L’école forestière

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      La rue de l’école

tout en haut de la colline, au coeur de la forêt.

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      Voilà l’école !

Pas de portail
Pas de passage piéton …

mon petit-fils de trois ans court présenter son école maternelle à sa cousine.

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      Waldkindergarten

c’est à dire  » Ecole maternelle forestière ».

Cette école s’appelle « La grotte des voleurs » !

Aucune clôture.
C’est une école forestière, pas buissonnière.

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      Le bâtiment administratif

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      La cour de récréation

avec les bancs, qui sont des troncs d’arbre.

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      La cantine

Tous les repas sont pris dehors, même sous la pluie ou la neige.
Chaque élève apporte son repas chaud et sa boisson en thermos.

Les horaires : 7H30 – 13H30

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      Salle d’étude

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      Les toilettes

Le grand arbre s’appelle le Pipibaum, c’est l’arbre contre lequel s’appuient les garçons pour faire pipi. Les filles ont un coin abrité de branchages sur la droite, et la chaise percée sert à la grosse commission.

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      Salle de sport

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      Petite salle de repos ou de documentation, je ne sais plus …

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      Le tronc commun des travaux pratiques

Les élèves peuvent travailler avec leurs outils sur cette souche comme ils en ont envie, ils ne doivent pas s’attaquer à des arbres vivants.

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      Le terrain d’entraînement

Les élèves jouent sur cette butte avec d’autres outils, ils creusent, binent, rabotent, ratissent, ils ne doivent pas creuser ailleurs afin de ne pas rendre le sol dangereux sous les pas.

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      Projet pédagogique : Le chemin calendrier de l’Avent

Chaque jour de décembre, les élèves ont fabriqué et décoré une case avec des éléments naturels, car tout le matériel employé provient de la nature environnante.
Chaque case est une étape vers la crèche, vers Noël.
Cette école n’est pas catholique ou privée, mais communale.

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      La crèche

L’étoile étant céleste et exceptionnelle, elle peut être en papier doré !

Les enfants sont bien couverts par temps froid et protégés de la pluie par une combinaison imperméable.
Mais à la sortie de l’école ils sont tous de la même couleur, boueux comme des sangliers !

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      La mascotte de l’école

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      Le bureau de la directrice

Si un enfant est patraque, il peut s’abriter dans la « Hütte », la cabane de la maîtresse, mais sinon, les élèves restent dehors pendant tout le temps scolaire, et par tous les climats.
Le nombre d’inscrits est au maximum vingt, enfants âgés de trois à six ans.
Cette année la majorité des élèves a trois ou quatre ans.

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Cette école sans aucune barrière, ni porte, ni eau courante, ni électricité, est étonnante, n’est-ce pas ? Inimaginable en France !

Les rues et les tableaux racontent Noël

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Comme je l’annonçais ici, j’ai eu le bonheur d’être à Strasbourg en période de Noël.
La ville s’est mise sur son 31, on devrait dire sur son 25 !

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Noël resplendit dans toutes les petites rues richement décorées, la foule aussi est abondante, animée.
Chaque magasin rivalise de beauté et d’imagination avec les devantures voisines pour le bonheur des yeux. Strasbourg est une fête, la fête de Noël !

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Je n’avais jamais vu dans une autre ville un décor aussi ample, raffiné, spectaculaire, emballant tout le centre ville de sa magie, et transformant le badaud en enfant émerveillé.

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De nuit, la promenade citadine se fait conte de fées (mais les photos sont moins probantes, et de toutes façons j’avais oublié de prendre mon appareil pour la visite du soir !).
La cathédrale était très joliment illuminée, avec grâce et délicatesse comme sous la lueur de l’étoile d’Orient, la rosace apparaissait dans toute sa finesse et sa beauté.

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Nous avons visité le musée des beaux arts abrité dans le palais des Rohan.
Des fenêtres du musée, on pouvait regarder la cathédrale.
Après la foule nombreuse dans les rues scintillantes, le calme serein sous un éclairage bien dosé.
Dans toute ville après le lèche-vitrine, on peut rechercher le calme dans un salon de thé ou bien le silence des images dans le musée.

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Dès la première salle avec les primitifs italiens, je fus étonnée de voir affiché sur les cartels de certains tableaux religieux un petit sapin de Noël !
Agréable surprise, ces sapins indiquaient le thème à suivre en décembre dans le musée : Noël, avec les sujets de Nativité, Madone à l’Enfant, Adoration des mages ou des bergers.
A côté de ces tableaux, un passage de la Bible, un évangile était recopié, joignant bien le texte religieux à l’image qui en fut engendrée.

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      Zanobi Strozzi, Le cortège des Rois Mages, vers 1445, musée des beaux arts Strasbourg

Ce tableau m’a beaucoup plu, je ne connaissais pas ce peintre, Zanobi Strozzi, les couleurs sont somptueuses, montagne bleue, vêtements rouge vif et lapis-lazuli, dorures, et l’ensemble assez graphique des personnages m’a fait penser à Paolo Ucello.

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      Atelier de Gérard David, La Vierge à la soupe au lait, entre 1510 et 1520, mba Strasbourg, notice

Cette Vierge qui donne la bouillie à l’Enfant Jésus est vraiment adorable. C’est une scène de la vie quotidienne, mais il faut y voir un message, l’acte de nourrir est le symbole de l’amour de Dieu, et celui de l’Eucharistie.
L’Enfant lève tendrement les yeux vers sa mère.

J’ai trouvé sur facebook la présentation de ce parcours proposé par le musée de Strasbourg pour Noël :

Bien d’autres oeuvres m’ont enchantée dans ce musée, tout particulièrement des natures mortes hollandaises, j’y reviendrai plus tard.

En sortant du musée, nous avons retrouvé tout ce qui fait Noël dans sa version profane.

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Le rêve est passé.
Désir de revenir.
Bloguer consolide le souvenir !

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Bonne année !

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La pendule à l’envers
Les heures à rebours
Si c’était à refaire
Le voyage vers Strasbourg
et le Baden-Würtemberg !

Voilà que je fais des vers !
Toute famille Grillon s’est réunie en Allemagne pour les fêtes de Noël.

Courte étape au musée d’Orsay pour visiter l’immense exposition consacrée au Second Empire.
Quel faste, lustre grandiose !
Napoléon III réhabilité.
Je n’en ai pas de photos bien sûr, mais j’y reviendrai plus tard.

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À propos de photo, celle-ci est de nouveau autorisée au musée d’Orsay ! C’est heureux, cette autorisation retrouvée me donne envie de revenir dans ce si beau musée.
Mon passage le 20 décembre y fut trop rapide, brève visite de cette ancienne gare entre deux gares !
Nous avons eu le temps de visiter l’autre exposition du musée : Bazille, la jeunesse de l’impressionnisme.

Et là, oh surprise, la photographie de certains tableaux de musées étrangers était permise !
J’ai eu le grand plaisir de prendre en photo un dé pour ma collection virtuelle !

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P.A. Renoir, Lise cousant, vers 1867-68, DMA Dallas, notice et commentaire.

Après Paris, nous nous sommes arrêtés à Strasbourg, pour deux jours dans la magie de Noël.

Ensuite nous avons repris le TGV ou l’ICE pour Stuttgart.
Nous avons vécu un beau Noël dans la campagne souabe.
L’un de mes plus émouvants souvenirs de ce séjour est d’avoir chanté en allemand de nombreux Lieder pour la messe de Noël dans l’église à Tübingen. Après avoir admiré les froufous du second Empire, j’ai chanté le chant des bergers, qui entonnent des bin ich froh ! froh, froh, froh ! froh, froh, froh !
( le chant peut s’entendre ici)

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Grillon du Foyer souhaite à tous ses amis fidèles ou de passage une bonne année 2017, avec chaque jour un dé de bonheur, un dé de lumière, un dé de calme, un dé de tendresse, un dé d’ivresse !

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Les bonnets rouges

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Color colorum, la couleur des couleurs, c’est le rouge.
Le nouveau livre de Michel Pastoureau nous dit tout sur le Rouge.
Comme pour le bleu, le noir, le vert, il nous dévoile la couleur rouge dans toute son histoire, tous ses symboles.

Un livre abondamment illustré, un vrai rouge passion !

Un chapitre est consacré au ton rose, qui ne porta pas de nom jusqu’au XVIIIème siècle. Ce dernier n’aime pas le rouge, il est le siècle du bleu, du blanc, du rose, mais dans sa dernière décennie, le rouge prend le pas sur toutes les autres couleurs et devient politique.

Les grands peintres du rouge furent Van Eyck, Ucello, Carpaccio, Raphaël, Rubens, Georges de La Tour, pour ne citer que les plus anciens …

Couleur de la Pentecôte, du danger, du pouvoir, de l’interdiction, de l’alerte, de la séduction, de la sanction, de la colère, de l’amour, de la joie et la fête …

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Le livre ne la mentionne pas et c’est normal, car la citation picturale est infime, je pense toujours au peintre Corot quand il est question du rouge, à son petit truc bien à lui.
Cette couleur est pourtant celle qu’il a utilisée avec le plus de parcimonie, elle n’a pas envahi sa palette, mais justement, très ponctuelle dans ses tableaux baignés d’une harmonie vert amande ou gris-bleu, elle attire l’oeil, concentre le regard.

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Ce sont les fameux bonnets rouges de Corot, minuscules, silencieux, veloutés et pacifiques, petits lampions dans la brume élégiaque qui monte de l’étang de Mortefontaine, d’un lac, d’une rivière, d’un simple marécage, ou d’un tas de bois.

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corotlacdetngl Le personnage au bonnet rouge devient abstrait.

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      J.B.C. Corot, Souvenir de Mortefontaine, salon de 1864, Louvre, notice.

corotmortefontainedetlUnisexe, de taille unique, en pure laine ou en coton, le bonnet peut être porté aussi par une femme.

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Des centaines de bonnets rouges se repèrent ainsi, de façon ludique comme des gommettes, dans les toiles de Corot, petites ou grandes …

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      J.B.C. Corot, Le moulin de Saint Nicolas-lez-Arras dit Moulin Gheerbrant, 1874, musée d’Orsay, notice.

Le site du musée d’Orsay ne propose pas de zoom, on ne voit pas nettement le bonnet rouge de l’homme agenouillé au bord de la Scarpe. C’est pourquoi j’ai choisi les Corot de la National Gallery de Londres.

Marque de fabrique du peintre, même la cathédrale de Chartres a son bonnet rouge !

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corotchenedetngl La minuscule touche de rouge primaire équilibre le tableau en rappelant d’autres nuances rouges semées ailleurs dans la composition sans que l’oeil du spectateur ne les perçoive. Elle attire l’attention sur le groupe de personnages si petit au pied de l’arbre, ce grain exotique de poivre rouge ajoute une poésie piquante à la nature grandiose.

Voilà enfin un bonnet rouge de saison, un nouveau que j’ai déjà posté à l’un de mes petits-enfants !

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Le bouquin de Noël

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      Georgia O’Keeffe, Long Lake, Colorado, 1918, dessin, musée Georgia O’Keeffe Santa Fe, notice.

Il est arrivé, le bon gros bouquin de Noël !
Sans le savoir je l’attendais, j’avais besoin de le glisser dans ma bibliothèque de Noël.

Livres anciens ou récents de contes et récits populaires, histoires illustrées des traditions, recueils de poésies, livres de décoration, de cuisine, de pâtisserie, de couture … je collectionne toutes sortes d’ouvrages qui me font rêver à Noël. Chaque année pendant l’Avent, je les feuillette, les contemple, les relis avec une naïveté assumée.

A ma connaissance, il n’existe pas encore de Dictionnaire amoureux de Noël, je pourrais presque l’écrire!

516vdygpydl-_sx331_bo1204203200_ Le bouquin de Noël,
édition établie et présentée par Jérémie Benoit
Robert Laffont, octobre 2016

Ce n’est pas un livre d’images, aucune illustration, mais une extraordinaire profusion de textes et poèmes autour de Noël.
Beaucoup de récits rares qu’on a plaisir à découvrir
François Coppée par exemple
Camille Lemonnier
Nicolaï Gogol
Alphonse Allais
Tolstoï
Dostoïevski
Anatole Le Braz …

Ce bouquin devient indispensable dans toute bonne « noëlothèque » !

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      Albrecht Dürer, Sapin, vers 1495/1500, aquarelle et gouache, British museum Londres, notice.

Dans les contes de Noël, il y a le merveilleux, l’histoire qui finit bien, il y a le spirituel, le magique, l’irrationnel, le gourmand ou l’humour, et il y a la tristesse poignante, le drame social, suscitant une profonde réflexion parfois.

J’ai relu Le Sapin de Hans Christian Andersen, l’une de mes histoires préférées, celle du jeune et fier sapin, sorte de Rubempré arrivé de sa forêt natale dans la maison bourgeoise, qui finit au grenier avec les souris et ses illusions perdues.

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      Premier bonnet d’une série que je suis en train de coudre pour chacun de mes petits-enfants !

Meilleurs voeux !

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      Rembrandt, et peut-être un élève, La Sainte Famille, 1640, Louvre, notice

La galette est déjà mangée, les fêtes passées, le tourbillon s’assagit, l’année commence et voici le temps des souhaits, bonheur, santé, paix, sérénité, lumière …
Je souhaite à tous les amis qui passent du côté de chez Grillon une bonne année 2016, et je remercie chacun pour les mots gentils et autres sourires postés de diverses façons qui m’ont chaque fois tendrement touchée.

Je choisis une Sainte Famille de Rembrandt, parce que c’est Rembrandt, et parce que c’est le Louvre.

Rembrandt mêle toujours de façon subtile le sacré et le profane, et sous l’apparente simplicité de cette modeste maison de menuisier se déroule une magnifique scène religieuse.
C’est la lumière qui transforme le sujet.
La pénombre noie tous les détails anecdotiques, les objets de la vie quotidienne (le lit défait, les oignons suspendus, le chat, les outils, ustensiles, le berceau …), pour ne pas troubler la compréhension du tableau.

Le soleil coule ses rayons de la fenêtre sur la chemise de Saint Joseph, le décolleté de Marie, et sur l’Enfant Jésus.
La lumière laisse une flaque vive sur le parquet puis se dilue dans celle rougeoyante de l’âtre, où la braise couve doucement.
L’Enfant semble émettre sa propre lumière ou renvoyer le soleil pour éclairer le visage de sa grand-mère, Sainte Anne, qui est assise en contre-jour et lit un livre.

Mais un objet luit doucement dans la clarté : remstefdet2l

Un verre de bière sur le rebord de la fenêtre.
Comment doit-on l’interpréter ?

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C’est un joli détail poétique et rafraîchissant. Joseph travaille, il a posé sa bière derrière lui, il fait beau, la fenêtre laisse entrevoir un coin de ciel bleu. C’est déjà le printemps.
La scène paisible se passe en plein jour de façon assez surprenante, et non la nuit comme souvent dans le sujet de la Sainte Famille.

Un autre détail de la vie aux Pays-Bas : remstefamdet3l

Marie est assise au ras du sol dans ce qui doit être un panier en osier conçu à l’époque pour les nourrices. La nourrice pouvait ainsi s’installer devant le feu pour allaiter et changer son bébé. On voit bien ce panier spécial (« bakermat » en néerlandais) dans le tableau de F. Floris du musée de Douai.

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    Frans Floris I, Sainte Famille, 16ème siècle, musée de la Chartreuse Douai, notice

C’est à travers toute cette douceur feutrée et humaine d’une simple maisonnée que le mystère apparaît le plus étonnant et profondément religieux.

Bonne année !

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J’ose à peine le croquer, mais ce serait dommage de le laisser perdre, ce saint Nicolas en speculaas (en France on dit speculoos).
Le père Noël l’a acheté au supermarché « ah » aux Pays-Bas (cette chaîne de magasins « ah » tient son nom des initiales du fondateur, Albert Heijn). Le Rijksmuseum d’Amsterdam se fait ainsi mieux connaître en diffusant ses produits commerciaux dans les supermarchés de toutes les provinces néerlandaises.
C’est comme si la RMN (Réunion des Musées Nationaux) vendait dans les magasins Carrefour ou Leclerc les objets dérivés des oeuvres d’art des musées de France.

Ce saint Nicolas comestible est inspiré par le tableau de Jan Steen conservé au Rijksmuseum, que j’avais montré sur cette page, et j’avais alors intitulé l’article Biscuits.

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    Jan Steen, La fête de Saint Nicolas, vers 1663-65, Rijksmuseum Amsterdam

Au dos de la boîte du speculaas, deux textes expliquent, d’une part la tradition de cette figure en biscuit, d’autre part la signification du tableau de Jan Steen. Et le Rijksmuseum ne manque pas de rappeler qu’il est bien agréable de venir admirer ce tableau au musée et d’en profiter pour découvrir les nombreuses autres oeuvres de ce peintre.

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Il nous est rappelé que ce saint Nicolas en gâteau sec, offert par un garçon à sa bien-aimée, prenait la forme d’une déclaration d’amour, et si la jeune fille acceptait le cadeau (de prix car les sucre était une denrée exotique), cela voulait dire que son sentiment était réciproque.
En effet, comme mon récent article le montrait ici, Saint Nicolas avait contribué au mariage de trois jeunes filles.

Ces boîtes de gâteaux, culturelles et pédagogiques, à portée de tous, sont une bien belle idée !

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Ces biscuits épicés contiennent souvent du sucre brut, qui se nomme en français cassonade (de « casson » = morceau brisé, cassé) ou vergeoise.
Au XVIIème siècle, les speculaas étaient préparés avec du sucre de canne que les Hollandais importaient de l’Asie du Sud Est.

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    Floris van Schooten, Nature morte, vers 1650, musée de l’échevinage Saintes, notice .

Ce n’est qu’à la fin du XVIIIème siècle que fut produit le premier pain de sucre de betterave, et le blocus continental obligea les Français à développer fortement sur leur sol la culture de la betterave.

Pourquoi ce mot vergeoise?
On s’en doute, il vient de verge.
Les moules utilisés pour les pains de sucre étaient fabriqués avec des verges souples de coudrier. Le sucre vendu en poudre ou en morceaux est une invention relativement récente, il y a un siècle seulement. Auparavant on cassait le sucre avec un couteau à lame très épaisse et un marteau. Et, à partir de ces outils rustres de forgeron, on pouvait fabriquer des décorations d’un délicatesse extrême en sucre filé !

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Ecole française, Fraises dans un saladier, XVIIIème siècle, mba Quimper, notice

C’est l’hiver !

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    Gilbert Stuart, Le patineur, 1782, NG Washington, notice

Il est là sans être là, le Général Hiver.
Rêvons de lui en musique !

La Valse des Patineurs fut composée par Emile Waldteufel (1837-1915).
Il était alsacien, il devint le directeur de la musique de danse à la cour impériale de Napoléon III. On le surnomma le Strauss parisien, et en effet, j’ai longtemps cru que sa valse des patineurs avait été écrite par Johann Strauss.

    Sir Henry Raeburn, Reverend Robert Walker, vers 1795, NG Edimbourg

    page du musée

      La tempête a cessé. L’éther vif et limpide
      A jeté sur le fleuve un tapis d’argent clair,
      Où l’ardent patineur au jarret intrépide
      Glisse, un reflet de flamme à son soulier de fer.

      Louis Honoré Fréchette (1839-1908), première strophe de Janvier, recueil Oiseaux de neige

Louis-Honoré Fréchette était contemporain de Waldteufel, un poète québécois, et il a composé un poème pour chaque mois de l’année. Il a écrit aussi un recueil de contes de Noël, La Noël au Canada :

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Je suis en train de lire ces contes et récits sur mon Kindle de façon gratuite (ils appartiennent au domaine public et ont été heureusement numérisés), j’aimerais m’offrir le livre objet un de ces jours tant j’aime son écriture.
Un vrai plaisir !

Fréchette dit ainsi de Noël :

      De même que ces chants à la fois simples et solennels, attendrissants et grandioses, dont la mélodie ne lasse jamais l’oreille, Noël est un de ces sujets inépuisables qu’on peut ressasser à l’infini sans jamais fatiguer.
      Quand il s’agit de Noël, les redites même ont pour le lecteur le charme d’un refrain tout plein de réminiscences intimes qui vous rappellent tout à coup comme un long chapelet de petits bonheurs oubliés.
      La Noël !
      Ne vous semble-t-il pas découvrir toute une série de petits poèmes gais, gracieux et touchants dans ces deux mots ?
      Ne sentez-vous pas en les entendant prononcer, comme un essaim de joyeux et tendres souvenirs s’éveiller et battre de l’aile au fond de votre coeur ?
      […]
      Noël nous sera toujours cher, car il nous tient par les sentiments et les croyances ; par les tendresses et les enthousiasmes ; par le coeur et l’esprit.
      C’est pour nous la prière et la poésie enveloppées toutes deux dans une même auréole radieuse et caressante.
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    Lawren S. Harris, Matin Lac Supérieur, 1921-1928, musée des beaux arts Montréal, notice et commentaire

Ha, l’emphase de ces phrases traduit bien mon engouement pour les lectures de Noël, j’en ai toute une bibliothèque !
Puisque l’hiver tarde à se montrer, il nous reste les musées et les livres pour retrouver son ciel opaque, ses cristaux et ses miroirs, le givre, la glace, la neige, toutes ses figures blanches ou translucides, froides mais magiques.

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Alexander Y. Jackson, Jours gris Laurentides, vers 1931, mba Montréal, notice et commentaire.

La liste de mes envies

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Dans la médiathèque de Fouesnant a été installée en décembre une boîte aux lettres, qui porte cet écriteau : La liste de mes envies. On y dépose sa liste pour le père Noël, et comme il s’agit d’une bibliothèque, le titre est littéraire, en référence au livre de Grégoire Delacourt.

Les listes, qui peuvent être signées ou rester anonymes, seront plus tard exposées et pourront être lues par les visiteurs. On y jette ses envies, concrètes ou de l’ordre de l’abstrait, l’abstraction est même souhaitable même si elle prend la forme d’un coup de gueule.

Je n’ai pas encore écrit ma liste, je ne sais pas si j’en aurai le temps, mais ce sujet me paraît amusant et me pose des questions. Une réflexion que j’entreprends ici-même …

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    Georges d’Espagnat, La gare de banlieue, vers 1895, musée d’Orsay, notice

La liste de mes envies n’est pas celle de mes rêves. Et les envies sont-elles la même chose que des souhaits, des désirs, des volontés ?

L’envie fut d’abord un péché, le mot vient du latin invidia, jalousie, regard malveillant. A partir du XIIème, l’envie a pris parallèlement deux sens : jalousie haineuse et satisfaction d’un désir.

Le mot au pluriel désigne les petites peaux qui se détachent autour d’un ongle (pourquoi donc ?), et, en général il a un sens positif, il concerne les désirs sans jalousie particulière envers autrui.

Il me semble qu’il y a une différence de poids entre les envies et les rêves. Les premières sont légères, de peu d’importance, personnelles, réalisables, tandis que ces derniers sont grands, profonds, souvent sérieux, altruistes, et leur gravité les suspend la plupart du temps dans le domaine idéal.

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    Georges d’Espagnat, Au piano, 1910, musée Albert André Bagnols sur Cèze, notice

La liste de nos envies a le poids d’un sachet de fleurs de tilleul, de feuilles de verveine, pour l’infusion des sentiments du moment, le fait d’écrire les mots de nos envies positives ou négatives nous soulage déjà.

Que sont les mots des envies ? Goût, besoin, faim, désir, fringale, appétit, convoitise, tentation, inclination, souhait, caprice …

La liste de nos envies gonfle comme un édredon, qu’elles soient petites, grandes, pressantes, subites, saugrenues, sauvages, urgentes, furieuses, passagères, organiques, mimétiques, lubriques, ces lubies, folies, coup de coeur ou de calcaire ne pèsent pas lourd dans le fond de notre âme. On a envie d’une cerise à l’eau de vie, mais on rêve de la paix dans le monde.

Si tous les êtres humains de notre Terre pouvaient vivre heureux dans le pays qui les a vus naître … cela est un rêve. Plus personne ne serait forcé de se lancer sur les routes dangereuses de l’émigration. Chacun serait libre de partir vers un ailleurs pour aimer le découvrir. Selon son envie.
Je pense alors que le plus beau rêve serait celui qui pourrait avoir la légèreté d’une simple envie.

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      Colette, Cadeaux de Noël, textes choisis et présentés par Frédéric Maget, éd. L’Herne, novembre 2015.

Ce petit livre peut figurer dans une jolie liste de livres de Noël, parce que Colette a évoqué Noël et le Jour de l’An à sa manière unique, et à tout moment on peut être pris d’une envie de Colette.
Voici rassemblés ses nombreux écrits autour de Noël et du Jour de l’An, articles souvent parus dans la presse en fin d’année, ou épisodes repris dans divers ouvrages. Noëls de l’enfance, Noëls païens parce que sa mère Sido n’était pas croyante, Noëls désuets de la campagne, Noëls pittoresques ou souhaits de Jour de l’An bien troussés, à lire et à relire à l’envi !

L’arbre de Noël

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    C.D. Friedrich, Première neige, vers 1827, Kunsthalle Hambourg

L’arbre de Noël est le nom que l’on donne à la distribution de cadeaux aux enfants, aux employés, dans les entreprises, les écoles, et autres lieux publics.
Au XIXème siècle, on prit conscience de la misère des enfants déshérités, employés et exploités dans l’industrie, ou abandonnés dans la rue. Dickens avec son fameux Christmas Carol, paru en 1843, et Andersen avec La petite fille aux allumettes, paru en 1845, firent prendre conscience de la situation en Europe et aux Etats Unis, et l’immense succès de ces fables sociales contribua à la popularité de la fête de Noël, empreinte de générosité, de charité, de compassion.
Des chefs d’entreprise, des instituteurs prirent l’initiative dans la seconde moitié du XIXème siècle de lancer la tradition des « arbres de Noël ».

On peut lire la lettre d’un instituteur alsacien à son inspecteur d’académie dans ce précieux petit livre :

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Lettres de Noël, présentées par Nadine Cretin, ed. Le Robert, octobre 2015

      Monsieur l’Inspecteur,

      Les demoiselles Braun-Kiener et Chevalier, de Colmar, qui portent à l’école de Luttenbach l’intérêt le plus bienveillant, ont eu l’idée l’année dernière d’organiser pour mes élèves un « Arbre de Noël » et de symboliser ainsi l’époque solennelle de l’Avent. Cette initiation, de laquelle j’ai rendu compte, en son temps à monsieur votre prédécesseur, a déjà fructifié dans les environs. […]
      Dans la salle affectée se développait un magnifique sapineau décoré et illuminé suivant l’usage immémorial. A l’entour se trouvaient dressées de longues tables sur lesquelles s’étalaient dans de mignonnes corbeilles les dons destinés aux enfants. […]
      Cent quinze enfants se pressaient dans l’enceinte et ne savaient qu’admirer le plus, ou leurs dons ou l’aspect féerique du symbole de Noël. […]

      extrait de la lettre de Jacques Ehretsmann, Luttenbach près Munster, 21 décembre 1858.

      Johann Christian Dahl, Etude de clair de lune , 1822, De Young – Legion of Honor San Francisco, notice

Je n’ai recopié que quelques passages de la lettre, il faut lire le livre qui présente des lettres de Noël très variées, de toutes les époques, rédigées par des écrivains célèbres, des artistes, des chefs d’Etat, des personnes moins connues. Beaucoup d’émotion. On apprend aussi, c’est encore un grand plaisir de lecture de Noël.

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    C.D. Friedrich, Vue de l’Elbe, 1807, Gemäldegalerie Dresde
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