Rêveries onomastiques

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Bayeux si haute dans sa noble dentelle rougeâtre et dont le faîte était illuminé par le vieil or de sa dernière syllabe ; Vitré dont l’accent aigu losangeait de bois noir le vitrage ancien ; le doux Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’oeuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ; Lannion avec le bruit, dans son silence villageois, du coche suivi de la mouche ; Questambert, Pontorson, risibles et naïfs, plumes blanches et becs jaunes éparpillés sur la route de ces lieux fluviatiles et poétiques ; Benodet, nom à peine amarré que semble vouloir entraîner la rivière au milieu de ses algues ; Pont-Aven, envolée blanche et rose de l’aile d’une coiffe légère qui se reflète en tremblant dans une eau verdie de canal ; Quimperlé, lui, mieux attaché et, depuis le moyen âge, entre les ruisseaux dont il gazouille et s’emperle en une grisaille pareille à celle que dessinent, à travers les toiles d’araignées d’une verrière, les rayons de soleil changés en pointes émoussées d’argent bruni.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Nom de pays : le nom.

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Pardon pour ces quatre articles de la semaine certes un peu trop « proustifiants » !

M’intéressant au dessein de l’écriture, je constate que celle-ci peut seule expliquer bien des sensations, comme par exemple les images que font naître les sonorités très variées des noms propres.
Dans À la recherche du temps perdu, le jeune narrateur prend le train, ou plutôt s’imagine prendre le train, pour se rendre à Balbec, selon un circuit qui sillonnerait la Bretagne et la Normandie, et pousserait jusque dans le Finistère. Au passage, on remarque là un vestige dans le roman de l’idée de Proust de situer Balbec à Beg-Meil. Les noms des villes, dans lesquelles le train s’arrête, le font imaginer ces cités selon leurs seuls noms, sonores et colorés.
Il voit ainsi un vitrail dans Vitré, des reflets gris perle dans Quimperlé, une embouchure mouvante dans Bénodet … c’est très poétique.

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Certains écrivains inventent pour leurs romans des noms propres qui condensent en eux-mêmes toute la magie de l’écriture.
Balzac, par exemple, me fascine avec Mme de Bargeton née Nègrepelisse, Diane de Maufrigneuse (là je ris), Mme de Mortsauf à Clochegourde (rire encore), Rastignac, Vandenesse, Rubempré, pleins de vanité gourmée, Gobseck, Vattebled …

Dans le même art de l’harmonie entre le nom et le personnage, je citerai Patrick Modiano qui étire des ribambelles de patronymes aussi typiques d’une certaine époque que les quartiers de Paris où les personnages évoluent : Paul Chastagnier, Jean Daragane, Jeannette Gaul, Gérard Marciano, Raymond Casterade, Lucien Lacombe … sans des noms comme ça, aux couleurs acidulées, grinçantes ou défraîchies des années quarante à soixante, on ne lirait pas du Modiano !

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Velours frappé, façonné, ciselé

  •  » Les robes de Quimper sont de velours noir coupées avec une exactitude admirable, le triangle du dos, les pièces sous les bras collent sans un pli, et les fronces des jupes foisonnent sous les tabliers insolents.
  • Tabliers de velours bleu montés en panneaux divergents, les coutures rebrodées de paillettes ; tabliers de satin vert, ramagés de fleurs rouges et violettes ; gaze perlée de motifs floraux gris, noirs et blancs … Quel luxe !
  • Une jeune fille a taillé sa robe dans une résille de chenille noire, une autre s’habille de velours frappé, façonné, ciselé … Et quelles chevelures, roulées en coque sous la coiffe, cordées en câbles, rousses, queue de vache à veine d’or, noires comme des tresses chinoises !…
  • Une beauté blonde se tait, aussi modeste que les autres en son maintien. Mais elle se sait princière par le nez fin et la joue duvetée, par des cheveux sans prix, d’un or presque vert.
  • Aussi a-t-elle sur sa robe, d’un noir profond qui s’argente aux cassures, noué un tablier rose comme une rose qui se fane, tout brillant de fleurs pourpres et d’une rosée de perles … »

    Le texte ci-dessus (entrecoupé de photos) est de Colette, extrait de En pays connu, édité chez Fayard, 1986.

    C’est durant le joli mois de mars de cette année que j’ai pris ces photos sans bouger de ma fenêtre, une commémoration avait lieu devant le monument aux morts avec monsieur le maire, monsieur le curé -ou plutôt recteur-, les anciens combattants, les marins à pompons, les jeunes filles en coiffes et les Bretons en chapeaux ronds, et puis les sonneurs. C’était beau, bleu, blanc, rouge et noir.

    Je jugeai sur le moment mes photos sans intérêt, et je les avais oubliées jusqu’à ma lecture cet après-midi. Colette, je reviens souvent vers ses chroniques alertes, si finement troussées. Ce recueil, En pays connu, fut publié la même année que Le Fanal bleu, en 1949, et certains textes remontent à 1915. Colette commente ses expériences en province, en pays profond, authentique, campagnard, connu d’elle comme le Paris provincial qu’elle a habité et aimé aussi.

    Depuis les chroniques de Colette, les costumes bretons traditionnels n’ont pas changé et répondent encore à ses descriptions détaillées et enlevées. Ne voulant pas gêner les jeunes filles au maintien ancestral, je les ai photographiées seulement de dos, me privant hélas du souvenir de leurs éclatants tabliers.
    J’en ai un, de ces tabliers folkloriques bretons, qu’une dame m’avait donné il y a fort longtemps, il faudrait que je le retrouve…

    Et mon mal est délicieux

        Marie

        Vous y dansiez petite fille
        Y danserez-vous mère-grand
        C’est la maclotte qui sautille
        Toutes les cloches sonneront
        Quand donc reviendrez-vous Marie

        Les masques sont silencieux
        Et la musique est si lointaine
        Qu’elle semble venir des cieux
        Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
        Et mon mal est délicieux

        Les brebis s’en vont dans la neige
        Flocons de laine et ceux d’argent
        Des soldats passent et que n’ai-je
        Un cœur à moi ce cœur changeant
        Changeant et puis encor que sais-je

        Sais-je où s’en iront tes cheveux
        Crépus comme mer qui moutonne
        Sais-je où s’en iront tes cheveux
        Et tes mains feuilles de l’automne
        Que jonchent aussi nos aveux

        Je passais au bord de la Seine
        Un livre ancien sous le bras
        Le fleuve est pareil à ma peine
        Il s’écoule et ne tarit pas
        Quand donc finira la semaine

      Guillaume Apollinaire (1880 – 1918), recueil Alcools

    La Seine encadre toutes les strophes du poème, dans le premier tableau mademoiselle Fournaise est au bord de la Seine à Chatou devant la fameuse guinguette familiale où elle a peut-être dansé petite fille.
    Pourquoi ai-je choisi la Seine ? Probablement parce qu’elle coule sous le Pont Mirabeau …
    Et pourquoi suis-je inspirée par ce poème aujourd’hui ?
    Y aurait-il un lien avec les flocons de neige ou de laine tombés du balai O’Cedar et secoués soudain par Paulette ( j’aime beaucoup son image enfantine !) ?
    En réalité c’est une autre histoire.
    J’ai perdu un petit livre et cela me peine, me chagrine.
    Manque d’ordre ? Certainement, et mon mal n’est vraiment pas délicieux !
    J’aimais tant ce livre que je l’ai peut-être bien prêté à une personne qui ne me l’a pas rendu.
    Ce livre, le voici :

        Michel Quint, Et mon mal est délicieux

    J’aime toutes les courtes nouvelles de Michel Quint, subtiles, d’une fine psychologie, d’une belle écriture. L’auteur emprunte ses titres à la poésie, ici, cette nouvelle concernant une jeune admiratrice de Gérard Philipe tire donc son titre d’un poème d’Apollinaire, comme son autre nouvelle Effroyables jardins .
    Si je ne retrouve pas rapidement Mon mal délicieux, je le rachète, car, un seul livre vous manque et tout …

    Les tableaux sont de :

    Renoir, Alphonsine Fournaise, 1869, musée d’Orsay, notice

    Pissarro, La Seine et le Louvre, 1903, musée d’Orsay, notice

    Sisley, La Seine à Port-Marly gelée blanche, 1872, Palais des beaux arts Lille

    Signac, La Seine à Herblay, 1889, musée d’Orsay, notice

    Sisley, La Seine à Billancourt, 1879, Kunsthalle Hambourg

    Guiseppe de Nittis, La Seine, musée d’Orsay, notice

    La femme au coeur plus grand qu’un lever de soleil

      Alfred Stevens, Marie-Madeleine, 1887, MSK Gand, musée

      La Madeleine aux parfums

      Ta beauté ne pouvait sombrer dans la tempête,
      Ô tragique symbole de la charité,
      Cueille donc une palme au palmier de ma fête :
      Être belle, vois-tu, c’est de l’éternité !
      Souris ! Par le chemin de ton haleine,
      Un ange s’est blotti sous ta peau de baiser
      Retourne vers le peuple et dis-lui, Madeleine,
      Qu’une larme a suffi pour te diviniser.
      La chevelure en pleurs à la façon des saules,
      L’intruse se leva comme on sort de la mer.
      Un friselis subtil à fleur de ses épaules,
      Indiquait que deux ailes germaient de sa chair.
      Tous enfin revenus du magique village
      Et se frottant les yeux comme après le sommeil,
      Suivirent,
      À genoux dans le joli sillage,
      La femme au coeur plus grand qu’un lever de soleil.

      Saint Pol Roux, 1887.

    En écoutant l’émission (à regarder ci-dessous), je dis bien en écoutant la télévision car je faisais le ménage, j’ai entendu ce merveilleux poème de Saint Pol Roux, poète que j’ai évoqué plusieurs fois, par exemple sur cette page, et il a renforcé mon affection pour cette belle figure du repentir et des larmes qu’est Marie-Madeleine.

    Elle a péché, menait une vie fort compliquée, puis a rencontré le Christ, est devenue son amie, et après sa mort a vécu seule, dans une grotte, pendant trente ans. Cet isolement veut dire que sa vie fut simplifiée, purifiée, par sa dévotion. On croit, on ne croit pas, peu importe au fond, cette image féminine est très belle, sa merveilleuse chevelure est ce qui lui reste de vanité, mais elle est si douce, blonde et fine, il lui sera beaucoup pardonné.

    Pour illustrer le poème, j’ai cherché un tableau d’un artiste contemporain de saint Pol Roux, et symboliste comme lui si possible. Oh, quelle chance me fut accordée ! J’ai trouvé un tableau de caractère symboliste et en plus de cela, peint en 1887, l’année du poème. Merci Marie-Madeleine !

    Le temps du Carnaval : Binche

    Le carnaval de Binche en Belgique existe depuis toujours, et ce toujours semble remonter au 14ème siècle.

    Une émission particulièrement plaisante pour qui s’intéresse au carnaval était diffusée ce matin sur France-culture, et on peut l’écouter sur cette page

    Un diaporama présente aussi de belles photos.

    Au moment de la Révolution, vers 1794, le port du masque ( de cire aux lunettes vertes ) a été interdit pendant le carnaval. Des Binchois se sont insurgés contre cette interdiction et sont devenus les gilles, les récalcitrants.

    le Gille :

    Un bonhomme bourré de paille
    Une large collerette de dentelle
    Des sabots
    Une ceinture de grelots
    Une coiffe en plumes d’autruche
    Un panier d’oranges
    Un petit fagot de branches

    Les règles à suivre pour être gille de Binche sont très strictes.

    Le nom Gille vient du théâtre populaire, est inspiré par la commedia dell’arte, serait le nom du bouffon. A vrai dire on ne connaît pas exactement l’origine de ce gille coiffé de plumes. Une origine Inca peut-être.

    Les sabots martèlent les pavés des rues de Binche dans l’idée de faire résonner le sol pour chasser l’hiver, et le fagot de branches sèches représente la mort de l’hiver, tambours et sonnailles le font fuir. Les oranges apportent le luxe et la prospérité, les gilles les distribuent à la population.

    La fête a lieu le jour du mardi-gras. Avec cette tradition toujours aussi vivante depuis le moyen-âge, le temps suspend son vol !

    Un fichu menteur, le décolleté

    Un fichu menteur, dans quel sens faut-il prendre cette locution ? Dans le sens qui m’intéresse aujourd’hui, le mot fichu n’est pas un adjectif, mais un nom commun. Le fichu est la pièce d’étoffe en pointe ( venant de fiche = pointe ) qu’on jette rapidement autour de son cou, donc qu’on fiche plus ou moins négligemment quelque part.

    Le fichu menteur était l’appellation de ce voile en mousseline qui faisait mousser le décolleté. Il cachait et faisait deviner des rondeurs plus volumineuses qu’en réalité, c’est pourquoi on le disait menteur.

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      Adélaïde Labille-Guiard, Portrait de femme, mba Quimper, notice

    Ce fichu me donne l’occasion de montrer encore l’un de mes tableaux préférés du musée des beaux arts de Quimper. Depuis juillet, ce musée a rénové son site web et les notices proposent de beaux agrandissements des tableaux, mais hélas seule la moitié supérieure de la photo agrandie est visible. Par chance , le décolleté se situe dans la partie haute du portrait !

    Madame Labille-Guiard a souvent peint de ces fichus menteurs avec une délicate vérité.
    On pourra revoir dans cet article un certain nombre de fichus.

    Au Metropolitan museum de New York j’ai eu le grand plaisir de voir ce pastel d’Adélaïde Labille-Guiard :

      Adélaïde Labille-Guiard, Madame Elisabeth de France, pastel, vers 1787, Met New York, notice

    Totalement fascinée par la beauté de ce pastel, je l’ai naturellement pris en photo, et un gardien m’a rappelé que c’était interdit dans cette salle car c’était une exposition. Oops, sorry, je n’avais même pas remarqué qu’il s’agissait en effet d’une expo de pastels !

    Voici donc ma photo illicite de ce fichu menteur magnifié par la technique du pastel. Le crayon blanc restitue merveilleusement toute la légèreté de la gaze et la lueur mate des boutons de cuivre.

    Fichu menteur, fichu enjôleur, fichue tenue tout de même que ces robes corsetées qui devaient faire pigeonner la poitrine !

    Dans le livre de Michelle Sapori consacré à Rose Bertin, on apprend qu’avant l’apparition du corset à la fin du XVIIIème siècle, le corps de la femme était incarcéré dans un corps à baleines . Ce corsage étroit était raidi par des fanons de baleines, des tiges de jonc et un long busc de fer. Avec les paniers cet assemblage constituait la robe à la française, particulièrement encombrante.
    La robe à la Polonaise amincira un peu la silhouette en remplaçant les paniers latéraux par un  » cul  » accentuant la cambrure des reins.
    Et puis Marie-Antoinette choisira les robes légères et champêtres à l’Anglaise, les gaulles, la Cour adoptera des modes exotiques, robes à la sultane, à la Pékin, à la Turque, à la Grecque … Le cruel corps à baleines disparaît, le corset se fait plus souple, non baleiné, en toile, on l’appelle  » le corsage de dessous  » .

    Grâce à ce petit corsage de dessous, l’oiseau s’envole !



      Louis-Léopold Boilly
      , L’oiseau privé, musée du Louvre, notice

    Le temps des fraises

    Oh le bel enfant ! Grand coup de coeur au musée des beaux arts de Dunkerque pour ce petit garçon au regard tendre et à la jolie bouche en fraise !

    Il porte une fraise délicatement ciselée de dentelle … de Bruxelles peut-être.

        Frans Pourbus le jeune ( 1569-1622 ), Tête d’enfant, m b a Dunkerque

    La fraise portée autour du cou doit-elle son nom au fruit rouge ? Apparemment non, le Robert indique que ce nom viendrait probablement de la fraise de veau, ou d’agneau … c’est moins poétique mais la couleur est la même. La fraise de veau est la membrane blanche qui entoure les intestins de l’animal, et son nom vient du verbe fraiser qui signifie  » dépouiller quelque chose de son enveloppe « .
    Par ailleurs  » fraiser  » veut dire aussi plisser, par allusion à la fraise en textile qui est plissée.

    Bref, entre les musées de Dunkerque et Calais et le dictionnaire, j’ai eu envie de me pencher sur la fraise ( modestement, sans la ramener ! ). Le musée de Calais explique la mode de la fraise et on apprend bien des choses sur cette collerette.

      Ecole française, Henri roy de Navarre, vers 1576, musée national du château de Pau, page du musée

    La fraise n’a pas toujours été ornée de dentelle. Elle était faite en linge amidonné, tuyauté, les plis ronds en godrons étaient obtenus avec un fer spécial en forme de tuyau.

      Atelier de François Clouet, François Hercule de France, musée du Louvre, page du musée

    On découvre sur la fraise de François Hercule, quatrième fils de Catherine de Médicis et de Henri II, un soupçon de dentelle, qui montre ses dents. La dentelle doit son nom aux dents, aux picots sur ses bords.
    C’est Catherine de Médicis qui lance la mode des fraises ornées de dentelle.

    Au milieu du XVIème siècle Henri II est le premier souverain portant une fraise, cet accessoire lui cachait une cicatrice.

      Johannes Verspronck, Portrait de jeune femme assise, 1650, musée du Louvre, notice.

    C’est amusant de voir la fantaisie s’emparer de la collerette, d’une part sobre et fine, d’autre part prenant une envergure délirante qui ne devait pas faciliter les repas !

        Michiel van Mierevelt, Portrait d’une dame, 1628, Wallace Collection Londres, page du musée.

    La reine Marguerite de Navarre fit fabriquer une fourchette à long manche !

    Une autre solution fut de ménager une échancrure à l’avant :

      Salomon Mesdach, Portrait d’Adriana van Nesse, mba Valenciennes

    La fraise ouverte sur le corsage est redressée dans la nuque et maintenue par des fils métalliques :

      Frans II Pourbus le Jeune, La reine Marie de Médicis, 1609-1610, musée du Louvre, page du musée

    Cette forme de fraise fut nommée  » collerette Médicis  » .

      Frans II Pourbus le Jeune, Philippe-Emmanuel de Croÿ et sa soeur Marie, 1615, mba Valenciennes

    La mode de la fraise développa le goût pour la dentelle et donna un grand essor à l’économie dentellière.
    La fraise elle-même fut abandonnée en France sous le règne de Louis XIII au profit des larges cols abondamment ornés de dentelles. Et la dentelle envahit tout le costume masculin, manchettes, gants, haut des bottes, baudrier. les femmes de la haute société en parent leurs corsages, poignets, coiffures, tabliers …

    Des milliers de dentellières travaillent à domicile et les colporteurs sillonnent les foires.
    Colporteur
    Le colporteur ne porte pas forcément un col en dentelle, son nom vient de son chemin qui traverse les cols de montagne !

      Nicolas Maes, La dentellière, 1656-1657, Met New York, page du musée

    Suivre le mode d’empois de Gervaise

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    Autre blanchisseuse célèbre : Madame Sans-Gêne , dont on peut lire l’histoire sur cette wikipage.

    Madame Sans-Gêne-Sophia Loren : avec elle le repassage devient impérial

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    Madame Sans-Gêne porte à sa joue le fer à repasser, et ce geste habituel de la blanchisseuse d’antan est encore décrit par Charles Dickens dans  » The old curiosity shop  » :

    Mrs Nubbles ironed away in silence for a minute or two, and coming to the fireplace for another iron, glanced stealthily at Kit while she rubbed it on a board and dusted it with a duster, but said nothing until she had returned to her table again: when, holding the iron at an alarmingly short distance from her cheek, to test its temperature, and looking round with a smile, she observed:

    ‘I know what some people would say, Kit–‘

    Je n’ai le texte qu’en anglais, Madame Nubbles repassait en mettant à chauffer son fer dans la cheminée et mesurait la température de celui-ci en le tenant à une distance respectueuse de sa joue …

    Entre la joue et le fer à repasser il existe un point commun : la poudre de riz !

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    Précieux auxiliaire de la blanchisseuse : l’amidon

    Plongeon dans le dictionnaire avant celui dans la bassine d’amidon : le mot vient du grec  » amylon  » qui veut dire  » n’est pas moulu « . Le préfixe  » a  » est privatif et  » mylè  » désigne la meule.
    Je n’y connais rien en chimie, faut-il en déduire que cette substance ( glucide ) n’est pas moulue avec la céréale, mais extraite d’une autre façon, quelqu’un saurait-il expliquer ?

    L’amidon , issu de la pomme de terre, du blé, du riz, du maïs, est utilisé dans de nombreux domaines, l’industrie pharmaceutique, alimentaire, cosmétique, la poudre de riz est de l’amidon qui rend la joue plus douce, et bien sûr il sert à empeser le linge et à le protéger.

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    Avec l’amidon Rémy le repassage devient royal !
    Edouard Rémy a fondé en Belgique près de Louvain son entreprise qui représente aujourd’hui la plus importante production d’amidon au monde.
    Consulter le site de l’entreprise Rémy ici.

    Nous utilisons de nos jours moins d’amidon car, surtout, la machine à laver a remplacé la main de la blanchisseuse. L’amidon avait la propriété d’enrober la fibre textile en la protégeant de la salissure qui disparaissait dans l’eau avec l’amidon sous l’action de la brosse. Le linge bien empesé était ainsi moins difficile à blanchir, c’est pourquoi on empesait massivement les cols, plastrons et poignets de chemises qui s’encrassaient plus rapidement.
    L’amidon rend aussi le linge plus lisse et facile à repasser, et selon la dose, il assouplit l’étoffe ou bien lui procure une raideur orgueilleuse, impeccable fierté de la fine blanchisseuse !

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      plaque publicitaire pour l’amidon allemand Hoffman

    On pense aux coiffes traditionnelles, gourmandes d’amidon :

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      Paul Gauguin, La belle Angèle, 1889, musée d’Orsay

    Encore un petit (re)passage de L’Assommoir de Zola :

       » Elle était accroupie par terre, devant une terrine, occupée à passer du linge à l’amidon. […] Soigneusement elle trempait dans l’eau laiteuse des bonnets, des devants de chemises d’homme, des jupons entiers, des garnitures de pantalons de femme. Puis elle roulait les pièces et les posait au fond d’un panier carré, après avoir plongé dans un seau et secoué sa main sur les corps des chemises et des pantalons qui n’étaient pas amidonnés.
      « C’est pour vous, ce panier, madame Putois, reprit-elle. Dépêchez-vous n’est-ce pas ? Ca sèche tout de suite, il faudrait recommencer dans une heure. « 

    Ce tableau m’amuse, car Gauguin n’a pas, à ma connaissance, peint des Bretonnes en train de repasser, mais il a peint une Tahitienne dans cette tâche. On aurait pu penser qu’aux îles, les femmes limitaient la corvée de repassage, ou bien serait-ce une fantaisie de l’artiste ? !

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    Au musée

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    Petit tour au musée. Les grandes vacances permettent d’y respirer ce calme qui se fait rare dans la maison bien remplie au coeur de l’été. On vient y chercher une plage de sérénité plus reposante que celle du rivage. On y découvre d’autres bords de l’eau non moins ravissants.

    Le musée des beaux arts de Quimper, cet été, resplendit de tous ses trésors bretons.
    Son site est ici.

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    La peinture et la sculpture d’inspiration bretonne et des collections du musée sont particulièrement bien mises en valeur cet été, et la balade en art breton est un régal des yeux.

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    Le drap de lin vendu au marché ou brodé par les petites mains agiles séduit forcément les passionnées du linge ancien

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    null Les salles du musée ouvrent leurs fenêtres sur la cathédrale, il s’établit une belle communion entre les oeuvres d’art et l’architecture

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    On croise un sourire angélique. Ah, les musées sont si doux à l’âme ! C’est là qu’il faut venir prendre son bain relaxant aux huiles essentielles, elles sont si précieuses !

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    Camaïeux de bleus par Maufra

    null La meilleure lotion

    calmante pour les yeux null

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    Musée clair et lumineux où il fait toujours beau

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    Nous découvrons la jolie surprise d’un tableau de Gauguin prêté par Orsay,

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    mais le plus épatant, pour ma gourmandise personnelle, ce sont les dessins d’Emile Bernard, exceptionnellement sortis de l’obscurité nécessaire du musée :

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    Je suis allée plusieurs fois au musée ce mois-ci et l’ambiance de béatitude qui m’enveloppait m’a incitée à prendre des photos, clic clac, comme ça au hasard des bonheurs croisés à chaque coin de salle, j’ignorais que je bloguerais …

    Mon émerveillement s’est piqué d’une petite interrogation …
    Voici des tickets d’entrée agrémentés de tableaux du musée, je les ai scannés et placé à côté d’eux l’oeuvre correspondante du musée :

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    Un été plein de fantaisie qu’il faut aller savourer au musée !

    Brune triste

    Reste. N’allume pas la lampe. Que nos yeux
    S’emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
    Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
    De leurs ondes sur nos baisers silencieux.

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    Nous sommes las autant l’un que l’autre. Les cieux
    Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
    Voluptueusement berçons notre faiblesse
    Dans l’océan du soir morne et délicieux.

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    Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,
    Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
    Tes cheveux où mon front se pâme enseveli…

    Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes,
    Quel long fleuve de paix léthargique et d’oubli
    Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes ?

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    Poème de Catulle Mendès , Soirs moroses (1876)

    Tableaux de :
    Carolus-Duran, Le baiser, 1868, palais des beaux arts de Lille, notice
    Hippolyte Flandrin, Etude de femme, mba Nantes
    Carolus-Duran, Portrait de Mme Neyt, 1871, mba Gand

    A la lecture de ce poème triste et langoureux, qui invite à bercer voluptueusement notre faiblesse dans les pages d’un vieux livre de poésie, le Baiser de Carolus-Duran est apparu devant mes yeux. Je l’avais montré pour une Saint Valentin . Carolus-Duran a peint de très beaux portraits de femmes, notamment de longues dames brunes, sobres et dignes, un voile de tristesse dans les yeux.

    Soir morose, dans ce recueil le poète s’attriste à la tombée de la nuit, mêle voluptueusement l’obscurité du jour aux ténèbres de la chevelure de sa bien-aimée, s’aveugle d’amour, amoureuse amaurose !

    Mais Grillon n’est pas triste, il fait très beau et ce matin j’ai vu les beaux remparts de Saint-Malo !

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