Du côté de chez Grillon du foyer

L’alphabet du bonheur

Ce dictionnaire fut d’abord intitulé  » Dictionnaire amoureux des menus plaisirs  » lors de sa parution en 2005.
Trop menus, ces plaisirs, connotation péjorative ? Allez savoir, le livre n’a pas eu le succès mérité.
Moi-même à l’époque ne l’avais pas remarqué. Il revient aujourd’hui ( paru en novembre 2011 ) sous le mot plus prometteur de  » bonheur  » .

Et ce dictionnaire amoureux d’Alain Schifres ( éditions Plon ) est un bonheur.

    Joseph R. Decamp, La couturière, 1916, Corcoran Gallery Washington, notice

L’auteur commente, dans l’ordre alphabétique qu’impose tout dictionnaire, tout ce qui lui procure du bonheur.
On s’amuse instinctivement à entrecroiser les sources de bonheur de l’écrivain et les siennes propres, concordance, opposition, les goûts varient, font sourire, font plaisir.

Pour la lettre A, Alain Schifres a noté abats, aiguilles, ail, alphabet, anchois, asperge, aube.

J’ai le mot aiguille en commun avec lui !

J’aime coudre, broder, tricoter, j’aime les travaux d’aiguilles.
On s’en doute, ce ne sont pas les aiguilles à coudre ou tricoter qui passionnent l’auteur de ce dictionnaire.

Dans un bonheur nostalgique il aime les aiguilles du réveil-matin.
Les horloges aujourd’hui annoncent l’heure avec des chiffres, et A. Schifres les déplore !
Il pense que  » 9H40  » alarme moins que les dix heures moins vingt indiquées par les aiguilles. Il a raison, si on a rendez-vous à dix heures et qu’on voit toujours afficher un 9 sur la pendule, on se dit qu’on a encore le temps, mais si on prononce tout haut en voyant les aiguilles  » zut, déjà dix heures moins vingt …  »

Les aiguilles constituent le petit bonheur des doigts. J’ai toujours un ouvrage en cours, comme un livre en cours, toujours l’étroit parallèle entre texte et textile.
Ma petite-fille en profite bien !

Pour la lettre B, j’indiquerais les boutons.

J’aime les beaux boutons, quand j’étais enfant, mon plaisir était sensuel de plonger mes mains dans la boîte à boutons de ma grand-mère et de les observer, classer, réinventer.

Et si l’on jouait à cet alphabet des plaisirs ?

Restons à la lettre A.

Le bonheur en A selon Grillon ?

Abbaye : j’aime la beauté de l’architecture, le silence, la sérénité qui en émane, la boutique où j’achète des produits fabriqués par les moines et les moniales, ils ont toujours un petit plus envoûtant. J’y trouve un bonheur simple et rassérénant.

ADSL : sans ce haut débit le bonheur de bloguer serait bien diminué !

Agneau : sa laine en pelote surtout ! Le petit animal est adorable et le plus paradoxal est que je l’aime aussi en gigot fondant à la cuiller, confit par de longues heures de cuisson !

Ancolie : cette fleur sauvage et merveilleusement gracieuse vient pousser dans le jardin d’une manière inattendue et primesautière qui me procure un délicieux bonheur.

Ange : quelle belle image, bonheur des yeux, du coeur !

Avent : ma période de l’année préférée, un vrai mois de bonheur.

Arbre : on ne respecte pas assez cette plante qui nous regarde vivre comme des fous au fil des siècles. Son ombre est pour moi le bonheur estival.

Apogée : j’aime bien les mots contenant le préfixe grec  » apo  » , et ce mot apogée est épatant et me plaît beaucoup car il mêle une réalité physique à une notion spirituelle ou intellectuelle.

En grec, ce mot veut dire éloigné de la terre ( apo – gée ), et il désigne dans un premier sens le point où l’astre tournant autour de la terre s’en trouve le plus éloigné.
Par conséquent l’apogée désigne le point le plus haut , le zénith, et au figuré il représente le sommet, le comble, l’apothéose, en somme le bonheur total pour celui qui l’atteint :-) !

Lent et relent

    Henri Lebasque, Jeune fille au jardin, dessin, mba Angers

      Rondeau de la neige

      Tombe la neige !
      Triste manège :
      Moucher, toussir,
      Prendre élixir,
      Au lit gésir.

      Maint déplaisir
      Mon mal rengrège.
      Tombe la neige.

      Pardonnerai-je ?
      Ou haïrai-je ?
      Je n’ai loisir
      De rien choisir.
      Sur tout désir
      Tombe la neige.

      André Mary, recueil Rimes et bacchanales, 1935.

    Whistler, Jeune fille lisant au lit, plume et encre brune, vers 1882, AIC Chicago, notice

La neige et le froid reviennent dans certaines régions de France et d’Europe, tandis que sur la côte ouest il repleut lentement. Il ne gèle pas, la froidure molle et humide se fait seulement pénétrante et pénètre l’âme de sa terne langueur. Ouh, ma paresse rengrège , comme dit le poète, m’amollit, m’alentit, et je resterais volontiers au lit !

Si le froid redouble, que deviendront nos mimosas ?

    Pierre Bonnard, L’atelier au mimosa, 1939, Centre Pompidou

Les flocons floraux recroquevillés pourront-ils se réchauffer , se redresser, se regonfler, se requinquer, se redéployer, retrouver leur splendeur, redevenir mousseux, rediffuser leur parfum ?
Hélas non, le redoux n’apporte pas de rédemption aux mimosas, le gel redouté est un vice rédhibitoire et sans recours ! Il y a comme un relent de tristesse dans le lent retour de cet hiver.

    Pierre Bonnard, Femme et mimosa, 1924, Met New York, notice

Le bouquet de mimosa se ramollit comme l’humeur par ce temps bien humide.

J’ai usé et abusé de verbes avec le préfixe  » re  » .  » re  » désigne deux choses, la répétition ou le renforcement de l’intensité.
Douter, redouter : on doute et à la fin on redoute, car la force augmentée du doute fait craindre quelque chose.
Chercher, rechercher : on cherche, on recommence à chercher mais surtout dans cette recherche, il y a une intensité plus grande, une application plus forte dans le geste de chercher.
De même, sentir et ressentir …

Dans son livre «  Petit traité des finesses et des nouveaux tourments de la langue française  » Alain Bladuche-Delage explique ce sens du préfixe  » re  » . On y lit que l’adjectif  » lent  » , venant du latin lentus , qualifiait ce qui n’est pas rapide, ce qui est mou, flexible, et aussi humide, visqueux, tenace.
Le mot  » relent  » était au moyen-âge un adjectif qui qualifiait une chose plus tenace, persistante, le préfixe  » re  » ayant la valeur intensive. Une viande relente sentait plus fort.
Aujourd’hui, lent a perdu son sens d’humide ou tenace, mais relent , uniquement substantivé, a bien gardé sa ténacité dans ce qu’il y a de désagréable.

Même humide, le mimosa diffuse son long et lent parfum de bonheur !

arbres,bouquets,hiver,Mots @ 4:09 , janvier 31, 2012

La lecture est une récolte

    Vincent van Gogh, Nature morte aux livres, 1887, musée van Gogh Amsterdam, page du musée.

Du hasard de la lecture …
Comment découvre-t-on un écrivain contemporain ? Par instinct grégaire, par goût des challenges de la blogosphère, par amour d’une collection, par esprit de contradiction en recherchant l’inconnu en haut des étagères ?
Un mélange de tout cela ?
Personnellement, et je l’ai déjà dit, je découvre souvent un auteur grâce à l’art, à ce qu’il a écrit à propos d’un peintre, par exemple j’ai eu envie de lire les romans de Sylvie Germain grâce à son admirable texte au sujet de Vermeer …

En cette année débutante, c’est la poésie qui m’amène vers un écrivain.

Michel Houllebecq a tant fait parler de lui que je n’ai jamais eu envie de le lire. Une réputation de romans sulfureux me tenait éloignée de ses écrits. Et puis j’ai vu ce livre de poche ( ci-contre ) à la librairie.
Ah bon, monsieur Houellebecq est un poète, je n’y avais jamais prêté attention !

Sa poésie m’a touchée. Le train repasse souvent dans ses strophes. Original. Il écrit si bien que j’ai décidé de lire «  La carte et le territoire  » .

    Vincent van Gogh, Romans Parisiens, étude, 1888, musée van Gogh Amsterdam, page du musée.

 » La carte et le territoire « , prix Goncourt 2010, est un roman parisien qui me désopile ! Je n’en suis qu’au premier quart et ces pages friandes me délectent absolument. J’y reviendrai certainement dans ce blogue quand je l’aurai fini, bien que mon propos tardif n’intéresse personne.

Je regrette de ne pas avoir suivi la mode qui demande de lire le dernier Goncourt comme tout grand prix littéraire. Mais j’aime assez lire un livre en dehors du bruit qu’il fait, après la cueillette de tout le monde, j’ai toujours aimé les vendanges tardives !

Pour le premier tableau montré ici, un clip dans le site du musée explique que l’un des trois livres est un ouvrage d’Edmond de Goncourt !

    Vincent van Gogh, Raisin, citrons, poires et pommes, 1887, AIC Chicago, notice du musée.

Vendanges tardives, l’expression est plus jolie que  » du réchauffé  » , non ? ! L’allemand me vient au bout de la langue avec son goût fruité, sucré,  » Spätlese  » .
Leselust auf Spätlese !
Envie de lire une vendange tardive ! ( c’est la traduction mot à mot )

Le verbe  » lesen  » en allemand veut dire lire et aussi récolter.

En compulsant le dictionnaire, parce que le lien est beaucoup moins évident en français, on découvre que lire et récolter sont deux verbes de même racine.
Ils sont issus tous deux du verbe latin «  legere « . Comme en allemand, la lecture est une récolte.

Certains écrivains sont de grands crus, d’autres se dégustent comme de petits vins de table, on s’enivre et on s’enlivre de mots !

    Vincent van Gogh, Femmes récoltant des olives, 1889, Met New York, page du musée.

littérature,poésie,philosophie,Mots @ 7:47 , janvier 17, 2012

Janvier tout en transparences

C’est la bonne heure où la lampe s’allume

C’est la bonne heure où la lampe s’allume :
Tout est si calme et consolant, ce soir,
Et le silence est tel, que l’on entendrait choir
Des plumes.

C’est la bonne heure où, doucement,
S’en vient la bien-aimée,
Comme la brise ou la fumée,
Tout doucement, tout lentement.

Elle ne dit rien d’abord – et je l’écoute ;
Et son âme, que j’entends toute,
Je la surprends luire et jaillir
Et je la baise sur ses yeux.

C’est la bonne heure où la lampe s’allume,
Où les aveux
De s’être aimés le jour durant,
Du fond du coeur profond mais transparent,
S’exhument.

Et l’on se dit les simples choses :
Le fruit qu’on a cueilli dans le jardin ;
La fleur qui s’est ouverte,
D’entre les mousses vertes ;
Et la pensée éclose en des émois soudains,
Au souvenir d’un mot de tendresse fanée
Surpris au fond d’un vieux tiroir,
Sur un billet de l’autre année.

Emile Verhaeren , recueil Les heures d’après-midi

Sur un billet de l’autre année, de l’an dernier revoir ici, j’ajoute mon agenda tout neuf que j’ai acheté cette semaine chez ma mercière.
J’aime l’agenda Marie-Claire et ses jolies photos.
Cette année, le mois de janvier y est présenté tout en transparences en jouant avec les matières et les lumières.
Verre, papier, sucre, tulle …

Transparence, l’idée m’interroge …
Le transparent est-il une couleur ? Est-il plutôt incolore ? L’incolore existe-t-il ?
Pour trouver des réponses, il faudrait consulter le livre de Michel Pastoureau, «  Les couleurs de nos souvenirs  »

J’ai rouvert ce précieux livre, mais n’ai pas trouvé de chapitre consacré à la transparence.
C’est normal, le transparent ne compte pas parmi les couleurs, ou alors il est fait pour les mettre toutes en valeur. Le transparent prend la couleur qui se trouve au delà, du côté du trans, il n’est qu’une apparence.

Michel Pastoureau donne l’étymologie du mot couleur : il vient du verbe latin celare = cacher.
La couleur est une enveloppe qui cache la partie apparente d’une chose.

En allemand, la couleur est le mot Farbe qui vient du vieux germanique  » farwa  » désignant la peau, l’enveloppe.
D’ailleurs, notre mot français  » fard  » , cette couleur qu’on pose sur la peau du visage, pourrait venir de ce mot germanique.

En grec, la couleur est  » chroma  » , qu’on retrouve dans beaucoup de mots français, issu de  » chroa  » = la peau, la surface du corps.

La couleur est une peau qui cache et recouvre.
A l’opposé le transparent est une matière qui ne cache pas, mais révèle des choses. Des choses à mon avis relevant plus de l’imaginaire que de la réalité, des choses de la poésie …

J’ai allumé mes petites lithophanies, ces biscuits translucides qui font jaillir les motifs gravés dans leur chair à la lueur d’une bougie. L’une représente le mont Saint-Michel, l’autre le château de Versailles;
Ce sont des transparences des souvenirs, je les avais achetées lors de mes visites dans ces lieux prestigieux.

La transparence m’attire, un sujet à transpercer ! A suivre ;-)

L’Albertine encaoutchoutée des jours de pluie

    Everett Shinn ( 1876-1953 ) Fifth Avenue, pastel, Brooklyn Museum , notice

Il pleut ! Il pleut sans arrêt ! On enfile son imper, son K-way, son Barbour, autrefois on mettait son caoutchouc. Apocope, antonomase, métonymie, le mauvais temps transforme les mots !

Le caoutchouc, il était amusant ce mot pour désigner le par-dessus en toile water-proof ! On ne l’emploie plus, de même que le ciré ou la gabardine, les matières imperméables ont changé ( sauf pour le Barbour ciré ! ).

Le caoutchouc au singulier désignait le vêtement imperméable confectionné dans cette matière. On disait  » l’impermouillable  » !

Les caoutchoucs au pluriel désignaient les chaussures imperméables, les bottes.
Les caoutchoucs américains désignaient les  » snow-boots  » qu’on chaussait par temps de neige.
Le mot anglais nous est resté, mais l’expression  » caoutchoucs américains  » de nos grands-pères a disparu !

    null

    Jean Béraud, Boulevard Poissonnière sous la pluie, musée Carnavalet Paris

Le narrateur dans Le côté de Guermantes ( encore lui et je demande pardon aux lecteurs allergiques au texte proustien, il devront prendre un cachet de pyramidon ), à la fin d’une soirée mondaine en hiver, doit remettre, non sans honte, ses caoutchoucs avant de quitter l’hôtel parisien, sous le regard méprisant des gens du monde. Mais voilà que la princesse de Parme admire ce gadget ultra-moderne, et dans cet instinct d’imitation typique des snobs, tout le monde acclame, le narrateur penaud devient subitement le détenteur du dernier chic !

Maurice Prendergast null Dames sous la pluie
aquarelle, vers 1893-94, Museum of Art Fort Lauderdale ( Etats Unis )

Le narrateur décrit son amie Albertine dans son caoutchouc :

Et, devant le caoutchouc d’Albertine dans lequel elle semblait devenue une autre personne, l’infatigable errante des jours pluvieux, et qui, collé, malléable et gris en ce moment, semblait moins devoir protéger son vêtement contre l’eau qu’avoir été trempé par elle et s’attacher au corps de mon amie comme afin de prendre l’empreinte de ses formes pour un sculpteur, j’arrachai cette tunique qui épousait jalousement une poitrine désirée, [...]

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe II, chapitre II

Je doute que les femmes portaient un caoutchouc sur leur robe à cette époque, cette description semble transformer Albertine en Lara Croft en combinaison de néoprène !
Une note du livre indique que Marcel Proust se souvient là du caoutchouc que portait son chauffeur Agostinelli, et il associe souvent Albertine à ce chauffeur tant aimé qui mourut comme elle dans un accident.

[...] rapide et penchée sur la roue mythologique de sa bicyclette, sanglée les jours de pluie sous la tunique guerrière de caoutchouc qui faisait bomber ses seins [...] Jamais je n’avais caressé l’Albertine encaoutchoutée des jours de pluie, je voulais lui demander d’ôter cette armure, ce serait connaître avec l’amour des camps, la fraternité du voyage.

Marcel Proust, Albertine disparue, Chapitre premier

Proust invente encore un mot, encaoutchouté, hapax des jours de pluie, et il crée une image, une sorte de Germania en latex ! Le caoutchouc est une arme … contre la pluie, et pour ou contre l’amour, c’est selon ;-) !

hiver,Marcel Proust,Mots @ 12:22 , janvier 6, 2012

Les présents d’un passé en crise sont le futur

Futile ou utile, le cadeau de Noël 2011 ? La crise oriente la réponse.

Noël de l’année 1931 : la crise s’installe, offrir utile, oui, on peut oser !

C’était il y a quatre-vingts ans, le magazine féminin  » Le Petit Echo de la Mode  » prodiguait ses trucs et ficelles au père-Noël afin qu’il garnît sa hotte le plus dignement possible malgré la crise.

J’avais acheté ces vieilles revues des hivers 1931 et 1932 il y a quelques années pour leurs beaux dessins, je ne les avais pas lues, leur mauvais état ne permet guère de les feuilleter. Le graphisme des années Trente m’a toujours enchantée.
Et puis ce mois-ci, par hasard, j’ai lu en détail certains articles et constaté que la crise s’étirait en Europe sur ces années Trente aussi durement qu’aujourd’hui, c’était il y a précisément huit décennies.

A l’époque le cadeau, qu’on disait plus volontiers  » présent « , devait être élégant, plaisant, décoratif, esthétique ou gastronomique, mais ne devait pas se montrer principalement utile. Le présent avait pour unique but le plaisir, le sourire, la grâce, l’instant de bonheur.
La grave crise économique a modifié la  » mentalité  » , un mot récent à ce moment-là, lancé en 1877 et dont Proust évoque la nouveauté dans La Recherche. Désormais on peut offrir utile, c’est même souhaitable.

La crise modifie aujourd’hui aussi la mentalité, ce mot déjà ancien qui désigne le caractère mental de la collectivité. On offre utile et, de plus, solide, fabriqué en Europe si ce luxe est encore accessible !

Et on ose offrir le cadeau maison confectionné avec amour et ingéniosité.

A Noël 1932 la crise perdure et le cadeau est plus que jamais  » recyclé  » , le mot n’existait pas encore, il apparaît en 1974 selon Le Robert, chaque crise apportant des mots sur ses maux.

On bricole des jouets, on recoupe des vêtements, on détourne, on invente, on bidouille, on  » customise  » , on n’appelait pas encore cette activité  » loisir créatif  » .

Les hebdomadaires  » Petit Echo de la mode  » de décembre 1932 annoncent que la crise devrait se poursuivre en 1933, espérons qu’en 2013 nous sortirons du tunnel !

Malgré le mauvais temps de crise, souhaitons nous de glisser en douceur dans l’année 2012 !

      Joyeux Noël !

Marcel Proust,Mots,noël @ 3:05 , décembre 22, 2011

Noir et blanc, la même étincelle

Le noir et le blanc sont à nouveau des couleurs après un long rejet du vocabulaire.
La technique utilisée dans trois principaux domaines les avait exclus de cette appellation : l’imprimerie, la photographie, le cinéma.
C’est parce que ces trois domaines ne pouvaient pas utiliser les couleurs de l’arc-en-ciel et employaient exclusivement le noir et le blanc, que ces derniers ont été opposés aux couleurs, le noir&blanc devint ensuite un art distinct de celui de la couleur.

Au moyen-âge, à la naissance de l’imprimerie et bien avant celle de la photo, le noir et le blanc étaient des couleurs, choisies pour leurs symboles. On ne savait pas encore que ces couleurs restaient malgré tout spéciales, le noir ne réfléchit aucune couleur, le blanc les combine toutes dans le spectre.

J’ai photographié ( en couleur ) toutes ces maisons dans la fort jolie ville de Chester dans le Cheshire, et merci encore à notre chère amie anglaise de nous avoir fait découvrir cette magnifique cité !

Chester est une ville en noir et blanc, en black and white.
Alors remarque-t-on que blanc et black ont des sonorités très proches bien que désignant deux couleurs opposées !

Les mots blanc en français et black en anglais ont la même origine germanique,  » blank « = brillant ( -> dictionnaire Le Robert )

Blanc et noir sont des brillances, des lumières.
Black out en anglais veut dire éteindre la lumière.
Ces deux couleurs ont des éclats plus ou moins prononcés. Le latin avait deux mots pour désigner le noir mat et le noir brillant, niger et ater, ainsi que pour le blanc mat et le blanc brillant, albus et candidus.

A Chester, sous le ciel bleu, le blanc et le noir s’unissent dans un fascinant éclat.

Mon récit de voyage haut en couleurs en Ecosse et en Angleterre, tapé en noir sur l’écran blanc de l’ordinateur, se termine enfin !

couleurs,Mots,Tourisme @ 4:38 , décembre 12, 2011

Du jour de Noël de bric et de broc, décap’ et récup’

      Du jour de Noël

      Or est Noël venu son petit trac,
      Sus donc aux champs, bergères de respect :
      Prenons chacun panetière, et bissac,
      Flûte, flageol, cornemuse, et rebec :
      Ores n’est pas temps de clore le bec,
      Chantons, sautons, et dansons ric à ric :
      Puis allons voir l’enfant au pauvre nic,
      Tant exalté d’Hélie, aussi d’Enoc,
      Et adoré de maint grand roi, et duc :
      S’on nous dit nac, il faudra dire noc :
      Chantons Noël tant au soir, qu’au desjucq.

      Colin, Georget, et toi Margot du Clac,
      Ecoute un peu, et ne dors plus illec :
      N’a pas longtemps sommeillant près d’un lac
      Me fut avis, qu’en ce grand chemin sec
      Un jeune enfant se combattait avec
      Un grand serpent, et dangereux aspic :
      Mais l’enfanteau en moins de dire pic,
      D’une grand croix lui donna si grand choc,
      Qu’il l’abattit, et lui cassa le suc.
      Garde n’avait de dire en ce défroc :
      Chantons Noël tant au soir, qu’au desjucq.

      Quand je l’ouïs frapper et tic et tac,
      Et lui donner si merveilleux échec,
      L’ange me dit, d’un joyeux estomac :
      « Chante Noël en français, ou en grec,
      Et de chagrin ne donne plus un zec,
      Car le serpent a été pris au bric » :
      Lors m’éveillai, et comme fantastic
      Tous mes troupeaux je laissai près un roc.
      Si m’en allai plus fier qu’un archiduc
      En Bethléem. Robin, Gautier, et Roch,
      Chantons Noël tant au soir, qu’au desjucq.

      Prince dévot, souverain catholique,
      Sa maison n’est de pierre, ne de bric.
      Car tous les vents y soufflent à grand floc :
      Et qu’ainsi soit, demandez à Saint Luc.
      Sus donc avant, pendons souci au croc,
      Chantons Noël tant au soir, qu’au desjucq.

      Clément Marot, recueil L’Adolescence clémentine (1532)

Noël nous transporte en adolescence, en enfance, et je m’amuse …
Petite couture pour l’intérieur, haute couture pour l’extérieur, je décore, pique et couds, de bric et de troc, tant au soir jusqu’au desjucq.
Euh, qu’est ce que c’est, le desjucq ? Il me faudrait un dictionnaire du vieux français.

Une petite tempête est passée et mes noeuds de velours rouge ont résisté ! J’avais ce coupon de tissu pourpre à souhait depuis une dizaine d’années, et voilà, j’en ai trouvé l’utilisation. Il prend toutes les averses et sèche au vent pendant l’accalmie !

Les cinq fenêtres de notre appartement se sont mises sur leur 25 (décembre) !

Près de notre porte d’entrée se trouve une petite vitrine que je décore à chaque saison. Cette année j’y ai logé une cheminée de ma fabrication.

J’indique un vague « tuto » de menuiserie !

Une palette de bois récupérée chez un commerçant
J’ai considéré ce simple élément de transport sous l’angle de la couturière, et taillé dedans comme si j’avais découpé un motif dans un tissu imprimé.

J’ai scié un morceau, cloué une planche par ci par là comme on transforme un vieux jean en bissac, la récupération en menuiserie diffère très peu de la couture !

J’ai peint ma cheminée en blanc, clic clac, agrafé un morceau de tissu pour habiller l’intérieur, et voilà l’insoutenable légèreté de l’âtre !

Entre temps j’ai confectionné les petites chaussettes que j’accroche sur le manteau de la cheminée avec des clous tapissier.
La voici dans la vitrine, elle pourra décorer une autre partie de la maison dans les prochaines années.

Hier c’était la saint Nic’ , et l’anniversaire de ma seconde fille ! Voilà à nouveau mon petit moule à chocolat ou pain d’épice en saint Nicolas ( revoir ici ), j’aime cet objet de  » récup’  » chez un broc, que j’ai décapé inlassablement de sa rouille pour lui rendre son doux éclat.

Heureux temps de l’Avent :-) !

anges,fenêtres,Mots,noël @ 12:44 , décembre 7, 2011

Une jolie gentillefemmière

Aujourd’hui 13 novembre: journée de la gentillesse.
Effet de la crise dont on ne se plaindra pas : l’heure est à l’entraide, la compassion, la sollicitude, l’empathie, et mieux que tout cela, la simple gentillesse qui est la noblesse du coeur.

Avant cette journée, un petit livre, publié en octobre dernier, a été consacré à la gentillesse :
Petit éloge de la gentillesse, de Emmanuel Jaffelin, éditions François Bourin

Plein de bonté et d’enseignement, ce livret donne envie de laisser le cynisme aux vilains sûrs d’eux-mêmes, et d’adopter la gentillesse comme philosophie.

Gentil : l’adjectif vient du latin gentilis = propre à la famille, qui est du même nom.
Mot dérivé de l’adjectif  » gent, gente  » = noble, bien né.

Le gentilhomme et la gente dame sont des âmes bien nées, mais on constate en compulsant le dictionnaire que le vocabulaire n’est pas très gentil envers la gente féminine …
La  » gentillefemme  » n’existe pas, pas plus que son élégante maison de campagne, alors que la gentilhommière fait les honneurs des belles revues de décoration !
Nous, gentes dames, rêvons pourtant de bichonner notre petite gentillefemmière !

Emmanuel Jaffelin nous rappelle que les  » gentils  » étaient les païens non convertis au christianisme, et récemment le mot fut remis en notre mémoire avec  » le parvis des gentils  » , journées de dialogue entre croyants et non-croyants.

Jules Renard a dit :

    La gentillesse est le courage qui sourit.

La gentillesse n’est pas faiblesse, elle exige une force d’arrachement à soi, une force d’âme qui n’est autre que le courage, et le mot courage vient du mot coeur ( revoir ici ).

    David II Teniers, Les oeuvres de miséricorde, Louvre, notice.

Mots @ 4:55 , novembre 13, 2011

La vie digitale

      J.B. Greuze, Tête de garçon, vers 1782, Wallace Collection Londres, notice

Une phrase dans un spot publicitaire télévisé m’a étonnée, sans pourtant me marquer, je ne sais plus quel produit est vanté, un téléphone ou une connexion à internet peut-être, cette phrase dit :
 » votre vie digitale change « 

Ha, notre vie se fait digitale !

En réfléchissant, on s’aperçoit en songeant à Michel-Ange que la vie humaine a commencé de manière digitale :

Auparavant nous prenions notre vie en main, ou nous la remettions entre les mains de quelqu’un, puis, nous avons tant méprisé les esprits manuels, nous externalisons tant nos fonctions, que maintenant notre vie réside à fleur de main, à la surface des doigts !

    Lubin Baugin, Vierge à l’Enfant avec Saint Jean-Baptiste, mba Rennes, page du musée

Le meilleur de la vie digitale n’est-il pas la caresse ?

La vie digitale laisse des choix, par exemple :

La pronation :

    Raphaël, Autoportrait avec un ami, musée du Louvre, notice

La supination :

On s’amuse avec ce langage qui change avec la vie !
À propos, certaines nouvelles expressions me troublent ou me dérangent …
Qu’est-ce qui se passe, ou qu’est-ce qu’il se passe ?
J’ai toujours lu et entendu la question sous cette forme :

    « Qu’est-ce qui se passe ? »

Depuis quelque temps, on entend :

     » Qu’est-ce qu’il se passe ?  »

Pourquoi cette transformation ? On ne sait plus comment dire !
Le plus simple est de demander :  » que se passe-t-il ?  »

Mots @ 4:37 , septembre 12, 2011
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