Du côté de chez Grillon du foyer

Pfingsten, Pinksteren, Pentecost, Pentecoste, Pentecôte …

Dans le titre de cet article se présente le nom de la Pentecôte en certaines langues parmi tant d’autres.
Dans ma jeunesse je pensais, et pensais mal bien sûr, que la Pentecôte, venant après l’Ascension, désignait la pente ascendante du chemin qu’empruntait Jésus pour monter au ciel, et cette côte jusqu’au plus haut des cieux me paraissait en effet fort pentue.

Tout le monde n’est pas aussi ignorant que je pouvais l’être et sait d’où vient ce mot  » Pentecôte  » , mais au cas où on aurait oublié son origine, je la rappelle.
Pentecôte vient de l’expression grecque  » pentekoste hemera  » , c’est à dire cinquantième jour .
L’évènement de la Pentecôte survint le cinquantième jour après Pâques.

Pentecôte = cinquantième
En réalité, j’ai déjà blogué il y a quelques années au sujet de la signification de ce mot, mais je ne m’étais pas tournée vers les langues étrangères. C’est pourtant le moment !

Que s’est-il passé à la Pentecôte ? Les disciples de Jésus s’étaient réunis après sa mort dans une pièce fermée, et tout à coup ils ressentirent un grand coup de vent, des langues de feu apparurent et se posèrent sur chacun d’eux. Ils reçurent ainsi l’Esprit saint et purent parler plusieurs langues. Grâce à ce don, ils s’en allèrent porter la bonne parole dans les pays étrangers.

En allemand, Pentecôte se dit dit Pfingsten, qui est dérivé du mot fünfzigsten = cinquantième ( aussi imprononçable pour un francophone ! ), comme le néerlandais Pinksteren vient de vijftigste = cinquantième ( le son  » ig  » se prononce  » er  » ) . En Angleterre, la Pentecôte se dit Pentecost ou Whitsun, ce dernier mot ayant une autre origine à lire ici.
Les flammèches linguistiques du saint Esprit nous feraient presque dire que l’étymologie est un art pyrotechnique !

Dans ce grand et lumineux tableau de Restout, on admirera la place supérieure accordée aux femmes, les hommes se trouvant un étage sous elles. Au centre se tient la Vierge en gloire. A l’origine, c’est Saint Pierre, le bâtisseur de l’Eglise, qui se trouvait au centre de l’assemblée, et peu à peu la Vierge a pris sa place car son culte s’est fortement amplifié.

La Pentecôte n’est donc pas, comme ma tête de linotte l’imaginait, une pente montante, mais la descente du Saint-Esprit !

Mots @ 4:15 , mai 27, 2012

Intérieur intime

Quand on se trouve sur le seuil d’une porte, l’intérieur est plus en dedans de la pièce que là où on est. Ah bon … vraiment ?

Intérieur vient de l’adjectif comparatif latin interior qui veut dire  » plus en dedans que  » . L’intérieur se trouve donc en comparaison avec un autre espace. C’est un espace compris entre des limites avec d’autres choses.

Après le comparatif vient le superlatif. Le plus en dedans, le plus intérieur, c’est en latin l’adjectif superlatif intimus qui a donné en français intime.
L’intime est plus intérieur que l’intérieur, c’est la partie la plus profonde.

Pour illustrer ces étymologies que je trouve intéressantes, je propose ce tableau de Samuel van Hoogstraten.
Je l’ai souvent évoqué ici, c’est l’un de mes tableaux préférés du Louvre.
Le site du musée du Louvre a restructuré son intérieur et donne maintenant une image bien meilleure de cette oeuvre ainsi qu’un commentaire très instructif.

Le tableau nous fait entrer dans l’intérieur d’une maison et, par son interprétation qui progresse au coeur de l’oeuvre, nous découvrons – du moins nous supposons – la vie intime de la maîtresse de cette maison.

Cette femme mène apparemment une vie légère, on le dit mais cela ne nous regarde pas !
Ce qui est intime peut se voir mais ne nous concerne pas. On peut lire dans Le Robert que le mot intime à partir du XVIIIème siècle désigne ce qui est étroitement lié à une chose ou à une personne par ce qu’il y a de plus profond.

L’intime crée un lien, établit un ensemble de liens avec des choses ou des êtres.
Ami intime, relation intime, repas intime, journal intime … on a une connexion particulière, approfondie, avec une ou des personnes, des choses, et ce lien dépend de l’autre, de son regard si c’est quelqu’un, en créant un monde dans un autre monde. Et c’est paradoxal, ce lien intime nous projette donc hors de nous-même vers l’autre alors que l’intime réside dans ce qu’on a au fond de soi.

La série  » Philosophie  » animée par Raphaël Enthoven sur la chaîne ARTE a développé ce thème de l’intime, je ne fais que livrer les quelques bribes que j’en ai retenues, le sujet me semble passionnant. A écouter dans son canapé avec ses pantoufles !

S’il y a très souvent des portes ouvertes dans les scènes d’intérieur en peinture, c’est que l’intime ouvre sur un autre monde !

Ce tableau de Samuel van Hoogstraten fut attribué dans le passé à Vermeer ou à Pieter de Hooch.
Pieter de Hooch a développé le thème de la vie domestique, la vie intérieure.
Vermeer est allé plus loin, a illustré la vie intime de ses personnages, nous faisant pénétrer dans les rêveries de telle servante endormie, dans les secrets de telle dame rédigeant une lettre, dans les pensées de telle laitière, dentellière, toutes agissant dans une sphère plus profonde que le monde alentour.
Vermeer superlatif de Hooch ? !

Après la vie légère suggérée dans le tableau ci-dessus, voici, dans son intérieur, une maîtresse de maison irréprochable dans celui-ci, l’action de peler des pommes étant le symbole de la parfaite épouse :

Mots,portes @ 7:48 , mai 15, 2012

Noire ou bleue, la mélancolie

Etat d’âme ou maladie du corps, la mélancolie ?
La mélancolie était au moyen-âge, selon les théories de la médecine, une bile noire dont l’excès provoquait une humeur triste.
Mélancolie : du grec melagkholia = bile noire.
On trouve le même sens dans la version latine du mot, l’atrabile, qui est la mauvaise humeur, vient du latin  » atra bila  » qui veut dire  » bile noire  » .
En français, l’humeur ( dans son sens physiologique ) noire a donné l’expression se faire un sang d’encre .
La noirceur du sang ou de la bile gagnait les idées.

Rien de nouveau dans ces étymologies, on les connaît bien. De même on connaît l’origine du mot nostalgie, du grec nostos et algos qui veulent dire retour et souffrance, mal.
La nostalgie est le mal du retour. Du retour au pays, et en allemand on appelle ce « mal du pays » : Heimweh , qui est tout simplement une traduction mot à mot.

C’est en regardant l’émission de philosophie produite par la chaîne de télévision ARTE et animée par Raphaël Enthoven, que j’ai appris, dans la rubrique intitulée  » Nostalgie  » , quand et comment est apparu ce dernier mot.

Le mot nostalgie, ou nostalgia, fut créé par un médecin suisse, M. Hofer, en 1678. Il avait observé les soldats, partis en guerre loin de leur village et malades de ce qu’on appelait le Heimweh, le mal du pays. Ces soldats se languissaient du retour chez eux et tombaient malades, quand ils n’étaient pas physiquement blessés.

En Allemagne à la fin du XVIIIème siècle naquit le romantisme et la nostalgie prit un essor considérable aux alentours de 1800 à cause des guerres napoléoniennes. C’est à cause de Napoléon que les médecins militaires durent faire face à ce mal dévastateur, la nostalgie, le regret du pays natal.

La nostalgie se mua dans la littérature et l’art de cette époque en mélancolie, une tristesse qui n’est plus seulement pénible mais devient voluptueuse.
Victor Hugo a dit que la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste.

C’est ainsi très surprenant, c’est du domaine militaire et médical, donc très pragmatique et rigoureux, que vient cette notion on ne peut plus floue et romantique que celle de mélancolie.

Mais quelle couleur peut prendre la mélancolie ?
J’illustre mon article avec des ancolies, les philosophes n’apprécieraient sans doute pas mon association d’idées, ou mon jeu dans les mots, mais cette charmante fleur romantique et sauvage, qui peut être rose, bleue, jaune, pourpre ou presque noire, passe par l’arc-en-ciel des idées.

En français les idées sombres sont noires, mais en anglais elles sont bleues.
To be blue c’est avoir des idées noires. C’est d’ailleurs ce que dit la petite phrase de la bannière de Grillon du Foyer, je traduis, soyez comme « l’oiseau bleu -mésange ? je ne sais pas quel oiseau en français- qui n’a jamais d’idées noires parce qu’il sait ce que chanter peut faire.
Mais le  » blues  » est la mélancolie chantée …

Ancolies semées par le vent, vagabondant dans le jardin, elles sont la surprise du printemps. Bleues, rouges ou noires, elles font voir la vie en rose !

Le mystère métaphorique et métamorphique

Bleu, le jardin est tout bleu en ce début ensoleillé de mai. Aussitôt après mon petit-déjeuner, je suis allée me promener dans les frondaisons d’azur, et mes pieds se sont trempés de rosée.
J’ai une voie d’eau dans ma chaussure, comme on dit en pays maritime !
La froide humidité de mes orteils m’a fait penser à ce livre, bleu aussi, paru en mars dernier :

    Le livre des métaphores , de Marc Fumaroli, éditions Bouquins, Robert Laffont

C’est en quelque sorte un dictionnaire des métaphores.
D’où vient telle expression, que veut-elle dire au juste, c’est le mystère parfois.
Marc Fumaroli explique l’origine et le sens de toutes les expressions métaphoriques françaises, et il donne un passage de littérature pour exemple.
Proust est souvent cité, en effet, il usait de la métaphore avec un art fabuleux de l’image, tantôt de façon hilarante, tantôt de façon très poétique.

Mes pompes, ce matin, étaient bien mouillées, et j’ai cherché le mot pompe dans mon bouquin.
Pourquoi les chaussures s’appellent-elles des pompes ?

      Wim van Hooff, Chaussures volées, 1944-45, aquarelle, Rijksmuseum Amsterdam, notice

Je pensais que ce mot avait un rapport avec la pompe dans le sens de cérémonie, mais pas du tout, on apprend dans le livre de Marc Fumaroli que l’expression vient de son autre sens, l’appareil à extraire un fluide.

Quel lien entre la pompe à eau et la chaussure ?

La réponse est dans la semelle !
Autrefois les pompes mécaniques étaient munies de joints en cuir, un cuir épais et solide, qui servait aussi à la fabrication des semelles de chaussures. Il s’agissait des chaussures de modeste apparence mais robustes, leurs semelles étaient  » en cuir de pompe « .

Quand on a couru à toutes pompes, on est pompé !

    Pieter De Hooch, Une femme et sa servante dans une cour, vers 1660, NG Londres, page du musée

jardin,Mots @ 2:28 , mai 2, 2012

Le muguet, fleur de torture

Premier mai, fête du travail ou fête de Saint Joseph selon les uns et les autres, et comme ce jour n’est pas ouvré en France, prenons le temps de fouiller dans le dictionnaire.
Les dictionnaires nous apprennent des foules de choses !

Autrefois, au moyen-âge, on n’utilisait pas le verbe travailler pour exprimer le fait de se mettre à l’ouvrage, on employait le verbe ouvrer , issu du latin operare . L’usage de ce verbe a disparu au XVIIème au profit de  » travailler  » .
Il n’est resté dans notre langage que son participe passé ouvré et on emploie ses dérivés : ouvrier, ouvrage, oeuvre, ouvreur.

Quant au verbe « travailler » , il vient du latin populaire « tripaliare » issu lui-même du mot trepalium qui désignait un instrument de torture.
:eek:
Au moyen-âge, le verbe travailler voulait donc dire  » torturer, faire souffrir  » .
Il concernait les personnes condamnées que l’on torture, ainsi que les femmes plongées dans les douleurs de l’accouchement. On appelle encore aujourd’hui le déroulement de l’accouchement le travail. Le travail désignait aussi l’agonie d’un mourant.
:shock:
Au XVIIème siècle ces emplois ont disparu mais travailler sur quelqu’un voulait encore dire le molester, le battre. Ce sens nous est resté quand on dit qu’une chose nous travaille au foie, cela nous porte un coup.
Enfin de nos jours, le travail n’est plus une torture, mais la santé, dit-on !
:-D

Pour faire passer en riant la sombre origine du verbe travailler, regardons Fernandel :


Supplice de la chèvre – Fernandel – François 1er par RenovatioInc

Cinéma&personnalités,Mots @ 7:16 , mai 1, 2012

Différence et indifférence

      Renoir, La promenade, 1875-76, Frick Collection New York, page du musée

Le passionnant livre de Dominique Bona,  » Deux soeurs  » , m’a incitée à rechercher les portraits de soeurs peints par Renoir. Outre les portraits des demoiselles Lerolle au piano, dont il existe plusieurs versions, Renoir a souvent peint des fratries, et particulièrement des soeurs. Ses clients aisés lui commandaient des portraits de famille, et il n’était pas facilement satisfait de son travail, devant reprendre maintes fois les visages pour les rendre ressemblants aux modèles.

Pas facile en effet de peindre deux soeurs qui se ressemblent parce qu’elles sont soeurs, mais dont les différences marquent l’identité de chacune.
On a cette impression fréquente et malheureuse que les soeurs sont jumelles, or ce n’est pas le cas.

Ressemblance mais différence, telle est la question !

    Renoir, Les filles de Catulle-Mendès, 1888, Met New York, page du musée

Les visages féminins de Renoir se ressemblent un peu tous, sont peu différenciés, comme si le peintre captait en eux toujours la même douceur de l’expression, la même finesse du grain de peau, la même lumière nacrée. Le commanditaire aurait peut-être préféré un peu plus de différence dans les traits de ses enfants.

Ce qui fait le caractère de chaque être, c’est sa différence, alors même que nous cherchons en permanence à nous imiter les uns les autres et que nous accordons souvent à la différence une triste notion péjorative.

      Renoir, Les demoiselles Cahen d’Anvers, 1881, Musée d’art de Sao Paulo, notice

Renoir éprouvait de telles difficultés dans les portraits d’enfants qu’il avait écrit à J.E. Blanche :

    Si je reprends la tête demain, je suis foutu ! Mais c’est un portrait, il faut que la maman reconnaisse sa fille.

Ce portrait des petites soeurs Elizabeth et Alice Cahen d’Anvers n’a pas plu aux parents et le tableau fut relégué à l’étage des domestiques.
C’est précisément pour une « différence » que la plus grande des soeurs, en bleu, Elizabeth, connut plus tard une fin tragique dans le camp d’Auschwitz.
Les petites soeurs trouvèrent une consolation dans les longs temps de pause indifférente devant le peintre, le fait de porter une jolie robe en dentelle.

    Renoir, Madame Georges Charpentier et ses enfants, 1878, Met New York, page du musée

Dans le portrait ci-dessus, les deux enfants ne sont pas des soeurs malgré les apparences. Il s’agit de Paul, assis près de sa maman, et de Georgette, assise sur le chien. A l’époque on gommait les différences entre une petite fille et un petit garçon, on les habillait de la même manière, avec une robe. La parité existait bien avant l’âge de sept ans !

Je me pose cette question de vocabulaire, la différence est-elle le contraire de l’indifférence ?
Grammaticalement, cela se pourrait.

L’adjectif indifférent signifia d’abord  » sans distinction, sans différence  » et s’adressait aux personnes et aux objets, puis au XVIIème siècle il ne concerna plus que les personnes et voulut dire  » qui n’intéresse pas  » et particulièrement  » qui n’inspire pas de sentiment amoureux « . On pense au tableau de Watteau .

Aujourd’hui, l’indifférence est l’état d’une personne qui n’éprouve ni crainte, ni douleur, ni désir, ni plaisir.

    Renoir, Les enfants de Martial Caillebotte, 1895, collection particulière

Le contraire de l’indifférence, dit Le Robert, c’est :
Ardeur, chaleur, enthousiasme, ferveur, fièvre, flamme, intérêt, passion, sensibilité, zèle ;
Ambition, anxiété, avidité, besoin, convoitise, désir, émulation, fanatisme, souci ;
Affection, amour, apitoiement, attachement, attendrissement, commisération, compassion, complicité, contrition, dévotion, dévouement, émotion, empressement, engouement, enivrement, sentiment, sollicitude, tendresse.

Le contraire de la différence, dit Le Robert, c’est :
Accord, analogie, conformité, égalité, identité, parité, ressemblance, similitude.

Eh bien, tous ces mots plongent dans la perplexité !
Ce qui ferait la différence entre l’indifférence et la différence, c’est que l’une est un sentiment, l’autre pas.
Allez, je m’arrête là et retourne sur mon escabeau !

    Renoir, La lecture, musée du Louvre, notice

Ces deux jeunes filles sont-elles des soeurs ?

Mots @ 4:24 , avril 26, 2012

Depuis que le monde est monde

C’est une chose étrange à la fin que le mot monde.
 » Monde  » vient de l’adjectif latin  » mundus  » qui veut dire  » net, propre, ordonné, élégant « . Le nom commun latin  » mundus  » désigne le monde, l’univers, la terre habitée, et  » mundus  » possède le même double sens que le mot grec  » kosmos  » qui indique à la fois le bon ordre, l’élégance et l’univers .

    Jan Vermeer, Jeune femme au collier de perles, vers 1662-65, Gemäldegalerie Berlin

Ayant pris connaissance de cette origine du mot, on se rend compte que, oui bien sûr, ce qui est immonde est sale et chaotique, à l’opposé du propre et ordonné. Et l’on constate qu’en effet les produits cosmétiques relèvent du monde propre, une partie élégante de notre monde ici-bas, de notre cosmos.
Et d’ailleurs, pour apparaître dans le monde, les femmes se font belles ( les hommes aussi ! ), se lavent, se coiffent, et se maquillent et se parent, mettent de l’ordre dans leur apparence et usent de cosmétiques.

Entre le balai et le globe terrestre, il n’y a qu’un mot, et Vermeer, chez qui tout n’est qu’ordre et beauté, l’a bien compris !

L’idée de propreté reste dans les verbes monder, émonder, qui veulent dire « nettoyer, débarrasser des impuretés « . L’immonde, qui est l’opposé de l’ordre et de la propreté, ne se montre pas au monde, c’est sa face cachée, son envers indigne.

Entre les belles toilettes de la femme du monde et le balai de la femme de ménage il n’y a qu’un mot aussi qui les réunit !

Ainsi va le monde !

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      Jan Vermeer, La lettre d’amour, vers 1669-70, Rijksmuseum Amsterdam, notice

Mots @ 6:15 , avril 25, 2012

Une poule endormie sur ses oeufs

    Emille Gallé, poncif, musée d’Orsay, notice

La poule aux oeufs dort ;-) .

Il devait être magnifique, ce service de vaisselle au décor fermier !

Il ne suffit pas de s’endormir sur ses oeufs, il faut couver utilement et le fermier aide la poule à faire le tri dans sa ponte. Les oeufs sont mirés, pour savoir s’ils sont fécondés ou pas. Le tableau ci-dessous montre comment faire.

    Pehr Hilleström l’Ancien, Mirage des oeufs Intérieur de cuisine, Nationalmuseum Stockholm, notice

Le verbe mirer est ancien, d’un usage plutôt littéraire, il voulait dire regarder avec une attention particulière. Il n’y a plus que les oeufs que l’on mire ainsi avec attention aujourd’hui.

En revanche les mirettes relèvent du langage familier, le mot est charmant pour désigner les prunelles qu’on remplit de choses miraculeuses en s’émerveillant !

Et l’oeuf miroir sur une crêpe de blé noir, miam :-) !

Mots,oeufs @ 3:51 , avril 5, 2012

Des astres, des espoirs, des enchantements

      Ruines du coeur

      Mon coeur était jadis comme un palais romain,
      Tout construit de granits choisis, de marbres rares.
      Bientôt les passions, comme un flot de barbares,
      L’envahirent, la hache ou la torche à la main.

      Ce fut une ruine alors. Nul bruit humain.
      Vipères et hiboux. Terrains de fleurs avares.
      Partout gisaient, brisés, porphyres et carrares ;
      Et les ronces avaient effacé le chemin.

      Je suis resté longtemps, seul, devant mon désastre.
      Des midis sans soleil, des minuits sans un astre,
      Passèrent, et j’ai, là, vécu d’horribles jours ;

      Mais tu parus enfin, blanche dans la lumière,
      Et, bravement, afin de loger nos amours,
      Des débris du palais j’ai bâti ma chaumière.

    François Coppée (1842-1908) , recueil L’arrière-saison

Ce poème de Coppée met en lumière la racine du mot désastre, le mot vient de l’italien  » disastro  » signifiant  » le mauvais astre  » et par conséquent l’évènement funeste.
Le mot italien  » disastrato  » désigne en astrologie celui qui est né sous une mauvaise étoile.
En français le mot pour désigner celui qui est né sous une mauvaise étoile était malotru, qui viendrait du latin  » male astrucus  » =  » né sous une mauvaise étoile « .
Aujourd’hui, le malotru désigne plus précisément une personne grossière, mal élevée, et en tous cas mal placée sous les astres, car mal lunée !

Pour illustrer le poème, le peintre norvégien Johan Christian Dahl ( 1788-1857 ) m’a semblé le bienvenu pour ses ciels étoilés, ses nuages tourmentés et ses lunes mélancoliques.
Il représente l’âge d’or de la peinture norvégienne et fut l’un des fondateurs du musée national des beaux arts d’Oslo.
Il voyagea en Europe et devint l’ami de Caspar David Friedrich à Dresde, ce qui n’étonne pas, on retrouve chez les deux peintres les mêmes clairs de lune.

C’est le printemps aujourd’hui, puisse-t-il être placé sous une bonne étoile, car cette fin d’hiver fut marquée hélas par de bien noirs évènements.

Tableaux de Johan Christian Dahl :
- Etude de nuage et paysage au clair de lune, 1822, MFA San Francisco , notice

- Matin après une nuit de tempête, 1819, Neue Pinakothek Munich, notice

- Paysage, 1842, Nasjonalmuseet Oslo, notice ( clic 1 )

- Le port de Copenhague au clair de lune, Kunsthalle Kiel, notice

- Vue de Vaekero, 1827, NG Washington, notice

- Clair de lune, musée municipal de Zwickau, notice

- Paysage norvégien avec un arc-en-ciel, 1848, SMK Copenhaguenotice

- Etude de nuages au dessus de la tour du château de Dresde, vers 1825, NG Berlin

L’alphabet du bonheur

Ce dictionnaire fut d’abord intitulé  » Dictionnaire amoureux des menus plaisirs  » lors de sa parution en 2005.
Trop menus, ces plaisirs, connotation péjorative ? Allez savoir, le livre n’a pas eu le succès mérité.
Moi-même à l’époque ne l’avais pas remarqué. Il revient aujourd’hui ( paru en novembre 2011 ) sous le mot plus prometteur de  » bonheur  » .

Et ce dictionnaire amoureux d’Alain Schifres ( éditions Plon ) est un bonheur.

    Joseph R. Decamp, La couturière, 1916, Corcoran Gallery Washington, notice

L’auteur commente, dans l’ordre alphabétique qu’impose tout dictionnaire, tout ce qui lui procure du bonheur.
On s’amuse instinctivement à entrecroiser les sources de bonheur de l’écrivain et les siennes propres, concordance, opposition, les goûts varient, font sourire, font plaisir.

Pour la lettre A, Alain Schifres a noté abats, aiguilles, ail, alphabet, anchois, asperge, aube.

J’ai le mot aiguille en commun avec lui !

J’aime coudre, broder, tricoter, j’aime les travaux d’aiguilles.
On s’en doute, ce ne sont pas les aiguilles à coudre ou tricoter qui passionnent l’auteur de ce dictionnaire.

Dans un bonheur nostalgique il aime les aiguilles du réveil-matin.
Les horloges aujourd’hui annoncent l’heure avec des chiffres, et A. Schifres les déplore !
Il pense que  » 9H40  » alarme moins que les dix heures moins vingt indiquées par les aiguilles. Il a raison, si on a rendez-vous à dix heures et qu’on voit toujours afficher un 9 sur la pendule, on se dit qu’on a encore le temps, mais si on prononce tout haut en voyant les aiguilles  » zut, déjà dix heures moins vingt …  »

Les aiguilles constituent le petit bonheur des doigts. J’ai toujours un ouvrage en cours, comme un livre en cours, toujours l’étroit parallèle entre texte et textile.
Ma petite-fille en profite bien !

Pour la lettre B, j’indiquerais les boutons.

J’aime les beaux boutons, quand j’étais enfant, mon plaisir était sensuel de plonger mes mains dans la boîte à boutons de ma grand-mère et de les observer, classer, réinventer.

Et si l’on jouait à cet alphabet des plaisirs ?

Restons à la lettre A.

Le bonheur en A selon Grillon ?

Abbaye : j’aime la beauté de l’architecture, le silence, la sérénité qui en émane, la boutique où j’achète des produits fabriqués par les moines et les moniales, ils ont toujours un petit plus envoûtant. J’y trouve un bonheur simple et rassérénant.

ADSL : sans ce haut débit le bonheur de bloguer serait bien diminué !

Agneau : sa laine en pelote surtout ! Le petit animal est adorable et le plus paradoxal est que je l’aime aussi en gigot fondant à la cuiller, confit par de longues heures de cuisson !

Ancolie : cette fleur sauvage et merveilleusement gracieuse vient pousser dans le jardin d’une manière inattendue et primesautière qui me procure un délicieux bonheur.

Ange : quelle belle image, bonheur des yeux, du coeur !

Avent : ma période de l’année préférée, un vrai mois de bonheur.

Arbre : on ne respecte pas assez cette plante qui nous regarde vivre comme des fous au fil des siècles. Son ombre est pour moi le bonheur estival.

Apogée : j’aime bien les mots contenant le préfixe grec  » apo  » , et ce mot apogée est épatant et me plaît beaucoup car il mêle une réalité physique à une notion spirituelle ou intellectuelle.

En grec, ce mot veut dire éloigné de la terre ( apo – gée ), et il désigne dans un premier sens le point où l’astre tournant autour de la terre s’en trouve le plus éloigné.
Par conséquent l’apogée désigne le point le plus haut , le zénith, et au figuré il représente le sommet, le comble, l’apothéose, en somme le bonheur total pour celui qui l’atteint :-) !

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