La spirale du temps

Le temps s’arrête, le temps s’écoule au musée des beaux arts de Strasbourg, le temps passe, s’enfuit, se suspend et s’allégorise, un banc nous invite à la contemplation et à la réflexion devant un ensemble exceptionnel de natures mortes qui représentent des vanités.

Sur un mur se tiennent des crânes, sur l’autre des citrons.
Ironie, l’un des synonymes du crâne est le citron !

Voici des reproductions plus précises des tableaux.
Le site du musée est hélas très succinct.

On ne sait pas grand chose de Sébastien Bonnecroy, peut-être un protestant d’origine française réfugié aux Pays-Bas. Il aurait vécu à Anvers et à La Haye.
Sa nature morte est fort intéressante, en face du plaisir éphémère du tabac, en face de la richesse, du pouvoir (symbolisé par le parchemin cacheté), que sommes-nous ?
Fragiles comme la flamme de la bougie qui vient de s’éteindre et comme les fétus de paille …
La mort nous attend, comme la résurrection symbolisée par l’épis de blé.

      Simon Renard de Saint André
      Vanité, vers 1665-1670
      page du musée.

Cornelis Gysbrechts, actif à Anvers vers 1660, a certainement influencé Bonnecroy.

      Cornelis Gysbrechts, Vanité, 2ème moitié du XVIIème siècle, notice

A ces trois crânes répondent trois citrons, trois oeuvres magnifiques.
Les voici :

Je laisse la parole à Paul Claudel, qui fut aussi critique d’art et écrivit à propos de la peinture hollandaise :

« La nature morte hollandaise
est un arrangement qui est en train de se désagréger, c’est quelque chose en proie à la durée.
Et si cette montre, que souvent Claesz aime à placer sur le rebord de ses plateaux et dont le disque du citron coupé en deux imite le cadran, ne suffisait pas à nous en avertir, comment ne pas voir dans la pelure suspendue de ce fruit le ressort détendu du temps, que la conque plus haut que l’escargot de nacre nous montre remonté et récupéré, tandis que le vin à côté dans le vidrecome établit comme un sentiment de l’éternité ? »

Paul Claudel, Introduction à la peinture hollandaise, éd. Gallimard 1935

La montre s’appelle parfois un oignon, et avec Claudel elle devient citron !

Ces natures mortes nous donnent une petite leçon de vocabulaire.

Vidrecome est un mot qui vient du verbe allemand wiederkommen = revenir.
Le vidrecome était un grand verre à boire qui se passait de convive en convive, qui revenait donc à son point de départ en ayant fait le tour de la table.

Le nautile monté en pièce d’orfèvrerie se dit parfois hanap, et ce mot vient de l’ancien germanique, hnapf, qui voulait dire écuelle.

Sacrebleu

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Le troisième lundi de janvier serait officiellement le jour le plus déprimant de l’année, le blue monday. Un lundi plein d’idées bleues, ou noires …

parce que c’est lundi, parce que c’est janvier, gris, froid, parce que les fêtes enfuies nous laissent ratissés, fatigués, grippés, déprimés.

Sacrebleu, comme s’il fallait nous rappeler de ne pas oublier de broyer du noir ce jour-là !

Heureusement, le Mauritshuis de La Haye propose une version réconfortante et florale du lundi bleu !

bleu comme les iris, les centaurées, les jacinthes, les delphiniums, les nigelles de Damas, les ipomées, les volubilis, les myosotis, les ancolies …

Un autre musée nous plonge dans le bleu ce mois-ci : Sacrebleu au musée des beaux arts d’Arras, avec une belle exposition qui décline le bleu dans les arts du moyen-âge à nos jours.
Présentation ici.

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      Marius Chambon, Attente sur la plage de Berck, 1909, musée d’Opale Sud Berck sur Mer, notice et commentaire.

L’attente en tablier bleu se fait à l’heure bleue, nom de l’heure suspendue entre chien et loup, entre le jour et la nuit, quand le bleu du ciel se fait plus sombre, ce n’est plus le bleu céleste et pas encore le bleu nuit. Un bleu confus, mélancolique, qui traduit l’anxiété. Le bleu vague, le bleu à l’âme.
Angoisse de l’attente, les marins reviendront-ils sains et saufs ?
Magnifique tableau.

A la maison au crépuscule, ou au dilucule, la modeste barrière est bleue, d’un bleu plus serein.

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      Henri Duhem, Maison avec barrière bleue, 1906, musée de la Chartreuse Douai, notice.

Les rues et les tableaux racontent Noël

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Comme je l’annonçais ici, j’ai eu le bonheur d’être à Strasbourg en période de Noël.
La ville s’est mise sur son 31, on devrait dire sur son 25 !

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Noël resplendit dans toutes les petites rues richement décorées, la foule aussi est abondante, animée.
Chaque magasin rivalise de beauté et d’imagination avec les devantures voisines pour le bonheur des yeux. Strasbourg est une fête, la fête de Noël !

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Je n’avais jamais vu dans une autre ville un décor aussi ample, raffiné, spectaculaire, emballant tout le centre ville de sa magie, et transformant le badaud en enfant émerveillé.

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De nuit, la promenade citadine se fait conte de fées (mais les photos sont moins probantes, et de toutes façons j’avais oublié de prendre mon appareil pour la visite du soir !).
La cathédrale était très joliment illuminée, avec grâce et délicatesse comme sous la lueur de l’étoile d’Orient, la rosace apparaissait dans toute sa finesse et sa beauté.

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Nous avons visité le musée des beaux arts abrité dans le palais des Rohan.
Des fenêtres du musée, on pouvait regarder la cathédrale.
Après la foule nombreuse dans les rues scintillantes, le calme serein sous un éclairage bien dosé.
Dans toute ville après le lèche-vitrine, on peut rechercher le calme dans un salon de thé ou bien le silence des images dans le musée.

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Dès la première salle avec les primitifs italiens, je fus étonnée de voir affiché sur les cartels de certains tableaux religieux un petit sapin de Noël !
Agréable surprise, ces sapins indiquaient le thème à suivre en décembre dans le musée : Noël, avec les sujets de Nativité, Madone à l’Enfant, Adoration des mages ou des bergers.
A côté de ces tableaux, un passage de la Bible, un évangile était recopié, joignant bien le texte religieux à l’image qui en fut engendrée.

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      Zanobi Strozzi, Le cortège des Rois Mages, vers 1445, musée des beaux arts Strasbourg

Ce tableau m’a beaucoup plu, je ne connaissais pas ce peintre, Zanobi Strozzi, les couleurs sont somptueuses, montagne bleue, vêtements rouge vif et lapis-lazuli, dorures, et l’ensemble assez graphique des personnages m’a fait penser à Paolo Ucello.

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      Atelier de Gérard David, La Vierge à la soupe au lait, entre 1510 et 1520, mba Strasbourg, notice

Cette Vierge qui donne la bouillie à l’Enfant Jésus est vraiment adorable. C’est une scène de la vie quotidienne, mais il faut y voir un message, l’acte de nourrir est le symbole de l’amour de Dieu, et celui de l’Eucharistie.
L’Enfant lève tendrement les yeux vers sa mère.

J’ai trouvé sur facebook la présentation de ce parcours proposé par le musée de Strasbourg pour Noël :

Bien d’autres oeuvres m’ont enchantée dans ce musée, tout particulièrement des natures mortes hollandaises, j’y reviendrai plus tard.

En sortant du musée, nous avons retrouvé tout ce qui fait Noël dans sa version profane.

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Le rêve est passé.
Désir de revenir.
Bloguer consolide le souvenir !

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L’invention de la margarine

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      Alfred Stevens, Rentrée du bal, Château de Compiègne, notice

Rentrée de l’exposition Spectaculaire Second Empire se tenant actuellement au musée d’Orsay, je profite de cette visite éblouissante pour évoquer l’oeuvre de Napoléon III.

Charles-Louis-Napoléon est aussi méconnu que mal-aimé (les deux vont souvent ensemble!).

Louis XIV a finalement résumé à lui seul le XVIIème siècle, il faut dire que son règne fut très long.
De même, le Second Empire résume pratiquement à lui seul le XIXème siècle et il a duré une vingtaine d’années.
Ces années du Second Empire, marquées par une croissance économique inédite, peuvent être comparées aux Trente Glorieuses du XXème siècle (1950-1980).

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    Jean-Léon Gérôme, Portrait de la baronne Nathaniel de Rothschild, 1866, musée d’Orsay, notice

La mauvaise réputation de Louis-Napoléon tient au fait qu’il est sacré empereur par un coup d’Etat et qu’il a chuté dans le désastre de Sedan. Victor Hugo, son irréductible ennemi, a scellé la haine contre Napoléon le Petit, et Zola dans les Rougon-Macquart a largement dénoncé la société orgiaque sous le régime impérial.
Malgré tout, Emile Zola a fini par reconnaître tous les bienfaits du Second Empire et la bonté de Louis-Napoléon.

Prodigieux développement industriel et bancaire du pays.
Création du réseau ferré, transformation de Paris et des grandes villes françaises : aménagement du territoire visionnaire.
Dans cette révolution industrielle, on l’a oublié, Napoléon III eut pour obsession le bien-être de la classe ouvrière, et il dut souvent se battre contre la bourgeoisie et le clergé pour réaliser ce progrès social.

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Louis-Napoléon restaure le suffrage universel.
Victor Duruy, avant Jules Ferry, crée en 1863 l’instruction primaire gratuite et obligatoire.
L’enseignement secondaire s’ouvre aux filles, ainsi que la Sorbonne.

Louis-Napoléon a l’idée des restaurants du coeur plus d’un siècle avant Coluche, il verse en 1856 au préfet de la Seine 100 000 francs afin que soient installés des fourneaux économiques qui distribueront, selon André Castelot, 1 244 656 rations en l’espace d’un mois.

Il imagine une caisse de compensation pour limiter la variation du prix du pain.
Il demande au chimiste Mège-Mouriès d’inventer une matière grasse culinaire moins coûteuse que le beurre et ainsi apparaît la margarine.

Il crée un corps d’aumôniers qui dispensent gratuitement les dernières prières aux pauvres sur le point de mourir.
Il crée un service d’aide à domicile pour les ouvriers malades ou blessés.
Il crée une société de charité maternelle pour les femmes et des orphelinats.
Il subventionne la création de HLM et les cités ouvrières.

Il réforme la justice avec des peines moins lourdes, des conditions d’incarcération améliorées, aménage l’assistance judiciaire, et crée le recours gracieux.
Il prévoit la création d’une Caisse des invalides, et celle de l’assurance vieillesse.
Il reconnaît le droit de grève, accorde aux ouvriers la liberté de créer des chambres syndicales.

Il fait rayer du Code Civil l’article en vertu duquel la déclaration du patron, même sans preuve, l’emportait par principe sur celle de son ouvrier. Il place ainsi le patron et son employé sur un pied d’égalité.
Il crée en 1853 le Conseil des Prud’hommes.

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La biographie très documentée de Louis Napoléon Le Grand rédigée par Philippe Séguin permet de mieux connaître cette période contrastée, très importante de l’histoire de France car elle a conçu le cadre dans lequel notre société s’inscrit encore aujourd’hui.

Sur le plan des arts Napoléon III demande que soit créé le Salon des Refusés, car la sélection pour le salon annuel est injuste et ne favorise pas les jeunes artistes.

Voici ci-dessous la présentation de ce salon des artistes, dont on a une belle idée en visitant l’exposition.
Exposition spectaculaire et fabuleuse qui présente le goût pour la fête, pour l’opulence, pour l’exotisme, de cette époque en pleine transformation, qui a fait cascader, cascader la vertu, et qui aurait pu s’approprier déjà le terme trop que nous utilisons aujourd’hui en toutes occasions et beaucoup trop !

Rousse en robe rouge

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Jean-Jacques Henner, Hérodiade, 1887, musée J.J. Henner Paris, notice et commentaire.

Cette Hérodiade est actuellement au Japon, exposée au musée municipal de Kobe.
J’ai visité le musée Henner à Paris il y a plus de quarante ans, je ne me souviens pas de cette figure pourtant impressionnante dans sa robe rouge provocante.
Le musée était sombre et assez triste à l’époque, il a été heureusement restauré aujourd’hui, et j’aimerais le redécouvrir.

Le site du musée est ici.

Jean-Jacques Henner est connu pour ses chevelures rousses, parfois abondantes et très rubicondes. Même au Christ il a donné des cheveux roux.

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Jean-Jacques Henner, Le Christ aux donateurs, vers 1896-1902, musée Henner Paris, notice et commentaire.

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Cette femme parait étonnamment moderne, et l’expression de son visage frappe le spectateur.
Hérodiade s’est vengée, et il y a dans son regard toute la détermination de la vengeresse accomplie.
Elle est la mère de Salomé et la femme du roi Hérode, elle est en même temps la nièce de son époux. Jean le Baptiste avait condamné ce mariage consanguin interdit par la loi, et Hérodiade s’est vengée de cette dénonciation en le faisant décapiter.

Henner a osé lui mettre une robe rouge, une couleur qui ne convient pas aux rousses, cependant ce ton incandescent correspond bien au sentiment fougueux de Hérodiade.
Violent rubis en flamme !

Mais ceci n’est qu’une étude, dans le tableau final, dont on ignore actuellement la localisation, les couleurs et les expressions seront adoucies.

On voudrait le consoler

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Parmi tous les autoportraits de l’exposition ( présentée ici), il en est un qui m’a bouleversée.

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J’ai voulu retrouver dans le catalogue ce tableau qui m’a tant émue, mais il n’y figure pas.
J’espérais lire un commentaire dans le site du musée d’Orsay, il n’y en a pas.

Ce tableau, le voici :

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Cet autoportrait de Pierre Bonnard s’intitule Le boxeur.
La notice complète est ici.

Boxeur ? Contre lui-même peut-être, mais aucune agressivité envers autrui …
Buste nu, poing levé, cet homme vieillissant semble désarmé, las, abandonné …
J’ai photographié ce pauvre poing qui rend l’oeuvre si poignante,

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je tremblais moi-même,
et ce visage triste, fragile, enfantin.
Comme j’avais envie de caresser la barbe verte de Monet, je voulais poser une main affectueuse contre la joue de Bonnard …

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Il s’est produit encore l’un de ces hasards étranges qui font sourire parfois. Après ma visite au musée, je suis passée à la librairie et j’ai acheté le dernier livre d’Alexis Jenni :

ajenni Alexis Jenni,
Dans l’attente de toi
éd. L’Iconoclaste, septembre 2016.

L’écrivain se penche sur le sens du toucher.
Qu’il est difficile de décrire le toucher en littérature, avec des mots précis, suffisamment sensuels, pense-t-il, alors que la peinture a su rendre toutes les sensations tactiles avec tant de lumière et de justesse !
L’écrivain se livre à une analyse d’un choix de 27 tableaux variés, de toutes époques, qui montrent la peau, son grain, sa lumière, sa présence, sa jouissance ou sa douleur, et les sentiments qu’elle inspire. A partir de chacun des tableaux, il se tourne alors vers sa femme et décrit les mystères de sa peau dans ses relations amoureuse, avec des mots si beaux qu’il prouve que la littérature sait bien y faire aussi dans le domaine du toucher.

Et puis, parmi les tableaux commentés par Alexis Jenni, oh surprise, se trouve le Boxeur du musée d’Orsay, qui est encore exposé jusqu’à la fin du mois au musée de Quimper.

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Voici un petit extrait :

      Sur cette terrible image qu’il a faite de lui-même, dont je me demande comment on peut la faire sans pleurer, il est aussi dépouillé qu’un déporté, même crâne cabossé, même poitrine creuse, mêmes bras filiformes qui n’ont pas la force de se lever, et même expression d’abattement inexpressif, de patience résignée, de simple présence réduite à presque rien, la plus minimale des présences, celle avant la disparition. […] Tout nu, plus que nu, dépourvu de peau, il s’évapore en couleur pure.

J’aime toujours autant le détour de la littérature dans la peinture, le mélange est savoureux.
Cette exploration du toucher dans le domaine amoureux par le truchement de la peinture est passionnante.
Des mots à fleur de peau et des tableaux choisis et commentés de manière vraiment … touchante !

Les verts m’ont dit …

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Oui,c’est cela, il fallait des murs d’un bleu outremer pour rappeler l’azur profond de certains détails picturaux, pour exalter les verts et les rouges de chaque toile, pour imaginer le voyage au delà des mers de Gauguin …

Dans son autoportrait de l’hiver 1893-1894, qui est largement commenté dans le site du musée d’Orsay, Gauguin s’est fait aussi un oeil vert, une verdure audacieuse, même et plutôt une verdeur affirmée en riposte au refus de la part du musée du Luxembourg d’accepter le don d’une de ses toiles polynésiennes. Une toile sauvage, primitive, pas encore dans le goût de l’époque.

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Alors Gauguin en met une dans son portrait, de ces toiles splendides et incomprises.
Dans un autoportrait l’artiste est libre et met les messages qu’il veut faire passer.
Les ombres sur son visage sont vertes, reflétant les poutres et les murs verts de l’atelier, et on est surpris par les éclats blancs sur le côté gauche de son front, sa pommette, sa joue.
Le visage semble éclairé par le tableau accroché au mur.
La figure de Gauguin s’imbibe de la lumière intense de Tahiti.
C’est cette peinture, que les autres n’aiment pas, qui donne au peintre le vrai contour de son visage.

axiletteo Il y a beaucoup de verts impressionnants dans cette exposition ( présentée sur cette page).

Ci-contre le vert fauve du veston d’Alexis Axilette : notice.

Le visage est cerné de vert dans un assaut de modernité.

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Un peintre fait parfois son autoportrait en peignant son atelier, cet univers intime qui est tout lui, qui lui ressemble.

Dans l’atelier de Daniel de Monfreid (notice), le vert de la robe de chambre de sa femme Annette fait jaillir le rouge du fauteuil, et introduit une profusion de couleurs dans un riche décor.

Daniel de Monfreid fut surnommé par Victor Segalen le Maître du vert.
On reconnaît aux murs des tableaux de son ami Paul Gauguin.

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Dans l’atelier de Paul Sérusier, (consulter la notice), le vert rayonne, émerveille, unit entre elles toutes les couleurs splendides de cette nature morte.

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Que l’on regarde ce tableau d’un côté ou bien de l’autre, chaque fois le peintre nous suit du regard et nous fixe droit dans les yeux. Je ne sais pas comment s’appelle ce phénomène.

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Il s’agit de Henri Martin vers 1912, (notice), il naquit à Toulouse et mourut à Labastide-du-Vert. Dans ce village il peignit les paysages verdoyants ainsi que son jardin.

La fenêtre est verte, elle semble diffuser dans l’air son vert amande.
La palette sème aussi ses touches de couleurs dans la nature, des verts très lumineux se constellent de lucioles mauves, orangées, palpitantes.

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Le cadre en bois naturel est décoré d’un motif végétal qu’on imagine vert bien sûr.

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D’autres autoportraits de l’exposition se détachent sur des fonds verts, une fenêtre verte, je ne passe pas tous les décors virides en revue, mais, ah, le beau noeud vert de Vincent ! goghautoportraitdeto

J’ai suivi un certain guide vert pour visiter cette exposition, pardon pour cette fantaisie !
Je terminerai cette semaine par un tableau particulièrement impressionnant, où il n’y a pas de vert, et qu’avec passion cet été j’ai découvert !

Le jardin Filiger

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Le nouveau musée de Pont-Aven s’agrémente d’un petit jardin étagé, paysagé, et pictural, qui s’appelle Filiger en l’honneur du peintre que j’avais évoqué sur cette page.

Je me suis offert au musée le ravissant sac en toile décoré du tableau de Filiger, qui est conservé dans le musée, et qui a inspiré le plan du jardin.

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La notice du tableau est imprimée à l’intérieur du sac !

Le paysage peint par Filiger est la côte du Pouldu, non loin de Pont-Aven.

Les Grands-Bretons choisissent le Brexit et les Bretons du continent maîtrisent le Breizh it !

Ce jardin breton, qui reprend le dessin du tableau, est une belle réalisation (il faut le temps aux plantes de pousser), une très bonne idée pour faire connaître cet artiste très attachant, et les objets dérivés vendus au musée, mugs, sacs, bijoux … sont charmants.

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C’est un artiste quasiment inconnu du grand public qui a été élu pour donner son nom et son art au jardin, bravo !
Il pleuvait quand je suis revenue au musée, mais lors d’une prochaine visite ensoleillée j’irai m’asseoir devant ce synthétisme végétal dont Charles Filiger serait fier.

Le site web du musée de Pont Aven n’est hélas pas détaillé, mais la page facebook montre beaucoup de photos que nous pouvons regarder ici.

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Charles Filiger

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Un génie au doux visage, à l’ovale angélique,
une guirlande fleurie, comme dans les fraîches cotonnades décorant les maisons de ce temps-là,

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    Charles Filiger, Tête de jeune Breton, dessin, D.A.G. Louvre, notice.

la courbe naturelle d’un visage enfantin,
le trait sûr, cernant bien le sujet,

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    Charles Filiger, Paysage du Pouldu, vers 1892, mba Quimper, notice

Un paysage d’une composition audacieuse,
moderne, étrange, qui peut faire penser à ces tableaux marquetés de tradition alsacienne,

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    Charles Filiger, Madone à la tête inclinée, dessin, mba Quimper, notice

un dessin géométrique et religieux, donnant l’illusion d’un caléidoscope,
qui donc est cet artiste aussi inventif et surprenant, apparemment insaisissable ?

Un site permet de découvrir, d’apprendre à mieux connaître Charles Filiger en cliquant sur le génie .

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Lors de l’exposition en 2007 au musée des beaux arts de Quimper de ses dessins « magiques », dont on aperçoit sur cette page quelques exemplaires, j’avais été enthousiasmée par cet artiste étonnant, énigmatique. On trouve hélas peu de ses tableaux dans les musées.

Son art passe d’un genre à un autre avec le même grand écart que sa vie, lui qui est né à Thann en Alsace et mort à Brest.

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    Charles Filiger, Tête d’homme au béret bleu, 1892, gouache rehaussée d’or, musée de Pont Aven.

Il a rencontré Gauguin, a travaillé avec lui à Pont Aven et au Pouldu dans la grande aventure picturale.
Volontairement je n’en dis pas plus sur la vie de cet artiste, il faut consulter le site qui est clair et concis, et son auteur, André Cariou, prépare un catalogue raisonné de son oeuvre.

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    Charles Filiger, Christ en buste entre deux anges et la Vierge, vers 1892, mba Quimper, notice.

Il a souvent peint des sujets religieux, avec, à mes yeux, une grande poésie, il avait d’ailleurs pour ami le poète Rémy de Gourmont, il était croyant jusqu’au mysticisme, et il a connu la chienne de vie de nombreux artistes incompris de cette époque, puis par bonheur André Breton l’a redécouvert et a collectionné ses oeuvres.

C’est une belle reconnaissance pour lui qu’un historien d’art retrace son parcours et révèle son talent multiple ! Le futur catalogue raisonné le hissera parmi les peintres méritant l’affection d’un large public.

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      photo du grand panneau exposé au musée de Quimper montrant les trois oeuvres récupérées sur les parois de la salle à manger de l’auberge de Marie Henry au Pouldu, le génie de Filiger, l’oie de Gauguin et la nature morte aux oignons de Meyer de Haan.

Ecrire dans la nuit au musée

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C’est une expérience exaltante qui nous fut donnée à vivre hier soir au musée !

Il fallait, pour la nuit européenne des musées, attirer, occuper, captiver et mettre à l’aise quelque mille cinq cents ou deux mille visiteurs, qui n’entrent pas tous de manière naturelle et spontanée dans ce lieu dédié à l’art. L’audace devait jaillir des deux côtés, le visiteur oserait franchir la porte et le personnel du musée oserait lui proposer une visite originale et marquante.

Le pari fut peut-être gagné, j’étais moi-même conquise par l’animation muséale et la joie du public !

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Comme je l’annonçais ici, il y eut ce samedi 21 mai au musée des beaux arts de Quimper un atelier d’écriture.

Les consignes, il y en a toujours dans l’exercice d’écriture en groupe, étaient celles-ci :
– écrire en slam, donc en vers de huit à seize pieds environ, rimant forcément.
– dresser son autoportrait à partir de ce titre : « Moi, ma ville, et la Bretagne »
– s’inspirer d’un tableau du musée à choisir parmi quatre sélectionnés par l’animateur.

Voici ci-dessous les quatre tableaux :

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Rue Chaptal,
18 août 2006, affiches collées et lacérées,
mba Quimper,
page du musée.

Bien sûr, si la contrainte semblait trop forte, il était possible de ne pas suivre exactement ces trois consignes, mais il fallait autant que possible respecter le rythme du slam.

Au choix étaient proposées deux oeuvres récentes, et deux oeuvres anciennes.
Décision difficile, il faut prendre celle qui conduira le mieux vers l’autoportrait !

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    Robert Nüssle, Ils ont rasé mon cimetière, 1989, technique mixte et collage sur carton,
    mba Quimper, page du musée

L’artiste est allemand mais le paysage est bien d’inspiration bretonne, il s’agit de la destruction du cimetière de Kerlouan, entourant l’église du village, pour l’emplacement d’un parking.

Une vingtaine (peut-être plus !) de personnes ont écrit, surtout des jeunes, et, dans l’ivresse de la nuit au musée, nous fûmes enchantés par ces créations.

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Jules Noël, L’arrivée de la diligence à Quimper-Corentin, 1873, mba Quimper, page du musée.

Nous disposions d’une heure environ pour écrire. Certains avaient la plume rapide, la mienne était fort lente. Au moment de la lecture, nous nous placions devant un micro, sous les projecteurs et l’enregistrement de l’ordinateur … intimidant !

Je parle également lentement, ce qui ne colle pas avec l’art du slam, qui veut qu’on déclame sur un tempo soutenu. Les jeunes le faisaient très bien, quant à moi, on m’a demandé plus tard si j’étais hollandaise, car je ne parle pas à la vitesse d’une Française !

Bref, comme on m’a demandé aussi mon texte, j’ose mettre mes vers en ligne, n’oublions pas, ce n’est qu’un jeu, et mon tableau choisi parmi les quatre est :

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    Paul Huet, La Laïta à marée haute, vers 1865-1868, mba Quimper, page du musée.

      Une nuit dans notre musée
      Pour nous tous organisée
      Déclenchera l’écriture
      Autour de la peinture.
      Moi, ma ville et la Bretagne ?
      Moi, mon bourg et la campagne !
      L’autoportrait est le jeu,
      Des mots, des rimes, et ce je,
      Qui est moi dans le miroir
      Et qui tire de ma mémoire
      Le vocabulaire en bouts rimés,
      Me dépeint en instantané.

      Je ne sens pas à mon aise
      Pour élire dans les cimaises
      Le tableau qui un peu me ressemble
      L’oeuvre qui à mon âme tremble.
      La Laïta à marée haute,
      Chaptal, la diligence ou le cimetière,
      Je crois que je choisis sans faute,
      Le paysage à la rivière,
      Car j’habite au bord d’une anse,
      Où la mer est l’intermittence.
      Ma rivière est une vasière
      Luisante, sereine, silencieuse,
      Comme une longue prière,
      Retirée aux heures calmes et creuses.

      J’y retrouve mon caractère,
      Fuyant, sauvage et solitaire,
      Préférant le bleu, le froid, le vert,
      Les pastels discrets de l’estuaire.
      Quand la mer monte et inonde
      Le sable gris de mes tourments,
      Le fleuve m’emporte et féconde
      Tous mes émerveillements.
      Ce petit paysage de Paul Huet
      Par ses douces nuances reflète
      Mon état d’âme le plus fréquent,
      Indolent, flottant, inconséquent.

      Mon anse s’appelle Penfoulic,
      Par marée basse ou haute si poétique,
      Aux mêmes effets atmosphériques
      De la ria changeante d’Armorique.
      Je me sens tantôt mélancolique,
      Comme cette toile romantique,
      Tantôt timide, tantôt comique,
      Et surtout pataphysique !

      Voilà, c’était chouette
      D’écrire dans le musée
      Autour de Paul Huet
      Je me suis bien amusée !

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