Arbres en fleurs

Arbres en fleurs au Japon, les fameux pruniers, cerisiers …

null

Hiroshige, Pruniers en fleurs, 1857, encre et poudre de mica sur papier, Rijksmuseum Amsterdam
Notice du musée ici

Comme l’indique le Rijksmuseum, Vincent van Gogh s’est inspiré de cette oeuvre d’Hiroshige pour un tableau peint à l’huile sur toile :

null

Vincent van Gogh, Japonaiserie: pruniers en fleurs, 1887, musée van Gogh Amsterdam

Van Gogh s’est plusieurs fois inspiré de l’art japonais, la japonaiserie était très en vogue dans le dernier quart du XIXème siècle, et il a copié aussi le  » Pont sous la pluie  » d’Hiroshige, cliquer sur  » de brug in de regen  » sur la page du musée van Gogh d’Amsterdam ici.

Vincent van Gogh a très souvent peint les arbres en fleurs, et c’est normal dans sa quête de la couleur, les arbres fruitiers fêtent le printemps de manière si éclatante !

Je choisis l’amandier parmi tant d’autres tableaux de l’artiste. On peut admirer les oeuvres dans le site très fourni du musée van Gogh d’Amsterdam, pages ici. Ne pas laisser brûler le rôti dans le four pendant cette virtuelle contemplation !

Voilà cette merveilleuse branche d’amandier, elle fait penser à une broderie sur une soie turquoise :

null

Vincent van Gogh, branche d’amandier, 1890 , musée van Gogh Amsterdam
Peinte à Saint Rémy. Un enchantement qui hypnotise le regard sur le mur blanc du musée !

Branchette dans un verre :

null

Vincent van Gogh, branche d’amandier dans un verre, 1888, musée van Gogh d’Amsterdam
Peinte à Arles.
Bien jolie façon d’immortaliser les verres Maille ou Nutella !
Les fleurs d’amandier semblent roses. Est-ce une autre variété de cet arbre qui fleurit toujours le premier au printemps ?

Un amandier rose : null

Vincent van Gogh, Amandier, 1888, musée van Gogh d’Amsterdam

Van Gogh balançait son coeur entre le blanc et le rose, il a peint des vergers blancs, des vergers roses, donnant parfois aux arbres une poésie japonaise, et je ne résiste pas à l’envie de montrer ce petit poirier tout mignon qu’aurait aimé Hiroshige :
Petit poirier, 1888 null musée van Gogh Amsterdam

Les arbres de Mondriaan

Il y a un an je racontai ma visite du musée municipal de La Haye aux Pays-Bas, fantastique musée qui me passionne encore plus que le Mauritshuis, revoir l’article .
Il abrite une impressionnante collection de tableaux de Piet Mondriaan.
L’oeuvre peint de cet artiste a subi tant d’évolutions dans toutes les directions qu’il en est déroutant, très intéressant à observer aussi.

Par exemple , suivons l’arbre. L’arbre de Mondriaan prend toutes les silhouettes et couleurs jusqu’à en être génétiquement modifié !

Tous les arbres montrés ici, peints à l’huile sur toile, appartiennent au gemeente museum ( musée municipal ) de La Haye et on peut compulser les quatorze pages consacrées à Mondriaan sur son site ici.

null
Bois de saules le long de la rivière Gein, 1902-1904

null Moulin près de grands arbres, 1906-1907

null
Bois près d’Oele, 1908

null
L’arbre bleu, 1908-1909

null
L’arbre rouge, 1910

Composition d’arbres 2, 1912-1913null

Jolie forêt de toiles, n’est-ce pas !

Les peupliers

D’où vient le nom de cet arbre, le peuplier ? De  » peuple  » bien sûr, son nom latin est  » populus « , mais pourquoi ? Mon dictionnaire le Robert ne le dit pas, si quelqu’un a une idée, je l’accueillerai avec plaisir …
J’ai bien une proposition à faire, mais tient-elle ? Le peuplier est un arbre qui pousse vite, se propage facilement, repousse sans problème après les dégâts d’une tempête, donc il peuple le paysage de manière abondante et aisée.

null Henri Martin ( 1860-1943 ) Les peupliers, 1934, musée d’art moderne de la ville de Paris

Cet arbre populaire porte d’autres noms :  » grisard  » car ses feuilles sont argentées,  » ypréau  » car il pousse particulièrement bien en Belgique à Ypres, ou  » tremble  » car il frissonne au moindre souffle.
Cette dernière appellation, poétique, me remet en tête ce poème saturnien de Verlaine que j’aime beaucoup :

    1. Après trois ans

      Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
      Je me suis promené dans le petit jardin
      Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
      Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.

      Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
      De vigne folle avec les chaises de rotin…
      Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
      Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

      Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
      Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
      Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

      Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
      Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
      – Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

  • J’ose, hum 🙁 , ce mot après ce merveilleux poème : la plainte sempiternelle du tremble ou peuplier est la vox populi !

    Les peupliers aiment surtout la proximité de l’eau, et ils longent souvent les canaux. Ce célèbre tableau de Meindert Hobbema les a immortalisés :

    null
    Meindert Hobbema, L’allée de Middelharnis, National Gallery Londres
    Lire la notice du musée.

    Quand j’ai vu le film de Peter Webber  » La jeune fille à la perle  » pour la première fois au cinéma, je pensai instantanément à cette allée de Middelharnis quand Griet se promène le long du canal avec le fils du boucher. J’aime bien quand le cinéma met du mouvement ( c’est son rôle ) dans les images fixes de l’histoire de l’art.

    L’été dernier j’avais évoqué la symbolique du peuplier à propos d’un tableau de Caspar David Friedrich.
    Revoir l’article ici.

    null Le peuplier est associé à l’au-delà et au sacré dans l’Antiquité, et la mythologie raconte plusieurs métamorphoses en peuplier. La nymphe Leucé est changée en peuplier blanc ( Leucé veut dire blanc ). Le peuplier noir symbolise le deuil et la mort, le peuplier blanc la régénération. La double couleur de ses feuilles, qui sont foncées sur une face, blanches et argentées sur l’autre face, permet cette relation du monde ici-bas noir et de l’au-delà blanc.

    J’ai parlé du peintre Pierre Henri de Valenciennes qui a représenté dans ses nombreux paysages différents arbres magnifiques.
    Voici des peupliers :

    null

    P. H. de Valenciennes,  » Fabriques à la villa Farnèse, les deux peupliers « , musée du Louvre

    Les peupliers chantent dans le vent, et ce frissonnement rappelle à chacun de nous, d’une manière ou d’une autre, une promenade le long d’une rivière, une sieste dans une clairière bordée de ces arbres fiers, ou, comme pour mon mari, les révisions pour ses examens au bord de la Scarpe à Arras …

    Le chêne

    Le chêne me fera toujours penser à celui de Flagey peint par Courbet .
    Revoir l’article ici.

    null
    Gustave Courbet, Le chêne de Flagey, 1864, Murauchi art museulm Tokyo

    ( lol, un si gros arbre dans un musée au pays des bonzaïs ! )

    Cet arbre imposant occupe une grande toile de 89 x 110 cm.
    Le grand arbre de Valenciennes a autant de majesté et paraît immense, pourtant la toile est minuscule : 29 x 19 cm !

      null

    Pierre-Henri de Valenciennes ( 1750-1819 ), Le grand arbre, musée du Louvre

    Les grands arbres étaient des personnages respectés dans les communes autrefois. En France, maintenant, on les accable hélas facilement de maints procès d’intention et on les décapite sans aucun jugement. Il devrait y avoir une demande de permis de couper les arbres comme il existe la demande de permis de construire une maison dans toutes les communes.

    Valenciennes a souvent peint de magnifiques arbres, j’y reviendrai.

    Les devoirs de vacances

    Les enfants font-ils encore aujourd’hui des devoirs de vacances ? Oui, sans doute, même les adultes ont leurs cahiers de vacances maintenant !
    Mes enfants me réclamaient ces cahiers dès la fin juin, et s’y plongeaient avec une fière allégresse, mais l’attrait de la nouveauté ne dépassait guère une semaine ! Rares étaient les cahiers lus et griffonnés jusqu’au bout. L’année suivante, sous une pluie de suppliques et promesses, je devais à nouveau céder à cet achat coûteux pour une famille nombreuse … et en septembre je jetais des cahiers vierges. J’ai voulu les réutiliser pour l’année prochaine, mais on ne m’a pas suivie dans ce jeu-là … un beau jour, j’ai tenu bon, pas question de faire le bonheur des éditions Bordas, et finalement, aucun enfant ne s’est plaint.

    null

    Robert Braithwaite Martineau ( Londres 1826-1869 ), Kit’s writing lesson, 1852, Tate Londres

    Martineau fut élève du peintre preraphaelite William Holman Hunt. Le sujet de ce tableau vient du roman de Charles Dickens  » The old curiosity shop  » datant de 1841.

    Le voilà ce vieux magasin de curiosités, à Londres :

    null

    Consulter la wikipage.

    Raaah, le magasin de rève où j’aimerais rassasier mes yeux curieux !

    Dans l’illustration de Martineau, la jeune Nell Trent apprend à écrire au petit Kit.
    J’ai découvert ce tableau en cherchant un dé !
    Le dé au doigt de Nell : null

    Ce tableau n’est pas un chef-d’oeuvre, comporte des maladresses, mais j’aime le détail des objets de couture.

    Martineau continua dans ce thème de l’apprentissage de la lecture et l’écriture avec ce tableau :

    null

    Robert Braithwaite Martineau, La leçon d’orthographe, 1856, musée d’Orsay

    Le tableau paraît encore présenter quelques défauts de proportions, mais le sujet est touchant, et donne envie de lire le récit de Charles Dickens.

    La mer de Bretagne

    La mer de Bretagne

      Un peintre
      Il a compris la race antique aux yeux pensifs
      Qui foule le sol dur de la terre bretonne,
      La lande rase, rose et grise et monotone
      Où croulent les manoirs sous le lierre et les ifs.

    null

      Des hauts talus plantés de hêtres convulsifs,
      Il a vu, par les soirs tempétueux d’automne,
      Sombrer le ciel rouge en la mer qui moutonne;
      Sa lèvre est salée à l’embrun des récifs.

    null

      Il a peint l’océan splendide, immense et triste,
      Où le nuage laisse un reflet d’améthyste,
      L’émeraude écumante et le calme saphir;

    null

      Et fixant l’eau, l’air, l’ombre et l’heure insaisissables,
      Sur une toile étroite il a fait réfléchir
      Le ciel occidental dans le miroir des sables.

    José Maria de Hérédia, recueil Les Trophées

    Ce peintre, auquel Hérédia dédie son poème , est son ami Emmanuel Lansyer.
    Revoir l’article ici que je lui ai consacré.
    Les tableaux ci-dessus sont :
    –  » Le manoir du grand pin et église des Templiers  » aux environs de Clisson ( Loire Atlantique ) , 1884, Loches maison Lansyer
    –  » Falaise et mer haute du Ris  » ( Douarnenez ) , 1875, Loches maison Lansyer
    –  » Baie de Douarnenez à marée basse  » , 1879, musée des beaux arts Quimper
    –  » Douarnenez , embouchure de la rivière sur la plage du Ris » , 1874, Loches maison Lansyer

    L’été semble s’installer , il fait très beau aujourd’hui, on irait volontiers réfléchir comme le ciel dans le miroir des sables. Quand la mer se retire, on aurait envie comme elle de se retrancher dans ses pensées !
    La lumière de Lansyer est toute poésie, ses paysages sont aussi sensibles et pudiques que fut cet homme secret.
    Comme j’aime énormément les tableaux de ce peintre, je montre celui-ci que j’aime beaucoup, , qui ne présente pas une plage bretonne, mais normande, et qui est hélas en mauvais état :

    null
     » Le Luisant  » côte de Granville, 1880, musée des beaux arts de Rennes

    Ce tableau ne reçut pas une bonne critique, jugé trop brutal. Je le trouve au contraire doux et mélancolique, j’aime cette lumière du soir, quand le couchant jette son or sur le sable luisant. Ce ciel occidental se fait oriental, et laisse dire que c’est un Lansyer du Bengale !

    Si vos pas vous mènent vers Loches en Touraine, ne manquez pas la maison de ce peintre-poète !

    Allume-feu

    Renoir

    Quelquefois, le matin, Renoir interrompait Gabrielle qui préparait le feu dans le grand poêle en fonte noire :
     » Que faites-vous avec ce journal ?
     » J’allume le feu.
     » Je ne l’ai pas lu.
     » Vous ne lisez jamais le journal.
     » Tenez, ouvrez ce carton !  »
    C’étaient des aquarelles.
     » C’est idiot de garder tout ça . Un marchand serait capable de les vendre .
    « Je les trouve si jolies !  » protestait Gabrielle.
    Elle devait s’exécuter et le carton entier y passait, sauf une ou deux aquarelles qu’elle glissait sous un meuble pendant qu’il tournait le dos.
     » Il se méfiait. Il était malin et se retournait brusquement !  »
    Ces holocaustes n’étaient pas du tout des actes de désespoir. Rien du mea culpa , du déballage à la Dostoïevski dans cette destruction. Simplement la certitude que les essais d’un peintre ne regardent que lui.
     » C’est comme si on montrait une pièce de théâtre avant la fin des répétitions ! Et puis il faut bien du papier pour allumer le feu ! « 

    Extrait de  » Pierre-Auguste Renoir, mon père  » de Jean Renoir.

    On comprend Gabrielle qui sauva ainsi un certain nombres d’études …

    Renoir null  » sauvée par Gabrielle  » et conservée à la National Gallery de Washington
    L’étude rescapée présentée en haut de l’article est conservée au musée du Louvre.

    Cependant je comprends Renoir. Un artiste n’aime pas qu’on exhibe ses tâtonnements, ses recherches, les études ont quelque chose d’intime et pudique. En ce sens, je ne comprends pas du tout ce goût qu’ont certains cinéastes à montrer les scènes coupées dans les  » bonus  » des DVD. A moins que l’éditeur insiste en disant que le DVD du film se vendra mieux ainsi, car il flatte la curiosité du spectateur …
    Il est vrai que pour toute oeuvre, même une étude préparatoire, il existe deux regards, celui de l’artiste lui-même, critique et intransigeant, et puis celui d’autrui, intéressé par la démarche du créateur ou amoureux de tout ce qu’il produit même un gribouillage.

    Le livre de Jean Renoir, qui remporta un énorme succès, est une mine d’anecdotes pittoresques, et m’a fait un peu mieux apprécier Renoir que je ne classe pas parmi mes peintres préférés.
    Ses nus m’ennuient un peu, alors qu’un fragment de peau féminine de Renoir ( je n’emploie pas le mot  » chair  » que Renoir détestait par dessus tout, préférant le mot peau, moins péjoratif à ses yeux ) garantit toujours le succès de n’importe quelle exposition dans un musée aujourd’hui.
    Mais l’homme était attachant, son goût du naturel authentique pour toute chose, son dégoût de l’artificiel, de la mode et du maniéré, ferait de lui aujourd’hui un écologiste, l’écolo raisonnable et posé comme il en existe à côté de la masse des excités branchés.

    Je préfère volontiers ses femmes habillées, et j’aime bien ce tableau :

    Renoir null Jeune fille au chat, 1880, Sterling et Francine Clark art institute Williamstown

    Les Clark rassemblèrent 35 tableaux de Renoir. Le préféré de monsieur Clark était  » Les oignons  » que j’ai montré ici. On peut voir sur cette page en bas quelques oeuvres de Renoir conservées par Sterling et Francine Clark.

    C’est hier que je devais montrer ce tableau car ses tonalités sont bleu-blanc-rouge !

    Cette jeune fille assoupie est, selon Georges Rivière , ami et biographe de Renoir, Angèle, une fille délurée qui avait de mauvaises fréquentations.
    On serait tenté de dire que c’est une grenouille sur un crapaud !

    Renoir aimait beaucoup les femmes et les chats, et disait que son type de femme préféré était celui de la femme-chatte, à la peau douce, câline comme une chatte, au visage félin, avec des yeux en amande et un tout petit nez comme les chattes.
    J’aime ce tableau car la jeune fille se fait chatte en effet, semble savourer son repos comme l’animal lové dans son giron. On les entend presque ronronner en coeur !
    J’aime le bleu reposant de la jupe posé sur le rouge velours du fauteuil-crapaud, les bas rayés , les charentaises feutrées bleues et noires , c’est beau, simple, sensuel, le bonheur d’être là et las !

    Le dé

    William Paxton, Femme cousant, vers 1913, musée de Detroit

    Paxton ( 1869 – 1941 ) était un peintre impressionniste américain, né dans la banlieue de Boston, qui passa quatre années à l’Ecole des Beaux Arts de Paris.

    Sur le site du DIA, musée de Detroit, en cliquant ici on peut agrandir le tableau, et zoomer sur la main de la couturière. On verra apparaître le dé posé sur son doigt. J’aime ce détail charmant !

    paxtondetdedeia

    Il y a dans ce tableau une lumière d’une douceur chère à Vermeer, comme si Paxton avait admiré les femmes des tableaux de cet artiste, toujours absorbées dans leur travail. En cherchant de plus amples renseignements concernant ce peintre américain peu connu chez nous, je découvre qu’il assista l’historien d’art Philip Hale dans la rédaction du premier ouvrage américain consacré à Vermeer. Cette impression hollandaise que nous ressentons devant son oeuvre est donc fondée !

    J’aime bien les tableaux montrant les couturières au travail, revoir cet article de 2007, et on n’aperçoit pas très clairement dans les tableaux précédents ce fameux petit ustensile, dont on peut faire collection, et qui coiffe le majeur.
    Il est placé au majeur, mais de taille si mineure que la peinture doit être fine pour le faire briller .

    null

    Christoffer Wilhelm Eckersberg, Double portrait du comte Preben Bille-Brahe et sa seconde femme, 1817, Ny Carlsberg Glyptotek Copenhague

    Eckersberg est le peintre danois le plus connu, une grande vedette en son pays. Dans ce double portrait assez conventionnel, le plus intéressant est la qualité des étoffes, le souci du détail, et là encore, le dé apparaît comme une pépite de bonheur. Bonheur des dames bien sûr !
    Heureusement , comme pour le DIA, le site du musée permet d’agrandir la photo et d’admirer l’objet, cliquer sur  » enlarged photo  » en rouge.

    La position de madame Bille-Brahe me fait penser à celle de madame Pastoret dans le tableau de David conservé à l’AIChicago et qu’on peut revoir dans cet article. Même position du tissu aussi, comme s’il s’agissait du même ouvrage !
    Eckersberg a peut-être vu les oeuvres de son contemporain français.

    J’aime les travaux d’aiguille dans la peinture, et trouverai bien encore quelques autres dés à coudre et toiles à découdre !

    Charlotte Caillebotte

    Gustave Caillebotte, Linge séchant au bord de la Seine au Petit Gennevilliers, 1888, Walraff Richartz Museum Cologne

    Mes lessives ressemblent à cela en ce moment ! Quand un fils revient à la maison sans un seul vêtement propre … la machine tourne, tourne …

    Est-ce Charlotte qui lavait autant ?
    lol, non, près de la maison de Caillebotte se trouvaient de nombreux lavoirs, et l’île sur laquelle se situait cette maison était appelée  » l’île aux draps  » .
    Charlotte Berthier était l’amie ou bien l’épouse de G. Caillebotte selon les biographies, peu importe, c’était une jeune femme discrète assez peu manuelle, et Gustave avait les moyens de s’offrir du personnel.
    Epouser un homme du nom de Caillebotte quand on s’appelle Charlotte, c’est amusant !

    Après le séchage, il faudra repasser, et ce sera au tour de Degas de peindre cette opération !
    Les impressionnistes ont souvent peint le linge dans toutes les étapes de son nettoyage.

    Sur le tableau de Caillebotte, il y a du vent dans les voiles ! Sont-elles en soie , ces chemises, comme les voiles de ses yachts ?

    Gustave Caillebotte ( 1848-1894 ) avait de nombreux talents, peintre, mécène apportant du beurre dans les épinards de ses collègues, collectionnant les tableaux de ses amis les  » intransigeants  » c’est à dire impressionnistes, il avait légué par testament sa collection à l’Etat qui fut épouvanté par ces  » horreurs  » ( le pauvre Renoir était son exécuteur testamentaire et le jugement des conservateurs l’avait exécuté ! ), et parmi ses multiples talents, il en est un bien plaisant , c’est la plaisance !

    Je montrai hier une yole peinte par Renoir, barque effilée, fendant l’eau à toute vitesse, et voici aujourd’hui les périssoires :

    null
    Gustave Caillebotte, Périssoires, 1877, Milwaukee art center
    Voir la notice du musée ici.

    Scène sur l’Yerres, près de la propriété des parents de Caillebotte.
    Ces barques s’appelaient périssoires car elles étaient fines et fragiles, à fond plat. Gustave Caillebotte les a peintes plusieurs fois.
    C’était un voileux, il posséda de nombreux bateaux, des yachts ou des dériveurs lestés, participa à de très nombreuses régates, et gagna souvent. Dans la revue de nautisme  » Yacht  » , ses exploits nautiques ne firent jamais mention de son activité de peintre .
    ( Aujourd’hui, je pense que si Michel Desjoyaux peignait des tableaux, cela se saurait ! )

    Gustave Caillebotte présida le sous-comité de la Société des Régates de Cabourg, et il acheta avec son frère au Petit Gennevilliers, où se trouvaient des chantiers de constructions navales, des bâtiments pour abriter le siège du Cercle de la Voile de Paris *. Plus tard, il rachète les parts de son frère, puis achète là d’autres terrains et une maison dans laquelle il résidera toute l’année.

    Il fut élu conseiller municipal du Petit Gennevilliers et fit augmenter le salaire de l’allumeur de réverbères. Ce navigateur nous fait penser à l’aviateur.
    Ses amis l’ont beaucoup pleuré à sa mort prématurée.

    * Ce cercle est l’ancêtre de la fédération française de voile.

    La Grenouillère

    La Grenouillère et la maison Fournaise étaient le  » Trouville des bords de Seine  » dans la seconde moitié du XIXème siècle.
    Comme le quartier de Montmartre, les bords de Seine entre Chatou et Bougival à l’ouest de Paris attirèrent les peintres impressionnistes.
    C’est le chemin de fer de Saint Germain en Laye qui favorisa le succès de l’endroit, la gare du pont de Chatou était à vingt minutes de Paris. Il y avait également une ligne d’omnibus qui emmenait les parisiens au bord de l’eau. Le Paris-Plage le plus proche !

    Monsieur Fournaise , hôtelier de Bougival, eut l’idée d’agrandir une maison qu’il possédait dans l’île de Chatou pour en faire un restaurant. On connaît le succès de cette maison Fournaise, où Renoir peignit le fameux Déjeuner des Canotiers conservé dans la collection Phillips à Washington. null
    ( J’avais longuement blogué autour de ce tableau et cette maison en 2006 )

    Monsieur Fournaise, avait installé un ponton, et amené des yoles, et son établissement devint une sorte de club nautique.

    null
    Renoir, La Seine à Asnières ou la yole, vers 1879, National Gallery Londres
    On n’est pas sûr que cette toile fut bien peinte à Asnières comme son titre l’indique, mais elle nous montre ce type de barque en vogue (sur l’eau !) .

    La destination sportive de cette île perdure, puisque quelques cent ans plus tard dans les années 1980 s’est créé là un parcours de golf.

    Renoir s’installa dès 1868 sur cette courbe harmonieuse de la Seine, entre les îles de Croissy et Chatou, bordée de peupliers, le long de laquelle les amoureux aimaient se retrouver.
    La Grenouillère était à la fois une guinguette et un établissement de bains sur l’île de Croissy .

    null
    Renoir, La Grenouillère, 1869, musée Pouchkine Moscou

    J’ai toujours cru que la Grenouillère devait son nom aux grenouilles qui devaient peupler le bord de l’eau, mais non !
    Jean Renoir, dans son livre  » Pierre-Auguste Renoir , mon père  » explique que ces grenouilles n’étaient pas des batraciens, mais d’une espèce toute différente !

    null
    Renoir, La Grenouillère, 1869, Fondation Oskar Reinhart Winterthur

    Les grenouilles, c’était ainsi qu’on nommait les femmes de petite vertu, pas vraiment des prostituées, mais des filles libres, changeant d’amant facilement, sautant d’un hôtel particulier des Champs-Elysées dans une mansarde des Batignolles avec fantaisie, caractéristiques de la société parisienne des années autour de la chute de l’Empire.
    Renoir leur doit de nombreux modèles bénévoles.

    null détail de ce tableau ci-dessous:

    Renoir, La Grenouillère, 1869 null musée national de Stockholm

    Les  » grenouilles  » étaient souvent de bonnes filles d’après Renoir, et la Grenouillère présentait un constant mélange de population, des femmes du monde, des bourgeoises sérieuses, des actrices, des ouvrières, ce brassage ravissait le peintre.

    Monet suivit l’initiative de Renoir et peignit également cette Grenouillère et ses charmantes grenouilles :

    null
    Claude Monet, La Grenouillère, 1869, Met New York
    Page du musée ici qui indique que c’était le rêve de Monet de peindre cet endroit, mais ce n’était qu’un rêve, Renoir venait de passer deux mois sur place et exécutait aussi ce tableau.

    Ce complexe n’empêcha pas Claude Monet de peindre plusieurs fois cette scène aussi la même année 1869:

    null
    Claude Monet, La Grenouillère, 1869, National Gallery Londres.
    Consulter la notice du musée ici.

    Voilà la petite histoire de ces grenouilles qui ne s’amusaient pas sous le ponton, mais dessus !

    css.php