La lingère

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François Boucher, Le moulin, 1751, musée du Louvre, notice du musée

Ce beau tableau de Boucher est exposé à côté de  » L’orage  » de Fragonard au Louvre dont j’ai parlé hier, et il me donne une fois de plus l’occasion de m’amuser avec ce sujet de la lessive, cher au coeur des FAF puisqu’il occupe une bonne part de son quotidien !

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Ces lavandières m’enchantent toujours, les peintres les ont souvent étudiées avec tendresse et talent.
Poigne et courage il fallait avoir pour brosser ce linge dans une eau parfois glacée, l’essorer, le transporter, l’étendre, ces tâches aujourd’hui robotisées ne présentent plus aucun intérêt artistique, bien que la lessive occupe une grande part dans le genre du paysage – publicitaire – , mais le clip n’a pas le charme ineffable des  » soap paintings  » du XVIIIème siècle !

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J.H. Fragonard, Les cascatelles de Tivoli, vers 1761, musée du Louvre, notice du musée.

Le docteur Lacaze crut acheter un tableau d’Hubert Robert avec ces cascatelles de Tivoli, mais c’était un Fragonard, les deux peintres amis pouvaient être confondus. Ils ont séjourné ensemble à Rome et se distrayaient des exercices académiques très sérieux en peignant ces scènes charmantes dans la campagne romaine.

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Hubert Robert, La lingère, 1761, Sterling et Francine Clark Institute Williamstown

On distingue à gauche une fontaine romaine, surmontée d’une imposante sculpture, et le peintre a signé sur le linteau au dessus du lion, en italianisant son nom, Roberti . Délicieux sujet !

J’ai traité plusieurs fois le sujet, voir sur cette page par exemple, je me répète, mais chacun sait que la lessive est un éternel recommencement !
Les peintres nous prouvent que ces tâches ménagères ne sont pas sans noblesse …

Voilà un autre Fragonard de la lessive romaine :

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J.H. Fragonard, Les blanchisseuses ou l’étendage, vers 1758, musée des beaux arts de Rouen, notice du musée.

La notice du musée évoque le menu peuple dans l’antre sombre de cette grande lessive, ce travail se faisait en communauté autrefois.
Maintenant, la ménagère se retire dans la froide et impersonnelle intimité de sa machine à laver, elle lui remplit le ventre et tripote ses boutons, l’eau jaillit dans ses entrailles et la bête s’ébranle en marmonnant des sons métalliques. Après deux heures de mastication, la ménagère lui retire son bol alimentaire tout propre et l’étend au soleil, ou le fourre dans la gueule d’une autre machine, et pendant ce temps, elle admire les lavandières d’antan sur l’écran de son ordinateur.

Bon week-end !

Chiens de chasse

Un jour au Louvre, suite …

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Après avoir traversé la salle de la jocondolâtrie …
( quels sont les autres tableaux dans le monde qui possèdent des couloirs balisés pour leur file d’attente ? )

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… et longé le couloir de la milomania …

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… qu’il est doux de trouver des salles dédaignées par les chenilles processionnaires !

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Cette salle se trouve au département des objets d’art dans l’aile Richelieu au premier étage, et présente les magnifiques tapisseries des chasses de Maximilien.

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Louvreboite en avait parlé en octobre dernier et j’ai bien pensé à lui en visitant cette salle.
Oui, c’est un havre de paix , et nous en avons besoin dans un musée aussi fréquenté que le Louvre !

Mes photos ne sont pas idéales mais illustrent bien l’atmosphère de solitude, une ambiance que j’aime à vrai dire.
Et la salle est belle, pas lugubre du tout, bien au contraire !
Ces très grandes tapisseries ( H: 4,55m L: 6,80m ) aux couleurs douces, harmonies de vert tendre, rose framboise, bleu horizon, brun noisette et blanc crème, se détachent sur des murs d’un vert amande tout à fait reposant pour l’oeil.

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( Février ou le signe du verseau )

Ce sont des tapisseries bruxelloises tissées d’après des cartons de Bernard van Orley en 1530-33, en laine, soie, or et argent, et représentent des scènes de chasse, les chasses de Maximilien.
Douze tapisseries pour les douze mois de l’année et signes du zodiaque.
Apparemment, Maximilien se permettait de chasser toute l’année !

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Ce sont les chiens ( et les chiennes ) que j’ai admirés le plus dans ces scènes où, bien sûr, ils jouent un rôle important.
Ils ont tous une bonne bouille, une expressivité canine des plus attendrissantes !

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Ceux-ci s’emparent d’un sanglier, et l’un d’eux porte un petit manteau !

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J’ai pris un grand plaisir à les regarder, ils sont immortalisés dans la laine depuis presque cinq cents ans, et restent pleins de vie . Merveilleux !

Pour animer cette salle peut-être un peu trop calme, il faudrait de temps en temps faire résonner ( doucement ) des bruits de chasse, des aboiements de chiens !

En tous cas, pour faire plaisir aux gardiens, et à vos yeux aussi, ne manquez pas un détour par cette salle lors d’une prochaine visite au Louvre ! Ouah ouah !

La longue dame brune

Il y a deux ans déjà j’avais illustré par de longs tableaux cette chanson de Barbara, La longue dame brune. J’ai supprimé la première moitié du blogue et je regrette l’absence de cette longue dame brune ( à plus d’un sens ). Je la remets dans mon Bloghaus en compagnie de nouvelles brunettes de la peinture, différentes des précédentes pour ceux qui s’en souviennent peut-être. Ce n’est pas par manque d’inspiration, mais par affection pour Barabara et Georges Moustaki qui ont créé de si belles chansons.
On peut les revoir et les écouter ensemble sur cette page ( + quelques secondes pour charger !) .

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Pour une longue dame brune
J’ai inventé
Une chanson au clair de la lune
Quelques couplets
Si jamais, elle l’entend, un jour
Elle saura
Que c’est une chanson d’amour
Pour elle et moi

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Je suis la longue dame brune
Que tu attends
Je suis la longue dame brune
Et je t’entends
Chante encore au clair de la lune
Je viens vers toi
Ta guitare, ancre de fortune
Guide mes pas

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Pierrot m’avait prêté sa plume
Ce matin-là
A ma guitare de fortune
Je pris le La
Je me suis pris pour un poète
En écrivant
Les mots qui passaient par ma tête
Comme le vent

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Pierrot t’avait prêté sa plume
Cette nuit-là
A ta guitare de fortune
Tu pris le La
Et tu t’es pris pour un poète
En écrivant
Les mots qui passaient par ta tête
Comme le vent

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J’ai habillé la dame brune
Dans mes pensées
D’un morceau de voile de brume
Et de rosée
J’ai fait son lit contre ma peau
Pour qu’elle soit bien
Bien à l’abri et bien au chaud
Entre mes mains

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Habillée d’une voile de brume
Et de rosée
Je suis la longue dame brune
De ta pensée
Chante encore au clair de la lune
Je viens vers toi
A travers les monts et les dunes
J’entends ta voix

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Pour une longue dame brune
J’ai inventé
Une chanson au clair de la lune
Quelques couplets
Je sais qu’elle l’entendra un jour
Qui sait, demain
Pour que cette chanson d’amour
Finisse bien

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Bonjour, je suis la dame brune
J’ai tant marché
Bonjour, je suis la dame brune
Je t’ai trouvé
Fais-moi place au creux de ton lit
Je serai bien
Bien au chaud et bien à l’abri
Contre tes reins

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Ces longues dames brunes ( une majorité d’américaines ! ) ont été peintes, dans l’ordre d’apparition , par :
– Charles Giron, Femme aux gants, 1883, Petit Palais Paris
– William Merritt Chase, Portrait de Lady C. , 1893, academy of fine arts Pennsylvania
– Jozsef Rippi-Ronai, Dame à la robe à pois blancs, 1889, musée national de Budapest
– John Singer Sargent, Mr and Mrs Phelps Stokes, 1897, Met New York
– Edmund Tarbell, Rêverie, 1913, MFA Boston
– W.M. Chase, Ma fille Dieudonnee, vers 1902, Parrish art museum Southampton New York
– John White Alexander, vers 1900, institute of american art Butler
– Edmund Tarbell, Preparing for the matinee, museum of art Indianapolis

Le ski

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Frits Thaulow, Hiver en Norvège, 1886, musée d’Orsay

Est-ce à cause de mon intérêt grandissant pour le peintre Thaulow et pour la Norvège que je suis en train de lire en ce moment  » Séraphita  » de Balzac ?
N’étant qu’au début de la lecture, je n’en donnerai pas un résumé, mais la langue pure et imagée de Balzac m’emporte dans les fiords avec ravissement.
Oeuvre à part, datant de 1835 et dédiée à madame Hanska, ne faisant pas partie de la Comédie Humaine …

Un passage du premier chapitre intitulé  » Séraphitus  » : deux jeunes personnes, Séraphitus et Minna, glissent sur les flancs enneigés avec une effrayante dextérité.

De nouveau, tous deux ils firent siffler sur la neige de longues planches attachées à leurs pieds et parvinrent sur la première plinthe que le hasard avait nettement dessinée sur le flanc de cet abîme. La personne que Minna nommait Séraphîtüs s’appuya sur son talon droit pour relever la planche longue d’environ une toise, étroite comme un pied d’enfant, et qui était attachée à son brodequin par deux courroies en cuir de chien marin. Cette planche, épaisse de deux doigts, était doublée en peau de renne dont le poil, en se hérissant sur la neige, arrêta soudain Séraphîtüs ; il ramena son pied gauche dont le patin n’avait pas moins de deux toises de longueur, tourna lestement sur lui-même, vint saisir sa peureuse compagne, l’enleva malgré les longs patins qui armaient ses pieds, et l’assit sur un quartier de roche, après en avoir chassé la neige avec sa pelisse.

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Cuno Amiet, Le grand hiver, 1904, musée d’Orsay

C’est le ski que Balzac décrit, mais le mot n’était pas encore utilisé en France à son époque, il n’apparut dans la langue française qu’en 1891, dit Le Robert.
Ce mot, ski, vient d’ailleurs de Norvège.
Avant le ski, on parlait de patin à neige.
J’ai dû mal comprendre, mais il me semble que les skis de Séraphitus n’ont pas la même longueur, le droit serait la moitié moins long que le gauche .
Balzac a-t-il mal regardé cet étrange équipement, ou celui-ci a-t-il bien évolué jusqu’à nous ?
Ce passage est néanmoins pittoresque et témoin des sports d’hiver à l’ancienne, quand la haute technologie n’était pas encore venue métamorphoser les performances.

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Frits Thaulow, Ski sur une colline, 1874, museum of fine arts Boston

Sports d’hiver, suite

Entrons dans ce joyeux univers !

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Hendrik Avercamp, Paysage d’hiver avec sports sur glace, vers 1608, Rijksmuseum Amsterdam

La page du musée est ici ici pour obtenir un bel agrandissement de l’image.
Cet agrandissement permet au regard de se glisser comme un patineur dans cette vie d’un passé lointain, d’en admirer les détails, les habitudes, les traditions, les symboles, tout ce qui représente notre héritage, tout ce d’où nous sommes issus. C’est un plaisir de découvrir le monde qui nous a précédé et que nous avons transformé au fil des siècles.

Ce panneau de 87,5cm x 132cm est le plus ancien paysage d’hiver d’importance du Rijksmuseum d’Amsterdam.
Avercamp ( 1585-1634 ) était né à Amsterdam et vécut à Kampen. Est-ce le  » camp  » de son nom qui le poussa à Kampen ?!
Il eut pour maître le peintre Pieter Isaacsz. et se spécialisa dans le paysage d’hiver.
Il était muet, et on le surnomma  » le muet de Kampen « , mais ses personnages semblent bruyants ! Sa peinture parle pour lui, et pour nous en même temps.

Ce paysage grouille de personnages pittoresques saisis dans leurs activités ludiques ou utiles.

null Un couvreur transporte du chaume sur son dos,
et devant lui, un pêcheur perce la glace avec une lance pour attraper des anguilles.

Badaboum ! null
un patineur est tombé, un autre se soulage le long d’un arbre, et on semble distinguer au loin l’ancêtre du char à voile.

null Un mendiant vient solliciter un groupe de bourgeois empanachés en train de bavarder.

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Cette grande maison, à gauche dans le tableau, est une brasserie aux armes d’Anvers.
On puise l’eau par un trou ménagé dans la glace pour la fabrication de la bière.
Avercamp a travaillé avec un paysagiste flamand, et a subi une forte influence flamande.

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Cette petite cabane, à droite du tableau, porte la signature du peintre sous la forme de graffitis à la craie blanche. Un autre pêcheur d’anguilles semble tenir sa main gauche quelques uns de ces poissons.
Des couples se prennent par la main, amour courtois, amour conjugal, amour tout court et geste inchangé aujourd’hui.

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A gauche du tableau, au premier plan, on aperçoit un piège à oiseau, simple planche en équilibre instable sur un bâton.
Là aussi, on reconnaît l’influence flamande, car ce même piège à oiseau fut peint par Pieter Bruegel l’Ancien dans un tableau que voici :

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    Pieter Bruegel ( 1527/28 – 1569 ), Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux, musées des beaux arts de Bruxelles

Détail de la trappe null

Ce piège à oiseaux avait une signification précise dans l’art et la littérature de l’époque. L’oiseau, associé à l’âme fragile du chrétien, n’est pas à l’abri des tentations et des pièges le faisant tomber dans le péché. Cette trappe est posée là par le diable, et l’homme doit à tout prix l’éviter pour atteindre le salut. On remarque dans le tableau d’Avercamp les traces de pas humains qui contournent ou frôlent le piège, montrant que les hommes s’approchent souvent tout près du mal.

Le patinage également symbolise l’âme humaine légère et insouciante qui glisse sur les évènements en chutant parfois.
Dans ce tableau d’apparence très anecdotique, Avercamp donne une petite leçon de morale et rappelle aux humains leur vanité.
Mais que cela ne nous empêche pas de profiter pleinement des joies hivernales !

Sports d’hiver

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Hendrik Avercamp ( 1585-1634 ), Sport sur glace près d’un village, 1609, Rijksmuseum Amsterdam

Quatre cents ans exactement séparent ces patineurs !

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Patinage aux Pays-Bas, janvier 2009

L’image n’est pas nette, elle vient de youtube ou similaire, mais le film est très sympa à voir :
Regarder les patineurs de 2009 sur cette page.

Seule la tenue vestimentaire a changé !
C’est rassurant de constater que les traditions perdurent, et que le climat, finalement, reste stable.

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Merveilleux de patiner entre les moulins comme au XVIIème siècle !

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Hendrik Avercamp, Sports de glace, 1608, Rijksmuseum Amsterdam

Les sports d’hiver étaient variés, patinage, luge, kolf, et ce dernier, ancêtre commun du hockey et du golf, était le jeu le plus populaire aux Pays-Bas au XVIIème siècle.

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Hendrick Avercamp, Paysage d’hiver avec patineurs, 1615, Rijksmuseum Amsterdam

L’équipement null
a changé, mais les gestes du sportif sont immuables.

Le kolf null
se pratiquait partout, en toutes saisons, à tous âges, sur glace ou sur terre, et aussi dans la maison.
De nombreuses scènes de genre hollandaises montrent un enfant jouant au kolf dans une cour, ou dans une maison, et même Rembrandt avait dessiné et gravé l’un de ces joueurs :

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    Rembrandt, Le jeu de kolf, 1654, eau-forte, musée du Petit Palais Paris

    Dans la cour des tavernes, il était fréquent de se détendre en jouant à ce jeu. (j’avais blogué à ce sujet en 2006, un nouvel article serait peut-être amusant )

    Ces paysages d’hiver de Hendrick Avercamp sont si riches que j’y reviendrai plus en détail dans un prochain article. A suivre !
    Le retour de la douceur en Europe risque de rendre le patinage dangereux sur les canaux hollandais. Let op !

Neige en couleur

La douceur semble être revenue et pas un seul flocon n’est tombé sur mon village durant cette mémorable période de froid . Nom d’une pipe de bonhomme de neige, c’est pas juste !
Pour compenser cette carence nivale, j’ai admiré les paysages enneigés des sites web de musées, certains musées proposent des avalanches d’images !

Ainsi le musée de Boston présente de nombreuses merveilles de l’hiver.

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    George Hallowell ( 1871-1926 ), Arbres en hiver, vers 1910, aquarelle, MFA Boston

En visitant le site du Museum of Fine Arts de Boston, j’écoutais mon CD de Vincent Delerm reçu à Noël, ( le l’aime beaucoup ) et une chanson, Martin Parr, dit :  » cheveux bleus grand-mère  » . En même temps je vois ces aquarelles du peintre américain George Hallowell …

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    George Hallowell ( 1871-1926 ), Drapés de neige, aquarelle, MFA Boston

et je me dis, ouh, la neige s’est fait une petite teinture de grand-mère, balayage bleu virant au parme … l’artiste a un peu forcé sur la couleur, il fut peut-être apprenti coiffeur avant de passer aux beaux-arts. Ou alors il a trop bien assimilé les leçons chromatiques des impressionnistes français.

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Lefevre James Cranstone, Patinage à Richmond, 1859-60, aquarelle, MFA Boston

Cet artiste d’origine anglaise semble avoir dessiné sur la glace la future silhouette de Charlot avec ses patins ! Beau fondu nacré de gris perle.

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J.F. Millet, Orée de la forêt de Barbizon en hiver, 1866-67, crayon noir et pastel sur papier beige, MFA Boston

Reflets roses sur la neige de Millet.

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Frits Thaulow, Ski sur une colline, 1874, MFA Boston

Et voilà encore mon Thaulow favori ! Ce peintre norvégien a peint fréquemment la neige, mais le plus souvent l’eau dans son état naturel liquide. Dans la plupart de ses tableaux, une rivière vient donner du mouvement à sa composition. J’y reviendrai.
Ici, ce sont les skieurs et leurs empreintes qui animent le grand manteau blanc. Un souffle de bleu ou de rose vient par-ci par-là nuancer cette symphonie en blanc majeur.

Ce n’est pas avec un tableau du MFA de Boston que je termine cet article, mais l’unité bleue de cette oeuvre du musée d’Orsay me semble si féérique que je ne résiste pas …

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Lucien Lévy Dhurmer, Le lac Léman, 1925, pastel, musée d’Orsay

L’heure bleutée si exquise, pure atmosphère élyséenne !

Janvier est le mois du blanc

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Monsieur Boucicaut, le créateur du Bon Marché, se plaignait d’une baisse de la fréquentation de son magasin après les fêtes de fin d’année, et comme il neigeait sur Paris, il eut l’idée d’installer le linge de maison, forcément blanc au XIXème siècle, dans les vitrines pour créer une ambiance nivéenne bien de saison. C’est ainsi au début de l’année 1868 que s’ouvrit le premier  » Mois du Blanc « .

Aujourd’hui, le  » blanc  » n’est plus vraiment blanc, mais très coloré, et cela, les peintres le savaient depuis longtemps, la neige n’est jamais totalement blanche !
Et un hasard, qui n’est pas réellement hasardeux car la neige est un sujet de conversation et de blogage fréquent ce mois-ci, le blogue bleu de cobalt traite des couleurs de la neige aussi, je conseille de le visiter !

Amsterdam en hiver

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Poésie des toits saupoudrés

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Ciel rose poudre d’un temps de neige

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La majesté d’un paysage enneigé rend souvent les figures humaines petites, humbles, hésitantes, surprises dans leur faiblesse

Hum, surprises aussi dans leurs gestes quotidiens, qui ne sont pas forcément poétiques …

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Anecdote fréquente dans les oeuvres des Pays-Bas, mais si on y repense, n’avons-nous jamais, garçons ou filles, éprouvé un certain plaisir à écouter le crépitement étouffé du chaud ruisseau perçant la croûte glacée et à observer le ravin ocré creusé au flanc de la colline blanche ?!

Ces extraits de tableaux proviennent de cette oeuvre que j’aime beaucoup :

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    Wouter Johannes van Troostwijk, Het Raampoortje te Amsterdam, 1809, Rijksmuseum Amsterdam

La page du Rijks est ici et explique très bien ce tableau.
Le peintre, Wouter van Troostwijk n’est pas connu car il est mort très jeune en 1810 à 28 ans.

null Cette vue d’Amsterdam représente la petite porte d’architecture classique, à l’ouest de la ville, qui ouvrait sur des champs prévus à l’étendage des draps, qu’on faisait sécher sur des cadres,  » raam  » en néerlandais, d’où le nom de la porte.

Troostwijk aurait pu choisir une vue plus célèbre de la grande ville, mais il a préféré la confidentialité de cette petite porte, et son tableau n’est que plus séduisant, empreint d’une quiétude silencieuse que la neige favorise.

null La photo actuelle montre la tour de l’ouest, à l’arrière plan du tableau on aperçoit les maisons du quai aux fleurs, et en son premier plan il s’agit du Singel et son quai.

La peinture hollandaise du XIXème siècle, peu connue, regorge de trésors à découvrir. Des vues hivernales aux Pays-Bas, on connaît surtout les scènes de patinage sur les canaux et étangs gelés du XVIIème siècle, je me ferai un plaisir bientôt de revenir aussi sur ces joies de l’hiver !

PS : On peut voir l’autoportrait de Wouter Johannes van Trootswijk sur cette page
Il est né à Amsterdam en 1782, fut influencé par la peinture de Jacob van Ruijsdael et Paulus Potter, et son vrai métier fut concierge à la mairie d’Amsterdam.

Chambres d’hiver

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Frits Thaulow, La nuit, vers 1880, Ermitage Saint Pétersbourg

Le froid persiste et signe les vitres de ses dessins fantastiques. Mes géraniums aux fenêtres sont désespérément grillés alors qu’ils traversaient joyeusement l’hiver en fleurs les autres années.
Pfffttt, la Bretagne n’est plus ce qu’elle était, mais de toutes façons, cette année, Dakar est en Argentine, alors il faut s’attendre à tout !

On passerait bien le week-end au lit …

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Edouard Vuillard, Le sommeil, 1892, musée d’Orsay

Mais j'avais revu tantôt l'une, tantôt l'autre, des chambres que j'avais habitées dans ma vie, et je finissais par me les rappeler toutes dans de longues rêveries qui suivaient mon réveil ; chambres d'hiver où quand on est couché, on se blottit la tête dans un nid qu'on se tresse avec les choses les plus disparates : un coin de l'oreiller, le haut des couvertures, un bout de châle, le bord du lit, et un numéro des Débats roses , qu'on finit par cimenter ensemble selon la technique des oiseaux en s'y appuyant indéfiniment; où, par un temps glacial le plaisir qu'on goûte est de se sentir séparé du dehors ( comme l'hirondelle de mer qui a son nid au fond d'un souterrain dans la chaleur de la terre) , et où, le feu étant entretenu toute la nuit dans la cheminée, on dort dans un grand manteau d'air chaud et fumeux, traversé des lueurs des tisons qui se rallument, sorte d'impalpable alcôve, de chaude caverne creusée au sein de la chambre même, zone ardente et mobile en ses contours thermiques, aérée de souffles qui nous rafraîchissent la figure et viennent des angles, des parties voisines de la fenêtre ou éloignées du foyer, et qui se sont refroidies ;

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Combray

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Edouard Vuillard, Au lit, 1891, musée d’Orsay

Ce paragraphe m’envoûte, Marcel Proust traduit si bien ces impressions intraduisibles, décrit si précisément ces souvenirs fugaces et indescriptibles …
J’ai déménagé, je crois, vingt-six fois dans ma vie, et, chose étrange, je me souviens assez bien de toutes les chambres que j’ai habitées. Mon plus vieux souvenir est d’ailleurs la vue de mon lit, un lit à barreaux, vue à partir de l’intérieur bien-sûr, j’avais moins de trois ans.

La chambre d’hiver se fixe mieux dans la mémoire, on tisse en effet des relations plus intimes avec les choses qui dorlotent le corps qui s’endort en hiver. La nature m’a donné un bon sommeil, et la période de la journée que je préfère est celle de l’endormissement sur l’oreiller le soir … le moment flou des idées vagabondes, des couleurs pastels, du bien-être ouaté, tiède et surnaturel. L’esprit crée alors des chefs-d’oeuvres colorés qui se diluent dans les bulles de la nuit comme un trait de grenadine dans la limonade.
Quand la journée le permet, c’est bon de reprendre les rêveries au réveil comme Marcel, mais elles sont différentes. La nuit a mûri la lecture d’un numéro de la Revue du Louvre, débats sur papier blanc …
Qu’il est difficile alors de s’extirper de l’impalpable alcôve, la chaude caverne creusée sous la couette !

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Eva Gonzalès, Le réveil, 1876, Kunsthalle Brême

La neige

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Frits Thaulow, pastel, collection particulière

Le grand froid favorise les histoires au coin du feu.

La neige

Qu’il est doux, qu’il est doux d’écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d’arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !
Quand seul dans un ciel pâle un peuplier s’élance,
Quand sous le manteau blanc qui vient de le cacher
L’immobile corbeau sur l’arbre se balance,
Comme la girouette au bout du long clocher !

Alfred de Vigny, première strophe de La neige, recueil Poèmes antiques et modernes, le poème entier se lit sur cette page.

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Pierre Vafflard, Emma et Eginard ou les stratagèmes de l’amour, 1809, musée d’Evreux

Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire tout le poème, un bref résumé :

Vigny nous raconte une histoire dans son long poème, et nous sommes priés d’écouter !
C’est un récit médiéval, comme on en était friand dans ces années romantiques, fabliau palpitant, une histoire d’amour entre la princesse Emma et le jeune page Eginard … amours fautives contraires à leurs rangs. Le roi les observe du haut de sa fenêtre. Va-t-il sévir ? Eh non, petit miracle troubadour, il leur accorde sa clémence et sa bénédiction !

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Pierre Bonnard, Jour d’hiver, 1905, musée Calvet Avignon

Qu’il est doux de lire ou écouter les histoires durant les jours d’hiver !
Les livres lus sur CD me passionnent, dommage qu’ils soient si coûteux !
C’est le moment propice pour lire enfin tous ces livres qui attendent sur la table de nuit l’heure exquise de leur découverte.

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