L’eau de là

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    Gustave Courbet, Cascade et ruisseau, 1876, musée d’Orsay, notice

Existe-t-il un dictionnaire amoureux de l’eau ?
Si non, quel amoureux de la famille H2O le publiera un de ces jours ? Ce livre me plairait beaucoup.
Les amoureux fous de l’eau sont nombreux, et le vocabulaire autour de l’eau est un fleuve intarissable.
L’eau suit des parcours infiniment variés, de l’invasion tumultueuse à la très discrète infiltration … et si l’on se mettait à sa place pour raconter l’un de ses chemins ?

Ma promenade favorite avec mon chien, entre deux averses qui sont extrêmement fréquentes ce mois-ci, me mène vers un ancien camp de camping municipal, aujourd’hui abandonné, transformé en parking. Les voitures ont remplacé les tentes, et un vestige en pierres de granite indique encore son antique fonction, la maison des sanitaires.

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    Gustave Courbet, La source, 1868, musée d’Orsay, notice

Mes robinets familiers se sont taris depuis longtemps, les portes des douches se sont fermées il y a vingt ans. Les ronces et le lierre ont remplacé mes joyeuses rigoles, le silence inonde seul la maison des ablutions.
Comme je les regrette, ces jeux quotidiens avec les vacanciers ! Ces glorieuses gymnopédies sur leur peau nue ! Une main venait tourner mon starting block, et, retenue de force pendant la nuit, comprimée dans le tuyau obscur, prête à bondir, j’explosais de joie sur la tête de mon libérateur. Je chutais sur le tapis mousseux de ses cheveux, j’allais chatouiller ses yeux, rire avec lui dans sa bouche, courir dans son dos, masser sa nuque, rincer la savon captif dans ses replis intimes, cascadais sur ses pieds et ruisselais langoureusement entre ses doigts. Nous chantions parfois ensemble. Le concert est fini.
On n’entend plus ni mes gouttes ni les cris des baigneurs. Ma présence suffisait à les faire babiller haut et fort, moi, l’eau vive, les réveillais chaque matin, les calmais chaque soir, et leur rendais la bonne humeur en chassant les physiologiques. Je mêlais ma buée à leur voix dans un brouhaha humide aux senteurs de savonnettes. Je ne fais plus glisser les pieds sur le carrelage terni, la robinetterie oxydée a, en mon absence, perdu sa raison d’exister. Si la rouille donne encore a ce lieu déserté un semblant d’animation, c’est grâce à ma curiosité. Je l’aimais trop, cette maison hygiénique, pour l’abandonner tout à fait. Certes je n’y cours plus, je n’y joue plus de mon jet déferlant ou de mon goutte à goutte agaçant, mais j’y reviens, je pénètre en clandestine, je m’infiltre par des réseaux interdits, les barrages méchamment hydrofuges cèdent tous peu à peu devant mes assauts. J’ai quitté le carcan des canalisations et des lavabos, je remonte en toute liberté le long des murs, je fleuris en moisissures, je gonfle dans les portes en bois, j’opacifie les vitres, je verdis dans les surfaces planes, noircis dans les coins obscurs. Je détruis lentement, avec l’énergie du désespoir et la mort dans l’âme, mon espace autrefois sanitaire. Les jours de tempête, je m’offre l’illusion de réveiller le souvenir des glorieuses journées parfumées de Cologne, je chante mon petit glouglou en compagnie du vent, je roule mes larmes nostalgiques sur les vieilles pommes tavelées des douches oubliées. Mais je sais que mon air est faux, croupi, malsain. Un jour, un bulldozer viendra mettre fin à mon activité macabre et l’on m’offrira ailleurs de nouvelles toilettes pimpantes !

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    Gustave Courbet, La source, 1862, Met New York, notice

Grillon du Foyer part en voyage cette semaine, donc le prochain article arrivera dans une dizaine de jours.

Voici, en attendant, une autre histoire d’eau :

Un prénom de roman : Jeanne

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      Henri Martin ( 1860-1943 ) Les peupliers, 1934, musée d’art moderne de la ville de Paris

Grillon joue à la poupée 😳 d’une façon presque adulte, fort irresponsable, et …un peu littéraire.
Je donne à chacune de mes poupées un prénom de roman et la vie qui lui correspond.

Je commence la présentation avec Jeanne.
Comme c’est un jeu (de poupée), je laisse deviner de quel roman vient ma  » Jeanne « .

J’ai donné un indice avec le tableau ci-dessus qui s’intitule  » Les peupliers  » .

Voici un autre indice avec ce tableau :

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    Claude Monet, Etretat, la plage et la falaise d’Amont, 1885, AIC Chicago, notice

Etretat, on a trouvé, c’est Maupassant, et les peupliers indiquent la demeure où habitait le personnage :  » Les peuples  » . Il s’agit de la vie de Jeanne dans :
Une vie de Maupassant.

 » Une vie  » publié en 1883 est le premier roman de Maupassant.

Quelle triste vie que la vie de Jeanne !
Jeanne est la fille du baron Simon-Jacques Le Perthuis des Vauds, de la modeste aristocratie du pays de Caux. Fille unique choyée par ses parents, elle passe son enfance dans le lugubre château des Peuples non loin d’Etretat, son père la met au couvent à l’âge de douze ans pour parfaire son éducation, elle en sort fort rêveuse et pudique à dix-sept ans pour être mariée à un sémillant jeune-homme, Julien, qui s’avèrera brutal et coureur. Elle a de lui un enfant, Paul, qu’elle couve de tout son amour, sa vie se résumant en chagrins conjugaux et joies de la maternité et de la lecture.

Son mari la trompe avec sa fidèle servante Rosalie, puis avec une noble et belle voisine, Gilberte de Fourville.
( Coïncidence étrange, dans À la recherche du temps perdu, il y a Gilberte de Forcheville, qui était née Gilberte Swann et à la mort de son père deviendra Gilberte de Forcheville après le remariage de sa mère. Autre sorte de trahison. )

Le mari de Gilberte assassine les deux amants, la pauvre Jeanne est veuve avec son fils Paul qui deviendra un vaurien dilapidant toute sa fortune. Paul aura un enfant, une petite fille qui deviendra à son tour orpheline.
Finalement, Jeanne, à la fin de sa triste vie, connaîtra le bonheur en recueillant sa petite-fille.

J’aime la dernière phrase du roman, prononcée ( avec l’accent normand ) par Rosalie, la toujours fidèle servante de Jeanne :

 » La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit. « 

      Poupée de marque Birgé, au regard mélancolique

Jouer avec des titres en ligne

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    Carl Larsson, Prêts pour jouer ?, 1901, musée national Stockholm

On joue beaucoup dans la blogosphère, et ce jeu-là, trouvé chez Mango de Liratouva m’amuse.

Une série de questions, on y répond par des titres de livres, mais là où ça se corse, c’est que le livre doit avoir été lu et partagé dans son propre blogue, il faut donc en indiquer le lien.
Sinon, ce serait trop facile, peut-être plus rigolo aussi !

Ce petit jeu s’adresse aux blogueuses  » littéraires « , ce que je ne suis pas, je ne commente pas tous les livres que je lis dans l’année, loin de là. Je vais me débrouiller avec mon maigre fonds encore en ligne, mais commencer l’année en jouant est plaisant 🙂 !

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Pierre Bonnard, Jour d’hiver, 1905, musée Calvet Avignon

      Décris-toi :

      comme L’enfant de la haute mer , Jules Supervielle

      J’aurais pu dire comme « Proust, sous l’emprise de la photographie  » de Brassaï, ouvrage que j’ai lu récemment mais pas commenté ici !

      Comment te sens-tu? :

      À la recherche du temps perdu , Marcel Proust

      Décris où tu vis actuellement :

      sur Le trottoir au soleil , Philippe Delerm

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Childe Hassam, Soleil d’été, 1892, musée des beaux arts d’Israel Jérusalem

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Theodore Robinson, Val d’Arçonville, vers 1888, Art Institute Chicago

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Vuillard, Dans une pièce, 1899, Ermitage Saint Pétersbourg

      Qu’est la vie pour toi ? :

      La voisine de palier, Henri Troyat

      Ta peur ? :

      La mort à Venise , Thomas Mann

      Quel est le meilleur conseil que tu as à donner ? :

      Et si l’amour durait , Alain Finkielkraut

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Harold Knight ( 1874-1961 ) , The green book, National Museum Wales

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Renoir, Camille Monet lisant, 1872, Sterling et Francine Clark Art Institute Williamstown

Qui veut jouer à son tour ? 😉

Citation du jeudi : il y a photo !

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Pour le jeu hebdomadaire du blogue Le terrier de chiffonnette j’ai choisi un auteur italien contemporain, Daniele Del Giudice.

Sans tarder je le cite :

Le voyage a été très beau, comme une hypnose sous l’effet du paysage. L’avoir photographié me rend paresseux et me retient de le décrire, voilà le problème avec les photographies.

Ce petit passage provient de ce livre :

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    Horizon mobile, de Daniele Del Giudice, La librairie du XXIème siècle, Seuil

Ce livre est sorti en France en mars 2010 et je l’ai lu en juin en pleine canicule. C’est un livre très rafraichissant à lire pendant les grosses chaleurs.
Le pôle Sud, ses découvertes successives, les expéditions jusqu’à nos jours, l’exploration de cette terre mystérieuse au milieu des glaces, qui , en flottant, fondant, regelant, forment un horizon mobile.
On dirait le Sud … ce pays terrible qui tue ou rend fou, pays des manchots,  » ces animaux doués de grâce et d’auto-ironie, des vertus que nous attribuons aux espèces les plus évoluées, sont en réalité de grands inachevés. »

Daniele Del Giudice fait alterner les récits récents de ces voyages d’hiver permanent et les récits anciens de la fin du XIXème siècle, nous montrant ainsi l’évolution des techniques d’exploration dans ce pays immuable, voyage en Antarctique semblable au voyage intergalactique, où inspecter au plus profond des glaciers « c’est comme regarder les étoiles dans un puits.

null Et moi qui croyais qu’Ushuaïa se trouvait sous les tropiques, une ville où l’on se douche au soleil parmi les palmiers toute l’année, j’apprends par ce livre que ce jardin des hibiscus est la dernière ville d’Argentine avant les banquises du pôle Sud !

Que la photographie publicitaire est trompeuse !

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    Paul Haviland avec un appareil photographique devant la maison au Reynou, 1903, musée d’Orsay.

Ce livre très original nous apprend beaucoup de choses, comme l’existence des chambres de décompression thermique pour passer du dehors à la chaleur des cabines de bateaux, et nous découvrons comment autrefois, sans les appareils performants d’aujourd’hui, les explorateurs pouvaient rapporter ce qu’ils avaient vu, ces phénomènes lumineux extrêmement fugitifs que l’ancien matériel ne pouvait pas saisir sur sa plaque de verre, et qu’ils devaient dessiner de mémoire à l’aquarelle et décrire avec des mots.
C’est vrai, l’APN a un peu supprimé ces talents de peintre et d’écrivain.

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Ce type de récit, mi-scientifique mi romanesque, ne m’aurait pas tentée si je n’avais pas été subjuguée par cet autre livre de Daniele Del Giudice, Dans le musée de Reims ( chez le même éditeur ). C’est là l’une des plus belles nouvelles que j’ai lues, surpassant, à mon avis, celles de Stefan Zweig en subtilité.

Citation du jeudi

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Jouons un peu ! Le jeu c’est la joie et c’est le jeudi ( autrefois c’était bien le jeudi le jour du jeu ! ), jour de Jupiter donc jour de joie et jeu dans la blogosphère !
Ce jeu jovien a été lancé par le blogue Le terrier de chiffonnette et je m’y prête avec plaisir en ayant l’impression de revenir aux temps ludiques des blogueurs vers les années 2005-2006 : il y avait l’autoportrait du mardi, le si j’étais … du mercredi par exemple.

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Ma citation de ce jeudi est celle-ci :

La peinture est de la pensée qui se voit. Poussin

J’ai trouvé cette citation de Nicolas Poussin dans un livre que j’aime beaucoup et que je n’ai pas eu l’occasion de présenter ici bien que l’ayant acheté en 2008 :

Ces mots qui nourrissent et qui apaisent, de Charles Juliet, éditions P.O.L..

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Charles Juliet a-t-il besoin d’être apaisé ? Oui, sans doute, et il puise son apaisement dans ses lectures. Il y réussit, cet auteur paraît la sérénité même, calme et discret, écrivant de bien jolies choses d’une plume sensible et feutrée.

J’avais évoqué sa très émouvante nouvelle  » Attente en automne  » et  » La lumière des saisons « .

Parmi toutes les phrases, tous les passages qui lui sont chers, et qui ont un réel effet bienfaisant sur les autres lecteurs, j’ai choisi une pensée émanant d’un peintre puisque la peinture elle-même m’apaise et me nourrit.

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    Nicolas Poussin, Le ravissement de Saint Paul, 1649-1650, musée du Louvre
    notice du musée ici

Ce tableau revient presque chaque année dans mon blogue, j’y pense souvent et il me ravit ! ( revoir ici )

La peinture est de la pensée qui se voit.

Pour bien comprendre cette phrase il faudrait peut-être la mettre à l’envers. Si le peintre ne pense pas, n’a rien à penser de son sujet, il n’y a rien à voir dans son tableau, il est vide.

On pourrait ajouter que la musique est de la pensée qui s’entend.

La peinture fut jusqu’à la fin du XVIIème siècle pour une grande part religieuse, et on oublie parfois que dans leurs oeuvres, c’est toute leur foi que mettaient les artistes profondément pieux.
Le Caravage, d’après ce qu’on sait de lui, n’était pas croyant, mais il mettait dans sa peinture une telle foi en l’être humain que sa piété était tout aussi grande. Quant à Vermeer, on voit dans ses toiles ses pensées émerveillées de tous les instants.
On pourrait continuer ainsi au fil des siècles, le bonheur de vivre à voir dans la peinture du XVIIIème siècle, l’émotion devant le labeur et la peine chez les réalistes du XIXème, l’hyperesthésie des impressionnistes …

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    Jules Breton, Le chant de l’alouette, 1884, Art Institute Chicago, page du musée avec un bel agrandissement.

Je laisse admirer les pensées dans ce tableau qui fut élu le plus beau du musée de Chicago par les habitants de la ville dans les années trente.
Je l’ai plusieurs fois commenté dans ce blogue il y a quelques années, je ne recommence pas.
Il ne m’apaise pas, il m’émerveille, cette jeune glaneuse ( sujet particulièrement cher à Jules Breton ) part dans les champs au petit matin, l’alouette lance son chant au soleil levant et flamboyant, et elle l’observe, bouche bée, saisie dans son écoute douloureuse et ravie ( comme saint Paul ) de la nature.

A jeudi prochain peut-être pour une autre citation !

Ni tout à fait la même …

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    Edouard Manet, Madame Edouard Manet, dessin, 1880, Met New York, page du musée

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Clarelis, dans son blogue Un papillon sur l’épaule propose un jeu, existant apparemment depuis longtemps et que je viens de découvrir, intitulé  » Ni tout à fait la même  » .
Il s’agit, à travers ce titre tiré de «  Mon rêve familier  » de Verlaine, de montrer une série d’images ayant le même sujet traité à différents moments, et bien sûr, un sujet de peinture m’est venu à l’idée pour y participer.

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    Edouard Manet, Madame Manet, 1874-1876, Norton Simon museum Pasadena, page du musée

Manet fut-il déjà proposé dans ce jeu ? Je ne sais pas, je n’ai pas encore tout consulté, mais voilà, aujourd’hui je propose madame Manet.


La douce et délicieuse madame Manet.

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    Edouard Manet, La lecture, vers 1865, musée d’Orsay

Madame Manet était hollandaise, née en 1830, Suzanne Leenhoff de son nom de jeune fille, le peintre fit sa connaissance à l’âge de dix-sept ans en 1849 et l’épousa en 1863, elle eut un fils naturel en 1852, peut-être l’enfant d’Edouard bien qu’il ne l’ait jamais reconnu officiellement.
Dans ce tableau, La lecture, c’est la jeune et tranquille madame Manet qui apparaît, et derrière elle se tient son fils Léon.

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    Edouard Manet, Madame Edouard Manet sur un canapé bleu, pastel, 1874, musée d’Orsay, page des madame Manet du musée d’Orsay

Madame Manet était de bonne corpulence, et Berthe Morisot, l’autre madame Manet, la surnommait, somme toute affectueusement,  » la grosse Suzanne  » .

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    Edouard Manet, Madame Manet, 1866-69, Met New York, page du musée

Madame Edouard Manet était pianiste, elle donna des leçons à la famille Manet et c’est ainsi qu’elle fut séduite par le jeune Edouard, et elle accompagna les derniers jours de Baudelaire en lui jouant des oeuvres de Wagner.

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    Edouard Manet
    , Madame Manet au piano, 1868, musée d’Orsay

Madame Manet, grâce à son caractère doux et placide, supporta sans doute assez bien les infidélités de son artiste de mari et lui assura un certain équilibre familial.

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    Edouard Manet
    , Madame Manet dans la serre, 1879, Nasjonalgalleriet Oslo

Une calme et tendre épouse aimant les chats …

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    Edouard Manet
    , Portrait de madame Manet, National Gallery Londres, commentaire.

Dans chaque tableau, on reconnaît bien Suzanne, sa silhouette solide et rassurante, son visage tranquille, de face, de profil, et même de dos !

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    Edouard Manet, Sur la plage, vers 1873, musée d’Orsay
    tableau ici avec son superbe cadre art-déco

Ces beaux tableaux de son épouse sont, d’une certaine manière, une preuve de reconnaissance et de fidélité de la part du peintre.
Edouard mourut en 1883 de la siphilis, et Suzanne lui survécut jusqu’en 1906.

Merci à Clarélis pour l’initiative de ce jeu !

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    Edouard Manet ( 1832-1883 ), Madame Manet à Bellevue, vers 1880, Met New York, page du musée

et puis voici des fleurs

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    Rick Wouters, Dame en bleu devant une glace, 1914, musées royaux Bruxelles

L’air est pur et glacé et bleu étincelant, est-ce le printemps ? On s’habille de bleu tonique et on arrange des fleurs dans la maison.

Une petite devinette pour ce beau jour ensoleillé :

Qui a peint ce beau bouquet bleu ?

Réponse demain !

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    Renoir, Bouquet de printemps, 1866, Art museum Harvard, page du musée

Bravo à Domy pour sa bonne réponse !

Une berthe

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    Poupée, dessin, MuCEM Musée des civilisations de l’Europe et la Méditerranée

Première brocante dominicale de l’année hier : une foule immense, le public ( dont je fais partie ) sevré depuis mi-décembre, avait grande hâte de reprendre sa flânerie dans le grand déballage des greniers environnants.

Mon cher mari m’a offert une brochure de la semaine de Suzette, le premier semestre de l’année 1950 !
Quelle joie de découvrir, au fil des pages jaunies mais pleines de fraîcheur, les dessins malicieux et attendrissants de Manon Iessel ou de Pécoud !

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Et mon mari, touché par mon enthousiasme pour les poupées, m’en a offert une, d’une marque française que je ne connaissais pas, Birgé, elle a tant vécu sa bonne vie de jouet fidèle et soumis, qu’il me faudra bien la laver avant de pouvoir la photographier !

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Grillon blogue, et grillon joue à la poupée, elle a vraiment mieux à faire mais c’est là son bonheur !
Je couds des habits pour mes poupées, qui ne sont pas très anciennes, mais françaises et leur fabrication a disparu. Bella , Gégé, Clodrey par exemple …

Dans la semaine de Suzette, je viens de découvrir que le nom de ce large col brodé, ou décoré de volants, galons, dentelles ou fanfreluches, est une berthe.

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Je ne savais pas que berthe pouvait être aussi un nom commun. J’aurais éventuellement pensé que c’était une chaussette, une chaussette unique spéciale pour le pied plus grand que l’autre de Berthe au Grand Pied !
Mais Berthe au Grand Pied était une reine, épouse de Pépin le Bref, qui, lui, devait donc avoir de petits pieds, et mère de Charlemagne, et elle portait sur sa robe un large col rond. Sa wikipage est ici.
Elle a donné son royal prénom au col grand comme son pied.
On a retenu de cette reine son infirmité, qui était peut-être un pied bot, et on a oublié la pièce décorative de son vêtement.

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Cette poupée est une Gégé reconnaissable a sa petite bouche en coeur. La prochaine poupée que je vais habiller, je sens qu’elle aura un grand col et s’appellera Berthe !

Cubes

null Jeu de cubes

 » Ensemble de cubes en bois avec lesquels les enfants font des constructions. Ensemble de cubes dont chaque face est recouverte d’un morceau d’image qu’on peut recomposer.  »
( définition du Robert )

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Thomas Eakins, Bébé en train de jouer, 1876, NG Washington, commentaire du musée sur cette page.

L’image est divisée et composée de facettes carrées et se reconstruit.

null On change une facette et c’est une autre image, un autre texte qui apparaît. Ainsi va le monde, considéré sous diverses facettes, il se construit, se déconstruit , se reconstruit et s’écrit selon les facettes mises en place les unes à côté des autres.

Le jeu de cubes null est un jeu simple et intelligent, un jeu d’observation, à la fois intellectuel et très ludique, aux multiples facettes puisqu’il fait trotter l’esprit et-ou les menottes …

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Dans ce tableau, l’enfant joue à la fois avec un jeu de cubes lettrés et un jeu de construction de parallélépipèdes. Quelle construction, ce mot, parallélépipède, j’ai toujours hésité pour l’écrire et bafouillé pour le dire !

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Ce jeu de cubes en bois défraîchi, je l’ai trouvé dans une brocante dimanche dernier. Oh, qu’il m’a semblé souriant, caressant, doux à mes souvenirs, si nostalgique !
Fragments de mémoire, flashes cubiques …
Instants colorés qui s’empilent, se remettent en place, échafaudent un moment heureux de l’enfance …

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Je me souviens d’avoir joué passionnément avec ces images fractionnées, mélangées, puzzles au nombre de six en trois dimensions. Les cubes étaient massifs, lourds et blessants quand ils étaient jetés en direction d’une présence indésirable !

null Quel plaisir aussi de trouver cette image, ce tendre tableau d’Eakins, représentant la nièce du peintre âgée de deux ans et demi.

null Elle laisse momentanément de côté les jouets simples ou affectueux null pour s’absorber dans un jeu plus réfléchi.
Petit à petit, l’enfant grandit !

Devinette

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Petit jeu de l’été : qui a dessiné cette ribambelle d’éléphants ?

Un indice qui aide beaucoup : il est conservé au musée d’Albi.

Edition du 21 août, réponse : Toulouse-Lautrec

Titre : Théorie d’éléphants
1896, mine de plomb, 0,23m x 0,36m, monogramme rouge en bas à gauche
Musée Toulouse-Lautrec Albi

Le site du musée est en travaux, je ne peux pas indiquer un lien.
C’est en cherchant des portraits de Misia par Toulouse-Lautrec que j’ai découvert ce dessin génial dans un ancien catalogue du musée !

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