Bonne année !

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La pendule à l’envers
Les heures à rebours
Si c’était à refaire
Le voyage vers Strasbourg
et le Baden-Würtemberg !

Voilà que je fais des vers !
Toute famille Grillon s’est réunie en Allemagne pour les fêtes de Noël.

Courte étape au musée d’Orsay pour visiter l’immense exposition consacrée au Second Empire.
Quel faste, lustre grandiose !
Napoléon III réhabilité.
Je n’en ai pas de photos bien sûr, mais j’y reviendrai plus tard.

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À propos de photo, celle-ci est de nouveau autorisée au musée d’Orsay ! C’est heureux, cette autorisation retrouvée me donne envie de revenir dans ce si beau musée.
Mon passage le 20 décembre y fut trop rapide, brève visite de cette ancienne gare entre deux gares !
Nous avons eu le temps de visiter l’autre exposition du musée : Bazille, la jeunesse de l’impressionnisme.

Et là, oh surprise, la photographie de certains tableaux de musées étrangers était permise !
J’ai eu le grand plaisir de prendre en photo un dé pour ma collection virtuelle !

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P.A. Renoir, Lise cousant, vers 1867-68, DMA Dallas, notice et commentaire.

Après Paris, nous nous sommes arrêtés à Strasbourg, pour deux jours dans la magie de Noël.

Ensuite nous avons repris le TGV ou l’ICE pour Stuttgart.
Nous avons vécu un beau Noël dans la campagne souabe.
L’un de mes plus émouvants souvenirs de ce séjour est d’avoir chanté en allemand de nombreux Lieder pour la messe de Noël dans l’église à Tübingen. Après avoir admiré les froufous du second Empire, j’ai chanté le chant des bergers, qui entonnent des bin ich froh ! froh, froh, froh ! froh, froh, froh !
( le chant peut s’entendre ici)

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Grillon du Foyer souhaite à tous ses amis fidèles ou de passage une bonne année 2017, avec chaque jour un dé de bonheur, un dé de lumière, un dé de calme, un dé de tendresse, un dé d’ivresse !

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Cousu main

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Eva Bonnier, j’avais oublié son nom, ne me souvenais plus d’avoir blogué à son sujet.
J’ai aussi oublié par quel hasard j’ai découvert son portrait très étrange peint par un certain Richard Bergh.
En tapant son nom à consonance francophone dans le site du musée de Stockholm, la mémoire m’est immédiatement revenue. Mais oui, c’est l’artiste qui a peint et aussi sculpté le buste si émouvant d’un enfant !

Revoilà Eva Bonnier sur cette page

Cette artiste suédoise (1857-1909) est peinte ici par un confrère, qui avait voulu la représenter dans l’exercice de son art, mais elle avait refusé. Elle préférait une occupation plus banale, et elle est donc montrée en train repriser tout simplement une chaussette.

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Et j’ajoute un dé à ma collection !

Mais le dé n’est pas intéressant en lui-même, en revanche, cette main est extraordinaire.
Il s’agit du portrait d’une femme qui coud, qui raccommode exactement, donc ne crée pas, son visage semble calme, impassible, mais sa main …
Quelle nervosité dans cette main ! Quel contraste avec le reste de son corps !
Qu’a voulu montrer le peintre en brossant avec autant de vivacité une main qui devrait au contraire coudre minutieusement ?
Cette main semble trahir le caractère anxieux de sa propriétaire qui était pourtant très habile de ses mains. On sait qu’elle était dépressive et qu’elle s’est suicidée vingt ans plus tard.

focillon A propos de la main, je recommande la lecture d’un petit livre exceptionnel, qui a été réédité en septembre 2015, celui de Henri Focillon, Eloge de la main, éd. marguerite waknine.

Les mains sont presque des êtres animés, elles sont douées d’un génie énergique et libre, d’une physionomie -visages sans yeux et sans voix- mais qui voient et qui parlent, nous dit Henri Focillon.

Il a écrit de très beaux chapitres sur les mains de l’art et ces hommes de main que sont les artistes, notamment sur les mains peintes par Rembrandt, et aussi les mains polyvalentes de Gauguin qui savait peindre, sculpter, façonner la poterie …

Ce livre de 38 pages laisse une très belle empreinte de nos amies les mains.

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L’e-dé à coudre

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    Maître de la légende de Sainte Madeleine, Sainte Famille, XVIème siècle, KMSKA Anvers, notice.

Le site web du musée royal des beaux arts d’Anvers offre une lecture en trois langues, anglais, français, néerlandais, et c’est bien, mais, hélas, pour découvrir les oeuvres d’art, il faut taper en néerlandais dans le moteur de recherche, et le catalogue en ligne ne peut se consulter que dans cette langue. La Belgique est pourtant un pays bilingue …
En outre, le catalogue ne propose pas de permalien pour chaque oeuvre, donc pour retrouver la notice exacte de cette Sainte Famille, il faut taper en néerlandais (courage !) Meester van de Legende van de Heilige Magdalena.

La recherche vaut la peine qu’on se donne, car on découvre un très charmant petit tableau.

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Dans un intérieur typique des maisons flamandes du 16ème siècle, la Vierge coud, brode ou raccommode, Saint Joseph arrive avec son panier rempli d’outils de menuiserie, et l’Enfant Jésus s’agrippe à lui dans un geste enfantin et très touchant, tout empressé qu’il est de lui montrer ce que fait sa maman.
L’Enfant est enjoué, admiratif, il désigne la Vierge Marie, et son doigt pointe, comme par hasard, vers le dé !

L’ouvrage de couture doit être si fin que Saint Joseph prend ses lunettes pour regarder. Mais une autre solution est possible, Marie a terminé sa couture, et ce qu’elle vient de réaliser, c’est la tunique blanche de l’Enfant Jésus.
Tous ces détails sont adorables.

Une légende dit que la tunique de l’Enfant Jésus grandissait avec lui et n’avait pas de couture, mais alors, à quoi serviraient le fil et le dé que nous voyons dans le tableau ? Il faudrait pouvoir mieux scruter le tableau dans le musée même.

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Eh oui, que voit-on au doigt de Marie ? Un dé !
Un de plus dans ma collection virtuelle.

La Sainte Vierge est souvent représentée en train de coudre, ou bien un ouvrage de couture se trouve à ses côtés, c’est un travail plutôt féminin, tandis que Saint Joseph est montré avec ses outils de menuiserie.
L’enfance de Jésus se déroule entre des parents travailleurs, humbles bâtisseurs.

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Ce dé me donne l’occasion de présenter une série de livres très précieux pour tous les collectionneurs de dés :

IMGP6024 Le dé à coudre en France, tomes I à IV, par Michel Painsonneau, éd. The Book edition.

– Tome 1 : Le dé à coudre en France, de l’origine au XVIème siècle
– Tome 2 : XVII et XVIIIèmes siècles
– Tome 3 : XIXème siècle
– Tome 4 : XXème siècle

Cette étude des dés français est remarquable, très documentée, richement illustrée.

Une question est soulevée à la fin du dernier tome : le dé à coudre va-t-il disparaître ?
Au XIXème siècle il fut tant demandé que sa production devint industrielle, le marché est florissant jusque dans les années 1930 puis, à partir de 1950, décline constamment.
Le dé sera toujours utile à la couturière, mais il est de moins recherché, moi-même je m’en passe très souvent. De nouvelles matières apparaissent, tandis que le « fait-maison » redevient fort à la mode, le dé fera peut-être son grand retour avec l’explosion des idées à coudre !

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Le dé de douleur

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Francisco de Zurbaran, Le Christ et la Vierge dans la maison de Nazareth, 1640, museum of art Cleveland, notice

Une exposition éclaire l’oeuvre de Francisco de Zurbaran (1598-1664) cet été au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid, la présentation est ici.

C’est étrange, l’âge d’or espagnol ne me passionne pas, l’exposition Vélasquez à Paris ne m’a pas tentée, et pourtant elle devait être ô combien instructive, cependant l’art de Zurbaran m’a toujours attirée par sa singularité.

Ce tableau ci-dessus étonne, questionne, quelle force d’expression !

La Vierge appuie sa tête sur sa main dans un geste de mélancolie, une douleur muette tient ses yeux mi-clos. Elle regarde son fils, elle sait qu’il mourra, qu’elle devra lui survivre.
Sa souffrance est immense, secrète, intérieure, le peintre fait régner un silence respectueux dans cette composition d’une grande sobriété.

Jésus adolescent tresse sa couronne d’épine. Des anges discrets le regardent. Les livres sur la table ne sont pas ici un symbole de vanité, ils désignent l’étude du jeune garçon. Les fleurs blanches font allusion à la pureté de la Vierge, les deux colombes rappellent la présentation au temple.

La Vierge coud, et je découvre, avec un plaisir de collectionneuse, un dé !

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Catherine Certitude

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      Mary Cassatt, étude pour la gravure « Soir », dessin, 1879-1880, Hood Museum of Art – Dartmouth College (United States – Hanover, New Hampshire), notice et commentaire

Lecture et couture sous la lampe, deux de mes occupations favorites.
La femme lisant est la mère de Mary Cassatt, Catherine. La femme cousant est sa soeur, Lydia, qui, semble-t-il, porte un dé à son doigt, mais comme c’est l’annulaire, ce dé se confondrait peut-être avec une bague …
Mary Cassatt avait pour ami à Paris Edgar Degas, et celui-ci l’invita en 1877 à participer à l’exposition des impressionnistes. Elle se consacra alors à des scènes impressionnistes de la vie domestique, et quelques années plus tard, encouragée par Degas à cette technique, elle exposa quatre gravures, dont celle-ci « Soir ou Sous la lampe ».

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    Mary Cassatt, Sous la lampe, gravure, vers 1882, AIC Chicago, notice

La lampe sépare les deux femmes, chacune absorbée dans un ouvrage.
La gravure renforce le rôle de la lampe, et met en évidence le vasistas sous le toit, qui encadre ce qui pourrait être un rayon de lune. C’est le soir, silencieux.
J’aime bien ce dessin et Catherine, la maman, me permet d’évoquer un livre merveilleux.

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Je me suis fait ce petit cadeau, ne sachant pas à qui d’autre l’offrir. Grillon a énormément apprécié !
Catherine Certitude est une petite fille et une très jolie histoire écrite par Patrick Modiano.
Illustrée par Sempé avec beaucoup de délicatesse et émotion.

Depuis que Modiano est prix Nobel, tous ses ouvrages portent maintenant le bandeau rouge, comme les camemberts, les vins ou tous produits médaillés au concours général agricole en portent l’estampille.

Cette nouvelle de Modiano, qui n’est pas récente, de 1988, est sortie en format album b.d. en novembre dernier, et c’est un(e) petit(e) bijou !

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Un dé d’argent

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    Gerard ter Borch (1617-1681), Dame cousant près d’un berceau, vers 1655-1656, Mauritshuis La Haye, notice et agrandissements.

Gerard ter Borch, après sa formation chez son père à Zwolle puis chez un autre peintre néerlandais à Haarlem, a beaucoup voyagé, en Angleterre, Allemagne, France, Italie, Espagne ; il a notamment peint en Allemagne la signature du traité de paix de Munster de 1648, qui mit fin à quatre-vingts ans d’occupation espagnole ( voir à Londres à la National Gallery ainsi qu’une copie au Rijksmuseum d’Amsterdam , et puis pour rappel historique, voir le tableau de Thulden au musée de Quimper );
et à partir de 1650 il s’est spécialisé dans la peinture de genre, la représentation de la société bourgeoise dans des scènes galantes, musicales ou plus intimes ; il a peint avec finesse et discrétion la vie dans l’univers clos et confortable des intérieurs hollandais.

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Un très subtil et sobre camaïeu de tons froids, veloutés, pleins de retenue, des bleus, gris, blancs, encadrent le silence et la concentration de la jeune mère. On admire le rendu des matières, le velours, le lin, le satin, la fourrure … Le site du musée permet de zoomer sur les détails, d’amplifier la lumière du linge blanc …

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Un dé ! Ce beau tableau silencieux, où l’on n’entend que le petit bruit du balai ou du chaudron dans la cheminée et celui de l’aiguille contre le dé, ajoute un élément à ma collection virtuelle et donc … digitale !
Voir la catégorie le dé à coudre.

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Le thème du dé me donne l’occasion de dévoiler quelques unes de mes créations, car à vrai dire je passe beaucoup plus de temps avec mes aiguilles qu’avec l’ordinateur !
Me revoilà notamment dans la layette puisque la famille s’agrandit …

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Alliance du tricot et de la couture, j’ai eu envie de coudre du biais sur le lainage, l’effet me plaît !

Un dé de bronze

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Un après-midi au musée
Musarder, s’amuser, regarder ce qui est bien gardé
Saisir, prendre à la volée quelques photos, ravir le regard immobile d’une statue comme si c’était immortaliser le saut d’un écureuil sur sa branche
Se ravir de détails, joies de l’infime
Admirer, goûter, butiner, et dans la carte mémoire découvrir le butin …
les trouvailles opimes …

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On a beau bien connaître son ami le musée, on éprouve toujours du plaisir, comme auprès d’un ami fidèle, à passer quelques heures en sa compagnie.
Alors que la foule se presse dans les boutiques qui soldent, certains se reposent et contemplent, sous l’oeil vigilant d’un ange.

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Mon oeil, lui, n’est pas très observateur. Je n’avais jamais remarqué le doigt de la jeune brodeuse de René Quillivic. Et pourtant, que de fois l’ai-je scrutée ! J’aurais dû me douter qu’une brodeuse ne travaille pas sans …

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      … son dé.

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Je peux être fière, la première fois que je vois un dé de bronze, c’est au musée de Quimper !

La petite Bretonne brode de vives couleurs, on les imagine pareilles à celle de la peinture, comme elle bretonne, ces couleurs franches du bout de la terre en pleine saison, automne de feu, hiver de porcelaine, printemps de contraste

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Si une statue dans un musée possède un appendice, un ergot, un cap, une péninsule, soyons assuré qu’il sera caressé !

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      le petit sabot s’en trouve verni

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Le petit tonneau est en cage de verre

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Merveilleux musée de Quimper ! (son site est ici.)
Si un tour en ville s’impose en cette période de soldes, allons plutôt au musée, ça coûte moins cher !

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Touche digitale

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      William McGregor Paxton, Portrait de la mère de l’artiste, vers 1902, MFA Boston, notice

Deux lettres seulement, deux petites lettres protègent le doigt, mot dont elles sont issues.
Contre quoi s’engagent-elles ainsi dans la défensive ?
L’aiguille !
Et leur bouclier contre la pointe acérée de l’aiguille est un accent, aigu bien sûr !
D, é, le dé coiffe le plus grand des doigts, le majeur, sous l’attaque incessante du chas.
Ce chas méchant griffe sans répit, en tous points, et seul un noeud peut mettre un terme à la bataille.
Le dé se bosselle de petits creux minuscules, la constellation lui donne un air de passoire, mais rien ne le transperce.
Il chapeaute le doigt, l’étreint, le couvre d’or, d’airain, de fer, d’inox, ou aujourd’hui de silicone.
C’est l’icône de la couturière.

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Rigolette

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    La mansarde

    Sur les tuiles où se hasarde
    Le chat guettant l’oiseau qui boit,
    De mon balcon une mansarde
    Entre deux tuyaux s’aperçoit.

    Pour la parer d’un faux bien-être,
    Si je mentais comme un auteur,
    Je pourrais faire à sa fenêtre
    Un cadre de pois de senteur,

    Et vous y montrer Rigolette
    Riant à son petit miroir,
    Dont le tain rayé ne reflète
    Que la moitié de son oeil noir ;

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    Ou, la robe encor sans agrafe,
    Gorge et cheveux au vent, Margot
    Arrosant avec sa carafe
    Son jardin planté dans un pot ;

    Ou bien quelque jeune poète
    Qui scande ses vers sibyllins,
    En contemplant la silhouette
    De Montmartre et de ses moulins.

    Par malheur, ma mansarde est vraie ;
    Il n’y grimpe aucun liseron,
    Et la vitre y fait voir sa taie,
    Sous l’ais verdi d’un vieux chevron.

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    Pour la grisette et pour l’artiste,
    Pour le veuf et pour le garçon,
    Une mansarde est toujours triste :
    Le grenier n’est beau qu’en chanson.

    Jadis, sous le comble dont l’angle
    Penchait les fronts pour le baiser,
    L’amour, content d’un lit de sangle,
    Avec Suzon venait causer.

    Mais pour ouater notre joie,
    Il faut des murs capitonnés,
    Des flots de dentelle et de soie,
    Des lits par Monbro festonnés.

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    Un soir, n’étant pas revenue,
    Margot s’attarde au mont Breda,
    Et Rigolette entretenue
    N’arrose plus son réséda.

    Voilà longtemps que le poète,
    Las de prendre la rime au vol,
    S’est fait reporter de gazette,
    Quittant le ciel pour l’entresol.

    Et l’on ne voit contre la vitre
    Qu’une vieille au maigre profil,
    Devant Minet, qu’elle chapitre,
    Tirant sans cesse un bout de fil.

    Théophile Gautier, recueil Emaux et Camées

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Une aiguille, un chat, un dé ! Le chat, avec un t et non un s, apparaît seulement dans le poème. Le dé s’ajoute à ma collection !

Voici la notice du tableau, qui peut se consulter ici :
Joseph-Désiré Court, Rigolette cherchant à se distraire pendant l’absence de Germain, 1844, mba Rouen.

J’avais remarqué ce tableau il y a six mois déjà dans le site de la RMN, mais hélas, la photo n’était pas assez grande pour y distinguer nettement le dé. Et puis, il y a quelques semaines, comme un messager charmant me faisant le don providentiel du précieux détail, comme un envoyé spécial dépêché gracieusement pour moi au musée de Rouen, une amie délicate et attentionnée a pris les photos pour moi de la petite main, l’ouvrière Rigolette. C’est ainsi grâce à elle que je peux ajouter ce dé virtuel à ma collection, et je l’en remercie infiniment !

Le sujet de ce tableau est emprunté aux Mystères de Paris d’Eugène Sue. Cette oeuvre est expliquée sur cette page.
Rigolette est une modeste cousette, une Mimi Pinson, une tendre grisette, et son dé doré me fait risette 🙂 !

Couleurs et reliures

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      Les retentissantes couleurs
      Dont tu parsèmes tes toilettes
      Jettent dans l’esprit des poètes
      L’image d’un ballet de fleurs.

      Baudelaire, extrait de A celle qui est trop gaie, recueil Les Fleurs du mal

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Quand j’étais petite, mes boutiques préférées étaient celles du grainetier, du fleuriste, de la mercière et du marchand de couleurs.

Le grainetier se plaçait à l’opposé du marchand de couleurs pour sa gamme chromatique, il n’avait pas de quoi pavoiser ! Mais chez lui, il fallait pourtant annoncer la couleur, celle de la fleur recherchée. Néanmoins, dans cette échoppe obscure, où j’aimais flâner, non pour satisfaire mes yeux mais mon sens du toucher, ah cette sensation soyeuse et fluide de la main plongée dans un sac de graines ! , je me souviens bien de l’harmonie bise des couleurs sèches, éteintes et chaudes à la fois, des tons cuivrés, paille ou grisés, des gammes claires ou brunes : les tiroirs de chêne, les sacs de chanvre, les pelles de métal, les pochons de papier kraft, les bobines de ficelle, les graines tigrées, basanées, qui déclinaient tout ce registre des tons terreux ou mordorés de l’automne préparant en silence le printemps.

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Le droguiste portait un nom de conte de fées, marchand de couleurs. Chez lui aussi, le sens de la vue était dominé par un autre, le sens olfactif. Comme chez le fleuriste, j’entrais dans la boutique toutes narines frémissantes. Et, plus que l’attrait de la couleur unique, les harmonies me ravissaient, et les nuanciers des marques de peinture me fascinaient comme l’apparition miraculeuse d’un arc-en-ciel après l’orage.

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Aujourd’hui, il m’arrive souvent d’acheter une poignée d’écheveaux de fil à broder sans projet précis de broderie. Juste pour les couleurs, leur musicalité. Une fois je prends des tons de rose-thé, cuisse-de-nymphe, aurore, grège, blanc sable ou nivéen, une autre fois du ventre de biche, gorge de pigeon, queue de vache, les bistres et les feuilles mortes, ou bien je m’envole dans les bleus célestes, les céruléens, les matins blêmes, souffle opalin, pers, turquoise, éburnéen … des couleurs et des jours …

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Je m’aperçois que mon goût des couleurs gagne ma bibliothèque. Je me demande si ma passion pour Colette n’est pas surmontée par un désir de palette.
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent a écrit Baudelaire, lui qui donna tant de couleurs à la poésie.

Les riches couleurs d’une bibliothèque ancienne … les bronzes, les rouges, les virides et les noirs … le cuir fauve satiné, le carton gris mat, la toile sinople, les dos gravés d’or !

J’aimerais que les éditeurs de livres soignent les couleurs de leurs collections, car la couleur est peut-être leur planche de salut, elle est absente des liseuses !

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