Une p(l)age de poésie ♥

Aujourd’hui grasse matinée avec Lucien Suel.
Oui, avec Suel un grand moment sensuel !
Un nouveau recueil de ce poète, romancier, dessinateur, traducteur, vient de paraître.
Né à Guarbecque dans les Flandres artésiennes, il nous entraîne sur les plages et dans les villages nordiques, de France et de Belgique.

      Lucien Suel, Ni bruit ni fureur, éd. La table ronde, mars 2017.

Pour marquer le grand coup de coeur que j’éprouve à la lecture de ce livre, j’ai posé un galet en forme de coeur, que j’ai trouvé dernièrement sur la plage en photo ci-dessus et ci-dessous.
Lors de chaque promenade sur le rivage, je cherche de coeurs de pierre, et j’en trouve assez souvent.

Lucien Suel façonne avec les mots, qu’il aime approfondir, triturer, recréer et faire résonner, une poésie variée très personnelle, en prose, en vers, en chants, en images impressionnistes, impressionnantes, fortement empreintes de l’amour de sa région natale.

Un petit extrait :

    Dans le bleu adorable, glacial et immaculé, la bise souffle en rafales. Elle mord les visages et fait monter les larmes aux yeux.

    La plage abandonnée s'allonge à perte de vue. Des petits nuages de sable jaune filent parallèlement aux rouleaux d'écume blanche.

On remarque le clin d’oeil à Hölderlin ( revoir ici).
Ma plage d’un bleu adorable n’est pas celle de Leffrinckoucke ou de La Panne, mais de Fouesnant, et j’aime y laisser s’épanouir mon désir de septentrion, ma gourmandise du Nord.

En bleu adorable s’écrit aussi la poésie de Jean-Pierre Boulic.

J’ai présenté plusieurs fois ce poète que j’aime beaucoup : revoir ici.

Avec son nouveau recueil illustré de splendides photos, il nous emmène sur l’île d’Ouessant.
Est-ce la magie unique de cette île qui ensorcelle les mots du poète ?
Ses strophes sont plus belles que jamais, je suis transportée par cette poésie ruisselante de lumière.

    Jean-Pierre Boulic, Ouessant sans fin, éd. Minihi-Levenez, 4ème trimestre 2016, bilingue breton.

    Ce très bel album mérite aussi un petit caillou cordial !

    un petit extrait :

      C'est un rien surgi à la frange
      Des ciels et courants fous
      Roche d'oiseaux et de couleurs
      Une île sans âge sans arme
      Comme le perce-neige
      Sous la longue étoffe du vent.

Confidence, je ne suis jamais allée sur l’île d’Ouessant, mais après cette lecture, j’ai hâte de m’y rendre !

La poésie de Jean-Pierre Boulic chante le bonheur simple et à la fois infini d’être là, devant la beauté du monde, sa réalité âpre, sa création de chaque instant.
Poésie veut dire création, le regard du poète recrée le nôtre, qui se fait plus ouvert, émerveillé.

La mer écrite

      Venise à Fouesnant.

Le mot n’est pas tout à fait de moi, il m’est inspiré par Marguerite Duras.

Marguerite Duras, La mer écrite, éd. Marval, 1996.

Entre l’été 80 (titre d’un autre de ses ouvrages) et l’été 1994, Marguerite Duras s’est promenée au bord de la mer en Normandie avec une amie, Hélène Bamberger, qui prenait des photos.
Photos d’Hélène et phrases de Marguerite écrites la dernière année ont formé ce petit livre original. L’une de ces petites choses que j’aime déposer dans ma bibliothèque comme un joli coquillage.

J’avais pris des photos des piliers brise-lame sur la plage sans avoir lu ce livre, dans lequel une photo de poteaux dans la mer à Honfleur s’accompagne du titre : Venise à Honfleur.

Je contemplais les jeux de l’eau, ses éclats, ses tournures, ses fourrures, ses points d’exclamation … la mer écrite !

En regardant à nouveau mes photos sur l’ordinateur, je me suis dit, comme s’exprimerait peut-être M. Duras, oui, c’est ça, c’est un peu Venise, et puis ce sont des troncs morts, plantés là, pour résister de leur force inerte contre les vagues, comme s’ils étaient vivants.

La mer écrite sur le sable, sur le ciel, sur l’arbre mort qui vit une seconde vie.
Et les troncs ressemblent à des crayons …

Je suis retournée lire la prose des crayons à marée descendante.
Ecriture en miroir.
Venise à l’endroit, à l’envers.
Sens dessus dessous.

Je marchais dans les reflets, dans les gris feutrés, dans les images que je tentais de saisir au hasard, quand tout à coup, à mon pied :

Oh Marguerite, la mer écrite ! La voilà, la mer, qui écrit vraiment sur le sable, d’une main si sûre, si gracieuse !
Le trait élégant, ourlé, graphique, un coeur, naturel et pur, l’émerveillement …
Un art vénitien, très certainement !

La terre est ronde

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et aux grandes marées la terre s’arrondit encore.
le titre de mon billet est plat comme l’estran, je n’en trouve pas de mieux aujourd’hui.
L’automne est là, l’été laisse derrière lui ses dernières transparences, ses grands espaces de lumière.

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Je ne me lasse jamais de contempler les pêcheurs grattouillant le sable, et le gris barbouillant le bleu de ce paysage d’aquarelle.

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Paysages de Boudin, reflets de Lansyer, bleus de Stael, ou ciel de Ruysdael, l’atmosphère est picturale, sentimentale.

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Les nuages griffonnent sur le papier gros-bleu du sable humide.
Le fusain du contre-jour croque rapidement les silhouettes.

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L’heure bascule, la mer remonte, va gommer tous les exercices de la main humaine … même ce coeur que le hasard de deux semelles aux empreintes imbriquées a dessiné ! J’aime toujours photographier mes rencontres amusantes et inopinées avec un coeur gravé dans la nature, petite paréidolie du bonheur.

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Le calme règne, nous imprègne, dans cette douceur pastel.
Je n’ai rien à ajouter, la beauté du lieu n’appelle aucun commentaire, que le bien-être des yeux, de la tête.
Ou si, peut-être …

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dans ce ciel fluide et serein, balayé de soie blanche, une mouette étend ses ailes comme un oiseau de Magritte.
Une dentelle de soleil mousse sur la mer, un calme voluptueux de Baudelaire.

Je reprends le chemin de la maison, tournant le dos à ce tableau presque rêvé, je dois faire à manger, qu’aurais-je donc à mijoter ?
Une salade, du saucisson … la terre est ronde !

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Au coeur de la conchyliologie

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      Côté coeur ♥

      Côté pile ou face

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La coque porte bien son nom latin cardium, considérée sous un certain angle, elle présente une forme de coeur.

Elle peut entrer dans la catégorie coeur de mon blogue !

Et si cet été nous cherchions le coeur caché des jolies choses ?

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Ce coquillage est plus étonnant encore de profil.
Il se brode de lignes concentriques comme les motifs de coeurs dessinés dans les arts et traditions populaires de la Bretagne.

Je l’ai bien trouvé en Bretagne, mais pas sur la plage, dans une brocante !

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L’idée de chercher un coeur dans les coquillages ne vient pas de moi, elle est très ancienne, et fut déjà décrite au XVIIIème siècle.
Le site Gallica de la BnF permet de feuilleter un ouvrage intitulé

    « L’histoire naturelle éclaircie dans deux de ses parties principales : La lithologie et la conchyliologie« 

édité en 1742 par De Bure, Société royale des Sciences de Montpellier.

Voici la page des coeurs. On peut zoomer pour mieux voir les détails des gravures.
Les flèches sur la droite permettent de tourner les pages.

L'histoire_naturelle_éclaircie_dans_deux_[...]Dezallier_d'Argenville_btv1b8623259b (5)

Par ailleurs je n’aurais pas recherché dans Gallica cet ouvrage foisonnant si’il n’avait pas été cité dans un livre que je suis en train de lire et qui me plaît beaucoup :

51d+Ikl8wZL._SX350_BO1,204,203,200_ Nadine Ribault, Carnets de la Côte d’Opale, éd. Le Mot et le Reste, janvier 2016.

Ce petit livre dit tout le mystère de la mer balayant la côte vers le Cap Gris Nez, sous le ciel infini infusé d’une lumière d’or typique de cette contrée du nord de la France.

L’écriture séduit, surprend, enchante comme ces coquillages si variés que les grandes marées laissent entrevoir.

L'histoire_naturelle_éclaircie_dans_deux_[...]Dezallier_d'Argenville_btv1b8623259bNadine Ribault a créé elle-même un collage pour la couverture à partir d’une planche du livre d’histoire naturelle de 1742.

Un petit extrait :

      « Les bâches brillaient, métalliques, vives et trop présentes désormais : avaient-elles seulement existé, ces bâches discrètes d’eau salée mauve et satinée des heures précédentes, ces assemblées de robes blanches étalées sur le sable ?
      Il était possible, par cette matinée d’été, de monter les quelques marches qui menaient à la plateforme d’observation, au dessus du poste de secours d’Hardelot, et de venir prendre appui à la balustrade pour contempler, délaissant enfin ce monde du bourrage-de-crâne, l’infini des ouvertures attractives« .

Les bâches, ces mares d’eau tiède oubliées par la mer à marée basse, ne portent pas ce nom sur les plages bretonnes qui s’y prêtent parfois (pas partout) par leur géographie plane, mais elles m’émerveillent toujours, miroirs du ciel et baignoires idéales pour les petits enfants en été.

Ce livre très poétique de Nadine Ribault est un coup de coeur !

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