Du côté de chez Grillon du foyer

Pas un jour sans une ligne

Les lignes harmonieuses des bateaux m’ont toujours fascinée. Pas étonnant que le mot bateau soit féminin en anglais, il contient de si belles courbes féminines. La navigation n’est pas ma tasse de thé, j’ai subi des cours de voile dans mon adolescence comme une atroce punition, mais plus tard j’ai beaucoup aimé, les pieds au sec sur la terre ferme, dessiner et peindre des voiliers, des barques, des chalutiers.

De nos jours encore, sans doute dirigées par les lois intangibles de l’architecture navale, les lignes des bateaux restent pures et belles, comme tracées par une plume trempée dans la mer et guidée par un zéphyr marin.
Depuis que je blogue et que les enfants ne vont plus à la plage, je ne dessine plus, photographie cependant ces silhouettes maritimes.

Autrefois j’emportais toujours un carnet de croquis à la plage. J’en ai retrouvé un, ce n’est pas le meilleur, je ne sais plus où j’ai rangé les autres, et j’ose montrer ces graffitis qui me rappellent des après-midis d’été sur le sable ou au bord d’un quai avec les enfants.

Ces dessins sont tout ce qui me reste de tableaux que j’ai peints (et vendus), car c’étaient quelques  » études préparatoires « , la formule est bien pompeuse pour le peintre du dimanche que je fus !

Ainsi, chaque été, pas un jour sans une ligne ! Nulla dies sine linea, cet adage gréco-romain a été repris par les écrivains, mais la ligne était à l’origine celle du peintre grec Apelle, qui vécut au IVème siècle av. J.C. et qui dessinait tous les jours. Cet artiste était aussi célèbre pour ses réparties et ses bons mots, pas un jour sans un trait … d’esprit !

Sur la plage, je croquais aussi mes voisins de serviettes !

Je devrais reprendre cette habitude du crayon en retournant à la plage avec mes petits-enfants,

en espérant pouvoir dire  » plus un jour sans une ligne ! »

été,grillon,Mots @ 3:44 , août 20, 2012

Pendule, fil et dé à coudre

    David Artz, A l’orphelinat de Katwijk-Binnen, vers 1870-1890, Rijksmuseum Amsterdam, notice

Le mot pendule se balance entre masculin et féminin. Question de fun ! ;-)

Pendule est l’aphérèse de funependule ( -> dictionnaire historique de la langue française et TLFI ). Il vient du latin funependulum = suspendu à un fil.
On a coupé le cordon, « funis » veut dire corde, câble, « pendere » veut dire pendre.
On retrouve ce fil dans les mots funiculaire et funambule.

Pourquoi le pendule, au masculin, a-t-il donné naissance à la pendule, au féminin ?
C’est encore une question d’abréviation. On utilisait l’expression horloge à pendule pour désigner une petite horloge fonctionnant avec un pendule, et puis le temps mesuré grâce à lui a finalement raccourci la formule, on a gardé le mot pendule et le féminin de l’horloge.

De la même façon on dit parfois la Noël car on a laissé tomber le mot fête.

Toutes ces aphérèses sont une hérésie !

L’hérésie veut dire choix en grec, c’est devenu un choix contraire aux dogmes, et le préfixe apo désigne l’action de séparer, l’aphérèse est le choix de couper la tête d’un mot. Ainsi bus pour omnibus, las pour hélas, ou bien blem’ pour problème.

Le beau tableau de David Artz, un peintre de l’école de La Haye, ville où il est né en 1837 et mourut en 1908, montre des jeunes filles très affairées dans leur couture.
S’appelaient-elles Toinette, Fanny, Betty, ou Céline, aphérèses de Antoinette, Stéphanie, Elizabeth, Marceline :-) ? Elles ajoutent un nouveau dé à ma collection !

Ce dé met un point final à mon sujet de l’horlogerie, que je n’ai pourtant pas épuisé, loin de là, mais le tic-tac me paraît monotone. Je suis si heureuse d’avoir trouvé un dé grâce à une pendule, que je propose l’aphérèse la plus célèbre de la chanson française : Y a d’la joie, ce titre supprimant la tête de la phrase, « il ».

Bon week-end :-D !

Vertige de la verticale

En me promenant avec monsieur de Charlus ce matin au bord de l’anse, je fus frappée par la verticalité des lignes qui nous entourent. La mer se distingue par l’implacable horizontalité de sa ligne bleue, tandis que les bateaux hachurent le paysage dans l’autre sens, parfois jusqu’à outrance ( même si on ne sait pas où c’est, Outrance !).

Il fait beau, le soleil monte haut dans le ciel, parvient à son zénith sans nuages, nous frappe la tête en plein vertex. On aurait envie de s’allonger en parallèle à l’horizon, sous le soleil exactement, pas à côté, juste en dessous !
À sa verticale !

Le vertex, je ne savais pas ce que c’était, un bout de cervelle peut-être, j’ai regardé dans le dictionnaire, ça concerne en effet la tête, mais c’est le point le plus élevé de la ligne médiane du crâne.

Le vertex est aussi le point de latitude maximale atteint par une ligne géodésique d’une surface de révolution.

Cette dernière définition me dépasse, elle me fait simplement penser à ce jeu composé de roues dentelées, qu’on fixait avec des épingles sur une feuille de papier, et qu’on faisait tourner avec la pointe d’un stylo bille. On obtenait un dessin du genre de l’écran de l’Eurovision à la télévision des années soixante, et ce jeu s’appelait, je crois, un spirographe.

Ce jeu de dessin au stylo bille était délicat, il y avait des points critiques, justement des points de vertex, où le stylo atteignait un sommet puis redescendait brutalement et le risque était grand de déraper, de raturer.
Le dessin obtenu avait une forme verticillée, une forme de fleur dont les pétales se disposaient en anneau vertical par rapport au cercle central, comme une marguerite.

On le devine, le point commun entre le vertex, la verticalité, le verticille et le vertige, c’est la révolution, l’action de tourner, le tournis. En effet, ces mots sont issus du verbe latin vertere qui veut dire tourner.

La magie du reflet aquatique allonge les verticales et donne un peu le vertige. La longueur des mâts dédoublés fascine. Dans cette anse qui assèche à marée basse, l’eau n’est pas du tout profonde, mais le bateau paraît la traverser infiniment.

J’aime ces décalcomanies naturelles et cette lisière fragile entre l’image et son reflet, entre horizon et vertige.

été,Mots @ 6:06 , juillet 23, 2012

Qu’elle est belle ma Bretagne quand elle pleut

Les Romains disaient : caelum pluit , le ciel pleut, du verbe pluere, pleuvoir. En français la forme verbale est impersonnelle, on dit il pleut, et non pas elle pleut.

Ce matin il faisait beau, nous y avions cru, à l’arrivée de l’été. Et puis non, fausse alerte, ce soir il pleut !

Il faut prendre la pluie avec philosophie et aimer « ce phénomène banal du climat breton » comme dit le commentaire du musée d’Orsay.
Cette pluie bretonne a donné de beaux tableaux, et une bien belle chanson, dont j’aime le titre :

Cette version de Jean-Michel Caradec est l’original de la chanson, et Nolwenn Leroy l’a reprise, de bien jolie façon.
J.M. Caradec naquit à Morlaix et mourut en région parisienne, alors que Paul Sérusier naquit à Paris et mourut à Morlaix.

Plic, ploc, plouf, la pluie …
et si, bien à l’abri dans la maison, nous cherchions ce mot dans le dictionnaire !
J’aime bien fouiller dans les dictionnaires quand il pleut.

Quelle surprise, la pluie est une richesse !
La Bretagne, où règne la pluie selon certaines mauvaises langues, bénéficierait d’une sorte de ploutocratie. En effet, les mots pluie et ploutocratie sont de la même racine grecque : plein.
Ploutos, qui en grec veut dire « richesse, abondance de biens », vient du radical plein = flotter, couler, inonder, répandre, et naviguer.

Imaginons la pluie mate changée en grêle de pièces d’or le temps d’un grain, faisant briller une averse de sourires sur les visages sombres et résignés !

Bonne pluie, vilaine pluie, il faut se dire  » qu’elle m’a plu la Bretagne quand elle a plu ! » :-)

Mots,musique @ 10:57 , juillet 18, 2012

Lisières

Il y a un mois, un mot mélodieux guida mes lectures, au singulier dans un titre, au pluriel dans un autre, féminin toujours.

J’ai lu et commenté À la lisière de François Poirié sur cette page, et voici Lisières de Marianne Desroziers ( éditions Les penchants du roseau ).
Ce petit livre est un recueil de nouvelles écrites par Marianne qui tient un blogue littéraire à découvrir ici.

Ces petites histoires sensibles, originales, se situent à la lisière du réel, au bord du fantastique, en marge des souvenirs, dans le creux vague et fragile d’un certain malêtre des personnages encore jeunes, ne sachant franchir le fossé qui sépare de la maturité.
Ce n’est ni mon rôle, ni ma place ici de me permettre une critique, c’est délicat face à un jeune auteur qui se lance avec courage dans la publication de ses récits. Je dirai simplement que le style m’a un peu déçue, demanderait à être plus travaillé, mais je sais que je suis excessivement exigeante, trop contemplative, plus facilement fascinée par une forme surprenante d’écriture que par un contenu original.
Bref, j’adresse mes plus vifs encouragements à Marianne !

J’ai photographié le livre de Marianne Desroziers avec mon tricot du moment, car le mot lisière fait partie du langage des tricoteuses ! C’est le bord du tricot qui, normalement, doit être soigné pour un bon assemblage des pièces, et il faut parfois prévoir  » une maille lisière « .

Quelle est l’origine du mot lisière ? Incertaine dit Le Robert.
Le mot viendrait du francisque lisa = ornière, même famille du mot allemand Gleis ou Geleise = voie, ornière. Dans les gares allemandes, Gleis désigne en effet la voie du train à prendre.
On pense aussi à l’origine du mot latin licium = lisière d’étoffe.
On revient donc à la couture, le mot lisière désigne d’abord le bord d’une étoffe.
Ensuite l’idée de bordure s’applique à d’autres objets, comme un pays, un terrain, une forêt …

      Pieter Paul Rubens, Rubens, sa femme Hélène Fourment et l’un de leurs trois enfants, fin des années 1630, Met New York, notice

Une expression a disparu aujourd’hui :

      Tenir quelqu’un en lisières

par exemple, tenir un enfant en lisières pour lui apprendre à marcher.
Les lisières étaient simplement les bords solides d’un vieux drap ou d’une pièce de tissu qu’on découpait pour les utiliser en ruban. On fabriquait avec ces liens un harnais pour le petit enfant et on le soutenait, le guidait dans sa marche balbutiante.
Tenir une personne en lisières ne se dit plus, l’expression prendrait un sens négatif aujourd’hui malgré le pluriel du mot, parce qu’on voit facilement le mal partout, alors qu’il s’agissait de l’encadrer de rubans pour l’aider à ne pas commettre de faux pas.

C’est ainsi que madame Rubens apprenait la marche à ses enfants. On remarquera le liseré bleu du casque protecteur de la tête du bambin.

littérature,poésie,philosophie,Mots @ 2:53 , juillet 3, 2012

* Le désir vient des étoiles *

    Vincent van Gogh, La nuit étoilée, 1888, musée d’Orsay, page du musée

Une étymologie me sidère aujourd’hui ! Je viens d’apprendre, dans le dictionnaire historique de la langue française, que le mot désir est issu du latin sidus, -eris : astre.

Cela fait considérer ce mot sous un autre angle, à la loupe, ou plutôt au travers du télescope !

« Désirer » vient du verbe latin desiderare : le préfixe de est privatif, et desiderare veut donc dire  » cesser de contempler les étoiles  » , d’où moralement  » constater l’absence de  » avec une forte idée de regret.

Le premier sens du désir était le regret d’une absence, puis il a évolué vers l’idée positive de « chercher à obtenir, souhaiter ». Le désir n’est pas forcément un désastre !

      Vincent van Gogh, Place du Forum, 1888, Kröller-Müller Museum Otterlo, page du musée

J’illustre ce petit sujet avec de la grande peinture, les toiles nocturnes de Vincent van Gogh .
Van Gogh admirait les étoiles qui rendaient la nuit plus colorée que le grand jour. Les nuits étoilées dans la région de Arles, où il séjourna en 1888, le fascinaient, et son désir était puissant de représenter la luminosité des astres dans le ciel d’un bleu profond et mystérieux.

Les étoiles scintillent comme des pierres précieuses, tout ce qui est précieux renforce le désir n’est-ce pas ?!

Dans le tableau du musée d’Orsay, il y a un couple d’amoureux qui se promène calmement au bord du fleuve. Cette image d’un désir tendre me fait penser à un film de Woody Allen où des amoureux dansent sur les berges de la Seine.  » Everyone says I love you  » . Ah, cette scène vous met la tête dans les étoiles :


everyone says i love you par glosscoco

Quand le désir de peindre les étoiles se fait trop fort, il donne une vision hallucinée, qui traduit le malaise de Vincent, mais reste d’une puissance considérable et hypnotique.
Van Gogh et les couleurs de la nuit, tel fut le sujet d’une exposition à New York en 2009, mon désir aurait été grand de la visiter. Mais c’était demander la lune !

    Vincent van Gogh, La nuit étoilée, 1889, MoMA New York, page du musée

Cinéma&personnalités,Mots @ 4:02 , juin 9, 2012

Pfingsten, Pinksteren, Pentecost, Pentecoste, Pentecôte …

Dans le titre de cet article se présente le nom de la Pentecôte en certaines langues parmi tant d’autres.
Dans ma jeunesse je pensais, et pensais mal bien sûr, que la Pentecôte, venant après l’Ascension, désignait la pente ascendante du chemin qu’empruntait Jésus pour monter au ciel, et cette côte jusqu’au plus haut des cieux me paraissait en effet fort pentue.

Tout le monde n’est pas aussi ignorant que je pouvais l’être et sait d’où vient ce mot  » Pentecôte  » , mais au cas où on aurait oublié son origine, je la rappelle.
Pentecôte vient de l’expression grecque  » pentekoste hemera  » , c’est à dire cinquantième jour .
L’évènement de la Pentecôte survint le cinquantième jour après Pâques.

Pentecôte = cinquantième
En réalité, j’ai déjà blogué il y a quelques années au sujet de la signification de ce mot, mais je ne m’étais pas tournée vers les langues étrangères. C’est pourtant le moment !

Que s’est-il passé à la Pentecôte ? Les disciples de Jésus s’étaient réunis après sa mort dans une pièce fermée, et tout à coup ils ressentirent un grand coup de vent, des langues de feu apparurent et se posèrent sur chacun d’eux. Ils reçurent ainsi l’Esprit saint et purent parler plusieurs langues. Grâce à ce don, ils s’en allèrent porter la bonne parole dans les pays étrangers.

En allemand, Pentecôte se dit dit Pfingsten, qui est dérivé du mot fünfzigsten = cinquantième ( aussi imprononçable pour un francophone ! ), comme le néerlandais Pinksteren vient de vijftigste = cinquantième ( le son  » ig  » se prononce  » er  » ) . En Angleterre, la Pentecôte se dit Pentecost ou Whitsun, ce dernier mot ayant une autre origine à lire ici.
Les flammèches linguistiques du saint Esprit nous feraient presque dire que l’étymologie est un art pyrotechnique !

Dans ce grand et lumineux tableau de Restout, on admirera la place supérieure accordée aux femmes, les hommes se trouvant un étage sous elles. Au centre se tient la Vierge en gloire. A l’origine, c’est Saint Pierre, le bâtisseur de l’Eglise, qui se trouvait au centre de l’assemblée, et peu à peu la Vierge a pris sa place car son culte s’est fortement amplifié.

La Pentecôte n’est donc pas, comme ma tête de linotte l’imaginait, une pente montante, mais la descente du Saint-Esprit !

Mots @ 4:15 , mai 27, 2012

Intérieur intime

Quand on se trouve sur le seuil d’une porte, l’intérieur est plus en dedans de la pièce que là où on est. Ah bon … vraiment ?

Intérieur vient de l’adjectif comparatif latin interior qui veut dire  » plus en dedans que  » . L’intérieur se trouve donc en comparaison avec un autre espace. C’est un espace compris entre des limites avec d’autres choses.

Après le comparatif vient le superlatif. Le plus en dedans, le plus intérieur, c’est en latin l’adjectif superlatif intimus qui a donné en français intime.
L’intime est plus intérieur que l’intérieur, c’est la partie la plus profonde.

Pour illustrer ces étymologies que je trouve intéressantes, je propose ce tableau de Samuel van Hoogstraten.
Je l’ai souvent évoqué ici, c’est l’un de mes tableaux préférés du Louvre.
Le site du musée du Louvre a restructuré son intérieur et donne maintenant une image bien meilleure de cette oeuvre ainsi qu’un commentaire très instructif.

Le tableau nous fait entrer dans l’intérieur d’une maison et, par son interprétation qui progresse au coeur de l’oeuvre, nous découvrons – du moins nous supposons – la vie intime de la maîtresse de cette maison.

Cette femme mène apparemment une vie légère, on le dit mais cela ne nous regarde pas !
Ce qui est intime peut se voir mais ne nous concerne pas. On peut lire dans Le Robert que le mot intime à partir du XVIIIème siècle désigne ce qui est étroitement lié à une chose ou à une personne par ce qu’il y a de plus profond.

L’intime crée un lien, établit un ensemble de liens avec des choses ou des êtres.
Ami intime, relation intime, repas intime, journal intime … on a une connexion particulière, approfondie, avec une ou des personnes, des choses, et ce lien dépend de l’autre, de son regard si c’est quelqu’un, en créant un monde dans un autre monde. Et c’est paradoxal, ce lien intime nous projette donc hors de nous-même vers l’autre alors que l’intime réside dans ce qu’on a au fond de soi.

La série  » Philosophie  » animée par Raphaël Enthoven sur la chaîne ARTE a développé ce thème de l’intime, je ne fais que livrer les quelques bribes que j’en ai retenues, le sujet me semble passionnant. A écouter dans son canapé avec ses pantoufles !

S’il y a très souvent des portes ouvertes dans les scènes d’intérieur en peinture, c’est que l’intime ouvre sur un autre monde !

Ce tableau de Samuel van Hoogstraten fut attribué dans le passé à Vermeer ou à Pieter de Hooch.
Pieter de Hooch a développé le thème de la vie domestique, la vie intérieure.
Vermeer est allé plus loin, a illustré la vie intime de ses personnages, nous faisant pénétrer dans les rêveries de telle servante endormie, dans les secrets de telle dame rédigeant une lettre, dans les pensées de telle laitière, dentellière, toutes agissant dans une sphère plus profonde que le monde alentour.
Vermeer superlatif de Hooch ? !

Après la vie légère suggérée dans le tableau ci-dessus, voici, dans son intérieur, une maîtresse de maison irréprochable dans celui-ci, l’action de peler des pommes étant le symbole de la parfaite épouse :

Mots,portes @ 7:48 , mai 15, 2012

Noire ou bleue, la mélancolie

Etat d’âme ou maladie du corps, la mélancolie ?
La mélancolie était au moyen-âge, selon les théories de la médecine, une bile noire dont l’excès provoquait une humeur triste.
Mélancolie : du grec melagkholia = bile noire.
On trouve le même sens dans la version latine du mot, l’atrabile, qui est la mauvaise humeur, vient du latin  » atra bila  » qui veut dire  » bile noire  » .
En français, l’humeur ( dans son sens physiologique ) noire a donné l’expression se faire un sang d’encre .
La noirceur du sang ou de la bile gagnait les idées.

Rien de nouveau dans ces étymologies, on les connaît bien. De même on connaît l’origine du mot nostalgie, du grec nostos et algos qui veulent dire retour et souffrance, mal.
La nostalgie est le mal du retour. Du retour au pays, et en allemand on appelle ce « mal du pays » : Heimweh , qui est tout simplement une traduction mot à mot.

C’est en regardant l’émission de philosophie produite par la chaîne de télévision ARTE et animée par Raphaël Enthoven, que j’ai appris, dans la rubrique intitulée  » Nostalgie  » , quand et comment est apparu ce dernier mot.

Le mot nostalgie, ou nostalgia, fut créé par un médecin suisse, M. Hofer, en 1678. Il avait observé les soldats, partis en guerre loin de leur village et malades de ce qu’on appelait le Heimweh, le mal du pays. Ces soldats se languissaient du retour chez eux et tombaient malades, quand ils n’étaient pas physiquement blessés.

En Allemagne à la fin du XVIIIème siècle naquit le romantisme et la nostalgie prit un essor considérable aux alentours de 1800 à cause des guerres napoléoniennes. C’est à cause de Napoléon que les médecins militaires durent faire face à ce mal dévastateur, la nostalgie, le regret du pays natal.

La nostalgie se mua dans la littérature et l’art de cette époque en mélancolie, une tristesse qui n’est plus seulement pénible mais devient voluptueuse.
Victor Hugo a dit que la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste.

C’est ainsi très surprenant, c’est du domaine militaire et médical, donc très pragmatique et rigoureux, que vient cette notion on ne peut plus floue et romantique que celle de mélancolie.

Mais quelle couleur peut prendre la mélancolie ?
J’illustre mon article avec des ancolies, les philosophes n’apprécieraient sans doute pas mon association d’idées, ou mon jeu dans les mots, mais cette charmante fleur romantique et sauvage, qui peut être rose, bleue, jaune, pourpre ou presque noire, passe par l’arc-en-ciel des idées.

En français les idées sombres sont noires, mais en anglais elles sont bleues.
To be blue c’est avoir des idées noires. C’est d’ailleurs ce que dit la petite phrase de la bannière de Grillon du Foyer, je traduis, soyez comme « l’oiseau bleu -mésange ? je ne sais pas quel oiseau en français- qui n’a jamais d’idées noires parce qu’il sait ce que chanter peut faire.
Mais le  » blues  » est la mélancolie chantée …

Ancolies semées par le vent, vagabondant dans le jardin, elles sont la surprise du printemps. Bleues, rouges ou noires, elles font voir la vie en rose !

Le mystère métaphorique et métamorphique

Bleu, le jardin est tout bleu en ce début ensoleillé de mai. Aussitôt après mon petit-déjeuner, je suis allée me promener dans les frondaisons d’azur, et mes pieds se sont trempés de rosée.
J’ai une voie d’eau dans ma chaussure, comme on dit en pays maritime !
La froide humidité de mes orteils m’a fait penser à ce livre, bleu aussi, paru en mars dernier :

    Le livre des métaphores , de Marc Fumaroli, éditions Bouquins, Robert Laffont

C’est en quelque sorte un dictionnaire des métaphores.
D’où vient telle expression, que veut-elle dire au juste, c’est le mystère parfois.
Marc Fumaroli explique l’origine et le sens de toutes les expressions métaphoriques françaises, et il donne un passage de littérature pour exemple.
Proust est souvent cité, en effet, il usait de la métaphore avec un art fabuleux de l’image, tantôt de façon hilarante, tantôt de façon très poétique.

Mes pompes, ce matin, étaient bien mouillées, et j’ai cherché le mot pompe dans mon bouquin.
Pourquoi les chaussures s’appellent-elles des pompes ?

      Wim van Hooff, Chaussures volées, 1944-45, aquarelle, Rijksmuseum Amsterdam, notice

Je pensais que ce mot avait un rapport avec la pompe dans le sens de cérémonie, mais pas du tout, on apprend dans le livre de Marc Fumaroli que l’expression vient de son autre sens, l’appareil à extraire un fluide.

Quel lien entre la pompe à eau et la chaussure ?

La réponse est dans la semelle !
Autrefois les pompes mécaniques étaient munies de joints en cuir, un cuir épais et solide, qui servait aussi à la fabrication des semelles de chaussures. Il s’agissait des chaussures de modeste apparence mais robustes, leurs semelles étaient  » en cuir de pompe « .

Quand on a couru à toutes pompes, on est pompé !

    Pieter De Hooch, Une femme et sa servante dans une cour, vers 1660, NG Londres, page du musée

jardin,Mots @ 2:28 , mai 2, 2012
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