Le silence de la mer

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    James McNeill Whistler, Note en gris et argent, aquarelle, vers 1884-85, Hunterian Art Gallery Glasgow, notice.

Cette semaine m’ont été offertes deux expériences, l’une de vivre au rythme des moines à l’abbaye de Landevennec, l’autre de découvrir le nouveau musée de Pont Aven.
Ces deux temps forts se sont bien opposés dans leur sonorité : au sein de l’abbaye je me suis laissée emporter dans les bras du silence, et au musée j’ai regretté un certain tapage. Mais ces deux moments m’ont charmée par leurs couleurs, très contrastées elles aussi.

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      James McNeill Whistler, Nocturne, 1875-1880, Museum of Art Philadelphie, notice.

Arrivée dans l’après-midi à l’abbaye Saint Guénolé ( présentée ici), j’ai assisté aux vêpres à 18H, dans le jour qui s’achève sur les chants très mélodieux des moines vêtus de blanc.
Après le dîner d’une soupe claire comme le jour, et réchauffant bien le corps engourdi par ce mois d’avril glacial, j’ai écouté les complies le soir venu, m’abandonnant encore aux chants des moines qui avaient pris la couleur de la nuit dans leurs coules noires.

Puis vinrent la lectio divina et la tisane, et je partis rejoindre ma chambre vers onze heures dans la maison d’accueil située à l’autre extrémité du parc boisé plongé dans une obscurité absolument silencieuse.
Nuit d’encre marine.
N’ayant pas de téléphone portable lumineux ni même une allumette, sous un ciel opaque, je n’avais que la confiance divine pour me guider, et quand je vis des lueurs aux fenêtres de la maison apparue comme un amer dans la rade, je fus complètement rassurée !

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      James McNeill Whistler, Nocturne en gris et argent, vers 1872-1874, NSW Sydney, notice .

Dans la nuit encore, à cinq heures moins le quart, je m’éveillai par ce qui est normalement appelé le hasard car je n’avais pas emporté de réveil, mais là, cela émanait d’une divine volonté, et je me levai donc discrètement pour ne pas déranger les occupants des chambres voisines. Un gant mouillé d’eau froide a dissipé le brouillard du sommeil sur ma figure, et je suis sortie de la maison, retrouvant sur le chemin de terre d’autres retraitants.

Dans le silence nocturne et la lueur froide du clair de lune qui laissait deviner la marée haute, une eau argentée, et qui me transportait dans un tableau de Whistler, nous avons regagné l’église pour l’office des vigiles à 5H20. Petite pièce à l’éclairage tamisé, vague noire des moines chantant toujours d’une façon envoûtante. Un petit instrument de musique émettait un son aigu de harpe et introduisait les temps de silence.

Nocturne: Blue and Silver - Chelsea 1871 by James Abbott McNeill Whistler 1834-1903

      James McNeill Whistler, Nocturne bleu et argent, 1871, Tate Britain, notice.

Après le petit déjeuner se tint l’office des laudes à 7H30, les moines avaient repris leurs aubes blanches de la clarté et chantaient la louange du Christ. Puis à 10H au coeur du jour, la messe et l’eucharistie. Chaque fois, le temps du silence fut plus beau encore que celui du chant, par son ineffable pureté. Pas un bruit dans l’église, chacun se retenait de respirer trop fort, se laissant imprégner, traverser par les rayons du silence. J’avais l’impression de descendre vers le ciel, dans une apesanteur bienfaisante qui renverse les sens.

Dans la nature, même la plus retirée , la plus paisible, le bruit existe, le bruissement des feuilles, le murmure des oiseaux … dans la maison, même la plus calme, un faible ronron de machine ou d’ossature se fait entendre … mais dans l’épaisse enceinte d’une église, le silence est pur, profond, non pas pesant, mais enveloppant, et salvateur.

Le soleil se frayait un chemin parmi les langues de brume, sur la mer d’un gris bleuté, et dans cette beauté diurne et silencieuse s’ancraient nos prières.

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Le musée de Pont Aven ( site ici) a rouvert ses portes il y a un mois. Flambant neuf, et tout flamboyant des lumières de l’Ecole de Pont Aven.
Les couleurs franches éclaboussent de toutes parts.
Bruit et fureur de vivre.
Le musée, très beau, que j’ai visité cette semaine, m’a paru encore trop vivant, je crains toujours la foule.
Mais les oeuvres nouvellement présentées, dépôts du musée d’orsay et prêts d’autres musées, enrichissent considérablement la collection permanente du petit musée que nous connaissions bien.

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On circule, on défile, on bouchonne, on va et vient, on s’assoie, on teste des trucs, on repart, on a besoin d’avoir vu, pas d’avoir regardé, la contemplation sera pour un autre jour.
Je suis arrivée trop tôt, l’effet public de curiosité n’est pas encore estompé.
Après le silence et les tons gris de Landevennec, je me sens bousculée, séduite aussi, par le feu d’artifice de Pont Aven.

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Je reviendrai dans ce lieu qui mérite des louanges, au moment où le calme sera accompli.

L’arbre de Noël

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    C.D. Friedrich, Première neige, vers 1827, Kunsthalle Hambourg

L’arbre de Noël est le nom que l’on donne à la distribution de cadeaux aux enfants, aux employés, dans les entreprises, les écoles, et autres lieux publics.
Au XIXème siècle, on prit conscience de la misère des enfants déshérités, employés et exploités dans l’industrie, ou abandonnés dans la rue. Dickens avec son fameux Christmas Carol, paru en 1843, et Andersen avec La petite fille aux allumettes, paru en 1845, firent prendre conscience de la situation en Europe et aux Etats Unis, et l’immense succès de ces fables sociales contribua à la popularité de la fête de Noël, empreinte de générosité, de charité, de compassion.
Des chefs d’entreprise, des instituteurs prirent l’initiative dans la seconde moitié du XIXème siècle de lancer la tradition des « arbres de Noël ».

On peut lire la lettre d’un instituteur alsacien à son inspecteur d’académie dans ce précieux petit livre :

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Lettres de Noël, présentées par Nadine Cretin, ed. Le Robert, octobre 2015

      Monsieur l’Inspecteur,

      Les demoiselles Braun-Kiener et Chevalier, de Colmar, qui portent à l’école de Luttenbach l’intérêt le plus bienveillant, ont eu l’idée l’année dernière d’organiser pour mes élèves un « Arbre de Noël » et de symboliser ainsi l’époque solennelle de l’Avent. Cette initiation, de laquelle j’ai rendu compte, en son temps à monsieur votre prédécesseur, a déjà fructifié dans les environs. […]
      Dans la salle affectée se développait un magnifique sapineau décoré et illuminé suivant l’usage immémorial. A l’entour se trouvaient dressées de longues tables sur lesquelles s’étalaient dans de mignonnes corbeilles les dons destinés aux enfants. […]
      Cent quinze enfants se pressaient dans l’enceinte et ne savaient qu’admirer le plus, ou leurs dons ou l’aspect féerique du symbole de Noël. […]

      extrait de la lettre de Jacques Ehretsmann, Luttenbach près Munster, 21 décembre 1858.

      Johann Christian Dahl, Etude de clair de lune , 1822, De Young – Legion of Honor San Francisco, notice

Je n’ai recopié que quelques passages de la lettre, il faut lire le livre qui présente des lettres de Noël très variées, de toutes les époques, rédigées par des écrivains célèbres, des artistes, des chefs d’Etat, des personnes moins connues. Beaucoup d’émotion. On apprend aussi, c’est encore un grand plaisir de lecture de Noël.

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    C.D. Friedrich, Vue de l’Elbe, 1807, Gemäldegalerie Dresde

La drache

      La drache

      Le flot montant amène une drache inconnue
      d’où viennent d’où viennent ces débris mouvants
      j’y reconnais les trous de ma mémoire perdue
      les morceaux musternés de souvenirs latents
      un peu de mon histoire beaucoup de mes angoisses
      rêves intermittents petits espoirs brisés
      des siestes fragmentées des lambeaux de paresse
      des gestes dessaisis des mouvements cassés
      tout cela se dépose en geignant sur la grève
      et tandis que la mer retourne en ses cavernes
      le soleil et la pluie triturent les épaves
      pour effacer enfin les rebuts taciturnes

      Raymond Queneau, recueil Fendre les flots

La pluie est venue, elle est repartie, laissant le jardin riant à travers ses bonnes larmes. Averses réconfortantes repoussant la crainte d’une sècheresse destructrice. Une bonne drache qui mouille et requinque !
J’aime beaucoup ce poème de Queneau qui emploie un mot quasi inconnu en dehors du Nord de la France et de la Belgique. La drache, c’est la pluie qui tape, trempe et détrempe, le mot vient du néerlandais  » dras  » = marécage.
Mais je ne connais pas le mot  » musterné « , viendrait-il de l’anglais must = moisissure ?

Les tableaux sont peints par John Constable et sont conservés à la Royal Academy of Arts de Londres. On trouve leurs notices sur cette page

Janvier tout en transparences, mettre de la clarté dans le jour gris

    Raoul Dufy, L’averse, 1953, aquarelle, Centre Pompidou Paris

Quand la pluie de janvier jette son rideau opaque et sans fin sur le village, il faut fermer les yeux, imaginer une averse d’été, un arc-en-ciel translucide, des fleurs tendrement baignées, des vases d’eau claire, des gouttes limpides qui perlent à la lisière des choses …



    Henri Edmond Cross
    , Bouquet de fleurs dans un pot, aquarelle, mba Dijon
      Iris, à son brillant mouchoir

      Iris, à son brillant mouchoir,
      De sept feux illumine
      La molle averse qui chemine,
      Harmonieuse à choir.

      Ah, sur les roses de l’été,
      Sois la mouvante robe,
      Molle averse, qui me dérobe
      Leur aride beauté.

      Et vous, dont le rire joyeux
      M’a caché tant d’alarmes,
      Puissé-je voir enfin des larmes
      Monter jusqu’à vos yeux.

      Paul-Jean Toulet, recueil Contrerimes

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    Raoul Dufy, Anémones et tulipes, aquarelle, 1942, Centre Pompidou Paris

Ce délicieux poème de Paul-Jean Toulet illumine une journée trop humide !

La base Joconde ( ici ), qui met en ligne des oeuvres des collections publiques françaises, est rénovée, rafraîchie, la recherche y est facilitée, et on y découvre des merveilles.
Dans le moteur de recherche de beauté, il suffit de taper le mot désiré,  » pluie  » les jours de pluie,  » bouquet  » les jours en manque de fleurs,  » soleil  » les jours sombres, et la vie retrouve un peu de sa légère transparence !

      Raoul Dufy, Campanules, aquarelle, Centre Pompidou Paris

Ciels et regards voyageurs

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La tête dans les nuages, impossible rêveuse, exaspérante passionnée que je suis, je me laisse toujours emporter par une force élastique dans les pages de Marcel Proust, mes pensées descendent dans les frondaisons de ses descriptions puis sont propulsées par la fronde de ses mots, à mille lieues du temps réel. Le téléfilm de Nina Companeez a craqué l’allumette qui ne demande qu’à raviver ma flamme pour À la recherche du temps perdu.

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    Jacob Isaackzs. Ruisdael
    , Le coup de soleil, années 1660, musée du Louvre, commentaire
     » Un instant ses regards croisèrent les miens, comme ces ciels voyageurs des jours d’orage qui approchent d’une nuée moins rapide, la côtoient, la touchent, la dépassent. Mais ils ne se connaissent pas et s’en vont loin de l’autre. Tels nos regards furent un instant face à face, ignorant chacun ce que le continent céleste qui était devant lui contenait de promesses et de menaces pour l’avenir.

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    Au moment seulement où son regard passa exactement sous le mien sans ralentir sa marche, il se voila légèrement. Ainsi, par une nuit claire, la lune emportée par le vent passe sous un nuage et voile un instant son éclat, puis reparaît bien vite. « 

    Marcel Proust, extrait de À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Nom de pays : le pays

Il s’agit du passage de la rencontre du narrateur avec Albertine devant l’atelier d’Elstir. Sa large figure féminine éclairée par ses regards mobiles et comme agités par le vent ressemble à un gâteau où on aurait réservé de la place pour un peu de ciel. Les regards se croisent tels des nuages, se frôlent, se dépassent avec sensualité. Regard pudique comme une lune fugitive et capricieuse.
Comme l’image est belle !
Quel art chez Proust qui, là, reconnaissons-le, s’exprime en phrases courtes !
Cette vision atmosphérique de regards voilés, qu’un coup de vent pourrait dévoiler en coup de foudre, me fait entrevoir mon premier coup de coeur au Louvre, le Coup de Soleil de Ruisdael.
J’ai aimé follement ce tableau avec ses immenses nuées et ses tout petits baigneurs.

Petits bonheurs entremêlés de la lecture et de la peinture !

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  • Au centre de la citation :
    Caspar David Friedrich, Bord de mer au clair de lune, 1835-1836, Kunsthalle Hambourg
  • Des nuages secrètement protecteurs, fraternels

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      Emil Carlsen
      , The South Strand, vers 1909, Smithsonian American Art Museum Washington, commentaire du musée.

    L’harmonie sereine et douce de cette plage peinte par Carlsen donne les couleurs de ma rencontre avec l’écrivain de Plage que j’avais annoncée dernièrement ( revoir ici ) , avec Marie Sizun.

    Hélas ce jour-là la pluie faisait rage et peu de personnes ont osé franchir son rideau de fer pour vivre un moment rare et précieux de culture et de convivialité.

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      Jean Béraud, Boulevard Poissonnière sous la pluie, musée Carnavalet Paris

    Un conte d’automne : le vacarme sourd des trombes d’eau par dessus le toit, le thé fumant dans la tasse devant une pile de livres, une conversation calme et intimiste.
    Intimidante tout d’abord, car j’étais seule devant la dame, comme une candidate à l’épreuve orale du bac de français. Et ces souvenirs sont pour moi désastreux, mes plus mauvaises notes au bac furent dans cette matière, écrit comme oral, même nullité !

    Ce que j’appréhendais comme un examen fut un délice et mon intimité avec l’auteur dura une heure trente. Tous ceux qui ne sont pas venus à cette rencontre ne savent pas ce qu’ils ont manqué : un bonheur vrai ( hum je me cambremérise, je plante l’adjectif vrai après le substantif pour renforcer la sincérité ! )

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    Ah, si j’avais pu avoir un professeur de français comme Marie Sizun ! Une dame si douce qui parle posément, sans s’énerver en entendant des avis saugrenus !
    Dans l’atmosphère détendue de notre entretien j’osai lui dire que son dernier livre  » Plage  » m’avait fait penser à Mrs Dalloway. Par chance elle aimait ce roman et n’a pas levé les yeux au ciel comme mes anciens profs . Dans son roman, les heures passent aussi, modulent le comportement des estivants sur la plage, et préparent, préméditent le petit meurtre du coeur de l’héroïne. Un big ben silencieux serait son portable qui ne sonne pas et le téléphone sonnera enfin, enserrant son âme d’un cercle de plomb.
    Si j’avais trouvé le style de Plage trop plat à mon goût, c’est que j’aurais aimé y découvrir plus de force imagée comme dans les métaphores de Mrs Dalloway. Encore plus de belles images comme celle que Marie Sizun a composée des nuages bretons :

    J’aime leur manière si particulière de défiler, de lentement passer, couchés sur le dos, indifférents, souverains ; et pourtant secrètement protecteurs, me semble-t-il. Fraternels. On n’est jamais seul quand on regarde les nuages.

    Marie Sizun, extrait de Plage, éd. Arléa

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      Bancel La Farge ( 1865-1938 ) , peintre américain, Voilier dans la tempête, musée national de la coopération franco-américaine Blérancourt, notice

    Aïe, les femmes qui lisent sont dangereuses, leur jugement est conditionné par leurs lectures. Je conseille cependant la lecture de Plage et remercie son auteur pour ce moment de douceur.

    Un immense baiser

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      Jozef Israel, Enfants de la mer, Rijksmuseum Amsterdam, page du musée

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    L’océan resplendit sous sa vaste nuée.
    L’onde, de son combat sans fin exténuée,
    S’assoupit, et, laissant l’écueil se reposer,
    Fait de toute la rive un immense baiser.
    […]

    Suite du poème ici,
    Victor Hugo, recueil Les contemplations

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      Gustave Courbet, Rivage de Normandie, 1866, musée Boudin Honfleur

    La marée basse est une source de contemplation. Je ne comprends pas cette fureur des pêcheurs à pied qui, à chaque grande marée, griffent et ratissent le beau vernis luisant de la plage.

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      Louis Antoine Manceaux ( 1862-1939 ) , Marée basse dans le Finistère, 1927, pastel, musée Fesch Ajaccio

      L’horizon semble un rêve éblouissant où nage
      L’écaille de la mer, la plume du nuage,
      Car l’Océan est hydre et le nuage oiseau.
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      Eugène Boudin, Paysage, huile sur papier, musée d’Orsay

    Le poème de Victor Hugo prend toute sa couleur à marée basse, quand la mer se recroqueville derrière une évaporation bleutée qui donne au soleil une lueur laiteuse. Les nuages glissent sur le sable, les pêcheurs creusent le ciel, la fine ligne tremblante de la mer ne sépare plus les éléments se mêlant dans un bonheur de couleurs pastel. Ces gens tout affairés à leur pêche miraculeuse tracent sur le papier gris velours du ciel leur écriture cunéiforme.
    On aperçoit alors des études de Boudin ou des vues de l’Ecole de La Haye et, d’une joie reconnaissante, on lance à cette splendeur un immense baiser.

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      Jacobus Maris, Bateau sur la plage de Scheveningen, 1899, Rijksmuseum Amsterdam

    L’annonciation en mauve

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      Philippe de Champaigne ( 1602-1674 ), L’Annonciation, 1631, mba Caen

    Aujourd’hui 25 mars est le jour de l’annonciation.
    Ce sujet fut maintes fois traité en peinture et il est intéressant de regarder comment les artistes ont imaginé cette scène au fil des siècles.

    Parmi toutes les  » Annonciation  » que j’aime et que je désirerais rapidement présenter ces jours-ci, je montre d’abord celles de Philippe de Champaigne. L’ordre chronologique ne me guide donc pas, seulement le hasard des couleurs, des coups de coeur, des musées et des souvenirs.

    Cette annonciation du musée des beaux arts de Caen est la première exécutée par le peintre qui traita souvent ce sujet.
    Grande toile de 3m sur 2,50m commandée pour la cathédrale Notre-Dame de Paris.
    Elle fit partie de l’exposition consacrée à Champaigne au palais des beaux arts de Lille en 2007.
    Ce peintre flamand, Champaigne, reçoit l’influence de Rubens qu’on sent dans le lyrisme des drapés, des anges s’agitant dans les nuages, dans la silhouette massive et mouvante de l’archange Gabriel. Les couleurs de la Vierge sont traditionnelles, mais en revanche, celles de l’archange sont étonnantes, innovantes.

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    Des tons célestes pour ce héraut divin : tendre harmonie de gris perle, vert amande et mauve.
    Ce mauve nuancé de rose surprend mais, si on tient compte du moment de la scène, le 25 mars, j’oserai dire que c’est un ton de saison. Ce sont les nuances de fleurs de magnolia et de primevères qui éclosent ce mois-ci.
    Mauve douceur, mauve pétale, la couleur calmante convient bien à cette annonce capitale que va faire l’ange à la jeune Marie.
    Elle lit pieusement, et puis il l’interpelle, elle se retourne, surprise, attentive. L’archange n’a pas encore parlé.
    Devant elle un joli bouquet symbolise cette annonciation et reprend délicatement les couleurs de l’archange.
    Quel beau tableau !

    Et puis voici l’Annonciation conservée au musée de Kingston upon Hull, et qui est la dernière peinte par Champaigne :

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      Philippe de Champaigne, L’annonciation, vers 1656, The Ferens Art Gallery Hull, page du musée

    Ce tableau rappèlera des souvenirs à l’une de mes filles qui fit ses études à l’université de Hull.

    C’est un petit tableau, 0,74cm x 0,55cm, prévu pour l’intérieur d’un logement, il reprend le grand tableau conservé à Londres destiné à une église ( ci-dessous ).

    Marie se trouve dans sa chambre, à l’arrivée de l’ange, elle a laissé tomber son ouvrage de couture, elle s’est levée. Elle est debout face à l’ange debout aussi, cette position verticale semble aussi une invention de Champaigne. L’archange Gabriel désigne le ciel d’où vient cette annonce qu’il doit faire, un ciel de nuages, animé de putti, au centre duquel irradie l’Esprit Saint contenu dans la colombe.
    L’archange porte une toge parme, toujours ce coloris adoucissant, au parfum d’avant-garde parce que stendhalien !

    Dans le tableau d’église de la Wallace collection, le vêtement de l’archange est plus classique, bleu, mais dans le petit tableau de Hull, plus intime, Champaigne prend des libertés, et peint avec minutie le plancher de la chambre de Marie. Le moment précis de cette annonciation semble être à la fin des paroles de l’archange, Marie baisse la tête et prend conscience de la mission qui lui est confiée.

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      Philippe de Champaigne, L’annonciation, vers 1648, Wallace collection Londres, page du musée

    La Mer

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      John Brett ( 1831-1902 ), La Manche vue des falaises du Dorset, 1871, Tate Gallery Londres,
      commentaire du musée

    John Brett fut un peintre préraphaélite, c’est pourquoi, après l’évocation des préraphaelites hier, je montre cette vue, qui serait plutôt post-préraphaélite !

    Cet éclairage fantastique n’est pas aussi artificiel qu’on pourrait le penser, il est fréquent d’admirer sur les côtes bretonnes, normandes, nordiques et britanniques, cette pluie de rayons laiteux diluant sur une eau changeante ses couleurs d’opaline. L’émerveillement est tel qu’on entend ricocher les notes de Debussy …

    Il n’est donc pas étonnant que Claude Debussy ait achevé la composition de son oeuvre, La Mer, en 1905 en regardant la Manche à Eastbourne ( wikipage )

    On peut entendre avec ce clip les huit autres extraits de  » La Mer  » , cliquer à la fin sur chaque case.

    ( Le temps de chargement peut être un peu long, il faut alors cliquer sur la case  » pause  » et attendre que tout soit chargé, on voit la bande rose pâle avancer, et à la fin, cliquer pour écouter )

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      John Brett, Britannia’s Realm, 1880, Tate Gallery Londres, page du musée

    Cet autre tableau de Brett, si clair, n’est pas une vue de la Manche, mais du Pays de Galles. La vente de ce tableau l’avait aidé à acheter son propre bateau.
    Revenons à Debussy, son oeuvre, La Mer, se compose de trois parties :

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     » De l’aube à midi sur la mer  » – Très lent

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     » Jeux de vagues  » – Allegro

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     » Dialogue du vent et de la mer  » – Animé et tumultueux

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    Cette mer-là est bretonne !

    Poussin

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    Qui a peint ce putto potelé ?
    C’est Poussin.

    Evoquons Poussin puisque c’est Pâques !

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    Nicolas Poussin était normand, né en 1594 aux Andelys, mort à Rome en 1665.
    Il fit l’essentiel de sa carrière à Rome mais fut renommé en France, nommé premier peintre du roi en 1641, et son influence sur les artistes jusqu’au XXème siècle fut très grande.

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    C’est son oeuvre qui incarna la notion de classicisme dans la peinture française du XVIIème siècle, et Poussin fut placé au coeur de la fameuse querelle des Rubinistes et des Poussinistes, opposant les partisans de la couleur à ceux du dessin.

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      Nicolas Poussin, Le Parnasse, vers 1630-31, musée du Prado Madrid, page du musée

    Sa peinture est très intellectuelle, très réfléchie, l’artiste veut exprimer une pensée au travers de sa toile, il médite sur le destin de l’homme.
    Poussin était constamment malade et souffrait beaucoup physiquement, sa mauvaise santé a dû favoriser bien des interrogations philosophiques.

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      Nicolas Poussin
      , Saint Jean à Patmos, 1641, Art Institute Chicago

    Son tableau doit donc être pour lui une construction de la pensée. Il refuse des commandes parce qu’il ne parvient pas à les  » penser « , les méditer . Vision classique, mais non sans lyrisme, Gide a dit de lui que son classicisme est d’abord un romantisme dompté.
    Poussin fut comparé à cet autre Normand, Corneille, mais aussi à Racine, et ( je reviens encore vers lui ! ) Proust, grand admirateur de Racine, appréciait et défendait Poussin.

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      Nicolas Poussin, Orion aveugle cherchant le soleil, 1658, Met New York, commentaire du musée

    Paul Cézanne a dit :

    Imaginez, Poussin refait entièrement sur nature, voilà le classique que j’entends. Ce que je n’admets pas, c’est le classique qui vous borne. Je veux que la fréquentation d’un maître me rende à moi-même ; toutes les fois que je sors de chez Poussin, je sais mieux qui je suis.

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    Cézanne aurait-il admiré les nuages de Poussin ? C’est comme ça une idée en l’air, voici par exemple des nuages du jeune Cézanne sur cette page

    Ce que j’aime tout particulièrement chez Poussin, ce sont ses nuages.

    Ils prennent un relief dans le ciel et une tension dramatique qui rendent son classicisme captivant et plutôt romantique.

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      Nicolas Poussin, Agar et l’ange, 1660, galerie nationale Palais Barberini Rome

    Si on connaît mal Poussin, ou si on veut revoir ses oeuvres, il faut aller au Louvre , qui expose trente-neuf de ses toiles, ici null

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