m’ont inspirée pour illustrer ce poème de Maurice Carême qui décrit gaiement les facéties du mois de mars. Le mars de C-carême invite à la prudence et la mesure alors que le désir de changer de peau nous jetterait dans les boutiques pour des folies vestimentaires … ah les toilettes de printemps, les accessoires pimpants, les fleurs, les foulards, les miroirs … mais il tombe encore des grêlons !

    null
css.php