Une pièce maçonnée de livres

      Sir Francis Seymour Haden, Une femme lisant, 1858, gravure, LACMA Los Angeles, notice.
    Ma mère et les livres.

    La lampe, par l’ouverture supérieure de l’abat-jour, éclairait une paroi cannelée de dos de livres, reliés. Le mur opposé était jaune, du jaune sale des dos de livres brochés, lus, relus, haillonneux. Quelques « traduits de l’anglais » – 1,25 franc – rehaussaient de rouge le rayon du bas.
    À mi-hauteur, Musset, Voltaire, et les Quatre Evangiles brillaient sous la basane feuille-morte. Littré, Larousse et Becquerel bombaient des dos de tortues noires. D’Orbigny, déchiqueté par le culte irrévérencieux de quatre enfants, effeuillait ses pages blasonnées de dahlias, de perroquets, de méduses à chevelures roses et d’ornithorynques.
    Camille Flammarion, bleu, étoilé d’or, contenait les planètes jaunes, les cratères froids et crayeux de la lune, Saturne qui roule, perle irisée, libre dans son anneau …
    Deux solides volets couleur de glèbe reliaient Elisée Reclus, Voltaire jaspés, Balzac noir et Shakespeare olive …
    Je n’ai qu’à fermer les yeux pour revoir, après tant d’années, cette pièce maçonnée de livres. Autrefois, je les distinguais aussi dans le noir. Je ne prenais pas de lampe pour choisir l’un d’eux, le soir, il me suffisait de pianoter le long des rayons. Détruits, perdus et volés, je les dénombre encore. Presque tous m’avaient vue naître.

    Colette, extrait de La maison de Claudine.

Colette se remémore la bibliothèque de sa mère et décrit les livres dans toute leur sensualité ;
sous ses mots ils prennent un relief particulier, sortes d’animaux empaillés qui tapissent chaudement les murs de la pièce et les bigarrent silencieusement.
De nos jours les livres n’offrent plus à nos doigts jouisseurs des dos de cuir lisse ou feutré, de toile rêche ou de papier de soie craquant … le papier est maintenant plus commun, néanmoins nous aimons la douceur peau de pêche des livres d’Actes Sud par exemple, l’épais papier gros bleu ou rose buvard de chez Cheyne, les couvertures de P.O.L cannelées blanc neige comme un biscuit de Limoges, ou les petits Poésie/Gallimard si glacés qu’on ose à peine les ternir de nos empreintes …

En cherchant des tableaux avec une lampe et un livre dans les sites de musées, j’ai fait une découverte surprenante : les deux gravures ci-dessus représentent la même personne, Deborah Haden, qui était l’épouse de Francis Seymour Haden, physicien et peintre amateur, et qui était aussi la demi-soeur de Whistler. Elle est représentée dans la même position, lisant sous la même lampe, par son mari, et par son demi-frère !

      Paul Cézanne, Lampe et livres, 1882-1890, musée de Philadelphie, notice.

Des clopes !

Un cendrier et sa tache charbonneuse, son oeil de cyclope
Un tas de clopes écrasées
Autant de fumeurs éclopés, de la vie, de l’amour, du hasard
Qui vont clopin-clopant
Cloper sur les boulevards
On s’allume, fume, brûle, grille, secoue une cigarette
Qu’est ce qu’il en reste ?
Des clopinettes !

Mais cosmopolite cette boîte : des blondes, des brunes, des gitanes, des américaines, des anglaises, des russes, des gauloises

Pourquoi ai-je pris cette photo de mégots dégueu ?
Je pensais peut-être à Camille Lou que mon mari aime bien …

Poèmes sous la lampe

    Georg Friedrich Kersting, Jeune femme cousant à la lueur de la lampe, 1823, Neue Pinakothek Munich, notice et commentaire.

La lampe de chevet est l’un de ces objets chéris sans lesquels je ne me sentirais pas bien chez moi.
Je ne photographie pas la mienne, on l’apercevrait à peine, dissimulée sous les livres.
Elle est nouvelle, car, même attachée à cet objet quotidien, je peux la changer pour un modèle mieux adapté à ma folie et mon sens du désordre.

Ma nouvelle lampe, en tôle blanche, possède une semelle très fine et plate sur laquelle j’empile une multitude de livres. L’abat-jour monté en haut d’une longue tige surgit juste au dessus de l’échafaudage, diffusant une lumière restreinte au ras de la couverture du premier bouquin.

C’est ainsi que je fais la lumière sur ma boulimie de littérature, dis-moi comment tu lis, je te dirai qui tu es, la lueur empêtrée de ma lampe révèle mes goûts pour l’accumulation hétéroclite de recueils de poèmes, de biographies, de catalogues de musées, de dictionnaires, d’essais en tous genres et de quelques rares romans.

chodowieckingwash gravure de Daniel Nikolaus Chodowiecki, Jeune homme écrivant sous la lampe, 1784, NG Washington, notice.

Chez un bouquiniste j’ai trouvé un livre dont le titre est fait pour moi :
Poèmes sous la lampe
Le poète est Marc Baron, je l’avais présenté ici
édition L’Harmatan, mars 2010.

On pense à Georges Rodenbach qui composa le recueil Les lampes.
Marc Baron compose sous la lampe qui l’éclaire, le chemin n’est pas facile, quête de lumière, quête de soi …

George Clausen, Lecture sous la lampe, vers 1909, National Galleries of Australia, Canberra, notice

Voici un poème de Marc Baron :

      L’épi de blé

      En mon absence   en ma douleur
      Le poème prend place

      Je m’en vais   je me dévaste

      Et la place qu’il prend
      Le poème sur ma page
      C’est l’étendue vivante du désarroi

      Mais je suis là   je veille
      Je vis dans ce silence qui m’éclaire

      Donne-moi le désir
      Donne-moi l’envie de la lampe

Marc Baron m’a forcée à chercher comment taper le code d’une espace !
💡 maintenant je sais !
Ces espaces dans les poèmes sont des silences, des lampes allumées, des lueurs blanches plus ou moins étendues …
Marc Baron l’a écrit dans un autre poème :

      Du silence     des espaces

      Le poème prend sa place

    denislampeo

      Maurice Denis, Jeunes filles à la lampe, 1891, mba Lyon, notice.

Je comprends maintenant pourquoi le mot espace est féminin dans ce cas précis de l’intervalle entre des mots, féminin comme la lampe, la lumière, la bougie, la lune !
Je pense à la lune car je me souviens de cette courte phrase apprise en cours de grec (je n’ai pas le courage de taper le code html de chaque lettre grecque!) : « é séléné lampei » qui veut dire « la lune brille ».

Le site du Côté de chez Grillon du Foyer présente des dysfonctionnements depuis une semaine, la lampe du blogue s’éteint de manière intempestive, j’en suis désolée.
Ma fille cherche quel est le problème, et non, comme on dit maintenant, la problématique ! Je ne supporte plus d’entendre ces mots substantifs « la thématique » ou « la problématique ». Un langage ampoulé est rarement lumineux !

Une valse à trois temps

      Henri Matisse, La nappe rose, 1924-1925, Kelvingrove Museum Glasgow, notice.

Hier, dimanche rose, jour de joie sur le chemin vers Pâques.
J’ai repensé à ce tableau de Matisse que j’avais aimé et photographié au musée de Glasgow.
Le site du musée n’en donne hélas pas de reproduction.

Hier aussi, passage à l’heure d’été.

Le changement d’heure est aujourd’hui centenaire en France.

L’heure d’été fut instituée par une loi votée le 19 mars 1917. Marcel Proust en parle précisément dans Le Temps retrouvé : revoir ici.

Le changement d’heure disparut en 1945, ressuscita en 1976. Mais, changement ou pas, cela ne change rien au cycle du temps.

Comme dit Michel Serres, la montre qui indique l’heure est un planétarium de poche.
Elle imite la rotation de la Terre autour du Soleil, elle nous donne le temps de Newton, temps stable qui ne change pas au cours des siècles.
Le temps du chronomètre.

Cependant la montre qui fait tic-tac s’use, se dérègle, réclame des soins, demande à être changée pour donner l’heure. C’est là, en ce qui la concerne, un autre temps, le temps qui coule, de la source vers l’embouchure, de la jeunesse à la vieillesse, de la naissance à la mort. C’est ce deuxième temps, à la recherche duquel Marcel était parti.
Le temps de l’entropie.

Mais le renouvellement, la renaissance, le printemps, permet d’inverser en quelque sorte l’entropie, c’est le temps de Darwin.

Et puis, chez nous, francophones, et dans d’autres pays latins, le temps est aussi terriblement changeant. Il faut parfois consulter ses prévisions pour agir dans les temps, pour choisir le bon moment. Voilà un troisième temps.
Le temps du baromètre.

La météo intervient donc dans l’emploi du temps horaire. C’est peut-être pourquoi nous n’avons qu’un mot pour ces deux temps, alors que les Anglo-saxons ont Weather-time, Wetter-Zeit.

L’heure d’été est arrivée au jour rose du quatrième dimanche de carême, c’est le beau temps !

    vuillardchambrerosedimbourg

    Edouard Vuillard, La chambre rose, 1910-1911, NG Edimbourg, notice.

La spirale du temps

Le temps s’arrête, le temps s’écoule au musée des beaux arts de Strasbourg, le temps passe, s’enfuit, se suspend et s’allégorise, un banc nous invite à la contemplation et à la réflexion devant un ensemble exceptionnel de natures mortes qui représentent des vanités.

Sur un mur se tiennent des crânes, sur l’autre des citrons.
Ironie, l’un des synonymes du crâne est le citron !

Voici des reproductions plus précises des tableaux.
Le site du musée est hélas très succinct.

On ne sait pas grand chose de Sébastien Bonnecroy, peut-être un protestant d’origine française réfugié aux Pays-Bas. Il aurait vécu à Anvers et à La Haye.
Sa nature morte est fort intéressante, en face du plaisir éphémère du tabac, en face de la richesse, du pouvoir (symbolisé par le parchemin cacheté), que sommes-nous ?
Fragiles comme la flamme de la bougie qui vient de s’éteindre et comme les fétus de paille …
La mort nous attend, comme la résurrection symbolisée par l’épis de blé.

      Simon Renard de Saint André
      Vanité, vers 1665-1670
      page du musée.

Cornelis Gysbrechts, actif à Anvers vers 1660, a certainement influencé Bonnecroy.

      Cornelis Gysbrechts, Vanité, 2ème moitié du XVIIème siècle, notice

A ces trois crânes répondent trois citrons, trois oeuvres magnifiques.
Les voici :

Je laisse la parole à Paul Claudel, qui fut aussi critique d’art et écrivit à propos de la peinture hollandaise :

« La nature morte hollandaise
est un arrangement qui est en train de se désagréger, c’est quelque chose en proie à la durée.
Et si cette montre, que souvent Claesz aime à placer sur le rebord de ses plateaux et dont le disque du citron coupé en deux imite le cadran, ne suffisait pas à nous en avertir, comment ne pas voir dans la pelure suspendue de ce fruit le ressort détendu du temps, que la conque plus haut que l’escargot de nacre nous montre remonté et récupéré, tandis que le vin à côté dans le vidrecome établit comme un sentiment de l’éternité ? »

Paul Claudel, Introduction à la peinture hollandaise, éd. Gallimard 1935

La montre s’appelle parfois un oignon, et avec Claudel elle devient citron !

Ces natures mortes nous donnent une petite leçon de vocabulaire.

Vidrecome est un mot qui vient du verbe allemand wiederkommen = revenir.
Le vidrecome était un grand verre à boire qui se passait de convive en convive, qui revenait donc à son point de départ en ayant fait le tour de la table.

Le nautile monté en pièce d’orfèvrerie se dit parfois hanap, et ce mot vient de l’ancien germanique, hnapf, qui voulait dire écuelle.

le vrai livre naît de l’obscurité et du silence

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Dans Le Temps retrouvé le narrateur, dans son analyse de l’art en général et du métier d’écrivain en particulier, explique que l’artiste doit chercher la vérité en profondeur, en dessous des apparences, des passions, des paroles, des habitudes, et de toute l’agitation qui l’entoure et la masque. Son art véritable doit traverser ce qu’il perçoit, et restituer les choses après les avoir mûrement intellectualisées.
La littérature de notation, celle qui se contente de prendre note de ce qui se voit, se dit, bouge et existe, n’a donc selon lui aucune valeur.

Ainsi dit-il :
chodowieckingwash […] les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l’obscurité et du silence. Et comme l’art recompose exactement la vie, autour des vérités qu’on a atteintes en soi-même, flottera toujours une atmosphère de poésie, la douceur d’un mystère qui n’est que le vestige de la pénombre que nous avons dû traverser, l’indication marquée exactement comme par un altimètre, de la profondeur d’une oeuvre.

Marcel Proust, Le Temps retrouvé, Matinée chez la princesse de Guermantes.

ci-contre, gravure de Daniel Nikolaus Chodowiecki, Jeune homme écrivant sous la lampe, 1784, NG Washington, notice.

Ces jolies phrases de Proust, et c’est là tout son art, semblent faire jaillir un paradoxe, la vérité profonde n’apparaît pas dans la pleine lumière, mais dans l’obscurité.

L’écrivain dévoile, grâce à sa littérature, la vraie vie, en s’éloignant d’elle pour la retrouver authentique en écrivant, solitaire et silencieux, dans le secret de son bureau, de la chambre (à soi disait Virginia Woolf), du grenier, ou autre cabinet qu’il éclaire d’une lampe ou d’une bougie.

Le peintre aussi, à mon avis, ou le sculpteur, a besoin de détourner son regard du modèle pour puiser une part plus importante de vérité, et de poésie, de tendre mystère, qui n’apparaissent pas sans ce travail d’artiste.

Par ces grandes intempéries estivales, nous sommes obligés de fermer les volets et de lire, nous aussi, sous la lampe dans la pénombre un peu rafraîchie de la pièce !

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      anonyme, jeune femme lisant dans son lit, dessin, musée Magnin Dijon, notice.

Aujourd’hui

      Suzuki Harunobu, La cloche du soir, 1766, estampe, AIC Chicago, notice

Aujourd’hui … quatre heures
non du matin comme on dit
mais de la nuit, quatre heures après minuit
sonne le carillon de la maison
dans le silence tiède de l’été
l’heure étrange où je m’éveille
yeux ouverts sur le velours noir alentour
ne pas se lever, ne pas allumer, écrire
d’une plume virtuelle, long courrier des songes
dans l’insomnie rituelle
ah, si tous mes amis recevaient ces lettres rédigées
à l’encre de nuit sur le papier froissé du sommeil !
quelques mots encore du dictionnaire des rêveries synonymes
et je m’endors
embarquée à bord
de phrases nocturnes, impénétrables, évanouies, oubliées

4 août 2016

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      Paul César Helleu, Femme au lit, estampe, musée Bonnat Bayonne, notice

Aujourd’hui

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Aujourd’hui … la pluie
bonne pluie d’été, fraîche et nourrissante
sous la couette je suis restée
j’ai allumé ma lampe sur la table de nuit
table de nuit d’été
submergée de livres des vacances
je n’aime tant l’été que par ses jours de gros temps
après ses séances de soleil sec et de soif
l’humide promesse des nuages, le vent dans les pages
le glouglou des gouttières, la fenêtre ouverte
un parfum d’automne au creux de l’oreiller
lire encore un peu, un temps pour ne pas penser, un temps pour réfléchir
merci la pluie !

3 août 2016

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Plumitifs ! C’est une histoire de plumitifs !
J’ai beaucoup aimé Gloire tardive d’Arthur Schnitzler (éd. Albin Michel)

Un vieux poète, qui ne compose plus depuis longtemps, rencontre un jeune admirateur qui a déterré son unique recueil, publié sans succès, et qui se confond en propos élogieux.
Le vieux monsieur se sent tout d’un coup flatté, il va se laisser entraîner dans le cercle littéraire de jeunes écrivains prétentieux. Il va pendant un petit moment croire à la reconnaissance, et même à la gloire, il se prend à rêver, mais il retombe très vite sur le sol des réalités. Tout n’est que vanité et mensonge, même dans le milieu de l’écriture.
L’analyse des sentiments, pleins de confusion, est très subtile.
C’est attendrissant, et triste à la fois, de voir le vieux monsieur se laisser enivrer par une gloire soudaine qui pourtant ne le trompe pas, il sait qu’il doit rester lucide, et en observant les autres artistes qui se jouent de lui, il s’analyse lui-même.

En bleu adorable

    Lyonel Feininger (1871-1956), Gelmeroda, 1936, Met New York, notice

      En bleu adorable fleurit
      Le toit de métal du clocher. Alentour
      Plane un cri d’hirondelles, autour
      S’étend le bleu le plus touchant. Le soleil
      Au-dessus va très haut et colore la tôle,
      Mais silencieuse, là-haut, dans le vent,
      Crie la girouette. Quand quelqu’un
      Descend au-dessous de la cloche, les marches, alors
      Le silence est vie ; car,
      Lorsque le corps à tel point se détache,
      Une figure sitôt ressort de l’homme.
      Les fenêtres d’où tintent les cloches sont
      Comme des portes, par vertu de leur beauté. Oui,
      Les portes encore étant de la nature, elles
      Sont à l’image des arbres de la forêt. Mais la pureté
      Est, elle, beauté aussi.
      […]

    Friedrich Hölderlin (1770-1843), extrait de En bleu adorable, traduction de André du Bouchet, dans Oeuvres, éd. la Pléiade

Voici en allemand le début du long et célèbre poème de Hölderlin :

In lieblicher Bläue blühet
mit dem metallenen Dache der Kirchthurm. Den umschwebet
Geschrei der Schwalben, den umgiebt die rührendste Bläue.
Die Sonne gehet hoch darüber und färbet das Blech,
im Winde aber oben stille krähet die Fahne.
Wenn einer unter der Glocke dann herabgeht, jene Treppen,
ein stilles Leben ist es, weil,
wenn abgesondert so sehr die Gestalt ist,
die Bildsamkeit herauskommt dann des Menschen.
Die Fenster, daraus die Glocken tönen, sind wie Thore an Schönheit.
Nemlich, weil noch der Natur nach sind die Thore,
haben diese die Ähnlichkeit von Bäumen des Walds.
Reinheit aber ist auch Schönheit.
[…]

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En bleu adorable fleurit … on s’attend à ce que le poète encense les fleurs bleues de la nature, comme son compatriote Novalis, mais non, ce bleu est métallique, celui du zinc du clocher. On entrevoit aussi le bleu nuit des hirondelles, le bleu clair du ciel, l’éclat bleu de la girouette, le bleu des heures qui s’égrènent au son des cloches, le bleu profond du silence.
Et le bleu léger de l’âme humaine.

IMGP6484 Le pauvre poète est resté fou durant la moitié de sa vie, on l’appela d’ailleurs le poète fou.

A Tübingen, en Souabe, se trouve sa maison, une tour de couleur jaune, qu’on peut visiter virtuellement sur cette page en cliquant dans les cadres blancs pour progresser.
J’aimerais la visiter réellement !

IMGP6486

Cette semaine j’ai lu un petit livre à la couverture bleue, un livret bleu d’une délicatesse infinie.
Bobin bien sûr, sa poésie myosotis aux éclats de lapis lazuli !

Je ne m’en lasse pas et cite deux de ses phrases ineffables :

      Tout m’est lecture. La plus grande partie de ma bibliothèque est dans le ciel, avec ses volumes dépareillés de nuages, jamais à la même place.

      Je dépose la vieille montre de mon coeur chez Jean Sébastien Bach. Quand je la reprends elle est comme neuve et sonne toutes les secondes.

      Christian Bobin, extrait de Une bibliothèque de nuages, éd. Lettres Vives, 2006.

    La Falaise à Fécamp by Claude Monet Aberdeen Art Gallery and Museums Collection

    Monet
    , La falaise à Fécamp, 1881, musée d’Aberdeen, notice

la bonne chanson

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      Le foyer

      Le foyer, la lueur étroite de la lampe ;
      La rêverie avec le doigt contre la tempe
      Et les yeux se perdant parmi les yeux aimés ;
      L’heure du thé fumant et des livres fermés ;
      La douceur de sentir la fin de la soirée ;
      La fatigue charmante et l’attente adorée ;
      De l’ombre nuptiale et de la douce nuit,
      Oh ! tout cela, mon rêve attendri le poursuit
      Sans relâche, à travers toutes remises vaines,
      Impatient des mois, furieux des semaines !

      Paul Verlaine, recueil La bonne chanson, 1869-1870

J’avais laissé de côté ce poème pour mon sujet de la lampe, mais j’y reviens en musique.
Le nom du recueil est La bonne chanson, ce titre indique que les vingt et un poèmes réunis peuvent être mis en musique.
Ils l’ont été par de nombreux musiciens, les plus connus étant Gabriel Fauré, Claude Debussy, Reynaldo Hahn …
Puis au XXème siècle, un grand nombre de chanteurs ont interprété ces poèmes, comme par exemple Léo Ferré, Julos Beaucarne, Brassens, Trenet …

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Ce poème Le Foyer, qui convient bien à Grillon !, fut mis en musique en 1901 par Gabriel Dupont, un compositeur très peu connu aujourd’hui.
Je pense que Marcel Proust a dû entendre la musique de Dupont, elle est proche de celle de Fauré que l’écrivain aimait beaucoup.
Proust aimait surtout les mouvements lents, empreints de tendresse et douceur, les thèmes mélancoliques, mélodies d’un bonheur ineffable qui créent une petite musique intérieure berçant les souvenirs involontaires.

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      Georges Lebrun, Lecture le soir, 1908, dessin, musée d’Orsay, notice.

Verlaine (1844-1896) eut très tôt une conception musicale de la poésie, et il fut lu et entendu dans ce sens, aucun autre poète n’a autant inspiré musiciens et chanteurs.
Il effectua lui aussi une introversion, et plus tard une conversion spirituelle, il rechercha constamment une intimité tranquille que la poésie serait venue bercer. Une berceuse, une bonne chanson, pouvait calmer son angoisse. En peinture il aimait particulièrement Watteau et les impressionnistes, leur vision douce du monde, alors que lui-même vécut de façon tumultueuse, violente, passant deux ans en prison en 1873-1875.

La lueur étroite de la lampe laisse deviner l’heure vespérale, rêveuse et douce.

denislampeo

      Maurice Denis, Jeunes filles à la lampe, 1891, mba Lyon, notice.
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