Dans la lumière de l’automne

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Henri Le Sidaner, Soir d’automne, musée Thyssen Bornemisza Madrid

J’ai passé mes journées à marcher sur les collines. Des écharpes de brume traînaient dans la plaine, mais sur les hauteurs, une lumière dorée exaltait les ocres, les bruns, les rouges des vignes et des arbres, qui brûlaient dans l’air immobile.

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Emile Claus, Arbre au soleil, 1900, mba Gand

Si vous saviez combien j’aime l’automne, combien je me sens accordé à cette saison. Les ardeurs de l’été ont pris fin, et avec elles, les tensions, parfois le mal-être qu’elles entraînent. Une douceur est là, présente dans l’air, les lumières, les ciels qui pâlissent. En elle se profile la menace du déclin, et c’est peut-être cette menace qui donne tant de prix à la splendeur de ces journées où la vie jette ses derniers feux.

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    Paul Elie Ranson, La cueillette des pommes, vers 1895, mba Rennes

Saison des fruits, des récoltes, de la surabondance. Maturité. J’ai toujours associé cette saison à ce que représente pour moi la femme, la mère, à ce qui opère en la majorité d’entre vous et dont l’homme a si besoin.

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    Charles Chaplin ( 1825-1891 ) Le rêve, mba Marseille

Recueil de poèmes, essai, roman, ouvrage de philosophie, mémoires, autobiographie, correspondances, textes mystiques …, je dévorais tout avec la même avidité.
Certains livres m’ont causé de vives et durables émotions, d’autres m’ont profondément bouleversé. A tel point qu’il m’est arrivé parfois, au sortir d’une lecture, de me retrouver comme drogué. La réalité ambiante me paraissait lointaine, j’avais le plus grand mal à reprendre pied dans mon existence, et tout ce qui survenait dans ma vie intérieure portait l’empreinte de ce que le livre lu avait déposé dans mes recès.

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Emile Claus,  » Zonnenschijn  » , musée d’Orsay

Mes lectures saisonnières, mes préférées, m’ont à nouveau menée vers Charles Juliet, les phrases en italique ci-dessus sont des extraits de son récit intitulé  » Dans la lumière des saisons  » . Il écrit quatre lettres à une amie, au moment des quatre saisons de l’année, et relate son état d’âme du moment.
Un petit livre exquis, une pépite de bonheur !
Charles Juliet est un écrivain discret, qui mériterait d’être mieux connu, mais ses écrits confidentiels n’en paraissent à ses lecteurs que plus intimes et savoureux.

J’ai montré l’arbre ensoleillé d’Emile Claus, peintre belge, qui provient de son jardin entourant sa maison appelée  » Zonnenschijn  » = rayon de soleil en flamand. Il a fort bien saisi les derniers feux en automne.
Et chez moi aujourd’hui, il pleut, il pleut, ce rayon de soleil en peinture et en lecture vient à point !

Le pull d’automne

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Jules René Lalique, Etude d’un fruit de châtaignier, musée d’Orsay notice

 » C’est toujours plus tard qu’on ne pensait. Septembre est passé si vite, plein de contraintes de rentrée. En retrouvant la pluie, on se disait  » Voilà l’automne  » ; on acceptait que tout ne soit plus qu’une parenthèse avant l’hiver. ( … )
Alors il faut un nouveau pull. Porter sur soi les châtaignes, les sous bois, les bogues des marrons, le rouge rosé des russules. Refléter la saison dans la douceur de la laine. Mais un pull neuf : choisir le nouveau feu qui va commencer de finir. « 

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    Mary Cassatt, portrait de Lydia Cassatt, musée du Petit Palais Paris

 » Dans les tons verts ? Un vert d’Irlande, pois cassé, brumeux, whisky rugueux, sauvage et solitaire comme les champs de tourbe, l’herbe rase. Mais roux ? Il y a tant de rousseurs, chevelures ophéliennes, désir de goûter comme avant, pain-beurre pain d’épice, forêts surtout, rousseur du sol, rousseur du ciel, insaisissables odeurs de foires et bois, de cèpes et d’eau. Et grège, pourquoi pas ? Un pull à grosses mailles à croisillons, comme si quelqu’un avait encore le temps de tricoter pour vous. »

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Gustave Caillebotte, Madame Boissière tricotant, 1877, MFA Houston

 » Un pull très grand : le corps va s’abolir, on sera la saison. Un pull en creux d’épaule, en espérant … Même pour soi, c’est bon, cette façon de jouer la fin des choses ton sur ton. Choisir le confort des mélancolies. Acheter la couleur des jours, un nouveau pull d’automne. »

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Pierre Bonnard, Intimité, 1891, musée d’Orsay

Choisir le confort des mélancolies … acheter la couleur des jours … j’invite à reprendre une Première gorgée de bière et relire ce texte extraordinaire de Philippe Delerm.

Oh oui, l’automne inspire toujours mes aiguilles, que j’aime tricoter cette saison, tricoter des mailles au point et aux couleurs de mousse, se pelotonner dans la douceur et les rousseurs !
J’ai les mêmes aiguilles que madame Boissière, les miennes sont en bambou. Je rêve de me procurer des aiguilles en bois de rose, luxe végétal couleur de russule …

L’automne des idées

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    L’ennemi

    Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
    Traversé çà et là par de brillants soleils;
    Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
    Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

    Voilà que j’ai touché l’automne des idées,
    Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
    Pour rassembler à neuf les terres inondées,
    Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

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    Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
    Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
    Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?

    Ô douleur! ô douleur! le Temps mange la vie,
    Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
    Du sang que nous perdons croît et se fortifie!

    Charles Baudelaire, Spleen et Idéal, Les Fleurs du Mal

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J’évoquai hier les poèmes de Baudelaire, en voici un qui illustre le mot temps dans tous les sens, le tempérament, la tempête, le beau temps qui passe après la pluie, le temps qui mange la vie et la vie qui croque le temps des saisons.
Les tableaux sont , de bas en haut :

  • Sanford Gifford, La tempête arrive, 1865, museum of art Philadelphie
  • Lucien Lévy-Dhurmer, La bourrasque, 1886, collection particulière
  • Georges Lacombe, La mer jaune à Camaret, vers 1882, mba Brest
  • Mémoire d’automne

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    Vincent van Gogh, Allée près de Nuenen, 1886, musée Boijmans van Beuningen Rotterdam

      « Elle m’est restée dans la mémoire, cette note écrite à l’encre rouge en marge d’une composition française. J’avais onze, douze ans. En trente lignes, je déclarais n’être point d’accord avec ceux qui nommaient l’automne un déclin, et je l’appelais, moi, un commencement. Sans doute je fis mal entendre ma pensée, qui n’a point changé, et je voulais dire que le vaste automne, insidieusement couvé, issu des longs jours de juin, je le percevais par des signes subtils, à l’aide surtout du plus sauvage de mes sens, qui est l’olfactif. Mais une enfant de douze ans dispose rarement d’un vocabulaire qui soit digne de traduire ce qu’elle pense et ressent. Pour n’avoir pas choisi le printemps diapré et ses nids, je n’eus qu’une note médiocre.« 

    Colette, extrait du  » Journal à rebours  » .

    Non en effet, le vaste automne n’est pas un déclin, il réhausse les couleurs et sent si bon.
    Colette voit dans l’été une longue préparation de l’automne, point de vue original !
    Ma fille qui habite près de Nuenen reconnaîtra peut-être ce clocher. C’était l’année où van Gogh partit vivre à Paris et déjà ses couleurs chantaient plus fort. Non, l’automne pour les peintres n’est pas un déclin !

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    Vincent van Gogh, Bords de la Seine, 1887, musée van Gogh Amsterdam

    L’odeur de coings

    Philippe Delerm a loué l’odeur mélancolique des pommes, et a-t-il songé à celle des coings ? Je ne sais pas …
    L’odeur des coings, c’est de l’extrait de parfum d’automne.
    Si l’odeur des pommes évoque la voûte d’une cave, la pénombre d’une chambre inoccupée, le grenier de grand-mère, celle des coings pénètre au plus profond de la demeure ancestrale, rassemble des odeurs mêlées de parquets cirés, de vieilles encyclopédies qui craquent quand on les ouvre, de torchons de lin renfermés dans l’armoire, de grands paniers d’osier à la buanderie, de terre cuite vernissée sèchant au coin de l’évier … un parfum prenant de bonne maison, à la fois âcre et sucré, vert et épicé, d’herbe astringente et de miel.

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    Le Caravage, Corbeille de fruits, Pinacoteca Ambrosiana Milan

    On distingue dans la nature morte du Caravage ( revoir l’article ici ) un coing jaune pâle sur la gauche du panier.

    Cette pomme de Cydonia, ville de Crète d’où elle serait originaire, était un signe de fécondité et d’amour pour les Grecs, et serait plus ancienne que la pomme. Le fruit défendu fut-il en réalité un coing ?

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    Vincent van Gogh, Coings, 1888/89, Gemäldegalerie Dresde

    Sa subtile couleur jaune a forcément séduit van Gogh, sa peau cirée, bosselée , accroche la lumière. Le fruit cru est immangeable, il n’apporte qu’un plaisir visuel ou olfactif, il faut le cuire pour le déguster.
    Les coings au four, arrosés de beurre et de cassonade, sont délicieux !
    J’aime préparer la gelée de coing, avec des bâtons de cannelle pour renforcer son parfum, et après la gelée, parfois, je confectionne la pâte de coing, le cotignac comme on appelle cette confiserie.

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      Adrien Moreau-Néret ( 1860-1944 ) La préparation des confitures, 1931, Château musée Nemours

    Le coing a pris pour moi une fragrance toute particulière il y a cinq ans. J’avais découvert la série télévisée Pride and Prejudice et le DVD était mon plus fidèle aide-culinaire. La pâte de coing nécessite d’être remuée sans cesse pendant la cuisson qui peut être très longue … et mon regard fondu dans ceux éperdus de monsieur Darcy, je tournais ma cuiller dans le chaudron aussi brûlant que ma passion !

    Quand vient Noël

    null Il fait tout gris dehors, il fait froid et morose, il fait novembre, et la préparation de Noël vient à point réchauffer l’humeur sombre de la ville.

    null Nous avons besoin de vitamines et de  » noëlleries  »

    Il ne neige pas mais mon bonhomme est achevé : null

    On a réellement besoin de ces petits ouvrages, brodés de passion, de bonheur enfantin.

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    Ma maison possède par chance une petite vitrine près de la porte d’entrée, et j’aime la décorer à chaque saison.
    La voici quand vient Noël : null

    J’y dispose les ouvrages réalisés les années passées …
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    Les coussins de Noël ne se limitent pas aux canapés, il faut les laisser explorer toute la maison. Ils agrémentent les marches d’un escalier, le coin d’une commode, d’une étagère, ils apportent un décor douillet !

    Galon de flocons … null

    C’est en voyant, il y a quelques années, un gros paquet de ce galon orné de pompons blancs dans un magasin en été que j’ai pensé à l’hiver, à Noël, à d’éventuels rideaux … j’ai bordé la paire de rideaux en toile blanche d’un autre galon brodé de sapins, et voilà un décor de Noël vite fait pour la fenêtre de cuisine !

    Jours de Noël ! null

    En confectionnant une housse de couette avec un drap ancien brodé, j’avais coupé les deux bandes latérales du drap, de part et d’autre du monogramme, pour réduire le drap à la largeur d’une couette.
    De ces deux bandes, j’ai fait deux petits rideaux, que j’ai brodés d’un petit motif au point de croix en utilisant une étamine tire-fil. Du meilleur effet sur une fenêtre de Noël !

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      Grillon souhaite à tous une belle ambiance de Noël ! Bon week end !

    L’odeur de pommes

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    Paul Cézanne, Pommes, vers 1878, Fitzwilliam museum Cambridge

    L’odeur de pommes

    On entre dans la cave. Tout de suite, c’est ça qui vous prend. Les pommes sont là, disposées sur des claies – des cageots renversés. On n’y pensait pas. On n’avait aucune envie de se laisser submerger par un tel vague à l’âme. Mais rien à faire. L’odeur des pommes est une déferlante. Comment avait-on pu se passer si longtemps de cette enfance âcre et sucrée ?

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    Floris Claesz. van Dijck, détail de la nature morte aux fromages, Rijksmuseum Amsterdam, le tableau entier est à voir sur cette page.

    [ … ]
    Mais le parfum des pommes est plus que du passé. On pense à autrefois à cause de l’ampleur et de l’intensité, d’un souvenir de cave salpêtrée, de grenier sombre. Mais c’est à vivre là, à tenir là, debout. On a derrière soi les herbes hautes et la mouillure du verger. Devant c’est un souffle chaud qui se donne dans l’ombre. L’odeur a pris tous les bruns, tous les rouges, avec un peu d’acide vert. L’odeur a distillé la douceur de la peau, son infime rugosité. Les lèvres sèches, on sait déjà que cette soif n’est pas à étancher. Rien ne se passerait à mordre une chair blanche. Il faudrait devenir octobre, terre battue, voussure de la cave, pluie, attente. L’odeur des pommes est douloureuse. C’est celle d’une vie plus forte, d’une lenteur qu’on ne mérite plus.

    Philippe Delerm, extrait de  » L’odeur des pommes  » , La première gorgée de bière.

    Je n’ai recopié que le premier et le troisième paragraphe de ce magnifique récit en trois paragraphes de Philippe Delerm, car je ne lui ai pas demandé l’autorisation de copier tout son texte. Mais la saison de l’automne m’a poussée irrésistiblement vers ses phrases splendides, ces sensations ô combien vraies !

    Dessert d’automne

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    Jan Davidsz. De Heem, Fruits et riche vaisselle sur une table, dit  » Un Dessert « , 1640, musée du Louvre

    L’automne me donne l’occasion d’évoquer cette somptueuse et très grande nature morte de Jan Davidsz. de Heem.
    Le site du Louvre commente ce chef-d’oeuvre sur cette page , ses messages y sont décryptés et je n’aurai rien à ajouter, on n’a plus qu’à exprimer son ravissement !

    C’est un dessert de symboles que nous offre cette table, un vrai régal pour les yeux qui excite aussi les papilles de notre imagination se livrant à de maintes interprétations.
    Ce dessert d’apparence automnale mélange en réalité les saisons. L’artiste a en effet besoin des fruits de chaque saison pour s’exprimer.
    Il existe le langage des fleurs, mais aussi celui des fruits !

    A côté du raisin, des pommes, des noix et noisettes, se trouvent par exemple les cerises de l’été …

    null Le Louvre ne le dit pas, la cerise siginifie aussi la Passion du Christ, elle contient son sang versé sur la croix. C’est pourquoi les cerises encadrent l’image du Christ contenue dans le pain et le vin.

    Le citron, null , je l’ai dit plusieurs fois dans ce blogue, symbolise la fidélité conjugale et rappelle à l’ordre les brebis égarées, il est juxtaposé à la noix qui est précisément l’emblême du mariage. En effet la noix, symbole de la Trinité pour sa composition en trois parties, est considérée aussi comme un symbole de fécondité et évoque la solidité du mariage.

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    Derrière la pie aux fruits parfumés par les épices d’une vive passion ( on distingue peut-être des grains de poivre ou des clous de girofle ) se trouvent des figues : ce fruit a tantôt un symbole positif de prospérité et de salut, tantôt il désigne le péché et la luxure. Posées ici entre un verre vide aux formes compliquées et le long verre de vin christique, les figues balancent entre ses deux interprétations.

    Au premier plan, un fabuleux morceau de nature morte :

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    Ce rafraîchissoir ( euh, je ne sais pas si ce mot existe ! ) en cuivre contenant les bouteilles de vin est somptueux.

    Je n’avais rien à ajouter au commentaire du Louvre, mais ce chef-d’oeuvre me rend bavarde, il est toujours jouissif de  » lire  » la peinture hollandaise ou flamande !

    C’est à l’automne de l’année 1915 que Matisse peignit ce tableau inspiré de la nature morte de Davidsz. De Heem :

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    Henri Matisse, Nature morte d’après  » le dessert  » de Jan Davidsz. De Heem, museum of modern art New York, page du MoMA

    Le tableau de Davidsz. De Heem présente une importante perspective en trois dimensions, et Matisse réduit la composition à deux dimensions, applatissant chaque élément pour que le tout se fonde en un décor. Le sens décoratif prend le pas sur les valeurs symboliques. C’est peut-être dommage, mais la peinture est aussi plus reposante. Le XXème siècle n’a plus de messages à faire passer, sauf celui du bonheur de vivre comme l’exprimait Matisse.

    Herr Winter

    Connaissez vous Herr Winter, monsieur Hiver ?
    Je viens de le découvrir.
    Je connaissais Herr Sommer ( monsieur été ) , c’est un conte pour enfant écrit par Patrick Süskind que j’ai beaucoup aimé. Süskind a écrit des nouvelles passionnantes, hélas peu connues en France, on est resté dans le sillage de son Parfum

    Herr Winter est un personnage inventé par Moritz von Schwind.

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    Moritz von Schwind est ce peintre allemand dont j’avais parlé sur cette page . Il avait représenté ce personnage de l’imaginaire traditionnel germanique  » der Rübezahl  » et avait écrit et illustré un conte pour enfants,  » Die sieben Raben  » , les sept corbeaux, inspiré de Grimm. J’y reviendrai un jour, car l’histoire est jolie .

    Schwind a publié dès 1825, dans le magazine  » Münchner Bilderbogen  » à Munich, l’histoire de Herr Winter :

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    Ne reconnaît-on pas un autre personnage sous cette silhouette de  » monsieur hiver  » ?

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    Grande barbe blanche, long manteau, capuchon, bottes …
    Ce bûcheron qui revient de la forêt avec un sapin est comique !

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    On devine sa transformation future …

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    Il ne lui manque plus que sa hotte.

    Moritz von Schwind colorie son manteau de rouge en 1847, et publie cette gravure :

    null et ainsi … Herr Winter devient …

     » Der Weihnachtsmann  » le Père-Noël.

    C’est la première représentation du père-Noël qui désormais accompagnera l’image traditionnelle de Saint Nicolas null

    Leurs noms se confondent. Un autre artiste allemand, Thomas Nast ( 1840-1902 ) , originaire de Landau, va parfaire l’image du père-Noël telle que nous la connaissons aujourd’hui.
    Sa wikipage est ici.

    A l’âge de six ans, il partit avec ses parents à New York, et devint un caricaturiste renommé aux Etats Unis. Il a tout particulièrement illustré la guerre de Sécession dans le journal  » Harper’s Weekly  » , et a dessiné, en se souvenant des images de son Palatinat natal, ce saint Nicolas distribuant des cadeaux aux soldats pour leurs familles :

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      Thomas Nast,  » Merry Old Santa  » publié dans le Harper’s Weekly en 1881.

    La firme Coca-Cola utilisera son personnage pour sa publicité à partir des années trente.
    Dans la ville de Landau se tient chaque année le  » marché de Noël Thomas Nast  » .

    Champignons

    null Plaisirs de l’automne, les champignons … beaux et vénéneux, ou beaux et bons, ils restent mystérieux.

    Ils sont assez peu représentés dans les natures mortes, mais le peintre néerlandais Otto Marseus van Schrieck ( 1619/20-1678 ) les a bien étudiés et mis en scène dans ses toiles étranges.

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    Otto Marseus van Schrieck, Nature morte avec insectes et batraciens, 1662, Herzog Anton Ulrich Museum Braunschweig

    C’est grâce au musée des beaux arts de Quimper que je connais cet artiste assez confidentiel, ce musée possède l’une de ses magnifiques natures mortes, toujours étranges, sur un fond noir terrifiant, mêlant les animaux et plantes de milieux différents, révèlant la vie secrète et interlope de la nature au ras du sol, celle que l’homme ne voit pas s’il ne se couche pas à terre pour la scruter.

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    Otto Marseus van Schrieck, Nature morte aux papillons et champignons, 1655, Palais Pitti Florence

    Le champignon, plante hallucinogène, toxique, mortelle parfois, se développant en un éclair pendant la nuit, symbolise bien l’étrangeté de la nature, ambigüe, bonne ou cruelle, fantastique, fantasmagorique.
    L’éclairage des tableaux de Schrieck est souvent orageux, tendu, dramatique.

    null Otto Marseus van Schrieck, Nature morte au pavot avec insectes et reptiles, Met New York, page ici.

    null ( détail du tableau ci-dessus )

    Aux champignons, dont on ne sait jamais prévoir l’apparition, Schrieck ajoute un pavot, hallucinogène aussi, et des reptiles, tout aussi étranges et maléfiques parfois, ainsi que des grenouilles et crapaux qui sont glauques par nature.
    Glauque à l’origine est une couleur, le mot grec désigne le ton vert de gris de la mer, clair et brillant, qui est aussi celui de la grenouille. Ce ton trouble a pris plus récemment le sens de bizarre, louche, qui sied bien au monde de ces animaux humides et étranges.

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    Attribué à Otto Marseus van Schrieck, Fitzwilliam museum Cambridge

    Schrieck mélange les genres, nature morte et paysage, les mondes, souterrains et aériens, et révèle une intériorité secrète, suspecte, dans cet espace extérieur que survole l’âme humaine symbolisée par le papillon.

    En grec,  » psuchè  » ( je n’ai pas les lettres grecques à disposition ! ) veut dire  » âme  » et veut dire également  » papillon  » .
    Schrieck donne sa version de la vanité des choses, assez horrifiante, mais captivante. Le papillon-âme symbolise aussi la mort, l’âme qui s’envole.

    Schrieck, un nom comme ça, on ne l’oublie pas, ( prononcer  » srrieck  » avec un r guttural d’abord, et un r roulé ensuite, quasiment impossible pour un francophone ! ) un nom qui fait peur à l’entendre, schrecklich ( = effrayant ) diraient les Allemands ! Il y a du chrek, le monstre vert, dans ce nom là !
    Je montrerai des natures mortes de l’automne ( l’expression est pléonastique ) plus douces et reposantes prochainement …

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