Au Mu-Zee d’Ostende

La ville d’Ostende est près de Bruxelles mais loin de la mer !
Je parodie Tristan Bernard !

Nous avons pris le train de Bruxelles-midi à Ostende, qui conduit à la Reine des plages.
Très ancienne ligne ferroviaire sur laquelle eut lieu un record mondial de vitesse pour une locomotive …

Une vague énorme de voyageurs venus chercher un peu d’air frais au bord de la mer s’engouffra dans la gare en travaux, entourée de palissades, imposant édifice, d’un style indéfini entre art nouveau et art déco.
Devant ce gros bâtiment fin de siècle, le quai, les vélos, un grand trois-mâts ancien navire-école, des voiliers, des mouettes, un pont basculant, un soleil encore chaud et bientôt couchant.

Nous explorons la Promenade, en bord de plage, à la recherche d’un restaurant proposant des croquettes de crevettes. Nous raffolons de cette spécialité locale, mais on annonce une pénurie de crevettes grises. Par chance nous parvenons à en déguster. Excellentes.
Mais décevantes, les frites.

Que la Promenade dut être belle au temps du roi Léopold, avec ses villas somptueuses, tarabiscotées, coquettes comme leurs bourgeoises papillonnant sous leurs ombrelles !

Aujourd’hui le bétonnage à outrance a remplacé tourelles et balconnets, le front de mer étale sa laideur sur des kilomètres arpentés par une variété incroyable d’objets roulants rigolos, à une, deux, trois, quatre ou cinq roues …

Parfois une vieille maison se cramponne désespérément dans cette modernité déroutante mais accessible à un plus grand nombre d’estivants.

Le vieux casino a disparu, son nom latin aussi, privilégié par la haute société, il est remplacé par le nouveau, circulaire, tout de verre et de métal, portant le nom flamand Kursaal, plus démocratique apparemment, plus local, certains Flamands s’obstinent à rejeter la langue française.

Le soleil se couche comme un roi, sur l’horizon liquide, dans une cérémonie colorée grandiose.

La foule afflue comme au XIXème siècle, comme au XXème siècle, seuls la mode et les airs de musique changent, la plage infinie exerce toujours sa fascination, dans une ambiance cosmopolite, animée, insouciante, contagieuse.

J’ai voulu voir Ostende et je suis à Ostende, heureuse d’être là, dans la plus laide des stations balnéaires de Belgique, et pourtant passionnante à découvrir. Je rêve même d’y revenir.

Ostende, la ville et la plage d’Ensor

Début de matinée, temps de demoiselle comme on dit dans le milieu nautique
Brume de beau temps, heure bleue
Parfum frais du soleil, du sable et de l’eau mêlés
Stridulation des oiseaux marins

Nous visitons la maison de James Ensor, qui a gardé l’aspect initial de la boutique de souvenirs, de cadeaux, de céramiques asiatiques, d’articles de fête et de coquillages exotiques que tenait la maman du peintre.

Son appartement et son atelier se situent dans les trois étages au dessus du magasin.

C’est toujours captivant de visiter les maisons d’artistes, celle d’Ensor lui ressemble bien.

Elle est là, toujours bien absorbée dans sa dégustation, la mangeuse d’huîtres, un tableau que j’avais eu grand plaisir à admirer dans une expo au musée d’Orsay.

James Ensor est né à Ostende en 1860, il y meurt en 1949.
Mère flamande commerçante, père anglais ingénieur mal vu dans la région parfois xénophobe. Dans le décor fantastique de la boutique maternelle James trouve facilement son inspiration, et sur la plage il part à la conquête de la lumière.

Son oeuvre la plus célèbre, la plus vaste, la plus folle, s’intitule L’entrée du Christ à Bruxelles en 1889, qu’il peint à l’âge de vingt-huit ans dans son salon à Ostende, mais la toile est si grande qu’il ne peut pas la fixer sur un châssis, il l’accroche au mur en laissant le bas enroulé par terre.
Cette toile n’est plus conservée en Belgique, elle a été finalement achetée en 1987 par le musée J. Paul Getty de Los Angeles.

      James Ensor, L’entrée du Christ à Bruxelles en 1889, 1888, J.Paul Getty Center Los Angeles, notice et commentaire.

Le Christ arrive à Bruxelles sur un âne, parmi une foule costumée pour le Carnaval, sous une bannière montrant l’importance des conflits sociaux. Le peintre tourne en dérision une société burlesque habitée de faux semblants, de préjugés, de richesse côtoyant la misère.

Une copie de cette toile, réalisée en tapisserie en 2010, est exposée au musée d’Ostende (ma photo ci-dessus).

Le pardessus, le chapeau, la canne et le parapluie du maître. Un côté Magritte !

Les coquillages du magasin …

Le musée des beaux arts d’Ostende porte le nom en jeu de mots de MU-ZEE.
Zee (prononcer zée) c’est la mer en néerlandais.
On y découvre principalement des oeuvres de Ensor et Spilliaert, puis une grande collection d’art moderne.

Beau musée, vaste et clair comme le bord de mer.

avec des bastingages comme sur la promenade, rampes que l’on retrouve dans un tableau de Léon Spilliaert, La rafale :

Ensor et Spilliaert, les deux peintres ostendais sont à l’honneur au Mu-Zee

L’un étudie la lumière diurne, l’autre nocturne.

Léon Spilliaert est un noctambule.
Il est né en 1881 à Ostende, mort à Bruxelles en 1946.
Sa santé est fragile, des douleurs gastriques l’empêchent de dormir. Il promène sa maigre silhouette la nuit, solitaire, sur la digue éclairée par la lune. Il étudie ses reflets dans l’eau. Il explore les contrastes et les fondus entre lumière et obscurité, simplifie les formes, recherche l’universel. Recherche aussi sa propre identité dans de très nombreux portraits. Son expressionnisme est très personnel, cet artiste libre,introverti, méditant, fascine tout simplement.

Nous quittons la ville d’Ostende pour regagner la France en tramway.
Nous empruntons la plus longue ligne de tram du monde.
Elle suit tout le littoral belge entre Knokke près de la frontière néerlandaise et La Panne près de la frontière française, sur 67 km.

Le tram du littoral longe la dune, celle-ci à vrai dire se raréfie avec les constructions massives d’immeubles en front de mer. Il y a aussi, à Raversijde, d’autres constructions en béton que j’aimerais bien visiter, des bunkers de la dernière guerre, réaménagés comme ils le furent au temps des Allemands, avec tout le matériel d’origine.
Le trajet est sympa, il vaut le coup d’oeil, même si les vitres sont par endroit occultées. Il faut s’asseoir tout au fond de la rame s’il y a de la place, la vue est bonne.

A La Panne, devant l’arrêt du tram nous attend un autobus qui nous conduit en France jusqu’à la gare de Dunkerque. Vive les transports en commun, qui permettent de vivre sans fatigue de passionnantes expériences !

Albertine

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Emma fait à nouveau parler d’elle, madame Bovary revient sur les écrans, son personnage n’en finit pas d’être adapté, rejoignant, par exemple, Elizabeth Bennet dans la popularité cinématographique.

Mais qu’en est-il d’Albertine ? Albertine Simonet, avec un seul n au contraire de Bennet, personnage riche, mais si complexe, quel cinéaste aurait assez de souffle pour monter un film autour d’elle ?

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Albertine est la jeune fille en fleur de Balbec qui retient dans son ombre le jeune narrateur de À la recherche du temps perdu.
Un peu plus tard à Paris, c’est le narrateur qui la retiendra prisonnière de son étroite et jalouse surveillance.

Albertine occupe toute la Recherche, elle est le personnage central du cinquième volume, La Prisonnière et dans le sixième, Albertine disparue, elle est à l’origine d’un magnifique roman d’amour, le plus subtil et le plus sensible qui soit, le roman déchirant d’un amour perdu.

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Comment cerner Albertine, comment la résumer ici en quelques phrases ?
Son caractère sinueux se reflète bien dans cet immeuble courbe qui abrite la librairie francophone portant son nom à New York.

Le drapeau français l’indique, Albertine est particularly french !
Insaisissable, la Fugitive porte bien son nom. Elle marche à voile et à vapeur, même la couleur de ses yeux change sans arrêt. Tantôt belle, tantôt vulgaire, un peu rondelette, mais sportive et bonne golfeuse.
Au lycée, elle fait écrire par Sophocle à Racine une lettre commençant par Mon cher Racine. Mais la faute revient à son professeur de français, franchement, on ne demande pas d’imaginer une lettre entre Sophocle et Racine !

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Orpheline, recueillie par sa tante, Mme Bontemps, elle reçoit une bonne éducation et se montre curieuse de tout, de peinture, de littérature, d’architecture, en s’instruisant auprès de son chéri Marcel, qui s’étonne de ses progrès. Son langage se raffine, et le narrateur fait preuve d’humour en nous contant l’évolution de sa bien-aimée.
Mais le naturel revient au galop, Albertine est une incorrigible menteuse, sa gouaille la trahit, rien ne l’arrête dans les transgressions en tous genres.

Le narrateur se perd, ne sait plus s’il l’aime encore, il souffre et se demande s’il a raison de souffrir. Il aime souffrir à vrai dire. Les amants se séparent plusieurs fois, elle le quitte une fois pour toutes, elle s’enfuit chez sa tante en Touraine.

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Elle meurt là-bas accidentellement, une chute de cheval.
Son personnage est inspiré par Agostinelli, le cher et tendre ami de Proust qui meurt dans un accident d’avion.

À la recherche du temps perdu a eu pour titre pendant un moment La colombe poignardée, c’est dire l’intérêt de l’auteur pour cette Albertine.

Le jeune Marcel n’aura jamais percé le mystère d’Albertine. Son comportement instable, fuyant, trouble et plein de contradictions le rend forcément jaloux, il se sait plus ou moins trompé, mais sa jalousie véritable vient du fait qu’elle reste une inconnue pour lui, il ne perce pas le secret de son être. Il est plus jaloux de son passé que du présent.

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      Par instants, dans les yeux d’Albertine, dans la brusque inflammation de son teint, je sentais comme un éclair de chaleur passer furtivement dans des régions plus inaccessibles pour moi que le ciel, et où évoluaient les souvenirs, à moi inconnus, d’Albertine. Alors cette beauté qu’en pensant aux années successives où j’avais connu Albertine, soit sur la plage de Balbec, soit à Paris, je lui avais trouvée depuis peu, et qui consistait en ce que mon amie se développait sur tant de plans et contenait tant de jours écoulés, cette beauté prenait pour moi quelque chose de déchirant. Alors sous ce visage rosissant je sentais se creuser, comme un gouffre, l’inexhaustible espace des soirs où je n’avais pas connu Albertine. Je pouvais bien prendre Albertine sur mes genoux, tenir sa tête dans mes mains ; je pouvais la caresser, passer longuement mes mains sur elle, mais, comme si j’eusse manié une pierre qui enferme la salure des océans immémoriaux ou le rayon d’une étoile, je sentais que je touchais seulement l’enveloppe close d’un être qui, par l’intérieur, accédait à l’infini.

      Marcel Proust, extrait de La Prisonnière

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Marcel ne connaît bien d’Albertine que son enveloppe corporelle, et devine dans l’intérieur de cette enveloppe un infini inaccessible.
C’est pourquoi il la contemple le plus souvent quand elle dort. Le sommeil est un moyen d’approcher un être rendu innocent, sans artifice. Albertine endormie ne joue plus la comédie.

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Marcel peut alors feuilleter le corps d’Albertine (et Proust se livre au passage à un érotisme littéraire tout à fait subtil). Il donnera une photo d’elle à Saint Loup afin que celui-ci parte à sa recherche, et Saint Loup considère qu’Albertine est un thon, ah, le regard de l’amant diffère bien de celui des autres !

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Le narrateur se persuade que la disparition d’Albertine va supprimer sa douleur, mais l’annonce de sa mort le dévaste, lui arrache le coeur. L’amour est une portion de notre âme. L’amour de Marcel révèle son inconstance, son hypersensibilité, sa fragilité, son propre amour pour sa mère, pour sa grand-mère. Le coeur est fait d’intermittences.

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      […] les âmes se meuvent dans le temps comme les corps dans l’espace. Comme il y a une géométrie dans l’espace, il y a une psychologie dans le temps, où les calculs d’une psychologie plane ne seraient plus exacts parce qu’on n’y tiendrait pas compte du Temps et d’une des formes qu’il revêt : l’oubli ;

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      l’oubli dont je commençai à sentir la force et qui est un si puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.

      Marcel Proust, extrait de Albertine disparue, I.

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Un jour viendra où le narrateur aura oublié Albertine. Le Temps aura fait son oeuvre.
Albertine est l’objet d’une continuelle recherche, on pourrait dire qu’elle est la Recherche !

J’ai tenté de retracer quelques traits de son personnage, mais en effet, il me semble impossible de la transcrire au cinéma. En réalité, Albertine n’a pas un profil si complexe, c’est une rebelle qui veut brûler les chandelles par les deux bouts, elle aurait pu mourir en écrasant sa voiture au pont de l’Alma. C’est l’amour qu’elle inspire qui rend la psychologie du narrateur inextricable.

Voici des images de la librairie sise au 972 Cinquième avenue à New York.

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Ces photos ont été prises la semaine dernière par ma fille et je l’en remercie beaucoup.
Comme elle partait aux Etats Unis, je lui avais demandé d’aller photographier pour moi Albertine.
Ma fille a pu entrer dans l’enveloppe heureusement ouverte d’Albertine.

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Quel honneur pour Marcel Proust que cet endroit magnifique soit ainsi baptisé !

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Le plafond est copié d’une oeuvre du peintre symboliste Franz von Stuck, et il me paraît en effet représenter un élégant symbole du Temps, perdu, recherché, retrouvé.

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Marcel n’est pas oublié, il lance des clins d’oeil par ci par là

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Oh, comme j’aimerais revenir à New York !

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Poussin et Dieu

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Puisque Dieu accompagnait Poussin dans l’exposition du Louvre, j’avais une grande confiance, je n’avais pas acheté mon billet d’entrée en ligne, pour l’avant dernier jour de l’expo cela paraissait superflu, et je comptais sur ma petite combine habituelle pour éviter les files d’attente.
Je m’étais levée tôt à Compiègne chez ma fille (à seulement 40 mn de la gare du Nord), pour profiter d’une grande et donc divine journée au musée.
Dès ma descente de train je fus embarquée dans une suite de contre-temps invraisemblables.
Grève des taxis, bus ne circulant plus, foule incroyable dans le métro, forte affluence au musée, je suis enfin entrée dans l’exposition à … midi !

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Le Louvre possède trois entrées, les deux principales, devant la pyramide et rue de Rivoli, se transforment très rapidement en entonnoir obstrué par un seul poste de radiographie, c’est comme si les péages d’autoroute en Ile de France pour les départs en vacances ne disposaient que d’un seul distributeur de tickets. Je me suis donc dirigée vers la troisième entrée, dont il faut taire le nom afin qu’elle demeure une véritable porte dérobée … et comme prévu, il n’y a personne, j’entre en quelques secondes … mais il y a un mais …
Les distributeurs automatiques de billets (le guichet avec une vendeuse a disparu) ne vendent pas de billets pour l’expo temporaire.
Un gardien me dit : ah non, pour Poussin, il faut passer par la pyramide !

Bref, Poussin s’est fait vouloir et grandement mériter.

Alors j’ai compris pourquoi Poussin n’est resté travailler que deux années durant à Paris ! Il a fui Paris, il a consacré le reste de sa vie et de son talent à Rome (ville qui, peut-être, n’est pas mieux que Paris aujourd’hui).

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Poussin (né en 1594 en Normandie, mort à Rome en 1665) avait-il la foi ou pas, c’était en somme la question posée après la conclusion personnelle et négative de Jacques Thuillier en 1994, et la réflexion toute personnelle aussi de Marc Fumaroli affirmant que l’artiste était forcément mu par la foi pour peindre ainsi.

Quelle opinion, personnelle encore, se forge-t-on en visitant cette exposition ?
J’ai été touchée par la dimension chrétienne des tableaux exposés : Poussin, croyant ou agnostique, savait en tous cas faire passer le message biblique et l’émotion.

Il y a souvent plusieurs histoires dans ses toiles, il faut les comprendre, ce n’est pas toujours facile, il faut trouver la parole biblique, et cette recherche ne rend les oeuvres que plus attachantes. Les paysages sont magnifiques, d’une atmosphère tendue ou sereine, on peut n’y voir qu’une ode philosophique à la nature, ou on y décrypte aussi l’histoire chrétienne.

J’ai été subjuguée par la chaude lumière de L’institution de l’eucharistie, une imposante toile, prégnante, d’une composition magistrale.

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    Nicolas Poussin, Jésus Christ instituant l’Eucharistie, 1641, Louvre, notice

Deux flammes, entre deux colonnes, deux apôtres fondateurs de l’Eglise de Rome, Pierre et Paul, la première communion célébrée par le Christ. Quelle sobriété, quelle grandeur !

J’ai découvert avec grand plaisir le tableau de Cleveland dont j’avais parlé ici (en bas de page).

J’ai admiré la nature et ses fins détails dans ce grand tableau de New York :

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Nicolas Poussin, Paysage avec Orion aveugle, 1658, Met New York, notice

Le géant Orion est aveugle et guidé par Cédalion sur ses épaules, car il a violé sa soeur et, pour le punir, son père lui a crevé les yeux. Il devrait retrouver la vue en marchant vers le soleil guérisseur, mais Diane, déesse qui incarne les cycles des saisons et fait tomber la pluie, perchée sur un nuage, le guette et l’empêche de voir le soleil.

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Le sujet est donc mythologique, mais la morale est chrétienne. Au premier plan, trois souches d’arbres, qui représentent trois merveilleux morceaux de nature morte, symbolisent la volonté de Dieu de briser l’arrogance d’Orion. Dieu sait briser les plus grands arbres quand ils s’élèvent d’orgueil.

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Un autre très grand tableau m’a étonnée :

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    Nicolas Poussin, Le martyre de Saint Erasme, musée du Vatican Rome, commentaire

Il s’agit de l’éviscération de saint Erasme, le plus épouvantable de tous les martyres ! Le sujet est d’une cruauté sauvage et pourtant il émane du tableau un calme surnaturel. Le pauvre évêque avait subi de nombreux autres supplices dont il était sorti finalement vivant, celui-ci sera le dernier et il ne renonce pas à sa foi chrétienne malgré l’ordre du grand prêtre d’adorer Hercule.
Le mot martyre signifie témoin, et Erasme est un témoin inébranlable du Christ.
Une grande force de piété est ressentie dans cette composition robuste, très stable, rythmée par les regards et les mains.
Un regard justement nous surprend : celui du cheval !
C’est Arnaud Brejon, conservateur, historien d’art, qui a fait remarquer l’oeil perçant de l’animal. Le cheval regarde le spectateur droit dans les yeux, le fait entrer dans la scène, lui demande de comprendre ce qui se passe, d’en mesurer tout le poids, la force du message chrétien.

En face de l’exposition Poussin et Dieu se tenait une autre exposition, La fabrique des images saintes. Très intéressante, beaucoup de dessins exceptionnels …
J’ai voulu acheter le catalogue, il est épuisé !
Vraiment pas de chance …

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Sainte Anne d’Auray

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Ce dimanche fut pour moi une belle et bonne journée au coeur de la piété bretonne. J’ai participé, avec ma paroisse, à un pèlerinage à Sainte Anne d’Auray.
Le ciel était bleu à notre arrivée, mais après la messe, la grisaille et le froid ont tenté, en vain, d’altérer la gaîté de nos coeurs.

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Nous avons chanté plusieurs chants en breton, et tout particulièrement celui-ci, dédié à Sainte-Anne, que j’aime, et je le fais entendre ici pour ceux que le rythme lancinant des antiennes bretonnes et le son grinçant du biniou charment malgré tout :

Sainte Anne est la patronne des marins, il y avait, en même temps que notre pèlerinage, un pardon des marins de commerce …

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Nous avons parcouru huit kilomètres à pied sur les pas d’Yvon Nicolazic, grâce à qui le pardon de Sainte Anne d’Auray a été créé. Il avait découvert dans son champ une statue de Sainte Anne, et eut également des visions, la sainte lui apparut.

Le site du sanctuaire de Sainte Anne d’Auray, ici, explique son histoire.

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La basilique est une très vaste église, dont la construction est relativement récente, commencée sous le second Empire. Napoléon III et l’impératrice Eugénie visitèrent ce lieu de ferveur et de pèlerinage. Au temps de Nicolazic, il y avait seulement une chapelle.
Au temps de Stendhal aussi.
J’ai repris ce livre que j’ai acheté il y a juste deux mois :

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Les Mémoires d’un touriste de Stendhal sont parus l’hiver dernier en Folio. Ce livre existait dans La Pléiade, mais pas encore en édition de poche. Stendhal y raconte son tour de France, et son circuit en Bretagne rappelle en partie celui de Flaubert.
Il s’est arrêté à Sainte Anne d’Auray et décrit les paysans du lieu.

7 juillet 1837. Ce matin, de bonne heure, j’étais sur la route de la chapelle de Sainte-Anne. Cette route est mauvaise et la chapelle insignifiante ; mais ce que je n’oublierai jamais, c’est l’expression de piété profonde que j’ai trouvée sur toutes les figures. Là, une mère qui donne une tape à son petit enfant de quatre ans a l’air croyant. Ce n’est pas ce que l’on voie de ces yeux fanatiques et flamboyants, comme à Naples devant les images de Saint Janvier quand le Vésuve menace. Ce matin je trouvais chez tous mes voisins ces yeux ternes et résolus qui annoncent une âme opiniâtre. Le costume des paysans complète l’apparence de ces sentiments ; ils portent des pantalons et des vestes bleues d’une immense largeur, et leurs cheveux blonds pâles sont taillés en couronne, à la hauteur du bas de l’oreille.

Stendhal, extrait de Mémoires d’un touriste

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Stendhal observe les paysans qui affluent vers la chapelle pour prier. Il a classé les Européens en trois types selon leur physique, et selon lui, les Bretons sont, comme les Français du Nord Ouest et les Anglais, des Kymris.

Son oeil comme celui de la plupart des Français du Nord est peu expressif et petit. Je n’y vois qu’une obstination à toute épreuve et une foi complète dans Sainte Anne. En général, on vient ici pour demander la guérison d’un enfant, et, autant qu’il se peut, on amène cet enfant à Sainte Anne. J’ai vu des regards de mères sublimes.

Stendhal, extrait de Mémoires d’un touriste

Sainte Anne est aussi la patronne de la famille, on vient la prier en famille. Elle est la grand-mère de Jésus, autour d’elle se forme la sainte famille.
La campagne autour de la grande basilique est restée authentique, simple, austère, comme au temps de Stendhal. On y rencontre de belles vieilles pierres, et des croix des chemins fort émouvantes.

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Un peu de soleil aurait égayé le hameau, qui, malgré tout son charme, ne provoque pas un syndrome de Stendhal !

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Au bout du parcours, retour à la fontaine de Sainte Anne ;
J’étais heureuse de cette bonne journée, qui m’a aussi permis de mettre des images sur les pages stendhaliennes.

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La ville renommée

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      Au moment où j’écris, la pluie tombe ; les tuiles sonnent ; mille petites rigoles bavardent ; l’air est lavé et comme filtré ; les nuées ressemblent à des haillons magnifiques. Il faut apprendre à saisir ces beautés-là.

      Alain, Propos, L’art d’être heureux, 8 septembre 1910

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Au moment où j’écris, aujourd’hui 31 mars, la pluie tombe …
Le ciel était gris, l’air était doux, là-bas même chaud pour février, et il allait presque pleuvoir quand nous montâmes dans l’avion à l’aéroport Pulkovo (c’est le nom des petites collines qui se situent à l’horizon). Notre voyage à Saint Pétersbourg se terminait, et, comme madame Vigée Le Brun, je me sentais triste de quitter une si belle ville.

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Nous avions visité le matin même le beau musée russe et j’avais encore ses tableaux dans la tête.
Le petit groupe de personnes que nous avons appris à connaître au cours de ce voyage était fort sympathique, et nos deux guides excellentes, une guide russe très cultivée et passionnante et une guide française pétulante et compétente (je m’aperçois que la sonorité de ces deux adjectifs est ventée !). L’organisation de ce voyage culturel était l’oeuvre de Intermèdes (site) , que je recommande, même si les voyages en groupe ne nous conviennent guère, nous privant de l’indispensable flânerie dans les musées et d’un contact plus authentique avec les habitants, mais dans un pays où il est ardu de décrocher un visa tout seul, il vaut mieux passer par une agence.

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    Alexander Gerasimov (1881-1963), Après-midi pluie chaude, musée russe, Saint Pétersbourg.

J’ai raconté l’essentiel de nos visites, nous avons aussi vécu l’indispensable soirée au théâtre Marinsky.
Nous y avons vu un ballet, La bayadère, c’était beau, ce spectacle était déjà passé à Paris auparavant. J’aurais préféré un vrai bon concert de musique russe, Rachmaninov, Tchaïkovski, Scriabine par exemple … mais au moins nous avons pu nous mêler aux habitants de la ville. Le théâtre était plein, et c’était touchant de voir les petites filles menues en dentelles coquettes venues admirer les danseuses, accompagnées de leurs mamans et grands-mamans souvent habillées dans les couleurs gaies des poupées de bois et faisant défiler sous nos yeux l’éclectisme décalé des années soixante-dix à deux mille, comme si la mode n’avaient aucune prise sur elles. Cela vaut bien l’uniforme gris noir et informe des années de crise dans nos pays occidentaux.

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    Kuzma Petrov-Vodkin
    (1878-1939), Violon, 1918, musée russe Saint Pétersbourg

De la musique avant toute chose ! s’exclamèrent les poètes symbolistes russes, qui, inspirés par Verlaine, désiraient rompre avec la littérature qui dominait en leur temps, et voulaient donner à la forme de leurs vers une vraie musique, faisant passer leur contenu au second plan.

Ces poètes s’appelaient Brioussov, Balmont, Biely, Anna Akhmatova, Alexandre Blok, et me voilà plongée dans une biographie de Blok !

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    Nathan Altman, Portrait d’Anna Akhmatova, 1915, musée russe Saint Pétersbourg

Anna Akhmatova écrivit, comme Alexandre Blok, des poèmes sur Pétersbourg en détresse, comme le fit aussi Pouchkine dans le Cavalier de bronze.
Après 1917, Pétersbourg n’est plus qu’une beauté mutilée.

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Cela sert à ça, les voyages, à vous plonger dans les livres. Je lis donc « Alexandre Blok et son temps » de Nina Berberova. Le poète naquit à Saint Pétersbourg en 1880 et y mourut en 1921. Il envisageait de quitter l’URSS, comme le fit réellement Nina Berberova en 1922. Tous deux ont décrit le désarroi des intellectuels russes pendant ces années noires de la révolution.

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    Jean Pougny (1894-1956), Violon, 1919, musée russe Saint Pétersbourg

      Une ville nouvelle allait naître, avec des gratte-ciel, des cités ouvrières, des stades immenses, des parcs de culture, des monuments aux héros de la révolution, une ville avec d’autres luttes, d’autres forces, d’autres espoirs, une ville qui devait même changer de nom.

      Nina Berberova, Alexandre Blok et son temps, 1947, éd. Actes Sud

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    Nicolas Roerich, Bataille céleste, 1912, musée russe Saint Pétersbourg

La ville fut à nouveau renommée, abandonna ses noms de Petrograd et Leningrad, retrouva sa splendeur.

Notre avion s’enfonce dans l’épais molleton de nuages, et je repense aux mousselines diaphanes des musées.
Fin du récit !

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Le musée russe

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Blanc et jaune, néoclassique, enfilades lumineuses, féérie des yeux, découverte fabuleuse de l’art russe devant les rideaux de mousseline, et c’est le Palais Michel de Saint Pétersbourg.

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Il porte un nom doux comme ses couleurs, le prénom du quatrième fils de Paul 1er, le grand duc Michel, ce palais lui était destiné.
Premier tiers du XIXème siècle, splendeur d’un retour vers un très lointain passé, l’Antiquité.

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On commence à connaître, on s’habitue mais ne se lasse pas : grand escalier d’honneur, blancheur radieuse, tons de crèmes glacées, lustres étincelants, décidément le goût pétersbourgeois était extrêmement raffiné.

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Nous pénétrons dans le musée de l’art russe : immense, plein de surprises et de merveilles.

Nous sommes arrivés à 9H45, le musée ouvrait ses portes à 10H, et déjà les visiteurs attendaient devant la grille. Ce n’étaient pas des touristes parlant ces langues qui nous sont voisines et familières, c’étaient des Russes, intéressés par l’art de leur pays. Au musée de l’Ermitage, nous entendions des langues du monde entier, et au palais Michel, nous entendions principalement ce que nous pensions être du russe.

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L’art russe commence au moyen-âge, Xème-XIème siècle, avec les icônes.
Belles, à la détrempe, aux couleurs fraîches.
Je ne commente pas les oeuvres, ce n’est pas le but de mon récit, (mais je peux indiquer les artistes si on me le demande), j’ai surtout aimé l’aspect muséal, la présentation des tableaux, les vues parfois surprenantes, tel cet archange Gabriel aux grands yeux cernés comme dans les portraits du Fayoum, qui se trouvait doucement voilé par le reflet de la marquise.

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C’est le plus grand musée d’art russe du pays, et du monde, et l’idée de sa création naquit très tôt, grâce à Napoléon 1er. Sa défaite dans la campagne de Russie en 1812 déclencha un très fort sentiment patriotique auprès du peuple russe. Dès 1817 germa l’idée d’un musée consacré à l’identité russe, et le musée ouvrit ses portes en mars 1898 sur un décret du tsar Nicolas II, en souvenir de son père, le tsar Alexandre III, qui avait rassemblé une très riche collection d’oeuvres d’art.

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Le site du musée russe est ici.
Les collections présentées du temps de Nicolas II étaient pour une grande part privées, provenant de la noblesse. La Révolution de 1917, comme dans les autres palais de la région, n’a rien détruit mais a nationalisé les oeuvres. Cela n’étonne pas, puisque la notion de musée national est, à son origine, une création révolutionnaire française.
Les révolutionnaires russes s’inspirèrent de leurs confrères français jusque dans les prénoms, puisque, par exemple, Marat est devenu un prénom russe.

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Le musée possède quelque six mille icônes russes du Xème au XVIIIème siècle. L’essentiel vint des collections impériales, puis, après 1917, elles furent confisquées dans les monastères ou achetées.

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C’est un dimanche matin, nous voyons arriver des groupes scolaires, les élèves de l’école navale, et le musée donne l’impression d’être vivant et aimé par la population.

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Pierre Le Grand avance sa petite moustache dans tous les coins de Saint Pétersbourg !

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    L’imposante effigie de l’impératrice Anna Ioannovna et son lobby boy petit serviteur noir (1741).

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Le musée oblige à lever la tête …

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Il faudrait disposer de beaucoup de temps, ce que n’accorde pas une visite en groupe, pour admirer à la fois les murs et les plafonds et ce qu’ils abritent. Les arts décoratifs sont aussi captivants que les beaux arts.

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Le mobilier Empire est exceptionnel. Napoléon 1er fut un ennemi redoutable mais son style a été admiré et savamment étudié.

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Nous entrons dans des galeries où se déploient d’immenses toiles, vastes paysages russes et grandes peintures d’histoire du XIXème siècle, qui font penser à l’atmosphère colossale, rouge sang de boeuf, des salles de l’aile Denon du Louvre où les toiles du baron Gros, de David, de Géricault, et puis de Delacroix paraissent d’impressionnantes murailles.

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La seconde moitié du XIXème siècle est l’âge d’or des artistes russes, qui imprègnent leurs grandes toiles d’un élan patriotique.

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    quel cadre ! IMGP1686

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Encore des élèves, des uniformes, la jeunesse montante, devant le passé de sa patrie.

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L’impressionnisme russe est très agréable …

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Je découvre avec joie un tableau que j’avais montré sur cette page, et j’ai pensé à Proust qui cita Bakst plusieurs fois dans la Recherche.

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Nous arrivons dans les salles du XXème siècle, de blanc habillées, le blanc toujours, sobre et très séduisant

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J’imagine là la princesse Sherbatoff, avant son exil, avant l’embonpoint et le regret de sa splendeur passée qu’elle dissimulait discrètement derrière les pages de sa Revue des deux Mondes.

Pour ce tableau, la dame reprocha au peintre d’avoir surtout peint un portrait de son chapeau !

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Un mot sur les « babouchkas » ! Ce sont les surveillantes des musées. Nous les appelons babouchka parce qu’elles sont souvent âgées. Elles ne gagnent pas beaucoup et cette activité les aide à compléter une maigre retraite. Elles font très très bien leur travail ! Elles ont l’oeil ! Elles voient tout et réagissent au quart de tour. En France, quand un visiteur photographie avec son flash, la surveillante, quelquefois somnolente, n’a parfois plus la patience de rappeler le contrevenant à l’ordre et laisse faire. A Saint Pétersbourg, les babouchkas bondissent dès que quelque chose s’annonce de travers. Elles ont connu les temps soviétiques où la surveillance était drastique.

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    Baigneurs et baigneuses de Kazimir Malevitch
    Je préfère sa théière ! Alambiquée, toute blanche, sans carré noir !

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La peinture russe du XXème siècle est fort riche, je ne peux pas tout montrer.

J’ai beaucoup aimé ce musée et j’aimerais vraiment y retourner un jour.

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Je termine avec ce tableau satirique qui représente la queue devant les magasins, aussi longue que cet article !

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Pavlovsk

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A seulement six kilomètres de Tsarskoïe Selo se trouve le château de Pavlovsk. Merveille du néoclassicisme !
J’ai adoré sa décoration. J’en conviens, il faut aimer ce style, tourné vers l’Antiquité, tellement différent du baroque et du rococo.

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L’impératrice Catherine II avait donné les terres du domaine à son fils Paul et à son épouse Maria Fiodorovna à la naissance de leur premier enfant, Alexandre, en 1777. En 1781 commença la construction d’une luxueuse résidence, digne du futur empereur Alexandre qui normalement devait accéder au trône après sa grand-mère, Catherine II l’avait décidé ainsi, jugeant son fils Paul instable et peu apte à gouverner.

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Mais Catherine II meurt en 1796, et Paul en profite pour prendre sa succession à la place du jeune Alexandre. Paul 1er, qui n’eut jamais de bonnes relations avec sa mère, fait tout le contraire de celle-ci pour diriger le pays, et instaure de nombreuses réformes qui déplaisent beaucoup à la noblesse. Un complot se fomente contre lui et il est assassiné le 23 mars 1801 à l’âge de quarante-six ans.

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Paul 1er aura régné à peine cinq ans. Avec son épouse il avait beaucoup voyagé en Europe pour collecter des oeuvres d’art afin de décorer leur château. Ils avaient rencontré Marie-Antoinette à Versailles. On sent l’influence de celle-ci dans la décoration de la chambre de Maria :

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L’impératrice Maria Fiodorovna est une passionnée de décoration et fait de ce château un bijou assez féminin puisque son mari n’est plus là. Elle a dix enfants, et meurt dans ce château en 1828.

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Elizabeth Vigée Le Brun fit son portrait ( qu’on voit ici) et raconte :

    L’empereur m’avait demandé de faire le portrait de l’impératrice sa femme ; je la présentai en pied, portant un costume de cour et une couronne de diamants sur la tête. Je n’aime point à peindre des diamants, le pinceau ne saurait en rendre l’éclat. Toutefois, en faisant pour fond un grand rideau de velours cramoisi, qui me donnait un ton vigoureux pour faire ressortir la couronne, je parvins à la faire briller autant que possible. […]
    L’impératrice était une fort belle femme ; et son embonpoint lui conservait de la fraîcheur. Elle avait une taille élevée et de superbes cheveux blonds.

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Dans le château de Paul&Marie la bibliothèque est particulièrement étonnante, c’est une longue pièce incurvée, garnie d’une splendide table incurvée elle aussi. On peut voir de nombreux livres en français. Au centre du long mur courbe se dresse un haut portrait de l’impératrice Maria ( ma photo est hélas bougée).

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Les enfilades de ce château circulaire sont très claires, bien dans l’esprit du siècle des Lumières.
Il y a une intéressante galerie de peinture, ainsi qu’une galerie de sculptures, d’antiques copies d’antiques bien sûr.

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Tout est beau dans ce château, blanc et or, blanc et vert, blanc et bleu, blanc et fleurs, blanc et rose, blanc et crème …

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Je ne m’attendais pas à trouver en Russie un tel raffinement.
On s’émerveille.
Et puis toujours, les beaux rideaux blanc-neige.

On s’émerveille doublement parce que le château fut entièrement détruit par les nazis, et reconstruit à partir de 1978. Un prodige !

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Tsarskoïe Selo

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Neige, de la neige !
Ce n’était pas la neige diamantée sous un ciel turquoise comme on la voit sur les belles photos touristiques de Tsarskoïe Selo.
Mes photos prendront au mieux la mélancolie ouatée d’un plafond blanc éteint et silencieux.

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Le Palais d’Eté, Palais Catherine, en hiver.

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Et nous voilà dans ce fameux domaine de Tsarskoïe Selo que je rêvais de visiter depuis la diffusion télévisée de la série de Frédéric Mitterrand « Les aigles foudroyés » ! On y découvrait, par des images d’archives, le dernier tsar, Nicolas II, et sa famille, résidant à Tsarskoïe Selo (qui veut dire en russe village du tsar).
Nicolas II en avait fait sa résidence officielle et ce fut le dernier refuge de la famille avant son arrestation et son transfert à Ekaterinbourg, où tous ses membres furent assassinés en juillet 1918.

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Tsarskoïe Selo est aussi le village de Pouchkine, il étudia au lycée impérial (à gauche sur la photo) de 1811 à 1817. Une plaque le rappelle.

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Tsarskoïe Selo, ce nom résonne de manière étrange et attachante. Désormais il prend pour moi la couleur blanche, encerclée, magnifiée, enchantée par celle de l’or.

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L’histoire de ce palais est expliquée sur le site des musées ici.
Ce fut l’un des Versailles russes du XVIIIème siècle. Commencée dans les années 1710 par Pierre Le Grand, elle fut la résidence d’été impériale pendant deux siècles, jusqu’à la Révolution de 1917.

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Après octobre 1917, la résidence et son parc furent transformés en un musée et des établissements de santé pour les enfants. Le village des tsars dut bien sûr être renommé, et devint « Detskoïe Selo », le village des enfants.
En 1944, le palais Catherine et d’autres pavillons furent détruits par les Allemands et la reconstruction spectaculaire commença dans les années cinquante. Elle dure toujours, à travers un fabuleux travail d’artistes qui se basent sur les archives pour retrouver les techniques anciennes et la splendeur originelle.

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Comme au Palais d’hiver de Saint Pétersbourg, les architectes ont des noms italiens comme Rastrelli et donnent au Palais d’été un style baroque pendant le règne de Catherine I, puis un architecte Ecossais de la cour de Catherine II, Charles Cameron, développe un style néoclassique cher au goût de l’impératrice.

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Nous entrons, nous nous dépouillons au vestiaire, nous chaussons les habituelles pantoufles protectrices des parquets.
Nous sommes surpris par la clarté de l’espace malgré le ciel opaque lourd de neige.
Blancheur, lumière, dorures comme dans les palais de Saint Pétersbourg.
Et puis toujours les beaux voilages, les marquises.

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L’escalier d’honneur éblouit. On peut l’admirer en vue panoramique dans le bas de cette page.

La salle de bal, où valse la lumière …

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Là, tout n’est que luxe, flamme et reflet.
Immarcescible fraîcheur du blanc associé à l’or.
Les lustres, qu’on imagine autrefois garnis de bougies reliées par une mèche les allumant en cascade, les miroirs multipliés de toutes parts, les parquets marquetés, les étourdissantes moulures, et puis la neige par la fenêtre … quelle féérie que ce voyage d’hiver !

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Le site web du palais Catherine ici donne à droite une liste des pièces à voir en photos. Petits et grands salons, salles à manger, cabinets divers se succèdent, chacun dans des harmonies de couleurs très recherchées, offrant une richesse de décoration époustouflante.

Dans le cabinet d’ambre, le clou du palais, les photos sont interdites. Toute la pièce est tapissée d’ambre et forme un kaléidoscope de tons orangés, bruns, citron, magnifique pour les amateurs de cette matière et écrasant pour les moins convaincus.
Les panneaux d’ambre avaient été offerts par Frédéric-Guillaume 1er à Pierre Le Grand, et furent repris par les nazis pendant la seconde guerre mondiale. La lente reconstitution s’est faite et se poursuit à partir de photos.

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Une vingtaine de salles d’apparat dans une enfilade vertigineuse.
Les tentures, les peintures, les sols et plafonds, les meubles, la vaisselle, les pièces d’orfèvrerie, les horloges, les harmonies de couleurs, tout émerveille et laisse coi.

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Nous quittons la Grande Catherine et allons nous promener dans le parc.

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Après la jouissance extatique, nous jetons nos préservatifs dans le bac au vestiaire.
Nous marchons dans la neige, oh la réjouissante expérience !

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La descente dans le parc depuis le château me fait beaucoup penser à Sans-Souci de Postdam.
Comme un miracle, la promesse de neige est tenue, une petite tempête enfarine nos chapeaux.

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Les pavillons de brique au bord de l’étang gelé et enneigé ont le style hollandais. On verrait presque un tableau hivernal de Joos de Momper (revoir ici !).

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Après la visite et les pas dans dans la neige, une très bonne soupe chaude et un verre de vodka frappée nous attendent au restaurant devant le palais. Joie et appétit. Nous trinquons, mais sans jeter le verre par dessus l’épaule !

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Un hiver parfumé

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    Elizabeth Vigée Le Brun, Portrait de la grande duchesse Yelizaveta Alexeyevna, 1795, Ermitage Saint Pétersbourg, notice

Les Souvenirs d’Elizabeth Vigée Le Brun représentent un vivant témoignage d’une époque tourmentée, ainsi que le passionnant récit d’un très long voyage. J’avais plusieurs fois blogué dans le passé avec ce livre en deux volumes, dans lequel l’artiste raconte sa vie à la cour de Versailles et son exil à l’étranger pendant la Terreur.

Elizabeth fit le tour de l’Europe, peignant les portraits de toutes les familles princières, et elle séjourna pendant sept ans et demi en Russie, à Saint Pétersbourg plusieurs fois, à Moscou, à Riga.

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Elle arriva à Saint Pétersbourg le 25 juillet 1795 par le beau chemin de Peterhoff. Elle y fut accueillie avec une infinie gentillesse par l’impératrice Catherine et toutes les personnes de la cour et de la ville.
Elle passa l’été à la campagne dans le palais de Tsarskoïé Selo puis fut hébergée en ville par le comte de Strogonoff.
Elle fut toujours charmée par le caractère hospitalier des Russes.

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Au palais de l’Ermitage, dans la longue galerie des Romanov, les immenses portraits de famille se suivent, et l’on peut voir notamment celui de la grande duchesse Elizabeth, fille de Paul et femme d’Alexandre, que Catherine II commanda à madame Vigée Le Brun dès son arrivée à Saint Pétersbourg.
Voici ce qu’elle écrivit de sa rencontre avec la jeune princesse :

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Elle avait dix-sept ans au plus ; ses traits étaient fins et réguliers, et son ovale parfait ; son beau teint n’était pas animé, mais il était d’une pâleur tout à fait en harmonie avec l’expression de son visage, dont la douceur était angélique. Ses cheveux blond cendré flottaient sur son cou, sur son front. Elle était vêtue d’une tunique blanche, attachée par une ceinture nouée négligemment autour d’une taille fine et souple comme celle d’une nymphe. Telle que je viens de la dépeindre, cette jeune personne se détachait sur le fond de son appartement, orné de colonnes, et drapé en gaze rose et argent, d’une manière si ravissante que je m’écriai : « C’est Psyché ! ».

E. Vigée Le Brun, Souvenirs, éd. des femmes/Antoinette Fouque

Madame Vigée Le Brun peignit ensuite un autre portrait de cette grande duchesse très attachante.

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Elizabeth parle de l’hiver à Saint Pétersbourg, et ses descriptions rejoignent celles de Théophile Gautier :

      J’ai déjà dit qu’il faut aller dans la rue pour s’apercevoir du froid à Saint Pétersbourg. C’est tellement vrai que les Russes ne se contentent pas de donner à leurs appartements la température du printemps, plusieurs salons sont entourés de grands paravents vitrés, derrière lesquels sont placés des caisses et des pots remplis des plus belles fleurs que donne chez nous le mois de mai.
      L’hiver, les appartements sont éclairés avec le plus grand luxe. On les parfume avec du vinaigre chaud dans lequel on jette des branches de menthe, ce qui donne une odeur très agréable et très saine.

Le récipient fumant, dans le fond du tableau ci-dessus, contient peut-être ce vinaigre parfumé à la menthe.

IMGP1055 Le froid à Saint Pétersbourg, madame Vigée Le Brun l’évoque en effet quelques pages auparavant :

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      On ne s’apercevrait point à Saint Pétersbourg de la rigueur du climat, si, l’hiver arrivé, on ne sortait pas de chez soi, tant les Russes ont perfectionné les moyens d’entretenir de la chaleur dans les appartements. A partir de la porte cochère, tout est chauffé par des poêles si excellents, que le feu qu’on entretient dans les cheminées n’est autre chose que du luxe. Les escaliers, les corridors, sont à la même température que les chambres, dont les portes de communication restent ouvertes sans aucun inconvénient.

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      Aussi lorsque l’empereur Paul, qui n’était alors que grand duc, vint en France sous le nom de Prince du Nord, il disait aux Parisiens : « A Saint Pétersbourg nous voyons le froid ; mais ici nous le sentons. » De même quand, après avoir passé sept ans et demi en Russie, je fus de retour à Paris, où la princesse Dolgoruki se trouvait aussi, je me rappelle qu’un jour, étant allée la voir, nous avions un tel froid toutes deux devant la cheminée, que nous nous disions : « il faut aller passer l’hiver en Russie pour nous réchauffer. »

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Aujourd’hui encore il fait bon dans les maisons de Saint Pétersbourg, et, dans les lieux publics, musées, châteaux, théâtres, nous sommes étonnés par l’importance des vestiaires. On ne fait pas qu’y laisser son manteau, on s’y déshabille. Les vestiaires sont spacieux, bien organisés, on y laisse les lourdes pelisses, les gilets, les chapkas, les écharpes, gants, sous-gants, et les bottes, les grosses grolles encombrantes, le personnel est là pour tout prendre avec le sourire.

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L’Ermitage et les autres palais transformés en musées ne sont plus pourvus de fleurs, leurs hauts poêles en faïence ne ronflent plus comme avant, mais on imagine devant ceux-ci la chaude atmosphère qui faisait souhaiter que se déclarent dehors la pluie, la neige, même quelque catastrophe diluvienne pour ajouter au confort de la réclusion la poésie de l’hivernage ! Et là, ce n’est pas Elizabeth que je cite, mais Marcel, quand il décrit la chambre de sa grand-tante Léonie à Combray.

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Ce ne sont pas des marches, mais des demi-marches que l’on gravit à l’Ermitage. Elle ont la moitié de la hauteur d’une marche normale.

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Les fenêtres … eh oui, je jetais parfois un oeil, souhaitant voir tomber quelques flocons !

Les fenêtres de l’Ermitage, comme toutes celles des autres musées de Saint Pétersbourg, m’ont étonnée et charmée par leurs stores bouillonnés, et je me disais que des kilomètres de voilage étaient ainsi savamment froncés, hissés sur leurs cordons, frangés de galon blanc et chargés de tamiser une lumière adoucie pour les précieux trésors conservés devant leurs godrons généreux.
La Russie est riche en gaze.

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Ces fenêtres ont une présence dans le musée tout à fait pittoresque et attachante.

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Elles participent de l’originalité de ce musée, à la fois palais impérial et musée des beaux arts comme le Louvre, avec cependant un supplément de personnalité et d’intimité, on y sent le souvenir des Romanov encore présent.

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Le froid est bien là, malgré un hiver exceptionnellement clément comme chez nous. On va le regarder au bord de la Neva .

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Neuf heures trente, le jour se lève, c’est l’aurore derrière l’Aurora. C’est à partir de ce croiseur que fut tiré à blanc le coup de canon annonçant l’attaque du Palais d’Hiver par les révolutionnaires, le 25 octobre 1917.

Le palais impérial fut attaqué mais pas dévasté. Les révolutionnaires gardèrent en mémoire l’exemple français, la Révolution française ayant saccagé et vidé le château de Versailles. Les Russes eurent l’intelligence de préserver les oeuvres d’art et de les rendre accessibles au public, en contre-partie c’est le public lui-même qui fut décimé. Hélas, les palais des environs de Saint Pétersbourg subirent le saccage et la destruction durant les neuf-cents jours du blocus allemand de 1941 à 1944.

Et puis la reconstruction.
Et de nouveau la splendeur.

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Les grands et petits espaces de l’Ermitage

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La Place du Palais de Saint Pétersbourg semblait encore endormie sous l’édredon de ciel gris. C’était pourtant l’après-midi. Elle surprend par son étendue et sa forme en demi-cercle. Egalement par le contraste des couleurs et des styles architecturaux. La façade courbe, dessinée par Carlo Rossi, percée par une porte triomphale rappelant celle de Brandebourg à Berlin, est sobrement classique dans ses tons vanille.
La très haute colonne rose praline, un seul bloc de granit, surmontée de l’ange tenant la croix, alors qu’à la cathédrale Saint Pierre Saint Paul, c’est la croix qui soutient l’ange, porte le nom du tsar Alexandre vainqueur de Napoléon en 1812. Et, ironie curieuse, ce monument fut édifié entre 1830 et 1834 par un Français, ancien soldat de Napoléon, Auguste de Montferrand.

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L’autre côté de la place est rectiligne et vert amande, bordé par le gigantesque Palais d’Hiver de style baroque.
A l’horizon on aperçoit l’Amirauté et sa flèche dorée.
Les multiples lignes tracées au sol font soupçonner que la circulation automobile doit être intense en été.
Nous avons de la chance et le musée pour nous tout seuls, ou presque !

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A gauche s’aperçoit aussi le dôme doré de la cathédrale Saint Isaac.
Le palais d’hiver fut au départ une idée de Pierre Le Grand pour passer l’hiver, et l’actuel palais d’hiver est l’oeuvre d’un autre Italien, Bartolomeo Rastrelli, commandée par la fille de Pierre, la tsarine Elizabeth. Construit de 1754 à 1762.
Voilà pour la petite histoire.
Place maintenant aux impressions.

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Nous pénétrons dans la galerie d’honneur, d’une blancheur resplendissante, aspergée de lumière par de grandes appliques rococo.

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Au bout de notre marche aux flambeaux, nous gravissons l’escalier d’honneur et nous nous sentons, certes honorés, mais tout petits sous un tel décor.

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Le Palais d’Hiver flamboie d’or et de marbre neigeux, les lustres grandioses allument une ignition intérieure, que les photos sans flash ne rendent pas, mais qui laisse une forte impression rétinienne.

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Rayonnements et reflets partout, dorures, fenêtres, miroirs, tout un écroulement des formes dans des kaléidoscopes fascinants … cette scintillation permanente éblouit.

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Nous traversons les salons d’apparat, immenses , somptueux, et les enfilades vertigineuses. Ne semons pas pas notre guide, nous pourrions nous perdre, surtout si l’on avance la tête en l’air.

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Salle du trône
La marquèterie du parquet au sol reprend les motifs du plafond.

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La lumière tombe des plafonds en une pluie de cristaux étincelants, et se filtre un chemin mousseux au travers des stores bouillonnés d’une blancheur neigeuse. J’ai admiré leur propreté qui doit exiger un entretien régulier. Au Louvre, les stores en fibre grise synthétique sont peut-être plus pratiques mais beaucoup moins beaux.

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Il y a une enfilade de la Neva, comme au Louvre il y a la grande galerie du bord de l’eau.

Voici la galerie patriotique, qui fait beaucoup penser à la galerie d’histoire de France, créée par Louis-Philippe au château de Versailles.
Encore et toujours des parquets multicolores et précieux tout à fait étonnants. On déambule tantôt le nez en l’air, tantôt les yeux au sol.

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Le plan du musée, distribué en plusieurs langues, et imprimé sur une feuille pliée en trois volets correspondant aux trois étages, ressemble beaucoup au plan du Louvre.
Grand Ermitage, Petit Ermitage, Nouvel Ermitage … on s’y perd, comme au Louvre on s’oriente mal entre les quartiers Denon, Sully et Richelieu, pourtant assez simples à repérer.

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Le terme « Ermitage » est dû à Catherine II qui voulait, à côté de sa vaste résidence d’hiver, un petit palais plus confidentiel, où elle mènerait une vie intime ( gemütlich puisqu’elle était allemande), dans une sorte d’ermitage. Ainsi naquit le Petit Ermitage. Cette mode des pièces plus petites, des boudoirs, lancée par Louis XV, se répand dans toute l’Europe au XVIIIème siècle.

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Le Petit Ermitage fut doté d’un jardin suspendu, installé sur le toit du premier étage (second étage pour les Russes), apportant plus d’intimité encore. Des arbustes et des fleurs y furent plantés, des statues le décorent.
En hiver, ces statues sont protégées du gel par de grosses caisses en bois, alors qu’en Europe occidentale un fourreau de paille ou mousse synthétique suffit. Je me disais aussi que les cabanes du jardinier étaient bien nombreuses pour ce petit parc!

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Catherine II (1729-1796) , arrivée d’Allemagne pour épouser le jeune Pierre III héritier de la couronne, était une grande collectionneuse d’art, et elle fit construire des ermitages pour abriter ses vastes collections.

C’est là que le musée fait voir ses chefs-d’oeuvre, dans des appartements richement décorés.

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Nous visitons les salles de peinture italienne, admirables, mais hélas point la peinture française du XVIIIème siècle, qui était pourtant de la peinture contemporaine pour la Grande Catherine, ni la peinture de son pays, la peinture allemande. J’en suis navrée, mais en groupe, même restreint, on ne peut guère faire autrement.

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J’aime les alternances de couleurs, l’harmonie des tentures encadrant les tableaux. L’oeil se transporte d’un cadre sculpté fantastique entourant une toile non moins prestigieuse vers un meuble, une porte, un plafond de la même richesse, et puis se laisse attirer par une fenêtre donnant sur une cour enneigée, sur la Neva gelée …

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Les chats de l’Ermitage.
Ici c’est le Nouvel Ermitage, avec la galerie des loges de Raphaël.

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Dans ma jeunesse, l’Ermitage de Saint Pétersbourg était le deuxième plus grand musée du monde, après le Louvre. Je ne sais pas s’il est toujours second, ou troisième maintenant, mais il est vrai que tant de richesses donnent le tournis, car il faut à la fois admirer les oeuvres d’art des collections et la décoration fabuleuse du palais, écouter le guide et prendre à la volée des photos, veiller à bien suivre le groupe et retenir la substantifique moelle de ce musée d’exception …

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Je dirai bientôt quelques mots de mon tableau préféré dans le musée !

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