Rayon de soleil

null La fenêtre …

et la porte restent encore fermées null

Avant-dermier jour de février et avant-première du printemps …

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Le soleil pénètre à flots, ses rayons se font palpables, doux, réconfortants.

Averse de lumière null

Ah le beau soleil de fin d’hiver, qu’on aime se laisser prendre dans ses rais !

Sublime poésie de la géomètrie dans ce tableau monochrome !

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    Vilhelm Hammershoi, Rayon de soleil, poussière dans un rai de lumière, 1900, Ordrupgaard Copenhague

    Les portes et les fenêtres occupent une place importante dans l’oeuvre d’Hammershoi. Il peignait son appartement de la Strandgade à Copenhague.
    Dans ce tableau, la fenêtre aux carreaux opaques ne laisse pas l’oeil s’évader, de même la porte fermée.
    L’artiste concentre au contraire le regard à l’intérieur de la pièce, sur ce jeu de la poussière lumineuse.
    Magnifique, silencieux, magique …

    Mais si le regard se contient dans la pièce quand il fait subitement beau, la poussière devient une insulte et rappelle à la FAF qu’il faut faire le ménage au lieu de bloguer !
    C’est ce que je fis aujourd’hui. Du ménage. De printemps. Ca fait du bien !

Watteau en poésie

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    J.A. Watteau, Une allée d’arbres, sanguine, Ermitage Saint Pétersbourg

Devers Paris, un soir, dans la campagne,
J’allais suivant l’ornière d’un chemin,
Seul avec moi, n’ayant d’autre compagne
Que ma douleur qui me donnait la main.
L’aspect des champs était sévère et morne,
En harmonie avec l’aspect des cieux ;
Rien n’était vert sur la plaine sans borne,
Hormis un parc planté d’arbres très vieux.
Je regardais bien longtemps par la grille,
C’était un parc dans le goût de Watteau :
Ormes fluets, ifs noirs, verte charmille,
Sentiers peignés et tirés au cordeau.
Je m’en allai l’âme triste et ravie ;
En regardant j’avais compris cela :
Que j’étais près du rêve de ma vie,
Que mon bonheur était enfermé là.

Théophile Gautier, Watteau, 1838

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J.A. Watteau, Esquisse pour la  » Fête d’amour  » , sanguine et mine de plomb, Art Institute Chicago

Un peu plus de texte que d’images aujourd’hui … j’ai puisé dans la fortune critique de Watteau que l’excellent ouvrage Tout l’oeuvre peint de Watteau ( Flammarion 1970 ) reproduit en partie.
Ce n’est pas dans l’oeuvre peint de Watteau, malgré tout, que j’ai choisi de trouver des illustrations, mais dans son oeuvre dessiné, car ses nombreux dessins sont fabuleux et font autant rêver.

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J.A. Watteau, Couple assis au sol, sanguine pierre noire craie blanche, vers 1716, NG Washington

« Quoiqu’il n’ait peint que des fêtes galantes et des sujets tirés de la comédie italienne, Antoine Watteau est un grand maître. Il a créé un aspect nouveau de l’art et vu la nature à travers un prisme particulier. Son dessin, sa couleur, ses types, ses agencements lui appartiennent. Il est original. Il a la grâce, l’élégance, la désinvolture, et son art est sérieux si son genre peut sembler frivole. Son oeuvre est une fête perpétuelle (…)
En voyant ses toiles si gaies, si spirituelles, si claires de ton, où les lointains bleuissent comme les paradis de Brueghel, on serait tenté de croire, chez l’artiste, à une bonne humeur inaltérable et à un joyeux éblouissement de la vie. Ce serait se tromper, Watteau était valétudinaire, mélancolique, voyait tout en noir et n’avait de rose que sur sa palette.
 »
Théophile Gautier, Guide de l’Amateur au musée du Louvre, 1882

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    J.A. Watteau, Etudes de têtes et main tenant un éventail, 1717, sanguine pierre noire craie blanche, MFA Boston

Watteau fut méprisé par les néo-classiques au début du XIXème siècle, ignoré par les grands romantiques comme Hugo, Vigny, Lamartine, mais à partir de 1850, il trouve de nouveaux défenseurs et l’engouement pour cet artiste en Europe est attesté par de nombreux écrits.

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J.A. Watteau, Trois études d’un danseur, musée du Louvre

Clair de lune

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques
Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,
Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres

Paul Verlaine, Fêtes galantes, 1869

Une lectrice de mon blogue m’a fait part de ce beau poème de Verlaine, je l’en remercie et le reporte ici. Verlaine avait composé un recueil, intitulé  » Fêtes galantes « , de 22 poèmes inspirés par les oeuvres de Watteau, et il écrivit aussi les paroles d’une  » sérénade à Watteau « , musique par Gustave Charpentier pour l’inauguration d’une statue élevée à l’artiste en 1896 au jardin du Luxembourg.

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J.A. Watteau, Femme en robe rayée, sanguine, vers 1716-18, British museum Londres

A partir des années 1890, l’enthousiasme pour Watteau est grand. Proust fait dire à l’un de ses personnages dans la Recherche que Watteau est très haut au-dessus de Raphaël.
Et Watteau a aussi l’honneur d’un poème de Marcel Proust :

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    J.A. Watteau, L’indifférent, sanguine pierre noire craie blanche, 1716, musée Boijmans Rotterdam

Watteau

Crépuscule grimant les arbres et les faces,
Avec son manteau bleu, sous son masque incertain ;
Poussières de baisers autour de bouches lasses …
Le Vague devient tendre et le tout près lointain.
La mascarade, autre lointain mélancolique,
Fait le geste d’aimer plus faux, triste et charmant,
Caprice de poète ou prudence d’amant,
L’Amour ayant besoin d’être orné savamment,
Voici basques, goûters, silences et musique.

Marcel Proust, Portraits de peintres, vers 1900

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Ecole française d’après Watteau, Divertissements dans un jardin, musée du Louvre

Dans ses  » Portraits de peintres  » Proust a écrit un poème pour des artistes hollandais et flamands , Albert Cuyp, Paulus Potter, Antoon van Dyck, en y joignant Watteau, il rappelait ainsi les racines flamandes de ce dernier. Ces portraits poétiques furent mis en musique par l’ami de Proust, Reynaldo Hahn, et celui-ci composa également la mélodie pour les Fêtes Galantes de Verlaine.

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    J.A. Watteau, Joueur de guitare assis, musée du Louvre

Je dois poséder un esprit fin de siècle, car Watteau m’a toujours enthousiasmée aussi. Peintre d’un idéal correspondant au mien sans doute. Dans ma jeunesse, j’en étais amoureuse comme de Rembrandt. Ils ont tous les deux étudié les mystérieux coquillages !

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J.A. Watteau, musée du Louvre

Carnaval

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Carnaval

Venise pour le bal s’habille.
De paillettes tout étoilé,
Scintille, fourmille et babille
Le carnaval bariolé.

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Arlequin, nègre par son masque,
Serpent par ses mille couleurs,
Rosse d’une note fantasque
Cassandre son souffre-douleurs.

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Battant de l’aile avec sa manche
Comme un pingouin sur un écueil,
Le blanc Pierrot, par une blanche,
Passe la tête et cligne l’oeil.

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Le Docteur bolonais rabâche
Avec la basse aux sons traînés ;
Polichinelle, qui se fâche,
Se trouve une croche pour nez.

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Heurtant Trivelin qui se mouche
Avec un trille extravagant,
A Colombine Scaramouche
Rend son éventail ou son gant.

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Sur une cadence se glisse
Un domino ne laissant voir
Qu’un malin regard en coulisse
Aux paupières de satin noir.

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Ah ! fine barbe de dentelle,
Que fait voler un souffle pur,
Cet arpège m’a dit : C’est elle !
Malgré tes réseaux, j’en suis sûr,

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Et j’ai reconnu, rose et fraîche,
Sous l’affreux profil de carton,
Sa lèvre au fin duvet de pêche,
Et la mouche de son menton.

Théophile Gautier , Emaux et Camées

En janvier dernier au Louvre, j’avais photographié un artiste copiant le  » Pierrot  » ou  » Gilles  » de Jean-Antoine Watteau, et cette photo m’a donné l’idée de rassembler quelques tableaux du maître consacrés à son thème favori, la comédie italienne, accompagnés du poème de Théophile Gautier  » Carnaval  » .
Gautier, aussi critique d’art, avait commenté des oeuvres de Watteau, et lui avait dédié un poème intitulé Watteau. Si on ne craint pas trop la poésie, on pourra peut-être le lire sur ce blogue demain !

Liste des tableaux dans l’ordre :

J.A. Watteau, Pierrot, vers 1715-1721, Louvre
J.A. Watteau, Arlequin empereur dans la lune, vers 1707, mba Nantes
J.A. Watteau, Mezzetin, vers 1718-1720, Met New York, notice du musée
J.A. Watteau, Pierrot content, vers 1712, musée Thyssen-Bornemisza Madrid
J.A. Watteau, détail du Pierrot du Louvre, le  » Docteur et son âne  »
J.A. Watteau, L’amour au théâtre italien, Gemäldegalerie Berlin
J.A. Watteau, détail du Pierrot du Louvre
J.A. Watteau,  » La partie quarrée « , vers 1713, MFA San Francisco

Un autre dé

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Gilbert Stuart ( 1755-1828 ), Catherine Brass Yates, 1793-94, National Gallery Washington

Gilbert Stuart fut un portraitiste américain, on peut voir une galerie de ses oeuvres sur le site de la NG de Washington ici.

La photo du musée n’est pas de très bonne qualité et n’arrange pas les traits un peu durs de madame Yates.
Comme elle n’avait pas de temps à perdre dans la pose, vous avez bientôt fini ? devait-elle demander sans cesse, elle a choisi de tirer l’aiguille pendant que l’artiste lui tirait le portrait. Elle a l’air si à cheval sur les principes qu’il aurait pu faire un portrait équestre.

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Les peintres ont cet art fabuleux de savoir peindre une personnalité sur un visage, celle-ci semble forte tout de même.
Et madame Yates porte un dé !
Oh joie, un dé de plus dans ma collection virtuelle !

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Ce dé n’était pas un accessoire superflu pour madame Yates qui devait coudre avec une telle autorité que le métal grinçait à chaque point ! On voit comme elle tend le fil entre ses doigts énergiques.
Madame de Pompadour passait sans doute ses fils de broderie avec douceur et patience.

Je délire de médisance sur le compte de cette dame qui était peut-être charmante, mais le portrait de Gilbert Stuart est très réussi, d’une touche rapide et souple , assez moderne pour son temps.

null Cette harmonie de gris me rappelle le magnifique portrait d’Adélaïde Labille-Guiard conservé au musée des beaux arts de Quimper .

Dans mon jeu de dés, il y a à revoir, pour ceux qui, à l’inverse de Mme Yates, ont du temps à perdre:
Joseph de Camp
Paul Gauguin
Robert Braithwaite Martineau
Christoffer Eckersberg
Jean-François Millet

null Ce minuscule bouclier de la couturière ( consulter son histoire sur cette wikipage ) tire son nom du mot doigt, il se place au bout du doigt comme la lettre d commence le mot.
Un petit peu comme la esse de l’artisan qui est un crochet en forme de S …
… ou comme le té, règle plate en équerre, qui a la forme de la lettre T.

Ce blogue a bavardé tout seul depuis cinq jours, j’étais partie chez une de mes filles pour l’aider dans de gros travaux, et comme elle n’avait pas de connexion chez elle, une autre de mes filles a posté mes articles préparés d’avance. C’est la raison de mon silence dans les commentaires, mais, ça y est, je suis revenue !

Une autre bulle

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    Jacques De Gheyn ( 1565-1629 ), Vanité, 1603, Metropolitan musem of art New York, notice du musée sur cette page.

C’est à New York, dans une salle obscure du Metropolitan Museum, que j’ai découvert le petit tableau de Jacob de Gheyn.
Ce tableau est la première Vanité de l’histoire de la peinture. Et, de l’artiste qui le composa, on ne sait presque rien – sinon qu’il vécut à Amsterdam au début du XVIIème siècle.
[ … ]
Ce tableau, ce jour-là.
En quittant le musée, j’avais le coeur mystique. Pas désagréable. Comme si la mort, d’un seul coup, cessait d’être une hypothèse. Je mis ce vertige sur le compte d’une émotion qui, soudain, m’aurait rendu plus attentif.
Dehors, comme par la fenêtre du tableau, New York bouillonnait dans sa lumière ; les gens se hâtaient sous l’aiguillon du plaisir, de l’envie, de la contrainte, du calcul. Rien, plus tard, ne distinguerait cet instant – 27 Juin 1967, fin d’après-midi – de l’énorme quantité de temps révolu qui l’aspirait déjà vers l’oubli.
[ … ]
Le soir même, par hasard, je retrouvai quelques amis qui arrivaient de Paris. Ils avaient apporté des journaux français qui annonçaient la mort accidentelle d’une actrice dont l’allure m’avait souvent troublé. Elle s’appelait Françoise Dorléac. Elle était belle, jeune, douée, rieuse – avec, vaporisé autour de sa silhouette, un halo d’inquiétude.
Aussitôt, une même sensation associa ma Vanité et la disparition de cette jolie fille. Et ma conception du monde, forgée depuis quelques heures, rencontra sur-le-champ son icône dans le visage de l’inconnue qui s’affichait à la une.
Sa  » peau douce  » s »ajustait avec précision sur le crâne peint par De Gheyn ; ( … ) et son destin, trop vite dépensé, se confondait avec le brillant dérisoire des pièces d’or.
C’était donc le 27 juin 1967.

null Extrait de  » La dernière Femme  » de Jean-Paul Enthoven.

Encore un homo bulla en peinture, une bulle vanité, mais ce n’est pas de ce tableau que je désire parler, il est trop funèbre et rien que la photo va faire fuir les lecteurs, notons malgré tout que c’est en effet la première  » vanitas  » de l’histoire de la peinture, je fais part simplement de ma lecture de ce petit bouquin très original : La dernière Femme .
Je viens de le finir et reste perchée dans ma bulle de plaisir 🙂 .
Un petit livre remarqué pour sa finesse 😉 , de brefs et denses récits fort bien écrits, histoires de neuf femmes fascinantes, huit célèbres et la dernière, inconnue.

L’auteur, Jean-paul Enthoven, ou le narrateur, mais c’est parfois la même chose, cherche à se comprendre lui-même en dressant les portraits de ces femmes, d’un trait vif, alerte, incisif et pétillant comme le faisait Frans Hals sur une toile.
Il imagine ses rencontres avec ces personnages féminins hors du commun, fulgurants, tragiques, tels, par exemple, Louise de Vilmorin, Marie Bonaparte, Françoise Sagan, et face à elles, au travers de leur séduction, dans ses rendez-vous avec leurs destins, il esquisse furtivement son propre caractère de la pointe délicate de sa plume.
On apprend toujours quelque chose de soi au contact du sexe opposé. On apprend aussi en décortiquant l’ensorcèlement qu’il peut provoquer.

null Il y avait de quoi être fasciné par Marilyn Malraux . En matières de bons mots, avec Louise de Vilmorin on pouvait en prendre de la graine, lol !

Enthoven m’a enthousiasmée, ce verbe commence comme son nom ! Nom qui me rappelle la ville des Pays-Bas ! Son style est envoûtant, pictural, l’atmosphère qu’il crée dans ces portraits me rappelle aussi Edward Hopper, tout un monde suspendu entre mythe et réalité, rêve et vanité, une bulle d’humanité quoi !

Jaune et bleu

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Quand le jaune et le bleu se marient,
que l’hiver sent bon,
que le ciel bleu se pare de minuscules pompons jaunes comme dans ce tableau pointilliste,

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Theo van Rysselberghe, Gros nuages, 1893, MFA Indianapolis

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qu’il est doux de se détendre au milieu de cette harmonie sereine, quand, malgré les arbres en fleurs, il fait encore froid dehors !

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Carl Frieseke, La chambre jaune, vers 1910, MFA Boston, page du musée

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Les couleurs de mes photos sont trop vives et éteignent les tableaux pourtant très lumineux. Je n’y peux rien, février en Bretagne est un mois contrasté, saturé en couleurs.
L’hiver est  » xanthophile  » , moi aussi 🙂 !

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Le froid a retardé la floraison des mimosas qui commence le plus souvent en janvier, mais heureusement, le gel de cette année a épargné les arbres les mieux abrités.

Mimosa , d’où vient ce nom ?
Cet arbre devait plaire à Marcel Marceau.

null mimosa vient de mime car certaines espèces sont contractiles quand on les touche.

Cette plante merveilleuse pourrait symboliser plusieurs sens, celui du toucher, comme la tortue, car elle est parfois rétractile, de la vue pour sa couleur éclatante, de l’odorant pour son parfum léger, suave et reposant.

Bugatti

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Promenade au musée, ici Orsay, tours et détours entre les vitrines, travelling avant, arrière, l’oeil s’arrête, le doigt fait clic, on a mis dans la carte mémoire une statuette qui ne la quitte plus, la mémoire. Sa beauté s’imprime dans la rétine, ses lignes fluides font planer l’esprit … oh, j’ai eu le coup de foudre pour cette petite femme de marbre !

Elle fut sculptée vers 1907 par Rembrandt Bugatti ( 1884-1916 ), qui était un sculpteur animalier, dont on peut voir des oeuvres sur les pages du musée.

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    Rembrandt Bugatti, Chien basset, épreuve en plâtre, vers 1906, musée d’Orsay

null Ettore Bugatti, son grand frère, est peut-être mieux connu du public à cause de ses voitures alsaciennes de légende et de Molsheim. Rembrandt avait d’ailleurs sculpté des bouchons zoomorphes de radiateurs pour ces automobiles.

null Chaise de Carlo Bugatti, vers 1904-1910, musée d’Orsay, notice du musée.

La famille Bugatti était originaire de Milan, Carlo, le père, était décorateur et ébèniste, le musée d’Orsay conserve des meubles et de la vaisselle de sa conception.
J’ai déjà évoqué dans ce blogue un oncle de la famille : Giovanni Segantini
Famille accomplie d’artistes variés !

On s’étonne que Rembrandt Bugatti se prénomme ainsi, mais on pourrait s’étonner aussi que le nom de famille du peintre Rembrandt soit oublié ou si peu connu. Rembrandt était son prénom, son nom de famille était van Rijn. Il signait ses toiles le plus souvent de son seul prénom, comme van Gogh signait parfois « Vincent », voilà tout !

Le petit frère Bugatti, au prénom rare et illustre, était doué, et se forma au zoo d’Anvers pour sculpter ses animaux sur le vif ou devant le poil vif, mais hélas, il connut des soucis financiers et sentimentaux, sombra dans la déprime, et se suicida à l’âge de trente-et-un ans. Ettore perdit son fils dans un accident de voiture et ne s’en remit pas. La firme automobile a disparu. Triste fin. Mais cette jeune femme en robe de chambre aux longues manches mélancoliques reste sublime.

Camelia japonica

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Paravents japonais, Ecole d’Unkoku, papier, bois, feuilles d’or, vers 1630-60, Rijksmuseum Amsterdam, notice du musée.

Un petit tour virtuel dans le Rijksmuseum, un plaisir me faisant toujours oublier l’heure, m’a permis de découvrir des camélias blancs. Un camélia japonais … comme pour les rhododendrons, la catégorie  » japonica  » nous est bien connue en Europe. Celui-ci date du XVIIème siècle, l’élégance épurée du camélia convient si bien à l’art japonais tout de grâce et poésie.

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Hiver

Le paravent était une invention chinoise que les Japonais ont reprise et décorée selon leur style caractérisé par l’asymètrie. C’est cette asymètrie qui donne tout un rythme poétique à ce décor.
Les paravents étaient destinés à séparer une pièce en deux et à l’égayer, car la décoration des maisons japonaises était austère.

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Ce paravent intitulé  » hiver  » montre des branches de prunier saupoudrées de neige ( gouache sur papier).
Deux oiseaux immobiles attendent le dégel. Au sol, un plan d’eau ondulé de vagues ajoute sa géomètrie sinueuse à celle rectiligne des bambous, dont le feuillage est persistant, comme celui des sapins chez nous.

null lignes droites, courbes, cassées, composition en diagonale, syncopée comme une musique invitant au voyage à travers les saisons.

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Printemps

Ce paravent s’intitule le printemps et les oiseaux s’envolent au vent meilleur.

null Petits messagers de la belle saison !

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Saison plus tendre, les branches souples de saules au feuillage naissant remplacent les silhouettes anguleuses des pruniers et arrondissent la composition, les fleurs de camélia s’épanouissent tendrement, Marguerite Gautier aurait aimé placer cet écran dans sa chambre !

L’art japonais m’est tout à fait étranger, mais voilà ce que ces beaux paravents m’ont inspiré parce qu’il fait très beau dehors bien qu’un peu frisquet . Le printemps paraît frémir derrière les manifestations encore présentes de l’hiver, ces jours de février s’intercalent entre les deux paravents de cette école d’Unkoku ( oh, le pauvre , lol ! ).

PS : au musée des beaux arts de Rouen va prochainement s’ouvrir une exposition consacrée à l’art japonais,  » Le Japon illustré  » est son titre, et on peut s’informer sur la page du musée en bas. Du 12 mars au 29 juin, un voyage en Normandie est tentant !

Pastels

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Jean-François Millet, Le bouquet de marguerites, pastel, vers 1871-74, musée d’Orsay

Pastel : le mot vient de l’italien pastello qui veut dire gâteau.

Ce sont de splendides pâtisseries que le musée d’Orsay nous a proposé de savourer des yeux cet hiver !
Une sélection des meilleurs pastels du musée : leur fragilité face à la lumière ne permet pas de les exposer en permanence. Chefs-d’oeuvre fragiles comme un voile de neige au soleil. La visite prenait un caractère d’exception, moment de perfection à saisir dans ce souffle de lumière.

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Emile Lévy, La porte d’Asnières, 1887, pastel, musée d’Orsay

« Gai, friable, il offre à l’oeil cette sensation de fraîcheur que certains sorbets laissent à la langue, quand ils ressucitent par miracle l’agrume qu’ils expriment : certains pigments semblent presque des essences de fruits mêlées à du talc. » écrit joliment Claude Arnaud dans le catalogue de cette exposition.

Gâteau glacé, éphémère sous la chaleur animale et passionnée de la foule des visiteurs, il y avait hélas un peu trop de monde pour une contemplation lente, il faut par politesse céder la place aux admirateurs suivants !

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    Edgar Degas, Après le bain, pastel, vers 1895, musée d’Orsay

Les couleurs de Degas semblent en effet des giclées d’acides de fruits qui aspergent les tutus, illuminent les textiles, il ose des juxtapositions stridentes, astringentes, des plus vivifiantes !

Le musée d’Orsay est l’un des plus riches du monde en pastels, et dans cette sélection exposée, Edgar Degas, Edouard Manet, Odilon Redon et Lucien Lévy-Dhurmer se taillaient de larges parts bien sûr. On a pu découvrir aussi d’autres artistes moins connus que le pastel révèle avec enchantement.

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Paul-César Helleu, Portrait de Madame Paul Helleu, pastel, 1894, musée d’Orsay

Le pastel, plus pratique et rapide à travailler que l’huile, donc d’un résultat plus spontané, incite à l’audace des compositions, des angles de vue, des arrangements de couleurs pour approfondir encore le mystère et l’éclat.

 » Poudre de vérité, poussière d’étoiles, vibration infinie  » peut-on lire avec plaisir dans le catalogue … toute cette poésie nous touche en effet devant ces oeuvres de tonalités et messages très variés, du plus clair jusqu’à l’obscur, du ton brut à l’évanescence, de la tendresse la plus naturelle au mystère le plus profond.

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Lucien Lévy-Dhurmer, Portrait de Mademoiselle Carlier, pastel, 1910, musée d’Orsay

Parmi toutes ces splendeurs, c’est peut-être Lévy Dhurmer qui m’a le plus impressionnée.
On peut revoir sur cette page du musée d’Orsay les pastels présentés.

 » Peindre, non la chose elle-même, mais l’effet qu’elle produit.  » a dit Mallarmé à propos du pastel.
Quel effet produit a su peindre Lévy-Dhurmer !
Mystère profond comme un tombeau, énigme envoûtante, apparition telle un hologramme, ses pastels sont une poudre stupéfiante, colorée mais grisante.

Ah, tout l’effet ravageur qu’exerce mademoiselle Carlier ! Elle nous jette de la poudre aux yeux !
Seul le pastel, sans doute, pouvait rendre ce halo de séduction dans lequel elle se prélasse, cet affolement calculé, cette tension friponne, ah, la jeune bouche prompte au carnage, chavirant !

A côté d’elle se trouvait un portrait étonnant :

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    Emile Lévy, Portrait de jeune fille en rouge sur fond de fleurs, pastel sur papier beige, 1887, musée d’Orsay

La jeune fille est tarte, pour reprendre le langage culinaire appliqué au pastel, mais la robe est d’un rouge, mais d’un rouge ! Pulpeux sorbet aux fraises, éclaboussant de son jus frais toute la salle !
La photo ne le restitue hélas pas bien, mais ce taffetas rouge vif et moiré possède un éclat vibrant que seul un pastel pouvait produire.

Après ce rouge pétaradant, j’ai retrouvé avec plaisir le vert doux et silencieux de la petite porte de Kerr Xavier Roussel :

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    Kerr Xavier Roussel, La Barrière, vers 1892, pastel, musée d’Orsay

J’aurais été déçue de ne pas pouvoir contempler la porte étroite qui chancelle de Verlaine ici .

Peut-être était-ce avec cette image que je devais commencer mon article, car, à travers ces quelques mots ébauchant mes impressions confuses, j’ai poussé la porte du jardin des pastels, je n’ai fait que l’entrebâiller, juste pour rêver encore !

Manchon

null  » La volupté du goût  » est le titre alléchant d’une exposition qui eut lieu à l’automne dernier au mba de Tours et que j’aurais bien aimé visiter. On ne peut pas se promener partout, maintenant elle se tient à Portland dans l’Oregon et je n’irai pas jusque là ! Mais on peut se procurer facilement le catalogue et il est superbe !

Cette exposition retrace une époque de l’art français qui dura vingt ans, de 1745 à 1765, ce sont les années Pompadour, années éclatantes de perfection sous le règne de Louis XV-le Bien-Aimé et de sa brillante amie et bien-aimée.

C’est précisément un portrait de madame de Pompadour qui accrocha particulièrement mon attention dans ce beau catalogue :

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François-Hubert Drouais ( 1727-1775 ) La Marquise de Pompadour en manchon, 1763, musée des beaux arts Orléans

Quand on est habitué aux portraits d’apparat de la marquise, comme, par exemple, l’éblouissant pastel de Quentin de La Tour du Louvre, on est à la fois surpris et attendri par cette représentation plus intime.
Cela ne paraît pas à sa bonne mine, mais à ce moment-là, madame de Pompadour est malade et va bientôt mourir.
Le tableau, huile sur toile ovale, est signé en bas à gauche  » Peint par Drouais le fils, la tête retouchée d’après nature en juin 1763  » .
Madame de Pompadour est décédée en avril 1764.
Elle porte un beau manchon de fourrure, et le froid a rougi ses pommettes. Léger sourire bienveillant, petit menton de la quarantaine, teint de pêche et regard si doux !

On a dit que ce portrait était une étude préparatoire à celui conservé dans la National Gallery de Londres, mais ce serait plutôt le contraire, ce petit portrait ( 63,5cm x 53cm ) est une réplique simplifiée de celui de Londres, plus facile à copier pour le distribuer aux amis ( pas de photocopieuse à l’époque ) et le manchon était très à la mode et plaisait beaucoup.

Voilà le fameux portrait de la marquise à Londres :

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François-Hubert Drouais, Madame de Pompadour devant son métier à tapisserie, 1763-64, National Gallery Londres, notice du musée

La NG de Londres permet d’admirer ce magnifique et grand tableau ( 217cm x 156,8cm ) à la loupe, et j’ai enregistré quelques détails :

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Sur cette somptueuse boîte à couture, qui permettait de classer les laines par couleurs, le peintre a signé ceci :
 » peint par Drouais le fils, la tête en avril 1763, et le tableau fini en mai 1764  »

L’oeuvre fut donc terminée un mois après la mort de la marquise.

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Le visage est donc le même qu’à Orléans mais le précède de deux mois. Les dentelles, tissus brodés, rubans de soie sont d’une beauté stupéfiante, on admire autant l’art textile des artisans qualifiés que la virtuosité de l’artiste peintre.

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La marquise brode et on admire le travail de sa toilette, son échelle de noeuds, ses engageantes …
Femme intelligente, très cultivée, cérébrale et décidée, elle travaillait aussi de ses mains.

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Transparence sublime du tulle brodé sur la soirie imprimée de la robe.
Ah splendeurs !
La fourrure noire du petit chien a fait place au manchon blanc dans le portrait du musée d’Orléans.

J’aime bien cette mode du manchon, j’en ai photographié un lors de ma dernière visite au Louvre en janvier !

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Jean-Marc Nattier, La comtesse de Tessin, 1741, musée du Louvre.

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