Froids nuages

Paul Cézanne , null L’Hiver, 1859-1860,
musée du Petit Palais Paris

Cette peinture un rien naïve mais charmante est peu connue, cette oeuvre de jeunesse fait partie de l’ensemble des quatre saisons que Cézanne a peint dans la villa paternelle, Le Jas de Bouffan ( = le gîte des vents ) , demeure que Louis-Auguste Cézanne venait d’acheter à deux km d’Aix en Provence.
Le jeune Paul put y aménager son atelier et décora la maison en peignant les saisons directement sur les murs. Les quatre peintures furent plus tard transposées sur toile et sont maintenant conservées au Petit Palais.

Les nuages réfrigérés sèment leurs flocons.
Eh oui, le froid est arrivé et nous avons pour la première fois de la saison allumé le chauffage dans la maison ce matin. Notre mode de chauffage est la cuisinière à bois, et j’ai donc cuisiné au feu de bois pour le repas de ce midi !

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Le froid arrive avec ses images traditionnelles que j’aime tant. Noël est à la porte, et j’ai déjà décoré le sapin !

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En attendant de palper les aiguilles du sapin, mon aiguille brode et décore le roi de la fête sur une bannière qui animera une porte

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Je poursuis mon élan inspiré par cette architecture cintrée et métallique avec le bonhomme de neige !
null Pour celles que cela intéresse, on peut se procurer ces délicieux petits cintres sur le joli site de pique et pique et un diagramme : cliquer ici.

J’ai composé aussi mon sucre de Noël !

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Pour le réaliser, il faut hacher en tout petits morceaux des écorces d’orange confites, et les mettre dans un pot avec du sucre semoule et quelques cuillers de cannelle moulue. Secouer pour mélanger, c’est prêt !

J’aime saupoudrer mon fromage blanc de ce sucre aux parfums de Noël.
Saupoudrer de sucre : n’est-ce pas une bizarrerie de la langue française ?
Le sau de saupoudrer est le sel. Le verbe veut dire poudrer de sel.
Bah, le mélange sucré-salé est bon aussi !

Le bât

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    Le Bât

Un peintre était, qui, jaloux de sa femme,
Allant aux champs, lui peignit un baudet
Sur le nombril, en guise de cachet.
Un sien confrère, amoureux de la dame,
La va trouver, et l’âne efface net,
Dieu sait comment ; puis un autre en remet
Au même endroit, ainsi que l’on peut croire.
A celui-ci, par faute de mémoire
Il mit un bât ; l’autre n’en avait point.

L’époux revient, veut s’éclaircir du point :
 » Voyez, mon fils, dit la bonne commère,
L’âne est témoin de ma fidélité.
– Diantre soit fait, dit l’époux en colère,
Et du témoin, et de qui l’a bâté !  »

Jean de La Fontaine

Héhé, c’est là que le bât blesse !
( l’expression vient en effet du panier, le bât, qui blesse l’âne au flanc )
Le paysan avait marqué son territoire !

Ce petit conte en vers de Jean de la Fontaine est illustré par Jean Honoré Fragonard.
Oh joie, quel hasard heureux m’a fait trouver ce week-end chez un bouquiniste ce magnifique livre des contes et nouvelles en vers de La Fontaine, tous illustrés par des dessins de Fragonard, qui sont aujourd’hui conservés au musée du Petit Palais à Paris !

Fragonard a travaillé à ces illustrations entre 1765 et 1775 environ , soit cent ans après la publication des contes et nouvelles de La Fontaine.

J’avais justement évoqué un conte, L’anneau de Hans Carvel, ces jours derniers, sans savoir que j’allais obtenir cette licence de l’histoire de l’art !

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Ce n’est pas pour La Fontaine que j’ai acheté ce livre, quoique ces contes soient de vrais joyaux, licencieux certes, mais aujourd’hui rien ne nous étonne dans ce domaine, j’ai eu le bonheur de prendre ce livre pour les admirables dessins de Fragonard. Son oeuvre dessiné m’émerveille autant que son oeuvre peint.

Le sujet l’oblige, une bonne partie des illustrations de ces contes et nouvelles présente un lit, le lit du délit, qui permet à Fragonard d’exprimer toute sa verve dans les plis et replis, fantastiques drapés dramaturges, thaumaturges, je suis tentée de dire que Fragonard a fait là une  » litographie  » sans h !

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    J.H. Fragonard, Le berceau, musée du Petit Palais Paris

Nuage ravissant

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Nicolas Poussin, Le ravissement de Saint Paul, 1649-1650, musée du Louvre
notice du musée ici

Ce tableau est déjà passé dans ce blogue l’an dernier, on peut revoir la page ici .

Saint Paul est en extase sur un nuage surgissant de l’architecture classique et parfaite dont on peut admirer la perspective.
Si je montre à nouveau ce tableau de Poussin cette année, c’est parce qu’il est très beau , parce qu’il peut s’inscrire dans ma catégorie nébuleuse, et surtout parce que cette année 2008 est l’année Saint Paul.
C’est le bimillénaire de la naissance de Saint Paul, l’Apôtre des gentils.
Les tableaux montrent souvent la conversation de saint Paul, plus rare est le sujet de son ravissement.

Voici l’autre tableau de même sujet que Nicolas Poussin peignit quelques années auparavant en 1643 :

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N. Poussin, Ravissement de Saint Paul, John and Mable Ringling museum Sarasota Floride
Consulter la notice du musée ici en cliquant sur la case  » european art « , une fenêtre pop up s’ouvre et cliquer sur la page 4.

Saint Paul est ici arrivé à un degré plus élevé de son extase, dans les nuées supérieures.
Le commanditaire de Poussin pour ce tableau, Chantelou, possédait un tableau de Raphaël, la Vision d’Ezéchiel, et Poussin admirait tant Raphaël qu’il pria Chantelou de ne pas exposer son oeuvre à côté de celle du maître italien. Chantelou proposa au contraire de superposer les deux tableaux, celui de Poussin protégeant la  » précieuse peinture  » de Raphaël !
Personnellement, je préfère de loin le tableau du Louvre, dont la composition est remarquable.

En cette année paulinienne, évoquons rapidement la vie de Saint Paul.
Né vers l’an 8, ce petit juif fabricant de toile persécuta les chrétiens après la mort de Jésus Christ.
Je dis  » petit  » parce que son prénom Paul vient du latin parvulus qui veut dire tout petit.
Ce petit bonhomme avait néanmoins assez d’autorité pour ordonner l’arrestation des adeptes de Jésus et c’est en chemin vers cette mission répressive qu’il eut une apparition lui disant ainsi  » je suis Jésus, celui que tu persécutes  » , il tomba de cheval dit-on, perdit la vue, la retrouva en recevant la foi et se convertit au christianisme.

null Le Caravage, La conversion de Saint Paul, Eglise Sainte Marie du Peuple Rome

Il prêcha la foi en Jésus, et sa tâche fut doublement difficile, s’attirant la méfiance des chrétiens qu’il persécutait autrefois, et l’hostilité des juifs. Il devint apôtre comme Pierre, qui est fêté le même jour que lui, le 29 juin, et fut décapité.

Octobre et la leçon de chose

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Winslow Homer, Un jour d’octobre, 1889, aquarelle, Sterling and Francine Clark art institute Williamstown

Le mois d’octobre multicolore, sonore et odorant fait revenir à l’esprit des images, des impressions, des intuitions … Retraite sentimentale embaumée d’une senteur humide de feuilles, de mousse, de champignons, de brouillard et fumée des cheminées … Souvenir du chemin de l’école, recouvert d’un épais lit de feuilles de marronnier, rivière végétale que les souliers chahutaient joyeusement dans un clapotis sec et rythmé … de petits trésors tout ronds de marrons bosselaient les poches, il était bon de caresser leur cuir verni de chaussures du dimanche.

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Winslow Homer, L’école de campagne, 1871, St Louis art museum Saint Louis ( USA )

Le mois d’octobre me rappelle l’école et la leçon de chose.
La leçon de chose, l’appellation de cette matière semble lui retirer toute matière. Appellation naïve et désuète, enfantine et sincère, que nos temps modernes ont remplacée par un titre plus sérieux, plus scientifique.
Oui, biologie, SVT, sciences naturelles, ça en impose, cela ajoute un charme ancien à la leçon de chose et fait sourire de celle-ci.
Le terme de leçon rendait le maître ou la maîtresse le vénérable dépositaire du savoir des choses, dont il révélait les mots et le mystère.

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    Winslow Homer, Les devoirs, 1874, aquarelle, Canajoharie Library and Art Gallery New York

La leçon de chose en octobre était particulièrement passionnante.
Nous apportions en classe des feuilles mortes, pour en étudier l’anatomie, les peindre à la gouache, et la maîtresse accrochait nos oeuvres multicolores sur le mur de la classe.
Nous apportions nos récoltes de champignons, le chapeau, l’anneau, la volve, lamelles, toxique, comestible étaient les nouveaux mots de vocabulaire qui s’ajoutaient à ceux de la semaine précédente avec la châtaigne, la bogue, hérissée, hérisson, hiberner, bientôt l’hiver, h aspiré ou non …

Leçon de choses de l’automne, récitations, les sanglots longs des violons … tout une musique berce nos coeurs qui tisonnent au coin de la cheminée.

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Winslow Homer, La citrouille, 1878, Canajoharie Library and Art gallery New York

Nuages Bonace

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Jules Dupré ( 1811-1889 ), Marine, musée du Louvre

Un orage si prompt qui trouble une bonace , dit Corneille dans le Cid.
La bonace est le calme sur la mer avant la tempête, l’accalmie après celle-ci.
Au XVIIème siècle, on employait le mot également au figuré. Plus de nos jours … on la confondrait avec l’air bonasse, mollasse … !

C’est ce moment de rage contenue avant que les flots s’emballent à l’arrivée des lourds nuages.
La bonace fait penser à l’apparente immobilité du patineur qui ramasse toute son énergie avant le triple tourbillon en apesanteur.

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Bancel La Farge ( 1865-1938 ) , peintre américain, Voilier dans la tempête, musée national de la coopération franco-américaine Blérancourt

Il faut profiter de la bonace quand elle passe !

Elle me fait penser aussi au beurre qui fond dans la poêle, il mousse et chante, et puis il fait le silence, s’apaise, l’écume disparaît, et après ce calme éphémère, il carbonise rapidement si on n’y a pas déposé l’aliment à frire.

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Louis-Philippe Crépin ( 1772-1851 ) Scène de naufrage, mba Brest

On peut rencontrer à Brest de fantastiques tempêtes … magnifiques, au musée des beaux arts !

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Eugène Isabey, Après la tempête, 1869, musée de l’Ermitage Saint Pétersbourg

Les nuages s’en vont peu à peu et la bonace revient en offrant parfois un spectacle de désolation , mais de beaux tableaux.

Le parfait contentement

Le parfait contentement n’est pas vraiment l’expression qui se dessine sur ce beau visage féminin :

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    Jean-Marc Nattier, Portrait de dame, 1749, musée de la Chartreuse Douai

Ce portrait d’une grande simplicité nous montre un visage un peu grave au contraire, avec dans les yeux légèrement détournés vers le bas un voile de mélancolie.

Le parfait contentement est le nom du premier noeud, en haut de l’échelle de noeuds, situé au bord du décolleté. C’est du parfait contentement du spectateur masculin qu’il s’agit plutôt dans l’appellation de ce noeud malicieusement placé !

null J.M. Nattier, 1746, Château de Versailles

Les mots de la mode durant les siècles passés ne manquaient pas d’imagination.
L’échelle de noeuds escaladait la pièce d’estomac. Cette dernière formule est moins poétique, et j’accentue encore sa trivialité en disant que la pièce d’estomac de cette dame au musée de Douai me fait penser à un plat de tripes à la mode de Caen !
On distingue un autre noeud rouge au creux du bras, il resserre probablement l’engageante qui termine la manche.
La dame est simplement coiffée d’une mantille, à la mode espagnole, en dentelle noire dont le ton est adouci par ses fins cheveux gris-perle.

Ce tableau de Nattier est magnifique et d’un dépouillement moins connu chez cet artiste qui est célèbre pour ses somptueux portraits de l’aristocratie sous Louis XV, ceux par exemple de la reine Marie Leszczynska ou de ces belles marquises dont les beaux yeux d’amour mourir nous font.
Dans le portrait conservé à Douai, la seule frivolité sont ces gros noeuds, le parfait contentement est immense et rouge de plaisir !

Charmante expression ! Aujourd’hui, nous employons si souvent le mot  » mécontentement  » que nous oublions presque l’existence du contentement . C’est le fait d’être content, comblé, gai, heureux, ravi, satisfait.
Content vient du verbe contenir.
On est comblé, le contenant de nos désirs est rempli, plein, on n’a pas besoin d’autre chose, notre bonheur est tout entier contenu dans cette chose qui nous satisfait.

null belle photo de Paul Ricoeur, parfaitement content !

Je trouve très intéressante cette idée de contenir, car elle me semble rejoindre ce que Paul Ricoeur a dit du bonheur, une de mes citations préférées ( je l’ai déjà donnée dans ce blogue, mais à la Ricoeur on acceptera cette répétition ! ):
 » Le bonheur est en quelque sorte ce qui met un point d’arrêt à la fuite en avant du désir  »
( dans son livre intitulé  » Soi-même comme un autre  » ).
Le contentement se contient dans la mesure, n’a pas de fuite. Il est lié par un joli noeud !

Nuages de traîne

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Sigmar Polke , Hope is: Wanting to pull clouds, 1992, National Gallery Washington

Consulter la page du musée ici.

L’espoir c’est vouloir tirer les nuages. Dans cette immense toile de 3m sur 5m, Polke ne dit pas que l’espoir est de tirer les nuages du ciel, mais de le vouloir. Il est né en 1941 en Allemagne de l’Est et sa famille a fui le communisme en partant en Allemagne de l’Ouest. Les nuages de sa toile sont, je suppose, ceux du totalitarisme, ou bien alors cette figure ancienne, semblant avoir été dessinée par Dürer, veut chasser du ciel les nuages de la pollution, autre fléau de notre temps.

Artiste très inventif qui n’hésite pas à mélanger n’importe quelles techniques.
Lire sa wikipage ici , qui indique qu’il s’en remettait parfois au hasard dans l’utilisation des matières.
Ces nuages sont une bonne transition après la serendipity !

Serendipity

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    J.H. Fragonard, Le colin-maillard, vers 1755, museum of art Toledo

La notice du musée peut se consulter ici

La langue française ne connaît pas de mot pour traduire ce vocable anglais : serendipity
C’est par hasard que j’ai retrouvé ce mot du hasard !
Dans la bibliothèque, j’ai pris un livre de Michel Serres, intitulé  » Rameaux  » , parce que le philosophe y traite du corps, et le blogue fort intéressant que voici s’interroge sur le corps humain …

J’ouvre le livre et tombe par hasard sur un mot que j’avais souligné il y a deux ans, serendipity. Non , ce n’est pas prendre un malheur avec sérénité, quoique ce soit utile parfois, et dans mon élan de curiosité à propos de ce mot étrange, j’en ai oublié le sujet du corps sur lequel je voulais me pencher !

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Qui connaît ce mot ?
Il chatouille mon esprit comme la paille du jeune homme la joue de la belle.
C’est Horace Walpole qui le cita la première fois dans son récit Les Trois Princes de Serendip ( Ceylan ) . Cette histoire met en scène le bonheur de trouver ce qu’on ne cherche pas. Serendipity pourrait se traduire par  » le don de la trouvaille  » .

Wikipedia explique fort bien ce mot. Lire la longue page ici, elle est passionnante !

null La serendipity merveilleuse de Fragonard !
C’est en cherchant un tableau pour illustrer cette idée du hasard, que j’ai pensé , comme ça,  » au pif « , à Watteau ou à Fragonard et les jeux de l’amour et du hasard en vogue au XVIII ème siècle, et que j’ai découvert ce magnifique tableau, oeuvre de jeunesse, mais déjà un chef-d’oeuvre.
Les roses trémières sont ravissantes !

Bref, revenons à serendipity . Michel Serres donne dans son livre pour exemple d’expérience  » serendipitante  » la découverte d’Octave Mouret dans le Bonheur des Dames de Zola : ayant mis son magasin en désordre et n’ayant pas eu le temps de tout faire ranger par ses employés, il s’aperçoit que les clientes s’égarent dans des marchandises qu’elles n’avaient pas du tout l’intention de regarder, et se laissent séduire par ces nouveautés qu’elles n’auraient jamais eu idée d’acheter sans ce désordre. C’est la découverte d’un nouveau plan marketing, faire circuler la cliente dans un labyrinthe obligé de choses non indispensables mais craquantes !

La page wikipedia nous montre toutes les découvertes dues au hasard, à l’erreur, au coup de chance ou de malheur … De nombreuses machines, préparations pharmaceutiques, recettes de cuisine ont été inventées avec le coup de pouce du hasard.

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    J.H. Fragonard, La jolie cuisinière, sanguine sur papier brun, Wallraf Richartz museum Cologne

La tarte Tatin, la bêtise de Cambrai, le Nutella, par exemple , découlent de la serendipity.

Même sans posséder des talents d’inventeur, on met très souvent un peu de serendipity dans son quotidien, particulièrement en surfant sur internet ou en plongeant dans les dictionnaires. On part de découvertes en découvertes … nos trouvailles font de notre imagination une petite invention en elle-même !

Choses et autres

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    John Frederick Peto, After Night’s Study, 1890-1900, Institute of art Detroit

Ce dimanche, mon mari et moi avons tenu un stand dans un vide-grenier, et nous avons ainsi, non pas vidé notre grenier, mais allégé et ordonné, c’était le but. Nous avons bourré dans la voiture tout un bric-à-brac comme dans un break de broc, et de 8h à 18h nous avons beaucoup vendu et peu gagné, toutes nos choses étaient étiquetées à 0,50 ou un euro, le gain de place nous importait bien plus que le gain tout court, et nous allons porter tous nos invendus à Emmaüs.

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    John Frederick Peto, nature morte avec une lampe à saindoux, vers 1900, Newark museum New Jersey

J’aime les brocantes, vide-grenier ou troc&puces, passe-temps dominical, c’est une fête de l’objet.
Objet : toute chose ( y compris les êtres animés ) qui affecte les sens, et spécialement la vue , dit le dictionnaire Le Robert.
Ces dimanches de brocante occasionnent le plaisir des yeux. On voit de tout, du beau, du laid, du rare, du comique, du nostalgique, du souvenir qui fait dire qu’on a le même au grenier, ou qu’on avait le même car on l’a jeté.
Eh oui, objet contient le verbe jeter !
Les objets seraient-ils tous destinés à être jetés ? Objets animés aussi ?
Les trucs-machins-chouettes qu’on ne sait même plus nommer finissent au rebut, car si on ne sait plus à quoi ils servent, on ne les utilise plus, ils deviennent sans objet !
La poubelle est le réceptacle des objets sans objet, abstrait, non ?
Le rebut est un objet sans but, utilitaire ou autre, étrange aussi !

Et l’objet d’art ? Il ne se jette pas. Au mieux, il est conservé pour l’éternité dans un musée. Le musée donne à l’objet un objectif, artistique, historique, scientifique …

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    John Frederick Peto, Nature morte, vers 1880, musée Thyssen-Bornemisza Madrid

Ces marchés aux puces qui jettent en avant ( étymologie d’objet ) sur les stands et les trottoirs des milliers d’objets inanimés sont très amusants et laissent perplexes.
Que de choses, bidules, babioles, machins divers,  » autretés  » variées !
Etourdissante civilisation de l’objet !

Chose : terme le plus général par lequel on désigne tout ce qui existe et qui est concevable comme un objet unique ( concret, abstrait, réel, imaginaire ) , dit Le Robert.

On peut s’interroger sur le mot  » chose  » qui vient de  » causa  » en latin qui veut dire  » cause, procès « . Mais la chose en latin, c’est res. La chose publique, res publica, a donné notre  » république « , et  » res, rem à l’accusatif  » a donné rien . Pourquoi cette concurrence entre res et causa, et pourquoi une chose peut être un petit rien ?

null J.F. Peto, 1905, museum of art Philadelphia

L’adjectif réel vient du latin  » res « . Ce qui m’étonne, c’est qu’une chose peut être réelle, ou bien abstraite, ou bien imaginaire.
Quelle différence y a-t-il entre la chosification et la réification ?
La réification est le fait de transformer en chose.
La chosification est le fait de rendre semblable aux choses. C’est aussi le fait de réduire l’homme à l’état d’objet, dit le dictionnaire.
On ne réifie pas un homme, il l’est déjà car il est réel, mais on peut le chosifier.
Il y aurait dans la chosification la négation de l’âme. Mais si c’est rendre l’homme à l’état d’objet, l’objet peut être aussi animé par définition … L’homme-objet serait un sujet dépourvu d’esprit.
Ah, ce n’est pas rien, ce sujet de l’objet !

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    J.F. Peto, Articles accrochés à une porte, Memorial Art Gallery University of Rochester

Je ne vais pas m’attarder sur le mot  » rien  » , il y aurait trop à dire, et par conséquent je n’en dis rien.
Etonnant tout de même que rien vienne de res, la chose ! C’est surréel.
J’arrête, ma pensée devient déréelle … j’en suis tout chose !

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    J.F. Peto, La vieille bouilloire, vers 1890, National gallery Washington

Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?

Lamartine,  » Milly ou la terre natale  » , Harmonies poétiques et religieuses

Belle question de Lamartine ! Nous aimons un objet parce que nous y avons mis de notre âme, ou serait-ce le contraire ?

John Frederick Peto est un peintre des choses en trompe-l’oeil, sa wikipage est ici

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    J.F. Peto, Pêle-mêle pour William Malcolm Bunn, 1882, Smithsonian american art museum Washington
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