Le chemin du silence

Chaque matin, promenant mon chien, j’emprunte le  » chemin du silence  » , une rue qui doit son nom poétique au cimetière qu’elle longe. Les cimetières se cachent parfois derrière de hauts murs, le mien ( j’y serai plus tard et cette pensée me plaît ) est bordé d’un élégant muret bas en pierres.
Le silence est souvent rompu en ce lieu durant l’hiver. En cette saison, la nature rappelle quelques uns de ses éléments à  sa terre comme Dieu les siens au ciel. Comme j’habite sur la place de l’Eglise, j’y vois un enterrement célébré presque chaque jour en hiver, et au cimetière, les artisans creusent la terre, vont et viennent avec leurs outils et camion-benne.

Aïe, mon article n’est pas gai aujourd’hui, mais il va s’optimiser, vous verrez !
La télévision nous assaille quotidiennement de son lot de morts toutes plus terribles les unes que les autres, j’évoque ici celle qui nous touche de plus près, plus dure pour soi donc, mais qui s’entoure de son humanité chaleureuse.
Sur la Place de l’Eglise, la crêpière et le cafetier s’activent aussi pour préparer le goûter après l’enterrement. Des piles de crêpes tièdes et du café fumant viendront réchauffer les coeurs et adouciront l’épreuve. Le masculin et le féminin de crêpe accompagnent le deuil en Bretagne.

La raison de mon billet vient du fait que je pense toujours à  des tableaux hollandais quand je vois pelles et brouettes au cimetière.
La peinture hollandaise a abondamment illustré la vie quotidienne, et mentionné la fin de cette vie dans de nombreux tableaux qui représentent des intérieurs d’églises.

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Emmanuel De Witte ( 1617-1692 ), Intérieur d’église, Louvre

Emmanuel De Witte, comme Pieter Saenredam, est très connu pour ses vues d’églises, scènes toujours intéressantes d’un graphisme magnifique.
Dans cette église on remarque le fossoyeur en plein travail. Gros travail, ce sont deux tombes qu’il doit creuser. Brouette, balai, pelle et planches forment une nature qui est morte elle aussi au premier plan ( pardon pour cet humour noir ! )

Dans un autre intérieur d’église du musée du Louvre on retrouve la même scène :

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Hendrick van Vliet ( 1612-1675 ), Intérieur d’église, Louvre

voir la page du Louvre ici.

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détail du tableau et détail macabre, mais qui ne manque pas d’intérêt. Les personnes aisées ou renommées étaient enterrées à  l’intérieur des églises, et le pavage était souvent en chantier, se décorant de plaques tombales au fil du temps. Point de chaises, l’église était un lieu ouvert à  tous, riches ou mendiants, enfants et animaux … aujourd’hui l’entrée dans les célèbres églises hollandaises est payante !

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Hendrick van Vliet, Intérieur de l’Oude kerk de Delft, Kunsthalle Hambourg

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Emmanuel De Witte, Intérieur d’église , 1668, musée Boijmans Rotterdam

On peut observer selon les tableaux les travaux à  différents stades, ceux-ci n’étonnent pas les fidèles qui passent et conversent, l’église n’est pas qu’un lieu de recueillement, de célébration ou de mort, c’est un lieu de vie aussi, on s’y rencontre, on y joue, on y bavarde.

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Emmanuel De Witte, intérieur de la Nieuwe kerk de Delft devant le tombeau de Guillaume le Taciturne, 1656, Palais des beaux arts de Lille

Dans ce très beau tableau du musée de Lille, on voit que les chiens étaient aussi fidèles et bienvenus à  l’église !

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Gerrit Berckheyde ( 1638-1698 ), Intérieur de l’église Saint Bavon de Haarlem, Kunsthalle Hambourg

Dans ce tableau on remarque qu’un sculpteur grave le nom du défunt sur la pierre tombale.

Dans un article il y a juste un an, je montrais des chiens se soulageant dans les églises, voir ou revoir ici .
Je repasse le tableau d’Emmanuel De Witte de Montreal :

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Détail anecdotique comique voisinant l’autre détail du chantier mortuaire.

J’avais parlé en 2006 du tableau de Gerard Houckgeest qui m’avait amusée lors de ma visite du Mauritshuis de La Haye, voir ou revoir ici.
Voilà  en image le détail des plus anecdotiques et rigolos :

null Houckgeest a ajouté sa signature parmi les graffitis. Surréaliste !

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Gerard Houckgeest( 1600-1661 ) Intérieur de la Nieuwe kerk de Delft, 1650, Kunsthalle Hambourg

Comme dans le tableau du Mauritshuis de La Haye, c’est une autre vue du tombeau de Guillaume d’Orange, prince qui fut assassiné à  Delft en 1584, que Houckgeest montre ici, et il affectionne les perspectives en diagonale, alors qu’Emmanuel De Witte pour le tableau de Lille présente une vue plus frontale.
Des enfants semblent jouer par terre et comme toujours les chiens sont de la partie !

Je ne résiste pas au plaisir de montrer des églises de Pieter Saenredam, ses lignes sont plus pures, ses tons monochromes, l’atmosphère plus silencieuse , la scène moins anecdotique, j’aime beaucoup ces paysages intérieurs et sereins.

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Pieter Saenredam ( 1597-1665 ) Eglise d’Utrecht, 1638, Kunsthalle Hambourg.

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Pieter Saenredam, Intérieur de l’église Saint Bavon de Haarlem, musée du Louvre, voir page ici

On constate que Saenredam préférait le moment le plus calme de cette église, à  la différence de Berckheyde qui y a représenté le va-et-vient des Haarlémois.

Ainsi se déroulait la vie quotidienne en Hollande , mon chemin du silence m’a menée à  son siècle d’or, mais c’est sûr, le silence est d’or !

Génétique

Mon mari m’a demandé en revenant de sa leçon de bridge si je savais qu’allogène est le contraire d’indigène.
Ah non, je ne le savais pas, et je saute sur le dictionnaire … pointe mon doigt sur le mot  » halogène  » …
Ben non, dis-je, halogène n’a pas de rapport avec les indigènes !
Alors mon partenaire ( de jeu ), Francis, me raconte des bêtises, conclut mon homme.
Ouh, mais non, attends , c’est moi qui fais une grosse bêtise !
Je réalise soudain qu’allopathie est le contraire d’homéopathie, qu’allo veut dire  » autre  » , donc je file à  la lettre A du dictionnaire.

Eh oui, Francis a raison, allogène est bien le contraire d’indigène

Et dire que mon réflexe fut d’y voir un certain type de lampe !
Je pensai même à  cet étonnant tableau :

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François-Louis Dejuinne, Portrait de Girodet peignant  » Pygmalion et Galatée « , 1821, musée Girodet Montargis

J’avais confondu les deux préfixes homophones  » allo « = autre et  » halo  » = sel , ils auraient été allophones, plus de problème !
Cependant, à  la lumière du mot halogène, je me suis penchée sur le mot  » gène  » qui génère et engendre une foule de mots d’un autre genre.

Du grec  » genos  » = naissance, famille, race .
En découlent le genre, le gendre, le général, le gentilhomme, l’ingénieur … une foule de gens !
Et les adjectifs généreux, gentil, génétique, génial, dégénéré …
Et des mots tels que germe, néant, fainéant, génération, progéniture, gentillesse, entregent …

Je ne vais pas citer tous les mots de cette même famille, ce sont plusieurs pages du dictionnaire.
Cependant je relève quelques termes rares, comme la  » gentilité  » qui désigne l’ensemble des peuples païens, et par extension l’idolàtrie.
Le mot gendelettre désigne un homme ou une femme écrivain, cela va de soi, et je trouve dommage que ce terme ait disparu de notre vocabulaire actuel.
Autrefois on disait qu’on avait de l’entregent, aujourd’hui on dit qu’on cartonne sur facebook.
Autre génération !

Même ce mot si banal  » gens  » tend à  laisser sa place au mot anglais people, qui donne cet abominable barbarisme  » pipoliser  » ou ce mot-valise de n’importe-quoi  » pipolitique  » . Aïe, alors qu’à  l’origine, c’est le mot français  » gentil  » qui est entré dans la langue anglaise sous la forme de gentle. Je trouve élégant le mot  » gentleman » employé dans la langue française, mais les autres pipol… , termes totalement allogènes, m’effraient.

Cheveux Blancs

Poursuivons un petit peu dans la couleur blanche … j’ai revu à  la télévision hier soir le film «  Le diable s’habille en Prada  » . Meryl Streep en diablesse intraitable porte fièrement les cheveux blancs.

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J’aime beaucoup ce film, et Meryl streep me semble avoir une classe folle avec ses cheveux blancs.
Sa canitie lui donne du chien ! lol !
Mais attention, canitie et canin n’ont pas la même racine ( de cheveu ) !

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La jeune Andrea oppose sa chevelure de jais à  la mûre Miranda toute chenue.
( là  aussi, chien et chenu n’ont pas la même racine !)
Aujourd’hui, rares sont les femmes qui assument leurs cheveux blancs et savent en faire un atout, on les cache au contraire dans la vogue du jeunisme.

Au XVIIIème siècle , à  l’inverse, on se blanchissait les cheveux avec plaisir, on se farinait la coiffure au point que le merlan, ce poisson fariné avant d’être frit, a donné son nom au coiffeur.

null Marie-Antoinette en 1788
Adolph-Ulrich Wertmüller, Portrait de la reine Marie Antoinette en costume de chasse, musée du château et des Trianons de Versailles

Wertmüller présente ici la reine sous ses traits naturels un peu ingrats, elle paraît avoir le nez aussi bourbonnien que son mari !
Mais les détails de sa toilette sont magnifiques.

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C’est élégant, des cheveux blancs, surtout agrémentés de roses .

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Avec un voile en étamine argentée, la coiffure est raffinée, bravo à  madame Rose Bertin !

Blanc

Le journal La Croix a consacré un intéressant article au blanc ce week-end, le blanc dans ses symboles, ses traditions .
L’expression  » le mois du blanc  » concernant janvier et le linge de maison fut inventé par Aristide Boucicaut, fondateur du Bon Marché, null qui, en observant la neige dans Paris, eut l’idée de blanchir ses vitrines avec le linge de maison et de relancer le commerce après les fêtes avec des promotions sur cette marchandise.

Ainsi donc, janvier est resté le mois du blanc, bien que le linge de maison ne soit plus tout blanc et se vende toute l’année, et cela me donne l’idée de le chercher en peinture.

Le blanc est-il une couleur ou non, est-il la somme de toutes les couleurs, ou l’absence de celles-ci ?

Cette couleur, si elle en est une, est la plus difficile à  traiter en peinture.
Je me plais à  le redire tant mon admiration est grande, c’est le peintre Jan Vermeer qui a le mieux rendu la blancheur des choses sur la toile, blancheur nacrée et éloquente des perles et des lettres, mate et muette des murs , blancheur soyeuse des fourrures et carnations, vibrante des touches de lumière.

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Consulter l’art renewal center ici qui montre de nombreux gros plans des tableaux de Vermeer, c’est comme si on regardait Vermeer dans le blanc des yeux !

Les artistes talentueux parviennent à  peindre plus blanc que blanc, mais on peut dire que chez eux c’est un blanc optique, ils n’utilisent pas le blanc pur sorti du tube comme Marylin Monroe son Dazzledent dans  » Sept ans de réflexion  » … ils le travaillent avec d’autres couleurs pour l’exalter.
Les peintres prennent du blanc de zinc et volontiers un petit blanc sur le zinc !

J’aime les tableaux blancs montrant des étendues blanches qui laissent vagabonder l’esprit.

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Cuno Amiet, Le grand hiver, musée d’Orsay

Je collectionne les tableaux de neige en cartes postales que je glane dans les musées. L’or blanc en peinture me fascine !
J’ai des goûts modestes, je préfère la contemplation de la Pie de Monet au musée d’Orsay à  une semaine passée aux sports d’hiver !

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Victor Charreton ( 1864-1936 ), Paysage d’hiver, musée d’Orsay.

Le blanc est un ton biblique, la couleur du Pape, un ton royal ( fleur de lis pour les rois de France et blanc de la cocarde ), un symbole de pureté , propreté, d’innocence ( candeur ) , de virginité ( robe de mariée )

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William John Leech, Jardin de couvent en Bretagne, The National Gallery of Ireland Dublin

Blouses blanches :null
Lucien Levy Dhurmer ( 1865-1953) Portrait de Georges Dumas de l’Académie de médecine, musée d’Orsay

Viandes blanches : null
Gabriel Metsu, Coq, musée du Prado Madrid

Gelée Blanche :

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Camille Pissaro, Gelée blanche, musée d’Orsay

Le blanc peut avoir une signification négative, être blanc c’est avoir mauvaise mine, une peur blanche, une colère blanche, une nuit blanche, une voix blanche, la magie blanche ne sont pas bénéfiques.
Et le blanc est aussi synonyme de manque, de vide, d’inexistance, d’infini : l’angoisse de la page blanche, faire chou-blanc, voter blanc, tirer à  blanc, donner carte blanche …

Bon, j’ai soudain un blanc, je ne sais plus quoi écrire …
Je termine par le plus pur des blancs :

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La lettre U

Il m’arrive souvent de lire le dictionnaire. Je choisis une lettre, et lis tous les mots commençant par cette lettre.
Hier le hasard m’a portée sur la vingt-et-unième lettre de l’alphabet.
La lettre verte de Rimbaud, le U de Arthur !

Le troisième mot commençant par cette vingt-et-unième lettre est : ubérale
ubérale : adjectif féminin.
Bizarre, cet adjectif est uniquement féminin !
Eh oui, c’est parce qu’il vient du latin  » uber  » = mamelle.
Et cet adjectif ne s’adresse qu’au mot fontaine apparemment.
Il est inscrit : fontaine ubérale : fontaine ornée de représentations féminines d’où l’eau jaillit par la pointe des seins.

Alors j’ai cherché dans internet une image de fontaine ubérale, et , bingo, en voilà  une :

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Laureti Tommaso, projet de fontaine, musée du Louvre
voir les détails ici

Elles sont jolies, ces fontaines anthropomorphes d’où l’eau jaillit de diverses parties des anatomies.
D’ailleurs, dans le projet de Laureti Tommaso, on peut remarquer que des garçons font jaillir l’eau aussi d’une partie intime de leur corps. Est ce qu’on devrait appeler cela une fontaine pénale ? lol !

Tout d’un coup pendant ma lecture de cet adjectif  » ubérale « , j’eus une vision loufoque …
Je ne sais pas si j’ose l’écrire dans mon blogue …
Tant pis, je le dis … Si on faisait une mammographie à  une fontaine ubérale, on la transformerait en Kärcher municipal !

A propos, je suis toujours emberlificotée dans l’orthographe des mots  » mammographie  »  » mamelle  »  » mamelon  »  » mammaire  » … tous ces mots jaillissent du même sein, mais prennent tantôt un m, tantôt deux m, allez comprendre !
Si nous disions  » ubérographie  » , plus de problème !
Je me dis aussi que la mammographie, c’est réduire nos nichons en image jpg sur l’écran du radiologue, car pour de la compression, pouh, c’est de la compression !

Bon, promis, j’arrête mon délire, et pardon !

Est-ce un chat ?

Voilà  mon chat du jour …
A propos, mon chat a encore fugué, disparu depuis deux jours … et il va rentrer comme si de rien n’était, avec son air chafouin, oh, la canaille !

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Rembrandt , Annonciation, Plume et encre brune, musée des beaux arts de Besançon

Ce dessin , que j’admire, j’avais l’intention de le montrer dans ma semaine avec l’ange en décembre. Mais une semaine n’a que sept jours, et Rembrandt a peint et dessiné un si grand nombre d’anges, que j’ai laissé celui-ci de côté.

Rembrandt a traité ce sujet de l’Annonciation avec sa manière à  lui, très personnelle et ô combien attachante, en privilégiant l’intensité dramatique des sentiments, en développant dans cette scène divine un caractère humain extrêmement touchant.

On ne pourrait voir au premier coup d’oeil dans ce dessin qu’un rapide gribouillis, quelque chose d’ébauché, inachevé, ou même abandonné car raté.
Il n’en est rien, au contraire, on n’a jamais vu un ange adopter un comportement aussi protecteur et sensible.
Il vient annoncer à  Marie qu’elle attend le fils de Dieu.
Nouvelle terrible, la pauvre Marie est frappée de stupeur, son visage se ferme, blêmit , se détourne de l’ange par pudeur, ses bras tremblent, sa main se crispe, patatra, elle en dégringole de son fauteuil …
L’ange lui retient son bras gauche, il lui parle doucement, il ne sait comment la rassurer, on devine peut-être que de l’autre main, il va lui soutenir la tête dans son soubresaut … Une chose est sûre, c’est que ses ailes entourent la jeune femme avec la plus grande tendresse, la couvrent et la rassurent. Quelle douce impression que de se sentir ainsi protégé sous les ailes d’un ange !
Seul Rembrandt a su décrire cette minute exceptionnelle.

Point de fleurs de lys ici, d’objet religieux, le moment est plus humain que divin et n’en touche que mieux le fidèle.
Et qui traverse la scène au premier plan ? Un chat, semble-t-il !
On ne sait pas bien, mais la boule, qui s’enfuit avec des pattes en avant, pourrait être un chat. Les animaux aussi, chez Rembrandt, participent aux scènes religieuses, comme le chien dans le  » Tobie et l’Ange  » du musée du Louvre dont j’ai parlé en décembre.
Ce chat est lui aussi bouleversé. Bouleversé par sa maîtresse stupéfaite, et comme il est là , eh bien , il va fuguer, et revenir dans trois jours, quand tout ira mieux et que cet ange à  plumes aura regagné ce ciel dont il n’aurait jamais dû descendre !

Le chat et le balai

Le titre de cet article pourrait être celui d’une parabole du Père Bro ! lol!
Je désire montrer l’un de mes tableaux préférés du département des peintures étrangères au Louvre, tout là -haut au deuxième étage de l’aile Richelieu, celui de Samuel van Hoogstraten :

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Samuel van Hoogstraten ( 1627-1678 ), Les pantoufles, Louvre

Consulter la page du Louvre ici.

Cette magnifique scène de genre, ou nature morte à  vrai dire, n’est pas difficile à  trouver, elle se situe dans la première salle des peintures hollandaises quand on arrive de l’aile Sully et sa peinture française. Un banc se tient heureusement devant le tableau pour recueillir notre postérieur sur lequel nous flanque ce merveilleux tableau.
C’est du moins la réaction émotive qu’il provoque chez moi.

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Ce tableau fait pénétrer sur la pointe des pieds dans un intérieur hollandais.
La maîtresse de maison s’est absentée, puisqu’elle a laissé ses pantoufles sur le paillasson. Les courses au marché, la messe à  l’église, les enfants à  conduire à  l’école, une réunion Tupperware chez une voisine, un après-midi de broderie au club de point compté, l’enterrement d’un ancien du village, un cours d’informatique et d’internet organisé par la mairie, une aide aux restos du coeur, une visite à  l’hà´pital … les occupations de la FAF sont infinies et n’ont pas d’àge.

Les clés sont sur la porte, la femme de ménage est là , ou bien les grands-parents restent au foyer.
Quelles clés ! Leur profil se détachant en ombre chinoise sur le dossier jaune de la chaise forme une figure d’une épatante modernité.
De même, le loquet et la poignée de l’autre porte se dessinent sur le mur blanc. L’oeil du peintre a saisi toute la poésie des formes simples de ces objets si banals qu’on ne les regarde pas d’ordinaire.

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Le tableau au mur renseigne peut-être mieux sur l’occupation de la propriétaire de cette maison propre et ordonnée. Doit-on y voir une scène galante ? Le garçon qui tient son chapeau en main, semble petit, jeune, un enfant encore, il s’agit peut-être d’une visite dans un hospice de charité … je ne sais pas, je cherche …

Attributs de la  » poetsvrouw  » null

Ik ben een poetsvrouw, je suis une femme de ménage, et j’en suis fière ! Les tàches ménagères ne sont pas sans noblesse, la preuve en est apportée par ce tableau qui sublime la ligne fuselée du balai et les courbes gracieuses du chiffon.
Ce morceau de peinture m’enchante !

Samuel van Hoogstraten est un maître dans les perspectives.
Paranthèse : son nom peut paraître imprononçable, mais quand on sait que le  » g  » se dit comme un  » r  » guttural, plus de problème.
Ainsi le nom de Vincent van Gogh ne devrait pas faire allusion aux toilettes, mais au vaccin ROR ( rougeole-oreillons-rubéole ) lol !

null Samuel van Hoogstraten

Vue à  partir d’un seuil, Gloucester, Dryrham Park, the National Trust

Encore un balai, et voilà  le chat !
Cette enfilade de pièces invite au rêve, à  l’évasion ménagère.
On est à  l’opposé de l’intérieur de Jan Steen, ici règnent l’ordre et la propreté.

nullOn est accueilli par le toutou de la maison, et le chat guette. null

Une carte du monde au mur indique que le maître de maison est sans doute un navigateur parti au loin. Cette lettre tombée sur la marche de l’escalier est-elle de sa main , ou alors serait-ce un billet doux envoyé par le monsieur venu voir la dame ?

null On aperçoit son visage dans le miroir, il n’est peut-être qu’un représentant en produits d’entretien biodégradables ou en téléphonie mobile, c’est peut-être le médecin venu pour cette dame prise de langueur ou hypocondriaque, ou plus inquiétant, il vient à  un rendez-vous galant. La parfaite tenue de cet intérieur cacherait le caractère dissolu de cette femme d’intérieur.

Bien, je file faire mon ménage !

La femme et le chat

Le chat a la réputation d’avoir un caractère plutôt féminin, c’est à  dire ( hum, avis masculin pas spécialement flatteur ) capricieux, sensuel, égoïste et infidèle, et les peintres l’ont souvent représenté en compagnie d’une femme.
En voici quelques exemples parmi tant d’autres, quand on est une  » mèmère à  chachat  » comme moi, le sujet est plaisant, d’ailleurs en ce moment, je blogue avec mon chat à  mes cà´tés, parce que le temps est aussi gris que lui, et qu’il préfère dormir toute la journée …
Mais comment font les chats pour dormir autant ? !

Voilà  madame Manet et son chat noir et blanc surnommé  » Zizi  » :

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Edouard manet, Femme au chat, National Gallery Londres
Voir les explications ici.
Et voir un bel agrandissement ici.
Ce Félix le Chat est brossé rapidement dans le sens du poil et de charmante façon, Manet a bien rendu son attitude somnolente, sommeillante à  demi.

Un chat blanc angora :

Gustave Courbet : null
La femme au chat, 1864, Worcester art museum
Lire les explications ici.

Ce chat au poil soyeux est incontestablement aussi sensuel que sa maîtresse.
C’est le chat de la publicité  » Gourmet  » , et on imagine bien cette jeune femme, sans doute Léontine Renaude, la maîtresse de Courbet au début des années 1860, sur le point d’ouvrir une boîte pour son chat !

Un chat de gouttière :

Auguste Renoir null

Femme avec un chat National Gallery Washington

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Un tigre de salon dont Renoir fait vibrer la fourrure, c’est magnifique !

Un chat noir :

Cecilia Beaux
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musée d’Orsay

J’ai déjà  montré ce tableau à  propos de Manet et de Titien : voir ici.

Un chat gris :

Jean-Baptiste Perronneau :
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Mademoiselle Huquier, 1747, pastel, musée du Louvre
voir les détails ici.

La petite demoiselle est un peu raide, mais son chat semble vouloir sortir du cadre en bois doré, sur lequel il donne l’impression d’avoir posé ses deux pattes.

Perronneau avait dessiné cette petite fille deux ans auparavant en 1745, avec son chat, plus jeune de deux ans aussi, et c’était donc un chaton :

Jean-Baptiste Perronneau
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National Gallery Londres

Voir les explications ici
Le musée de Londres ne parle pas du pastel du Louvre, mais pourtant les deux petites filles sont la même, ainsi que le chat à  mon avis.

Cette découverte m’amuse, car c’est bien rare de voir en peinture un même animal peint à  l’état de bébé puis plus tard à  l’âge adulte ! Enfin, j’aime le croire ainsi …

Bon, je m’arrête dans cette galerie féline, j’espère que vous n’êtes pas allergiques aux toiles de chat !!

Les bébés de Fragonard

Jean Honoré Fragonard réveille en moi mon fou désir de grand-maternité ! J’ai hàte que mes filles me donnent des petits-enfants .
La contemplation des enfants dessinés par Fragonard me procure un réel bonheur, et il faut aller visiter notamment le site de la National Gallery de Washington pour admirer ses bébés, le plaisir est grand car chaque oeuvre est proposée en intéressantes vues de détails.

Consulter le site du musée ici , il y a trois pages.

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J.H. Fragonard, La visite à  la nourrice, vers 1770, NG Washington
Lire les explications ici .

L’exposition au musée Jacquemart-André a présenté ce tableau et deux autres versions.
Je l’ai redécouvert en cherchant le chat bien sûr !

Le voilà  qui sommeille discrètement au pied du berceau ( les chats ont la dangereuse manie d’être attirés par les berceaux ! ):

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Un jeune couple vient rendre visite à  son bébé élevé par une nourrice à  la campagne. Les parents prennent un air attendri tandis que la dame soulève le voile du berceau pour leur montrer leur enfant paisiblement endormi.
Cette dame qui file la laine , semble-t-il au vu de sa quenouille, n’est sans doute pas la nourrice elle-même, trop àgée pour cette fonction. Deux autres enfants sans doute élévés par la nourrice viennent regarder par curiosité.
Fragonard décrit ici une scène, chère à  Rousseau, de la vie campagnarde.
Son style est sobre, épuré, les lignes sont très esthétiques, telles celles des rideaux et de la lanterne, qui forment un merveilleux morceau de peinture.
Admirons :

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Ah que c’est beau, cette lanterne illumine ma journée !

Dans ce même musée de Washington sont conservés des dessins de Fragonard avec d’autres bambins joufflus …

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La visite à  la nourrice, vers 1780-1790

Détail de l’enfant :

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Ces expressions naturelles et ces regards fugitifs, ces gestes maternels et enfantins pris sur le vif et saisis d’un vif coup de crayon sont de petites merveilles.

A Washington toujours :

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La réprimande du grand-père, vers 1770-1780

Un grand-père gronde son petit-fils, celui-ci était peut-être entré dans la pièce sans frapper, le dérangeant dans sa lecture.
Le patriarche fait les gros yeux et donne de sa grosse voix, le bambin est tout penaud, la maman ne sait pas bien s’il faut crier aussi au cà´té du grand-père ou bien consoler son enfant. Le chien continue sa sieste, la servante s’amuse de cette scène.
Et nous, spectateurs, contemplons …

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Le musée d’Amiens possède aussi une scène de berceau proche de la Visite à  la nourrice de Washington :

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J.H. Fragonard, Le berceau, musée de Picardie Amiens

On pourrait intituler ce tableau  » Chut, bébé dort  » .
Là  aussi, un chat veille près du berceau, un gros chat dont on distingue la boule de poils roux sur le tabouret à  droite du tableau.
C’est encore une délicieuse scène paysanne, Fragonard n’a pas peint que dans les boudoirs.

Le chat emmailloté

Le ciel est gris mat et opaque comme un poil de souris aujourd’hui, et donne envie de passer sa journée la souris en main devant l’écran …
Alors, dans la logique qui m’est propre , je cherche des chats conservés dans les musées …
J’avais déjà  évoqué le charmant petit livre rassemblant les chats du musée du Louvre ( par Frédéric Vitoux et Elisabeth Foucart-Walter ), il nous incite à  des recherches sur le site de ce musée, et voilà  mon chat chéri d’aujourd’hui :

Jean Honoré Fragonard null
 » Le chat emmailloté  » , 1777-1778, musée du Louvre

Les explications détaillées concernant ce dessin se trouvent ici.

Les petites filles ont toutes eu envie un jour d’habiller leur chat, de l’emmailloter comme un bébé et de le dorloter.
Ce dessin me fait craquer !

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Quel génie, ce Fragonard, de savoir peindre des toiles somptueuses et magistrales comme  » Corésus et Callirhoé  » ou  » Le verrou  » ( Louvre ), et croquer à  la fois avec tant d’humour ces petites scènes absolument délicieuses !

Jean Honoré Fragonard eut une seule élève, sa belle-soeur, Marguerite Gérard, la soeur de sa femme.
Marguerite Gérard aimait les chats, qu’elle étudia aussi au travers de dessins, gravure, et peintures.
Voilà  un exemple :

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Marguerite Gérard, Le déjeuner du chat, salon de 1814, musée de Grasse

A bientôt avec d’autres chats !

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