Le changement d’heure

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Il y a cent ans, ou presque, le changement d’heure existait en France. Je ne sais pas quand il fut supprimé, je me souviens bien de son retour il y a quarante ans.

Proust en parle dans la Recherche :

    Tout en me rappelant la visite de Saint-Loup j’avais marché, puis, pour aller chez Mme Verdurin, fait un long crochet ; j’étais presque au pont des Invalides. Les lumières, assez peu nombreuses (à cause des gothas), étaient allumées un peu trop tôt, car le changement d’heure avait été fait un peu trop tôt, quand la nuit venait encore assez vite, mais stabilisé pour toute la belle saison (comme les calorifères sont allumés et éteints à partir d’une certaine date), et au-dessus de la ville nocturnement éclairée, dans toute une partie du ciel – du ciel ignorant de l’heure d’été et de l’heure d’hiver, et qui ne daignait pas savoir que 8 heures et demie était devenu 9 heures et demie – dans toute une partie du ciel bleuâtre il continuait à faire un peu jour.

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    Dans toute la partie de la ville que dominent les tours du Trocadéro, le ciel avait l’air d’une immense mer nuance de turquoise qui se retire, laissant déjà émerger toute une ligne légère de rochers noirs, peut-être même de simples filets de pêcheurs alignés les uns auprès des autres, et qui étaient de petits nuages. Mer en ce moment couleur turquoise et qui emporte avec elle, sans qu’ils s’en aperçoivent, les hommes entraînés dans l’immense révolution de la terre, de la terre sur laquelle ils sont assez fous pour continuer leurs révolutions à eux, et leurs vaines guerres, comme celle qui ensanglantait en ce moment la France.

    Marcel Proust, extrait de Le Temps retrouvé, M. de Charlus pendant la guerre.

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Dans cet extrait (pendant la première guerre mondiale), il s’agit du passage à l’heure d’été. Comme dit Proust, le ciel ne sait pas que les hommes changent l’heure.
Les mouettes non plus.
La plage ne montre pas ostensiblement le changement de saison.
Juste un peu plus pastel.
La lumière se décante plus lentement, l’horizon est moins sanglant, avant les batailles du vent d’hiver.
Chic, l’heure d’hiver !
Une heure de lecture en plus dans le lit le matin.
Du temps retrouvé !

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Ce qu’il faut de terre à l’homme

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J’aime la fin de l’été, alentie, repliée, pâlie, secrète, après le grand bavardage de la saison haute en couleurs.
Certes, il faut être en retraite pour apprécier cette sieste de l’année avant le profond sommeil hivernal.

Somnoler, s’étirer, humer l’avancée à pas de loup de l’automne, observer comme un chercheur d’or le travail précieux de la lumière, écouter le retour du silence.

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J’aime partager ma propre fatigue avec celle des fleurs en m’allongeant sur la pelouse elle-même assoiffée, épuisée.
L’abandon floral a toujours un je-ne-sais-quoi de divin, poétique, gracieux …

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… et solidaire. Le figuier est venu soutenir une rose dans son dernier éclat.

Le temps hésite entre chaleur encore ardente et petit crachin gris, soudain et bienfaiteur. On se cherche une petite laine à l’approche des nuages, on l’ôte subitement, non décidément l’été n’est pas fini, on s’essuie le front, les lunettes, on reprend son livre.

Mes chats cherchent une langue d’ombre sous le « Rutschbahn » comme dit mon petit-fils de deux ans-et-demi qui préfère ce mot à « toboggan ».
La tête résonne des images et des sons des réunions familiales trépidantes qui se sont tues, jusqu’à l’été prochain.

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J’ai lu hier une bande dessinée. Un genre de lecture bien rare chez moi.
J’ai été tellement charmée que je me sens encore habitée par cette histoire et par ces images !

61qh4fBJ1aL._SX374_BO1,204,203,200_ Martin Veyron, Ce qu’il faut de terre à l’homme, éd. Dargaud, avril 2016

Le dessinateur français adapte d’une manière envoûtante un conte russe de Tolstoï.
Par ses dessins magnifiques et son vocabulaire percutant, il donne à cette histoire philosophique une force étonnante.
Il est question de la folie des hommes métamorphosés par l’avidité.
Certaines pages n’ont pas de texte, on contemple alors avec bonheur chaque image de la campagne russe en diverses saisons et on se raconte soi-même l’histoire qui s’y joue.
Un beau livre de 144 pages et une très belle fable !

Claustrophilie

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      ……………………
      ……………………
      ………rose………..
      ……………………
      ……………………
      ……………………

Points de suspension …
Point de suspension !
Non, Grillon du Foyer ne suspend pas tout à fait son journal …
Mon silence ne fut qu’un point-virgule.

Mais la fin de l’été me laisse en miettes, me répand en pointillés, je me sens si fatiguée que je voudrais me mettre entre parenthèses.

Entre huit et trente-six personnes dans la maison depuis début juillet ;
Je fus le constant trait d’union entre le super-marché et le fourneau, le point d’interrogation devant le frigo. J’ai mis les vacances entre guillemets.

Je ne bouge plus maintenant, ne rêve plus que de voyager seule autour de ma chambre !

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Le petit livre de Xavier de Maistre se trouvait dans ma bibliothèque depuis longtemps, et je ne l’avais jamais lu.

Voilà qui est fait, première activité de ma phase de claustrophilie !

L’auteur, qui fuyait la France pendant la Révolution et s’était engagé à Moscou dans l’armée russe, fut mis aux arrêts en 1790, il commença alors la rédaction de Voyage autour de ma chambre.

Dans ce livre assez court, le narrateur, jeune soldat mis aux arrêts lui aussi, décide de voyager dans sa chambre pendant quarante-deux jours.
Pourquoi ce nombre ?
Peut-être le temps de son arrestation, il ne l’explique pas.
Son récit comporte donc quarante-deux chapitres, un par jour, à la manière d’un journal.
Mais ce livre n’a rien d’un journal de voyage.
Ce sont des réflexions vagabondes, des observations, des découvertes, des critiques, de petits riens, on y trouve de tout comme à la Samaritaine et la lecture est agréable.

Et pour le chapitre XII, on lit un seul mot, le tertre, placé au centre d’un pavé de points de suspension.

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    Jean-Honoré Fragonard, La chemise enlevée, vers 1770, Louvre, notice.

Cette étrange page pointillée, typographie particulièrement originale et moderne pour son temps, a été inspirée à Xavier de Maistre par l’écrivain britannique Laurence Sterne et son Tristram Shandy paru entre 1759 et 1767.

Le narrateur est un épicurien, un jouisseur qui se la coule douce dans son boudoir aux couleurs de rose et de blanc. Ce sont les tons sensuels des tableaux de Fragonard et Boucher.
Il boit du café, boisson luxueuse, avec de la crème, et se prépare une montagne de tartines de pain grillé.

Voyager dans cette chambre, c’est retrouver l’esprit du XVIIIème siècle et ses délices.
Tout ce qu’il faut pour se reposer, se changer les idées, remettre du rose dans sa vie, sans toutefois adopter ce certain mode de vie libertine !

Je vais bientôt lire Tristram Shandy ………………

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    Jean-Honoré Fragonard, Le feu aux poudres, avant 1778, Louvre, notice.

Comment raconter la lumière

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Récemment, avec deux dames, je discutais de lecture, l’une préférait les biographies, l’autre des romans bien ancrés dans la réalité, elles se moquaient du style, pourvu qu’on apprenne des choses intéressantes, et chérissaient les phrases courtes. Je me démarquais en révélant mon amour de Proust et mon besoin quotidien de poésie. Heureusement pour les libraires, les lecteurs sont multiples !

Je croise rarement des toqués de poésie, mais je rencontre par bonheur des poètes, et voici le tout frais recueil au joli nom :

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      Corinne Pluchart, Fragments, éd. Vagamundo, août 2016

Comment le décrire ? C’est si difficile de transmettre une image juste de la poésie quand tout n’est que ressenti intime, écho personnel ou même hyperesthésie. Le charme de ce livre est tout bonnement indicible puisque je ne sais pas le dire avec les bons mots !

Un extrait:

      Lumière

      Comment raconter la lumière ?
      – Une grâce de l’ombre
      – Un filet d’eau pure
      – Un chemin.

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    Cette semaine je me suis encore laissée tenter par plusieurs livres de poésie … sur amazon je parviens à résister, car je sais bien que si on clique dessus, on claque des sous, mais quand mes pas me conduisent en ville dans une librairie, le livre me fait son numéro de charme entre mes mains, je craque et je croque !

    Comme c’est l’été, c’est le mot feuilles qui m’a emballée.

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      Walt Whitman, Feuilles d’herbe, traduction de Jacques Darras, éd. Poésie/Gallimard
      Nicole Laurent-Catrice, Un front de feuilles, éd. La Part Commune, janvier 2016.

Des livres à lire au jardin, dans un clapotis de soleil sous les feuilles d’un grand arbre …

L’idée végétale et rafraîchissante des feuilles me fait découvrir un poète américain surprenant, Walt Whitman, né dans l’île Long Island en 1819, mort à Camden, le pays des soupes Campbell, en 1892. Il y a quelque chose en lui d’Andy Warhol !
J’y reviendrai.

Nicole Laurent-Catrice part de la feuille pour envisager l’arbre tout entier, le défendre et lui rendre hommage.
Emouvant et beau.
On n’aimera jamais trop les arbres.

Ma belette au pelage de jais, tapie dans l’ombre, guette la lumière de ses yeux fougères …

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Frêles ombelles

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Lundi j’ai visité un salon, celui du livre de Nizon, près de Pont Aven, sous un soleil de plomb
et des phrases légères, légères …
et des sourires de poètes comme on les aime, un peu rêveurs, pleins de couleurs
j’ai acheté un recueil pour son titre, « Fragments »
l’auteur, une jeune femme, devait chérir ce signifiant, comme j’aime aussi ces mots charmants,
curieux, graves, joyeux ou musicaux …
je n’ai pas encore lu ses poèmes, les évoquerai bientôt.

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En quittant l’ombre du salon je fus aveuglée, par l’étonnante beauté
d’un parterre d’ombelles.
Dieu qu’elles étaient belles, le long du mur de l’église … et je n’avais pas mon appareil, qui les immortalise !

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Le lendemain je suis retournée, avec le numérique,
une cinquantaine de kilomètres pour de la dentelle, vive la voiture électrique !
Dentelle presque mécanique, broderie minutieuse, précieuse, fabuleuse et ineffable,
un rêve végétal, un art oriental, images fractales,
fragments d’écume, fleurs enclumes et poids de plumes.

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De ce salon de littérature, j’ai ramené beaucoup de poésie, surtout celle de la nature, l’impeccable géométrie m’a saisie, cristaux de fantaisie,
flocons de neige éternelle sous le soleil implacable
je vais maintenir lire à l’ombre, avec dans les yeux ces fragments de lumière adorable.

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Aujourd’hui, Marc Baron

Cette semaine, j’ai découvert un poète et c’est toujours une fête.
Marc Baron est son nom, son livre est oblong, et marron.
Quand j’ai vu que Gilles Baudry l’avait préfacé, je l’ai acheté les yeux fermés.
Ma confiance est récompensée.

31ScGXjuAwL._SX273_BO1,204,203,200_ Marc Baron, Dans le chemin qui s’ouvre, éd. Vagamundo, juin 2015

Ce recueil de poèmes se divise en deux parties, la première s’intitule Aujourd’hui, la seconde Jour et nuit.

Chaque poème de la première partie commence par le mot « aujourd’hui ».
J’ai été impressionnée, j’ai commencé chacun de mes articles cette semaine par « aujourd’hui » !
Mais l’imitation s’arrête là, mes petits textes n’atteignent en aucun cas la profondeur des poèmes de Marc Baron.

Sa sensibilité m’a beaucoup touchée. Simplicité des mots, regard étonné sur le monde, méditation du quotidien.
Je laisse le poète de Landevennec, Gilles Baudry, résumer l’impression de sa lecture :

Lire Marc Baron, c’est comme écouter une source qui éveillerait en chacun cette « mélodie des choses » évoquée par Rilke, ce battement secret du coeur. Du coeur du monde.

Cette mélodie des choses fut si bien éveillée en moi que j’eus envie de suivre, bien modestement, son élan.

      Un extrait :
      Itinéraire

      Aujourd'hui, jardin du matin
      j'ai planté des lavatères
      j'ai creusé dans mon passé

      On en finit jamais de vouloir comprendre
      pourquoi on est passé par là
      pour en arriver à ce lopin de terre
      qui a toute sa place au cadran universel.

      25 juin 2014

Aujourd’hui

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      Pierre Dupuis ( 1610-1682 ), Prunes, courges et pêches sur un entablement de marbre, 1650, musée du Louvre, notice et détails

Aujourd’hui … en bordure
des fruits de l’été au bord de la table
tout au bord,
dans « les parages du vide »
dit le recueil de poèmes de Houellebecq,
vide au devant, vide derrière
sur un mur livide
extension du domaine de la chute !
fragile équilibre de la nature morte
vanité, vacuité
entre deux vides se tient la table
de pierre fendue, ébréchée
brèche du temps
interstice du néant
le monde étroit chancelle
la pierre qui semble éternelle
périt comme le fruit
dépêchons-nous de manger des pêches en été
nous dit la publicité

5 août 2016

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Adriaen Coorte, Nature morte avec cinq abricots, 1704, Mauritshuis La Haye, notice et commentaire

Aujourd’hui

      Suzuki Harunobu, La cloche du soir, 1766, estampe, AIC Chicago, notice

Aujourd’hui … quatre heures
non du matin comme on dit
mais de la nuit, quatre heures après minuit
sonne le carillon de la maison
dans le silence tiède de l’été
l’heure étrange où je m’éveille
yeux ouverts sur le velours noir alentour
ne pas se lever, ne pas allumer, écrire
d’une plume virtuelle, long courrier des songes
dans l’insomnie rituelle
ah, si tous mes amis recevaient ces lettres rédigées
à l’encre de nuit sur le papier froissé du sommeil !
quelques mots encore du dictionnaire des rêveries synonymes
et je m’endors
embarquée à bord
de phrases nocturnes, impénétrables, évanouies, oubliées

4 août 2016

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      Paul César Helleu, Femme au lit, estampe, musée Bonnat Bayonne, notice

Aujourd’hui

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Aujourd’hui … la pluie
bonne pluie d’été, fraîche et nourrissante
sous la couette je suis restée
j’ai allumé ma lampe sur la table de nuit
table de nuit d’été
submergée de livres des vacances
je n’aime tant l’été que par ses jours de gros temps
après ses séances de soleil sec et de soif
l’humide promesse des nuages, le vent dans les pages
le glouglou des gouttières, la fenêtre ouverte
un parfum d’automne au creux de l’oreiller
lire encore un peu, un temps pour ne pas penser, un temps pour réfléchir
merci la pluie !

3 août 2016

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Plumitifs ! C’est une histoire de plumitifs !
J’ai beaucoup aimé Gloire tardive d’Arthur Schnitzler (éd. Albin Michel)

Un vieux poète, qui ne compose plus depuis longtemps, rencontre un jeune admirateur qui a déterré son unique recueil, publié sans succès, et qui se confond en propos élogieux.
Le vieux monsieur se sent tout d’un coup flatté, il va se laisser entraîner dans le cercle littéraire de jeunes écrivains prétentieux. Il va pendant un petit moment croire à la reconnaissance, et même à la gloire, il se prend à rêver, mais il retombe très vite sur le sol des réalités. Tout n’est que vanité et mensonge, même dans le milieu de l’écriture.
L’analyse des sentiments, pleins de confusion, est très subtile.
C’est attendrissant, et triste à la fois, de voir le vieux monsieur se laisser enivrer par une gloire soudaine qui pourtant ne le trompe pas, il sait qu’il doit rester lucide, et en observant les autres artistes qui se jouent de lui, il s’analyse lui-même.

Boutons et petits riens

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De quelle nacre sont faits les boutons ?
Leur matière provient des troques, ou trocas, petits coquillages pointus qui vivent dans les mers chaudes. Ils furent ramenés des îles du Pacifique au XVIIème siècle, et, sous Louis XIV, apparurent en France les boutons dans l’habillement, boutons dorés, sertis de pierres précieuses, ou de nacre. La nacre contribua à la large fabrication de cet accessoire de couture, et la région spécialisée dans cette industrie fut la Picardie.

On ne se doute pas que l’origine du petit bouton cousu serré sur la vieille liquette de lin est si exotique.

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Mais au début du XXème siècle, la concurrence avec le Japon provoque une grave crise en Europe, une vraie guerre des boutons, un effondrement de l’exportation et une baisse des salaires entraînant des grèves, puis la première guerre mondiale accélère la fermeture des usines et des petits ateliers familiaux du bouton de nacre.

L’arrivée du bouton en plastique achève de ruiner cette industrie.

Mais aujourd’hui la mode des boutons de nacre revient. Cependant, ils sont tous fabriqués en Asie, ce qui, après tout, est normal puisque la matière première est sur place.

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Le petit bouton me donne l’occasion de présenter un recueil de poèmes tout à fait délicats et touchants dont je recommande vivement la lecture en cet été de violence :

Guy Goffette, Petits riens pour jours absolus, éd. Gallimard, mai 2016.

Quelques poèmes font le portrait de Max Jacob avec une infinie sensibilité.
Un petit extrait :

La première image, c'est un petit homme frêle,
mais qui ne tient plus en place une fois qu'on l'appelle.

Timide, il est partout chez lui, à Paris comme à Quimper,
clinquant avec les riches et claquant dans la misère.

S'il folâtre avec tous, chante et danse fait mille pirouettes
sans voir dans son dos les grimaces, les poissons, les signes qu'on l'arrête,

c'est qu'il veut à tout prix qu'on le regarde et qu'on l'aime,
maintenant qu'il a vu Dieu dans sa chambre et qu'il n'est plus le même.

Il a beau se mettre en frac, chapeau claque et monocle,
jamais il n'aura l'air d'une statue sur son socle.

[...]

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