Du poivre dans les huitres

Encore un tableau de Willem Kalf avant la fin de l’année, parce que ce peintre a représenté, après la corne, le cornet !
Et ce petit cornet de papier, qu’on rencontre souvent dans les natures mortes hollandaises, possède un petit quelque chose de fascinant.

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Willem Kalf, Nature morte au pot de Chine, vers 1658, musée des beaux arts d’Amiens

Ce merveilleux tableau nous plonge dans un monde précieux de luxe et d’abondance comme le souligne la figure en verre au centre :

null Abondance ?

Le pot de Chine renferme probablement du gingembre, le tapis vient de Perse, le cornet ( d’abondance ! ) contient certainement du poivre, tous ces produits arrivaient aux Pays-Bas grâce à  la V.O.C , la compagnie hollandaise des Indes orientales.
Eléments luxueux et luxe du détail, mais Kalf préserve toujours une poésie mystérieuse en plaçant ses objets devant un fond obscur et secret.

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Cette figure dodue de l’Abondance semble admirer le halo lumineux et hypnotique du pot de porcelaine …
Ce simple cornet de papier journal pourrait dénoter dans cet empire d’objets précieux, mais c’est tout l’art du peintre que de conférer de la noblesse à  ses plis et son ombre.

Ce cornet me conduit logiquement à  un autre Willem de la peinture hollandaise !
Il s’agit de Willem Claesz. Heda ( 1594-1634 ):

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Willem Claesz. Heda, nature morte aux huitres et verres , Metropolitan museum New York
Voir la page du MET ici

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Willem Claesz. Heda, musée Boijmans van Beuningen Rotterdam

La photo du site du musée Boijmans n’est pas très bonne, voici celle ( pas meilleure !) que j’ai prise cette année à  Rotterdam :
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Ce tableau-ci suggère plus l’intempérance que l’abondance. Kalf contemple le luxe, et Heda met en garde contre la luxure !
Les huitres, comme tout mollusque , symbolisent les maisons closes. Le poivre est l’épice de la passion. Le vin est son complice. Mais le verre à  demi-plein peut représenter la tempérance, et en tous cas, le verre cassé est un cri d’alarme contre la débauche. Le citron a pour symbole chrétien la fidélité. A son côté, la noix également a dans la religion chrétienne le symbole de l’union matrimoniale.
Avec ces quelques objets Heda propose une leçon de morale.

Les tableaux de Heda se reconnaissent pour leurs tons froids et monochromes, les plats en étain ont un éclat mat , le citron est moins sensuel que chez Kalf, le mur du fond arrête l’imagination.

 » Roemer  » null

Mais l’extrême délicatesse de ces verres, le jeu des reflets de fenêtres, font réellement rêver.

Un autre petit cornet de papier accompagne des huitres dans ce minuscule tableau :

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Jan Steen ( 1626-1679 ) La mangeuse d’huitres, vers 1658-1660, Mauritshuis La Haye

Un tableau qui me plaît beaucoup, je suis moi-même une grande mangeuse d’huitres.
Tableau minuscule, 20,5 x 14,5 cm , la minutie est extraordinaire !
Les huitres se dégustaient poivrées au XVIIème siècle.

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Malgré le format très réduit de son panneau, Jan Steen parvient à  nous montrer les infimes éclats de poivre que la mangeuse au regard coquin sème sur son huitre .
Ce petit cornet ajoute vraiment du piquant à  cette charmante scène de la vie quotidienne .

Oserions-nous poivrer une huitre au réveillon demain, juste pour en tester le goût ?

Les débris du déjeuner

Au musée du Louvre, l’observation d’un tableau de Chardin m’a fait remarquer un objet particulier.
Ah, les objets de Chardin ! Ce peintre a fait rimer les ustensiles de cuisine les plus modestes dans de si mélodieux poèmes picturaux !

Voilà  le tableau qui a enchanté mon regard :

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Jean-Siméon Chardin,  » la table d’office  » , vers 1763, musée du Louvre

Ce tableau de format assez petit, et aux normes toujours actuelles qu’on appelle F8 c’est à  dire 46 cm X 38 cm, porte également le titre de  » Les débris d’un déjeuner « .
Débris ou apprêts ?
Le pàté en croûte sur sa planche n’est pas encore entamé, et à  l’arrière-plan, le pain de sucre enveloppé dans son papier bleu n’est pas encore déballé. Il s’agirait donc du moment qui précède le repas, plutà´t que sa fin …

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Chaque objet déposé par les servantes, disposé, exposé avec art par le peintre sur cette console de pierre se laisse contempler et nous délecte … silence, on regarde la vie silencieuse .
Un petit oh de surprise rompt mon silence admiratif, là  à  droite du tableau :

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Le petit ustensile de service en argent posé contre une boîte en bois :

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J’ai le même genre de mini-pelle , et je me suis toujours demandé quel mets pouvait-on servir avec cette toute petite pièce d’argenterie.
Depuis que je l’ai repérée dans ce tableau, je vais l’appeler mon  » petit Chardin « . On a tous son Chardin secret !

Dans ce tableau j’aime aussi cette petite table laquée rouge, avec son tiroir entr’ouvert. Chardin a souvent employé ce petit meuble ouvrant son tiroir pour créer de la profondeur.
Tiroir entrebaillé comme une invitation à  entrer dans ce monde feutré, à  explorer ce Chardin secret …

Sapin

C’est la sainte Lucie aujourd’hui ( je dis la même chose que l’année dernière, voir ici !), et je n’ai pas encore acheté mon sapin. J’y songe …
Mon sapin préféré, le plus beau, le plus grand, le plus ancien, le plus Tannenbaum des Tannenbaüme , c’est celui-là  :

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Albrecht Dürer, Sapin, vers 1495/1500, aquarelle et gouache, British museum Londres, notice.

Les études de Dürer sur la flore et la faune sont fascinantes. Que j’aime son sapin majestueux !

Ces rois des forêts, arbres cyclopéens et fantastiques, font penser à  un autre artiste allemand , Caspar David Friedrich.

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C.D. Friedrich, Croix dans la montagne, retable de Tetschen, 1808, Gemäldegalerie Dresden, notice

Les silhouettes des conifères confèrent quelque chose de grandiose et très biblique à  cette croix en haut de la montagne.

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C.D. Friedrich, dessin, Staatliche Museen Berlin

Et quand la neige vient orner le sapin, la magie opère absolument !

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C.D. Friedrich, Paysage d’hiver, 1811, National Gallery Londres, notice et commentaire.

Un homme a laissé tomber ses béquilles et prie devant la croix qu’un grand sapin protège des bourrasques, la prière le libère du handicap, et l’atmosphère de ce tableau nous transporte dans un monde silencieux , calme et miraculeux.

Marque-place

Petite rubrique décoration :

Agnès ( qui prépare son sapin avec son adorable fifille ) me demande quelques idées pour des confectionner des marque-places pour Noël.

Hum, je serais un peu plus calée en marque-pages ! J’en achète dans chaque musée que je visite .
Ce serait d’ailleurs une idée : offrir à  chaque invité un marque-page portant son nom !
On en trouve de toutes sortes .

J’ai malgré tout d’autres petites suggestions maison ou glanées dans des revues …

Le marque-place parfumé :

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mandarine piquée de clous de girofle, ornée d’un ruban pouvant tenir l’étiquette, ou bien alors piquer l’initiale de la personne avec quelques clous ! Le fruit se mange en fin de repas pour faire glisser .

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agencer quelques bàtons de cannelle, du houx , du lierre … nouer autour de la serviette de table . On peut écrire au feutre blanc ou doré sur la feuille , je l’ai fait une année sur des feuilles de camélia, cela rend bien !

Le marque-place lumineux :

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Une verrine, une bougie chauffe-plat, une petite étiquette découpée en forme de coeur ou d’étoile …

Le marque-place poétique

Vu dans une ancienne revue anglaise  » Country Living  » :

null Petite enveloppe ou papillotte
en papier de soie, papier calque, papier à  dessin, laisser parler les petits papiers !

Dans le passé, j’avais la patience de peindre des aquarelles sur des menus … hum, c’était le passé !

Le marque-place en tissu

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Un carré de tissu, un lien, une étiquette, et un tout petit cadeau à  glisser à  l’intérieur.

Mes enfants aimaient beaucoup ces petits pochons surprises disposés au centre de l’assiette. J’ai abandonné cette idée depuis quelques années, mais j’aimerais recommencer . On se creuse la tête pour trouver des petits riens tous différents adressés à  chacun, c’est amusant !
J’ai aussi fabriqué ces bourses dans du papier, des napperons de pâtissier en papier dentelle blanc, qu’on noue avec un ruban dans le ton de la table.

Le marque-page végétal

null Sarments de vigne

Matière qu’Agnès connaît ! Un peu plus long à  bricoler , un sécateur, de la ficelle à  gigot, accrocher une étiquette et le tour est joué !

Voilà  ce que Grillon du foyer peut proposer pour l’instant … d’autres idées fumeuses viendront peut-être !

Le Petit Palais

Situé logiquement en face du Grand, le Petit Palais exerce toujours sur moi son pouvoir magique de séduction: je l’ai visité il y a un an, revoir l’article ici , et j’y suis retournée cette année car dans cet édifice, on trouve toujours une nouvelle raison de s’émerveiller. Et de plus, l’entrée est gratuite !

Les murs, les plafonds, tout le décor de ce bàtiment construit pour l’exposition universelle de 1900 et devenu Palais des Beaux Arts de la ville de Paris me ravit l’oeil.

null le thème des décors peints par différents artistes , dont Maurice Denis, est dédié à  la ville de Paris

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Cette fois, je suis tombée , en admiration seulement ! , dans l’escalier :

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Merveilles issues de l’antre de Vulcain …

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Je m’y suis longuement attardée sous l’oeil intrigué du gardien à  qui j’aurais pu demander  » l’ai-je bien descendu ?  »

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null Je montai, descendis, remontai cette noble volée de marbre dont la cage me passionnait à  plus d’un degré …

A son pied, null Ugolin …
Jean-Baptiste Carpeaux , Ugolin et ses enfants, 1863 bronze

Ce chef-d’oeuvre de Carpeaux mérite à  lui seul qu’on gravisse les marches du Petit Palais pour venir l’admirer.
On y sent la fascination de Carpeaux pour Michel-Ange.
L’histoire d’Ugolin est tirée de  » l’Enfer  » de Dante : Ugolin, tyran de Pise, est emprisonné et condamné à  mourir de faim après avoir mangé ses propres enfants.

null Carpeaux travailla à  ce groupe comme un forcené, malade et sans le sou, ce sujet correspondait à  sa propre situation et il y mit tout son génie.

Un peu plus loin, une autre statue de Carpeaux s’impose à  mon objectif :

null L’impératrice Eugénie ?

J’ai oublié de noter le titre de l’oeuvre

Les visages de Carpeaux sont toujours fascinants, chaque fois que je vais au musée d’Orsay, je ne manque pas d’aller jeter un oeil ému sur les bustes sublimes de Carpeaux.

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En sortant de l’exposition du Grand-Palais à  midi trente, la cantine du Petit-Palais s’offre à  nous pour un déjeuner, certes un petit peu coûteux, mais si agréable dans la salle ouvrant sur le jardin.
Les Parisiens sont gentils et accueillants !
Si, c’est vrai, ils ont la réputation en province d’être ràleurs et hàbleurs, mais quand on vient du Finistère , où il faut un burin pour dérider les visages de granite, on succombe aisément à  l’amabilité parisienne .
Au restaurant, le serveur m’amusait avec sa gouaille, je lui demande une salade,  » vous ne trouverez pas meilleure qu’ici  » me dit-il, et une mousse au chocolat,  » excellent choix, c’est la meilleure du monde !  » et mon George Clooney martiniquais au sourire perlé d’Harry Roselmack ajoute  » et quoi d’autre ?  » , à  ce what else français je faillis répondre  » I just want an expresso  » et il enchaîna un joyeux  » un café, c’est parti, en vous souhaitant une excellente journée , madame !  » .
Ah que c’est chouette Paris quand on est une touriste !

L’Amour et la Folie

Fragonard, les plaisirs d’un siècle

Toujours sous le charme de cette belle exposition , j’en dis encore quelques mots …

Le catalogue superbe, que je conseille vivement de ne pas hésiter à  acheter, m’apprend le sujet de ce tableau : L’Amour-folie

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J.H. Fragonard,  » L’Amour-folie  » , vers 1773-1776, National Gallery Washington, notice

Fragonard a peint plusieurs fois ce thème, voici ci-dessus le tableau de Washington, page du musée à  voir ici,
le tableau exposé à  Paris provient d’une collection privée.

Il s’agit d’une fable de Jean de La Fontaine,  » L’Amour et la Folie  » .

L’Amour et la Folie

Tout est mystère dans l’Amour,
Ses flèches, son Carquois, son Flambeau, son Enfance.
Ce n’est pas l’ouvrage d’un jour
Que d’épuiser cette Science.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici.
Mon but est seulement de dire, à  ma manière,
Comment l’Aveugle que voici
(C’est un Dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière ;
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien ;
J’en fais juge un Amant, et ne décide rien.
La Folie et l’Amour jouaient un jour ensemble.
Celui-ci n’était pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l’Amour veut qu’on assemble
Là -dessus le Conseil des Dieux.
L’autre n’eut pas la patience ;
Elle lui donne un coup si furieux,
Qu’il en perd la clarté des Cieux.
Vénus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris :
Les Dieux en furent étourdis,
Et Jupiter, et Némésis,
Et les Juges d’Enfer, enfin toute la bande.
Elle représenta l’énormité du cas.
Son fils, sans un bâton, ne pouvait faire un pas :
Nulle peine n’était pour ce crime assez grande.
Le dommage devait être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré
L’intérêt du Public, celui de la Partie,
Le résultat enfin de la suprême Cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à  l’Amour.

Hé hé, quelle histoire ! Une chamaillerie entre l’Amour et la Folie …
Des chicanes qui ont coûté cher à  l’Amour tout de même : il en perdit la vue sous les coups furieux de la Folie.
Verdict du procès : la Folie doit servir de canne blanche à  l’Amour aveugle.
On sait où mène un tel duo !

Fragonard a délicieusement représenté cet Amour bêta qui devint aveugle dans ses jeux puérils .

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On voit qu’il tient la Folie dans sa main, devenue son inséparable compagnon. Elle est symbolisée par ce jouet dont on agite les grelots, amusante marotte.

Ah ce Fragonard est bien une de mes marottes !

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