Le boeuf et l’âne

null Plus que 360 jours avant Noël
359 même …
Heureusement l’Epiphanie vient bientôt réenchanter la maison de sa douce note de Noël parfumée à la frangipane.
Le réveillon du 31 décembre ne m’inspire pas vraiment.

Un poème de Péguy m’enchante aussi de sa tendresse, et j’ai plaisir à le mettre en de touchantes images …

La Crèche

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Les solives du toit faisaient comme un arceau.
Les rayons du soleil baignaient la tête blonde.
Tout était pur alors et le maître du monde
Etait un jeune enfant dans un pauvre berceau.

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Sous le regard de l’âne et le regard du boeuf
Cet enfant reposait dans la pure lumière.
Et dans le jour doré de la vieille chaumière
S’éclairait son regard incroyablement neuf.

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Le soleil qui passait par les énormes brèches
Eclairait un enfant gardé par du bétail.
Le soleil qui passait par un pauvre portail
Eclairait une crèche entre les autres crèches.

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Mais le vent qui soufflait par les énormes brèches
Eût glacé cet enfant qui s’était découvert.
Et le vent qui soufflait par le portail ouvert
Eût glacé dans sa crèche entre les autres crèches

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Cet enfant qui dormait en fermant les deux poings
Si ces deux chambellans et ces museaux velus
Et ces gardes du corps et ces deux gros témoins
Pour le garer du froid n’eussent soufflé dessus.

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Sous le regard du boeuf et le regard de l’âne
Cet enfant respirait dans son premier sommeil.
Les bêtes calculant dedans leur double crâne
Attendaient le signal de son premier réveil.

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Et ces deux gros barbus et ces deux gros bisons
Regardaient s’éclairer la lèvre humide et ronde.
Et ces deux gros poilus et ces deux gros barbons
Regardaient sommeiller le premier roi du monde.

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Charles Péguy

Le boeuf et l’âne proviennent, dans l’ordre d’apparition qui n’est pas chronologique, des étables suivantes :

    – Martin Schongauer, Nativité, vers 1480, Gemäldegalerie Berlin
    -Jérôme Bosch, Adoration des Bergers, vers 1550, musées royaux Bruxelles
    -Noël Nicolas Coypel, Nativité, 1728, Château de Versailles
    – Jérôme Bosch, deux détails du Triptyque de L’Epiphanie, vers 1510, musée du Prado Madrid
    – Jacquelin de Montluçon ( attribué à ) , détail de l’Adoration de L’Enfant, vers 1463-1505, mba Lyon
    – Bernardino Luini, Nativité, Gemäldegalerie Berlin
    – Maître de la Nativité, ( 2ème moitié du XVème siècle ) , détail de la Nativité, musée du Louvre

    On peut admirer en gros plan le triptyque de Jérôme Bosch au musée du Prado sur cette page.

A l’année prochaine ! 🙂

Plaisirs de l’hiver

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Frits Thaulow ( 1847-1906 ), Cottages sous la neige, pastel sur toile, 1891, MFA Boston

Ce peintre norvégien a peint souvent son pays dans la splendeur de l’hiver, il faudra que je revienne sur son oeuvre blanc fort intéressant. La neige, j’aime tant ça …

Il fait bien froid dehors …

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Claude Monet, La capeline rouge, portrait de madame Monet, musée de Cleveland

Si des flocons venaient à tomber dans ma région, je revêtirais volontiers une capeline rouge pour aller fouler du bout de mon nez la blancheur légère.

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P.A. Renoir, Camille Monet lisant, 1872, Sterling et Francine Clark Art Institute Williamstown

Après la fraîche promenade en rouge, madame Monet, engloutie dans la tapisserie, se repose dans le bleu d’une robe douillette. Les éventails au mur rappellent une autre robe de chambre …

null Claude Monet, La Japonaise, 1875, MFA Boston

Exotisme supplémentaire , cette japonaise est blonde …
Folle cruauté de la chimère brodée apprivoisée par l’étoffe.
Confort d’une robe d’intérieur ouatinée, chaleur d’une boisson reconstituante, quand il fait froid dehors, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le cocooning.

La magie de l’Orient opère à travers les siècles, et la délicatesse d’une tasse à thé en porcelaine chinoise gardera toujours son charme exotique et mystérieux.

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détail du tableau de Chardin, que j’ai montré dernièrement, et qui est conservé à Glasgow, consulter la notice du musée ici.

Ah ces volutes silencieuses où vont se lover les pensées … où des poissons d’or cherchent noise au monstre épouvanté ( du peignoir ).

La fenêtre enneigée de Monet m’entraîne vers la mode japonisante de son époque, qui m’invite à prendre le thé en lisant le poème de Théodore de Banville … le lecteur se perdra dans mes songeries et j’implore son indulgence.
Les chauds et froids de l’hiver favorisent les embardées des idées !

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Maxwell Armfield ( 1882-1972 ) Faustine, musée d’Orsay, notice

Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d’or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J’aime la folle cruauté
Des chimères qu’on apprivoise :
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L’extase et la naïveté :
Miss Ellen, versez-moi le Thé.

Théodore de Banville

L’extase et la naïve-thé transportent soudain l’esprit dans la belle-saison !

    Miss Ellen, servez-moi le thé !

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Richard Miller, Afternoon tea, 1910, musée d’Indianapolis

Les dessous de la peinture

null Le père-Noël a apporté à mon mari fan du Chat le dernier album de Philippe Geluck, et il m’a montré cette image que je m’autorise à reproduire :

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arf, funny ! Geluck a du génie !

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Chardin, Lapin mort et attirail de chasse, 1728-29, musée du Louvre

On s’imagine alors madame Chardin au milieu de ses clapiers, un bonnet en peau de lapin sur la tête !

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Chardin, Lièvre mort avec poire à poudre et gibecière, 1730, musée du Louvre

Cette brave madame Chardin a dû cuisiner de nombreuses terrines … que son mari peignait aussi !

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Chardin, La table de cuisine , dit aussi Les débris d’un déjeuner, musée du Louvre

J’ai également cuisiné des terrines pour les fêtes, mais de canard cette année :

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Chardin, Canard col-vert et bigarade, musée de la chasse et de la nature Paris

La bigarade, orange amère que l’on consommait au XVIIIème siècle, ajoute à la composition du tableau, en attendant celle du pâté, sa petite touche piquante et colorée en écho à l’orangé des pattes et du bec de l’animal.

null Sept terrines j’ai faites la semaine dernière, mais pas à l’orange pour une fois, aux noisettes, c’est très bon aussi !

Les enfants repartent chacun chez eux avec un pâté souvenir de Noël 2008 !

Voyage dans le passé

Colloque sentimental

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Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé.

– Te souvient-il de notre extase ancienne ?
– Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?

– Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? – Non.

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– Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! – C’est possible.

– Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !
– L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul Verlaine

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Cette semaine j’ai lu la dernière nouvelle de Stefan Zweig.
J’ai écouté aussi le dernier CD de Vincent Delerm.
La nouveauté augmente toujours l’attrait et on est friand de nouveautés !

null Une nouvelle surgit pour nous du passé …

Tapuscrit de Stefan Zweig découvert tardivement, paru en allemand en 1987, et seulement traduit et édité en France en 2008.
Le traducteur mérite que son nom soit cité, Baptiste Touverey, tant ses mots délicatement choisis feraient plaisir au grand francophile que fut Stefan Zweig. Le livre, édité chez Grasset qui mérite aussi d’être salué pour cette merveille, offre le texte original en allemand après la version française, et prolonge le plaisir de cette nouvelle par une relecture en V.O.

Si j’ai recopié le poème de Verlaine, c’est parce que Stefan Zweig y fait référence et cite les deux vers refrain dans sa nouvelle. Le poème a-t-il inspiré cette histoire d’un amour passé, incapable de reprendre sa fougue perdue ? Toute cette troublante nouvelle est contenue dans ce poème.
Zweig est un poète des sentiments, et comme tout poète, il inspire plus qu’il n’est inspiré, son langage est une respiration qui berce l’âme interrogée, ses touches élégiaques percent l’intimité la plus profonde du coeur, et c’est le coeur suspendu, en lévitation, qu’on referme ce petit livre.
Une merveille.

tableaux :
– William Samuel Horton, Les Tuileries jour de pluie, musée d’Orsay
– John Singer Sargent, Au jardin du Luxembourg, musée de Minneapolis
– Alfred Thornton, Le dégel à Bath, musée d’Orsay

Nonchaloir

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Les fêtes peuvent être fatigantes, un rien éprouvantes … voilà à quoi je ressemble à partir du 26 décembre :

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Ce gros toutou qui sommeille provient de ce tableau de Fragonard :

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J.H. Fragonard, Diane et Endymion, vers 1753-55, National Gallery Washington, notice ici.

L’histoire de Diane et Endymion est celle de la Belle au Bois Dormant inversée. Le fort séduisant berger Endymion est plongé par les dieux dans un sommeil éternel qui préserve sa beauté et sa jeunesse, comme son chien apparemment, et la déesse de la chasse, Diane, va le réveiller d’un doux baiser au clair de lune … rôô, comme c’est charmant !

Je passerais volontiers mes journées dans une robe de chambre aussi jolie que celle-ci :

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Alfred Stevens, Méditation, vers 1872, MFA Boston

Le peignoir est une robe d’hiver qui importe des fleurs dans la maison.

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John Singer Sargent, Nonchaloir, 1911, National Gallery Washington

Le nonchaloir, titre français de ce tableau américain, est la forme ancienne et poétique de la nonchalance.
 » je savoure à mon aise toutes les voluptés du nonchaloir et le bien-être du chez soi .  » a écrit Théophile Gautier dans ses Contes humoristiques,  » L’âme de la maison  » .
Il y a dans ce mot nonchaloir qui rime avec boudoir et manoir, la racine du mot chaleur.
Il faut de la chaleur au nonchaloir, un grand châle comme dans le tableau, un bon feu, un édredon, un thé chaud … tout le bien-être du chez soi !

Mains divines

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Fra Filippo Lippi, Nativité, vers 1445, National Gallery Washington, notice du musée.

Il est né null le divin enfant

Chantons tous son avènement !

Prenons un site de musée au hasard, les américains sont fort bien conçus souvent, et tapons un mot-clé dans le moteur de recherche …
Choisissons for instance  » nativity  » ou  » madonna and child  » dans le site de la national gallery de Washington, et toutes les crèches, les madones, se présentent à nos yeux étonnés …
tombons en adoration devant l’Enfant Jésus que les peintres ont représenté avec piété et tendresse .

Le jeu des mains m’a particulièrement attirée.

Giotto null
Madone et Enfant, vers 1320/1330, National Gallery Washington

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Giotto a bien observé les nourrissons, le bébé dès la naissance aime tenir le doigt de sa maman bien serré dans sa menotte, il ne le lache plus, et la maman exulte de sentir ainsi l’attachement de son tout petit.
Ce geste instinctif du bébé tout neuf m’a toujours émerveillée.

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    Entourage de Fra Filippo Lippi, Madone et Enfant, vers 1470, National Gallery Washington

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Adorables menottes … que signifie le geste, tout petit, rien qu’un petit peu, et amour si grand, comment comprendre ?

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    Fra Fillipo Lippi, Madone et enfant, vers 1440, National Gallery Washington

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Le dessin stylisé de la petite main posée sur celle de la Vierge est adorable, d’une modernité très touchante.

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    Giovanni Bellini, Madonne et Enfant, vers 1480-85, National Gallery Washington

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La main maternelle paraît immense, protectrice, celles de l’Enfant Jésus si fragiles.

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    d’après Andrea del Verrochio, Madonne et Enfant, vers 1470-80, National Gallery Washington

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C’est tout l’amour de l’Enfant pour sa maman que l’onressent dans cet élan des petites mains vers le visage maternel … on dirait des menottes de poupée Corolle. Elles vont Verrochio ! lol ! ( 🙁 pardon ! )

C’était mon petit  » online-tour  » dans la national gallery de Washington, les musées nous réservent ainsi de passionnantes promenades !

Les amusements de la vie privée

Quand la cuisine résonne de tous ses bruits familiers de cuivres, piano, timbales et timbre d’office, et que les apprêts du festin s’installent, je pense inévitablement au peintre Chardin, le poète des lapins morts, comme l’appelle Pierre Rosenberg.

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Chardin, La Pourvoyeuse, 1739, musée du Louvre

Eh oui, chaque année à Noël je reviens à lui, revoir cette page, il m’aide à supporter le tumulte de la cuisine de décembre.

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Légumes du Chardin !

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Détails de ces tableaux : null
Table de cuisine, musée J. Paul Getty Los Angeles

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La Ratisseuse, 1738, National Gallery Washington

Que de poésie en effet dans les cuisines de Chardin, le stress ne semble jamais atteindre les servantes ou maîtresses de maison en pleine action.

La beauté anoblie des objets culinaires laisse rêveur, émerveillé …

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Mais il arrive à un moment que la fatigue dépasse la rêverie, lassitude des fourneaux, l’implacable tétralogie courses,déjeuner,dîner,qu’est-ce-qu’on-mange devient insoutenable, indigne complainte de la mère de famille face à ceux qui n’ont pas les moyens de remplir leurs paniers de commissions.
La pause Kit-Kat s’impose !

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Chardin, Les amusements de la vie privée, Nationalmuseum Stockholm

On lache son livre de cuisine, on souffle un peu …

Le fond de la pièce est ravissant dans ce tableau, le meuble entrouvert, comme le sont très souvent les tiroirs chez Chardin, donne envie aux yeux de fouiner un peu … le rouet sur la table et sa quenouille montrent que la dame, en maîtresse de maison accomplie, sait travailler de ses mains et enrichir son esprit par de la lecture.

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Chardin, Dame prenant le thé, 1735, Hunterian Art Gallery Glasgow

Chardin nous requinque avec sa peinture reposante … le tonus est revenu !

Marron glacé

En décembre 2007 la robe noire, toilette intemporelle des soirs de fête, m’avait inspiré, l’été dernier, j’avais rapproché une robe d’une rose, et ce mois-ci, je propose la robe de saison ou de réveillon, la robe d’hiver qui possède autant de charme que la robe d’été.

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    Carolus Duran, Portrait de Mme Ernest Feydeau, dit La dame au chien, 1870, palais des beaux arts de Lille

La robe en peinture me fascine. La robe en elle-même était un monument de création dans l’ancien temps, un travail d’artiste parfois éblouissant, elle l’est toujours aujourd’hui dans les maisons de haute-couture, mais peu accessible ne serait-ce qu’en image. Heureusement les peintres ont immortalisé ces chefs-d’oeuvre d’étoffe, et comme les couturiers, ils ont travaillé les lignes et les matières avec poésie et virtuosité.

Voici un ton de saison, marron glacé, un ton de confiserie de fin d’année qui ferait saliver …
Devant l’ampleur éclatante des jupons, l’un en satin bordé de fourrure, l’autre en taffetas beu saphir, le petit chien au poil ras passe inaperçu, il paraît grelotter et irait bien se réchauffer sous ces tentures tentantes.
Beau portrait sur fond noir qui fait penser à ceux que faisait Disdéri, en photographie, des dames de la bourgeoisie.

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    Claude Monet, Madame Louis Joachim Gaudibert, 1868, musée d’Orsay

Là aussi le ton bleu du rideau souligne l’éclat satiné du marron glacé, réhaussé d’un châle coloré et le tapis fleuri sert d’écrin à cette toilette hivernale. Pour les robes d’été, Monet faisait poser ses dames en plein air. Quelle jolie traîne, qui devait mêler son froufrou à celui des feuilles mortes sur les boulevards de l’automne !

C’est l’hiver

21 Décembre null

La saison de l’hiver a commencé sur le calendrier.
Ah bon ? !

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Jules Breton, Hiver en Artois, collection particulière

Jules Breton est aussi poète et auteur de ces vers magnifiques, écrits en 1883 :

Beau soir d’hiver

La neige – le pays en est tout recouvert –
Déroule, mer sans fin, sa nappe froide et vierge,
Et, du fond des remous, à l’horizon désert,
Par des vibrations d’azur tendre et d’or vert,
Dans l’éblouissement, la pleine lune émerge.

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A l’Occident s’endort le radieux soleil,
Dans l’espace allumant les derniers feux qu’il darde
A travers les vapeurs de son divin sommeil,
Et la lune tressaille à son baiser vermeil
Et, la face rougie et ronde, le regarde.

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Et la neige scintille, et sa blancheur de lis
Se teinte sous le flux enflammé qui l’arrose.
L’ombre de ses replis a des pâleurs d’iris,
Et, comme si neigeaient tous les avrils fleuris,
Sourit la plaine immense ineffablement rose.

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Quatrième dimanche de l’Avent aujourd’hui, et temps printanier ! Il fait beau, très beau en Bretagne, aucune image hivernale ne pourrait vraiment illustrer la plage ineffablement rose comme par un beau soir d’avril !

Voici malgré tout cette allégorie de l’hiver que je trouve charmante :

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    Louise Abbéma, Allégorie de l’hiver, 1902-06, musée d’Orsay

Les sapins enneigés et gros pères-Noël en traîneau se rencontrent à chaque coin de rue, mais la douceur du fond de l’air donne soudain des envies d’orangeade au lieu de vin chaud.

Petit conte d’hiver … null

Mon vieux chien rhumatisant retrouve la forme par ce temps clément et de clémentines, et nous sommes partis tous les deux à pied faire les emplettes au super-marché ce matin. J’accroche la laisse de mon toutou dans le hall d’entrée du magasin d’habitude, mais, en ce moment, mon anneau d’amarrage est caché par un gros sapin décoré.
Mon chien se couche donc sous l’arbre de Noël comme un cadeau de la SPA.
Sa truffe noire sous les boules rouges m’a rappelé une anecdote de sa jeunesse.

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     » Glissade « , carte postale, 1905, BPK Berlin

La veille de Noël, mon jeune chien traversa fougueusement le salon, sans doute poursuivi par mon gamin encore plus espiègle que lui, fila se cacher sous le sapin et se prit les pattes dans les fils de la guirlande électrique. Se sentant soudain pris au piège comme un fauve dans un filet, il voulut s’enfuir en se retournant plusieurs fois sur lui-même dans une panique toute canine. Le corps pelotonné dans la guirlande électrique, il entraîna tout le sapin sur son dos à travers la pièce, les boules de verre giclaient dans un feu d’artifice irisé, le pauvre toutou affolé avait des étoiles dorées plein la tête !

null Ce sont les fourberies de sapin !

Biscuits

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    19 Décembre

C’était le 5 décembre dernier que je devais montrer ce tableau, mais les plus anciens lecteurs de ce blogue se souviendront peut-être que j’en avais déjà parlé pour la Saint Nicolas de l’année 2006 :

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    Jan Steen, La fête de Saint Nicolas, vers 1663-65, Rijksmuseum Amsterdam

Sur cette page du musée, on peut admirer un agrandissement, et consulter une fort intéressante notice ( en néerlandais ).

Cette fête a lieu traditionnellement dans la soirée du 5 décembre. Les enfants gentils reçoivent des gourmandises et des cadeaux, les enfants pas sages, des punitions.
On remarque qu’un petit garçon pleure, sa chaussure est vide, il n’a pas dû être gentil et ses frère et soeur se moquent de lui.
L’un des garçons tient un club de golf et sa balle est au sol.

null La petite fille a reçu une poupée, c’est un Saint Jean Baptiste. Cela démontre qu’il s’agit d’une famille catholique, les protestants n’aiment pas les images, et Jan Steen était lui-même catholique.

Il y a aussi dans le seau métallique un petit coq : une vieille chanson disait que le coq de Saint Nicolas lançait lui aussi de petits cadeaux dans les souliers.

nullLe bébé a reçu un pain d’épices en forme de Saint Nicolas. Au XVIIème siècle, certaines villes hollandaises protestantes refusaient aussi ce saint Nicolas comestible.

C’est particulièrement sur les gâteaux de ce tableau que je me penche cette année, décembre est le mois de confection de ce genre de douceurs, et il faut que je m’y mette, j’ai du retard !
Les gourmandises de ce tableau croustillent de traditions que révèle de passionnante façon le site du musée.
Revoilà ce panier de biscuits, il représente une magnifique nature morte au premier plan du tableau :

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Pain d’épices, gaufres, spéculoos ou speculaas, petits pains, pommes, noisettes, amandes …
Le biscuit fin et très grand au bord du panier a un nom particulier :  » hylickmaker  »
Ce nom veut dire  » faiseur de mariage  » . Celui qui cherchait une fiancée offrait à sa chérie ce biscuit, et si elle le mangeait volontiers, c’est qu’elle acceptait le mariage. On offre ce grand biscuit aussi à la Saint Nicolas, car le saint avait offert une dot à trois jeunes filles pauvres pour les aider à se marier et il est donc aussi un faiseur de mariage.

Un autre grand pain :
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Au passage, on remarque la pièce de monnaie glissée dans la pomme, tradition similaire à la pièce glissée dans le Christmas pudding anglais.

Ce pain en forme de losange s’appelle  » duivekater  » , ce qui voudrait dire  » chat du diable  » , mais en fait, il semble probablement que ce mot provienne du français  » deux fois quatre  » . C’est parce que ce pain, spécialement cuit pour les fêtes et grandes occasions, est replié deux fois aux quatre coins, pèse deux fois plus lourd qu’un pain à quatre florins et donc vaut deux fois quatre florins de l’époque.

On retrouve ce pain dans un autre tableau de Jan Steen :

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    Jan Steen, Le boulanger Arent Oostwaard et sa femme , 1658, Rijksmuseum Amsterdam, notice et commentaire

Ce boulanger semble bien vivant et moderne.
Ses pains tout chauds sortis du four sont appétissants :

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    Couques, pains, bretzels, ces spécialités boulangères mettent l’eau à la bouche !

Bon week-end !

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