image_pdfimage_print

Témoin sinueux

Cette semaine, nous avons pu écouter sur France Culture, dans les Chemins de la philosophie de Adèle van Reeth, une série de quatre émissions consacrées à la virilité.
Voici le lien vers la première.

Je n’ai pas eu le temps de tout écouter en direct, le podcast me permettra de retrouver Charlus
avec Philippe Berthier, son livre est sur ma table de nuit depuis des mois et je ne l’ai pas encore lu … tttsss, Grillon, tu te laisses aller !

Mais dans ce sujet surprenant pour de la philosophie, un brin d’étymologie m’a intéressée :
le mot testicule vient du mot latin testis qui veut dire « témoin ».

Les testicules témoignent de la virilité d’un homme.
On dit bien que s’il est un homme fort, volontaire et courageux, il a des couilles.
Cette partie de l’anatomie masculine est entourée d’une grande valeur si l’on en croit les expressions qui la désignent : les bourses, les bijoux de famille.
Les burettes, les couilles, les burnes, les roustons, les roubignoles, les roupettes, les valseuses attestent du caractère mâle des messieurs !

L’étymologie du témoin de la féminité m’a alors intriguée.
D’où vient le mot sein ?
Du latin sinus, qui veut dire « pli concave ou en demi-cercle ».
Donc pli « courbe », et le sinus désignait particulièrement le pli de la toge en travers de la poitrine, pli dans lequel les femmes portaient leur enfant. Ce sinus prit donc le sens de refuge, asile, partie intérieure.
Au XVIème siècle, le sein désignait aussi le golfe, la petite plage arrondie, et la voile gonflée par le vent.

Qu’allons-nous insinuer en parlant des nénés, lolos, doudounes, nichons, roberts, pare-chocs, rotoplos ou air-bags ? !

Ecumer les grands chemins

L’écume jette aux rocs ses blanches mousselines (Victor Hugo, Châtiments VI).

Premières promenades après une grippe redoutable qui avait écumé en moi toute énergie, toute réflexion, tout besoin de lire ou agir. Je n’étais plus qu’une épave, un bois flottant, indolent, insignifiant.
Réagissons, respirons, signifions aux amis qu’on revient à la vie !

Le noir horizon s’éloigne, les couleurs reprennent possession du rivage.
La mer appelle ses blancs moutons et je m’interroge sur les contradictions du mot écume.
Si je désire me plonger dans le dictionnaire, c’est que la forme revient !

Ce mot qui évoque tant de choses à la fois, les confitures, la tempête, l’éphémère, une pipe, Boris Vian, vient du germanique skum, savon liquide.

L’écume est une mousse blanchâtre, chargée ou non d’impuretés, qui se forme à la surface d’un liquide agité, chauffé, ou fermenté.

On la retire avec l’écumoire.
Impure, elle désignait la frange méprisée de la société, « l’écume d’un peuple ».
Mais cette part négligée de la société s’appelait aussi la lie, qui repose, au contraire de l’écume, au fond du liquide en repos. Cela reste en marge, au pourtour, au ban.

L’écume des jours est de même ce qui reste du temps écoulé, sans valeur

Etrange aussi, écumer c’est ramasser tout ce qui est profitable, intéressant, qui a du prix.
On écume cependant avec rapacité, on ne laisse rien aux autres, on embarque et exploite toutes les richesses sans se poser de questions. Dans ce cas l’écume n’est pas à éliminer mais à conserver farouchement.

Et l’écumeur peut désigner un plagiaire, l’écrivain qui prend sans scrupule ce qu’il trouve de plus précieux chez un confrère. Pirate !

Les oiseaux grappillent ce que l’écume éphémère laisse sur le sable et ils me rappellent mon plaisir de manger l’écume rose bonbon, tiède et collante de la confiture de fraises du jardin que ma mère mettait en pots au mois de juin.

Bougie

    Raoul Dufy, La fée électricité, détail partie droite, 1937, Centre Pompidou, notice.

Coupure de courant samedi dernier dans toute la commune. La panne n’a duré qu’une heure, le temps d’installer un désarroi aussi général qu’elle-même. Je faisais mes courses dans le bourg comme beaucoup d’autres habitants un samedi matin, nous nous sentions immergés dans un roman de Modiano, désemparés dans la rue des boutiques obscures. Les commerçants éclairaient leurs tiroirs caisses avec leurs téléphones portables. La vie paraissait suspendue à la charge éphémère des batteries.

On parle beaucoup de l’intelligence artificielle en ce moment, la cervelle qui va penser, sentir, réagir à notre place, mais que serait celle-ci sans la fée électricité ?

    Raoul Dufy, La fée électricité, étude, gouache, 1936, Centre Pompidou, notice.

On peut voir sur quatre pages de la RMN les multiples reproductions de l’oeuvre de Dufy.

La compagnie parisienne de distribution de l’électricité avait commandé à Raoul Dufy une fresque de 60m de longueur sur 10m de hauteur pour décorer son pavillon de la lumière et de l’électricité à l’Exposition Universelle de Paris en 1937. Dufy dispose d’un an seulement pour réaliser ce vaste projet.

On peut lire l’histoire et voir des photos sur le site du collège Brossolette.

C’était au temps où l’on croyait beaucoup au prestige des expositions universelles, et celles-ci nous ont laissé de bien belles oeuvres d’art et d’architecture.

    Adolph von Menzel, Salle de séjour avec la soeur de Menzel, 1947, Neue Pinakothek Munich, notice et commentaire.

La panne d’électricité a recommencé le soir, au milieu du dîner ! Vite, allumons des bougies !
J’aime les bougies, et quand de décoratives elles deviennent indispensables, elles m’enchantent doublement.

Pourquoi ce mot bougie pour désigner la chandelle ? Je pensais depuis toujours que la lumière de la chandelle, étant mobile, vacillante, animée au moindre souffle, et par ailleurs transportable d’une pièce à l’autre, bougeait et donc méritait le terme de bougie.
Mais non, son nom est tout simplement une antonomase, il vient de la ville de Bejaia sur la côte méditerranéenne en Algérie : consulter sa page wikipedia. Bejaia produisait depuis le XIVème siècle une cire fine qui servait à la fabrication des chandelles. En 1833 la ville devint possession française et prit le nom francisé de Bougie.

css.php