Etretat

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Eugène Boudin, Falaise d’Etretat, musée Thyssen-Bornemisza Madrid

En septembre, Grillon et monsieur Grillon iront se promener vers Etretat.
Il me faut préparer un peu ce voyage, car, plus tard, les souvenirs du passé seront bien meilleurs si le futur a été travaillé pour que vive pleinement l’instant présent.

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Claude Monet, Etretat la Manneporte reflets sur l’eau, vers 1885, musée des beaux arts de Caen
Voir la page Monet Etretat du musée d’Orsay

Hum, mes affirmations à propos des préparatifs de voyage ne sont pas très claires !

C’est Marcel Proust, cet artisan joailler du souvenir, qui décortique cette impression dans  » A l’ombre des jeunes filles en fleurs « . Le narrateur est un admirateur transi de la Berma, une actrice de théâtre qui s’illustre particulièrement dans  » Phèdre  » . Lors d’une conversation avec Bergotte, celui-ci lui dit que la Berma, dans une scène précise , lève la main et ressemble à une korè grecque.
Cette remarque exalte le jeune narrateur qui trouve là une nouvelle raison de s’intéresser à la Berma …

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Gustave Courbet, la grève d’Etretat, 1869, Nationalgalerie Berlin

Je tâchais de la revoir dans mon souvenir, telle qu’elle avait été dans cette scène où je me rappelais qu’elle avait levé le bras à hauteur de l’épaule. Et je me disais :  » Voilà l’Hespéride d’Olympie; voilà la soeur de ces admirables orantes de l’Acropole; voilà ce qu’est un art noble.  » Mais pour que ces pensées pussent m’embellir le geste de la Berma, il aurait fallu que Bergotte me les eût fournies avant la représentation. Alors pendant que cette attitude de l’actrice existait effectivement devant moi, à ce moment où la chose qui a lieu a encore la plénitude de la réalité, j’aurais pu essayer d’en extraire l’idée de sculpture archaïque.

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    Monet, Tempête à Etretat, 1883, National gallery of Victoria Melbourne

Mais de la Berma dans cette scène, ce que je gardais c’était un souvenir qui n’était plus modifiable, mince comme une image dépourvue de ces dessous profonds du présent qui se laisse creuser et d’où l’on peut tirer véridiquement quelque chose de nouveau, une image à laquelle on ne peut imposer réotractivement une interprétation qui ne serait plus susceptible de vérification, de sanction objective.

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Eugène Delacroix, Falaise d’Etretat, vers 1859, gouache sur papier, musée Boijmans van Beuningen Rotterdam

C’est ainsi que je prépare les dessous profonds d’un présent que, j’espère, nous vivrons sous le soleil en Normandie !
Cette analyse de Proust est fort juste ( il est génial, Marcel ! ) , si on ne connaît pas d’avance ce qu’il faut savourer dans une chose que l’on va voir, le souvenir qu’on en gardera restera mince, dénué de ce plaisir de la vérification.

Ce n’est cependant pas sur les traces de Marcel Proust à Trouville que nous partirons à la recherche de beaux souvenirs cette année, mais plus au Nord, entre Etretat et Dieppe, le pays de Maupassant.

Troncs

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Carl Wilhelm Kolbe Le Vieux ( 1759-1815 ), Tronc de vieux saule pleureur, 1808, Kunsthaus Zurich

Pour avoir un tronc aussi tourmenté, il s’agissait certainement d’un saule très pleureur, le pauvre !
Ce dessin impressionnant a porté mon attention sur son auteur, Carl Wilhelm Kolbe, consulter sa wikipage , qui naquit le 9 novembre 1759 à Berlin ( ah le 9 novembre à Berlin est un jour qui a marqué plusieurs fois l’Histoire allemande ! ) d’une maman d’origine française, et il fit ses études à l’école française, puis devint professeur de français et de dessin.
Il est parent de Daniel Chodowiecki, dont j’ai parlé dernièrement, et qui dessinait, non pas des troncs, mais des tronches !

Ce dessin décrit les entrailles douloureuses d’un saule qui a tant souffert des sempiternels élagages.
Malgré le caractère dramatique de l’oeuvre,
un petit écureuil null se déniche dans un coin comme la tête de Charlie dans la foule.

Kolbe dessina et grava de très nombreux paysages et études de chênes, au point qu’il reçut comme surnom  » Eichen-Kolbe  » , Kolbe le chêne. Avec un tel nom, cet artiste devait donc être mentionné dans mon thème de l’arbre !

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Pierre Henri de Valenciennes, Etude d’un viel arbre au tronc difforme, musée du Louvre

Encore un tronc exprimant la souffrance, une vie de tronçonnements, on dirait aujourd’hui qu’il cristallise le massacre à la tronçonneuse, engin beaucoup trop utilisé par les  » dendrophobes  » .

Je m’aperçois que les mots tronc et tronche, ce dernier étant le nom familier donné au visage, à la tête de quelqu’un, sont de même racine. Racine normale pour l’arbre, lol, mais pour la tête ?
La tronche était un gros morceau de bois court, une grosse bûche. Ce qui est drôle, c’est qu’elle est devenue un tête humaine, une drôle de tronche.

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Savery Roelandt ( 1576-1639 ) Etude de tronc d’arbre, Met New York, voir la notice.
( le musée ne montrerait-il pas ce dessin dans le mauvais sens ?? )

La tronche n’est le seul mot désignant une tête ( de bois !) , il y a aussi la bille. On dit parfois de quelqu’un qu’il a une bille de clown. Comme si la tronche était la tête des mauvais jours, et la bille celle des jours de joie .
La bille est une boule, ressemblant à une tête par sa forme, le lien est logique. Et la bille désigne également un tronc d’arbre.

Un billot est un tronçon de tronc d’arbre sur lequel le condamné à mort posait sa bille pour être décapité. Beuh 🙁 !
Un billard était à l’origine un bâton de bois, qui servit à pousser une bille de bois, et qui devint le nom de ce jeu de boules.

Ces mots m’ont plongée bille-en-tête dans le dictionnaire !
On y découvre l’expression  » habiller un arbre  » , qui veut dire couper une partie de ses racines et de ses branches pour le replanter dans un autre endroit.
Le h du verbe habiller est venu plus tard, il s’agissait à l’origine du verbe  » abiller  » qui voulait dire préparer et écorcer une pièce de bois pour en faire une bille. L’idée de préparer, parer, arranger cette bille a donné au mot  » habiller  » son sens de vêtir.

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Achille Michallon ( 1796-1822 ) Etude d’arbre couché, musée du Louvre

Amusant, ce cheminement des mots de l’arbre jusqu’à l’habit ! D’ailleurs, on appelle bien notre dernier vêtement le complet en sapin !

Hum, pour me faire pardonner cet humour noir, en voici un plus léger …

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Jules Trinquet ( 1867-1914 ) Baigneuse, photographie, Agence photo de la RMN Paris

On intitulerait bien cette photo  » femme-tronc  » !
La femme tronc était la speakerine à la télévision autrefois, quand cette profession existait encore pour que le téléspectateur prenne connaissance, sur les lèvres souriantes de la dame tronquée dans le petit écran, des réjouissances de la soirée.

Pardon pour ce billet un peu long, j’aurais dû le tronquer !

La fin d’août

 » Odeurs de myrtils null

Dans les grands paniers
Que demeure-t-il
De nous au grenier ?

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Ombre mon royaume
Je retrouverais
Les anciens royaumes
Et les noirs portraits
Les enfants qui dorment
Les fauteuils boiteux
Les ombres difformes
La trace des jeux

C’était moi peut-être null

Ou peut-être vous
Les yeux des fenêtres
Sont vides et fous
Dans les mois de paille
Il fait doux guetter
Le cri court des cailles
Divisant l’été

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Le vent se repose
Aux bords bleus du temps
Les hérons gris-rose
Marchent sur l’étang
Il me semble entendre
Un train loin d’ici
Dans les osiers tendres
Le jour est assis

La fin d’août paresse null

Et les arbres font
De lentes caresses
Aux plafonds profonds
Mémoire qui meurt
Photos effacées

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Rumeur ô rumeur
Des choses passées null

Odeurs de myrtils
Dans les grands paniers
Que demeure-t-il
De nous au grenier ?  »

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Louis Aragon, Extrait du Discours à la première personne, recueil Les Poètes , 1960

Photos du jardin de Grillon et monsieur Grillon

Ombrage

Hier je montrai un tableau conservé au musée de Wolverhampton et cela me donne l’occasion d’évoquer à nouveau cet endroit plein de souvenirs. Comme je supprime régulièrement les articles pour n’afficher que dix-huit mois de blogage, je peux conter à nouveau mes expériences à Wolverhampton sans avoir trop l’air de me répéter …

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photo du musée

C’était une belle journée de fin septembre 1995 et la première fois de ma vie que je posais les pieds sur le sol anglais. Nous venions de conduire notre fille à l’université de Hull au Nord Est du pays pour sa rentrée scolaire, premier de nos enfants partant étudier à l’étranger, première année d’études supérieures pour elle également, un voyage marqué de nombreuses premières fois avec toutes les petites appréhensions légitimes.
Après avoir quitté notre enfant sous une pluie de bisous et de recommandations, nous sommes arrivés dans le centre de l’Angleterre, car mon mari devait travailler une journée à Wolverhampton. Il me déposa dans le centre-ville devant ce gros bâtiment à l’allure bien musée.
Quand j’arrive dans une ville qui m’est inconnue, je cherche son musée comme une balise rassurante, un lieu sécurisant, calme, qui permet de s’apprivoiser doucement avec l’esprit des lieux.
Il était encore un peu tôt le matin, et avant l’ouverture du musée, je visitai un magasin de fournitures pour les beaux-arts installé juste en face. J’achetai un petit carnet de croquis sans me douter que j’aurai de bien bonnes choses à croquer.

Oh oui, que de jolis tableaux à savourer dans ce musée !

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    William Harold Dudley, la maison d’été, musée de Wolverhampton

Sans doute l’attrait nouveau d’une peinture différente de celle exposée dans les musées français …
Des scènes de genre tout à fait ravissantes décrivant la vie quotidienne, des paysages atmosphériques avec du mauvais temps ou du soleil …
Le meilleur moyen de se souvenir d’une oeuvre , c’est de la dessiner, et je fixai ainsi rapidement quelques toiles coup de coeur dans mon carnet tout neuf.

Un exemple : null ce n’est pas une copie d’oeuvre d’art, c’est un souvenir léger inscrit à la mine de plomb !

Ce tableau m’avait enchantée car il correspondait bien à ces moments colorés de septembre, la lecture au jardin sous les arbres, les heures douces, parfumées, mélancoliques de fin d’été.

Le parasol jette une ombre sèche, chaude, immobile et limitée, tandis que les arbres nous font le cadeau généreux d’un vaste ombrage, mouvant, frais, bruissant, rendant la lecture si agréable en été.

J’aime ce sous-bois qui imprègne les pages du livre d’un parfum de vent vert et de mousse :

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Constant Dutilleux, Hètraie en forêt de Fontainebleau, Palais des beaux arts de Lille
( pardon, il n’est pas à Wolverhampton, mais il me plaît tant ! )

L’ombre au tableau n’est pas un problème, mais un grain de beauté supplémentaire !

Le musée de Wolverhampton m’avait tant charmée, qu’après mon tour en ville le midi , j’y étais retournée à l’heure du thé. Avantage des entrées gratuites ! Je ne savais pas un mot d’anglais, mais dans un musée, on comprend avec les yeux ( et avec le coeur ).

Les orangers

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Gustave Caillebotte, Les orangers, 1878, museum of fine arts Houston, notice

Quel plaisir de lire à l’ombre des orangers !
J’aime beaucoup ce tableau de Caillebotte qui représente son jardin de Yerres.
Tableau des cinq sens … ombre et lumière vibrante faisant cligner des yeux, parfum des fleurs et agrumes ensoleillés flattant les narines, son crissant du gravier des allées rappelant celles de bonne-maman, contact raide, depuis longtemps oublié, des lattes métalliques bombées marquant les cuisses, tout le goût d’un bel été, lointain, dans un jardin du souvenir.

Il fait beau, null j’ai bu mon café, j’arrête de bloguer, je vais jardiner !

Beau soleil à tous !

Frivolité

Me voilà bloguant encore sur un air de frivolité, car j’ai l’esprit frivole, lol … En visitant le charmant site du musée de Wolverhampton en Angleterre ( un délicieux souvenir muséal pour ma part ), je découvre un portrait :

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    Francis Wheatley, Portrait de Mrs Pearce, 1786, musée de Wolverhampton

Le musée, page ici , propose d’une manière fort heureuse pour les brodeuses, l’agrandissement que voici :

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Madame Pearce fait de la frivolité, et tient entre ses doigts la navette à frivolité, qui est de petite taille, comme celle connue aujourd’hui. ( façon de parler, peu de personnes fabriquent encore de la frivolité de nos jours ). Elle confectionne certainement une fine dentelle à picots.

Dans cet article, j’avais déjà évoqué la frivolité, une manière de tisser de petits ou gros galons de dentelle ou passementerie afin d’orner des chemises ou des coussins décoratifs …

Le musée du Louvre possède également le portrait d’une dame s’adonnant à l’art de la frivolité.

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    Louis Tocqué, Madame Dangé faisant des noeuds, 1753, musée du Louvre

Lire la notice du musée, on constatera que l’activité de madame Dangé est assez peu connue des conservateurs et conservatrices du Louvre. Mais cela se comprend, la dentelle n’est probablement pas leur loisir le plus courant !

null  » Madame Dangé faisant des noeuds  » est le titre du tableau.
Autant dire que les délicats petits sacs brodés de ces dames sont de vulgaires sacs de noeuds !

On remarquera la différence entre les deux navettes, la française est plus grosse, et probablement madame Dangé fabriquait un galon de passementerie avec un fil un peu plus épais.
Mais les Anglaises étaient certainement en avance technologique par rapport aux Françaises au XVIIIème, c’est pourquoi la navette de Mrs Pearce ( trente ans plus tard ) est déjà plus fine.

Frivolité : de l’importance d’être inconstant !
Et loisir au goût d’amande douce …
Les tableaux nous font retrouver avec bonheur ces activités perdues, merci aux sites de musées de nous offrir ces vues passionnantes pour tout amateur de textiles !

Intempérie

Intempérie: nom féminin, du latin intemperies  » excès, dérèglement  » , de temperies  » mélange, équilibre  » …

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Jan Ross, dessin d’arbre, musée de Berlin

intempérie : manque de régularité, dérèglement,  » l’intempérie de vos entrailles  » ( Molière, le Malade Imaginaire ) …

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Alexandre Calame ( 1810-1864 ), Etude de tronc d’arbre, musée du Louvre

… dérèglement dans les conditions atmosphériques, l’intempérie de l’air, des éléments, des saisons …

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Karl Blechen, Vallée en hiver, 1825, Nationalgalerie Berlin

intempéries : les rigueurs du climat, temps ( mauvais temps ) ; être exposé aux intempéries

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Jean-François Millet, Le coup de vent, national museum Cardiff ( notice du musée. )

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Karl Blechen, Paysage de montagne avec un moine, vers 1826, Nationalgalerie Berlin

A Brest aujourd’hui nous pouvions affronter l’intempérie de l’air , et de la saison 2008, d’une intempérance à dérégler tous les baromètres !
Demain sera un autre jour, meilleur et bien tempéré, comme le clavier de Bach, espérons !

Saulaie

Les saules n’inspirent pas souvent de la joie … je relis  » Une Vie  » de Maupassant, dans le but d’un prochain voyage en Normandie, et voilà ce que le saule fait écrire à l’auteur au début du roman :

Bientôt on traversa des prairies; et de temps en temps un saule noyé, les branches tombantes avec un abandonnement de cadavre, se dessinait gravement à travers un brouillard d’eau. Les fers des chevaux clapotaient et les quatre roues faisaient des soleils de boue.

Les saules des bords de l’eau ( le bord de l’eau est le plan d’occupation des saules ! ) dans les tableaux de Corot, bien qu’ils ne soient pas pleureurs, n’ont pas cet abandon morbide, il s’en émane cependant une délicieuse mélancolie, une sereine nostalgie, en somme le bonheur d’être triste .

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J. B. Camile Corot, La saulaie à la pointe d’un marais, musée du Louvre

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Vincent van Gogh, Saules, plume encre brune crayon noir et rehauts de blanc sur papier, Van Gogh museum Amsterdam
Consulter la notice du musée.

Van Gogh avait écrit à son frère en 1882 qu’il voyait quelque chose comme une âme dans les arbres. L’âme des saules lui semblait sombre également.

Weeping willow … résonne comme une complainte …

La saulaie, qui se dit aussi la saussaie, illustre malgré tout quelques tableaux empreints d’une certaine gaieté :

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Paul Baum ( 1859-1932 ), Saules au bord d’une rivière, 1900, Nationalgalerie Berlin

Paul Baum est néo-impressionniste allemand. Son patronyme le prédisposait à peindre des arbres !

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Adolf Menzel, Place de village avec des saules, 1846, Nationalgalerie Berlin

On ressent dans ce tableau le frémissement sonore du feuillage argenté.

Eh oui, les saules ont des feuilles au printemps ! On ne les montre souvent que dépouillés en automne comme s’ils portaient inévitablement les symboles de fin de vie. Ils guérissent aussi, puisque de l’écorce du saule blanc on eut l’idée d’extraire la salicine, qui donnera naissance à l’aspirine.

En septembre, Grillon et monsieur Grillon prévoient de faire un petit voyage dans la région d’Etretat, et je placerai ce séjour sous un thème  » maupassantien « .
L’an dernier en septembre, nous étions partis à la recherche du Lys dans la vallée de l’Indre, sur les traces de Balzac, Félix de Vandenesse et Henriette de Mortsauf.
Cette année, nous suivrons les pas de Guy de Maupassant.

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Quel bonheur de se replonger au lit le dimanche matin dans ces nouvelles en compagnie de son chat !
Ces livres m’avaient procuré, il y a une petite vingtaine d’années, d’insaisissables sensations de joie, des enthousiasmes incompréhensibles selon mon mari qui n’aime pas la littérature, des secousses de rires béats et admiratifs de ménagère heureuse, et l’idée de visiter prochainement les lieux habités ou décrits par Maupassant m’enchante absolument.

Ce ne sont pas les téléfilms adaptés de Maupassant qui m’ont poussée vers cette région, j’en ai regardé deux seulement et j’ai été un peu déçue, à tort sans doute, car la qualité des films était grande, mais je n’y ai pas retrouvé tout le sel des phrases de l’écrivain. Disons bêtement que ses mots passant à l’écran perdent leur saveur, la lecture excite mieux l’imagination !

Aigrette

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La violente averse ne fut pas un si mauvais temps hier après-midi, puisqu’elle invita une aigrette à venir s’abriter dans un pin de notre jardin.
Ces gracieux échassiers sont communs dans la région, mais s’aventurent rarement si près de nos habitations.
Mazette, une aigrette garzette !
J’eus le temps de prendre mon appareil photo, elle n’était qu’à dix mètres de la fenêtre. Sur le fond sombre du conifère, cet oiseau ciconiiforme laisse admirer son aigrette.
L’oiseau a donné son nom à ce petit plumeau effilé qui peut orner les chapeaux.
Alors je pense à un autre animal, au caniche de Rembrandt !

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Rembrandt, Autoportrait, 1631, musée du Petit Palais Paris

Ce tableau du Petit Palais m’amuse toujours, car le caniche, aussi frisé que Rembrandt lui-même, tient péniblement aux pieds de son maître fringant et huppé , cette race de chien frétillant étant peu incline aux séances de pose en atelier. Rembrandt traduit aussi la psychologie de son compagnon à quatre pattes.
La présence du chien serait due en réalité à l’insatisfaction de Rembrandt, qui s’était pour la première fois, et la seule parmi ses très nombreux autoportraits, représenté en pied, ses jambes ne lui plaisaient pas et le chien lui permit de les masquer.
Il affichait sur ce portrait en costume oriental tout le panache de sa jeunesse, la fière aigrette de ses vingt-cinq ans !

Cette aigrette blanche sur un arbre perchée m’évoque aussi ce dessin de Chardin  » La vinaigrette  » :

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Jean Siméon Chardin, La vinaigrette, musée national de Stockholm

J’avais montré ce dessin de Chardin en 2007 et posé une question :

    Cette chaise à porteurs a perdu ses deux bras arrières, et gagné deux roues. Elle doit son nom aux chariots-réservoirs que les vendeurs de vinaigre trainaient dans la rue.
    Ces voitures étaient le taxi du XVIIIème siècle.
    Le porteur à l’avant tirait et s’appelait le ” bricolier “. Le porteur à l’arrière poussait et s’appelait le ” hàleur “.

    D’où vient l’expression ” faire vinaigre ” ?
    Cela veut dire se dépêcher, faire vite. L’expression vient elle de ce taxi à deux roues, la vinaigrette, qui allait plus vite que la chaise à porteurs traditionnelle sans roues ?
    Si quelqu’un sait, je le remercie d’avance de me laisser une réponse !

L’aigrette coquette s’est tournée pour montrer son autre facette, puis a pris la poudre d’escampette …

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Poirier

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Après l’élégie, la galéjade ! Un peu de Philippe Geluck pour requinquer les esprits larmoyants .
Le saule à branches pendantes évoque les pleurs et le deuil en Occident, ainsi que l’opposé, l’immortalité et la fécondité en Orient. Je suis désolée d’avoir été si mélancolique sans le vouloir dans mon dernier article. Pourquoi ne qualifie-t-on pas une autre espèce de saule le  » saule rieur  » ?

Voilà un poirier rigolo :

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Charles V. Bond,  » Fruits, oiseau et poirier nain  » 1856, National Gallery Washington, voir la page du musée.

Ce poirier nain me rappelle une anecdote.
Par une fin d’août ensoleillée, je trouvai sur la pelouse un petit sac de papier en cellophane jaunie, déchiré sur le côté et encore lié dans le haut avec un brin de raphia. Etrange. Deux jours plus tard, je ramassai à nouveau le même sachet déchiré sauvagement d’un côté et lié soigneusement de l’autre. D’où venait-il ?
Le lendemain, mon chien me donna une explication en images. Sa démonstration me fit rire et me rendit honteuse aussi.
Couché au milieu de la pelouse, il tenait entre ses pattes une grosse poire juteuse, dont il se goinfrait bruyamment. Il engloutissait une duchesse trapue, et l’énigmatique pochon gisait là non loin.
Je grimpai alors sur le talus derrière la maison pour jeter un oeil dans le jardin du voisin. Il avait ensaché toutes ses poires pour les protéger des guêpes. Il n’avait pas prévu de parade contre les chiens se révèlant végétariens aux heures les plus chaudes de l’été.
Le poirier du voisin, en espalier, offrait ses fruits à hauteur de truffes.

Peut-être le petit poirier de Van Gogh n’aurait-il pas su non plus se défendre des assauts gourmands de mon gros toutou :

Les poiriers de Gustav Klimt ne craignent plus rien :

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    Gustav Klimt, Poiriers, 1903, Harvard University Cambridge USA

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