Pouf

Le mot  » pouf  » , pourtant si bref, contient plus d’un sens dans son image joufflue.
Consultons le Petit Robert :

C’est une onomatopée qui évoque un bruit de chute ou de coup.

null Onomatopée qui évoque aussi le bruit d’un souffle humain rapide, ou bien le bruit d’une machine à  vapeur.

L’anglais aussi se fait onomatopéique avec  » puff  » , souffle d’air, la  » puff-pastry  » est une pàte feuilletée gonflée d’air.

Et l’onomatopée donne naissance en 1775 au pouf qui désigne la coiffure féminine du XVIIIème siècle, sorte de poche gonflée d’air.

Marie-Antoinette, à  l’affût de la mode, l’arborait fièrement :

null Elizabeth Vigée Le Brun, Marie-Antoinette assise en manteau bleu et jupon blanc, 1788, chàteau de Versailles

Son pouf : null

Assorti au manteau, sorte de petit soufflé de velours bleu épinglé sur un socle orné de mousseline, et triomphalement accompagné de plumes d’autruche. Cette coiffure avait du panache !

On comprend que Marie-Antoinette , refusant les raideurs de Versailles, appréciait ces petites nouveautés informelles autant qu’informes, que, pouf, on laissait tomber sur les cheveux en soulevant un nuage de poudre, et qu’on arrangeait l’air de rien avec un zeste d’ingénuité.
Et il fallut toute l’ingéniosité de sa ministre de la mode, madame Rose Bertin, pour créer ces bijoux d’étoffes.

Ce soufflé couvre-chef devint en 1829 un tabouret capitonné pour le postérieur.

null On l’utilise toujours.

En 1871, le pouf était la tournure qui faisait bouffer la jupe à  l’arrière. Ce vertugadin concentré sur le derrière, qui dessinait la silhouette de la femme en S, transformait son profil en celui d’une poule sans les ailes , comme a dit Balzac qui pouffait de rire !

null Avant, corset sans pouf, et après, corset new look avec pouf ! Aujourd’hui, les filles mettent toujours l’accent sur leur derrière, mais ont remplacé le pouf par la ficelle.

En belge, le pouf est la dette. On achète à  pouf, c’est à  dire à  crédit. Dans ce cas, le pouf aurait l’effet inverse du soufflé, c’est quand la bourse est plate qu’on achète à  pouf !

Et puis enfin, le pouf est un hasard, un petit bonheur la chance. Vous souvenez-vous ? Quand nous étions petits et que nous jouions au petit jeu de hasard de colégram, nous disions en tapotant sur chaque camarade dans la ronde :
 » Pouf pouf, pic et pic et colégram, amstramgram , bourre et bourre et ratatam …  »

Dans le dictionnaire, après le mot pouf, il y a le mot pouffe, mais je n’en dis rien, juste, il ne faut pas confondre !

Et puis vient le verbe pouffer, qui veut dire éclater de rire, et qui , comme pouf, sous-entend qu’on souffle de l’air en s’esclaffant.

La robe noire

Comme promis à  mon amie Camille, voici un petit défilé de mode pictural dédié à  la robe noire.
Tu connais peut-être ce peintre, Camille, Giovanni Boldini , car il est italien, né à  Ferrare en 1842, mort à  Paris en 1931.
En cherchant des robes noires dans les tableaux, j’ai découvert cet artiste qui semble un grand couturier de la peinture !
Je lui consacre donc tout l’article, il me restera à  en rédiger un autre ultérieurement pour les autres toilettes sombres en peinture.

Giovanni Boldini null Portrait de madame Lantelme, 1907, Galerie nationale d’art moderne Rome.

Cette madame Lantelme surgit dans un ouragan de chiffon, aussi nerveuse et frétillante que son loulou de Poméranie, file dans un courant d’air poudré de patchouli, n’a pas une minute à  accorder, son amie Lina l’attend…

Lady Lina Bilitis avec deux pékinois null

Délicieusement frivole, fringante et friponne …

Donna Franca Florio null

Frissons de fanfreluches frà´lant le sol, frou-frous frénétiques … la langue française se prête aisément à  cette petite comédie de l’habit !
Frimousse ingénue mais escarpins acérés en épigrammes !

Lady Colin Campbell null 1897, National portrait gallery Londres

Le noir lui va si bien . Noir corset comme le A de Rimbaud , qui rend  » l’oeil càlin et fatal  » a dit Baudelaire . Noir d’une ivre profondeur et brillant artifice menteur. Boldini a bien saisi la subtilité enivrante de ces falbalas trompeurs.

Marquise Luisa Casati avec un lévrier null

Même le chien se prête au jeu et ajoute sa robe noire soyeuse à  celle de sa maîtresse. Le noir n’est pas un ton facile à  travailler en peinture , et Boldini lui a donné toute la sonorité propre aux étoffes de luxe, on entend crisser le taffetas et la faille de soie à  chaque mouvement.

null Portrait de la duchesse de Malborough avec son fils, 1906, Metropolitan museum New York

Ces robes noires vues par Boldini sont celles de la fête, de l’élégance, d’autres robes noires représentent la peine, le deuil, ou simplement la sobriété, la mélancolie, j’aurai l’occasion d’y revenir. C’est si amusant de fouiller parmi les chiffons !

Nature morte de l’automne

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Mon titre  » nature morte de l’automne  » est pléonastique, car en automne la nature se meurt, ou s’endort, et l’on peut préférer l’expression allemande  » Stillleben « , qui veut dire  » vie tranquille  » . Ce mot , selon la réforme de l’orthographe, répète trois fois la lettre l , et je trouve très joli ce mot muni de trois ailes, pour désigner une nature qui s’envole jusqu’au printemps prochain.

Je propose cette semaine de regarder chaque jour une nature morte en peinture, j’aime ce genre, et cette saison de l’automne offre de bien beaux sujets.

La plus étonnante nature morte pour son époque est sans conteste  » La corbeille de fruits  » du Caravage conservée à  la Galerie Ambrosienne de Milan.

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Quelle merveille ! Le Caravage annule avec cette oeuvre ( vers 1596 ) la hiérarchie des genres très importante alors, et dit :  » Il me coûte autant de soin pour faire un bon tableau de fruits qu’un bon tableau de figures .  »
( La nature morte n’était pas considérée comme un art majeur, elle avait moins de valeur que la peinture de sujets vivants )

Peut-être était ce destiné à  un dessus de porte, car le panier semble étudié par en dessous ? Il s’agit d’un trompe-l’oeil décoratif comme à  l’antique, tel qu’il en existait à  Pompéi pour chercher à  tromper le spectateur.
Le Caravage ( 1571-1610 ) tient à  montrer les choses de manière naturelle comme il le fait pour la peinture religieuse.
Son réalisme séduira les peintres nordiques qui affectionnent le naturel. Avant lui au XVIème siècle, un flamand comme Pieter Aertsen a représenté abondamment les fruits et légumes dans ses tableaux ( revoir mon article au sujet du musée de Dunkerque : ici . ) , mais la vision de Aertsen était autre : les défauts des fruits ne se voient pas, ou bien les attaques de vers sont étudiées comme des détails dans une suite d’autres détails.

Chez le Caravage, le réalisme est différent, il accentue l’imperfection des feuilles et des fruits, car la nature morte contient son facteur de mort, ses couleurs sont plus sèches et sans éclat pour restituer le déclin chromatique de l’automne, alors que les Flamands donnent dans des tons plus vifs comme pour illustrer un catalogue de vente par correspondance ! Chez les peintres nordiques tout est traité en détail, le vérisme est poussé partout dans le tableau, tandis que le Caravage stylise par endroit pour donner une part à  la poésie.

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Le Caravage est aussi un italien , qui a un certain sens de la mise en scène. Les feuilles jouent dans la lumière en ombres chinoises. La lumière est rasante, accentue le modelé et la texture des végétaux, et met en évidence des détails infimes et époustouflants, puis laisse d’autres fruits dans l’ombre. L’éclairage, si important chez lui, prend une cadence solennelle qui transcende cette simple corbeille.

Une corbeille isolée sur un fond neutre : oeuvre unique chez le Caravage et nouvelle dans le genre de la nature morte.

Nous retrouvons cette nature morte d’automne dans les bras du «  Garçon avec une corbeille de fruits  » ou  » Petit vendeur de fruits  » , conservé à  la Galerie Borghèse de Rome , oeuvre de jeunesse :

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et puis dans le Bacchus de la Galerie des Offices à  Florence :

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Et dans  » La Cène à  Emmaà¼s  » conservée à  la National gallery de Londres :

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La corbeille en équilibre sur le rebord de la table pour jeter son ombre sur le pan de nappe et accentuer la perspective est très fort de la part du Caravage et fera école !

Un maillot pour Camille

Au rez-de-chaussée du château de Saché, sachez qu’il y a une pièce consacrée aux statues de Balzac sculptées par différents artistes, dont , bien sûr et surtout, celles exécutées par Auguste Rodin.

Voici cette salle :

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Un monument à  Balzac fut commandé à  Rodin en 1891 par la société des gens de lettres.
Ce monument en bronze se trouve sur le boulevard Raspail à  Paris, un plâtre en est conservé au musée d’Orsay.

Le bronze :

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Le plâtre :

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L’étude en plâtre qu’on peut voir au château de Saché fit scandale, et Rodin drapa son Balzac d’une grande cape de moine.

autre plâtre (à  Saché) :

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Rodin, né en 1840, n’a pas connu Balzac mort en 1850. Pour s’imprégner de sa psychologie , il séjourna en Touraine dans les lieux habités par Balzac.
Il s’installa au château d’Islette situé à  quelques km du château de Saché sur les bords de l’Indre.

Dans cette salle du rez-de-chaussée , on peut voir sur ma photo, derrière l’effigie de Balzac, deux feuilles roses dans une vitrine.
Ce sont elles qui ont particulièrement attiré mon attention.
Les voici :

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C’est la copie d’une lettre conservée au musée Rodin à  Paris, et je trouve très intéressant de la montrer sur les lieux mêmes qu’elle évoque.

C’est une lettre de Camille Claudel adressée à  son amant et maître Rodin :

Monsieur Rodin,

Comme je n’ai rien à  faire, je vous écris encore. Vous ne pouvez vous figurer comme il fait bon à  l’Islette. J’ai mangé aujourd’hui dans la salle à  manger du milieu( qui sert de serre )où l’on voit le jardin des deux cà´tés. Mme Courcelles m’a proposé ( sans que j’en parle le moins du monde ) que si cela vous était agréable, vous pourriez y manger de temps en temps ( je crois qu’elle en a une fameuse envie ) et c’est si joli là  !
Je me suis promenée dans le parc, tout est tondu, foin, blé, avoine, on peut faire le tour partout, c’est charmant. Si vous êtes gentil à  tenir votre promesse nous connaîtrons le paradis.
Vous aurez la chambre que vous voulez pour travailler. La vieille sera à  vos genoux, je crois. Elle m’a dit que je peux prendre des bains dans la rivière où sa fille et la bonne en prennent sans aucun danger.
Avec votre permission j’en ferai autant car c’est un grand plaisir, et cela m’évitera d’aller aux bains chauds à  Azay. Que vous seriez gentil de m’acheter un petit costume de bain bleu foncé avec des galons blancs en deux morceaux, blouse et pantalon ( taille moyenne ) au Louvre ou au Bon Marché ( en serge ) ou à  Tours !
Je couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là  mais quand je me réveille, ce n’est plus la même chose.

Je vous embrasse

Camille
Surtout ne me trompez plus

Cette lettre est si touchante qu’on se sent gêné de la lire et de pénétrer dans la fragile intimité de Camille Claudel.

null Arf, on imagine l’austère Rodin, ce génie de la sculpture française, aller aux grands magasins du Louvre, et demander à  la vendeuse riant sous cape un maillot de bain deux pièces en serge bleu-marine gansé de blanc pour femme de taille moyenne !
A-t-il cherché ? A-t-il trouvé ? A la Samaritaine, oui, il aurait trouvé, on trouve tout à  la Samaritaine !

Camille null ( 1864-1943 ) , même si elle n’avait rien à  faire, a su s’occuper au château de l’Islette.

Nous avons essayé d’apercevoir ce château, mais en suivant l’Indre d’un côté de la propriété, nous n’avons rien vu à  cause des grands arbres, et après avoir passé le pont, et tenté de trouver le château côté village, nous nous sommes arrêtés devant de hauts murs de pierre barrant toute vue. Peut-être , le jour du patrimoine, est-il accessible …

Voici l’Islette , photo issue d’internet : null

La petite fille de la propriétaire, Madame Courcelles, , qui se baignait avec la bonne, était âgée de six ans en 1892 quand Camille Claudel la rencontra à  L’Islette . Elle sculpta son portrait et réalisa plusieurs exemplaires :

null  » La petite châtelaine  » bronze, musée Joseph Denais Beaufort en Vallée

Voici ici une page concernant l’histoire de ces sculptures.

Portraits infiniment sensibles qui nous attristent d’autant plus de savoir que la pauvre Camille Claudel, soeur de l’écrivain célèbre, devenue folle par amour, amour impossible avec Rodin, passa les trente dernières années de sa vie enfermée dans un asile psychiatrique.

J’ose simplement rêver que Rodin lui apporta son maillot et qu’elle profita de joyeuses baignades à  l’Islette.

L’heure bleue

Aujourd’hui premier jour d’octobre : un mois que j’aime , mais nous pouvons affectionner tous les mois de l’année, chacun apporte ses trésors d’images et de musiques.
( je ne sais pas ce que mon blogue affichera comme date, je suis fàchée avec les techniques modernes et ne sais remettre aucun engin à  l’heure, que ce soit ordinateur, blogue, réveil, cuisinière, appareil photo … )

Ce matin, ce mois d’octobre tout neuf m’a souri en posant des perles de rosée sur une chaise du jardin, comme des quenottes …

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Le soleil levant irise la brume et promet des splendeurs matinales.
Alors je descends le jardin, jusqu’à  l’anse …

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Promesse tenue …

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Je me retourne, le soleil est dans mon dos, et l’heure est bleue …

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Demi-tour, face au soleil, la minute est argentée …

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Ces gazes bleutées sont à  la fois une sublimation et une sublimité. Ah, quand les transformations physiques deviennent un art !

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Je poursuis mon petit chemin côtier …

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Pas un bruit, pas un souffle, dans toute cette beauté sereine et de reine, une aigrette ne bouge pas …

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Je peux la mettre dans ma boîte sans qu’à  peine elle s’inquiète …

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Je rentre à  la maison les pieds tout mouillés de rosée, la tête pleine d’images …
Alors, comme en chaque mois d’octobre, j’écoute une sonate de Schubert.
Je ne sais pas pourquoi, à  chaque saison, chaque mois précis , j’écoute des morceaux très choisis, que je choisis malgré moi, c’est l’atmosphère qui me conduit.
Ce sont mes moments musicaux, comme les a composés Schubert.
Octobre, c’est la sonate D.959 de Schubert, exactement l’andantino.

Octobre est pour moi, sans doute pour vous aussi, une période de sentiments mêlés, confus, comme la nature qui vibre encore de mille feux mais commence à  s’éteindre. Sentiments de joie folle, de tristesse, de colère subite, de tendresse mélancolique, de souvenirs doux ou graves …
Il me semble que tout ce patchwork sentimental et automnal est contenu dans l’andantino de la sonate D.959 de Schubert .
Schubert joue là  sur la crête des notes, entre vertige fragile, drame latent et calme sérénité.
C’est si beau, c’est octobre, voilà  tout !

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