Famille nombreuse

      Georges Rouault, Famille nombreuse, vers 1938-1939, Centre Pompidou Paris, notice.

Le gros livre-bande dessinée, je prends goût peu à peu à cette forme d’édition, quand le charme du dessin amplifie la saveur du texte, quand le bonheur des yeux s’allie au plaisir des mots …

Voilà un titre qui me correspond bien :

Chadia Chaibi Loueslati
Famille nombreuse
éd. Marabout, mars 2017

La petite Chadia, dans les années quatre-vingt, a dix frères et soeurs et raconte, avec bonheur et truculence, la vie quotidienne de sa famille d’origine tunisienne vivant en région parisienne.

J’ai lu et contemplé cet ouvrage dans un vif plaisir que je vais rapidement partager avec ma famille nombreuse !
Quelles que soient leurs origines, les lecteurs de famille nombreuse se retrouveront d’une manière ou d’une autre dans ce tendre témoignage.

Omi, la maman de Chadia, c’était aussi moi, perdue dans les innombrables paniers de linge, les caddies de super-marché pharaoniques, les tas de chaussures inextricables, secourue par la bouteille d’eau de Javel omniprésente, la machine à coudre prête à tout raccommoder …

Et nous avions la même année la même voiture, l’immense Peugeot familiale !

Bravo Chadia pour ce livre épatant !

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      Claude-Marie Dubufe, La famille de l’artiste, 1820, musée du Louvre, notice

La différence invisible

Un tout petit détail suffit parfois pour attirer l’attention dans la librairie sur un livre, qui ne semble pourtant pas correspondre à ce qu’on cherche.
Cet hiver, les souliers rouges sur la couverture de celui-ci m’ont fait penser à Louis XIV, et hop, j’ai eu envie de le lire, le graphisme me plaisait aussi !

      Mademoiselle Caroline & Julie Dachez, La différence invisible, éd. Delcourt/Mirages

J’ignorais complètement ce que j’allais y découvrir.
Ma découverte fut double.

C’est l’histoire d’une jeune fille, toute simple, timide, apparemment sans problème, sans histoire, le livre n’aurait donc pas de raison d’être, et pourtant, c’est cette raison que l’on découvre progressivement, au fil de phrases courtes et de dessins pleins de charme.

Et page après page, je me dis, c’est comme moi, oh pareil pour moi, oh lala c’est tout moi, absolument moi !
Comme dit Proust, je devenais le lecteur de moi-même.
Similitude confondante, terrifiante, je suis pétrifiée !

Des personnes qui m’ont connue jeune fille m’ont avoué qu’à leurs yeux je n’étais vraiment pas normale. Elles n’ont pas compris que je puisse me marier, le mariage fut ma bouée, mon salut, mon mari m’a transformée.
Il n’empêche que je continue à lutter contre mes vieux travers, dont j’ai enfin trouvé l’explication dans ce livre magnifique.
Etrange impression !

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Quelques herbes, fraîchement coupées dans le vert de la mémoire

      Les livres. Ils sont là sur ma table. Je les ai ouverts au hasard. Je les ai feuilletés. Un apaisement est venu dont je ne savais pas avoir besoin. Un bonheur de lire, antérieur à l’acte même de lire.

      Christian Bobin , extrait de Souveraineté du vide, éd. Fata Morgana, réédité en mars 2017.

Les livres encore.
Achats et lecture compulsifs.
Sur ma table de chevet, pile vertigineuse et faces lumineuses.
Comme Christian Bobin je les ouvre au hasard. Je m’y abîme l’âme et les yeux, sais bien que j’ai besoin d’eux, et mon bonheur avant, pendant et après est intense.
Je n’avais pas encore lu Souveraineté du vide et sa réédition est un bien souverain.
Christian Bobin y parle de la lecture et de l’écriture. Un livre plein, riche, profond, bienfaiteur.

Un passage m’a emportée au paradis des proustiens !

Bobin parle de Proust en termes si beaux, voici quelques extraits :

    Je vais poursuivre cette lecture entamée l’été dernier, ce livre de Proust que j’emmenais dans mes balades : ses pages sont encore trempées de soleil. Lecture sans fond, sans fin. Lecture immobile. L’histoire n’avance pas. Il n’y a pas d’histoire. Juste une avancée lente, très lente, vers l’Amour, vers la cruauté de l’Amour, vers sa lumière aveugle, blanche. Lecture hallucinée, dévorante, infatigable.

    Les mots fleurissent et poussent dans tous les sens, de toutes espèces. Ils se multiplient et se ramifient comme un feuillage, comme une excroissance incontrôlée, incontrôlable, de feuilles, de fruits.

    Tout part de cet homme dans la fin de sa vie, dans la fermeture de sa chambre qui ne fait qu’une avec la chambre immatérielle de l’écriture.

J’aime la métaphore végétale. La lecture est, par étymologie, une cueillette.
Proust et Bobin sont de fabuleux jardiniers.

Je lis comme je cultive le jardin, au hasard, avec joie, fantaisie et besoin, dans un fouillis de feuilles, de fleurs et de branches.
Je plante et ne contrôle plus bien, la nature écrit seule, en artiste véritable.
Et, comme la madeleine de Marcel, les plantes me remettent parfois en mémoire le jour, l’heure, l’humeur qui ont accompagné mon désir de tels pétales roses ou mauves en ce dédale vert.

(le titre de mon article reprend les derniers mots du livre de Christian Bobin)

Après la lecture très poétique de Bobin, j’ai lu le livre très amusant de Raphaël Enthoven, Little Brother, paru chez Gallimard en février 2017.
Satire philosophique de notre société actuelle, de ses travers bizarres.
Le chapitre consacré au Vintage, qui allie la matière à la mémoire, est excellent.
Et Raphaël Enthoven connaît bien Proust, qu’il cite assez souvent.
Cela ajoute au charme de cette étude !
Proust était bien lui aussi un philosophe pratiquant la satire de son temps.

Je, d’un accident ou d’amour

Parmi tous les livres que je croque, il en est un que j’ai lentement dégusté, relu, mastiqué, dans une manducation étonnée, émerveillée.

Voici la gourmandise :

Loïc DemeyJe, d’un accident ou d’amour
éd. Cheyne,
C’est la troisième édition depuis 2014

Cette collection de petits livres gris de chez Cheyne Editeur réserve souvent de belles surprises qui nous grisent.

Celle-ci est une prouesse d’écriture, un texte concis, qui n’a rien de verbeux, et pour cause, le verbe est absent.
Au commencement était le Verbe, dit l’Evangile, ici il n’apparaît qu’à la fin, à la dernière page.

Il s’agit d’une histoire d’amour, le lecteur la découvre dans l’esquisse, il doit lire entre les substantifs qui remplacent de manière poétique le verbe conjugué ou à l’infinitif.

En tentant d’imiter l’écrivain, je dirais que « le coup de foudre tumulte la tête du narrateur, et nous lecteurs émotion devant le chaos des phrases, les tas amoureux. Gisement de mots qui pépites, éclats, diamants, gemme ! Beaucoup 🙂 . »

Impossible de choisir un petit extrait, tout est beau, étrange et malicieux, l’amour se conjugue à la perfection sans verbe aucun.
Un bref passage tout de même, le premier baiser :

      Elle se saphir dans le regard, paupières précieuses et clignements.
      Je la lèvres. Enfin.

Angèle ou le syndrome de la wassingue

Aujourd’hui c’est lundi, c’est balai-bigoudi !
Non, je ne porte ni blouse en nylon ni bigoudis, mais manie en ce jour de la semaine le balai et la wassingue, la serpillière, la loque à loqueter, ou la vadrouille comme disait l’une de mes grands-mères.

Et hier j’ai lu le délicieux petit livre de Lucien Suel, Angèle ou le syndrome de la wassingue, paru en mars 2017 aux éditions Cours Toujours / La vie rêvée des choses.

Angèle est une petite fille de la campagne, elle observe le monde qui l’entoure, ne comprend pas tout, vit l’instant présent avec candeur et obéissance, et sait qu’un jour elle sera grande et aura enfin la force physique nécessaire pour essorer la wassingue trempée au dessus du seau.

Un récit d’enfance, nourri de rêve et de poésie, témoignage attendri d’une époque révolue où la maîtresse et monsieur le curé construisaient ensemble avec les parents la route à suivre pour leur jeune troupeau.

Chaque chapitre du livre se termine par le mot wassingue, on reconnaît bien là l’espièglerie du poète ! Mais le dernier mot du livre est amour, car l’enfance ne peut s’épanouir et se terminer que grâce à ce mot.

Wassingue du nord de la France (le mot vient du verbe néerlandais wassen = laver), ou serpillière et autres expressions ailleurs, l’objet contient beaucoup de souvenirs quel que soit le sol ( à récurer !).

Le livre donne à la fin un charmant carnet de curiosités de la wassingue.

Je me souviens avoir en effet bien peiné à tordre cette toile quand j’étais petite. Il fallait de la force dans le poignet et un geste précis. Ma mère ne comprenait pas que je l’essorasse à l’envers, dans le sens contraire du sien. Mais je continue à faire souvent les choses à l’envers … Chez moi, les origines de chacun étant variées, on passait la wassingue avec le lave-pont, petit mélange du nord et de l’ouest.

Je fais une remarque personnelle et étymologique quant au mot régional wassingue : le verbe wassen en néerlandais a deux sens, selon qu’il est transitif (laver) ou intransitif, et dans ce cas il veut dire « grandir, croître ». En allemand, waschen veut dire laver, et wachsen veut dire grandir, les deux verbes sont très proches.
Il y a donc un lien logique entre l’enfance et la toile à laver !

(fleurs bleu outremer de mon jardin !)

Je suis debout

Ce matin, je me suis rendue comme chaque semaine chez nos amis irakiens pour l’apprentissage du français, et j’apprends que la grand-mère de la famille a mal aux dents et se rendra chez le dentiste.
J’ai donc porté la leçon sur les mots du corps, de la santé …

j’écris au tableau la phrase : Je suis malade.

Et le papa s’écrie : Lara Fabian ! qu’il prononce Lara Fabianne.

Je crus qu’il me parlait en araméen comme cela lui arrive parfois, car j’apprends aussi quelques mots de sa langue, et, devant mon air d’incompréhension, il prend son téléphone portable, et en quelques secondes j’entends ceci :

Il me montre les sous-titres bilingues, et me dit que les chansons aident beaucoup dans l’apprentissage des mots.

Je me souviens que le meilleur professeur d’allemand que j’ai eu nous faisait chanter à tous les cours.

Je ne suis pas très calée en variétés, elle est plutôt vieux jeu, Grillon, je ne savais même pas que Lara Fabian avait chanté Serge Lama, je devrais me renseigner un peu mieux dans ce registre.
Lara Fabian est célèbre en Irak !

Bref, merci free, merci le portable !

Cet appareil me fait penser au poète Lucien Suel, déjà présenté ici.
Il a écrit un savoureux poème en prose intitulé le téléphone mobile.
Je cite le premier vers :

    Qui est le porteur ? Qui est le porté et qui est le portable ?

Lucien Suel
Je suis debout
éd. La table ronde, mars 2014

Après avoir lu Ni bruit ni fureur du même auteur, j’ai été à nouveau enthousiasmée par l’originalité de sa poésie.
Très variée de formes, tantôt primesautière, tantôt nostalgique, jouant avec les sons, maniant l’humour, cette poésie est pleine de fraîcheur.
Un grand plaisir.
Il y a un poème-micro-nouvelle sur la boîte à boutons absolument épatant !
Et un poème sur les lunettes … quand on vieillit, les verres ne sont pas les seuls à épaissir !

Ces photos de mon jardin ont été prises il y a un mois déjà. Les tulipes ont disparu. Finies aussi les azalées en bleu adorable. Glissement inexorable vers l’été.

Le mazulipatan

      J.B.S. Chardin, Autoportrait aux bésicles, 1773, pastel, mba Orléans, notice.

Dans ce pastel que Chardin a laissé de lui, le peintre atteint l’étrangeté cocasse d’un vieux touriste anglais.
La comparaison est de Marcel Proust. Il avait écrit un article à propos de Chardin en 1895. Cet écrit de jeunesse était resté inachevé. Mais admirable !

Je me suis replongée avec délice dans cet article après avoir lu, cet hiver, le livre de Marc Pautrel qui retrace la longue vie de Jean-Siméon Chardin.

J’avais beaucoup aimé Une jeunesse de Blaise Pascal de Marc Pautrel.

Cette présente biographie aurait pu se centrer sur une vieillesse de Chardin, la période des pastels, c’est la partie la plus intéressante du livre à mon avis.

À vrai dire, il est très difficile d’écrire sur Chardin après Proust ou Pierre Rosenberg dont les descriptions et réflexions restent inégalables .

Dans le commentaire de cet autoportrait sur le site du Louvre, un passage de l’article de Proust est cité, c’est un beau cadeau qui nous est là offert.

Proust décrit assez longuement ces autoportraits de Chardin, et il s’attarde sur la couleur rose, ce qui ne nous étonne pas, il aime toujours cette couleur associée à la douceur, au bonheur.
Voici un autre passage, qui nous apprend un mot étrange :

      Depuis l’abat-jour vigoureusement enfoncé sur le front jusqu’au mazulipatan noué autour du cou, tout donne envie de sourire, sans qu’on songe à s’en cacher, devant ce vieil original qui doit être si intelligent, si fou, si doucement docile à accepter une raillerie. Si artiste surtout. Car chaque détail de cette toilette formidable et négligée, tout armée pour la nuit, semble autant un défi à la correction un indice de goût. Si ce mazulipatan rose est si vieux, c’est que le vieux rose est plus doux. En voyant ces noeuds roses et jaunes dont la peau jaunie semble garder les reflets, en reconnaissant dans le rebord bleu de l’abat-jour le sombre éclat des bésicles d’acier, l’étonnement, que la mise surprenante du vieillard excite d’abord, se fond en un charme doux, dans le plaisir aristocratique aussi de retrouver jusque dans le désordre apparent du déshabillé d’un vieux bourgeois la noble hiérarchie des couleurs précieuses, l’ordre des lois de la beauté.

      Marcel Proust, extrait de Chardin et Rembrandt.

      J.B.S. Chardin, Autoportrait à l’abat-jour et aux lunettes, 1775, pastel, D.A.G. Louvre, notice.

Le foulard de Chardin se nomme ainsi un mazulipatan. Ce mot étrange, qui fait penser à une langue indienne ou javanaise, que sais-je, car je ne l’ai pas trouvé dans le dictionnaire, avait été employé au XVIIIème siècle par Diderot par exemple. L’étoffe rose était peut-être de Madras.

En nous ouvrant le monde réel c’est sur la mer de beauté qu’il nous entraîne écrit le jeune Proust du grand Chardin.

L’azur en pente douce

Un mois de silence, cela ne m’était pas arrivé depuis douze ans de bavardage sur cette page.
Il faudrait des excuses, des explications …
Avec l’étalement des vacances de printemps selon les zones scolaires, enfants et petits-enfants ont occupé la maison pendant un mois.
Mais la raison familiale n’est pas la seule.
Pour la première fois la politique me déprime, une chose que, jusqu’à présent, je prenais bien à la légère. Il y a cinq ans, un candidat tout gonflé de médisance, comme monsieur de Norpois, le personnage de la Recherche auquel je le comparais, niait l’existence de la violente crise qu’avait dû subir son adversaire au pouvoir, et il fut élu dans cette négation. Aujourd’hui la médisance continue et se généralise, plus forte que la crise elle-même, dominant tout le débat politique qui fut d’une platitude navrante.

Il y a cinq ans je riais malignement de voir le contempteur placé au pied du mur, j’étais à vrai dire insouciante, indifférente. Aujourd’hui je ne ris plus. Ma consternation me pousse à pleurer, du moins à écrire.
Je suis inquiète, déboussolée. Quelle société allons-nous recréer ? Aucun des problèmes profonds n’a été soulevé. Nous n’avons presque plus de repères, et nous continuons de les faire voler en éclats.
La guerre des vilains mots reprend, la candidate de l’extrême me fait peur, le candidat de l’entre-deux, tellement bizarre, ne me rassure pas du tout.
Le jardin est en fleurs.

Je sors de mon autisme naturel, de mon allergie asthmatique, reprends de saines occupations, lecture, jardinage …
Et de la poésie avant toute chose.
Ce matin j’ai ouvert le recueil de Philippe Mac Leod, Poèmes pour habiter la terre, mon regard s’est posé sur ces vers :

L’azur en pente douce.
Un silence d’épervier.
Des quatre coins du ciel le vieux drap se déplisse
feuille à feuille les airs montent et respirent

La poésie est un bronchodilatateur.
Respirons un peu !

La part belle de lumière de sourire et d’esprit

Cette salle de musée, qui offre, devant un grand tableau d’inspiration orientale
( Gustave Guillaumet, Campement d’un goum sur les frontières du Maroc, 1869),
de quoi s’asseoir à l’orientale, se trouve à La Rochelle.
J’ai en effet eu le plaisir de visiter le musée des beaux arts de La Rochelle le week end dernier.
Dans cette salle se trouvent aussi des toiles d’un autre artiste voyageur, écrivain également, Eugène Fromentin. Je ne me souvenais plus que l’auteur des Maîtres d’autrefois était natif de La Rochelle.

L’hôtel particulier du XVIIIème siècle qui abrite ce musée est petit, c’est pourquoi un roulement des oeuvres exposées s’impose, chaque année un thème est donné pour l’accrochage, et en 2017 il s’agit de Voir et ne pas voir. Quand on ne voit pas avec les yeux, on voit avec les mains, et une certaine mise en scène plonge dans le noir, permet de toucher … même le catalogue du musée se palpe, se donne à voir avec les doigts ou le nez, car il est en relief et odorant !

Nous pouvons y admirer, entre autres, de très beaux paysages de Marquet.

Dans la belle ville de La Rochelle j’ai eu la joie de découvrir une librairie passionnante, qui s’appelle Les saisons. C’est dans cette boutique au charme vertigineux que j’ai fondu sur le rayon de poésie !

Parmi mes achats jouissifs, voici ce recueil :

Laurent Gaudé
De sang et de lumière
mars 2017, éd. Actes Sud

J’ignorais que Laurent Gaudé faisait de la poésie et j’ai pris ce livre par pure curiosité, sans savoir quel était son sujet.
J’aime me laisser surprendre.
Ce recueil est un cri poignant, plein d’une ardente humanité pour les réfugiés contraints à l’exil, les êtres opprimés réduits au silence par les guerres actuelles ou passées dans l’Histoire.
Des images fortes, des mots simples …
l’amour, la fraternité, l’espérance surmontent malgré tout l’horreur, le sang, la haine.

Un beau recueil de longs poèmes engagés vers la lumière.

Il se trouve que je me suis moi-même engagée dans l’accueil d’une famille irakienne, arrivée dans ma commune il y a un mois. Cette famille catholique de six personnes vient de la région de Karakosh, entièrement détruite parce que chrétienne.
Je leur donne des leçons de français chaque semaine.
J’ai le plaisir d’apprendre des mots de leur langue, l’araméen. Je ne savais pas que la langue de Jésus se parlait encore aujourd’hui.
Chaque fois que je rencontre cette famille très attachante, je reviens heureuse, riche d’un je-ne-sais-quoi qui me dépasse. C’est ressourçant, réconfortant dans notre monde fou et incompréhensible.
Ces personnes persécutées, qui ont beaucoup souffert dans leur pays, nous remercient pour l’accueil dans le nôtre, et je les remercie en retour d’être là, de nous apporter autant de chaleur humaine, d’authenticité, même si nous espérons de tout coeur qu’ils puissent dès que possible regagner leur pays en paix.

Sur le printemps de ma jeunesse folle …


      Sur le printemps de ma jeunesse folle
      Je ressemblais l'hirondelle qui vole
      Puis çà, puis là : l'âge me conduisait,
      Sans peur ni soin, où le coeur me disait.

      Clément Marot, extrait de Eglogue au roi sous les noms de Pan et Robin, 1539

L’hirondelle ne fait pas le printemps mais, vive et gourmande, elle sait profiter des premiers beaux jours, des premiers insectes voltigeant dans le ciel, elle les happe en plein vol.
A tire d’ailes elle avale ses proies, ainsi son nom en anglais, swallow, veut-il dire également avaler.

C’est dans le livre de François Berthier, Cent reflets du paysage, paru en octobre 2016 chez Arléa, que j’ai remarqué cette étonnante liaison anglaise entre l’action et l’oiseau, l’hirondelle gobe, avale, engloutit, gloups, dans le ciel !

Une centaine de haïkus composés en japonais et traduits en français par
François Berthier, accompagnés aussi de leur prononciation, donnent à cet historien des arts du Japon l’occasion de présenter la culture japonaise, toutes ses beautés, et ces cent paysages composent un merveilleux voyage en délicatesse et poésie.

Un haïku sur une page et sur celle qui lui fait face une évocation, un conte, un paysage, des miscellanées instructives et captivantes.

Ce livre vient en complément d’un autre que j’ai lu l’année dernière et que je n’avais pas présenté en raison de sa relative difficulté, livre érudit, touffu, mais utile : Mon éventail japonais de Diane de Margerie, éd. Philippe Rey, mars 2016.

Cet ouvrage déploie un éventail finement dessiné de la littérature japonaise.

A travers les grands poètes et écrivains japonais de tous les temps, Diane de Margerie fait découvrir un Japon secret, tourmenté, intime, poétique, cruel ou séduisant, vraiment mystérieux.

Le dit du Genji, nous avons au moins une fois entendu parler de cet ouvrage, c’est le roman-fleuve de Dame Murasaki écrit au Xème siècle, comptant cinquante-quatre livres, ce chef-d’oeuvre de la littérature universelle a engendré environ dix mille volumes de gloses !
La Recherche fait figure de haïku en comparaison.
Pour avoir une idée assez précise de ce roman, on peut commencer par lire les pages de Diane de Margerie, concises et agréables à lire.

Hier 21 mars, jour du printemps, je reçois un message d’un site commerçant me posant cette question: Avez-vous trouvé vos essentiels du printemps ?

Ha, oui, ai-je dit à voix haute, j’ai fait le plein de mes essentiels printaniers !

Je suis parée pour appréhender les beaux jours, j’ai craqué pour quatre nouveaux recueils de poésie.
D’autres, à n’en point douter, viendront s’ajouter prochainement à ma soif de poèmes.

La forme d’expression qu’est le blogage me permettra de parler à l’inconnu de mes secrètes lectures.
La poésie isole et c’est bien dommage. Je préfère ne rien en dire plutôt que de lire sur les visages de mes interlocuteurs des sentiments d’incompréhension, ironie, désapprobation …

C’est le printemps et mes tulipes essentielles comment à s’ouvrir !

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