Le Café Anglais

Le moment est mal choisi pour parler cuisine, nous entrons en carême, disons que le sujet est plutôt littéraire …

J’ai revu récemment le beau film danois de Gabriel Axel adaptant le conte de Karen Blixen, Le festin de Babette.

La première fois que j’avais vu ce film, sans avoir lu le conte, mon impression fut mitigée, les couleurs me semblaient trop ternes, grises, mais je ne connaissais pas encore le peintre Hammershoï. Le réalisateur avait voulu s’approcher des tonalités mates, silencieuses, monochromes, du peintre de la fin du XIXème siècle, son compatriote.

Il faut avoir lu le court, sobre et magnifique récit de Karen Blixen, et avoir vu les tableaux de Hammershoï, pour apprécier pleinement l’atmosphère du film, dont les dialogues suivent très fidèlement les pages du livre.
Dans le film, le costume de Babette (Stéphane Audran) a été dessiné par Karl Lagerfeld, artiste nordique lui aussi, et il a su donner à la cuisinière une puissante austérité.

Babette était une Parisienne communarde, réfugiée au Danemark. Avant la Commune, elle avait été la cuisinière en chef du restaurant parisien Le Café Anglais.

Communarde, révolutionnaire, elle devait normalement haïr les riches bourgeois qu’elle nourrissait dans ce café, et cependant elle les respectait, parce qu’ils avaient extirpé d’elle le meilleur de son art, l’avaient conduite à se surpasser, et elle leur en était reconnaissante.

Ce Café Anglais se situait Boulevard des Italiens, et inspira un certain nombre d’écrivains.

      Edouard Manet, Chez le Père lathuille, 1879, musée des beaux arts Tournai

Eugène de Rastignac, sous la plume de Balzac, y dîne avec la fille du Père Goriot, et il y rencontre Lucien de Rubempré dans les Illusions perdues.

Avec Flaubert, on découvre la fameuse carte du Café Anglais.

Frédéric Moreau dans L’Education sentimentale y dîne avec Rosanette, surnommée La Maréchale, et d’autres amis arrivés à l’improviste :

      La Maréchale se mit à parcourir la carte, en s’arrêtant aux noms bizarres.

      – Si nous mangions, je suppose, un turban de lapins à la Richelieu et un pudding à la d’Orleans ?

      – Oh ! pas d’Orléans ! s’écria Cisy, lequel était légitimiste et crut faire un mot.

      – Aimez-vous mieux un turbot à la Chambord ? reprit-elle.

      Cette politesse choqua Frédéric.
      La Maréchale se décida pour un simple tournedos, des écrevisses, des truffes, une salade d’ananas, des sorbets à la vanille.

      – Nous verrons ensuite. Allez toujours. Ah ! j’oubliais ! Apportez-moi un saucisson ! pas à l’ail !

      Claude Monet, Le quartier de viande, vers 1864, musée d’Orsay, notice.

Marcel Proust cite aussi plusieurs fois le célèbre café, et la cuisinière Françoise, critique redoutable, reconnaît la qualité des plats qu’on y sert.
Alors qu’on lui demande d’où lui vient ce talent exceptionnel pour le boeuf en gelée, elle tente de répondre que les restaurateurs, eux, ne font pas ce qu’il faut :

    « Ils font cuire trop à la va-vite, répondit-elle en parlant des grands restaurateurs, et puis pas tout ensemble. Il faut que le boeuf, il devienne comme une éponge, alors il boit tout le jus jusqu’au fond. Pourtant il y avait un de ces Cafés où il me semble qu’on savait bien un peu faire la cuisine. Je ne dis pas que c’était tout à fait ma gelée, mais c’était fait bien doucement et les soufflés ils avaient bien de la crème.

    – Est-ce Henry ? demanda mon père qui nous avait rejoints et appréciait beaucoup le restaurant de la place Gaillon où il avait à dates fixes des repas de corps.

    – Oh non ! dit Françoise avec une douceur qui cachait un profond dédain, je parlais d’un petit restaurant. Chez cet Henry c’est très bon bien sûr, mais c’est pas un restaurant, c’est plutôt… un bouillon !

    – Weber ?

    – Ah ! non, Monsieur, je voulais dire un bon restaurant. Weber c’est dans la rue Royale, ce n’est pas un restaurant, c’est une brasserie. Je ne sais pas si ce qu’ils vous donnent est servi. Je crois qu’ils n’ont même pas de nappe, ils posent cela comme cela sur la table, va comme je te pousse.

    – Cirro ? »

    Françoise sourit : « Oh ! là je crois qu’en fait de cuisine il y a surtout des dames du monde. (Monde signifiait pour Françoise demi-monde.) Dame, il faut ça pour la jeunesse. »

    Nous nous apercevions qu’avec son air de simplicité Françoise était pour les cuisiniers célèbres une plus terrible « camarade » que ne peut l’être l’actrice la plus envieuse et la plus infatuée. Nous sentîmes pourtant qu’elle avait un sentiment juste de son art et le respect des traditions, car elle ajouta :

    « Non, je veux dire un restaurant où c’est qu’il y avait l’air d’avoir une bien bonne petite cuisine bourgeoise. C’est une maison encore assez conséquente. Ça travaillait beaucoup. Ah ! on en ramassait des sous là dedans (Françoise, économe, comptait par sous, non par louis comme les décavés). Madame connaît bien, là-bas, à droite, sur les grands boulevards, un peu en arrière… »

    Le restaurant dont elle parlait avec cette équité mêlée d’orgueil et de bonhomie, c’était… le Café Anglais.

    M. Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Autour de madame Swann.

Voici le menu du festin de Babette, qui, au Café Anglais, coûtait dix mille francs pour douze couverts.

L’art de la litote

      Sandro Botticelli, Les épreuves de Moïse, détail, 1481-1882, fresque de la Chapelle Sixtine Vatican, visite virtuelle.

Pour Swann, Odette est l’incarnation de la fille de Jéthro, peinte par Botticelli.
Elle n’est pas son genre, elle ment, elle le trompe, pourtant il l’aime profondément, et son amour redouble car précisément il prend une dimension artistique.
Odette reste à ses yeux une pure beauté florentine, fanée parfois, au visage pâle, au regard fatigué, et c’est justement dans ses moments de lassitude qu’elle prend pour lui les gestes de la Vierge dans le tableau du Magnificat de Botticelli.
Mais bien évidemment Odette veut cacher ses traits fatigués, refuse ce gros défaut, et par conséquent déteste Botticelli !

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    Sandro Botticelli, La Madone du Magnificat, 1481, Galerie des Offices Florence, wikipedia

Swann offre à Odette une robe parsemée de fleurs comme celle du Printemps de Botticelli.

Il est très amoureux et malgré tout lucide, il ne se fait pas d’illusions sur l’intelligence et l’honnêteté de sa bien-aimée.

Chez les Verdurin, Odette tente de se forger une personnalité, de devenir quelqu’un, et elle essaie de dissimuler son manque de confiance en elle. Avec Swann, elle se rend bien compte de ses faiblesses, elle ne paraîtra jamais une lumière, mais dans les salons parisiens, elle se sent pleine d’ambition en prenant une expression énigmatique et victorieuse.

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    James Tissot, L’Ambitieuse ou La réception, 1883-85, Albright-Knox Art Gallery Buffalo New York, notice et commentaire.

Il me semble que le titre de ce tableau correspond parfaitement à la « dame en rose ».
Odette est Boticelli chez Swann et Tissot chez Verdurin.

Dans cette société mondaine où règnent la fausseté et la médisance, Odette en prend pour son grade comme tout un chacun dès qu’il a le dos tourné.
Madame Verdurin dit d’Odette qu’elle n’est qu’une fameuse cruche.

En l’absence de Swann et Odette un certain soir, monsieur Verdurin les débine sans vergogne, et pour remettre un peu de bienveillance feinte dans la conversation, madame Verdurin le reprend sur un ton ironique :

      - Voyons, ne dites pas du mal d'Odette, dit Mme Verdurin en faisant l'enfant. Elle est charmante.
      - Mais cela ne l'empêche pas d'être charmante ; nous ne disons pas du mal d'elle, nous disons que ce n'est pas une vertu, ni une intelligence.

    (Marcel Proust, extrait de Du côté de chez Swann II, Un amour de Swann)

Ce genre de dialogue, on l’a entendu au théâtre et au cinéma. Il est même devenu une phrase culte.
Dans Le Père Noël est une ordure, Pierre Mortez dit (écouter ici) :

      Je n'aime pas dire du mal des gens, mais effectivement elle est gentille.

      Figurez-vous que Thérèse n'est pas moche, elle n'a pas un physique facile. C'est différent !

Ah, les phrases de Proust sont splendides !

Les allégories de l’hiver

      Attribué à Artus Wolffordt ou Wolfhardt, ou entourage de Simon De Vos, Allégorie de l’Hiver, musée municipal de Soissons, notice.

C’était il y a huit ans, en février 2009, je rassemblais quelques images d’hiver .

L’hiver, je l’aime, quand, en se mettant au chaud devant le feu, on en vient à souhaiter que se déclarent la pluie, la neige, même quelque catastrophe diluvienne pour ajouter au confort de la réclusion la poésie de l’hivernage, ainsi que l’écrit si bien Proust à propos de la chambre de Tante Léonie.

L’hiver a ses charmes, ses drames et ses images allégoriques très variées que les artistes interprètent chacun à leur façon.

Ce monsieur Hiver ci-dessus, barbu, chenu, bien couvert d’un chapeau, peint par on ne sait qui précisément, mais sans doute par un peintre flamand baroque plein de verve qui a vu Rubens et Jordaens, est éclairé d’une chaude lumière par une lanterne posée à gauche dans le tableau. Il réchauffe sa main et, l’oeil pétillant, il semble assez heureux devant son brasero crépitant, animé, bavard.

      Eugène Delacroix, L’hiver, dessin, D.A.G. Louvre, notice

Aucune source de chaleur, aucun bruit, dans cette allégorie de l’Hiver vue par Delacroix, au contraire, le froid implacable fige la figure centrale dans un certain chagrin.
La réclusion est mentale, la femme, qu’on devine jeune, à l’opposé du vieil homme qui symbolise souvent l’hiver, est claquemurée, silencieuse, tressaillante, en boule de frissons et d’idées noires, la lumière froide éteint tout espoir.
Seul le chien apprécie l’hiver, en pourchassant un lièvre blanc comme neige.
Cette étude préparait le décor d’un dessus de porte. On imagine la porte peinte en tons mats, sourds, gris, blanc cérusé, dans la pièce bien chauffée d’un château.

Les lignes de ce dessin sont modernes, fluides, filent en vent coulis. Magistral Delacroix !

      Kano Tosen Nakanobu, Scène d’hiver et scène d’été, 1835-1868, British Museum Londres, notice

Allégorie 2 en 1, l’hiver face à l’été :
un oiseau ( un mainate, un martin triste ?) au plumage noir et gris, pousse un cri (triste) vers le ciel, perché sur une branche de bambou enneigée. L’oiseau se nourrit d’insectes, or l’hiver tue les insectes.
L’hiver est hexagonal, anguleux, cette géométrie a peut-être une signification …

L’été est rond comme le soleil, il est figuré par des fleurs de courges, et par divers insectes qui courent dans le feuillage, nourriture des oiseaux.
La courge, en raison de ses nombreux pépins, est un symbole d’abondance et de fécondité.

      Georg Hoefnagel, Dolor : Allégorie de l’hiver, 1589, détrempe sur vélin, D.A.G. Louvre, notice

Des oiseaux et des insectes, il y en a beaucoup dans cette allégorie de l’Hiver, qui ressemble à un cabinet de curiosités.
C’est tout un récit érudit de la vanité.
Dans le phylactère en haut est inscrite cette phrase :

      Le malheureux hiver de la vieillesse est raidi par la douleur et la vie chancelante arrive à son terme comme une bulle d’eau

On peut lire un commentaire détaillé de cette oeuvre dans le site du Louvre.
Au centre, la mort aux ailes de chauve-souris surmonte la noix, symbole de Jésus Christ. A la mort succède la résurrection, comme à l’hiver, le printemps renaissant.

Louise Abbéma ci-dessous, son allégorie s’est vidée des symboles, elle se veut avant tout décorative, avec les élégantes fleurs ou branches hivernales, le gui, le houx et l’ellébore.

Et le mimosa ?
À suivre !

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      Louise Abbéma, Allégorie de l’hiver, 1902-06, musée d’Orsay, notice

Une bête bien affable

Sir Edwin Henry Landseer, On n’est jamais mieux que chez soi, vers 1842, V&A Londres, notice et commentaire.

      On connaissait tellement bien tout le monde, à Combray, bêtes et gens, que si ma tante avait vu par hasard passer un chien « qu’elle ne connaissait point », elle ne cessait d’y penser et de consacrer à ce fait incompréhensible ses talents d’induction et ses heures de liberté.

      – Ce sera le chien de Mme Sazerat, disait Françoise, sans grande conviction, mais dans un but d’apaisement et pour que ma tante ne se « fende pas la tête ».

      – Comme si je ne connaissais pas le chien de Mme Sazerat ! répondait ma tante dont l’esprit critique n’admettait pas si facilement un fait.

      – Ah ! ce sera le nouveau chien que M. Galopin a rapporté de Lisieux.

      – Ah ! à moins de ça.

      – Il paraît que c’est une bête bien affable, ajoutait Françoise qui tenait le renseignement de Théodore, spirituelle comme une personne, toujours de bonne humeur, toujours aimable, toujours quelque chose de gracieux. C’est rare qu’une bête qui n’a que cet âge-là soit déjà si galante. Madame Octave, il va falloir que je vous quitte, je n’ai pas le temps de m’amuser, voilà bientôt dix heures, mon fourneau n’est seulement pas éclairé, et j’ai encore à plumer mes asperges.

      – Comment, Françoise, encore des asperges ! mais c’est une vraie maladie d’asperges que vous avez cette année, vous allez en fatiguer nos Parisiens !

      – Mais non, madame Octave, ils aiment bien ça. Ils rentreront de l’église avec de l’appétit et vous verrez qu’ils ne les mangeront pas avec le dos de la cuiller.

      – Mais à l’église, ils doivent y être déjà ; vous ferez bien de ne pas perdre de temps. Allez surveiller votre déjeuner.

    Marcel Proust, extrait de Du côté de chez Swann, Combray

Tableau au milieu du texte :
Sir Edwin Henry Landseer, Dignité et audace, 1839, Tate Gallery, notice et commentaire.

La tendre et désuète conversation entre la tante Léonie (veuve de son mari Octave donc appelée madame Octave) et Françoise sa cuisinière à Combray nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps encore, les chiens flânaient librement dans les villages. Certains étaient bien connus, appelés par leur nom, considérés comme des êtres à part entière, respectés, c’étaient des figures dans le village, ils faisaient partie du décor, participaient de l’âme du lieu, de son atmosphère.
Ces bonnes bêtes, couchées nonchalamment au milieu de la chaussée, ne se bougeaient qu’au troisième coup de klaxon, ne craignaient pas de se faire écraser. C’était à l’automobiliste d’attendre que l’animal, seul ou avec un compère, se lève pour élire un coin de trottoir. Ils avaient le tort de fouiller les poubelles qui n’avaient pas la hauteur des bennes actuelles, chapardaient, jappaient, animaient la rue.
C’était une autre vie, moins trépidante, encore moins sécuritaire et hygiénique.

Sir Edwin Henry Landseer, Miettes douteuses, 1858-1859, Wallace Collection Londres, notice.

Un cygne d’autrefois se souvient

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      Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
      Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
      Ce lac dur oublié que hante sous le givre
      Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !

      Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
      Magnifique mais qui sans espoir se délivre
      Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
      Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

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      Tout son col secouera cette blanche agonie
      Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
      Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

      Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
      Il s'immobilise au songe froid de mépris
      Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.

      Stéphane Mallarmé

Ce n’est pas un lac d’eau douce et glacée sur la photo, c’est un bras de mer que je contemplais dans la grisaille de décembre, un peu avant Noël. Le vent avait soufflé les dernières feuilles des arbres sur l’eau sombre, la constellant de points roux égayant un peu le cygne songeur.
Mes photos m’ont paru si banales que je voulais les supprimer, mais Noël est arrivé …

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Mon cher mari m’a offert un livre somptueux dont j’ose à peine parler tant il est précieux, extraordinaire, presque inaccessible.
Il mesure quarante centimètres de hauteur et pèse quatre kilos !

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imgp8651 Il s’agit d’un fac-similé et de la transcription en clair des premières épreuves corrigées de Un amour de Swann de Marcel Proust, livre publié en 1913.

En ouvrant cet immense ouvrage, que nos genoux seuls ne suffisent pas à soutenir, nous découvrons les belles gardes colorées, décorées d’un motif de tissu qui m’a aussitôt fait penser à la robe de madame Moitessier, que j’avais admirée à l’exposition du musée d’Orsay le 20 décembre.

Ce livre me replonge dans la belle exposition, par un effet de temps muséal retrouvé à travers l’image et le texte.

Motif du Second Empire bien inspiré, car Swann a vécu son amour avec Odette sous le règne de Napoléon III. On suppose que le narrateur de À la recherche du temps perdu est né en 1871 comme Proust, et Un amour de Swann rappelle le moment où Charles rencontre Odette, donc avant la naissance du narrateur. Mais dans la Recherche la chronologie est toujours floue.

Chaque page du livre est double, repliée, d’un coté se trouve le placard d’origine avec ses ratures, ses corrections, ses paperoles écrites de la main de Proust, et en face se trouve transcrit de façon lisible tout ce texte surajouté, annoté, biffé…

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Du temps, il va m’en falloir beaucoup pour tout relire d’un Amour de Swann.
Pour l’instant j’ai lu l’introduction de ce bel ouvrage, préface écrite par Charles Méla.
À elle seule elle vaut la peine d’ouvrir ce livre, car elle est merveilleusement élogieuse, poétique et instructive.
Elle rappelle que le nom de Charles Swann veut dire cygne bien sûr, la métaphore est ample et profonde.

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Amoureux, Swann se hâte souvent de quitter le dîner des Verdurin pour retrouver Odette dans l’île des Cygnes, sur le grand lac du Bois de Boulogne. Cette île des cygnes est l’un des signes de leur amour.

Le cygne est évoqué chaque fois qu’un être mortel, homme ou femme, a rêvé d’une union féérique.
Le narrateur aime par dessus tout Wagner, Lohengrin, Tannhaüser, et Lohengrin est tiré des vieilles légendes germaniques du Chevalier au Cygne.
Lohengrin, apparaissant dans une nacelle tirée sur le lac par un cygne, doit, à la fin de l’opéra, se séparer de son amour, Elsa.

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Le cygne symbolise l’illusion de l’amour, l’amour malheureux.
Dans la Recherche il n’y a pas d’amour heureux, et le cygne revient plusieurs fois, sous forme de nom, de poème, d’image érotique.
Le narrateur avait offert un yacht à son amie Albertine, et celle-ci voulait l’appeler Le cygne. Elle n’aura pas l’occasion de naviguer sur lui, elle meurt accidentellement.
Le narrateur lui avait écrit qu’il allait faire graver sur le bateau les vers du poème de Mallarmé qu’elle aimait tant : un cygne d’autrefois se souvient
Dans Albertine disparue, toute la strophe est reportée.

Ce sonnet de Mallarmé entre en résonance avec tout le roman de Proust.
Souvenirs, regrets d’une vie, travaux inachevés, rêves inaboutis, envols interrompus, tel le cygne pris dans le lac gelé de son ennui.

Ce cher Swann, que j’ai pu voir à l’expo du musée d’Orsay dans le grand tableau de James Tissot
(revoir ici), n’a pas fini d’occuper mes pensées avec ce livre majestueux.

Une immense photographie

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      Charles Aubry, photographie, 1864, tirage 45,7cm x 35,3cm, BnF, notice.

Marcel Proust s’intéressait à toutes les techniques et la photographie occupe une place privilégiée dans À la recherche du temps perdu.

Un passage très célèbre du Côté de Guermantes met en scène une photographie qu’apporte Swann à madame de Guermantes. Il s’agit des dernières pages du volume, celles, cruelles, qui montrent les fameux souliers rouges de la duchesse, souliers qui sont liés à la mort de Swann et à l’égoïsme sans borne du duc de Guermantes.

    « Vous verrez Oriane tout à l’heure, me dit le duc quand je fus entré. Comme Swann doit venir tout à l’heure lui apporter les épreuves de son étude sur les monnaies de l’Ordre de Malte, et, ce qui est pis, une photographie immense où il a fait reproduire les deux faces de ces monnaies, Oriane a préféré s’habiller d’abord, pour pouvoir rester avec lui jusqu’au moment d’aller dîner. Nous sommes déjà encombrés d’affaires à ne pas savoir où les mettre et je me demande où nous allons fourrer cette photographie.

    Marcel Proust, Le Côté de Guermantes, II, II.

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Cette photographie n’intéresse pas du tout le duc, d’ailleurs il ne s’intéresse pas à grand chose à partir du moment où cela ne le met pas en valeur lui-même.
Cette photo est trop grande, encombrante, encore une lubie de la duchesse, et par chance pour le duc, sa femme la mettra dans sa chambre à coucher, il ne la verra donc jamais. On sait que le duc et la duchesse sont sur le point de divorcer, ils ne vont plus l’un dans la chambre de l’autre.

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      Emmanuel Sougez, Château de cartes, 1928, photographie, BnF, notice.

Mais cette photo, qui rassemble les côtés pile et face des médailles, est très intéressante en elle-même.
Comment le photographe, à la demande de Swann, a-t-il procédé pour la prendre ? La scène se déroule à la toute fin du XIXème siècle.
Pas de photoshop et de copié-collé à l’époque !
Quel format ?
Cette photo immense était-elle ce qu’on nomme un poster aujourd’hui, de l’ordre du format A2 ou abribus ?!
Quel type de reproduction ? Quel procédé photomécanique ?
Héliogravure ?
Le site du musée Niepce donne des pistes sur cette page.

On sait que le progrès technique de la photographie depuis sa création visait d’abord à réduire le négatif. La plaque de verre ou le négatif souple étaient au début grands comme une carte postale, on chercha à créer le petit format, en rouleau, le 24×36 …
Mais comment faisait-on pour agrandir les photos ?
Marcel Proust aurait pu nous expliquer !

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      Emmanuel Sougez, Trois poires, photographie, 1934, BnF, notice.

À la recherche des pas perdus

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C’est un écrivain original, fantasque, étonnant, spontané et généreux, amazing disent en un mot les Anglais, que j’ai rencontré il y a dix jours, il présentait son roman qui lui ressemble, un livre hors du commun.
C’est l’histoire d’un spectateur, de quelqu’un qui a assisté aux répétitions et aux premières séances d’un spectacle de danse créé dans un théâtre d’Anvers.
Anvers est aussi une ville surprenante, entre traditions et avant-garde.

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      Fernand Léger, La danseuse bleue, 1930, Centre Pompidou,notice.

Ce spectacle était Myth de Sidi Cherkaoui, dansé et créé en 2006,
et l’écrivain, Joël Kerouanton, dix ans plus tard, publie son regard intime de cette oeuvre.
Il lui a fallu dix ans pour tout noter, recueillir, trouver les mots, défricher sa pensée, et comme il dit, la force d’une danse, c’est le temps nécessaire pour en énoncer les mots.
Ce spectacle dansé dut être puissant !

Joël Kerouanton est spectateur et aime scruter l’âme du spectateur,
il a rédigé l’amusant et virtuel Dico du Spectateur.

51sm5xk3xhl-_sx393_bo1204203200_ Voici son roman :
Myth[e] roman dansé
éd. L’oeil du souffleur

De ses innombrables notes il a extrait la quintessence, un petit livre qui dit l’expérience d’un spectateur assis dans un canapé (rouge magenta) installé presque sur scène, au plus près des danseurs répétant la pièce, qui est alors un work in progress.
Au fur et à mesure des répétitions et représentations la danse, en effet, évolue, mûrit, cette oeuvre mouvante n’est pas définitive.
Il fut frappé de voir que les corps dansants pensaient, il se devait de raconter cette pensée du corps par le corps.

Je repensais moi-même en le lisant à cette question philosophique :
Ai-je un corps ou suis-je mon corps ?.

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      Edgar Degas, Danseuse en maillot, vers 1896, pastel, musée d’Orsay, notice

    Ecrire, écrire tout ça, écrire ce spectacle en train de s’écrire lui-même sur scène.
    La danse, très corporelle, charnelle, est aussi un art abstrait, intellectuel et éphémère, instantané, l’écriture n’est-elle pas le meilleur moyen de le fixer de manière sûre dans le temps, alors que le film, l’image numérique, ne sont pas certains de durer ?
    Myth[e] était un spectacle vivant et mortel, qui s’arrêtait quand les danseurs quittaient la scène, il fallait une littérature des jambes pour pouvoir le retrouver.

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        Frantisek Kupka, Deux danseuses, 1905, Centre Pompidou, notice

    Ce spectacle était apparemment très riche d’images, profus, peut-être confus, l’écrivain a dépecé ses notes pour livrer un récit de danse très dense, un roman dansé condensé, peut-être aurait-il pu nous laisser plus encore de ces traces ancrées dans sa mémoire, encrées dans son grimoire, traces hélas fugitives du grand livre qui s’écrivait sur scène avec les corps.

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        Edgar Degas, Danseuse espagnole et étude de jambes, vers 1882, pastel, musée d’Orsay, notice.

    Joël Kerouanton écrit :
    Certes, l’expérience chorégraphique se poursuivait, gravée dans les mémoires et les corps, avant de s’effacer avec le temps ;

    Cette notion du temps qui efface la mémoire, m’a bien sûr rappelé Marcel Proust. La Recherche est l’histoire d’un écrivain qui comprend que seule l’écriture lui permettra de retrouver ce que le Temps a effacé, perdu.
    J’en ai parlé avec l’auteur. En posant des mots sur tout ce qu’il a vu, ressenti, il a fait preuve d’un élan proustien. Et le fait qu’il s’intéresse autant à la position du spectateur, parfois plus qu’au spectacle lui-même, montre aussi son côté Marcel, car dans À la recherche du temps perdu, le narrateur est spectateur, du théâtre vivant de la société, et aussi du théâtre sur scène, devant son actrice fétiche, La Berma, en observant très finement les spectateurs autour de lui.

    Joël Kerouanton m’a dit qu’il essaierait un jour de lire la Recherche, mais la tâche lui semble ardue. Alors, avant d’attaquer la montagne dans son intégralité, je lui conseille vivement la lecture de la version concentrée :

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        Laurence Grenier, Proust pour tous, en 500 pages au lieu de 3000, éd. La Spirale. en vente ici.

    Les Dames des Roches Noires

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      Claude Monet, Hôtel des Roches Noires Trouville, 1870, musée d’Orsay, commentaire

    Ici à l’hôtel des Roches Noires, chaque après-midi, en été, des dames, âgées déjà, se retrouvent sur la terrasse et parlent. On les appelle les Dames des Roches Noires. Tous les jours, tous les après-midi de l’été. On peut parler de sa vie toute sa vie, la vie est considérable.
    monetrno Ces femmes parlent sur la terrasse près de la mer, jusqu’à la fraîcheur, jusqu’au crépuscule. Souvent d’autres gens passent et écoutent. Parfois elles les invitent à rester avec elles. Ce sont des femmes qui racontent les événements de leur vie et ceux des autres vies, des autres existences, d’une façon incomparable. Dressées sur les décombres de la guerre, elles parlent depuis 40 ans de l’Europe centrale. Il y a des gens qui se retrouvent là, chaque année, dans ce grand hôtel au bord de la Manche. Pour ça, parler.
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    Elles avaient entre vingt et trente cinq ans en 1940. Elles habitent à Passy en France pour quelques unes. Des dames, ce mot ne veut rien dire si on ne connaît pas celles de la Manche.

    L’été, elles rebâtissent l’Europe, à partir de leurs réseaux d’amitiés, de rencontres, de relations mondaines et diplomatiques, des bals de Vienne, de Paris, des morts d’Auschwitz, de l’exil.

    Proust venait quelquefois dans cet hôtel. Certaines ont dû le connaître. C’était la chambre 111 sur la mer. Ici. C’est comme si Swann était là dans les couloirs. C’est quand elles sont de très jeunes filles que Swann passe.

    Marguerite Duras,
    Les Dames des Roches Noires
    extrait de : « La vie matérielle »
    1987

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    Avec son style très personnel et séduisant Marguerite Duras revient à Trouville. Rêveries, nostalgie, poésie et petit bavardage, c’est beau.
    La vie matérielle est un recueil de courts textes intimistes qui se lit avec plaisir.
    Marguerite Duras a vu de ses propres yeux les yeux de vieilles dames qui ont, peut-être dans leur jeune âge, vu Marcel Proust. Des yeux pâlis qui ont croisé autrefois ceux de Marcel et par lui ceux de Swann. Un temps, un roman retrouvés.

    Aujourd’hui ce n’est plus possible, ces dames-là ne sont plus de notre monde. On ne peut plus voir que la chambre, la mer, la plage, inchangées, que les yeux de Marcel ont observées, analysées, décrites.

    Le tableau dans le texte est :
    Renoir, Deux jeunes filles, 1919, MFA Philadelphie, notice.

    Rêveries onomastiques

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    Bayeux si haute dans sa noble dentelle rougeâtre et dont le faîte était illuminé par le vieil or de sa dernière syllabe ; Vitré dont l’accent aigu losangeait de bois noir le vitrage ancien ; le doux Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’oeuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ; Lannion avec le bruit, dans son silence villageois, du coche suivi de la mouche ; Questambert, Pontorson, risibles et naïfs, plumes blanches et becs jaunes éparpillés sur la route de ces lieux fluviatiles et poétiques ; Benodet, nom à peine amarré que semble vouloir entraîner la rivière au milieu de ses algues ; Pont-Aven, envolée blanche et rose de l’aile d’une coiffe légère qui se reflète en tremblant dans une eau verdie de canal ; Quimperlé, lui, mieux attaché et, depuis le moyen âge, entre les ruisseaux dont il gazouille et s’emperle en une grisaille pareille à celle que dessinent, à travers les toiles d’araignées d’une verrière, les rayons de soleil changés en pointes émoussées d’argent bruni.

    Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Nom de pays : le nom.

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    Pardon pour ces quatre articles de la semaine certes un peu trop « proustifiants » !

    M’intéressant au dessein de l’écriture, je constate que celle-ci peut seule expliquer bien des sensations, comme par exemple les images que font naître les sonorités très variées des noms propres.
    Dans À la recherche du temps perdu, le jeune narrateur prend le train, ou plutôt s’imagine prendre le train, pour se rendre à Balbec, selon un circuit qui sillonnerait la Bretagne et la Normandie, et pousserait jusque dans le Finistère. Au passage, on remarque là un vestige dans le roman de l’idée de Proust de situer Balbec à Beg-Meil. Les noms des villes, dans lesquelles le train s’arrête, le font imaginer ces cités selon leurs seuls noms, sonores et colorés.
    Il voit ainsi un vitrail dans Vitré, des reflets gris perle dans Quimperlé, une embouchure mouvante dans Bénodet … c’est très poétique.

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    Certains écrivains inventent pour leurs romans des noms propres qui condensent en eux-mêmes toute la magie de l’écriture.
    Balzac, par exemple, me fascine avec Mme de Bargeton née Nègrepelisse, Diane de Maufrigneuse (là je ris), Mme de Mortsauf à Clochegourde (rire encore), Rastignac, Vandenesse, Rubempré, pleins de vanité gourmée, Gobseck, Vattebled …

    Dans le même art de l’harmonie entre le nom et le personnage, je citerai Patrick Modiano qui étire des ribambelles de patronymes aussi typiques d’une certaine époque que les quartiers de Paris où les personnages évoluent : Paul Chastagnier, Jean Daragane, Jeannette Gaul, Gérard Marciano, Raymond Casterade, Lucien Lacombe … sans des noms comme ça, aux couleurs acidulées, grinçantes ou défraîchies des années quarante à soixante, on ne lirait pas du Modiano !

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    Ecrire

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    Ecrire, pourquoi écrire ?
    Ecrire comment, au sujet de quoi, avec quoi ?
    Ecrire, la raison d’être écrivain.
    Ecrire, la seule solution pour partir À la recherche du temps perdu.
    Ecrire dans un lieu à soi, avec du temps, et de quoi vivre, précise Virginia Woolf.
    Ecrire, la seconde partie des Mots de Jean-Paul Sartre.
    Ecrire, le livre émouvant de Marguerite Duras.
    Ecrire, l’essence des journaux intimes de tant d’écrivains.
    Ecrire la vie comme Annie Ernaux.
    Ecrire, tout un style, selon Queneau, Pérec …
    Ecrire, augmenter le réel, a titré Valentine Goby pour sa chronique hebdomadaire dans La Croix de jeudi dernier.
    Ecrire …

    Ecrire, j’ai choisi ce vaste sujet de discussion et d’écriture pour nos prochaines réunions des Vents m’ont dit autour des mots.

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        Honoré de Balzac, brouillon de La femme supérieure, BnF manuscrits

      écouter et regarder le petit documentaire sur le travail d’écriture sur cette page.

    Rire, écrire, je m’aperçois que deux lettres s’ajoutent à rire pour écrire, et tous deux sont le propre de l’homme.
    Stylet, doigt, plume, machine, clavier, écran, logiciel, internet, l’évolution de l’écriture n’est pas finie …

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    Il y avait un concours de nouvelles en octobre sur le site aufeminin.com, en partenariat avec la revue Muze que j’aime beaucoup.
    Les thèmes d’écriture proposés étaient :

    1. Tout a commencé sur snapchat
    2. Voilà un an que j’avais semé cette graine
    3. Rien ne serait plus jamais comme avant
    4. C’était la photo parfaite

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    Je ne voulais pas concourir parce que la consigne était de ne pas dépasser 3000 signes, espaces comprises. Je n’ai pas beaucoup de temps pour écrire, encore moins pour compter ! Je n’avais aucune idée du nombre total qu’un texte peut donner.
    Et puis j’ai découvert que sur le site, il fallait écrire directement son histoire dans le cadre prévu à cet effet, et celui-ci était équipé d’un compteur de signes et d’espaces. Alors j’ai spontanément rédigé une nouvelle qui dut être courte, bien plus courte que je le souhaitais !

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    Goût proustien s’abstenir !
    C’est difficile d’écrire très court, de faire des coupes claires dans une histoire qu’on aimerait développer. L’écriture sur internet, comme le traitement de texte sur PC, ne laisse aucun brouillon, aucune trace des tentatives précédentes, aucun repentir.
    Si Marcel avait écrit sur un écran, on n’aurait pas su que longtemps il a hésité pour son incipit, il l’a barré, remplacé, puis repris.

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    Mon texte est ici en ligne.
    Comme il ne se glisse pas dans le moule du correctement laïc (« laïquement correct » n’est pas une bonne orthographe, me dit l’ordi !), j’ai mis toutes les chances contre moi pour être sélectionnée !
    J’ai beaucoup aimé cette expérience déroutante et instructive.

    Toute ressemblance avec Grillon du Foyer est en partie fortuite ! Mais cette idée de ressemblance me ramène à Proust encore, à la deuxième phrase de son gigantesque roman, dans Du côté de chez Swann. Le narrateur, qui de bonne heure longtemps s’est couché, réfléchit en somnolant à ce qu’il vient de lire pour s’endormir, et s’identifie à tout ce qu’il vient de lire. Il est lui-même le paysage, le personnage, l’atmosphère, le sentiment décrits … il est le contenu du roman incarné. Le sommeil + la lecture lui donnent l’impression d’être ce qui est écrit. Etrange, cette transsubstantiation littéraire, non ?

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