La nature silencieuse À soi-même

La visite des musées est une occupation bienfaisante.
Il nous faudrait exprimer plus souvent notre gratitude envers les personnes qui travaillent dans les musées pour nous offrir cet espace de beauté et de bien-être.

Le vieux monsieur sur ma photo ci-dessus est le peintre Odilon Redon.
Une exposition lui est, lui a été, devrais-je presque dire maintenant, consacrée musée des beaux arts de Quimper.

Exposition de ses paysages, doux et silencieux comme des natures mortes.

La frénésie de l’été ne m’a vraiment pas permis de visiter cette expo avec toute la disponibilité nécessaire.
Arrivent l’heure alentie de septembre, la lumière plus tamisée, le calme retrouvé, et je peux découvrir le peintre poète et penseur discret, secret, célèbre et méconnu à la fois.

Beaucoup de lecture proposée par cette exposition : joie de regarder, bonheur de lire.

Le journal intime d’Odilon Redon intitulé À soi-même m’a passionnée autant que ses oeuvres, je crois que cette lecture est précieuse pour mieux comprendre encore les paysages de l’artiste.

Redon fut un vrai poète, humble, sensible, bienveillant.
La lecture de sa réflexion profonde, où les termes de beauté, bonté, charité, coeur, rêve, émotion, amour, articulent sa pensée, m’a fait penser à François Cheng et à son livre admirable De l’âme.

Rose. Silence.
Imaginez mon plaisir dans la salle rose, où j’étais seule en compagnie des arbres, des rochers, des nuages murmurant toute leur poésie !

Un rose mélancolique pour des roches et des plages immémoriales étudiées minutieusement, scrutées attentivement dans l’instant. La terre tourne, le temps passe, l’artiste ausculte humblement la substance du moment présent.

Voir, c’est saisir spontanément les rapports des choses. écrit Redon.

      Un tableau n’enseigne rien ; il attire, il surprend, il exalte, il mène insensiblement et par amour au besoin de vivre avec le beau ; il lève et redresse l’esprit, voilà tout.

      Odilon Redon, extrait de À soi-même, éd. José Corti, 2011.

L’arbre occupe une place majeure et magnifique dans les paysages de Redon.

L’arbre racine.
L’artiste racine.

L’emploi du verbe raciner est oublié aujourd’hui, seuls quelques poètes le retrouvent, j’aime ce mot simple et … profond.

Saisissants portraits d’arbres.
Troncs majestueux, troncs souffrants, troncs pleins de philosophie.

Redon séjourne à Barbizon, dans la forêt qu’il veut connaître et comprendre, il approche l’arbre docilement, inlassablement, naïvement, pour en tirer une étude féconde, pleine de ressources et de surprises pour l’esprit.
Comme Apollinaire, il est un guetteur mélancolique.

Le tronc se dresse dans l’espace comme le « i » qui désigne l’impératif « va » en latin.

En notre époque où l’arbre est souvent sujet de discorde et objet d’élagage, les belles essences d’Odilon Redon émerveillent.

Dans de délicats dessins, la grammaire des feuilles, la syntaxe des nervures, des rameaux, tout le langage de la frondaison, sont très finement étudiés comme un besoin de se tenir au plus près de la nature.

Dans ce petit tableau, la lumière ruisselle à travers le vitrail du feuillage. Je ne m’attendais pas à découvrir cet aspect de l’art de Redon, qu’on connaît plutôt comme un artiste symboliste chez qui le rêve et le fantastique prennent de vives couleurs.
Dans ses paysages naturels le rêve prend sa place aussi, sous une forme silencieuse et sereine.

En Bretagne, Redon s’est intéressé aux moulins, à sa façon, calmement, comme si, je pense, le moulin était un arbre, un tronc massif, vertical, dont la ramure sombre griffe le ciel.
Infinie poésie de ces hautes silhouettes qui semblent raciner elles aussi.

La dernière partie de l’exposition, sur des murs d’un gris-bleu soutenu, montre des oeuvres symbolistes, moins surprenantes à mon avis.

J’ai eu envie de retourner voir les arbres du musée, dans ses collections permanentes, il y en a beaucoup, de l’école hollandaise notamment, et l’on sait que Redon visita les Pays-Bas, aimait beaucoup Rembrandt (qui a dessiné et gravé les fameux trois arbres chers à Proust).

Ma longue visite du musée m’a remplie de bonheur.

Au Mu-Zee d’Ostende

La ville d’Ostende est près de Bruxelles mais loin de la mer !
Je parodie Tristan Bernard !

Nous avons pris le train de Bruxelles-midi à Ostende, qui conduit à la Reine des plages.
Très ancienne ligne ferroviaire sur laquelle eut lieu un record mondial de vitesse pour une locomotive …

Une vague énorme de voyageurs venus chercher un peu d’air frais au bord de la mer s’engouffra dans la gare en travaux, entourée de palissades, imposant édifice, d’un style indéfini entre art nouveau et art déco.
Devant ce gros bâtiment fin de siècle, le quai, les vélos, un grand trois-mâts ancien navire-école, des voiliers, des mouettes, un pont basculant, un soleil encore chaud et bientôt couchant.

Nous explorons la Promenade, en bord de plage, à la recherche d’un restaurant proposant des croquettes de crevettes. Nous raffolons de cette spécialité locale, mais on annonce une pénurie de crevettes grises. Par chance nous parvenons à en déguster. Excellentes.
Mais décevantes, les frites.

Que la Promenade dut être belle au temps du roi Léopold, avec ses villas somptueuses, tarabiscotées, coquettes comme leurs bourgeoises papillonnant sous leurs ombrelles !

Aujourd’hui le bétonnage à outrance a remplacé tourelles et balconnets, le front de mer étale sa laideur sur des kilomètres arpentés par une variété incroyable d’objets roulants rigolos, à une, deux, trois, quatre ou cinq roues …

Parfois une vieille maison se cramponne désespérément dans cette modernité déroutante mais accessible à un plus grand nombre d’estivants.

Le vieux casino a disparu, son nom latin aussi, privilégié par la haute société, il est remplacé par le nouveau, circulaire, tout de verre et de métal, portant le nom flamand Kursaal, plus démocratique apparemment, plus local, certains Flamands s’obstinent à rejeter la langue française.

Le soleil se couche comme un roi, sur l’horizon liquide, dans une cérémonie colorée grandiose.

La foule afflue comme au XIXème siècle, comme au XXème siècle, seuls la mode et les airs de musique changent, la plage infinie exerce toujours sa fascination, dans une ambiance cosmopolite, animée, insouciante, contagieuse.

J’ai voulu voir Ostende et je suis à Ostende, heureuse d’être là, dans la plus laide des stations balnéaires de Belgique, et pourtant passionnante à découvrir. Je rêve même d’y revenir.

Ostende, la ville et la plage d’Ensor

Début de matinée, temps de demoiselle comme on dit dans le milieu nautique
Brume de beau temps, heure bleue
Parfum frais du soleil, du sable et de l’eau mêlés
Stridulation des oiseaux marins

Nous visitons la maison de James Ensor, qui a gardé l’aspect initial de la boutique de souvenirs, de cadeaux, de céramiques asiatiques, d’articles de fête et de coquillages exotiques que tenait la maman du peintre.

Son appartement et son atelier se situent dans les trois étages au dessus du magasin.

C’est toujours captivant de visiter les maisons d’artistes, celle d’Ensor lui ressemble bien.

Elle est là, toujours bien absorbée dans sa dégustation, la mangeuse d’huîtres, un tableau que j’avais eu grand plaisir à admirer dans une expo au musée d’Orsay.

James Ensor est né à Ostende en 1860, il y meurt en 1949.
Mère flamande commerçante, père anglais ingénieur mal vu dans la région parfois xénophobe. Dans le décor fantastique de la boutique maternelle James trouve facilement son inspiration, et sur la plage il part à la conquête de la lumière.

Son oeuvre la plus célèbre, la plus vaste, la plus folle, s’intitule L’entrée du Christ à Bruxelles en 1889, qu’il peint à l’âge de vingt-huit ans dans son salon à Ostende, mais la toile est si grande qu’il ne peut pas la fixer sur un châssis, il l’accroche au mur en laissant le bas enroulé par terre.
Cette toile n’est plus conservée en Belgique, elle a été finalement achetée en 1987 par le musée J. Paul Getty de Los Angeles.

      James Ensor, L’entrée du Christ à Bruxelles en 1889, 1888, J.Paul Getty Center Los Angeles, notice et commentaire.

Le Christ arrive à Bruxelles sur un âne, parmi une foule costumée pour le Carnaval, sous une bannière montrant l’importance des conflits sociaux. Le peintre tourne en dérision une société burlesque habitée de faux semblants, de préjugés, de richesse côtoyant la misère.

Une copie de cette toile, réalisée en tapisserie en 2010, est exposée au musée d’Ostende (ma photo ci-dessus).

Le pardessus, le chapeau, la canne et le parapluie du maître. Un côté Magritte !

Les coquillages du magasin …

Le musée des beaux arts d’Ostende porte le nom en jeu de mots de MU-ZEE.
Zee (prononcer zée) c’est la mer en néerlandais.
On y découvre principalement des oeuvres de Ensor et Spilliaert, puis une grande collection d’art moderne.

Beau musée, vaste et clair comme le bord de mer.

avec des bastingages comme sur la promenade, rampes que l’on retrouve dans un tableau de Léon Spilliaert, La rafale :

Ensor et Spilliaert, les deux peintres ostendais sont à l’honneur au Mu-Zee

L’un étudie la lumière diurne, l’autre nocturne.

Léon Spilliaert est un noctambule.
Il est né en 1881 à Ostende, mort à Bruxelles en 1946.
Sa santé est fragile, des douleurs gastriques l’empêchent de dormir. Il promène sa maigre silhouette la nuit, solitaire, sur la digue éclairée par la lune. Il étudie ses reflets dans l’eau. Il explore les contrastes et les fondus entre lumière et obscurité, simplifie les formes, recherche l’universel. Recherche aussi sa propre identité dans de très nombreux portraits. Son expressionnisme est très personnel, cet artiste libre,introverti, méditant, fascine tout simplement.

Nous quittons la ville d’Ostende pour regagner la France en tramway.
Nous empruntons la plus longue ligne de tram du monde.
Elle suit tout le littoral belge entre Knokke près de la frontière néerlandaise et La Panne près de la frontière française, sur 67 km.

Le tram du littoral longe la dune, celle-ci à vrai dire se raréfie avec les constructions massives d’immeubles en front de mer. Il y a aussi, à Raversijde, d’autres constructions en béton que j’aimerais bien visiter, des bunkers de la dernière guerre, réaménagés comme ils le furent au temps des Allemands, avec tout le matériel d’origine.
Le trajet est sympa, il vaut le coup d’oeil, même si les vitres sont par endroit occultées. Il faut s’asseoir tout au fond de la rame s’il y a de la place, la vue est bonne.

A La Panne, devant l’arrêt du tram nous attend un autobus qui nous conduit en France jusqu’à la gare de Dunkerque. Vive les transports en commun, qui permettent de vivre sans fatigue de passionnantes expériences !

Deux maîtres ostendais au musée Fin de siècle de Bruxelles

      Léon Spilliaert, Baigneuse, 1910, encre de Chine, pastel, musées royaux des beaux arts Bruxelles, notice.

Un angle de vue et un cadrage très particuliers, des lignes puissantes, des tons mats, craie, charbon, gris étain, une impression d’étrangeté et c’est Spilliaert.
Léon Spilliaert.

Je note au passage, juste une petite parenthèse, que la baigneuse de Spilliaert me fait penser à Maurice Denis,
par exemple à ce petit tableau que j’aime regarder au musée des beaux arts de Quimper,
Régate à Perros-Guirec, peint en 1892,
la notice complète est ici.

Mêmes lignes ondulantes de la mer dans un goût japonisant, même vue plongeante, et figures noires.

      James Ensor, Les masques singuliers, 1892, musées royaux des beaux arts Bruxelles, notice.

Des couleurs vives, festives, des masques inquiétants, une lumière éclatante, une impression d’étrangeté aussi, et c’est un aspect de l’art multiple d’Ensor.
James Ensor.

Dans le musée Fin de siècle de Bruxelles nous est offert un très beau panorama de l’art de ces deux peintres natifs de la ville d’Ostende en Flandre occidentale.

Ci-dessus deux tableaux d’Ensor : Chinoiseries aux éventails, notice, et Une coloriste, notice.

Ostende.
James Ensor est né en 1860 dans le tranquille petit port de pêche.
Léon Spilliaert est né vingt ans plus tard, en 1881, dans une station balnéaire royale où afflue le beau monde pour se distraire au casino et se promener sur la digue.

Ensor est pour moi un vieux souvenir. J’avais dix-sept ans et un agenda offert par des amis, illustré avec des tableaux de cet artiste. Un de mes premiers étonnements picturaux. Je rêvais d’aller un jour à Ostende sur ses traces. Plus tard mon mari m’offrit un livre écrit en néerlandais sur ce peintre encore inconnu en France.
Et puis voilà, mon désir d’Ostende s’est réalisé cet été 2017 !

A la fin de notre journée dans les musées royaux des beaux arts de Bruxelles, nous prenons le train pour Ostende.
En effet, le thème de nos petites vacances belges était James Ensor.
Nous partions à la recherche de cet artiste insaisissable.
Première approche de ses oeuvres à Bruxelles, puis découverte de sa maison et son lieu de vie sur la côte flamande.

      ci-dessus La dame en bleu, notice.

D’un réalisme impressionniste, où la lumière est traitée en touches douces, floues, Ensor est passé à une esthétique de l’étrange qui s’approchera des surréalistes.

Nous comprendrons bien son évolution dans le musée de la ville d’Ostende.

J’ai eu grand plaisir à retrouver son chou splendide, éclatant de couleur ( notice) !

Le masque apparaît dans l’art d’Ensor à partir de 1883.
Ci-dessus, le grand tableau Les masques scandalisés, voir la notice, montre deux personnages cachés derrière un masque, qui se sont préparés pour le carnaval. Ils semblent rire jaune, la mascarade apparaît grinçante.

      Léon Spilliaert, Autoportrait, notice.

Je venais admirer un peintre d’Ostende et j’en découvre un autre.
Léon Spilliaert ne m’était pas inconnu, j’avais aimé sa figure en contre-jour devant la fenêtre.
Le musée de Bruxelles présente des oeuvres fascinantes.

Dans cet autoportrait, j’ai d’abord cru reconnaître le poète Rilke !

      Boîtes devant une glace, notice.

L’art de Spilliaert surprend, étonne et envoûte, il se tourne vers la modernité que met bien en valeur le musée Fin de siècle.

Le père de Léon Spilliaert créait des parfums et tenait une grande parfumerie à Ostende. Léon dessina des étiquettes pour les flacons.
Il représente ici une pile de boîtes qui se reflètent dans un miroir.

Spilliaert, Rilke, j’ose le parallèle …

      Seule, ô abondante fleur,
      tu crées ton propre espace ;
      tu te mires dans une glace
      d’odeur.

      Ton parfum entoure comme d’autres pétales
      ton innombrable calice.
      Je te retiens, tu t’étales,
      prodigieuse actrice.

      Rainer Maria Rilke, recueil Les roses.

      Salle de tables d’hôtes, notice.

Les cadres, épurés, aux doux reflets métalliques, s’accordent parfaitement aux oeuvres.

Avec Léon Spilliaert nous parvenons à la fin du musée fin de siècle, et, du septième dessous, nous montons directement au rez-de-chaussée par un très large et original ascenseur dans lequel nous nous asseyons !

Bientôt nous arrivons à Ostende pour suivre Ensor et Spilliaert !

Fin de siècle

Bruxelles brusselait très fort ce jour-là.
Une foule joyeuse aux innombrables terrasses des restaurants.
De la musique partout, une chaleur accablante.
Quand la ville est fumante et tremble sous juillet, le musée devient le repli idéal.

Nous nous sommes enfoncés dans les dessous richissimes du musée fin-de-siècle de Bruxelles.
Le site web est ici.

Sept étages à descendre au fur et à mesure de très belles découvertes.
Le premier sous-sol commence en 1868.
Puis nous avançons dans le tournant du siècle en descendant jusqu’au septième dessous qui file vers la modernité jusqu’à 1914.

Malgré la profondeur, point de claustrophobie tant l’espace est vaste et varié, tantôt lumineux, tantôt ombragé, contrasté et miroitant, jouant des reflets, des perspectives.

Cette fin de siècle n’est pas du tout une fin. C’est un début bouillonnant de toutes sortes d’idées nouvelles.

Quelle période foisonnante !
Bruxelles, avec l’organisation des salons des XX de 1883 à 1894 et de la Libre Esthétique de 1894 à 1914, a constitué un carrefour de la création artistique.

Symbolisme, wagnérisme, art nouveau font de Bruxelles une capitale des arts très dynamique.

Nous admirons, découvrons les oeuvres de Ensor, Spilliaert, Maus, Khnopff, Artan, Frederic, Rysselberghe, Evenepoel, Claus …

Nous apprécions, en cette journée d’été écrasante, la fraîcheur de toute cette créativité et le silence de ce très beau musée.

Je venais chercher les couleurs de James Ensor et fus comblée, tandis qu’un autre peintre d’Ostende m’a étonnée par sa modernité très personnelle, Léon Spillaert.
Nous ne passons qu’une journée à Bruxelles, bien sûr beaucoup trop courte, et nous prenons le train pour Ostende.
Je reviens bloguer très bientôt avec Ensor et Spilliaert, ces étonnants Ostendais.

Le(s) musées royaux des beaux arts de Belgique

À Bruxelles, c’est singulier, le musée des beaux arts est au pluriel.
Pour toute notice d’oeuvre d’art conservée dans le musée des beaux arts de cette ville, on verra écrit musées royaux des beaux arts.
???

Le site web est ici.

La dernière fois que j’ai visité ce musée(s), c’était en 1976, et c’était principalement le laboratoire d’analyse et de restauration des oeuvres d’art.
Voilà, j’ai enfin réalisé mon rêve de revenir dans ce musée, j’y ai passé une journée complète avec mon mari jeudi dernier.

Cette pluralité semble à première vue aussi complexe que l’histoire de la Belgique.
La réalité est plus simple : l’édifice immense, situé dans les hauteurs du centre ville, abrite quatre musées.
Le musée d’art ancien.
Le musée Fin de siècle
Le musée Magritte
Le musée d’art moderne.

      (une vue sur la ville à partir du musée)

Un peu d’histoire … ou du moins ce que j’en ai compris !
Le musée est une création de la Révolution française.
D’occupation en occupation, le pays a souvent changé de mains.
La France réoccupe les départements belges de 1794 à 1814.

Comme en France, les occupants révolutionnaires ont saisi les oeuvres d’art dans les églises du pays, dans les couvents et abbayes, dans les maisons de guildes et dans celles des émigrés français.
Les meilleures conquêtes artistiques furent envoyées au Louvre et à Versailles, et ce qui sembla de moindre valeur, environ mille cinq cents pièces, surtout des peintures, resta à Bruxelles et constitua donc le noyau originel des futurs musées royaux des beaux arts de Belgique.

Après la chute de Napoléon 1er, une centaine d’oeuvres emportées en France revint à Bruxelles, puis, sous l’occupation hollandaise de 1815 à 1830, le musée fut constamment agrandi et enrichi.

Après l’indépendance de la Belgique en 1830 et l’accession au trône de Léopold 1er, l’ensemble des collections de la ville de Bruxelles fut racheté par l’Etat Belge, car la ville ne pouvait pas tout financer à elle seule.
C’est ainsi que se sont formés, avec l’accroissement permanent des collections et du bâtiment, les musées royaux des beaux arts de Belgique.

Singularité aussi, de naissance révolutionnaire ce musée est devenu royal.

      Maître de l’Annonciation d’Aix, le Prophète Jérémie, détail, notice.

Nous avons passé trois heures fabuleuses dans l’art ancien.
Je montre ici mes photos, pas toujours réussies, mais que j’ai prises avec joie et passion.

Les primitifs flamands ont retenu tout notre émerveillement, si riches de détails, de finesse, de beauté, d’enseignement.

Les salles distribuées autour du puits de lumière sont claires, agréables, mais un sens de la visite pourrait être indiqué, nous nous sommes un peu égarés dans la chronologie.

      Atelier du Maître de la Vue de Sainte Gudule, Le mariage de la Vierge, notice.

Des chaussures que j’aurais pu ajouter dans cet article !

Trois tableaux nous montrent l’arrivée de la nature morte, dans la seconde moitié du XVIème siècle, comme principal sujet du tableau :
(revoir par exemple ici , ou .)

Pieter Aertsen :
La cuisinière.

et Joachim Beuckelaer :
Le marché aux volailles.
et :
Jésus chez Marthe et Marie.

      David Teniers II, Nature morte de livres avec une sphère céleste, notice.

Le musée regorge d’étourdissantes natures mortes et vanités.
J’ai particulièrement aimé ces livres, leur sensation tactile, leur éparpillement, leur modernité, et cette sphère qui n’est pas terrestre.

Une sphère céleste ; l’idée me paraît aussi intellectuelle que le contenu des livres alentour.
On suppose que cette sphère imaginaire se compose des deux voûtes célestes réunies, chacune entourant un hémisphère … terrestre !

Et Bruegel, et Bosch bien sûr …
J’ai admiré la trappe aux oiseaux, et le beau cadre en bois sculpté :

      Pieter Bruegel L’Ancien, Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux, notice.

Un Rembrandt, un seul dans le musée, un portrait si émouvant …
Comme toujours le regard de l’homme portraituré me transperce,
les larmes montent aux yeux de mon âme exaltée,
il n’y a que Rembrandt pour me mettre ainsi en miettes.

et Nicolas Maes
Dame âgée assoupie
notice

tableau influencé par Rembrandt,
on le voit au fond gris velours, aux mains magnifiques de la vieille femme, aux objets si bien éclairés,
tableau moralisateur
la femme endormie ne doit pas s’éloigner de la religion et du travail au foyer (la dentelle).
Le sablier, la Bible le lui rappellent.

Cornelis Schut
Suzanne et les vieillards
notice.

Tiens, voilà une fontaine ubérale !

      Philippe De Champaigne, La présentation au temple, 1648, détail, notice.

Je retrouve avec beaucoup de plaisir ce tableau de Philippe De Champaigne qui naquit à Bruxelles.

Nous traversons rapidement les salles des Rubens car ces grandes machines nous semblent bavardes, écrasantes bien que virtuoses. À vrai dire, nos jambes ne nous portent plus …
Nous admirons la salle néoclassique et les oeuvres de David qui mourut à Bruxelles, puis allons nous restaurer, nous reposer à la cafétéria, et la cuisine servie dans le musée est délicieuse, copieuse, d’un prix raisonnable, ce plaisir du ventre après celui des yeux ajoute au charme de ce lieu royal.

Nous découvrons ensuite le musée Fin de siècle.
À suivre !

La part belle de lumière de sourire et d’esprit

Cette salle de musée, qui offre, devant un grand tableau d’inspiration orientale
( Gustave Guillaumet, Campement d’un goum sur les frontières du Maroc, 1869),
de quoi s’asseoir à l’orientale, se trouve à La Rochelle.
J’ai en effet eu le plaisir de visiter le musée des beaux arts de La Rochelle le week end dernier.
Dans cette salle se trouvent aussi des toiles d’un autre artiste voyageur, écrivain également, Eugène Fromentin. Je ne me souvenais plus que l’auteur des Maîtres d’autrefois était natif de La Rochelle.

L’hôtel particulier du XVIIIème siècle qui abrite ce musée est petit, c’est pourquoi un roulement des oeuvres exposées s’impose, chaque année un thème est donné pour l’accrochage, et en 2017 il s’agit de Voir et ne pas voir. Quand on ne voit pas avec les yeux, on voit avec les mains, et une certaine mise en scène plonge dans le noir, permet de toucher … même le catalogue du musée se palpe, se donne à voir avec les doigts ou le nez, car il est en relief et odorant !

Nous pouvons y admirer, entre autres, de très beaux paysages de Marquet.

Dans la belle ville de La Rochelle j’ai eu la joie de découvrir une librairie passionnante, qui s’appelle Les saisons. C’est dans cette boutique au charme vertigineux que j’ai fondu sur le rayon de poésie !

Parmi mes achats jouissifs, voici ce recueil :

Laurent Gaudé
De sang et de lumière
mars 2017, éd. Actes Sud

J’ignorais que Laurent Gaudé faisait de la poésie et j’ai pris ce livre par pure curiosité, sans savoir quel était son sujet.
J’aime me laisser surprendre.
Ce recueil est un cri poignant, plein d’une ardente humanité pour les réfugiés contraints à l’exil, les êtres opprimés réduits au silence par les guerres actuelles ou passées dans l’Histoire.
Des images fortes, des mots simples …
l’amour, la fraternité, l’espérance surmontent malgré tout l’horreur, le sang, la haine.

Un beau recueil de longs poèmes engagés vers la lumière.

Il se trouve que je me suis moi-même engagée dans l’accueil d’une famille irakienne, arrivée dans ma commune il y a un mois. Cette famille catholique de six personnes vient de la région de Karakosh, entièrement détruite parce que chrétienne.
Je leur donne des leçons de français chaque semaine.
J’ai le plaisir d’apprendre des mots de leur langue, l’araméen. Je ne savais pas que la langue de Jésus se parlait encore aujourd’hui.
Chaque fois que je rencontre cette famille très attachante, je reviens heureuse, riche d’un je-ne-sais-quoi qui me dépasse. C’est ressourçant, réconfortant dans notre monde fou et incompréhensible.
Ces personnes persécutées, qui ont beaucoup souffert dans leur pays, nous remercient pour l’accueil dans le nôtre, et je les remercie en retour d’être là, de nous apporter autant de chaleur humaine, d’authenticité, même si nous espérons de tout coeur qu’ils puissent dès que possible regagner leur pays en paix.

Sur le printemps de ma jeunesse folle …


      Sur le printemps de ma jeunesse folle
      Je ressemblais l'hirondelle qui vole
      Puis çà, puis là : l'âge me conduisait,
      Sans peur ni soin, où le coeur me disait.

      Clément Marot, extrait de Eglogue au roi sous les noms de Pan et Robin, 1539

L’hirondelle ne fait pas le printemps mais, vive et gourmande, elle sait profiter des premiers beaux jours, des premiers insectes voltigeant dans le ciel, elle les happe en plein vol.
A tire d’ailes elle avale ses proies, ainsi son nom en anglais, swallow, veut-il dire également avaler.

C’est dans le livre de François Berthier, Cent reflets du paysage, paru en octobre 2016 chez Arléa, que j’ai remarqué cette étonnante liaison anglaise entre l’action et l’oiseau, l’hirondelle gobe, avale, engloutit, gloups, dans le ciel !

Une centaine de haïkus composés en japonais et traduits en français par
François Berthier, accompagnés aussi de leur prononciation, donnent à cet historien des arts du Japon l’occasion de présenter la culture japonaise, toutes ses beautés, et ces cent paysages composent un merveilleux voyage en délicatesse et poésie.

Un haïku sur une page et sur celle qui lui fait face une évocation, un conte, un paysage, des miscellanées instructives et captivantes.

Ce livre vient en complément d’un autre que j’ai lu l’année dernière et que je n’avais pas présenté en raison de sa relative difficulté, livre érudit, touffu, mais utile : Mon éventail japonais de Diane de Margerie, éd. Philippe Rey, mars 2016.

Cet ouvrage déploie un éventail finement dessiné de la littérature japonaise.

A travers les grands poètes et écrivains japonais de tous les temps, Diane de Margerie fait découvrir un Japon secret, tourmenté, intime, poétique, cruel ou séduisant, vraiment mystérieux.

Le dit du Genji, nous avons au moins une fois entendu parler de cet ouvrage, c’est le roman-fleuve de Dame Murasaki écrit au Xème siècle, comptant cinquante-quatre livres, ce chef-d’oeuvre de la littérature universelle a engendré environ dix mille volumes de gloses !
La Recherche fait figure de haïku en comparaison.
Pour avoir une idée assez précise de ce roman, on peut commencer par lire les pages de Diane de Margerie, concises et agréables à lire.

Hier 21 mars, jour du printemps, je reçois un message d’un site commerçant me posant cette question: Avez-vous trouvé vos essentiels du printemps ?

Ha, oui, ai-je dit à voix haute, j’ai fait le plein de mes essentiels printaniers !

Je suis parée pour appréhender les beaux jours, j’ai craqué pour quatre nouveaux recueils de poésie.
D’autres, à n’en point douter, viendront s’ajouter prochainement à ma soif de poèmes.

La forme d’expression qu’est le blogage me permettra de parler à l’inconnu de mes secrètes lectures.
La poésie isole et c’est bien dommage. Je préfère ne rien en dire plutôt que de lire sur les visages de mes interlocuteurs des sentiments d’incompréhension, ironie, désapprobation …

C’est le printemps et mes tulipes essentielles comment à s’ouvrir !

La spirale du temps

Le temps s’arrête, le temps s’écoule au musée des beaux arts de Strasbourg, le temps passe, s’enfuit, se suspend et s’allégorise, un banc nous invite à la contemplation et à la réflexion devant un ensemble exceptionnel de natures mortes qui représentent des vanités.

Sur un mur se tiennent des crânes, sur l’autre des citrons.
Ironie, l’un des synonymes du crâne est le citron !

Voici des reproductions plus précises des tableaux.
Le site du musée est hélas très succinct.

On ne sait pas grand chose de Sébastien Bonnecroy, peut-être un protestant d’origine française réfugié aux Pays-Bas. Il aurait vécu à Anvers et à La Haye.
Sa nature morte est fort intéressante, en face du plaisir éphémère du tabac, en face de la richesse, du pouvoir (symbolisé par le parchemin cacheté), que sommes-nous ?
Fragiles comme la flamme de la bougie qui vient de s’éteindre et comme les fétus de paille …
La mort nous attend, comme la résurrection symbolisée par l’épis de blé.

      Simon Renard de Saint André
      Vanité, vers 1665-1670
      page du musée.

Cornelis Gysbrechts, actif à Anvers vers 1660, a certainement influencé Bonnecroy.

      Cornelis Gysbrechts, Vanité, 2ème moitié du XVIIème siècle, notice

A ces trois crânes répondent trois citrons, trois oeuvres magnifiques.
Les voici :

Je laisse la parole à Paul Claudel, qui fut aussi critique d’art et écrivit à propos de la peinture hollandaise :

« La nature morte hollandaise
est un arrangement qui est en train de se désagréger, c’est quelque chose en proie à la durée.
Et si cette montre, que souvent Claesz aime à placer sur le rebord de ses plateaux et dont le disque du citron coupé en deux imite le cadran, ne suffisait pas à nous en avertir, comment ne pas voir dans la pelure suspendue de ce fruit le ressort détendu du temps, que la conque plus haut que l’escargot de nacre nous montre remonté et récupéré, tandis que le vin à côté dans le vidrecome établit comme un sentiment de l’éternité ? »

Paul Claudel, Introduction à la peinture hollandaise, éd. Gallimard 1935

La montre s’appelle parfois un oignon, et avec Claudel elle devient citron !

Ces natures mortes nous donnent une petite leçon de vocabulaire.

Vidrecome est un mot qui vient du verbe allemand wiederkommen = revenir.
Le vidrecome était un grand verre à boire qui se passait de convive en convive, qui revenait donc à son point de départ en ayant fait le tour de la table.

Le nautile monté en pièce d’orfèvrerie se dit parfois hanap, et ce mot vient de l’ancien germanique, hnapf, qui voulait dire écuelle.

Sacrebleu

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Le troisième lundi de janvier serait officiellement le jour le plus déprimant de l’année, le blue monday. Un lundi plein d’idées bleues, ou noires …

parce que c’est lundi, parce que c’est janvier, gris, froid, parce que les fêtes enfuies nous laissent ratissés, fatigués, grippés, déprimés.

Sacrebleu, comme s’il fallait nous rappeler de ne pas oublier de broyer du noir ce jour-là !

Heureusement, le Mauritshuis de La Haye propose une version réconfortante et florale du lundi bleu !

bleu comme les iris, les centaurées, les jacinthes, les delphiniums, les nigelles de Damas, les ipomées, les volubilis, les myosotis, les ancolies …

Un autre musée nous plonge dans le bleu ce mois-ci : Sacrebleu au musée des beaux arts d’Arras, avec une belle exposition qui décline le bleu dans les arts du moyen-âge à nos jours.
Présentation ici.

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      Marius Chambon, Attente sur la plage de Berck, 1909, musée d’Opale Sud Berck sur Mer, notice et commentaire.

L’attente en tablier bleu se fait à l’heure bleue, nom de l’heure suspendue entre chien et loup, entre le jour et la nuit, quand le bleu du ciel se fait plus sombre, ce n’est plus le bleu céleste et pas encore le bleu nuit. Un bleu confus, mélancolique, qui traduit l’anxiété. Le bleu vague, le bleu à l’âme.
Angoisse de l’attente, les marins reviendront-ils sains et saufs ?
Magnifique tableau.

A la maison au crépuscule, ou au dilucule, la modeste barrière est bleue, d’un bleu plus serein.

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      Henri Duhem, Maison avec barrière bleue, 1906, musée de la Chartreuse Douai, notice.

Les rues et les tableaux racontent Noël

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Comme je l’annonçais ici, j’ai eu le bonheur d’être à Strasbourg en période de Noël.
La ville s’est mise sur son 31, on devrait dire sur son 25 !

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Noël resplendit dans toutes les petites rues richement décorées, la foule aussi est abondante, animée.
Chaque magasin rivalise de beauté et d’imagination avec les devantures voisines pour le bonheur des yeux. Strasbourg est une fête, la fête de Noël !

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Je n’avais jamais vu dans une autre ville un décor aussi ample, raffiné, spectaculaire, emballant tout le centre ville de sa magie, et transformant le badaud en enfant émerveillé.

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De nuit, la promenade citadine se fait conte de fées (mais les photos sont moins probantes, et de toutes façons j’avais oublié de prendre mon appareil pour la visite du soir !).
La cathédrale était très joliment illuminée, avec grâce et délicatesse comme sous la lueur de l’étoile d’Orient, la rosace apparaissait dans toute sa finesse et sa beauté.

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Nous avons visité le musée des beaux arts abrité dans le palais des Rohan.
Des fenêtres du musée, on pouvait regarder la cathédrale.
Après la foule nombreuse dans les rues scintillantes, le calme serein sous un éclairage bien dosé.
Dans toute ville après le lèche-vitrine, on peut rechercher le calme dans un salon de thé ou bien le silence des images dans le musée.

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Dès la première salle avec les primitifs italiens, je fus étonnée de voir affiché sur les cartels de certains tableaux religieux un petit sapin de Noël !
Agréable surprise, ces sapins indiquaient le thème à suivre en décembre dans le musée : Noël, avec les sujets de Nativité, Madone à l’Enfant, Adoration des mages ou des bergers.
A côté de ces tableaux, un passage de la Bible, un évangile était recopié, joignant bien le texte religieux à l’image qui en fut engendrée.

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      Zanobi Strozzi, Le cortège des Rois Mages, vers 1445, musée des beaux arts Strasbourg

Ce tableau m’a beaucoup plu, je ne connaissais pas ce peintre, Zanobi Strozzi, les couleurs sont somptueuses, montagne bleue, vêtements rouge vif et lapis-lazuli, dorures, et l’ensemble assez graphique des personnages m’a fait penser à Paolo Ucello.

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      Atelier de Gérard David, La Vierge à la soupe au lait, entre 1510 et 1520, mba Strasbourg, notice

Cette Vierge qui donne la bouillie à l’Enfant Jésus est vraiment adorable. C’est une scène de la vie quotidienne, mais il faut y voir un message, l’acte de nourrir est le symbole de l’amour de Dieu, et celui de l’Eucharistie.
L’Enfant lève tendrement les yeux vers sa mère.

J’ai trouvé sur facebook la présentation de ce parcours proposé par le musée de Strasbourg pour Noël :

Bien d’autres oeuvres m’ont enchantée dans ce musée, tout particulièrement des natures mortes hollandaises, j’y reviendrai plus tard.

En sortant du musée, nous avons retrouvé tout ce qui fait Noël dans sa version profane.

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Le rêve est passé.
Désir de revenir.
Bloguer consolide le souvenir !

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