La terre est ronde

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et aux grandes marées la terre s’arrondit encore.
le titre de mon billet est plat comme l’estran, je n’en trouve pas de mieux aujourd’hui.
L’automne est là, l’été laisse derrière lui ses dernières transparences, ses grands espaces de lumière.

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Je ne me lasse jamais de contempler les pêcheurs grattouillant le sable, et le gris barbouillant le bleu de ce paysage d’aquarelle.

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Paysages de Boudin, reflets de Lansyer, bleus de Stael, ou ciel de Ruysdael, l’atmosphère est picturale, sentimentale.

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Les nuages griffonnent sur le papier gros-bleu du sable humide.
Le fusain du contre-jour croque rapidement les silhouettes.

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L’heure bascule, la mer remonte, va gommer tous les exercices de la main humaine … même ce coeur que le hasard de deux semelles aux empreintes imbriquées a dessiné ! J’aime toujours photographier mes rencontres amusantes et inopinées avec un coeur gravé dans la nature, petite paréidolie du bonheur.

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Le calme règne, nous imprègne, dans cette douceur pastel.
Je n’ai rien à ajouter, la beauté du lieu n’appelle aucun commentaire, que le bien-être des yeux, de la tête.
Ou si, peut-être …

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dans ce ciel fluide et serein, balayé de soie blanche, une mouette étend ses ailes comme un oiseau de Magritte.
Une dentelle de soleil mousse sur la mer, un calme voluptueux de Baudelaire.

Je reprends le chemin de la maison, tournant le dos à ce tableau presque rêvé, je dois faire à manger, qu’aurais-je donc à mijoter ?
Une salade, du saucisson … la terre est ronde !

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Au coeur de la conchyliologie

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      Côté coeur ♥

      Côté pile ou face

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La coque porte bien son nom latin cardium, considérée sous un certain angle, elle présente une forme de coeur.

Elle peut entrer dans la catégorie coeur de mon blogue !

Et si cet été nous cherchions le coeur caché des jolies choses ?

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Ce coquillage est plus étonnant encore de profil.
Il se brode de lignes concentriques comme les motifs de coeurs dessinés dans les arts et traditions populaires de la Bretagne.

Je l’ai bien trouvé en Bretagne, mais pas sur la plage, dans une brocante !

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L’idée de chercher un coeur dans les coquillages ne vient pas de moi, elle est très ancienne, et fut déjà décrite au XVIIIème siècle.
Le site Gallica de la BnF permet de feuilleter un ouvrage intitulé

    « L’histoire naturelle éclaircie dans deux de ses parties principales : La lithologie et la conchyliologie« 

édité en 1742 par De Bure, Société royale des Sciences de Montpellier.

Voici la page des coeurs. On peut zoomer pour mieux voir les détails des gravures.
Les flèches sur la droite permettent de tourner les pages.

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Par ailleurs je n’aurais pas recherché dans Gallica cet ouvrage foisonnant si’il n’avait pas été cité dans un livre que je suis en train de lire et qui me plaît beaucoup :

51d+Ikl8wZL._SX350_BO1,204,203,200_ Nadine Ribault, Carnets de la Côte d’Opale, éd. Le Mot et le Reste, janvier 2016.

Ce petit livre dit tout le mystère de la mer balayant la côte vers le Cap Gris Nez, sous le ciel infini infusé d’une lumière d’or typique de cette contrée du nord de la France.

L’écriture séduit, surprend, enchante comme ces coquillages si variés que les grandes marées laissent entrevoir.

L'histoire_naturelle_éclaircie_dans_deux_[...]Dezallier_d'Argenville_btv1b8623259bNadine Ribault a créé elle-même un collage pour la couverture à partir d’une planche du livre d’histoire naturelle de 1742.

Un petit extrait :

      « Les bâches brillaient, métalliques, vives et trop présentes désormais : avaient-elles seulement existé, ces bâches discrètes d’eau salée mauve et satinée des heures précédentes, ces assemblées de robes blanches étalées sur le sable ?
      Il était possible, par cette matinée d’été, de monter les quelques marches qui menaient à la plateforme d’observation, au dessus du poste de secours d’Hardelot, et de venir prendre appui à la balustrade pour contempler, délaissant enfin ce monde du bourrage-de-crâne, l’infini des ouvertures attractives« .

Les bâches, ces mares d’eau tiède oubliées par la mer à marée basse, ne portent pas ce nom sur les plages bretonnes qui s’y prêtent parfois (pas partout) par leur géographie plane, mais elles m’émerveillent toujours, miroirs du ciel et baignoires idéales pour les petits enfants en été.

Ce livre très poétique de Nadine Ribault est un coup de coeur !

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Au coeur de l’hiver

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Le froid fit son joli coeur ce matin, pour mon grand plaisir, la nature s’est habillée de blanc, strass et falbalas, en tenue de fête sous un soleil flatteur, et toutes ces blandices me ravissent !

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Il vaut mieux rencontrer un coeur de lierre qu’un coeur de pierre sur son chemin …
magique nature !

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Sur la plage, un coeur de pierre néanmoins voulut me surprendre …
Je n’ai rien touché, seulement déclenché, clic, le coeur s’offrait là sur le sable, impromptu, naïf, ouvert, un coeur simple.
magique nature !

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Je me suis livrée à un petit jeu irraisonné, mais le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas, n’est-ce pas, dans le site de la poésie classique francophone, du moyen-âge au début du XXème siècle, sur cette page, j’ai tapé le mot coeur dans la case « vers », et j’ai établi une échelle du coeur chez les poètes.

La plupart des poètes ont employé le mot coeur dans un, deux, trois ou cinq poèmes, jusqu’à une vingtaine en moyenne. Il est vrai que du coeur s’échappe beaucoup de poésie.
Mais le record des battements de coeur dans la poésie est tenu par … le devinera-t-on ?

C’est un poète belge : Emile Verhaeren, avec au moins 132 poèmes contenant le mot coeur une ou plusieurs fois.

Le second est Victor Hugo avec 126 poèmes

Le troisième est Baudelaire avec 75 poèmes

J’aurais imaginé dans ce palmarès, dans le trio de tête, Paul Verlaine, mais il compte « seulement » 66 poèmes.

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      Il pleure dans mon coeur
      Comme il pleut sur la ville ;
      Quelle est cette langueur
      Qui pénètre mon coeur ?

      Ô bruit doux de la pluie
      Par terre et sur les toits !
      Pour un coeur qui s’ennuie,
      Ô le chant de la pluie !

      Il pleure sans raison
      Dans ce coeur qui s’écoeure.
      Quoi ! nulle trahison ?…
      Ce deuil est sans raison.

      C’est bien la pire peine
      De ne savoir pourquoi
      Sans amour et sans haine
      Mon coeur a tant de peine !

      Paul Verlaine, ♥ recueil Romances sans paroles.

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Illusion du coeur

Elles ont été nombreuses au XVIIème siècle aux Pays-Bas, seulement six sont arrivées jusqu’à nous, ces boîtes étranges n’ont peut-être pas été prises au sérieux durant les siècles suivants, ont été données aux enfants pour jouer … Et pourtant elles représentaient un exercice difficile et captivant pour les peintres du XVIIème siècle qui s’intéressaient de près à l’optique.

La boîte la plus célèbre est conservée à la National Gallery de Londres, peinte par Samuel van Hoogstraten : voir ici .

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La boîte conservée à Détroit ne représente pas seulement un intérieur hollandais mais aussi une nature morte, qui est une vanité.
Le titre inscrit en haut de la porte le dit clairement : memento mori.

Il faudrait regarder cet intérieur de maison dans l’intérieur en trois dimensions de la boîte, et heureusement le site du DIA nous offre de nombreuses photos.

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Le thème de cette perspective en boîte est la vanité des choses terrestres, le temps qui passe.
Le temps passe en effet sur la montre … et le monde n’est qu’illusoire dans le miroir, autre symbole de vanité, qui se trouve quelque part, je n’ai pas encore bien compris où …

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On voit apparaître une forme de coeur dans la boule métallique décorant la porte au fond de la boîte. Et puis à l’avant, l’assiette devient un coeur anamorphique.

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Ce coeur au premier plan, transpercé d’un couteau qu’on imagine être une flèche, semble faire écho au couple se tenant au fond de la pièce.
De chaque côté du grand hall on aperçoit, en glissant le regard en coulisse, des personnages, un homme écrivant près d’une fenêtre et comme inspiré par Rembrandt, et, derrière le fromage, un autre homme debout.

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Mais les nourritures terrestres sont périssables, les illusions s’évanouissent, l’amour est fragile, et souviens-toi que tu vas mourir !

L’Adoration des mages dans une lumière d’anges

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    Pieter Bruegel l’Ancien, L’adoration des mages sous la neige, 1563, Oskar Reinhart « Am Römerholz » Winterthur, notice

    Les gens vont et viennent, la vie est ordinaire, même un cortège d’Orient ne se remarque pas, et la maison du Christ tient peu de place dans l’image, dans le coin et le bas de l’image, si peu de place que Marie n’est pas représentée tout entière. Bientôt nous ne verrons plus rien que la vie quotidienne. Et qui se souviendra de cet instant où le visage de Dieu nous regarda dans la blancheur indécise du jour ?
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    Par la neige, le peintre peint l’invisible. Le peintre peint le silence. Il crée en nous le silence. Et le silence nous fait tout regard, – regard du coeur, regard intérieur. Comme nous voici attentifs ! Cette blancheur de la peinture et du lieu que le peintre dispose devant nous, comme l’hôte sur la table une nappe des grands jours, et ce recueillement profond qu’il nous offre par la manne de l’hiver, c’est peut-être la raison qu’il eut d’être ce peintre de la neige.
    La neige nous dit : « Regarde ! » Mais elle nous dit : « Ecoute ! ».

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    Il inventa aussi de peindre – pour l’arrivée des Mages dans le village de Bethléem – la neige, non plus immobile et attentive, étendue, mais tourbillonnante, dansante, drue. Celle qui rend le monde indistinct. Et dans laquelle nous avançons comme dans une blanche nuit. Ce voile de blancheur, ces papillons dans la bourrasque, ces flocons aussitôt disparus sur notre main mais qui pourtant revêtent déjà le monde, ce doux aveuglement et cette lumière d’anges, oui, cela convenait à l’arrivée obscure et radieuse des rois, des mages. Cela convenait à la naissance de Dieu. Nous avançons vers Dieu nouveau-né, et si fragile dans la froidure, nous avançons vers Dieu à travers les douces ténèbres de la neige dansante comme nous cherchons, parfois, dans la nuit de notre mémoire, et dans l’incertitude, l’ombre de l’âge, la douceur d’une lueur oubliée.

    Claude-Henri Rocquet, extrait de Bruegel, de Babel à Bethléem, éd. Le Centurion, 2014

Avant Pierre Bruegel l’Ancien, les mages venaient découvrir la crèche par une nuit étoilée, ou dans la chaude lumière orientale. Le peintre Flamand a choisi un village de son pays nordique pour représenter Bethléem, et les mages se prosternent dans une atmosphère hivernale, matinale, silencieuse et ouatée. Une nuit étoilée, oui, mais une nuit blanche étoilée de flocons.

Des flocons blancs, des duvets d’anges, voilent la scène et la transfigurent. Voilà donc un autre tableau montrant la neige en train de tomber ! Et voici un livre remarquable dont la lecture est un vrai bonheur :

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Claude-Henri Rocquet, De Babel à Bethléem

L’auteur médite autour des tableaux de Bruegel, ce peintre des hivers et de la neige comme il le rappelle. Il rappelle aussi que Bruegel est pour chacun le peintre des kermesses, des rustres et de leurs danses, de leurs noces, mais il faudrait avant cela voir en lui le peintre de la Bible et de l’Evangile. La réflexion de Claude-Henri Rocquet est toute chrétienne, mais ses commentaires sont aussi très documentés, nourris d’une solide culture. Et puis il est un poète (j’évoquerai sa poésie bientôt) et ses phrases nous illuminent.
Ce livre dense, de 710 pages, paru en novembre dernier, rassemble plusieurs ouvrages de l’auteur consacrés à Bruegel et publiés dans le passé, certains étant épuisés. Cette nouvelle édition enrichie est précieuse, elle n’a qu’un seul défaut, le manque d’illustrations. On aimerait regarder les tableaux pendant la lecture, et seulement quelques uns sont reproduits.

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Petit détail bruegelien, j’ai recouvert (il y a longtemps) la crèche d’un manteau de neige !
L’Epiphanie se vide de son sens aujourd’hui, et le rayon des pâtes feuilletées se vide aussi dans les super-marchés … il n’y en avait plus quand j’ai voulu en acheter cet après-midi pour confectionner la galette, alors j’ai pâtissé moi-même, le feuilletage n’est pas difficile à réaliser, on étale, on donne un tour, on recommence, on laisse reposer, on redonne un tour, le rouleau roule et on pense au nom de Bethléem qui veut dire Maison du pain
Qui sera le roi demain 🙂 ?

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Je vole

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    Henri Matisse, Icare, papier collé de l’album « Jazz », 1947, Centre Pompidou, notice

Dédale et son fils Icare sont prisonniers de Minos en Crête, et pour leur évasion façon monte-en-l’air, Dédale, bricoleur génial, fabrique des ailes en recommandant à son fils de ne pas trop s’approcher du soleil, au risque de faire fondre la cire reliant les plumes entre elles. Icare, trop heureux de voler, de prendre son indépendance peut-être aussi, n’a pas écouté … il chute dans la mer qui portera son nom, entre les Cyclades et Rhodes.

Je pense à Icare car, le soir du 31 décembre, je suis allée avec monsieur Grillon au cinéma voir La famille Bélier. Ce film enthousiasmant, émouvant, magnifique, se termine sur la chanson de Michel Sardou Je vole.
L’air ne me quitte plus, je commence l’année en volant dans l’élan du coeur et du choeur.

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L’Icare de Matisse vole entre les étoiles, son vol maladroit et fatal est néanmoins merveilleux, et ce qui saute aux yeux dans cette image, c’est son coeur, point rouge palpitant, humain et plein d’espoir dans la noirceur de sa silhouette.

Le coeur de l’héroïne de la Famille Bélier palpite aussi pour le chant, pour ses parents sourds qu’elle va quitter, et secrètement pour son partenaire dans cette chorale qui lui permet son envol. On découvre, interprétée d’une façon extraordinairement sensible et bien meilleure que celle de son auteur, cette chanson de Michel Sardou, Je vole .

      Mes chers parents,
      Je pars.
      Je vous aime, mais je pars.
      Vous n’aurez plus d’enfant,
      Ce soir.
      Je n’m’enfuis pas. Je vole.
      Comprenez bien : je vole.
      Sans fumée, sans alcool,
      Je vole. Je vole

Je souhaite à tous les visiteurs passant du côté de chez Grillon du Foyer une bonne année, remplie de bonheur et de chansons, et de voir chaque chose avec le coeur ♥

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    Henri Matisse, Album Jazz n°7 « Le coeur », estampe, 1947, Centre Pompidou, notice

Au coeur de sa cuisine

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Des livres de cuisine m’ont souvent été offerts, pour mon bonheur et celui des mes hôtes. J’ai cependant tant cuisiné pour ma nombreuse famille que ce genre de livre ne fait plus recette à mes yeux, je fuis même ce rayon en librairie !
Heureusement, il existe une forme hybride de ces ouvrages culinaires qui me réjouit absolument. Ce sont ceux qui mêlent aux ingrédients nécessaires, au tour de main et aux temps de cuisson, l’histoire du maître de maison, son art, ses goûts, ses traditions personnelles.

Je relis ainsi avec un plaisir fou les carnets de la cuisine jaune et bleue de Monet, ceux du sanctuaire de la gastronomie française, c’est à dire celui de Françoise la cuisinière du jeune Marcel, les carnets facétieux de la cuisine de Colette, et aussi le beau livre des recettes mijotées à partir des tableaux du musée du Louvre, du musée d’Orsay également… autant de merveilles pour les yeux.

Le père Noël m’a doublement gâtée cette année, il m’a offert la découverte de la cuisine de George Sand et celle de Victor Hugo.

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Dans le « potage à la reine » servi à la table de George Sand, les lamelles de truffe prennent une forme de ♥ , la poignée du couvercle de la soupière épouse aussi les lignes du coeur. Poularde, crème, lait d’amande, truffe, accord à coeur !

Les photographies de ce livre font rêver au temps ancien des nappes blanches finement ajourées, de l’argenterie portant le monogramme de l’hôtesse, GS ici, de la faïence tendrement fleurie, des hauts candélabres, de la verrerie en cristal …
Frédéric Chopin avait offert à George Sand des verres en cristal ocre et bleu.
Elle recevait beaucoup d’amis à Nohant, à sa table les esprits étaient fortifiés et charmés de manière aussi subtile et savoureuse que les estomacs. Le service était discret, silencieux, tandis que s’animaient tour à tour la poésie, la peinture, la musique, les belles lettres, en compagnie, de Franz Liszt, Chopin, Eugène Delacroix, Balzac, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Tourgueniev, Flaubert …

La route était longue, le repas mérité … On ne passe pas à Nohant, on s’y rend.
George Sand décrit en 1839 la route à suivre pour venir de Paris:

    Un coupé des messageries royales part à sept heures du soir de la rue Notre-Dame-des-Victoires ; après avoir déjeuné à Orléans à six heures du matin, on dîne à Vierzon à trois ou quatre heures de l’après-midi, on repart une heure plus tard pour atteindre Chateauroux à neuf heures.

De Chateauroux à Nohant la patache parcourt la distance en quatre heures, et le cabriolet, que George Sand met à disposition de ses amis, en trois heures.

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Le livre fait (re)découvrir une cuisine du XIXème siècle, qui fit la renommée des bonnes tables jusque dans les années soixante du XXème siècle. Cuisine jugée trop riche de nos jours, mais ces plats, dont la confection demandait presque autant de temps devant le fourneau que le voyage dans les pataches, rendent parfois nostalgiques : bouchées à la reine, aspic de volaille, saumon farci, garbures, terrines, pâtés en croûte, rissoles, marinades, sauce madère, grand veneur, savarin … ha !

Pour un Noël il y a quelques années, j’avais accroché un moule en coeur dans ma cuisine. Il y reste toute l’année depuis … ♥

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Coeurs à prendre

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« I have always loved hearts », ♥ ♥ ♥ c’est Drew Barrymore qui l’écrit, et je peux dire la même chose, j’ai toujours aimé les coeurs.
Ces coeurs improvisés par la nature, par le hasard, ou créés par la main de l’homme dans des domaines très variés et à l’occasion de la Saint Valentin, on peut les découvrir en ouvrant les yeux tout autour de soi.

C’est ainsi qu’hier après-midi, en promenant mon chien sur la plage, j’ai surpris ce petit coeur dessiné par la mer.

barrymore Ce très joli petit livre ne m’a pas été offert à Noël, je l’ai feuilleté chez ma fille en novembre, et je suis tombée sous son charme.
L’actrice Drew Barrymore, qui semble cacher un certain talent, a rassemblé là des photographies de coeurs, surpris un peu partout dans le cadre de sa vie quotidienne.
Le mimétisme a pris comme une mayonnaise, j’ai eu envie de faire la même chose !
Les coeurs sont partout, comme l’amour dans mon film adoré, Love actually.

Il faut s’attendre à trouver des coeurs partout chez Grillon du Foyer ces jours prochains !

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La vue du son

En réfléchissant hier sur le mot mot, qui désigne le son articulé, issu du son initial inarticulé grogné par l’homme, et qui est une sorte d’onomatopée, ma pensée inarticulée est arrivée à l’ouïe, ce sens qui permet d’entendre les sons.

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Les anges musiciens, détail du polyptyque de l’Agneau mystique par les frères van Eyck dans la cathédrale Saint Bavon de Gand

Un sens étrange, l’ouïe. Le plus abstrait, non ?
Le son est très volatil : dès que sa source se tait, il disparaît.
Dès que l’instrument ne joue plus, la musique disparaît.
Dès que la bouche se ferme, les mots ne s’entendent plus.
Mais les mots s’écrivent heureusement.
Voir et écouter sur cette page un très intéressant audiovisuel de la BnF sur le livre carolingien.
Dans l’écriture, un autre sens entre en jeu : la vue, ou bien le toucher pour le Braille.
De même la musique s’écrit à l’aide de notes sur des portées et a besoin de la vue pour être jouée.
Nous sommes aujourd’hui au coeur de la civilisation de l’audiovisuel !

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Tenture de la Dame à la Licorne, L’Ouïe, vers 1484-1500, musée de Cluny Paris

Pour représenter le sens de l’ouïe, les artistes représentent un instrument de musique, ou une partition de musique, et la musique est la forme d’art la plus abstraite aussi, elle n’existe que par l’intermédiaire d’un interprète et survit grâce à sa transcription sur papier, ou sur parchemin au moyen-âge.
Quel était exactement le son entendu dans les chants et mélodies au moyen-âge ? Les instruments ont évolué, on n’est pas certain de retrouver la sonorité exacte de l’époque, tandis que les autres arts nous sont arrivés dans leur version initiale, abîmée, mal restaurée parfois, mais suffisamment fidèle.

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L’ouïe est aussi le sens le plus spirituel. Le Verbe, la parole de Dieu, s’entend, s’écoute, se chante.
On écoute la voix divine et on lui obéit. Obéir et ouïr sont deux verbes très proches issus du même verbe latin audire qui veut dire entendre, écouter, obéir.

On écoute aussi sa voix intérieure, son coeur, son âme, et dans la tenture de l’ouïe , la Dame à la Licorne, en jouant de l’orgue, fait entendre les sentiments de son coeur.

L’ouïe peut se faire amoureuse :

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Baude Cordier, Recueil de ballades, motets et chansons, début 15ème siècle, parchemin, musée Condé Chantilly

Pour le plus grand bonheur de ma vue, j’ai découvert dans le site de la RMN ces partitions musicales calligraphiées. Baude Cordier était un poète musicien qui eut la fantaisie de donner à sa ballade amoureuse la forme d’un coeur . N’est-ce pas charmant ?

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Baude Cordier, musée Condé Chantilly

L’écrivain Pascal Quignard a écrit ceci dans son ouvrage  » La haine de la musique  » :
Il se trouve que les oreilles n’ont pas de paupières

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Jérôme Bosch, Détail du panneau de l’Enfer dans le Jardin des délices terrestres, musée du Prado Madrid

L’oreille subit les sons et ne peut pas se fermer au moment souhaité. Ainsi les sons cassent parfois les oreilles, tandis qu’on peut fermer les yeux, boucher son nez …
Cacophonie, brouhaha, ramdam, tintamarre, l’allitération fait un de ces vacarmes !
J’arrête, le silence est d’or.
Bon week-end !

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