Sara la baigneuse

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 » Sara la baigneuse  » , Paul Delaroche, musée des beaux arts de Nantes

Paul Delaroche s’est inspiré du poème de Victor Hugo  » Sara la baigneuse » , le XIXème de son recueil  » Les Orientales  » .

Voici cette ode à  l’indolente et insolente Sara que Delaroche a mise en images ( de manière prude et habillée ) :

Sara, belle d’indolence,
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d’une fontaine
Toute pleine
D’eau puisée à  l’Ilyssus ;

Et la frêle escarpolette
Se reflète
Dans le transparent miroir,
Avec la baigneuse blanche
Qui se penche,
Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle,
Qui chancelle,
Passe à  fleur d’eau dans son vol,
On voit sur l’eau qui s’agite
Sortir vite
Son beau pied et son beau col.

Elle bat d’un pied timide
L’onde humide
Où tremble un mouvant tableau,
Fait rougir son pied d’albâtre,
Et, folâtre,
Rit de la fraîcheur de l’eau.

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Reste ici caché : demeure !
Dans une heure,
D’un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l’ingénue,
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras.

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Car c’est un astre qui brille
Qu’une fille
Qui sort d’un bain au flot clair,
Cherche s’il ne vient personne,
Et frissonne
Toute mouillée au grand air.

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Elle est là , sous la feuillée,
Eveillée
Au moindre bruit de malheur ;
Et rouge, pour une mouche
Qui la touche,
Comme une grenade en fleur.

On voit tout ce que dérobe
Voile ou robe ;
Dans ses yeux d’azur en feu,
Son regard que rien ne voile
Et l’étoile
Qui brille au fond d’un ciel bleu.

L’eau sur son corps qu’elle essuie
Roule en pluie,
Comme sur un peuplier ;
Comme si, gouttes à  gouttes,
Tombaient toutes
Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante
Est bien lente
A finir ses doux ébats ;
Toujours elle se balance
En silence,
Et va murmurant tout bas :

« Oh ! si j’étais capitaine,
Ou sultane,
Je prendrais des bains ambrés,
Dans un bain de marbre jaune,
Près d’un trône,
Entre deux griffons dorés !

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« J’aurais le hamac de soie
Qui se ploie
Sous le corps prêt à  pâmer ;
J’aurais la molle ottomane
Dont émane
Un parfum qui fait aimer.

« Je pourrais folâtrer nue,
Sous la nue,
Dans le ruisseau du jardin,
Sans craindre de voir dans l’ombre
Du bois sombre
Deux yeux s’allumer soudain.

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« Il faudrait risquer sa tête
Inquiète,
Et tout braver pour me voir,
Le sabre nu de l’heiduque,
Et l’eunuque
Aux dents blanches, au front noir !

« Puis, je pourrais, sans qu’on presse
Ma paresse,
Laisser avec mes habits
Traîner sur les larges dalles
Mes sandales
De drap brodé de rubis. »

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Ainsi se parle en princesse,
Et sans cesse
Se balance avec amour,
La jeune fille rieuse,
Oublieuse
Des promptes ailes du jour.

L’eau, du pied de la baigneuse
Peu soigneuse,
Rejaillit sur le gazon,
Sur sa chemise plissée,
Balancée
Aux branches d’un vert buisson.

Et cependant des campagnes
Ses compagnes
Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s’envole
En se tenant par la main.

Chacune, en chantant comme elle,
Passe, et mêle
Ce reproche à  sa chanson :
– Oh ! la paresseuse fille
Qui s’habille
Si tard un jour de moisson !

( Autres tableaux de Corot, Ingres, E. John Poynter, Watteau …. La baigneuse est toujours une intarissable source d’inspiration pour les artistes ! )

Journée ensoleillée

Ah le beau dimanche ensoleillé !
Les vacances se terminent et le soleil est enfin de retour dans une cruelle insolence .

 » Journée ensoleillée  » est le titre d’un joli tableau que voici :

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Emile Claus ( 1849-1924 ), Journée ensoleillée, 1899, musée des beaux arts de Gand

Emile Claus est un artiste belge connu pour son luminisme, il a décrit la vie rurale flamande.

Cet été ne fut pas celui des méduses, mais des sèche-linge. Les magasins avaient fait provision de climatiseurs, et furent en rupture de stock pour les sèche-linge. Le nà´tre a d’ailleurs expiré en juin et nous avons dû en racheter un neuf qui a déjà  bien tourné .

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Renoir, Art Institute Chicago

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Camille Pissaro, Femme étendant du linge, 1887, musée d’Orsay

Rien ne vaut cependant la sèchage au grand air, quand on peut conduire le panier au jardin, le soleil et le vent imprègnent le linge de leurs senteurs campagnardes.

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Berthe Morisot, Etendage de la lessive, 1875, National Gallery Washington

Le soleil et le vent animent aussi les tableaux de leurs taches colorées et mouvantes.
Je m’étonne toujours que ce sujet banal des lavandières ait attiré le regard des peintres, mais il est vrai qu’un drap blanc claquant au vent procure autant d’intérêt et de charme qu’une voile de bateau ou le chàle d’une dame.

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Jean Honoré Fragonard, Cascatelles de Tivoli, musée du Louvre

Ce magnifique tableau de Fragonard provient de la collection du docteur La Caze. Il croyait, en l’achetant, que c’était une oeuvre de Hubert Robert. Effectivement, ces ruines peuvent laisser penser qu’il s’agit d’Hubert Robert. Le linge suspendu dans le haut de la vieille tour démantelée apporte son éclat sur le fond sombre de la végétation, et comme il semble immobile, on suppose que l’air est chaud sans la moindre brise, et les femmes frottent avec courage.

Voici justement un tableau de Hubert Robert, qui traite le même sujet :

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Hubert Robert, Clark Institute, Williamstown

Espérons que la lessive était terminée, car le petit garçon arrose le bassin !

Ah, quand les peintres s’étendent sur le linge, on reste suspendu à  leurs toiles !

Maillot de bain

Plongée dans d’anciennes revues dénichées au grenier, je redécouvre des sensations d’enfance en maillot de bain.
L’été était synonyme de maillot, tenue réduite et vite lavée, qui raccourcissait la corvée des lessives pour nos mères en vacances elles aussi. Nous, les enfants, le portions du début à  la fin des vacances.

Voici l’ancêtre du magazine  » Modes&Travaux  » :

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Il présente en 1936 un modèle de maillot de bain à  tricoter.
En voyant cette illustration, je sens soudain le contact lourd et ruisselant du lainage collant à  la peau quand nous sortions de l’eau.
La culotte surtout. Celle-ci formait au derrière une grosse poche gonflée comme une troisième fesse. Elle se vidait de son eau de mer en dégoulinant à  l’arrière de nos cuisses, des algues et du sable venaient encore alourdir cet élégant petit costume de bain tricoté avec amour par notre maman ou une tante.
Il prenait le poids d’une cotte de maille .
Nous avions ordre de nous changer immédiatement après le bain pour ne pas prendre froid, car la laine ne sèchait pas avant vingt-quatre heures au moins. C’était le moment le plus désagréable de la baignade, alors que nous avions attendu celle-ci avec tant d’impatience. L’espace incompressible de quatre heures entre la fin du repas et le bain de mer était un règlement vital, ne pas l’observer et se mouiller la taille avant le feu vert des parents nous exposait à  tous les dangers mortels.
Le changement sur la plage était horrible, nous avions la chair de poule, le sable grattait la peau, et une fois rhabillés de sec, nous devions retourner au bord du rivage pour rincer le maillot dans la mer et le remonter dans notre seau de plage.

Le maillot en mailles tricotées portait donc bien son nom.

Le maillot de bain a bien évolué depuis que la duchesse de Berry , belle-fille de Charles X, est allée se baigner pour la première fois sur la plage de Dieppe, en 1830 et en costume pantalon-tunique l’emballant de la tête aux pieds , accompagnée par le maire de Dieppe, tout fringant en habit noir, souliers vernis, chapeau haut de forme, et venu inaugurer la saison.

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Le maillot devient élastique et sa matière se modernise, le nylon fait son bonheur. Il sèche vite, il épouse bien les formes.

null Maillot de 1940 : on commence à  montrer une petite plage du ventre ! Mais le deux-pièces effraie encore et est utilisé avec précaution.

Esther Williams null rend le maillot très populaire.
C’est le maillot-gaine, le haut a des baleines, et le bas une jupette.

null On reconnaît au centre de la photo, Brigitte Bardot posant assise dans un maillot  » rose-shocking  » pour le ELLE de 1953.

En 1946 est né le bikini, nous avons fêté ses soixante ans l’année dernière.
Son histoire en deux mots :
Le fabricant de maillots, Louis Réart, un Français, crée un deux-pièces qui, cette fois, montre le maximum de chair. Cette année-là , sur l’atoll Bikini dans le Pacifique, a lieu le premier essai nucléaire américain. L’évenement fait la une des journaux et Louis Réart y trouve le nom de sa création : Bikini.

Le bikini est donc d’origine française.
Ainsi, cette appellation contrà´lée par le test de l’alliance , au travers de laquelle ce mini-maillot doit pouvoir passer, est une antonomase qui fait du bikini un nom commun.

Pas si commun au début, il fait scandale , a l’effet d’une bombe comme sur l’atoll Bikini, et on va le surnommer  » la bombe an-atomique  » !

Les femmes qui osent le porter ne sont pas communes non plus …
Dans le film  » Et Dieu créa la femme  » en 1956, Brigitte Bardot apparaît en bikini vichy.
Ursula Andress en 1962 null dans le film  » James Bond contre le docteur No  » contribue au soudain succès planétaire de ce maillot.
Des anatomies aux effets de bombes, c’est certain !

Les nageurs choisissent maintenant toutes sortes de maillots …

null Pieter van den Hoogenband et Ian Thorpe
On semble revenir au maillot du XIX ème siècle .

Il me resterait à  évoquer le bonnet de bain, mais les petits enfants n’en portaient pas. Ils étaient réservés aux dames qui voulaient épargner leurs frisettes. Ces sculptures gaufrées en caoutchouc aux tons de guimauves avec des fleurs, des choux, des étoiles, me faisaient bien rire et j’avais toujours envie d’en coiffer une pour jouer à  la dame chic qui a peur des gouttes sur sa choucroute laquée !

La VPC de 1960

Le nouveau catalogue de la Redoute est arrivé !
Celui du printemps-été 1960 !

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En fouinant chez un bouquiniste, j’ai eu la chance de trouver cette relique …
Le catalogue n’était pas gros : au format d’un petit cahier d’écolier de 130 pages.

Le bon de commande :

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L’enveloppe montre que le code postal n’existait pas encore :

null Le département avait encore son nom. Aujourd’hui, la vilaine manie de dire qu’on habite dans le  » vingt-neuf  » , ou bien alors ( c’est pire ! ) dans le  » neuf quatre  » me hérisse les cheveux !

Le catalogue s’adresse aux femmes, c’est à  elle qu’on écrit, et décrit les articles.
Et surtout, le catalogue s’adresse en premier à  la femme au foyer, la FAF, et à  la mère de famille.

La deuxième page de couverture affiche d’emblée sa cible en présentant des blouses .
La voici : null

Les pages suivantes sont tout de suite consacrées au bébé.

Page 5 : null

L’article de puériculture le plus vendu devait sans doute être la couche en tissu.
Elle a disparu au profit des  » Pampers  » et assimilées plus tard, mais aujourd’hui la couche lavable revient terriblement à  la mode avec toute son aura écologique.
La matière de ces couches en coton bien hydrophile ( pipiphile devrait on dire ! ) s’appelait le shirting . Les anglicismes venaient déjà  se nicher dans notre vocabulaire quotidien.

Le bavoir en nansouk , en piqué de coton, était indispensable, le  » bavoir américain  » bien enveloppant arrivait avec tout son cà´té astucieux et pratique propre au nouveau continent.
On mettait encore à  son bébé une  » ceinture en flanelle pure laine  » et un  » corselet en coutil satin  » .
Il y avait le corselet-porte-culotte muni de boutons cousus sur le devant et le derrière , sur lequel se fixait la culotte d’usage en interlock avec ceinture à  boutonnières.

null Seuls les adultes apparaissaient en photo, les enfants et bébés étaient dessinés.

On découvre tout le langage vernaculaire de la FAF que nous avons oublié depuis longtemps.

On habillait son bébé d’une guimpe en popeline , d’une brassière en pure laine ou d’un cache-coeur et par dessus d’un cache-brassière fantaisie, brodé, à  smocks, à  dentelles …
On le coiffait d’un bonnet, on le chaussait de bottons , on le couvrait d’un paletot supplémentaire l’hiver …

Les bébés garçons portaient des barboteuses, les petites filles des robettes.

Pour les promenades ou lieux à  courants d’air , on l’emballait dans un burnous ou un nid d’ange ou un passe-couloir .

La blouse, la blouse toujours, occupe le rayon enfant sur plusieurs pages.

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Le tablier ou la blouse-tablier était confectionné dans du zéphir grand teint, en vichy, en popeline irrétrécissable.

Juste après les pages enfants, le rayon des blouses pour dame revient, douze pages de blouses et tabliers, rien que ça !

Uniforme de FAF ! null

Les pages en noir & blanc étaient les plus courantes …
Je passe sur les pages de sous-vètements qui pourtant me font rire ! Les pages de gaines à   » fort baleinage de maintien  » me font penser à  des planches du dictionnaire de l’architecture moyen-àgeuse par Viollet-Le Duc !
Aujourd’hui nos maris s’amusent à  compulser le rayon des petits dessous du catalogue de la Redoute pour se rincer l’oeil, mais à  l’époque, c’était assez repoussoir . Quoique … le défilé des porte-jarretelles ( non portées ) était peut-être aguichant avec de l’imagination …

La combinaison null

Ah la combinaison ! On ne savait pas enfiler une robe sans un  » fond de robe « , ni une jupe qui aurait, sans la précieuse combinaison , accroché ses fibres dans le porte-jarretelles et serait devenue inconfortable et d’une transparence trop gènante .

Je pourrais continuer dans ces détails d’un autre temps, le rayon messieurs vaut le détour aussi avec les gilets de flanelle, les caleçons en cretonne, les bonnets de nuit, les maillots de bain en tricot, le boxer-short en gabardine avec petit slip intérieur, et le  » costume d’entrainement  » en coton molletonné bleu-roy, ancêtre du  » jogging  » .

C’était il y a soixante-sept ans.
Maintenant, on paie avec null , le catalogue papier est énorme,
et le site web de la Redoute null a été élu meilleur site de e-commerce de l’année 2007 selon un sondage médiamètrie sur 2600 internautes en juin 2007 . ( Voilà  un autre vocabulaire bien spécial ! )

Précautions maternelles

Après le sujet des premiers pas de l’enfant, je propose de contempler les autres soins attentifs qu’une mère apporte à  son enfant, et que les peintres ont décrits souvent avec tendresse. Une promenade juste pour s’amuser , parce que la peinture peut être simplement un plaisir des yeux.

Nourrissons le nourrisson :null

Jean-Baptiste Greuze ( 1725-1805 ) , L’heureuse mère, musée Boijmans van Beuningen Rotterdam

Cette rapide esquisse brosse tout le bonheur d’être mère au foyer !

L’allaitement fit l’objet d’un article il y a quelques mois dans ce blogue, alors maintenant, passons à  l’étape suivante : la cuiller !

Jozeph Israel null
musée de Détroit.
Je reprends ce beau tableau hollandais du XIX ème siècle, dont j’ai déjà  parlé cette année ( taper  » israel  » ) . Allusion religieuse ? La mère porte un vêtement bleu, couleur de la Vierge quand elle est mère de Jésus . On ne connaît pas bien l’intention du peintre, la scène est tout simplement et profondément humaine, et cette humanité , c’est au fond ça qui est le plus religieux.

Nicolas-Bernard Lépicié : null
Wallace collection, Londres
Ici la jeune maman est moins convaincue par la valeur de sa tàche !

Jean-François Millet : null  » La becquée  » mba Lille
Ce titre de becquée illustre bien les marmots qui pépient comme des oisillons et ouvrent grands leurs petits becs affamés . La poule regarde la scène en hésitant à  tendre son bec aussi …
Merveilleux tableau tellement plein d’humanité lui aussi !

Mary Cassatt : null

Mary Cassatt est la championne des scènes maternelles, et pourtant , elle n’a pas eu d’enfants. Elle étudiait ses neveux avec toute la tendresse d’une mère.

Après la becquée, la sieste et la promenade :

Gustave Hamelin : null
Jeune mère, musée Malraux Le Havre
La chaise basse est bien une chaise de nourrice, accompagnée de son petit tabouret, sur lequel poser ses pieds pour que les genoux remontent, et forment avec les cuisses le creux douillet du giron maternel.

Alphonse Lecadre :null
musée des beaux arts de Nantes
Ah, s’endormir sur maman … entendre battre son coeur … retourner à  la vie in-utero …

Berthe Morisot : null
musée d’Orsay
Contempler le plus beau bébé du monde qui est le sien.

null Mary McMonnies , Roses et lys, mba Rouen
C’est si amusant de balancer par dessus bord les joujous que maman devra inlassablement ramasser !

Avant le repas, il aurait mieux valu présenter la toilette …

Mary Cassatt : null
Art institute Chicago

Mary Cassatt : null Bibliothèque nationale de France

Le plus touchant des tableaux à  mon avis est celui-ci :

Jean-François Millet : null
 » La précaution  » musée du Louvre
la grande soeur regarde son petit frère et on imagine ses pensées ironiques, peut-être curieuses et interrogatives aussi.

Education intellectuelle :

Pieter Fransz. De Grebber : null
 » La leçon de lecture  » , musée des beaux arts de Quimper

Biblique ou pas, ce sujet est toujours plaisant

Lépicié : null  » La leçon de lecture  » Wallace collection Londres

null Paul Ullman , La leçon de géographie, musée national de la coopération franco-américaine Blérancourt.

Les travaux manuels :

J.F. Millet : null La leçon de tricot, vers 1860, Clarck institute Williamstown

et Millet encore : null La Leçon de tricot, Saint Louis art museum Saint Louis

L’apprentissage à  quatre aiguilles n’est pas facile, le tricot à  deux aiguilles est plus simple !

Et quand l’enfant n’est pas sage, il reste à  le punir …

null Rembrandt, L’enfant capricieux, KSK Berlin

Avec ce dessin plein de nerfs et d’autorité dont transpire cette jeune mère de Rembrandt, je termine ce petit tour des tableaux de l’enfance . Que ce soit celle de nos enfants, petits enfants, de nous-mêmes, celle-ci s’éloigne si vite !

Fenêtres du jour

Encore des fenêtres allemandes, parce que les années romantiques allemandes me passionnent … fenêtres de Georg Friedrich Kersting ( 1785-1847 ). Il était le fils d’un maître verrier, ceci explique peut-être la présence des fenêtres dans ses tableaux !

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Georg Friedrich Kersting, Caspar David Friedrich dans son atelier, 1811, Kunsthalle Hambourg.

On découvre ainsi l’atelier de Caspar David Friedrich, un peintre qui est passé à  la postérité , au contraire de Kersting qui reste assez méconnu.
Et pourtant les tableaux de Kersting ont la même atmosphère intéressante à  découvrir.
Ici on est frappé par le caractère graphique et géomètrique de cet intérieur dépouillé. Le jeu des lignes droites en tous sens, verticales, obliques, horizontales, et des lignes courbes des palettes, de la fenêtre, de la lumière , renforce l’ambiance de méditation et de recherche créatrice dans laquelle est absorbé l’artiste. La sobriété monacale de cette pièce traduit la solitude quasi religieuse du peintre face à  son oeuvre, l’angoisse de la toile blanche !

Une autre version peinte par Kersting en1819 null de Caspar David Friedrich dans son atelier ( conservée à  la Nationalgalerie de Berlin ) le montre durant l’étape suivante, quand le tableau est avancé . L’artiste est toujours plongé dans sa réflexion, entre la lumière de la fenêtre, qui montre des nuages et du ciel bleu , et l’obscurité de l’envers de sa toile, l’art s’exprime sur l’endroit de cette toile, sur sa face éclairée par la nature.

Autre tableau de Kersting , autre fenêtre :

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Georg Friedrich Kersting, Devant le miroir, 1827, Kunsthalle Kiel

Je n’ai hélas pas trouvé de meilleure reproduction dans internet …
Il s’agit de madame Kersting, l’épouse du peintre que l’on reconnaît dans le miroir.
L’intérieur est féminin, la fenêtre s’est parée de voilages savamment plissés, elle est ouverte et invite la jeune dame à  la promenade. Son chapeau l’attend sur le guéridon, quand le chignon sera bien noué, elle pourra l’épingler élégamment sur sa coiffure.

Même personne, même pièce et même fenêtre :

null Kersting, Le métier à  broder, 1812, Schlossmuseum Weimar.
Intérieur et ambiance de style Biedermeier.
Au mur de cette pièce se trouve un autoportrait de Kersting. Il a en quelque sorte représenté son couple.

La fenêtre établit un lien , une communion intime, entre la nature extérieure et l’àme intérieure.

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