Poèmes sous la lampe

    Georg Friedrich Kersting, Jeune femme cousant à la lueur de la lampe, 1823, Neue Pinakothek Munich, notice et commentaire.

La lampe de chevet est l’un de ces objets chéris sans lesquels je ne me sentirais pas bien chez moi.
Je ne photographie pas la mienne, on l’apercevrait à peine, dissimulée sous les livres.
Elle est nouvelle, car, même attachée à cet objet quotidien, je peux la changer pour un modèle mieux adapté à ma folie et mon sens du désordre.

Ma nouvelle lampe, en tôle blanche, possède une semelle très fine et plate sur laquelle j’empile une multitude de livres. L’abat-jour monté en haut d’une longue tige surgit juste au dessus de l’échafaudage, diffusant une lumière restreinte au ras de la couverture du premier bouquin.

C’est ainsi que je fais la lumière sur ma boulimie de littérature, dis-moi comment tu lis, je te dirai qui tu es, la lueur empêtrée de ma lampe révèle mes goûts pour l’accumulation hétéroclite de recueils de poèmes, de biographies, de catalogues de musées, de dictionnaires, d’essais en tous genres et de quelques rares romans.

chodowieckingwash gravure de Daniel Nikolaus Chodowiecki, Jeune homme écrivant sous la lampe, 1784, NG Washington, notice.

Chez un bouquiniste j’ai trouvé un livre dont le titre est fait pour moi :
Poèmes sous la lampe
Le poète est Marc Baron, je l’avais présenté ici
édition L’Harmatan, mars 2010.

On pense à Georges Rodenbach qui composa le recueil Les lampes.
Marc Baron compose sous la lampe qui l’éclaire, le chemin n’est pas facile, quête de lumière, quête de soi …

George Clausen, Lecture sous la lampe, vers 1909, National Galleries of Australia, Canberra, notice

Voici un poème de Marc Baron :

      L’épi de blé

      En mon absence   en ma douleur
      Le poème prend place

      Je m’en vais   je me dévaste

      Et la place qu’il prend
      Le poème sur ma page
      C’est l’étendue vivante du désarroi

      Mais je suis là   je veille
      Je vis dans ce silence qui m’éclaire

      Donne-moi le désir
      Donne-moi l’envie de la lampe

Marc Baron m’a forcée à chercher comment taper le code d’une espace !
💡 maintenant je sais !
Ces espaces dans les poèmes sont des silences, des lampes allumées, des lueurs blanches plus ou moins étendues …
Marc Baron l’a écrit dans un autre poème :

      Du silence     des espaces

      Le poème prend sa place

    denislampeo

      Maurice Denis, Jeunes filles à la lampe, 1891, mba Lyon, notice.

Je comprends maintenant pourquoi le mot espace est féminin dans ce cas précis de l’intervalle entre des mots, féminin comme la lampe, la lumière, la bougie, la lune !
Je pense à la lune car je me souviens de cette courte phrase apprise en cours de grec (je n’ai pas le courage de taper le code html de chaque lettre grecque!) : « é séléné lampei » qui veut dire « la lune brille ».

Le site du Côté de chez Grillon du Foyer présente des dysfonctionnements depuis une semaine, la lampe du blogue s’éteint de manière intempestive, j’en suis désolée.
Ma fille cherche quel est le problème, et non, comme on dit maintenant, la problématique ! Je ne supporte plus d’entendre ces mots substantifs « la thématique » ou « la problématique ». Un langage ampoulé est rarement lumineux !

Prendre naissance, Dans ce jardin qu’on aimait

Cultiver son jardin, bêcher, tondre, piocher, élaguer, arracher, planter, arroser, amender, tuteurer, nettoyer, ratisser, cueillir … et on oublie l’essentiel : contempler.
Il faut prendre le temps de se promener au jardin, observer, admirer, remercier le ciel pour toutes ces beautés.
Se laisser gagner par la poésie du lieu.
Pas si simple quand on ne voit souvent que mauvaises herbes, plantes en détresse, et tout le tintouin qui reste à faire.

Au lieu de la binette et du sécateur, j’ai pris les derniers livres arrivés sur ma table de nuit, l’appareil photo, et j’ai regardé, lu, feuilleté, saisi à la sauvette tout ce qui m’a fait sourire dans le jardin.

Le dernier recueil de poèmes de Jean-Pierre Boulic nous conduit au jardin, sur les chemins de campagne, par les bois et les champs, et nous invite à y Prendre naissance (éd. La Part commune, avril 2017) en nous émerveillant, tout simplement.

Et déjà, à cette lecture, on se sent mieux entre les roses et les renoncules indésirables !

Les mots de Jean-Pierre Boulic sont des fleurs, sauvages, délicates, simples et gracieuses.
Ce très beau recueil, frais et limpide, nous guide pour mieux chérir notre terre.

Un autre recueil de poèmes nous dit l’étonnement, la beauté naturelle, la vie,
le soleil, la pluie, le silence,
tout Ce rien qui nous éclaire,
et le poète, qui nous invite lui aussi à aimer, Jean Lavoué, m’était inconnu.

La préface signée Gilles Baudry engage, il est vrai, à sauter sur l’ouvrage !

Ce recueil est le premier livre de la collection Poésie et intériorité
d’une nouvelle maison d’édition qui porte un très joli nom :
L’enfance des arbres.

C’est hardi de nos jours de créer une collection de poésie, car nous, lecteurs friands de poèmes, sommes, pour employer une tournure shakespearienne ou stendhalienne, happy few. Very happy, vraiment ! Mais trop few aussi. Hélas !


Continuons dans les petits riens poétiques avec Alain Duault,
Ce léger rien des choses qui ont fui,
éd. Gallimard, mai 2017

Sensualité, nostalgie, les parfums, les couleurs et les sons se répondent, de la musique bien sûr, quelque chose de Baudelaire, de la lumière, du silence, et la fine porcelaine des mots.

Une poésie riche, capiteuse, à lire à petites gorgées.

Pour finir mon petit tour en poésie du moment, je propose le dernier livre de Pascal Quignard.

Ce n’est pas un recueil de poèmes, mais ce livre est tellement poétique !

Dans ce jardin qu’on aimait, éd. Grasset, mai 2017

Vingt-cinq ans après avoir raconté la vie de monsieur de Sainte Colombe, l’écrivain part sur les traces d’un autre musicien encore moins connu, le révérend Siméon Pease Cheney, qui nota tous les chants des oiseaux venus pépier dans le jardin de sa cure entre 1860 et 1880, et qui avait fini par noter tous les bruits dans sa maison.

Le roman (je ne crois pas que c’en est un) se présente comme un dialogue entre le révérend et sa fille, entrecoupé par les descriptions d’un récitant.
Il est question de sons et de musique, mais ce récit apparaît surtout pictural. Les images que font naître les mots de Pascal Quignard, sont douces, silencieuses, lumineuses, rêveuses … une pure poésie.

Le changement d’heure

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Il y a cent ans, ou presque, le changement d’heure existait en France. Je ne sais pas quand il fut supprimé, je me souviens bien de son retour il y a quarante ans.

Proust en parle dans la Recherche :

    Tout en me rappelant la visite de Saint-Loup j’avais marché, puis, pour aller chez Mme Verdurin, fait un long crochet ; j’étais presque au pont des Invalides. Les lumières, assez peu nombreuses (à cause des gothas), étaient allumées un peu trop tôt, car le changement d’heure avait été fait un peu trop tôt, quand la nuit venait encore assez vite, mais stabilisé pour toute la belle saison (comme les calorifères sont allumés et éteints à partir d’une certaine date), et au-dessus de la ville nocturnement éclairée, dans toute une partie du ciel – du ciel ignorant de l’heure d’été et de l’heure d’hiver, et qui ne daignait pas savoir que 8 heures et demie était devenu 9 heures et demie – dans toute une partie du ciel bleuâtre il continuait à faire un peu jour.

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    Dans toute la partie de la ville que dominent les tours du Trocadéro, le ciel avait l’air d’une immense mer nuance de turquoise qui se retire, laissant déjà émerger toute une ligne légère de rochers noirs, peut-être même de simples filets de pêcheurs alignés les uns auprès des autres, et qui étaient de petits nuages. Mer en ce moment couleur turquoise et qui emporte avec elle, sans qu’ils s’en aperçoivent, les hommes entraînés dans l’immense révolution de la terre, de la terre sur laquelle ils sont assez fous pour continuer leurs révolutions à eux, et leurs vaines guerres, comme celle qui ensanglantait en ce moment la France.

    Marcel Proust, extrait de Le Temps retrouvé, M. de Charlus pendant la guerre.

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Dans cet extrait (pendant la première guerre mondiale), il s’agit du passage à l’heure d’été. Comme dit Proust, le ciel ne sait pas que les hommes changent l’heure.
Les mouettes non plus.
La plage ne montre pas ostensiblement le changement de saison.
Juste un peu plus pastel.
La lumière se décante plus lentement, l’horizon est moins sanglant, avant les batailles du vent d’hiver.
Chic, l’heure d’hiver !
Une heure de lecture en plus dans le lit le matin.
Du temps retrouvé !

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Ce qu’il faut de terre à l’homme

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J’aime la fin de l’été, alentie, repliée, pâlie, secrète, après le grand bavardage de la saison haute en couleurs.
Certes, il faut être en retraite pour apprécier cette sieste de l’année avant le profond sommeil hivernal.

Somnoler, s’étirer, humer l’avancée à pas de loup de l’automne, observer comme un chercheur d’or le travail précieux de la lumière, écouter le retour du silence.

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J’aime partager ma propre fatigue avec celle des fleurs en m’allongeant sur la pelouse elle-même assoiffée, épuisée.
L’abandon floral a toujours un je-ne-sais-quoi de divin, poétique, gracieux …

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… et solidaire. Le figuier est venu soutenir une rose dans son dernier éclat.

Le temps hésite entre chaleur encore ardente et petit crachin gris, soudain et bienfaiteur. On se cherche une petite laine à l’approche des nuages, on l’ôte subitement, non décidément l’été n’est pas fini, on s’essuie le front, les lunettes, on reprend son livre.

Mes chats cherchent une langue d’ombre sous le « Rutschbahn » comme dit mon petit-fils de deux ans-et-demi qui préfère ce mot à « toboggan ».
La tête résonne des images et des sons des réunions familiales trépidantes qui se sont tues, jusqu’à l’été prochain.

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J’ai lu hier une bande dessinée. Un genre de lecture bien rare chez moi.
J’ai été tellement charmée que je me sens encore habitée par cette histoire et par ces images !

61qh4fBJ1aL._SX374_BO1,204,203,200_ Martin Veyron, Ce qu’il faut de terre à l’homme, éd. Dargaud, avril 2016

Le dessinateur français adapte d’une manière envoûtante un conte russe de Tolstoï.
Par ses dessins magnifiques et son vocabulaire percutant, il donne à cette histoire philosophique une force étonnante.
Il est question de la folie des hommes métamorphosés par l’avidité.
Certaines pages n’ont pas de texte, on contemple alors avec bonheur chaque image de la campagne russe en diverses saisons et on se raconte soi-même l’histoire qui s’y joue.
Un beau livre de 144 pages et une très belle fable !

Claustrophilie

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      ……………………
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      ………rose………..
      ……………………
      ……………………
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Points de suspension …
Point de suspension !
Non, Grillon du Foyer ne suspend pas tout à fait son journal …
Mon silence ne fut qu’un point-virgule.

Mais la fin de l’été me laisse en miettes, me répand en pointillés, je me sens si fatiguée que je voudrais me mettre entre parenthèses.

Entre huit et trente-six personnes dans la maison depuis début juillet ;
Je fus le constant trait d’union entre le super-marché et le fourneau, le point d’interrogation devant le frigo. J’ai mis les vacances entre guillemets.

Je ne bouge plus maintenant, ne rêve plus que de voyager seule autour de ma chambre !

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Le petit livre de Xavier de Maistre se trouvait dans ma bibliothèque depuis longtemps, et je ne l’avais jamais lu.

Voilà qui est fait, première activité de ma phase de claustrophilie !

L’auteur, qui fuyait la France pendant la Révolution et s’était engagé à Moscou dans l’armée russe, fut mis aux arrêts en 1790, il commença alors la rédaction de Voyage autour de ma chambre.

Dans ce livre assez court, le narrateur, jeune soldat mis aux arrêts lui aussi, décide de voyager dans sa chambre pendant quarante-deux jours.
Pourquoi ce nombre ?
Peut-être le temps de son arrestation, il ne l’explique pas.
Son récit comporte donc quarante-deux chapitres, un par jour, à la manière d’un journal.
Mais ce livre n’a rien d’un journal de voyage.
Ce sont des réflexions vagabondes, des observations, des découvertes, des critiques, de petits riens, on y trouve de tout comme à la Samaritaine et la lecture est agréable.

Et pour le chapitre XII, on lit un seul mot, le tertre, placé au centre d’un pavé de points de suspension.

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    Jean-Honoré Fragonard, La chemise enlevée, vers 1770, Louvre, notice.

Cette étrange page pointillée, typographie particulièrement originale et moderne pour son temps, a été inspirée à Xavier de Maistre par l’écrivain britannique Laurence Sterne et son Tristram Shandy paru entre 1759 et 1767.

Le narrateur est un épicurien, un jouisseur qui se la coule douce dans son boudoir aux couleurs de rose et de blanc. Ce sont les tons sensuels des tableaux de Fragonard et Boucher.
Il boit du café, boisson luxueuse, avec de la crème, et se prépare une montagne de tartines de pain grillé.

Voyager dans cette chambre, c’est retrouver l’esprit du XVIIIème siècle et ses délices.
Tout ce qu’il faut pour se reposer, se changer les idées, remettre du rose dans sa vie, sans toutefois adopter ce certain mode de vie libertine !

Je vais bientôt lire Tristram Shandy ………………

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    Jean-Honoré Fragonard, Le feu aux poudres, avant 1778, Louvre, notice.

Comment raconter la lumière

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Récemment, avec deux dames, je discutais de lecture, l’une préférait les biographies, l’autre des romans bien ancrés dans la réalité, elles se moquaient du style, pourvu qu’on apprenne des choses intéressantes, et chérissaient les phrases courtes. Je me démarquais en révélant mon amour de Proust et mon besoin quotidien de poésie. Heureusement pour les libraires, les lecteurs sont multiples !

Je croise rarement des toqués de poésie, mais je rencontre par bonheur des poètes, et voici le tout frais recueil au joli nom :

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      Corinne Pluchart, Fragments, éd. Vagamundo, août 2016

Comment le décrire ? C’est si difficile de transmettre une image juste de la poésie quand tout n’est que ressenti intime, écho personnel ou même hyperesthésie. Le charme de ce livre est tout bonnement indicible puisque je ne sais pas le dire avec les bons mots !

Un extrait:

      Lumière

      Comment raconter la lumière ?
      – Une grâce de l’ombre
      – Un filet d’eau pure
      – Un chemin.

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    Cette semaine je me suis encore laissée tenter par plusieurs livres de poésie … sur amazon je parviens à résister, car je sais bien que si on clique dessus, on claque des sous, mais quand mes pas me conduisent en ville dans une librairie, le livre me fait son numéro de charme entre mes mains, je craque et je croque !

    Comme c’est l’été, c’est le mot feuilles qui m’a emballée.

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      Walt Whitman, Feuilles d’herbe, traduction de Jacques Darras, éd. Poésie/Gallimard
      Nicole Laurent-Catrice, Un front de feuilles, éd. La Part Commune, janvier 2016.

Des livres à lire au jardin, dans un clapotis de soleil sous les feuilles d’un grand arbre …

L’idée végétale et rafraîchissante des feuilles me fait découvrir un poète américain surprenant, Walt Whitman, né dans l’île Long Island en 1819, mort à Camden, le pays des soupes Campbell, en 1892. Il y a quelque chose en lui d’Andy Warhol !
J’y reviendrai.

Nicole Laurent-Catrice part de la feuille pour envisager l’arbre tout entier, le défendre et lui rendre hommage.
Emouvant et beau.
On n’aimera jamais trop les arbres.

Ma belette au pelage de jais, tapie dans l’ombre, guette la lumière de ses yeux fougères …

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Frêles ombelles

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Lundi j’ai visité un salon, celui du livre de Nizon, près de Pont Aven, sous un soleil de plomb
et des phrases légères, légères …
et des sourires de poètes comme on les aime, un peu rêveurs, pleins de couleurs
j’ai acheté un recueil pour son titre, « Fragments »
l’auteur, une jeune femme, devait chérir ce signifiant, comme j’aime aussi ces mots charmants,
curieux, graves, joyeux ou musicaux …
je n’ai pas encore lu ses poèmes, les évoquerai bientôt.

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En quittant l’ombre du salon je fus aveuglée, par l’étonnante beauté
d’un parterre d’ombelles.
Dieu qu’elles étaient belles, le long du mur de l’église … et je n’avais pas mon appareil, qui les immortalise !

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Le lendemain je suis retournée, avec le numérique,
une cinquantaine de kilomètres pour de la dentelle, vive la voiture électrique !
Dentelle presque mécanique, broderie minutieuse, précieuse, fabuleuse et ineffable,
un rêve végétal, un art oriental, images fractales,
fragments d’écume, fleurs enclumes et poids de plumes.

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De ce salon de littérature, j’ai ramené beaucoup de poésie, surtout celle de la nature, l’impeccable géométrie m’a saisie, cristaux de fantaisie,
flocons de neige éternelle sous le soleil implacable
je vais maintenir lire à l’ombre, avec dans les yeux ces fragments de lumière adorable.

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Aujourd’hui, Marc Baron

Cette semaine, j’ai découvert un poète et c’est toujours une fête.
Marc Baron est son nom, son livre est oblong, et marron.
Quand j’ai vu que Gilles Baudry l’avait préfacé, je l’ai acheté les yeux fermés.
Ma confiance est récompensée.

31ScGXjuAwL._SX273_BO1,204,203,200_ Marc Baron, Dans le chemin qui s’ouvre, éd. Vagamundo, juin 2015

Ce recueil de poèmes se divise en deux parties, la première s’intitule Aujourd’hui, la seconde Jour et nuit.

Chaque poème de la première partie commence par le mot « aujourd’hui ».
J’ai été impressionnée, j’ai commencé chacun de mes articles cette semaine par « aujourd’hui » !
Mais l’imitation s’arrête là, mes petits textes n’atteignent en aucun cas la profondeur des poèmes de Marc Baron.

Sa sensibilité m’a beaucoup touchée. Simplicité des mots, regard étonné sur le monde, méditation du quotidien.
Je laisse le poète de Landevennec, Gilles Baudry, résumer l’impression de sa lecture :

Lire Marc Baron, c’est comme écouter une source qui éveillerait en chacun cette « mélodie des choses » évoquée par Rilke, ce battement secret du coeur. Du coeur du monde.

Cette mélodie des choses fut si bien éveillée en moi que j’eus envie de suivre, bien modestement, son élan.

      Un extrait :
      Itinéraire

      Aujourd'hui, jardin du matin
      j'ai planté des lavatères
      j'ai creusé dans mon passé

      On en finit jamais de vouloir comprendre
      pourquoi on est passé par là
      pour en arriver à ce lopin de terre
      qui a toute sa place au cadran universel.

      25 juin 2014

Aujourd’hui

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      Pierre Dupuis ( 1610-1682 ), Prunes, courges et pêches sur un entablement de marbre, 1650, musée du Louvre, notice et détails

Aujourd’hui … en bordure
des fruits de l’été au bord de la table
tout au bord,
dans « les parages du vide »
dit le recueil de poèmes de Houellebecq,
vide au devant, vide derrière
sur un mur livide
extension du domaine de la chute !
fragile équilibre de la nature morte
vanité, vacuité
entre deux vides se tient la table
de pierre fendue, ébréchée
brèche du temps
interstice du néant
le monde étroit chancelle
la pierre qui semble éternelle
périt comme le fruit
dépêchons-nous de manger des pêches en été
nous dit la publicité

5 août 2016

coortemauritshuis

Adriaen Coorte, Nature morte avec cinq abricots, 1704, Mauritshuis La Haye, notice et commentaire

Aujourd’hui

      Suzuki Harunobu, La cloche du soir, 1766, estampe, AIC Chicago, notice

Aujourd’hui … quatre heures
non du matin comme on dit
mais de la nuit, quatre heures après minuit
sonne le carillon de la maison
dans le silence tiède de l’été
l’heure étrange où je m’éveille
yeux ouverts sur le velours noir alentour
ne pas se lever, ne pas allumer, écrire
d’une plume virtuelle, long courrier des songes
dans l’insomnie rituelle
ah, si tous mes amis recevaient ces lettres rédigées
à l’encre de nuit sur le papier froissé du sommeil !
quelques mots encore du dictionnaire des rêveries synonymes
et je m’endors
embarquée à bord
de phrases nocturnes, impénétrables, évanouies, oubliées

4 août 2016

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      Paul César Helleu, Femme au lit, estampe, musée Bonnat Bayonne, notice
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