Une porte de Menzel

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Adolph Menzel, Salle à  manger avec la soeur de l’artiste, 1847, Neue Pinakothek Munich

Page du musée ici.

J’ai parlé de Menzel l’été dernier à  propos d’une fenêtre, et de son tableau peut-être le plus connu ,  » L’intérieur au balcon  » , revoir ce tableau ici.

J’aime beaucoup cet artiste, qui est né un 8 décembre comme Camille Claudel, le 8 décembre 1815 sous l’ère belliqueuse de Napoléon, et qui mourut le siècle suivant en 1905 à  la belle époque. Il en a connu des mouvements artistiques ! Le néoclassicisme de l’Aufklà¤rung, le romantisme, le réalisme, l’impressionnisme. Il a peint et dessiné des portraits, des scènes de genre, des paysages, des scènes historiques, la vie quotidienne, c’est le chroniqueur le plus fidèle de la vie en Allemagne au XIXème siècle.

Dans ce tableau ci-dessus, madame Menzel est en train de coudre sous la lampe, et sa belle-soeur Emilie, soeur d’Adolph, tient un bougeoir dans les mains. La bougie éclaire son visage par le dessous, un éclairage que les peintres caravagesques hollandais par exemple ont particulièrement apprécié, et le fait d’introduire le spectateur dans cette scène intimiste au travers d’une porte est hollandisant également. Les coups de brosse apparents sont rapides et assez modernes pour l’époque.
A quoi songe cette jeune fille, qu’a-t-elle aperçu ? Ecoute-t-elle l’andante favori de Beethoven qu’un ami joue au piano dans la pièce attenante ?
Charmant, n’est-ce pas ?

Boîtes et portes

Avant-hier je me suis intéressée à  l’érection, – de monuments, bien évidemment !

Aujourd’hui je jette un oeil dans un peepshow.

Oh, grillon, va-t-on me dire !

Mais c’est passionnant ces choses-là , et je propose d’y regarder de plus près – sans arrière pensée, bien évidemment !

Je rêve d’aller à  Londres en admirer un tout particulièrement, il est célèbre.

Allez, je donne son adresse pour qu’on puisse aller s’y rincer l’oeil : la National Gallery !

Il y en a d’autres, mais plus loin …

Voici le plus beau :

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Samuel van Hoogstraten ( 1627-1678), a peepshow with views of the interior of a dutch house, vers 1655-60, National Gallery Londres
Explications du musée ici.

J’indique le titre de cette oeuvre en anglais, car à  vrai dire, je ne sais pas exactement comment cela se traduit en français. Boîte à  images, boîte à  perspective, boîte 3D ?
Samuel van Hoogstraten a utilisé ses connaissances de la perspective pour peindre cet intérieur de maison hollandaise en deux dimensions sur un panneau. Des trous sont percés dans les petits côtés de la boîte, au travers desquels filtrent des rayons de lumière apportés par une bougie , une fenêtre, et cet éclairage donne à  l’image une troisième dimension.
C’est amusant, cela fait penser à  ce jouet pour les enfants qu’on achète dans les lieux touristiques, sorte de boîte avec deux yeux, dans laquelle on fait glisser une planche de diapositives, et les photographies du lieu hautement touristique, paysage, cathédrale, château, observées dans cet engin, apparaissent en 3D.

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Samuel van Hoogstraten, Peepshow, 1663, Institute of art Detroit

Cette boîte conservée au DIA est encore plus étrange. Il semble y avoir un jeu de miroirs, j’aimerais bien la voir de plus près aussi, mais ma fille qui habitait à  Détroit il y a dix huit mois est installée en France maintenant ! Trop tard, j’aurais dû lui rendre visite !

J’ai déjà  montré des tableaux de Samuel van Hoogstraten, dont celui du Louvre,  » Les Pantoufles  » , qui nous ouvrent deux magnifiques portes.
Revoir l’article ici.

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Samuel van Hoogstraten, Les pantoufles, détail, Louvre

Je ne me lasse pas de ce tableau et monte le revoir chaque fois que je vais au Louvre. Un tableau silencieux qui nous chuchote à  l’oreille toutes sortes de questions anodines et douces … Les clefs qui se découpent sur le velours beurre-frais de la chaise sont une merveille, on les entend cliqueter, car la maîtresse de maison vient de rentrer …

Samuel van Hoogstraten avait de nombreux talents, poète, écrivain, a peint différents genres, dont des trompe-l’oeil, et voici une autre porte amusante :

null conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne.

Un vide-poche accroché sur une porte de placard. On serait tenté de s’essuyer les mains au torchon et d’ouvrir cette porte.

Je n’ai pas précisé, mais c’est évident, le mot peepshow a un sens plus large en anglais qu’en français.

Ouvertes ou fermées, seules ou à  plusieurs, les portes et les boîtes invitent à  la causerie, ou à  un brin de causette !

Adriaen Coorte

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Joie 🙂 , grâce à internet j’ai pu commander ce beau catalogue de l’exposition Adriaen Coorte qui se tient au Mauritshuis de la Haye en ce moment !
Voir la page du musée.

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Adriaen Coorte, Nature morte aux asperges, 1697, Papier marouflé sur bois, 25×20,5 cm, Rijksmuseum Amsterdam

J’ai déjà  montré un tableau de Coorte dans un article sur les asperges ( revoir ici ) , car le peintre aux asperges, c’est bien lui !

Il est le seul avec Edouard Manet à  avoir peint des asperges isolées, en unique sujet du tableau. Il en a peint beaucoup, des bottes et des bottes.

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Adriaen Coorte, Asperges, grappe de groseilles et pot de fraises, 1698, musée de Dordrecht

On ne sait pas grand chose d’Adriaen Coorte . Il naquit sans doute à  Middelburg en Zélande vers 1660 et mourut après 1707. Il travailla à  Middelburg, fit son apprentissage à  Amsterdam, et se spécialisa dans la nature morte. Je ne détaille pas plus, parce que ce serait barbant à  propos d’un artiste aussi inconnu que celui-là  !

Les asperges poussent null bien en Zélande, terre sablonneuse entre ciel et mer.
Ci-dessus tableau conservé à  la National Gallery de Washington. Explications du musée ici.
Coorte préfère la variété sélectionnée des asperges blanches, trempées d’outremer et de rose, aux épis finement pignochés d’azur et de mauve, et il fait surgir ces nuances célestes aux couleurs d’aurore, ébauches d’arc-en-ciel (ces tournures littéraires sont de qui ?!) sur un mur généralement sombre.

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Adriaen Coorte, Groseilles, 1701, musée de Cleveland

Coorte a peint de nombreuses fois les fraises, qui n’étaient pas encore les grosses fraises ramenées du Chili par Amédée François Frézier ( lire ici. ) et les groseilles, rouges ou blanches, qui prêtaient à  son pinceau minutieux des transparences et des nervures très délicates.

Middelburg, que j’ai visitée l’an dernier, voir cette page, était le deuxième port le plus important de la République, port de la VOC, la compagnie des Indes orientales.
null Les bateaux ramenaient toutes sortes de produits exotiques, et Coorte a dû être séduit par ces fabuleux coquillages des océans lointains, que des collectionneurs et des artistes aimaient rassembler dans leurs cabinets de curiosités. Rembrandt en a dessiné aussi.

L’exposition de La Haye montre les deux tableaux de Coorte conservés au musée du Louvre :

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Adriaen Coorte, Cinq coquillages, 1696, Louvre
voir la page du Louvre ici

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Adriaen Coorte, Six coquillages, 1696, Louvre

Les circonvolutions gracieuses de ces coquillages le changeaient de la rectitude de l’asperge !

Le siècle d’or de la peinture hollandaise était déjà  passé, mais à  l’aube du XVIIIème siècle, il avait de biens beaux restes.

Le dos

null Je l’ai ! Oh, joie !

Je l’ai trouvé tout simplement dans ma librairie habituelle, ce beau catalogue d’une exposition qui me fait rêver.
On ne peut pas profiter à  la fois des joies de la campagne et de celles de la capitale, mais les catalogues d’exposition sont là  pour combler les petits manques et grandes envies. Celui de l’exposition des aquarelles et dessins allemands à  l’époque de Goethe, qui se tient actuellement au musée de la Vie Romantique, promet une passionnante lecture .
Ce beau livre d’images m’enchante déjà  alors que je n’ai pas encore lu les textes.

Une aquarelle a en premier lieu attiré mon attention :

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Georg Friedrich Kersting ( 1785-1847 ), Caspar David Friedrich en randonnée dans le Riesengebirge, 1810, mine de plomb et aquarelle sur papier gris clair, Kupferstichkabinett Staatliche Museen Berlin
Grand merci au site de la RMN qui présente ce dessin, car le site du KSK de Berlin ne le montre pas.

Kersting a peint également Friedrich dans son atelier, revoir l’article et tableaux ici.

Imaginait-on le fameux Caspar David Friedrich représenté ainsi et dans cette tenue?
L’emblême du romantisme allemand null en culotte à  bretelles, casquette de Gavroche, le cartable en bandoulière, à  la chasse aux croquis dans la montagne, que c’est mignon ! On sent de la tendresse dans ce dessin.
J’aime beaucoup cette aquarelle, originale et touchante. Elle fut exécutée le 18 juillet 1810, C.D. Friedrich et son ami Kersting faisaient une randonnée dans le Riesengebirge ( le massif des Géants en français ) .
Pourquoi avoir représenté son ami de dos ? Le catalogue indique que Kersting aida parfois son ami Friedrich à  dessiner des personnages de dos pour ses paysages. Friedrich, précisément à  l’époque de ce dessin, en 1810, décida de remplacer ses silhouettes de profil par des personnages vus de dos.
Ainsi le Moine au bord de la mer fut d’abord représenté de profil, puis fut plus tard tourné de dos, ce qui explique la position de ses pieds déconcertante.

null Le moine au bord de la mer, 1808-1810, Nationalgalerie Berlin, détail

On aperçoit le pied du moine nettement tourné vers la gauche du tableau.

nullPar ailleurs, je remarque que Kersting a dessiné les pieds de son ami dans deux positions, et le pied droit est nettement tourné vers la droite. Allusion aussi au Moine au bord de la mer ? Allusion sans doute à  cette hésitation du moment chez Friedrich à  choisir entre profil et vue de dos. Il ne savait pas sur quel pied danser .

Kersting, en montrant son ami ainsi de dos, faisait sans doute allusion à  cet attachement particulier pour la  » Rà¼ckenfigur  » , figure de dos.
Les tableaux les plus connus de Friedrich montrent le ou les personnages de dos.

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C.D. Friedrich, Femme à  la fenêtre, 1822, Nationalgalerie Berlin
Voir les détails ici

A l’opposé de Caroline Friedrich vue de dos à  sa fenêtre, Matisse montre le plus souvent une femme de face, regardant le spectateur, devant ou près de la fenêtre. La démarche est différente. La nature occupe une place telle dans l’esprit romantique de Friedrich, que le visage humain est secondaire. Cette nature est grandiose, une création divine, toujours chargée d’une notion religieuse chez Friedrich.
En montrant ses personnages de dos et tournés vers cette nature, Friedrich invite le spectateur, qui se tient donc dans le même sens que le personnage, à  admirer le paysage également, par dessus l’épaule du personnage. Il invite même le spectateur à  se mettre à  la place de ce personnage, à  faire corps avec lui pour communier avec la nature. Son visage ne vient pas perturber la compréhension de ce paysage, l’être s’efface en toute humilité. Enfin , c’est ainsi que je perçois son raisonnement, je me trompe peut-être . La peinture allemande fait toujours réfléchir !

Porte-fenêtre

null Ce printemps 2008 sera éclairé et gravé par le regard d’Henri Matisse dans ma mémoire.

C’est merveilleux quand un maître de l’art ou autres belles choses humaines illumine ainsi un petit pan de nos souvenirs.

Mon mois de mars fut jalonné par les conférences de l’école du Louvre données à  Quimper au sujet de Matisse et en harmonie avec l’exposition au musée des gravures de cet artiste.
C’est épatant que l’EDL se déplace ainsi en province pour partager son savoir.
Deux films concernant Henri Matisse nous furent projetés au cinéma pour clore ce cycle de cours, et l’un d’eux était du roman d’Aragon intitulé  » Henri Matisse, roman  » . Captivant …
Mon mois d’avril prolonge le plaisir raffiné de ce partenariat cinéma-peinture-école-musée par la lecture de  » Henri Matisse, roman  » . C’est jouissif de retrouver écrites sur le papier les phrases du poète qui nous ont fascinés au ciné.

Mon moi de ce printemps 2008 est ébloui, heureux.
Ma femme est un peu folle , doit se dire mon cher mari.

null Louis Aragon admirait Matisse depuis l’àge de vingt ans, il le rencontra à  Nice en 1941, et chercha à  dresser son portrait durant vingt-sept ans, entre 1941 et 1968. Oui, il lui a fallu toutes ces années pour terminer cette biographie, car, comme tout artiste, il effectua des repentirs et revint sans cesse sur son travail.
 » Ainsi s »est constitué cet ouvrage, avec des trous dans la dentelle du temps  » , écrit Aragon.

Cette lente maturation aboutit à  un portrait fabuleusement achevé, et même si Aragon dit des artistes que  » l’art de ces aventuriers de la pierre ou de la toile est précisément ce qui échappe aux explications de texte  » , son texte d’écrivain et poète a su capter merveilleusement l’art de Matisse.
Matisse peint et Aragon le dépeint. Mais tous deux créent, c’est l’étrangeté de la langue française !

null Henri Matisse, La porte-fenêtre à  Collioure, 1914, Centre Georges Pompidou
La page du musée est ici, cliquer sur le titre du tableau  » La porte-fenêtre de Collioure  » pour accéder à  la notice.

Ce tableau très mystérieux a beaucoup impressionné Aragon.  » Ce mystère donne le frisson  » dit-il.
Les fenêtres de Matisse ouvrent habituellement sur le soleil, un paysage ensoleillé. Ici, elle ouvre sur le noir. Aveuglement du soleil ? Quand on le regarde en face, le soleil, c’est vrai, on ne voit plus que du noir. Mais ce tableau date de 1914. Aragon écrit :
 » Que le peintre l’ait voulu ou non cette porte-fenêtre, ce sur quoi elle ouvrait, elle est demeurée ouverte. C’était sur la guerre, c’est toujours sur l’évènement qui va bouleverser dans l’obscurité la vie des hommes et des femmes invisibles, l’avenir noir, le silence habité de l’avenir.  »

Ce livre pourrait s’inscrire naturellement dans ma série des portes, car son premier mot est, comme un hasard, le mot porte !
 » La porte s’ouvre sur le passé  » …
Je recommande tout simplement cette lecture, où les festons bleus de Matisse sont ourlés par les mots ronds d’Aragon, on ne sait plus qui on admire le plus, le peintre ou l’écrivain.

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Et puis, pour parfaire la joie du moment , j’écoute aussi Matisse !
Ce disque  » Matisse et la musique  » est déjà  ancien, j’ai dû l’acheter en 1998, et mon plaisir reste intact à  chaque écoute. La musique a joué un rà´le dans l’art de Matisse, il a illustré un livre nommé  » Jazz » , il a travaillé pour le  » Chant du Rossignol  » de Stravinsky, il a fréquenté Eric Satie, Prokofiev, Gerschwin. Ce disque présente un collage matissien éclectique et harmonieux de musiques découpées dans les partitions de Bach, Fauré, Mozart, Debussy, Gillespie …

Ah, c’est tout un programme, Matisse !

Une boîte

Ma brocante du dimanche !

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Cette boîte ronde en fer blanc rappellera des souvenirs aux plus àgés d’entre nous.
Son contenu : null

C’est une yaourtière bien sûr. Elle n’était pas électrifiée à  l’époque. On mettait cette boite à  chauffer dans un bain-marie, on surveillait la température avec un thermomètre.

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On peut voir ici que le niveau de l’eau du bain-marie a laissé sa marque.

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Au centre, le pot plus petit que les autres contenait le yaourt qu’il ne fallait pas manger, car il devait servir à  ensemencer la fournée suivante.

Cet ustensile, que je fus heureuse d’acheter aujourd’hui, et bien moins cher que mon poulet chez le fermier !, va rejoindre mon ébouriffante collection :

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Je l’ai déjà  montrée dans ce blogue, ma collection d’ustensiles de cuisine qui n’appartenaient pas encore à  ce qu’on appelle l’électroménager, je la constitue depuis environ dix ans, et je m’amuse bien !

Je n’ai pas encore trouvé cet engin-là  :

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Photo issue d’un magazine ELLE des années cinnquante.
Ce mixer devait se brancher, non pas à  l’électricité, mais au robinet d’eau pour fonctionner. Un mixer hydraulique, ça alors !
Le bol avait intérêt à  être bien hermétique, sinon la soupe avait le goût de flotte !

Portes en enfilade

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Félix Vallotton, Intérieur avec femme en rouge de dos, 1903, Kunsthaus Zurich

J’aime beaucoup ce tableau. Bleu calme, perspective rêveuse qui mène à  la chambre, flànerie en robe de chambre, qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous !
J’aime les tableaux de Félix Vallotton, peintre suisse né à  Lausanne en 1865, français d’adoption mort à  Cagnes en 1925.
Mon fils Félix a été agressé par quatre voyous hier soir en ville, ils l’ont forcé à  prendre quatre cents euros dans un distributeur de billets avec sa carte bancaire ( erreur de la banque et aubaine pour les voleurs, mon fils, qui n’avait quasiment rien sur son compte, n’a droit à  aucun découvert , pourquoi les billets sont-ils sortis ?) . Les voyous lui ont dit que s’il allait à  la police, ils le retrouveraient … il a peur. Triste société. Mais mon fils n’a pas été blessé, c’est le plus important. Ce beau tableau me réconforte. Je l’ai déjà  dit, l’art me protège, me fait du bien.

Félix Vallotton devait aimer la peinture hollandaise et ses enfilades :

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Emmanuel de Witte, Jeune femme au clavecin, musée Boijmans Rotterdam

Notre art contemporain ne saurait hélas pas me rassurer comme ces beaux tableaux des siècles passés …
Ce sont les vacances, mon fils va arriver, je vais le chouchouter !

Le bézoard

Le ( fort beau ) panneau que je montre aujourd’hui propose à  la fois des portes et une boîte, je le classe donc dans les deux séries .

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«  L’armoire aux bouteilles et aux livres  » , artiste de l’Allemagne du Sud de la fin du XVème siècle, musée d’Unterlinden Colmar

En cherchant une porte d’armoire, j’ai découvert ce panneau étonnant. Voir la page qui donne son descriptif ici.

J’ai poursuivi mes recherches dans la Revue du Louvre , le numéro 3 de 1989, et on peut y lire un chapitre passionnant consacré à  cette oeuvre du moyen-âge.

Ce grand panneau de bois, acquis par le musée de Colmar en 1986, fut montré pour la première fois au public en 1952, à  l’Orangerie à  Paris dans l’exposition  » La nature morte de l’Antiquité à  nos jours  » . Le commissaire de l’exposition et historien Charles Sterling le data vers 1470, (ce fut confirmé ensuite par la dendrochronologie) et l’attribua à  un artiste de l’Allemagne du Sud. Il le qualifie de  » première nature morte en date dans la peinture occidentale depuis l’Antiquité  » .
Le panier de fruits du Caravage ( le voir ici ) fut longtemps considéré comme la première nature morte indépendante de l’histoire de l’art moderne, mais ce panneau semble la devancer.

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Cet admirable trompe-l’oeil était probablement destiné à  décorer une armoire à  pharmacie.
La serrure-verrou, étudiée minutieusement, est magnifique de réalisme : la plaque déborde du vantail gauche, ce qui indiquerait qu’elle provient d’un autre meuble, et a été bricolée ici, le montant droit présente des encoches qui ont été creusées pour adapter cette nouvelle serrure.

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On ne voit pas dans cette nature morte les emblèmes de l’apothicaire, tels que le mortier et la balance, ce panneau n’était donc pas apparemment destiné à  un professionnel, mais à  un bourgeois aisé ou un noble qui pouvait installer chez lui une armoire à  pharmacie.
Je ne sais pas si le gros livre est l’ancêtre du Vidal !
Nous voyons différentes bouteilles, fermées avec du papier, et celle en osier devait contenir un récipient de verre pour transporter des urines. L’ uroscopie était fréquente au moyen-âge, durant les siècles suivants aussi, on pense à   » La Femme Hydropique  » de Gérard Dou au musée du Louvre par exemple.

La boîte en bois de sapin, telle qu’on en fabrique encore de nos jours dans les boisselleries de montagne, était utile en pharmacie car hygrophile, elle permettait de conserver des plantes sans qu’elles pourrissent. Au dessus d’elle se trouve une sorte de pomme.
Mystère, qu’est-ce que c’est ?
Cette pomme bizarre est un bézoard ! Lire la wikipage.
C’est une concrétion formée dans l’estomac de ruminants, ici dans le panneau, sa grosseur indique qu’elle proviendrait d’un cheval. C’était un remède courant dans la médecine du XVème siècle. On en réduisait une certaine quantité en une poudre qu’on diluait dans un jus comme un sachet d’Aspégic.

Le bézoard pouvait devenir aussi un talisman protecteur qu’on plaçait dans la chambre du malade. A ce nom bizarre, un qualificatif encore plus bizarre : apotropaïque ! Le bézoard était apotropaïque, le wiktionnaire sera sans doute utile, car c’est un peu trop pas clair, lol ! Cette bizarrerie traîna plus tard dans les cabinets de curiosité. Et Harry Potter l’a mis en vedette dans le Prince du sang mêlé.

Ainsi, de portes en boîtes, on tombe sur des choses et des mots étranges !
Bon week-end !

Portes intérieures

Il y a tout juste un an, le 15 avril 2007, ( il y a de ces hasard comme ça ) j’évoquai le for intérieur et l’intérieur d’Hammershoi : revoir ici.
Cette année ce sont les portes d’Hammershoi qui s’ouvrent ici.

null Vilhelm Hammershoi ( 1864-1916 ), Rayon de soleil, Ordrupgaard museum Charlottenlund Danemark

Hammershoi a peint inlassablement l’intérieur de sa maison, avec ou sans sa femme dans cet intérieur, et il maîtrisait si bien le dessin des portes et fenêtres qu’il aurait pu être l’icà´ne publicitaire de l’entreprise Lapeyre !

null Hammershoi, Intérieur, 1899, NG Londres, lire la page du musée très instructive.

Ce titre souvent donné à  ses oeuvres,  » Intérieur  » est repris par Woody Allen dans son septième film au titre éponyme ( pour employer un adjectif à  la mode ! ).

Intérieurs, 1978, null

Ce film montre trois soeurs, confrontées au problème de leur mère très dépressive et suicidaire, se livrant à  une introspection pour comprendre cette situation et livrant par conséquent leur intériorité et leur for intérieur.

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Les images de ce film sont des tableaux d’Hammershoi. C’est frappant. On a l’impression d’entrer dans l’univers du peintre danois, et dans cette immersion on imagine les tortures mentales que le peintre aurait pu s’infliger à  l’image des personnages de Woody Allen.

null Hammershoi, Intérieur, 1901, Detroit institute of art

Je ne sais pas faire des captures d’écran sur mon DVD, les photos que j’obtiens du film ne sont pas bonnes, mais montrent l’atmosphère nordique et picturale …

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La mère du film , dans sa robe noire, fait penser ici à  Whistler’s Mother !

null Hammershoi, Intérieur, 1904, musée d’Orsay

C’est toujours plaisant de voir les portes du septième art s’ouvrir sur les beaux arts !

Les boîtes de Linard

Jacques Linard , né probablement à  Paris vers 1600, et mort dans cette ville en 1645, semble avoir affectionné les boîtes en bois. Il en a placé une dans un grand nombre de ses natures mortes.

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J.Linard, Bouquet sur une boîte en bois, Kunsthalle Karlsruhe

Il devait aimer l’opposition entre l’aspect rustique du bois et le toucher lisse et précieux du verre et de la porcelaine.

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J. Linard, Les cinq sens, 1638, mba Strasbourg

J’aime beaucoup les natures mortes représentant les cinq sens, car elles sont des devinettes. A nous de trouver quel objet symbolise tel sens.
Ici, c’est simple, le miroir et le paysage indiquent la vue, les fruits le goût, les fleurs et les pêches l’odorat, la partition de musique l’ouïe, les boîtes en bois, les cartes de jeu, la monnaie, le toucher. On dit d’ailleurs  » palper l’argent  » .

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J. Linard, Les cinq sens, Louvre

null J. Linard, Les cinq sens, Norton Simon museum

Il aimait beaucoup ce sujet des cinq sens également.

Le mot boîte vient du bas latin  » buxida  » = boîte , mot lui-même issu du grec  » puxis,idos  » = boîte en buis ( puxos=buis ) . La pyxide est d’ailleurs un autre mot français pour désigner une petite boîte. Le buis, qui permet de contenir des aliments sans problème, se prêtait bien à  la fabrication des boîtes dans l’Antiquité, notamment pour la pharmacie.

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