l’envers et l’endroit dans l’art floral

      Joseph De Bray, Fleurs autour d’une bouteille de porcelaine sur un bloc de marbre, 1661, musée royaux des beaux arts de Belgique, notice.

Ce tableau était autrefois attribué à l’artiste espagnole du XVIIème siècle Josepha de Obidos. Josepha est devenue Joseph !

La composition de ce petit tableau de fleurs, que j’ai trouvé dans le site des musées de Bruxelles, m’étonne.
Un bouquet de fleurs dans un vase offre en général un mouvement ascendant, les fleurs se dressent vers les hauteurs du tableau, occupent et animent le fond sombre et vide, le bouquet s’ouvre en un feu d’artifice pointant vers le ciel.
Ici, le bouquet n’est pas dans le vase, pas encore. Les fleurs se dirigent vers le bas, ornent l’entablement. Le haut du tableau reste obstinément vide, obscur. La chute des lis est magnifique. L’un d’eux se redresse et capte la lumière comme un astre. Le bouquet vu ainsi du dessus semble jaillir du tableau dans un élégant raccourci.

Le titre du tableau mentionne une bouteille, mais il s’agit d’un vase à col long et fin, comme dans le tableau de Chardin auquel j’ai pensé aussitôt :

    J.B.S. Chardin, Un vase de fleurs, début des années 1760, NG of Scotland Edimbourg, notice et commentaire

.

Dans les deux oeuvres, qu’un siècle sépare, le vase à décor bleu vient de Delft peut-être, la porcelaine est beaucoup moins périssable que les fleurs !

Une valse à trois temps

      Henri Matisse, La nappe rose, 1924-1925, Kelvingrove Museum Glasgow, notice.

Hier, dimanche rose, jour de joie sur le chemin vers Pâques.
J’ai repensé à ce tableau de Matisse que j’avais aimé et photographié au musée de Glasgow.
Le site du musée n’en donne hélas pas de reproduction.

Hier aussi, passage à l’heure d’été.

Le changement d’heure est aujourd’hui centenaire en France.

L’heure d’été fut instituée par une loi votée le 19 mars 1917. Marcel Proust en parle précisément dans Le Temps retrouvé : revoir ici.

Le changement d’heure disparut en 1945, ressuscita en 1976. Mais, changement ou pas, cela ne change rien au cycle du temps.

Comme dit Michel Serres, la montre qui indique l’heure est un planétarium de poche.
Elle imite la rotation de la Terre autour du Soleil, elle nous donne le temps de Newton, temps stable qui ne change pas au cours des siècles.
Le temps du chronomètre.

Cependant la montre qui fait tic-tac s’use, se dérègle, réclame des soins, demande à être changée pour donner l’heure. C’est là, en ce qui la concerne, un autre temps, le temps qui coule, de la source vers l’embouchure, de la jeunesse à la vieillesse, de la naissance à la mort. C’est ce deuxième temps, à la recherche duquel Marcel était parti.
Le temps de l’entropie.

Mais le renouvellement, la renaissance, le printemps, permet d’inverser en quelque sorte l’entropie, c’est le temps de Darwin.

Et puis, chez nous, francophones, et dans d’autres pays latins, le temps est aussi terriblement changeant. Il faut parfois consulter ses prévisions pour agir dans les temps, pour choisir le bon moment. Voilà un troisième temps.
Le temps du baromètre.

La météo intervient donc dans l’emploi du temps horaire. C’est peut-être pourquoi nous n’avons qu’un mot pour ces deux temps, alors que les Anglo-saxons ont Weather-time, Wetter-Zeit.

L’heure d’été est arrivée au jour rose du quatrième dimanche de carême, c’est le beau temps !

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    Edouard Vuillard, La chambre rose, 1910-1911, NG Edimbourg, notice.

Ancolies, soucis, pensées …

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    Albert Edelfelt, Fleurs dans un vase, 1873, Finnish National Gallery Helsinki, notice.

Je pourrais composer le même bouquet avec les fleurs de mon jardin. Je préserve les fleurs sauvages, ce qui ajoute au désordre des parterres brouillons, improvisés et multicolores, et les ancolies dressent leurs hautes et délicates tiges un peu partout.

Le mot ancolie est issu du bas latin aquileia, qui serait dérivé, on le devine, de aquila, aigle.
Pourquoi associerait-on cette fleur à l’oiseau ?
Peut-être parce qu’elle présente une courbe comme le bec aquilin.

En français, le mot s’est nasalisé de acolie en ancolie, peut-être pour se rapprocher du mot mélancolie.
Cette fleur est en effet un symbole du sentiment de mélancolie.

Signac a-t-il posé cette fleur auprès de la femme à l’ombrelle pour indiquer son caractère mélancolique ? Le commentaire dans le site du musée d’Orsay ne le dit pas, mais cette femme, qui devint l’épouse du peintre un peu plus tard, était peut-être encline au sentiment de tristesse intermittente.

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Fleurs et sentiments entremêlent leurs noms …

Le mot de la fleur, souci, est issu du bas latin solsequia, qui suit le soleil.
Ce n’est pas la même étymologie que le souci issu du verbe soucier, mais les deux mots s’écrivent de la même façon.
Dans le langage des fleurs, le souci porte aussi le symbole de la mélancolie.

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    Eugène Delacroix, Etudes de fleurs : soucis, hortensias, reines-marguerites, D.A.G. Louvre, notice.

Alors, bien sûr, dans le registre des sentiments fleurs, on pense à la pensée.

Aujourd’hui mes pensées sont sauvages, légères, buissonnières !

      Ecole buissonnière

      Ma pensée est une églantine
      Eclose trop tôt en avril,
      Moqueuse au moucheron subtil
      Ma pensée est une églantine ;
      Si parfois tremble son pistil
      Sa corolle s’ouvre mutine.
      Ma pensée est une églantine
      Eclose trop tôt en avril.

      Ma pensée est comme un chardon
      Piquant sous les fleurs violettes,
      Un peu rude au doux abandon
      Ma pensée est comme un chardon ;
      Tu viens le visiter, bourdon ?
      Ma fleur plaît à beaucoup de bêtes.
      Ma pensée est comme un chardon
      Piquant sous les fleurs violettes.

      […]

      Ma pensée est un perce-neige
      Qui pousse et rit malgré le froid
      Sans souci d’heure ni d’endroit
      Ma pensée est un perce-neige.
      Si son terrain est bien étroit
      La feuille morte le protège,
      Ma pensée est un perce-neige
      Qui pousse et rit malgré le froid.

      Charles Cros, recueil Le collier de griffes.

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      Alexandre Séon, La Pensée, vers 1899, collection Lucile Audouy.

Si les fleurs n’étaient que belles sous nos yeux

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Si les fleurs n’étaient que belles sous nos yeux, elles séduiraient encore ; mais quelquefois leur parfum entraîne, comme une heureuse condition de l’existence, comme un appel subit, un retour à la vie plus intime. Soit que j’aie cherché ces émanations invisibles, soit surtout qu’elles s’offrent, qu’elles surprennent, je les reçois comme une expression forte, mais précaire, d’une pensée dont le monde matériel renferme et voile le secret.

Senancour, extrait de Oberman, supplément de 1833.

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      Childe Hassam, Cueillette de fleurs dans un jardin français, 1888, musée de Worcester, notice .

Il y a trois ans précisément, j’utilisai ce tableau ce tableau de Childe Hassam pour recopier un passage de Du côté de chez Swann, celui où le jeune narrateur évoque sa lecture au jardin, sous les marronniers de Combray : revoir sur cette page.

Cette année je découvre ce passage du roman le plus célèbre de Senancour, Oberman, et je reprends ce tableau de Hassam, plein de fleurs.
Senancour est oublié aujourd’hui, consultons sa page wiki , on y lit que Proust aimait le lire, et en effet, on ressent un écho entre ces fleurs odorantes de Senancour et les marronniers du petit Marcel.

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    Johan Fredrik Krouthen, Vue d’un jardin, 1887-1888, Nationalmuseum Stockholm, notice.

Les fleurs ne sont pas que belles, ne sont pas que décoratives, elles invitent à la réflexion intime, leur parfum aide à se remémorer, à se laisser traverser de sensations diverses, à descendre dans son moi profond, instinctif, enfantin, à percer le mur opaque du monde matériel …

Comme les marronniers de Combray, les fleurs du jardin encadrent et enjolivent la lecture et ses heures silencieuses, sonores, odorantes et limpides

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Le visage entier dans la moitié du foubi

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      Clémentine-Hélène Dufau, Portrait de l’artiste, 1911, musée d’Orsay, notice.

Dans ce charmant autoportrait ci-dessus, je vois personnellement un autre visage, très souriant, à l’arrière plan du tableau, dessiné sur le vase de fleurs, comme un smiley.

Cette illusion d’optique, tendance à discerner un élément clair et identifiable dans un motif ambigu, s’appelle une paréidolie.
Du grec para, auprès de, et eidolon, apparence, forme.

J’ai appris ce mot dans la revue La moitié du fourbi qui est consacrée, ce premier semestre 2016, au thème du visage.

couv3 Le site de cette revue est ici.

Il y a beaucoup à lire dans ce petit livre qui offre à la fois littérature et appels d’air.

Une vingtaine d’écrivains rédigent chacun un texte plus ou moins long sur un même thème. Cela peut être un essai historique, une nouvelle littéraire, un reportage scientifique, de la poésie …
Le lecteur doit se laisser surprendre au fil des pages. Et j’aime énormément cet effet de surprise, de découverte, d’ouverture d’esprit sur des domaines très variés.

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Il est ainsi question, autour du visage, des portraits du Fayoum, de la photo d’identité, de la découverte des visages congelés de marins morts au XIXème siècle dans l’Antarctique, du portrait-robot, du phénomène du selfie … ces textes sont vraiment originaux et captivants.
Tout ce fourbi de mots ne me passionne pas qu’à moitié !

autoportrait5 Cet été au musée des beaux arts de Quimper se tiendra une exposition de visages conservés au musée d’Orsay, ceux des artistes se peignant eux-mêmes.

On pourra explorer tout le mystère de l’autoportrait.

La présentation de cette expo se trouve ici.

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L’autoportrait pictural aurait-il le même but, la même démarche personnelle, qu’a aujourd’hui l’égoportrait, le selfie ? Comme nous l’explique la revue, ce dernier mot, néologisme entré dans l’Oxford Dictionary comme mot de l’année en 2013, est composé de self et du diminutif affectueux ie.
La pratique du selfie connaît un déploiement fulgurant dans les réseaux sociaux.

Quelle différence y a-t-il entre le selfie et l’autoportrait ?
Le selfie, photo de soi prise par soi, se donne au langage, s’accompagne d’un hashtag qui le fait « remonter », circuler, et il s’entoure de commentaires, de soi d’abord et des autres ensuite. Le selfie vise à provoquer la conversation, dit fort justement Agathe Lichtensztejn, et cette conversation se fait avec un très large public.

autoportrait3 L’autoportrait pictural demande un travail introspectif, alors que le selfie est instantané ; il a l’idée d’immortaliser son image, alors que le selfie est volatil, périssable, pris ici et maintenant, et cet instant précis devient le sien, sa petite minute de célébrité.

Je pense que si les peintres, depuis des siècles et des siècles, avaient toujours accompagné leurs autoportraits de leurs commentaires du moment, bien écrits et blottis dans un endroit impérissable du châssis par exemple, ce serait infiniment précieux pour l’histoire de l’art. On dirait alors que l’autoportrait vise à enrichir la conservation publique.

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Lilas

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      Otto Franz Scholderer, Lilas, NG Londres, notice

Pendant la saison du lilas, le temps m’a manqué pour savourer un certain proustillage, le voilà aujourd’hui …

Le narrateur se promène le long du parc de monsieur Swann :

    Avant d’y arriver, nous rencontrions, venue au-devant des étrangers, l’odeur de ses lilas. Eux-mêmes, d’entre les petits coeurs verts et frais de leurs feuilles, levaient curieusement au-dessus de la barrière du parc leurs panaches de plumes mauves ou blanches que lustrait, même à l’ombre, le soleil où elles avaient baigné. Quelques-uns, à demi cachés par la petite maison en tuiles appelée maison des Archers, où logeait le gardien, dépassaient son pignon gothique de leur rose minaret. Les Nymphes du printemps eussent semblé vulgaires, auprès de ces jeunes houris qui gardaient dans ce jardin français les tons vifs et purs des miniatures de la Perse.

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Claude Monet, Lilas temps gris, 1872-1873, musée d’Orsay, notice

    Malgré mon désir d’enlacer leur taille souple et d’attirer à moi les boucles étoilées de leur tête odorante, nous passions sans nous arrêter, mes parents n’allant plus à Tansonville depuis le mariage de Swann, et, pour ne pas avoir l’air de regarder dans le parc, au lieu de prendre le chemin qui longe sa clôture et qui monte directement aux champs, nous en prenions un autre qui y conduit aussi, mais obliquement, et nous faisait déboucher trop loin. Un jour, mon grand-père dit à mon père :

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Vincent van Gogh, Lilas, 1889, Ermitage Saint Pétersbourg, notice

    – Vous rappelez-vous que Swann a dit hier que, comme sa femme et sa fille partaient pour Reims, il en profiterait pour aller passer vingt-quatre heures à Paris ? Nous pourrions longer le parc, puisque ces dames ne sont pas là, cela nous abrégerait d’autant.

    Nous nous arrêtâmes un moment devant la barrière. Le temps des lilas approchait de sa fin ; quelques-uns effusaient encore en hauts lustres mauves les bulles délicates de leurs fleurs, mais dans bien des parties du feuillage où déferlait, il y avait seulement une semaine, leur mousse embaumée, se flétrissait, diminuée et noircie, une écume creuse, sèche et sans parfum. Mon grand-père montrait à mon père en quoi l’aspect des lieux était resté le même, et en quoi il avait changé, depuis la promenade qu’il avait faite avec M. Swann le jour de la mort de sa femme, et il saisit cette occasion pour raconter cette promenade une fois de plus.

    Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Combray

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      Edouard Manet, Lilas blanc, vers 1882, Nationalgalerie Berlin, notice

Le lilas de Perse devient un authentique persan dans la description de Proust.
Ses grappes florales pyramidales, l’écrivain ne l’a pas dit, s’appellent des thyrses dont elles ont la forme, car à l’origine, le thursos était le bâton entouré de lierre ou de feuilles de vigne surmonté d’une pomme de pin, que portaient les bacchantes, et c’était l’attribut de Bacchus.
Il est vrai que le parfum du lilas est particulièrement enivrant.

Les lilas finissants rendent nostalgique le grand-père, ce crépuscule des fleurs lui rappelle le deuil de monsieur Swann. Les parfums se chargent toujours de souvenirs.

      Mary Cassatt, Vase de lilas à la fenêtre, Met New York, notice

Magie noire de la violette

Les violettes, chères à l’Impératrice Eugénie, me font revenir à Huysmans et son livre À rebours, un livre où les couleurs occasionnent d’exceptionnelles descriptions.

Au tout début du livre, le héros excentrique, Des Esseintes, plante dans son gilet un bouquet de violettes en guise de cravate, et décore sa salle à manger tout en noir pour donner un repas de deuil, où tous les mets seront noirs ( caviar, boudin, sauce au réglisse, truffes, pain de seigle, mûres, guignes …)


      Dans la salle à manger tendue de noir, ouverte sur le jardin de sa maison subitement transformé, montrant ses allées poudrées de charbon, son petit bassin maintenant bordé d’une margelle de basalte et rempli d’encre et ses massifs tout disposés de cyprès et de pins, le dîner avait été apporté sur une nappe noire, garnie de corbeilles de violettes et de scabieuses, éclairée par des candélabres où brûlaient des flammes vertes et par des chandeliers où flambaient des cierges.

      J.-K. Huysmans, extrait de À rebours, chapitre I

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Edouard Manet, Bouquet de violettes, 1872, collection particulière

La couleur des violettes varie du mauve presque bleu ciel au violet foncé. Dans le portrait de Berthe Morisot, Manet s’était livré à l’art magistral du noir, couleur difficile à travailler mais riche de nuances, et il prit un bouquet de violettes pour rester dans une gamme très sombre.
Au moyen-âge, le violet s’appelait subniger, sous-noir ou demi-noir. C’est la couleur du demi-deuil, du deuil qui s’éloigne.

La présence du bouquet de violettes dans le tableau de Tissot à Compiègne (le revoici ci-dessous) est symbole de demi-deuil puisque l’Empereur Napoléon III est mort au début de l’année précédente à Chilslehurst.

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James Tissot, Le Prince impérial et sa mère à Chilslehurst Campden Place, 1874, Château de Compiègne, notice

Le violet était la couleur des dames âgées, et c’est la couleur liturgique de la pénitence, de l’Avent et du Carême.
Sobre violette.

Voilà une autre célèbre chanson qui rappellera à Syl sa grand-mère …

Violettes impériales

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Une journée entière au palais impérial : lundi dernier, j’ai suivi quatre visites guidées dans le château de Compiègne et toutes ces heures passées principalement dans le second Empire m’ont enchantée.

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Ma petite-fille, âgée de dix jours seulement, a assisté, avec la plus grande sagesse, à deux visites, et je lui ai prédit que plus tard elle serait conservatrice de musée. C’est le grand bonheur que je lui souhaite.

Durant mes visites, j’ai personnellement remarqué un détail : la couleur parme.

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Le vert émeraude était la couleur de Napoléon 1er, le rouge rubis semblait celle de Napoléon III, le rose fut sans doute la couleur de l’impératrice Joséphine à la Malmaison (mais elle n’a pas séjourné à Compiègne), quant à l’impératrice Eugénie, sa fleur favorite était la violette, et elle aimait se parer de sa couleur.

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Voici Eugénie de Montijo, ci-dessus au centre d’un tableau dont j’ai oublié l’auteur, dans une robe parme, qui me fait penser à Odette de Crécy, et à la douceur stendhalienne.
Certaines couleurs ont marqué la mode à une époque précise. On se souvient du ton orange des années 1970. Cent ans auparavant, c’était le mauve.

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La violette, petite fleur sauvage qui symbolise la modestie, la timidité, la pudeur, devient impériale, quelle promotion !
L’amour est un bouquet de violettes, chantait Luis Mariano, et on le trouve dans certains tableaux, comme celui de Chassériau, peint l’année où Napoléon III devint président de la République :

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      Théodore Chassériau, Portrait de Melle de Cabbarrus, 1848, musée des beaux arts Quimper, notice

L’impératrice Eugénie est aussi accompagnée d’un gros bouquet de violettes dans ce tableau de James Tissot, conservé au château de Compiègne et peint en 1874 :

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L’impératrice est en deuil, elle est veuve, Napoléon III meurt en janvier 1873, et elle est ici avec son fils unique, Louis-Napoléon Eugène, qui mourra en 1879.
La scène se passe en automne, je suppose que ces innombrables violettes avaient poussé en serre …

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Voici sur cette page une photo plus nette que la mienne !

Au château de Compiègne, on peut admirer le célèbre portrait de l’impératrice et de ses dames d’honneur :

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C’est une merveille, un festival de fleurs, de couleurs, et d’étoffes.
Il s’agit de l’oeuvre de Winterhalter, portraitiste de la famille impériale.
La notice et le commentaire du tableau se trouvent ici.

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L’impératrice Eugénie surplombe légèrement le groupe de ses dames d’honneur. Des noeuds de satin mauve agrémentent sa robe. Un lilas mauve fleurit près du parterre de dames impériales. Des bouquets parent les corsages, et un bouquet de violettes décore la robe jaune, le violet étant la couleur complémentaire du jaune.

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Je me serais volontiers longuement attardée devant ces toilettes magnifiques. À cette époque, la machine à coudre permet l’abondance de volants, de froufrous, de ruchés, de raffinements de couture qui se réalisent désormais bien plus rapidement.

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Dans la boutique du musée, je me suis fait une réelle violence de ne pas m’offrir un flacon d’eau de toilette aux violettes impériales, mais je sens (oh oui, je subodore) que lors de ma prochaine visite chez ma petite-fille, je céderai à ce plaisir olfactif !

Comme le printemps commence aujourd’hui et que les violettes constellent les prés et les talus, écoutons Luis Mariano !

Livres arc-en-ciel

      Roger de la Fresnaye, Livres sur un guéridon, mba Dijon, notice

      Livres machines
      livres murmures
      livres étoiles
      pour les rois mages
      livres voyages
      livres réveils
      livres futurs

    Michel Butor, avant-dernière strophe du poème À dessein, recueil Sous l’écorce vive, éd. de Fallois, 2014.

butorecorce Butor, j’adore ! Je ne connaissais pas sa poésie. Celle-ci date de l’année 2008.
Sous l’écorce vive se cachent des mots et des images d’une poésie très personnelle, originale, attachante, les cinq sens sont éveillés et le livre demande à être rouvert et relu à tout moment.
Livre offert à Noël, livre d’oreiller, de couette, de voyages autour de ma chambre.

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      Albert Besnard, Madeleine Gorges, 1872, musée d’Orsay, notice

Le père Noël m’a apporté des livres, et des livres, et beaucoup de livres qui font ma joie, une joie de petite fille qui reçoit de bien beaux livres. Les livres rendent l’hiver merveilleux. Il pourra faire froid, je serai protégée comme les plantes fragiles sous un bon tas de feuilles !
Livres d’art, catalogues d’exposition, de musée, roman, recueil de poésie, livre de cuisine associée à la littérature, guide de voyage, ces pages dans tous les domaines me donnent des ailes et me mettent aux anges.

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Maxime Maufra, Nature morte de fleurs avec vase et livres, 1881, musée d’Orsay, notice

Les livres s’offrent, comme les fleurs et les bonbons, ils parfument, ils nourrissent, purs délices, impérissables. J’en ai aussi glissé beaucoup sous le sapin, des livres frissons, livres couleurs, livres d’amour, livres de toujours, livres éclats de rire.
J’aurai l’occasion l’année prochaine d’évoquer mes livres caresses, livres lumière, livres sourires, livres aurore, livres horizon, dans l’ivresse livresque.
Je me demande, existe-t-il un livre qui rassemble les livres présents dans les tableaux ?

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      Félix Vallotton, Dahlia rouge et livre ouvert, musée d’art moderne Troyes, notice

L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient

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    Sir George Clausen
    , The quiet room, vers 1929, Crawford Art Gallery Cork, notice

Silence, tranquillité, concentration, la dame écrit …
J’aime beaucoup ce tableau, son atmosphère paisible.
J’aime son titre anglais, the quiet room, la pièce tranquille, et je m’aperçois que le petit mot quiet a disparu de la langue française. Dans le même sens que « quiet », on n’emploie plus que le mot quiétude.
En revanche, son contraire, inquiet, fait partie de notre vocabulaire courant, ainsi que inquiétude.

L’adjectif quiet a deux dérivés encore employés : coi et quitte.
Coi, c’est tranquille, immobile et silencieux
Quitte, c’est libéré d’une obligation, exonéré.
De ce « quitte », et de « quiet », dérivent aussi acquitter, acquit, quittance, quitter, acquiescer, requiem, cela ferait l’objet d’un autre sujet.

Je reviens au tableau qui me plaît tant. La dame quiète, calme, silencieuse, absorbée dans son travail se livre probablement à sa correspondance et je l’admire. Elle répond à son courrier, ce que je peine à faire. Elle s’inquiète de l’autre, son inquiétude est altruiste, et elle le fait dans la quiétude de son salon.
Il me faut absolument trouver moi aussi une quiet room pour répondre aux lettres merveilleuses que je reçois.
Prendre sa plume favorite et, quiètement, écrire, peut-être avec un peu de nostalgie, en sentant autour de soi l’air plein du frisson des choses qui s’enfuient. Ce vers est de Baudelaire et m’est venu en regardant le tableau si quiet de George Clausen.

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