La part belle de lumière de sourire et d’esprit

Cette salle de musée, qui offre, devant un grand tableau d’inspiration orientale
( Gustave Guillaumet, Campement d’un goum sur les frontières du Maroc, 1869),
de quoi s’asseoir à l’orientale, se trouve à La Rochelle.
J’ai en effet eu le plaisir de visiter le musée des beaux arts de La Rochelle le week end dernier.
Dans cette salle se trouvent aussi des toiles d’un autre artiste voyageur, écrivain également, Eugène Fromentin. Je ne me souvenais plus que l’auteur des Maîtres d’autrefois était natif de La Rochelle.

L’hôtel particulier du XVIIIème siècle qui abrite ce musée est petit, c’est pourquoi un roulement des oeuvres exposées s’impose, chaque année un thème est donné pour l’accrochage, et en 2017 il s’agit de Voir et ne pas voir. Quand on ne voit pas avec les yeux, on voit avec les mains, et une certaine mise en scène plonge dans le noir, permet de toucher … même le catalogue du musée se palpe, se donne à voir avec les doigts ou le nez, car il est en relief et odorant !

Nous pouvons y admirer, entre autres, de très beaux paysages de Marquet.

Dans la belle ville de La Rochelle j’ai eu la joie de découvrir une librairie passionnante, qui s’appelle Les saisons. C’est dans cette boutique au charme vertigineux que j’ai fondu sur le rayon de poésie !

Parmi mes achats jouissifs, voici ce recueil :

Laurent Gaudé
De sang et de lumière
mars 2017, éd. Actes Sud

J’ignorais que Laurent Gaudé faisait de la poésie et j’ai pris ce livre par pure curiosité, sans savoir quel était son sujet.
J’aime me laisser surprendre.
Ce recueil est un cri poignant, plein d’une ardente humanité pour les réfugiés contraints à l’exil, les êtres opprimés réduits au silence par les guerres actuelles ou passées dans l’Histoire.
Des images fortes, des mots simples …
l’amour, la fraternité, l’espérance surmontent malgré tout l’horreur, le sang, la haine.

Un beau recueil de longs poèmes engagés vers la lumière.

Il se trouve que je me suis moi-même engagée dans l’accueil d’une famille irakienne, arrivée dans ma commune il y a un mois. Cette famille catholique de six personnes vient de la région de Karakosh, entièrement détruite parce que chrétienne.
Je leur donne des leçons de français chaque semaine.
J’ai le plaisir d’apprendre des mots de leur langue, l’araméen. Je ne savais pas que la langue de Jésus se parlait encore aujourd’hui.
Chaque fois que je rencontre cette famille très attachante, je reviens heureuse, riche d’un je-ne-sais-quoi qui me dépasse. C’est ressourçant, réconfortant dans notre monde fou et incompréhensible.
Ces personnes persécutées, qui ont beaucoup souffert dans leur pays, nous remercient pour l’accueil dans le nôtre, et je les remercie en retour d’être là, de nous apporter autant de chaleur humaine, d’authenticité, même si nous espérons de tout coeur qu’ils puissent dès que possible regagner leur pays en paix.

Sur le printemps de ma jeunesse folle …


      Sur le printemps de ma jeunesse folle
      Je ressemblais l'hirondelle qui vole
      Puis çà, puis là : l'âge me conduisait,
      Sans peur ni soin, où le coeur me disait.

      Clément Marot, extrait de Eglogue au roi sous les noms de Pan et Robin, 1539

L’hirondelle ne fait pas le printemps mais, vive et gourmande, elle sait profiter des premiers beaux jours, des premiers insectes voltigeant dans le ciel, elle les happe en plein vol.
A tire d’ailes elle avale ses proies, ainsi son nom en anglais, swallow, veut-il dire également avaler.

C’est dans le livre de François Berthier, Cent reflets du paysage, paru en octobre 2016 chez Arléa, que j’ai remarqué cette étonnante liaison anglaise entre l’action et l’oiseau, l’hirondelle gobe, avale, engloutit, gloups, dans le ciel !

Une centaine de haïkus composés en japonais et traduits en français par
François Berthier, accompagnés aussi de leur prononciation, donnent à cet historien des arts du Japon l’occasion de présenter la culture japonaise, toutes ses beautés, et ces cent paysages composent un merveilleux voyage en délicatesse et poésie.

Un haïku sur une page et sur celle qui lui fait face une évocation, un conte, un paysage, des miscellanées instructives et captivantes.

Ce livre vient en complément d’un autre que j’ai lu l’année dernière et que je n’avais pas présenté en raison de sa relative difficulté, livre érudit, touffu, mais utile : Mon éventail japonais de Diane de Margerie, éd. Philippe Rey, mars 2016.

Cet ouvrage déploie un éventail finement dessiné de la littérature japonaise.

A travers les grands poètes et écrivains japonais de tous les temps, Diane de Margerie fait découvrir un Japon secret, tourmenté, intime, poétique, cruel ou séduisant, vraiment mystérieux.

Le dit du Genji, nous avons au moins une fois entendu parler de cet ouvrage, c’est le roman-fleuve de Dame Murasaki écrit au Xème siècle, comptant cinquante-quatre livres, ce chef-d’oeuvre de la littérature universelle a engendré environ dix mille volumes de gloses !
La Recherche fait figure de haïku en comparaison.
Pour avoir une idée assez précise de ce roman, on peut commencer par lire les pages de Diane de Margerie, concises et agréables à lire.

Hier 21 mars, jour du printemps, je reçois un message d’un site commerçant me posant cette question: Avez-vous trouvé vos essentiels du printemps ?

Ha, oui, ai-je dit à voix haute, j’ai fait le plein de mes essentiels printaniers !

Je suis parée pour appréhender les beaux jours, j’ai craqué pour quatre nouveaux recueils de poésie.
D’autres, à n’en point douter, viendront s’ajouter prochainement à ma soif de poèmes.

La forme d’expression qu’est le blogage me permettra de parler à l’inconnu de mes secrètes lectures.
La poésie isole et c’est bien dommage. Je préfère ne rien en dire plutôt que de lire sur les visages de mes interlocuteurs des sentiments d’incompréhension, ironie, désapprobation …

C’est le printemps et mes tulipes essentielles comment à s’ouvrir !

La spirale du temps

Le temps s’arrête, le temps s’écoule au musée des beaux arts de Strasbourg, le temps passe, s’enfuit, se suspend et s’allégorise, un banc nous invite à la contemplation et à la réflexion devant un ensemble exceptionnel de natures mortes qui représentent des vanités.

Sur un mur se tiennent des crânes, sur l’autre des citrons.
Ironie, l’un des synonymes du crâne est le citron !

Voici des reproductions plus précises des tableaux.
Le site du musée est hélas très succinct.

On ne sait pas grand chose de Sébastien Bonnecroy, peut-être un protestant d’origine française réfugié aux Pays-Bas. Il aurait vécu à Anvers et à La Haye.
Sa nature morte est fort intéressante, en face du plaisir éphémère du tabac, en face de la richesse, du pouvoir (symbolisé par le parchemin cacheté), que sommes-nous ?
Fragiles comme la flamme de la bougie qui vient de s’éteindre et comme les fétus de paille …
La mort nous attend, comme la résurrection symbolisée par l’épis de blé.

      Simon Renard de Saint André
      Vanité, vers 1665-1670
      page du musée.

Cornelis Gysbrechts, actif à Anvers vers 1660, a certainement influencé Bonnecroy.

      Cornelis Gysbrechts, Vanité, 2ème moitié du XVIIème siècle, notice

A ces trois crânes répondent trois citrons, trois oeuvres magnifiques.
Les voici :

Je laisse la parole à Paul Claudel, qui fut aussi critique d’art et écrivit à propos de la peinture hollandaise :

« La nature morte hollandaise
est un arrangement qui est en train de se désagréger, c’est quelque chose en proie à la durée.
Et si cette montre, que souvent Claesz aime à placer sur le rebord de ses plateaux et dont le disque du citron coupé en deux imite le cadran, ne suffisait pas à nous en avertir, comment ne pas voir dans la pelure suspendue de ce fruit le ressort détendu du temps, que la conque plus haut que l’escargot de nacre nous montre remonté et récupéré, tandis que le vin à côté dans le vidrecome établit comme un sentiment de l’éternité ? »

Paul Claudel, Introduction à la peinture hollandaise, éd. Gallimard 1935

La montre s’appelle parfois un oignon, et avec Claudel elle devient citron !

Ces natures mortes nous donnent une petite leçon de vocabulaire.

Vidrecome est un mot qui vient du verbe allemand wiederkommen = revenir.
Le vidrecome était un grand verre à boire qui se passait de convive en convive, qui revenait donc à son point de départ en ayant fait le tour de la table.

Le nautile monté en pièce d’orfèvrerie se dit parfois hanap, et ce mot vient de l’ancien germanique, hnapf, qui voulait dire écuelle.

Sacrebleu

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Le troisième lundi de janvier serait officiellement le jour le plus déprimant de l’année, le blue monday. Un lundi plein d’idées bleues, ou noires …

parce que c’est lundi, parce que c’est janvier, gris, froid, parce que les fêtes enfuies nous laissent ratissés, fatigués, grippés, déprimés.

Sacrebleu, comme s’il fallait nous rappeler de ne pas oublier de broyer du noir ce jour-là !

Heureusement, le Mauritshuis de La Haye propose une version réconfortante et florale du lundi bleu !

bleu comme les iris, les centaurées, les jacinthes, les delphiniums, les nigelles de Damas, les ipomées, les volubilis, les myosotis, les ancolies …

Un autre musée nous plonge dans le bleu ce mois-ci : Sacrebleu au musée des beaux arts d’Arras, avec une belle exposition qui décline le bleu dans les arts du moyen-âge à nos jours.
Présentation ici.

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      Marius Chambon, Attente sur la plage de Berck, 1909, musée d’Opale Sud Berck sur Mer, notice et commentaire.

L’attente en tablier bleu se fait à l’heure bleue, nom de l’heure suspendue entre chien et loup, entre le jour et la nuit, quand le bleu du ciel se fait plus sombre, ce n’est plus le bleu céleste et pas encore le bleu nuit. Un bleu confus, mélancolique, qui traduit l’anxiété. Le bleu vague, le bleu à l’âme.
Angoisse de l’attente, les marins reviendront-ils sains et saufs ?
Magnifique tableau.

A la maison au crépuscule, ou au dilucule, la modeste barrière est bleue, d’un bleu plus serein.

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      Henri Duhem, Maison avec barrière bleue, 1906, musée de la Chartreuse Douai, notice.

Les rues et les tableaux racontent Noël

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Comme je l’annonçais ici, j’ai eu le bonheur d’être à Strasbourg en période de Noël.
La ville s’est mise sur son 31, on devrait dire sur son 25 !

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Noël resplendit dans toutes les petites rues richement décorées, la foule aussi est abondante, animée.
Chaque magasin rivalise de beauté et d’imagination avec les devantures voisines pour le bonheur des yeux. Strasbourg est une fête, la fête de Noël !

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Je n’avais jamais vu dans une autre ville un décor aussi ample, raffiné, spectaculaire, emballant tout le centre ville de sa magie, et transformant le badaud en enfant émerveillé.

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De nuit, la promenade citadine se fait conte de fées (mais les photos sont moins probantes, et de toutes façons j’avais oublié de prendre mon appareil pour la visite du soir !).
La cathédrale était très joliment illuminée, avec grâce et délicatesse comme sous la lueur de l’étoile d’Orient, la rosace apparaissait dans toute sa finesse et sa beauté.

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Nous avons visité le musée des beaux arts abrité dans le palais des Rohan.
Des fenêtres du musée, on pouvait regarder la cathédrale.
Après la foule nombreuse dans les rues scintillantes, le calme serein sous un éclairage bien dosé.
Dans toute ville après le lèche-vitrine, on peut rechercher le calme dans un salon de thé ou bien le silence des images dans le musée.

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Dès la première salle avec les primitifs italiens, je fus étonnée de voir affiché sur les cartels de certains tableaux religieux un petit sapin de Noël !
Agréable surprise, ces sapins indiquaient le thème à suivre en décembre dans le musée : Noël, avec les sujets de Nativité, Madone à l’Enfant, Adoration des mages ou des bergers.
A côté de ces tableaux, un passage de la Bible, un évangile était recopié, joignant bien le texte religieux à l’image qui en fut engendrée.

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      Zanobi Strozzi, Le cortège des Rois Mages, vers 1445, musée des beaux arts Strasbourg

Ce tableau m’a beaucoup plu, je ne connaissais pas ce peintre, Zanobi Strozzi, les couleurs sont somptueuses, montagne bleue, vêtements rouge vif et lapis-lazuli, dorures, et l’ensemble assez graphique des personnages m’a fait penser à Paolo Ucello.

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      Atelier de Gérard David, La Vierge à la soupe au lait, entre 1510 et 1520, mba Strasbourg, notice

Cette Vierge qui donne la bouillie à l’Enfant Jésus est vraiment adorable. C’est une scène de la vie quotidienne, mais il faut y voir un message, l’acte de nourrir est le symbole de l’amour de Dieu, et celui de l’Eucharistie.
L’Enfant lève tendrement les yeux vers sa mère.

J’ai trouvé sur facebook la présentation de ce parcours proposé par le musée de Strasbourg pour Noël :

Bien d’autres oeuvres m’ont enchantée dans ce musée, tout particulièrement des natures mortes hollandaises, j’y reviendrai plus tard.

En sortant du musée, nous avons retrouvé tout ce qui fait Noël dans sa version profane.

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Le rêve est passé.
Désir de revenir.
Bloguer consolide le souvenir !

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L’invention de la margarine

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      Alfred Stevens, Rentrée du bal, Château de Compiègne, notice

Rentrée de l’exposition Spectaculaire Second Empire se tenant actuellement au musée d’Orsay, je profite de cette visite éblouissante pour évoquer l’oeuvre de Napoléon III.

Charles-Louis-Napoléon est aussi méconnu que mal-aimé (les deux vont souvent ensemble!).

Louis XIV a finalement résumé à lui seul le XVIIème siècle, il faut dire que son règne fut très long.
De même, le Second Empire résume pratiquement à lui seul le XIXème siècle et il a duré une vingtaine d’années.
Ces années du Second Empire, marquées par une croissance économique inédite, peuvent être comparées aux Trente Glorieuses du XXème siècle (1950-1980).

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    Jean-Léon Gérôme, Portrait de la baronne Nathaniel de Rothschild, 1866, musée d’Orsay, notice

La mauvaise réputation de Louis-Napoléon tient au fait qu’il est sacré empereur par un coup d’Etat et qu’il a chuté dans le désastre de Sedan. Victor Hugo, son irréductible ennemi, a scellé la haine contre Napoléon le Petit, et Zola dans les Rougon-Macquart a largement dénoncé la société orgiaque sous le régime impérial.
Malgré tout, Emile Zola a fini par reconnaître tous les bienfaits du Second Empire et la bonté de Louis-Napoléon.

Prodigieux développement industriel et bancaire du pays.
Création du réseau ferré, transformation de Paris et des grandes villes françaises : aménagement du territoire visionnaire.
Dans cette révolution industrielle, on l’a oublié, Napoléon III eut pour obsession le bien-être de la classe ouvrière, et il dut souvent se battre contre la bourgeoisie et le clergé pour réaliser ce progrès social.

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Louis-Napoléon restaure le suffrage universel.
Victor Duruy, avant Jules Ferry, crée en 1863 l’instruction primaire gratuite et obligatoire.
L’enseignement secondaire s’ouvre aux filles, ainsi que la Sorbonne.

Louis-Napoléon a l’idée des restaurants du coeur plus d’un siècle avant Coluche, il verse en 1856 au préfet de la Seine 100 000 francs afin que soient installés des fourneaux économiques qui distribueront, selon André Castelot, 1 244 656 rations en l’espace d’un mois.

Il imagine une caisse de compensation pour limiter la variation du prix du pain.
Il demande au chimiste Mège-Mouriès d’inventer une matière grasse culinaire moins coûteuse que le beurre et ainsi apparaît la margarine.

Il crée un corps d’aumôniers qui dispensent gratuitement les dernières prières aux pauvres sur le point de mourir.
Il crée un service d’aide à domicile pour les ouvriers malades ou blessés.
Il crée une société de charité maternelle pour les femmes et des orphelinats.
Il subventionne la création de HLM et les cités ouvrières.

Il réforme la justice avec des peines moins lourdes, des conditions d’incarcération améliorées, aménage l’assistance judiciaire, et crée le recours gracieux.
Il prévoit la création d’une Caisse des invalides, et celle de l’assurance vieillesse.
Il reconnaît le droit de grève, accorde aux ouvriers la liberté de créer des chambres syndicales.

Il fait rayer du Code Civil l’article en vertu duquel la déclaration du patron, même sans preuve, l’emportait par principe sur celle de son ouvrier. Il place ainsi le patron et son employé sur un pied d’égalité.
Il crée en 1853 le Conseil des Prud’hommes.

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La biographie très documentée de Louis Napoléon Le Grand rédigée par Philippe Séguin permet de mieux connaître cette période contrastée, très importante de l’histoire de France car elle a conçu le cadre dans lequel notre société s’inscrit encore aujourd’hui.

Sur le plan des arts Napoléon III demande que soit créé le Salon des Refusés, car la sélection pour le salon annuel est injuste et ne favorise pas les jeunes artistes.

Voici ci-dessous la présentation de ce salon des artistes, dont on a une belle idée en visitant l’exposition.
Exposition spectaculaire et fabuleuse qui présente le goût pour la fête, pour l’opulence, pour l’exotisme, de cette époque en pleine transformation, qui a fait cascader, cascader la vertu, et qui aurait pu s’approprier déjà le terme trop que nous utilisons aujourd’hui en toutes occasions et beaucoup trop !

Rousse en robe rouge

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Jean-Jacques Henner, Hérodiade, 1887, musée J.J. Henner Paris, notice et commentaire.

Cette Hérodiade est actuellement au Japon, exposée au musée municipal de Kobe.
J’ai visité le musée Henner à Paris il y a plus de quarante ans, je ne me souviens pas de cette figure pourtant impressionnante dans sa robe rouge provocante.
Le musée était sombre et assez triste à l’époque, il a été heureusement restauré aujourd’hui, et j’aimerais le redécouvrir.

Le site du musée est ici.

Jean-Jacques Henner est connu pour ses chevelures rousses, parfois abondantes et très rubicondes. Même au Christ il a donné des cheveux roux.

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Jean-Jacques Henner, Le Christ aux donateurs, vers 1896-1902, musée Henner Paris, notice et commentaire.

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Cette femme parait étonnamment moderne, et l’expression de son visage frappe le spectateur.
Hérodiade s’est vengée, et il y a dans son regard toute la détermination de la vengeresse accomplie.
Elle est la mère de Salomé et la femme du roi Hérode, elle est en même temps la nièce de son époux. Jean le Baptiste avait condamné ce mariage consanguin interdit par la loi, et Hérodiade s’est vengée de cette dénonciation en le faisant décapiter.

Henner a osé lui mettre une robe rouge, une couleur qui ne convient pas aux rousses, cependant ce ton incandescent correspond bien au sentiment fougueux de Hérodiade.
Violent rubis en flamme !

Mais ceci n’est qu’une étude, dans le tableau final, dont on ignore actuellement la localisation, les couleurs et les expressions seront adoucies.

On voudrait le consoler

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Parmi tous les autoportraits de l’exposition ( présentée ici), il en est un qui m’a bouleversée.

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J’ai voulu retrouver dans le catalogue ce tableau qui m’a tant émue, mais il n’y figure pas.
J’espérais lire un commentaire dans le site du musée d’Orsay, il n’y en a pas.

Ce tableau, le voici :

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Cet autoportrait de Pierre Bonnard s’intitule Le boxeur.
La notice complète est ici.

Boxeur ? Contre lui-même peut-être, mais aucune agressivité envers autrui …
Buste nu, poing levé, cet homme vieillissant semble désarmé, las, abandonné …
J’ai photographié ce pauvre poing qui rend l’oeuvre si poignante,

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je tremblais moi-même,
et ce visage triste, fragile, enfantin.
Comme j’avais envie de caresser la barbe verte de Monet, je voulais poser une main affectueuse contre la joue de Bonnard …

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Il s’est produit encore l’un de ces hasards étranges qui font sourire parfois. Après ma visite au musée, je suis passée à la librairie et j’ai acheté le dernier livre d’Alexis Jenni :

ajenni Alexis Jenni,
Dans l’attente de toi
éd. L’Iconoclaste, septembre 2016.

L’écrivain se penche sur le sens du toucher.
Qu’il est difficile de décrire le toucher en littérature, avec des mots précis, suffisamment sensuels, pense-t-il, alors que la peinture a su rendre toutes les sensations tactiles avec tant de lumière et de justesse !
L’écrivain se livre à une analyse d’un choix de 27 tableaux variés, de toutes époques, qui montrent la peau, son grain, sa lumière, sa présence, sa jouissance ou sa douleur, et les sentiments qu’elle inspire. A partir de chacun des tableaux, il se tourne alors vers sa femme et décrit les mystères de sa peau dans ses relations amoureuse, avec des mots si beaux qu’il prouve que la littérature sait bien y faire aussi dans le domaine du toucher.

Et puis, parmi les tableaux commentés par Alexis Jenni, oh surprise, se trouve le Boxeur du musée d’Orsay, qui est encore exposé jusqu’à la fin du mois au musée de Quimper.

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Voici un petit extrait :

      Sur cette terrible image qu’il a faite de lui-même, dont je me demande comment on peut la faire sans pleurer, il est aussi dépouillé qu’un déporté, même crâne cabossé, même poitrine creuse, mêmes bras filiformes qui n’ont pas la force de se lever, et même expression d’abattement inexpressif, de patience résignée, de simple présence réduite à presque rien, la plus minimale des présences, celle avant la disparition. […] Tout nu, plus que nu, dépourvu de peau, il s’évapore en couleur pure.

J’aime toujours autant le détour de la littérature dans la peinture, le mélange est savoureux.
Cette exploration du toucher dans le domaine amoureux par le truchement de la peinture est passionnante.
Des mots à fleur de peau et des tableaux choisis et commentés de manière vraiment … touchante !

Les verts m’ont dit …

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Oui,c’est cela, il fallait des murs d’un bleu outremer pour rappeler l’azur profond de certains détails picturaux, pour exalter les verts et les rouges de chaque toile, pour imaginer le voyage au delà des mers de Gauguin …

Dans son autoportrait de l’hiver 1893-1894, qui est largement commenté dans le site du musée d’Orsay, Gauguin s’est fait aussi un oeil vert, une verdure audacieuse, même et plutôt une verdeur affirmée en riposte au refus de la part du musée du Luxembourg d’accepter le don d’une de ses toiles polynésiennes. Une toile sauvage, primitive, pas encore dans le goût de l’époque.

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Alors Gauguin en met une dans son portrait, de ces toiles splendides et incomprises.
Dans un autoportrait l’artiste est libre et met les messages qu’il veut faire passer.
Les ombres sur son visage sont vertes, reflétant les poutres et les murs verts de l’atelier, et on est surpris par les éclats blancs sur le côté gauche de son front, sa pommette, sa joue.
Le visage semble éclairé par le tableau accroché au mur.
La figure de Gauguin s’imbibe de la lumière intense de Tahiti.
C’est cette peinture, que les autres n’aiment pas, qui donne au peintre le vrai contour de son visage.

axiletteo Il y a beaucoup de verts impressionnants dans cette exposition ( présentée sur cette page).

Ci-contre le vert fauve du veston d’Alexis Axilette : notice.

Le visage est cerné de vert dans un assaut de modernité.

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Un peintre fait parfois son autoportrait en peignant son atelier, cet univers intime qui est tout lui, qui lui ressemble.

Dans l’atelier de Daniel de Monfreid (notice), le vert de la robe de chambre de sa femme Annette fait jaillir le rouge du fauteuil, et introduit une profusion de couleurs dans un riche décor.

Daniel de Monfreid fut surnommé par Victor Segalen le Maître du vert.
On reconnaît aux murs des tableaux de son ami Paul Gauguin.

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Dans l’atelier de Paul Sérusier, (consulter la notice), le vert rayonne, émerveille, unit entre elles toutes les couleurs splendides de cette nature morte.

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Que l’on regarde ce tableau d’un côté ou bien de l’autre, chaque fois le peintre nous suit du regard et nous fixe droit dans les yeux. Je ne sais pas comment s’appelle ce phénomène.

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Il s’agit de Henri Martin vers 1912, (notice), il naquit à Toulouse et mourut à Labastide-du-Vert. Dans ce village il peignit les paysages verdoyants ainsi que son jardin.

La fenêtre est verte, elle semble diffuser dans l’air son vert amande.
La palette sème aussi ses touches de couleurs dans la nature, des verts très lumineux se constellent de lucioles mauves, orangées, palpitantes.

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Le cadre en bois naturel est décoré d’un motif végétal qu’on imagine vert bien sûr.

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D’autres autoportraits de l’exposition se détachent sur des fonds verts, une fenêtre verte, je ne passe pas tous les décors virides en revue, mais, ah, le beau noeud vert de Vincent ! goghautoportraitdeto

J’ai suivi un certain guide vert pour visiter cette exposition, pardon pour cette fantaisie !
Je terminerai cette semaine par un tableau particulièrement impressionnant, où il n’y a pas de vert, et qu’avec passion cet été j’ai découvert !

Le jardin Filiger

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Le nouveau musée de Pont-Aven s’agrémente d’un petit jardin étagé, paysagé, et pictural, qui s’appelle Filiger en l’honneur du peintre que j’avais évoqué sur cette page.

Je me suis offert au musée le ravissant sac en toile décoré du tableau de Filiger, qui est conservé dans le musée, et qui a inspiré le plan du jardin.

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La notice du tableau est imprimée à l’intérieur du sac !

Le paysage peint par Filiger est la côte du Pouldu, non loin de Pont-Aven.

Les Grands-Bretons choisissent le Brexit et les Bretons du continent maîtrisent le Breizh it !

Ce jardin breton, qui reprend le dessin du tableau, est une belle réalisation (il faut le temps aux plantes de pousser), une très bonne idée pour faire connaître cet artiste très attachant, et les objets dérivés vendus au musée, mugs, sacs, bijoux … sont charmants.

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C’est un artiste quasiment inconnu du grand public qui a été élu pour donner son nom et son art au jardin, bravo !
Il pleuvait quand je suis revenue au musée, mais lors d’une prochaine visite ensoleillée j’irai m’asseoir devant ce synthétisme végétal dont Charles Filiger serait fier.

Le site web du musée de Pont Aven n’est hélas pas détaillé, mais la page facebook montre beaucoup de photos que nous pouvons regarder ici.

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